2569. Plus haut, le Seigneur a proposé diverses paraboles se rapportant au jugement ; mais ici, il traite ouvertement de son jugement, et il fait trois choses : premièrement, il traite de l’avènement du juge ; deuxièmement, du rassemblement de ceux qui doivent être jugés ; troisièmement, du jugement. Le second point [se trouve] en cet endroit : ET TOUTES LES NATIONS SERONT RASSEMBLÉES DEVANT LUI [25, 32] ; le troisième, en cet endroit : ALORS LE ROI DIRA, etc. [25, 34].
2570. À propos du premier point, quatre choses doivent être prises en considération. Premièrement, la condition du juge qui vient est abordée ; deuxièmement, [sa] dignité ; troisièmement, [ses] ministres ; quatrièmement, [son] autorité judiciaire.
2571. Quand [le Seigneur] dit : LORSQUE LE FILS DE L’HOMME VIENDRA, il n’y a pas de doute qu’il est le même que le Fils de Dieu. Mais pourquoi dit-il plutôt le Fils de l’homme que le Fils de Dieu ? Une raison est qu’il jugera en tant que Fils de l’homme. Jn 5, 27 : Il lui a donné le pouvoir de juger parce qu’il est le Fils de l’homme. Et cela, pour trois raisons. Premièrement, afin qu’il soit vu de tous : en effet, sous la forme de la divinité, il ne pourra être vu que des bons, de sorte que, s’il doit être vu de tous, il doit être vu sous la forme d’un homme. Ap 1, 7 : Tout œil le verra. C’est aussi en raison du mérite du Christ : en effet, il a mérité cela par sa passion. Ph 2, 8 : Il s’est humilié en devenant obéissant jusqu’à la mort, et à la mort de la croix ; c’est pourquoi Dieu l’a élevé. C’est encore pour qu’il paraisse juger sous la forme où il a été jugé. Jb 16, 22 : Que l’homme soit jugé par Dieu comme le Fils de l’homme est jugé par son semblable. C’est aussi en raison de la clémence divine, afin que les hommes soient jugés par un homme. He 4, 15 : Nous n’avons pas un grand prêtre qui ne puisse pas compatir à nos faiblesses. Celui [qui viendra] sera donc le Fils de l’homme.
2572. Et quelle sera sa dignité ? Il viendra EN MAJESTÉ. Lc 21, 27 : On verra le Fils de l’homme venir sur une nuée avec grandes puissance et majesté. Mais que peut-on entendre par majesté ? Il faut dire que [sa] divinité, bien qu’elle apparaisse sous la forme d’un homme, apparaîtra cependant comme la divinité. C’est pourquoi l’Apôtre [dit], 1 Th 4, 15 : Le Seigneur, au commandement et à la voix de l’archange et [au son de] la trompette de Dieu, descendra du ciel. On parle aussi de cela en Ac 9. Ou bien, EN MAJESTÉ, c’est-à-dire, avec gloire, car son corps sera glorieux, et il viendra accompagné d’une société glorieuse. Ainsi, plus haut, 16, 27 : Le Fils de l’homme viendra dans la gloire.
2573. C’est pourquoi il ajoute : ESCORTÉ DE TOUS LES ANGES. Ici, il traite des ministres. On peut l’entendre des esprits célestes. Ps 103[104], 4 : Qui fait des esprits ses anges. Et pourquoi viendra-t-il avec ceux-ci ? Parce qu’ils sont les gardiens des hommes. Ps 90[91], 11 : Dieu t’a envoyé ses anges. Ils seront donc présents comme témoins, car les bons ont été placés sous leur garde, mais non les mauvais, puisqu’ils les ont repoussés. Is 1, 7 : Nous avons guéri Babylone, mais elle n’est pas en santé. Ou bien, TOUS LES ANGES, c’est-à-dire les prédicateurs ou les docteurs de la vérité. Ml 2, 7 : Les lèvres du prêtre gardent la science et on cherche la justice dans sa bouche. À eux revient le pouvoir judiciaire, comme le dit Augustin. Is 3, 14 : Le Seigneur viendra pour juger et tous ses saints avec lui. Pr 31, 23 : Aux portes de la ville, son mari est connu, et il siège parmi les anciens du pays.
