2468. Après avoir présenté l’incertitude de l’heure, le Seigneur avertit de veiller. Premièrement, il avertit tous ; deuxièmement, [il avertit] d’une manière particulière les prélats, en cet endroit : QUI, PENSES-TU, EST LE SERVITEUR FIDÈLE ET PRUDENT, etc. ? [24, 45].
À propos du premier point, il fait trois choses : premièrement, il présente l’avertissement ; deuxièmement, une comparaison ; troisièmement, il conclut son propos. Le second point [se trouve] en cet endroit : COMPRENEZ-LE BIEN, etc. [24, 43] ; le troisième, en cet endroit : VOUS AUSSI., SOYEZ PRÊTS, etc. [24, 44].
2469. Il dit donc : « Je dis que le jour est incertain et que personne ne peut mettre sa confiance dans son état, car, dans chacun, l’un est pris et l’autre est laissé. Vous devez donc prendre garde et vous préoccuper. » VEILLEZ DONC. Comme le dit Jérôme, « le Seigneur a voulu présenter une fin tellement incertaine que l’homme soit sans cesse en attente ». En effet, l’homme pèche sur trois points : parce qu’il s’adonne à ses sens, parce qu’il néglige de bouger, et aussi parce qu’il est couché. Ainsi donc, VEILLEZ, afin que vos sens soient élevés par la contemplation. Ct 5, 2 : Je dors, mais mon cœur veille. De même, VEILLEZ, de sorte que vous ne soyez pas engourdis dans la mort : en effet, celui-là veille qui s’exerce aux bonnes œuvres. 1 P 5, 8 : Soyez sobres et veillez, car votre adversaire, le Diable, rôde comme un lion rugissant cherchant qui dévorer. De même, VEILLEZ, afin de ne pas être couché par négligence. Pr 6, 9 : Jusqu’à quand dormiras-tu, paresseux ?
2470. Mais que dit [le Seigneur] ? CAR VOUS NE SAVEZ PAS À QUELLE HEURE VIENDRA VOTRE MAÎTRE [dominus]. Il disait cela aux apôtres et on ne trouve nulle part ailleurs qu’il se soit appelé aussi expressément « Maître », comme ici et en Jn 13, 13 : Vous m’appelez Maître et Seigneur, et vous parlez justement, car je le suis. Mais quelqu’un pourrait dire que le Seigneur parlait aux apôtres. Or, les apôtres n’allaient pas vivre jusqu’à la fin du monde. Comment donc peut-il dire : VEILLEZ, CAR VOUS NE SAVEZ PAS À QUELLE HEURE VIENDRA VOTRE MAÎTRE ? Augustin dit que cela était nécessaire même pour les apôtres, pour ceux qui nous ont précédés et pour nous, car le Seigneur vient de deux manières. Il viendra à la fin du monde pour tous d’une manière générale ; il viendra aussi vers chacun lors de sa propre fin, c’est-à-dire de sa mort. Jn 14, 18 : Je ne vous laisserai pas orphelins, je viendrai à vous.
2471. Il y a donc un double avènement : à la fin du monde et à la mort, et il a voulu que les deux soient incertains. Et ces avènements sont en rapport l’un avec l’autre, car on se retrouvera au second comme on aura été au premier. Augustin [dit] : « Celui qui n’était pas prêt à son dernier jour ne sera pas prêt au dernier jour du monde. » On peut aussi l’interpréter d’un autre avènement, à savoir, [de l’avènement] invisible, lorsque [le Seigneur] vient dans l’esprit. Jb 9, 11 : Si tu viens à moi, je ne m’en apercevrai pas. Ainsi, il vient chez plusieurs, mais ils ne s’en aperçoivent pas. Vous devez donc veiller avec attention, de sorte que, s’il frappe, vous lui ouvriez. Ap 3, 20 : Je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un m’ouvre, j’entrerai chez lui et je dînerai avec lui.
2472. COMPRENEZ-LE BIEN : SI LE MAÎTRE DE MAISON AVAIT SU À QUELLE HEURE LE VOLEUR DEVAIT VENIR, IL AURAIT ÉTÉ ÉVEILLÉ À CETTE HEURE ET N’AURAIT PAS LAISSÉ PERCER SA MAISON. Mais comme il ne connaît pas l’heure, il faut qu’il reste éveillé pendant toute la nuit. Qui est ce maître ? La maison est l’âme. L’homme doit se reposer en elle. Sg 8, 16 : Entrant dans ma demeure, c’est-à-dire dans ma conscience, je me reposerai avec elle. Le maître est la raison. Pr 20, 8 : Le roi assis sur son trône écarte tout mal par son regard. Parfois le voleur perce sa propre demeure, c’est-à-dire sa conscience. Le voleur est celui qui convainc d’une fausse doctrine, ou bien une tentation. On l’appelle voleur, comme on trouve en Jn 10, 1 : Celui qui n’entre pas par la porte du bercail est un voleur et un brigand. Au sens propre, c’est la connaissance naturelle ou le droit naturel qui est appelé « porte ». Quiconque entre par la raison entre donc par la porte ; mais celui qui entre par la porte de la concupiscence, de la colère ou de quelque chose de ce genre, est un voleur. Les voleurs ont l’habitude de venir la nuit. Ab, 5 : Si des voleurs entraient chez toi, si des pillards [entraient] la nuit, resterais-tu tranquille ? S’ils venaient le jour, on ne les craindrait pas. Ainsi, lorsque l’homme est en contemplation des réalités divines, la tentation ne survient pas ; mais lorsqu’il est détendu, alors elle se présente. Le prophète dit donc à juste titre, Ps 70[71], 9 : Lorsque ma puissance fait défaut, ne m’abandonne pas. Nous devons donc veiller, car nous ne savons quand viendra le Seigneur pour le jugement. Ou bien, nous pouvons mettre ceci en rapport avec le jour de la mort. 1 Th 5, 3 : Alors qu’ils diront : « Paix, sécurité », la mort s’abattra subitement sur eux.