2574. Vient ensuite le pouvoir judiciaire : ALORS IL PRENDRA PLACE SUR SON TRÔNE DE MAJESTÉ. Nous ne devons pas entendre cela d’un trône corporel, mais son trône, ce sont les hommes saints et les anges. En eux il trônera, car il exercera le jugement par eux. Au sujet des hommes, il est dit plus haut, 19, 28, qu’ils siégeront sur douze trônes, etc. Au sujet des anges, il est dit en Col 1, 16 : Soit les Trônes, soit les Dominations, etc., et dans Ps 79[80], 3 : Tu trônes au-dessus des Chérubins, et Ps 9, 5 : Tu t’es assis sur le trône, toi qui juges avec justice.
2575. Ensuite, le rassemblement est présenté et, en second lieu, la séparation.
[Le Seigneur] dit donc : DEVANT LUI SERONT RASSEMBLÉES TOUTES LES NATIONS. Par NATIONS, ce ne sont pas seulement les nations qui sont indiquées, mais tous les hommes qui sont nés depuis Adam jusqu’à la fin du monde. 2 Co 5, 10 : Nous tous devrons nous tenir devant le tribunal du Christ, afin que chacun rende compte de ce qu’il a fait, en bien ou en mal, alors qu’il était dans la chair. Parmi ceux-ci [se trouveront] même les tout-petits qui sont nés, car, même s’ils n’ont aucun mérite personnel, ils ont cependant quelque chose, à savoir, la faute due au péché du premier homme, ou la grâce issue du sacrement du Christ.
2576. Il faut donc remarquer que tous ceux-là ne seront pas rassemblés au même [endroit], mais il y aura quatre groupes parmi ceux qui comparaîtront en jugement. En effet, certains comparaîtront afin d’être jugés selon l’évaluation de leurs mérites ; certains d’entre eux seront condamnés, d’autres seront sauvés. Certains [comparaîtront] afin de recevoir leur sentence sans évaluation [de leurs mérites]. En effet, on dit de quelqu’un qu’il est jugé de deux façons : soit pour recevoir sa sentence, car tous seront soit récompensés, soit punis ; ou bien, [on dit] qu’il est jugé, à savoir, pour rendre compte selon l’évaluation de ses mérites. Et cette évaluation ne sera pas nécessaire pour tous, car seront surtout évalués les péchés et les mérites de ceux qui ont été unis au Christ par la foi. En effet, ceux qui sont totalement étrangers au Christ n’ont pas besoin d’évaluation, selon ce qui est dit en Jn 3, 18 : Celui qui ne croit pas a déjà été jugé. Grégoire donne un exemple : « Celui qui s’occupe de son ennemi dans une guerre n’attend pas que [celui-ci] soit jugé, car il a déjà été jugé ; de même, etc. » De même, il y en a certains qui n’ont rien de commun avec le monde, car ils ont tout abandonné pour le Christ, et ceux-ci se présenteront comme des juges. Ainsi, plus haut, 19, 28 : Vous qui m’avez suivi, vous siégerez sur douze trônes de la tribu d’Israël. Quels sont ceux qui seront jugés ? Les fidèles qui sont impliqués dans les questions séculières, dont certains font un bon usage, comme on lit en 1 Tm 6, 18 : Ordonne aux riches de bien agir, de devenir riches en bonnes œuvres, de donner facilement et de partager, etc. Mais ceux qui sont retenus [par elles] et y sont impliqués seront condamnés.
2577. Mais en quoi est-ce nécessaire ? Est-ce que tous ne reçoivent pas, à leur mort, ce qu’ils ont mérité ? Pourquoi seront-ils jugés ? Il faut remarquer que la récompense qui est donnée aux hommes par le juste jugement de Dieu est double : la première est le vêtement de l’âme ; la seconde est le vêtement du corps. Pour ce qui est du vêtement de l’âme, il est reçu à la mort, mais alors on recevra en même temps la gloire du corps. Ainsi, pour ce qui est de l’âme, tous reçoivent en même temps leur corps, mais, pour ce qui est de la peine, tous seront condamnés en même temps. Is 24, 22 : Ils seront rassemblés en une seule gerbe, parce qu’ils sont unis dans le péché.
2578. Nous pouvons comprendre ce rassemblement comme un rassemblement dans un lieu, car tous seront rassemblés dans un seul lieu. Jl 3, 2 : Je rassemblerai toutes les nations et je les mènerai dans la vallée de Josaphat, car ceux qui sont sauvés sont sauvés par la passion du Christ, et ceux qui sont condamnés sont condamnés à cause de leur mépris de sa passion. C’est pourquoi là aura lieu le jugement où a eu lieu la passion du Christ. Et il faut comprendre que les bons viendront au-devant de lui dans les airs, mais que certains demeureront sur terre. Selon Origène, ce rassemblement ne se fera pas dans un lieu, on sera éparpillé et rassemblé en divers endroits. C’est ce que laisse entendre ce qui est dit plus haut, 24, 27 : Comme l’éclair surgit de l’orient et se rend jusqu’au couchant, ainsi en sera-t-il de l’avènement du Fils de l’homme, car où qu’on soit, on sera présent là. [Origène] veut donc que ce soit un rassemblement spirituel, car maintenant certains sont éloignés [du Seigneur], et d’autres se tiennent avec lui ; mais alors tous seront rassemblés. Is 40, 5 : Toute chair verra le salut de notre Dieu.
2579. Ensuite, il traite de la séparation : ET IL LES SÉPARERA LES UNS DES AUTRES, COMME LE BERGER SÉPARE LES BREBIS DES BOUCS. Premièrement, [la séparation] est présentée en fonction du nom ; deuxièmement, en fonction du lieu, en cet endroit : IL PLACERA LES BREBIS À SA DROITE, etc. [25, 33].
2580. Il dit donc : IL LES SÉPARERA LES UNS DES AUTRES. Remarquez qu’aussi longtemps que dure le monde, les mauvais sont mêlés aux bons. Il n’existe pour ainsi dire pas de société où ne se trouvent des mauvais. Ct 2, 2 : Comme un lis parmi les épines, ainsi est mon amie parmi les filles. Mais, lors de ce jugement, les mauvais seront d’un côté et les bons de l’autre. Si 35 : Il séparera les brebis des boucs.
2581. Mais pourquoi appelle-t-il les bons des brebis ? C’est pour quatre raisons. En effet, on trouve chez les brebis l’innocence. 2 R [Sm] 24, 17 : Ceux qui sont des brebis, qu’ont-ils fait ? [On trouve] aussi la patience. Is 53, 7 : Comme une brebis, il sera conduit à l’abattoir, et comme un agneau, il se taira devant celui qui le tond, et il n’ouvrira pas la bouche. De même, Ps 43[44], 22 : Nous avons été considérés comme des brebis destinées à l’abattoir. [On trouve] encore l’obéissance, car elles se rassemblent à la voix du pasteur. Jn 10, 27 : Mes brebis entendent ma voix. [On trouve] aussi une abondance de fruits : comme nous recevons plusieurs fruits d’une seule brebis, ainsi abondent les fruits des bons. Ez 34, 3 : Vous buviez du lait et vous étiez habillés de laine.
De même, par les boucs, [le Seigneur] désigne les pécheurs, car c’est un animal qui se promène dans les précipices. Il est aussi ardent à l’accouplement et possède un caractère revêche. De même était-il offert pour le péché.
2582. Ensuite est présentée la séparation en fonction du lieu : IL PLACERA LES BREBIS À SA DROITE, ET LES BOUCS À SA GAUCHE. Qu’entend-on par la droite et par la gauche ? On peut dire que cela se produira à la lettre, que les bons seront placés à droite, et les mauvais ailleurs. Ou bien, [on dit cela] parce que la droite est plus noble. Ainsi, ceux qui sont bons auront une situation plus noble, car ils viendront vers le Christ dans les airs.
Origène repousse cela vers la récompense finale, car ceux qui ont orienté leur intention vers Dieu seront à droite, c’est-à-dire qu’ils auront une récompense éternelle. Qo 10, 2 : Le cœur du sage est à droite, et le cœur de l’insensé, à gauche. Aussi Pr 4, 27 : Le Seigneur connaît les sentiers qui vont à droite ; ceux qui vont à gauche sont détournés.
2583. ALORS LE ROI DIRA À CEUX QUI SONT À DROITE, etc. Ici, il est question du jugement : premièrement, la sentence touchant les bons est prononcée ; deuxièmement, [la sentence touchant] les mauvais ; troisièmement, il propose un complément.