2473. AINSI DONC, VOUS AUSSI, SOYEZ PRÊTS, CAR LE FILS DE L’HOMME VIENDRA À L’HEURE QUE VOUS NE PENSEZ PAS. Chrysostome dit que les hommes préoccupés par les choses temporelles veillent la nuit. S’ils veillent pour des choses temporelles, ils devraient bien davantage veiller pour les réalités spirituelles. Ap 3, 3 : Alors que tu ne veilleras pas, je viendrai à toi comme un voleur.
2474. QUI, PENSES-TU, EST LE SERVITEUR FIDÈLE ET PRUDENT, QUE LE MAÎTRE A ÉTABLI SUR SA FAMILLE ? Ici, [le Seigneur] avertit d’une manière particulière les prélats de veiller : premièrement, en faisant miroiter les récompenses ; deuxièmement, en les menaçant de tourments.
À propos du premier point, il fait trois choses : premièrement, il présente la compétence du bon prélat ; deuxièmement, sa fonction ; troisièmement, la récompense.
2475. La compétence [du prélat] consiste en ce qu’il soit fidèle et prudent. En chaque bonne œuvre, deux choses sont nécessaires : que l’intention vise la fin nécessaire, et qu’elle emprunte les voies appropriées vers cette fin. Dans la fonction du prélat, ces deux choses sont donc nécessaires. Premièrement, il doit fixer son intention sur la fin nécessaire, alors que certains la fixent sur eux-mêmes. Ez 34, 2 : Malheur aux pasteurs qui se paissent eux-mêmes ! Car ceux qui visent une fin correcte ne recherchent pas ce qui leur est utile, mais [ce qui est utile] à un grand nombre, afin d’être sauvés, et ils font tout cela pour la gloire de Dieu. Mais celui qui cherche son propre bien ne le fait pas. Il faut donc que [le prélat] soit fidèle. 1 Co 4, 2 : On attend du serviteur qu’il soit fidèle.
Il doit aussi être prudent, car il peut arriver que quelqu’un recherche la gloire de Dieu, mais sans la science. En effet, il appartient au prélat de corriger les vices. Il pourrait donc faire tant de reproches qu’il pourrait induire au péché. Il faut donc qu’il soit prudent, plus haut, 10, 16 : Soyez prudents comme des serpents.
2476. Remarquez qu’il dit « serviteur », car la différence entre l’homme libre et le serviteur est que toutes les actions du serviteur sont tournées vers son maître, mais pas celles de l’homme libre. Toutes les actions du prélat doivent ainsi se rapporter à Dieu. Paul s’appelle ainsi serviteur, lorsqu’il dit, 2 Co 4, 5 : Nous, nous sommes vos serviteurs dans par Jésus.
Mais pourquoi dit-il : QUI, PENSES-TU, EST LE SERVITEUR FIDÈLE ET PRUDENT ? Parce que peu sont fidèles. Ph 2,21 : En effet, ils recherchent tous leur bien, et non celui de Jésus le Christ. Pr 20, 6 : Qui trouvera un homme fidèle ? Et s’il y a peu d’hommes fidèles, il y en a encore moins de prudents. C’est ce que dit le Seigneur en soulignant la rareté.
2477. Ensuite, il aborde leur fonction : QUE LE MAÎTRE A ÉTABLI SUR SA FAMILLE. Et il fait trois choses : premièrement, il parle de l’institution par lui de la fonction du [serviteur], lorsqu’il dit : QUE LE MAÎTRE A ÉTABLI, et non le [serviteur] s’est procuré par des cadeaux ou par des prières. He 5, 4 : Que personne ne prenne sur lui cet honneur, sinon celui qui est appelé par Dieu, comme Aaron. Ensuite, il aborde ce sur quoi [le serviteur] est établi : SUR SA FAMILLE, c’est-à-dire son Église, et non sur ce qui est extérieur à l’Église. 1 Co 5, 12 : Que nous importe ce qui est à l’extérieur ? De même, il aborde la fonction du prélat : POUR LUI DONNER LA NOURRITURE EN TEMPS VOULU, à savoir, la nourriture de l’enseignement, du bon exemple et de l’aide temporelle. C’est pourquoi le Seigneur a dit par trois fois à Pierre : Pais, pais, pais mes brebis. Pais par la parole, pais par l’exemple, pais par l’aide temporelle, qui vient en dernier lieu, mais toutefois EN TEMPS VOULU. Qo 3, 1 : Chaque chose a son temps. De même, Jn 16, 12 : J’ai beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les accepter maintenant. Si [le prélat] veut dire des paroles, alors que cela ne convient pas, il perd [la famille].
2478. [Le Seigneur] parle ensuite de la récompense : premièrement, il dit ce qu’elle est ; deuxièmement, en quoi elle consiste.
Quelle est la récompense ? La béatitude. C’est pourquoi il dit : BIENHEUREUX, qu’il s’agisse de la mort ou de la fin du monde, CELUI QUE, LORSQU’IL VIENDRA, LE SEIGNEUR TROUVERA AINSI OCCUPÉ, à savoir, en service, comme il a été dit. Ps 118[119], 1 : Bienheureux ceux qui marchent sans tache dans la loi du Seigneur.
2479. Et pourquoi sont-ils bienheureux ? EN VÉRITÉ, JE VOUS LE DIS, IL L’ÉTABLIRA SUR TOUS SES BIENS. Cela s’interprète de trois façons. Première [interprétation] : il est montré en quoi consiste toute béatitude. En effet, la béatitude consiste en un certain bien. Mais tous les biens appartiennent à Dieu. Est-ce que la béatitude se trouve dans l’un de ceux-ci ? La béatitude se trouve dans le bien qui est au-dessus de tout bien. En effet, l’on n’est bienheureux que par ce bien qu’est Dieu. Ainsi, IL L’ÉTABLIRA SUR TOUS SES BIENS, c’est-à-dire qu’il sera rendu bienheureux par ce [bien], à savoir, par Dieu, qui est au-dessus de toutes choses.
2480. Cela peut s’interpréter d’une deuxième façon : [le Seigneur] dit cela pour montrer la prééminence qu’auront les bons prélats. En Lc 12, 37, on lit qu’il les fera mettre à table ; mais ici, on lit qu’IL LES ÉTABLIRA SUR TOUS SES BIENS, car, de toutes les récompenses, celle du bon prélat est la plus grande, plus haut, 24, 19 : Celui qui fera et enseignera, celui-là sera appelé grand. Dn 12, 3 : Ceux qui auront reçu l’enseignement brilleront comme le firmament, et ceux qui en instruisent un grand nombre en vue de la justice sont comme des étoiles qui durent pour l’éternité. C’est le sens de SUR TOUS SES BIENS, c’est-à-dire au-dessus de toutes les récompenses des saints.
2481. Cela peut s’interpréter d’une troisième façon : de l’union au Christ. Car, de même qu’en ce monde, [l’homme] ne parviendra pas à un état de perfection à moins de suivre les traces du Christ, de même en sera-t-il alors, sauf pour ceux qui auront été unis au Christ. Ils auront pouvoir sur toutes choses pour autant que leur volonté sera conforme à la volonté divine. Lc 22, 29 : Je dispose pour vous du royaume comme mon Père en a disposé pour moi. Et Ap 2, 28 : Je donnerai au vainqueur l’étoile du matin.
2482. MAIS SI UN MAUVAIS SERVITEUR DIT EN SON CŒUR, etc. Après avoir intéressé [les disciples] à être vigilants par des récompenses, [le Seigneur] les effraie ici par des tourments. Premièrement, il présente la faute ; deuxièmement, la peine, en cet endroit : LE MAÎTRE VIENDRA, etc. [24, 50].
Dans la faute, il y a deux aspects : la cause de la faute, et la faute elle-même ; toutefois, les deux aspects constituent une seule faute.
La cause de la faute est le désespoir au sujet de l’avènement : S’IL DIT : « MON MAÎTRE TARDE À VENIR, etc. » Augustin dit que quelqu’un pourrait dire cela en raison d’un trop grand désir, et celui-là le montrait qui disait : Quand parviendrai-je à voir la face de mon Dieu ? Parfois on parle ainsi parce qu’on désespère qu’il vienne bientôt. Ez 12, 22 : Fils d’homme, quel est ce dicton en terre d’Israël de ceux qui disent : « Les jours sont beaucoup reportés et toute vision périra » ? 2 P 3, 9 : Le Seigneur ne retarde pas ce qu’il a promis. Ce [désespoir] est la source de toutes [les fautes].
2483. Mais quelles en sont les conséquences ? L’une est celle de la cruauté, l’autre celle de la volupté. À propos de la première, il dit : ET QU’IL SE METTE À FRAPPER SES COMPAGNONS, car il estime qu’ils lui sont soumis comme des serviteurs, à l’encontre de 1 P 5, 3 : Avec l’élan du cœur, et non en faisant les seigneurs à leur égard. Et cela ne lui suffit pas, mais IL LES FRAPPE VIOLEMMENT. Mi 3, 10 : Vous qui bâtissez Sion dans le sang. Ou bien, ils frappent par le mauvais exemple leurs frères, qu’ils estiment être des serviteurs. De même, cela ne leur suffit pas, mais ils se tournent vers les plaisirs : Il mange et il boit en compagnie des ivrognes [Mc 2, 16].
2484. Qu’en sortira-t-il ? [Le Seigneur] présente le jugement. En effet, il présente en premier lieu le jugement en regard de ce qu’on n’espérait plus ; deuxièmement, la peine.
Il dit : LE MAÎTRE DE CE SERVITEUR ARRIVERA AU JOUR OÙ CELUI-CI NE L’ATTEND PAS, car l’homme croit parfois être en sécurité pour une longue vie, mais cependant meurt subitement. 1 Th 5, 2 : Le jour du Seigneur viendra comme un voleur . Is 30, 13 : Subitement, alors qu’il ne l’attendait pas, il sera broyé.
2485. Et qu’en sortira-t-il ? Suit donc une triple peine. IL LE RETRANCHERA, non pas, comme le dit Jérôme, qu’il le tranchera par l’épée, mais il le séparera de la société des bons, plus loin, 25, 32 : Et il les séparera, comme le pasteur sépare les brebis des boucs. Et cela est la plus grande peine. Origène dit ceci : « Il y a trois choses dans l’homme : il y a l’âme, le corps et le don spirituel. Et ces choses ne seront pas séparées chez le bon prélat, mais chez les mauvais prélats. Le don spirituel sera séparé, car [le Seigneur] reprendra le don spirituel qu’il leur avait donné ; mais le corps et l’âme seront envoyés au feu. »
2486. De même, une autre peine est annoncée aux mauvais [prélats]. Il dit donc : ET IL ATTRIBUERA SA PART AUX HYPOCRITES. Les hypocrites sont les simulateurs qui professent une chose et en font une autre. Il attribuera donc sa part à ceux-là. Ainsi l’entend le Ps 10[11], 6 : Soufre et vent de tempête, c’est la coupe qu’ils auront en partage. Et cela ne suffit pas encore, car il y aura une autre peine : IL Y AURA LÀ DES PLEURS ET DES GRINCEMENTS DE DENTS. Jb 24, 19 : Ils passeront du froid de la neige à une trop grande chaleur. Les pleurs proviennent donc de la fumée, les grincements de dents, du froid. Origène dit que nous pouvons comprendre par cela que ceux qui disent que les mauvais prélats ne sont pas des prélats parlent incorrectement. 2487. Remarquez une certaine comparaison présentée par Augustin : « Éloignez de votre regard le serviteur dont on a parlé et remplacez-le par trois serviteurs, qui aiment l’avènement du Seigneur. L’un dit : “Mon maître viendra bientôt ; je veillerai donc.” L’autre dit : “Mon maître tardera, mais je veux veiller.” Le [troisième] dit : “Je ne sais pas quand il viendra, c’est pourquoi je veux veiller.” Lequel des trois a le mieux parlé ? » Augustin répond que le premier s’est complètement trompé, car s’il pense que [son maître] viendra rapidement et que celui-ci tarde, il est en danger de s’endormir par ennui. Le deuxième peut se tromper, mais il n’est pas en danger. Mais le troisième se comporte bien, car, dans le doute, il est toujours en attente. Ainsi, le mal consiste à préciser un moment.
Leçon 1 [Matthieu 25, 1‑13] 25, 1 « Le Royaume des Cieux est semblable à dix vierges qui, munies de leurs lampes, allèrent à la rencontre de l’époux et de l’épouse. 25, 2 Cinq d’entre elles étaient sottes et cinq étaient sages. 25, 3 Les cinq insensées prirent leurs lampes, mais sans apporter d’huile avec elles ; 25, 4 tandis que les sensées, en même temps que leurs lampes, prirent de l’huile dans les fioles. 25, 5 Comme l’époux se faisait attendre, elles s’assoupirent toutes et s’endormirent. 25, 6 Au milieu de la nuit, un cri retentit : “Voici l’époux qui vient ! Sortez à sa rencontre !” 25, 7 Alors toutes ces vierges se réveillèrent et apprêtèrent leurs lampes. 25, 8 Et les vierges insensées dirent aux sages : “Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s’éteignent.” 25, 9 Mais les vierges sages répondirent : “Allez plutôt chez les marchands et achetez-en pour vous de crainte qu’il n’y en ait pas assez pour nous et pour vous.” 25, 10 Alors qu’elles allaient en acheter, l’époux arriva. Elles allèrent à la rencontre de l’époux et de l’épouse. Celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui pour les noces, et la porte fut aussitôt fermée. 25, 11 Puis les autres vierges arrivèrent finalement et dirent : “Seigneur, Seigneur, ouvre-nous !” 25, 12 Mais il répondit : “En vérité, je vous le dis, je ne vous connais pas !” 25, 13 Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure.
Leçon 2 [Matthieu 25, 14‑30] 25, 14 « C’est comme un homme qui, partant en voyage, appela ses serviteurs et leur remit ses biens. 25, 15 À l’un il donna cinq talents, à un autre deux, à un troisième un seul, à chacun selon ses capacités. Et il partit aussitôt. 25, 16 Celui qui avait reçu les cinq talents partit. Il leur fit produire et en gagna cinq autres. 25, 17 De même, celui qui en avait reçu deux en gagna deux autres. 25, 18 Mais celui qui n’en avait reçu qu’un s’en alla creuser un trou dans la terre et enfouit l’argent de son maître. 25, 19 Longtemps après, le maître de ces serviteurs revint. Et il décida de régler ses comptes avec eux. 25, 20 Celui qui avait reçu cinq talents s’approcha. Il lui en offrit cinq autres : “Maître, dit-il, tu m’as remis cinq talents : voici cinq autres talents que j’ai gagnés.” 25, 21 “C’est bien, serviteur bon et fidèle, lui dit son maître, tu as été fidèle en peu de choses, je t’établirai sur beaucoup ; entre dans la joie de ton maître.” 25, 22 Vint ensuite celui qui avait reçu deux talents : “Seigneur, dit-il, tu m’as remis deux talents : voici deux autres talents que j’ai gagnés.” 25, 23 “C’est bien, serviteur bon et fidèle, lui dit son maître, en peu de choses tu as été fidèle, sur beaucoup je t’établirai ; entre dans la joie de ton maître.” 25, 24 Vint enfin celui qui n’avait reçu qu’un talent. Et il dit : “Maître, je sais que tu es un homme dur : tu moissonnes où tu n’as pas semé, et tu récoltes où tu n’as pas répandu. 25, 25 Aussi, pris de peur, je suis allé cacher ton talent dans la terre : voici ce qui t’appartient.” 25, 26 Mais son maître lui répondit et lui dit : “Serviteur mauvais et paresseux ! Tu savais que je moissonne où je ne sème pas, et que je ramasse où je n’ai rien répandu. 25, 27 Tu aurais dû placer mon argent chez les banquiers, et à mon retour j’aurais retrouvé mon bien et plus. 25, 28 Enlevez-lui son talent et donnez-le à celui qui a les dix talents. 25, 29 Car à tout homme qui a, l’on donnera et il aura du surplus ; mais à celui qui n’a pas, on enlèvera ce qu’il a. 25, 30 Et ce propre-à-rien de serviteur, jetez-le dans les ténèbres extérieures : là seront les pleurs et les grincements de dents.
Leçon 3 [Matthieu 25, 31‑46] 25, 31 « Lorsque le Fils de l’homme viendra en majesté, escorté de tous les anges, alors il prendra place sur son trône de majesté. 25, 32 Devant lui seront rassemblées toutes les nations, et il les séparera les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des boucs. 25, 33 Il placera les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche. 25, 34 Alors le roi dira à ceux de droite : “Venez, les bénis de mon Père, prenez possession du Royaume qui vous a été préparé depuis le commencement du monde. 25, 35 J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, j’étais un étranger et vous m’avez accueilli, 25, 36 j’étais nu et vous m’avez vêtu, j’étais malade et vous m’avez visité, j’étais prisonnier et vous êtes venus me voir.” 25, 37 Alors les justes lui répondront : “Seigneur, quand t’avons-nous vu affamé et t’avons-nous nourri, assoiffé et t’avons-nous désaltéré, 25, 38 étranger et t’avons-nous accueilli, nu et t’avons-nous vêtu, 25, 39 malade ou prisonnier et sommes-nous venus te voir ?” 25, 40 Et le roi leur fera cette réponse : “En vérité, je vous le dis, ce que vous avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.” 25, 41 Alors le roi dira encore à ceux qui seront à sa gauche : “Écartez-vous de moi, maudits, dans le feu éternel qui a été préparé pour le Diable et ses anges. 25, 42 J’ai eu faim et vous ne m’avez pas donné à manger, j’ai eu soif et vous ne m’avez pas donné à boire, 25, 43 j’étais un étranger et vous ne m’avez pas accueilli, nu et vous ne m’avez pas vêtu, malade et prisonnier et vous ne m’avez pas visité.” 25, 44 Alors ceux-ci lui demanderont : “Seigneur, quand t’avons-nous vu affamé ou assoiffé, étranger ou nu, malade ou prisonnier, et ne t’avons-nous point secouru ?” 25, 45 Alors il leur répondra : “En vérité, je vous le dis, chaque fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, à moi non plus vous ne l’avez pas fait.” 25, 46 Alors ils s’en iront, ceux-ci au tourment éternel, et les justes s’en iront à une vie éternelle. »
2488. Il a été question plus haut de l’avènement du Seigneur en vue du jugement ; ici, il s’agit du jugement même. Ce chapitre se divise donc en deux parties. Dans la première partie, [le Seigneur] parle du jugement sous forme de paraboles ; dans la seconde, il montre de façon claire et explicite la forme du jugement, en cet endroit : QUAND LE FILS DE L’HOMME VIENDRA, etc. [25, 31].
À propos du premier point, il fait deux choses : premièrement, des paraboles sont présentées, par lesquelles certains sont exclus du royaume en raison d’un manque intérieur ; dans la seconde partie, certains sont exclus en raison d’une négligence dans l’action extérieure, en cet endroit : C’EST COMME UN HOMME QUI, PARTANT EN VOYAGE, etc. [25, 14].
2489. La première [parabole] est celle des vierges, qui d’habitude mettent à l’épreuve l’esprit des hommes. Dans celle-ci, trois choses doivent être considérées : premièrement, est présentée la préparation de certains qui se mettent en position de régner avec le Christ ; deuxièmement, l’incitation au jugement est présentée ; troisièmement, l’arrivée du jugement. La deuxième partie [se trouve] en cet endroit : MAIS, AU MILIEU DE LA NUIT, etc. [25, 6] ; la troisième, en cet endroit : ALORS QU’ELLES ÉTAIENT PARTIES, etc. [25, 10].
2490. À propos du premier point, [le Seigneur] aborde d’abord l’application de celles qui se préparent ; deuxièmement, leur sommeil, en cet endroit : COMME [L’ÉPOUX] TARDAIT, etc. [25, 5].
À propos du premier point, il fait deux choses : premièrement, il présente ce qui est commun à toutes celles qui se préparent ; deuxièmement, ce qui distingue ici [les vierges] qui se préparent, en cet endroit : CINQ D’ENTRE ELLES, etc. [25, 2].
À propos du premier point, on aborde quatre choses communes à toutes : le nombre, l’état, la fonction et la fin visée.
2491. Le nombre est abordé [lorsqu’il dit] qu’elles étaient dix : LE ROYAUME DES CIEUX EST SEMBLABLE À DIX VIERGES. Mais pourquoi dix ? Il y a une triple raison. L’une, que dix est le nombre de la totalité : lorsque nous comptons, nous allons jusqu’à dix, puis nous recommençons à un. Ainsi, par dix, un et cent, la totalité est indiquée. Ou bien, selon Hilaire, toutes s’opposent à l’observance des dix commandements ou y sont obligées. Ou bien, [il est question de dix] en raison des cinq sens multipliés par deux. En effet, ils sont multipliés d’une première façon, selon Grégoire, parce qu’il y en a cinq chez les hommes et cinq chez les femmes, ce qui donne dix. Selon Jérôme, ils sont multipliés selon qu’on se réfère aux divers sens. En effet, il y a des sens extérieurs et [des sens] intérieurs. De la vision intérieure, il est dit en Jn 4, 12 : Dieu, personne ne l’a jamais vu. Du goût, il est dit en Ps 33[34], 9 : Goûtez et voyez comme est doux le Seigneur. De l’odorat, il est dit en Ct 1, 3 : Nous accourons vers tes parfums. Et il en est de même des dix [sens] qui aboutissent au jugement.
2492. L’état est touché lorsqu’on dit : VIERGES. Mais pourquoi sont-elles dites VIERGES ? Il existe une triple raison. Selon Chrysostome, cela s’entend de celles qui préservent l’intégrité de leur chair. Mais pourquoi mentionne-t-il plutôt des vierges ? [Chrysostome] dit que, plus haut, 19, 12, [le Seigneur] a parlé des vierges, lorsqu’il disait que certains étaient eunuques parce qu’ils s’étaient castrés en vue du royaume des cieux. Comprenne qui pourra ! Ainsi, parce que la virginité est un si grand bien qu’elle ne tombe pas sous les commandements, mais sous un conseil, selon ce qu’on lit en 1 Co 7, 25 : Au sujet des vierges, je n’ai pas [reçu] de commandement, mais je donne un conseil, si ceux-ci sont condamnés, à bien plus forte raison les autres [le seront-ils]. Ou bien, on appelle VIERGES ceux qui s’abstiennent des séductions des cinq sens. Selon Jérôme et Origène, on appelle vierges les fidèles qui n’admettent pas la dépravation, selon ce que dit l’Apôtre, 2 Co 11, 2 : Je vous ai fiancés à un époux unique, comme une vierge pure à présenter au Christ.
2493. Vient ensuite le soin [qu’elles apportent] : [DIX VIERGES], MUNIES DE LEURS LAMPES. Les lampes sont des vases de lumière. Selon Hilaire, nous pouvons donc entendre les âmes illuminées par la lumière de la foi qu’elles ont reçue au baptême. Is 58, 8 : Alors surgira ta lumière comme au matin. Ou bien, selon Augustin, par les lampes sont signifiées les œuvres : « Vos œuvres sont comme une lampe », plus haut, 5, 16 : Que votre lumière brille devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes œuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux. Prendre des lampes, c’est donc préparer son âme ou se disposer aux bonnes œuvres.
2494. Quatrièmement, ce qui est exposé, c’est qu’ELLES ALLÈRENT À LA RENCONTRE DE L’ÉPOUX ET DE L’ÉPOUSE. Qui est l’époux et qui est l’épouse ? Il y a une double interprétation selon un double mariage. L’un, de la divinité avec l’humanité, qui a été célébré dans le sein de la Vierge : Car il s’avance comme un époux depuis sa couche, Ps 18[10], 6. L’époux est le Fils lui-même, l’épouse, la nature humaine. Ainsi, sortir pour aller au-devant de l’époux et de l’épouse n’est rien d’autre que de servir le Christ. Il y aussi le mariage du Christ et de l’Église. Jn 3, 29 : Celui qui a l’épouse est l’époux. Ainsi donc, ceux qui préparent des lampes ont l’intention de plaire à l’époux, c’est-à-dire au Christ, et à l’épouse, c’est-à-dire à la mère Église.
2495. Sur ces points, [les dix vierges] s’accordent donc.
2496. Deux choses sont aussi présentées par lesquelles elles se distinguent : elles se distinguent par le jugement intérieur et par leurs préoccupations extérieures.
Sur le premier point, [le Seigneur] dit : CINQ D’ENTRE ELLES ÉTAIENT SOTTES ET CINQ ÉTAIENT SAGES. Pr 10, 23 : La sagesse est prudence pour l’homme. Cet homme prudent, c’est celui qui ne veut perdre pour aucune raison ce qu’il fait. C’est pourquoi il a été dit plus haut, 10, 16 : Soyez prudents comme des serpents. Ou bien, ceux-là se montrent ainsi insensés qui se détournent de Dieu, soit par une intention mauvaise et non droite, soit par une fausse doctrine. Pr 9, 13 : Femme insensée et criarde, remplie de désirs et ignorante, elle s’assoit sur le perron de sa maison. Selon Origène, « celui qui possède une seule vertu les possède toutes ». De sorte qu’il ne peut y avoir un sens qui soit désordonné alors que les autres sont ordonnés. De même, comme il est encore dit en Jc 2, 10 : Celui qui pèche sur un point devient coupable de tout.
2497. Elles se distinguent aussi par leurs préoccupations extérieures, car LES CINQ INSENSÉES PRIRENT LEURS LAMPES, MAIS SANS APPORTER D’HUILE AVEC ELLES. Celles-ci voulaient toutes que leurs lampes soient allumées, car Celui qui est la lumière veut qu’on le serve avec la lumière. Mais la lumière ne peut être alimentée sans huile : celui-là serait en effet insensé qui croirait conserver de la lumière dans sa lampe sans y mettre de l’huile.
2498. Par l’huile, quatre choses sont signifiées. Selon Jérôme, par l’huile sont signifiées les bonnes œuvres. Et pourquoi ? La foi est la lumière des âmes par laquelle les lampes sont éclairées. La foi est alimentée par les bonnes œuvres. 1 Tm 1, 18 : Je te donne cet avertissement, mon fils Timothée, en accord avec les prophéties prononcées sur toi, afin que, pénétré de celles-ci, tu mènes le bon combat, possédant foi et bonne conscience ; pour s’en être affranchis, certains ont fait naufrage dans la foi. On peut comprendre ainsi ce qui est dit en Pr 21, 20 : C’est un trésor désirable et une huile dans la maison du juste, et l’homme insensé l’a dissipé. D’une autre façon, la miséricorde est indiquée par l’huile : c’est ce que dit Chrysostome. On lit ainsi, en Lc 10, 34, que le Samaritain versa du vin et de l’huile. Par le vin, la rigueur est indiquée, par l’huile, l’œuvre de miséricorde. [Le Seigneur] veut donc dire que celui qui a l’intention d’observer la continence sans faire miséricorde est un insensé. Ainsi parle Jc 2. 13 : La justice sans miséricorde pour celui qui n’a pas montré de miséricorde.
2499. De même, par l’huile est indiquée la joie intérieure, dont [il est question] en Ps 103[104], 15 : Afin de réjouir [ton] visage par l’huile. Et ailleurs, Ps 44[45], 8 : Dieu t’a oint de l’huile d’allégresse. Nombreux sont ceux qui s’abstiennent extérieurement et recherchent intérieurement la joie, à savoir, [celle] de la conscience, et ils possèdent de l’huile. Selon Origène, la doctrine sainte est indiquée par l’huile. Ct 1, 2 : Ton nom est comme une huile répandue. L’huile de la justice indique une doctrine juste, Ps 118[119], 11 : J’ai caché tes paroles dans mon cœur. On appelle donc vierges ceux qui observent la continence, qui font miséricorde, qui recherchent intérieurement la joie, qui possèdent une doctrine juste.
2500. Il est ensuite question du sommeil imprévu. La cause du sommeil est présentée, puis le sommeil.
La cause de l’assoupissement est le retard [de l’époux]. Lorsqu’on attend quelqu’un, surtout la nuit, on s’assoupit rapidement. Par cet intervalle est donc indiqué l’intervalle entre l’avènement du Christ dans la chair et son avènement pour le jugement. [Le Seigneur] dit donc : COMME L’ÉPOUX SE FAISAIT ATTENDRE, ELLES S’ASSOUPIRENT TOUTES ET S’ENDORMIRENT. Selon tous les interprètes, on interprète ceci de la mort.
Mais pourquoi la mort est-elle appelée un sommeil ? C’est en raison de l’espérance de la résurrection. De même que celui qui dort a l’intention de s’éveiller, de même celui qui dort [du sommeil de] la mort a-t-il l’intention de ressusciter. 1 Th 4, 12 : Nous ne voulons pas vous laisser dans l’ignorance au sujet de ceux qui dorment, afin que vous ne soyez pas attristés comme les autres qui n’ont pas d’espérance.
2501. Mais quelle est la différence entre le sommeil et l’assoupissement ? Grégoire l’explique : « L’assoupissement est à proprement parler la route vers le sommeil. » Nous pouvons donc entendre par l’assoupissement une vie plus longue, et par le sommeil, la mort. Selon Origène, on entend le sommeil de la paresse. Pr 6, 9 : Jusqu’à quand dormiras-tu, paresseux, quand sortiras-tu de ton sommeil ? Ainsi, COMME L’ÉPOUX SE FAISAIT ATTENDRE, qu’il s’agisse du jugement ou de la mort, ELLES S’ASSOUPIRENT TOUTES ET S’ENDORMIRENT. En effet, peu nombreux sont ceux qui vivent longtemps sans tomber dans la torpeur. Ou bien, ceux qui ne se font aucun souci s’endorment ; mais ceux qui, d’une certaine manière, abandonnent leur ferveur première s’assoupissent.
2502. Puis suit le réveil ; en second lieu, l’effet [du sommeil] ; en troisième lieu, la demande des vierges insensées ; en quatrième lieu, la réponse des [vierges] sages.
[Le Seigneur] dit donc : AU MILIEU DE LA NUIT, UN CRI RETENTIT : « VOICI L’ÉPOUX QUI VIENT ! » Origène parle de ceci autrement que les autres, et d’une manière plus littérale. Tous les autres interprètent le réveil en le mettant en rapport avec le jugement dernier. Selon [cette interprétation], ce cri est la trompette ou la voix du Christ. 1 Th 4, 15 : Car le Seigneur lui-même, par le commandement et la voix de l’Archange et la trompette de Dieu, descendra du ciel. 1 Co 15, 52 : La trompette sonnera…et ceux qui sont morts dans le Christ ressusciteront les premiers.
2503. Et pourquoi À MINUIT ? Jérôme dit que le texte hébreu dit que, de même que l’ange descendit au milieu de la nuit pour tuer les premiers-nés d’Égypte, de même le Seigneur viendra-t-il au milieu de la nuit. C’était donc la coutume chez eux que le peuple ne se retire pas avant le milieu de la nuit. Augustin dit que ce n’est pas pour une question de temps, mais seulement pour se cacher. 1 Th 5, 2 : Le jour du Seigneur est comme un voleur pendant la nuit.
2504. Mais que veut dire : VOICI L’ÉPOUX QUI VIENT ! SORTEZ À SA RENCONTRE ? C’est que tous ressusciteront devant lui. Jn 5, 25 : L’heure vient où tous ceux qui sont dans les tombeaux entendront sa voix. Am 4, 12 : Prépare-toi, Israël à l’arrivée de ton Dieu. Origène met cela en rapport avec la vie présente, et cela, lorsque l’homme est retenu par la vaine gloire et que le prédicateur lance un cri, ou à la suite d’une inspiration intérieure. Alors, il revient au Christ. Is 40, 9 : Élève la voix avec force, toi qui annonces à Jérusalem.
2505. Suit alors l’effet : ALORS TOUTES CES VIERGES SE RÉVEILLÈRENT ET APPRÊTÈRENT LEURS LAMPES. Au sens littéral, lorsque la sonnerie de la trompette retentira ou la voix du Christ, tous ressusciteront. Ainsi, Jn 5, 25 : En effet, tous ceux qui sont dans les tombeaux ressusciteront. Mais qu’ont fait [les vierges] ? ELLES APPRÊTÈRENT LEURS LAMPES. Mais que signifie cela ? Aura-t-on le temps ? Il faut dire qu’apprêter les lampes n’est rien d’autre que relever ce qu’on a fait, de sorte qu’on puisse en rendre un compte exact. On se montrera donc attentif lorsqu’on entendra la voix du Fils de Dieu, comme [il est dit] plus loin : QUAND T’AVONS-NOUS VU AVOIR FAIM ET T’AVONS-NOUS NOURRI, AVOIR SOIF ET T’AVONS-NOUS DONNÉ À BOIRE, etc. ? Selon Origène, le sens littéral est plus clair. Si on met cela en rapport avec la vie présente, lorsque se fait entendre le cri d’un prédicateur ou à la suite d’une inspiration intérieure, on sort du laisser-aller et on commence à corriger ses actes.
2506. Vient ensuite la demande des [vierges] insensées : ET LES [VIERGES] INSENSEÉS DE DIRE AUX SAGES : « DONNEZ-NOUS DE VOTRE HUILE, CAR NOS LAMPES S’ÉTEIGNENT. » Celles-ci étaient insensées sur un point et non sur l’autre, car elles possédaient quelque chose de la lumière de la foi. Elles disent donc : CAR NOS LAMPES S’ÉTEIGNENT. En effet, si elles ne possédaient rien de la foi, elles diraient : ELLES SONT ÉTEINTES. Elles savent donc qu’elles ne peuvent maintenir le feu sans huile.
2507. Que dit-on là ? Qu’on entende par l’huile l’œuvre de miséricorde ou de justice, le sens est le même, car ceux qui ressuscitent sans posséder en abondance ces œuvres demandent que leur manque soit comblé par ceux qui en posséderont en plus grande abondance. Mais cela ne pourra se faire, car chacun aura ce qui lui revient. Ga 6, 5 : Chacun portera son fardeau. Et parce qu’elles voyaient que la lumière de la foi ne pouvait suffire sans l’œuvre de miséricorde, elles s’adressaient aux autres qui avaient accompli des œuvres de miséricorde.
2508. Augustin donne l’interprétation suivante. D’habitude lorsque quelqu’un est préoccupé par quelque chose, il a coutume de recourir à ce en quoi il espère. Celles-ci mettaient leur confiance à l’extérieur, car elles cherchaient à être louangées par d’autres. Elles disent donc : « DONNEZ-NOUS DE VOTRE HUILE, c’est-à-dire, de votre louange, louangez-nous pour ce que nous avons fait. » Mais cela ne leur servira à rien, conformément à ce qu’on lit en Rm 2, 15 : Leur propre conscience leur rend témoignage. Jb 16, 20 : En effet, mon témoin est dans le ciel et celui qui me connaît est dans les hauteurs. Elles mettent donc leur confiance dans la faveur humaine qui ne peut être utile.
2509. Selon Origène, il arrive que certains passent leur vie à des choses vaines, et lorsqu’ils le reconnaissent, ils recourent aux autres et leur demandent de prier et de leur rendre service. En cela, ils ne sont pas insensés s’ils commencent à revenir au Seigneur.
2510. MAIS LES [VIERGES] SAGES RÉPONDIRENT. Ici est présentée la réponse des [vierges] sages et, dans cette réponse, deux choses sont exposées : premièrement, le refus est présenté ; deuxièmement, un conseil est proposé, en cet endroit : ALLEZ PLUTÔT CHEZ LES MARCHANDS. Et pour quelle raison ? DE CRAINTE QU’IL N’Y EN AIT PAS ASSEZ POUR NOUS ET POUR VOUS.
2511. Ainsi, parce que l’huile de la miséricorde ou la joie intérieure, ou les œuvres extérieures, ne suffisent pas pour nous et pour vous, il est dit en 1 P 4, 18 : Si le juste est sauvé de justesse, que feront l’impie et le pécheur ? Et l’Apôtre [dit], Rm 8, 19 : Les souffrances présentes ne se comparent pas à la gloire qui sera révélée en nous. Et Is 54, 6 : Toute votre justice est comme le vêtement souillé d’une femme menstruée. Puis donc que cela ne suffit pas pour nous et pour vous, ALLEZ PLUTÔT CHEZ LES MARCHANDS ET ACHETEZ-EN POUR VOUS. Mais auront-elles le temps d’aller chercher de l’huile ? Il faut donc comprendre que ceci est dit plutôt comme un reproche que comme un conseil, comme si elles disaient : « Vous auriez dû y aller. » Selon Chrysostome, ces marchands sont des pauvres, car ils font commerce du royaume. Lc 16, 9 : Faites-vous des amis avec l’argent de l’iniquité. Elles disent dont : ALLEZ, c’est-à-dire : « Vous auriez dû y être allées. » En effet, selon Augustin, cela est exprimé comme un reproche. Les marchands d’huile sont les flatteurs. Voyant donc que [les insensés] demandent de l’aide, ils disent : ALLEZ CHEZ LES MARCHANDS ET ACHETEZ-EN POUR VOUS, comme s’ils disaient : « Vous n’avez jamais recherché que de l’huile, c’est-à-dire la gloire humaine ; maintenant allez vers le monde et achetez ce témoignage que vous avez toujours recherché. »
2512. Selon Origène, le sens littéral est clair, car il veut que tout cela se produise en ce monde. Il arrive parfois qu’un pécheur voie un juste et lui demande ce qu’il doit faire. Mais certains sont tellement sages que leur sagesse leur suffit, mais ne suffit pas à eux-mêmes et aux autres. De sorte que ceux-là disent à ceux qui leur demandent conseil : « Nous ne possédons pas la doctrine spirituelle en si grande abondance que nous puissions suffire à nous et à vous ; allez donc vers les docteurs de l’Église et vers les marchands qui vous en vendront. » On lit à leur sujet en Is 55, 1 : Vous tous qui avez soif, approchez-vous de l’eau, et vous qui n’avez pas d’argent, approchez-vous, achetez et mangez. Mais comment vend-on sans argent ? Je dis que la sagesse n’est pas vendue sans argent. Et quel est son prix ? Que l’homme s’y applique volontiers : tel est le prix de la sagesse. Pr 2, 4 : Si tu la recherches comme de l’argent et si vous la fouillez comme un trésor, alors tu comprendras la crainte [de Dieu] et tu trouveras la connaissance de Dieu.
2513. ALORS QU’ELLES ÉTAIENT PARTIES EN ACHETER, L’ÉPOUX ARRIVA. Augustin dit que certains mettent ceci en rapport avec l’état de la vie présente ; mais cela ne peut s’accorder avec ce qui est dit : ET LA PORTE FUT FERMÉE. C’est pourquoi Origène interprète cela par rapport à l’avènement futur. [Le Seigneur] fait trois choses : premièrement, l’avènement du juge est présenté ; deuxièmement, l’accueil des bons ; troisièmement, l’exclusion des mauvais.
2514. Il dit donc : ALORS QU’ELLES ALLAIENT EN ACHETER, L’ÉPOUX ARRIVA, c’est-à-dire, alors qu’elles se préoccupaient de savoir comment elles s’excuseraient lors du jugement, le Seigneur arriva pour le jugement. Mais Origène dit qu’il y en a qui viendront pour demander conseil ou vers les prêtres avec l’intention de se convertir, puis ils meurent lors de l’avènement. Le Seigneur arrive donc lorsque l’homme meurt. Mais que veut dire ce qui est dit ici : L’ÉPOUX ARRIVA, alors qu’il avait dit plus haut : ELLES ALLÈRENT À LA RENCONTRE DE L’ÉPOUX ET DE L’ÉPOUSE ? L’explication est que, lors du jugement, l’épouse, c’est-à-dire la chair du Christ, sera emportée par la glorification. Ou bien, si on le met en rapport avec l’Église, celle-ci sera alors parfaitement unie à l’Époux lui-même par une adhésion. Ainsi l’Apôtre [dit-il] en 1 Co 6, 17 : Celui qui adhère à Dieu ne fait qu’un avec Lui.
2515. Vient ensuite : CELLES QUI ÉTAIENT PRÊTES ENTRÈRENT AVEC LUI POUR LES NOCES. Ces noces sont le royaume des cieux, dont il est dit en Ap 17, 14 : Car il est le Seigneur des seigneurs, le Roi des rois, ainsi que ceux qui ont été appelés et choisis avec lui et lui sont fidèles. ET LA PORTE FUT aussitôt FERMÉE, car elle ne sera par la suite ouverte à personne. Maintenant, elle est ouverte. Ps 23[24], 7 : Princes, ouvrez vos portes ! Ap 4, 1 : Après cela, je vis, et voici qu’une porte s’ouvrit dans le ciel. Mais, alors, elle sera fermée.
2516. Ensuite, l’expulsion des mauvais est présentée, et on dit trois choses. Premièrement, la négligence est signalée, car [les vierges insensées] sont arrivées en retard. On dit donc : PUIS, ELLES ARRIVENT FINALEMENT. [Le Seigneur] indique donc ceux qui font tardivement pénitence. Sg 5, 3 : Ils parleront entre eux, saisis de regrets et gémissant, le souffle oppressé. [Leur] désir est abordé lorsqu’ils disent : SEIGNEUR, OUVRE-NOUS ! Par le fait qu’ils disent : SEIGNEUR ! ils disent quelque chose qui devrait les faire exaucer. Mais par le fait qu’ils gémissent, on indique qu’ils demandent parce qu’ils sont oppressés. Aussi est-il dit plus haut, 7, 21 : Ce ne sont pas tous ceux qui diront : « Seigneur, Seigneur ! » qui entreront dans le royaume des cieux. Leur désir est abordé lorsqu’il est dit : OUVRE-NOUS !
2517. Vient ensuite leur exclusion : MAIS IL RÉPONDIT : « En vérité, je vous le dis, je ne vous connais pas ! », c’est-à-dire, je ne vous approuve pas (Le Seigneur connaît ceux qui sont à lui, 2 Tm 2, 19), comme l’artisan ne connaît pas l’œuvre qui est en désaccord avec son art.
2518. En conséquence, [le Seigneur] conclut : VEILLEZ DONC, CAR VOUS NE SAVEZ NI LE JOUR NI L’HEURE.