À propos du premier point, [le roi] fait trois choses : premièrement, la sentence est présentée ; deuxièmement, l’admiration de ceux qui doivent être sauvés ; troisièmement, la satisfaction. Le second point [se trouve] en cet endroit : ALORS LES JUSTES LUI RÉPONDRONT [25, 37] ; le troisième, en cet endroit : ET LE ROI LEUR RÉPONDRA [25, 40].
À propos du premier point, il fait deux choses : premièrement, il invite à la récompense ; deuxièmement, il [la] compare au mérite.
2584. [Le Seigneur] dit donc : ALORS LE ROI DIRA. [Le Seigneur] l’appelle ROI, car il appartient au roi de juger. Pr 20, 8 : Le roi qui siège sur son trône dissipe tout mal par son regard. Mais une question se pose : cela se fera-t-il par une sentence orale ? Certains disent que cela se fera oralement et que le jugement prendra beaucoup de temps. C’est ce que disait Lactance, qu’il durerait mille ans. Mais cela n’est pas vrai. Cela doit être mis en rapport avec une parole intérieure qui conduit à la connaissance des hommes, car les bons sont dignes de gloire et les mauvais, de peine. Ce qu’ils diront ne se fera donc pas par voie orale, mais selon une inspiration intérieure. C’est ce que dit Augustin : « Par la puissance divine, ce que chacun a fait lui apparaîtra. » Cela est clair par ce que dit l’Apôtre, Rm 2, 15 : Leur conscience leur rendra témoignage et leurs pensées les accuseront ou les défendront, le jour où le Seigneur jugera les secrets des hommes, etc. Il faut donc mettre ceci en rapport avec une parole intérieure.
2585. Et [le Seigneur] semble toucher trois choses, car l’invitation est présentée, la raison de la sentence et la récompense. L’invitation : VENEZ, LES BÉNIS DE MON PÈRE. Mais pourquoi dit-il : LES BÉNIS DE MON PÈRE ? Parce qu’il n’en adviendra pas selon notre mérite, mais selon que cela sera confirmé par le mérite du Christ. Ainsi, Ap 3, 21 : Celui qui aura vaincu, je lui donnerai de s’asseoir avec moi sur mon trône, comme moi-même j’ai vaincu et me suis assis avec mon Père sur son trône. Lc 22, 29 : Voici que je dispose pour vous du royaume comme mon Père en a disposé pour moi. Moi, en tant qu’homme, en tant que je jouis du Verbe. Aussi, en ce qui concerne le corps. Ph 3, 21 : Il transfigurera notre corps de misère pour le conformer à son corps de gloire. VENEZ, c’est-à-dire devenez conformes. 1 Jn 3, 2 : Lorsqu’il paraîtra, nous lui seront semblables. Mais est-ce que les bons ne sont pas maintenant unis à Dieu ? Je dis qu’il en est ainsi en vertu d’une charité qui n’est pas totale, et aussi par une foi énigmatique ; mais alors, ils seront rassemblés dans une charité totale et dans une foi sans énigme, car le corps qui se corrompt alourdit l’âme et notre demeure terrestre écrase l’esprit qu’habitent de nombreuses pensées, Sg 9, 15.
2586. La cause de cette récompense est double : la cause de la damnation vient de l’homme ; la cause du salut vient de Dieu. Os 13, 9 : De toi vient ta perte, Israël ; en moi seul est ton secours. Nous trouvons donc une cause temporelle et une cause éternelle du salut : [la cause] temporelle est l’ajout de la gloire, et cela est touché : VENEZ, LES BÉNIS DE MON PÈRE. Pour lui, dire, c’est faire. Ainsi, Ps 32[33], 9 : Il parla, et cela fut. De sorte que pour lui, bénir, c’est infuser la grâce. Aussi dit-il : [DE MON] PÈRE, car cela ne vient pas de nous, mais de Dieu. Jc 1, 17 : Tout don excellent, tout don parfait vient d’en haut et descend du Père des lumières. De même, une autre cause est la prédestination de Dieu, et cela est signalé lorsqu’il dit : UN ROYAUME VOUS A ÉTÉ PRÉPARÉ. Aussi l’Apôtre [dit-il] en Rm 8, 30 : Ceux qu’il a prédestinés, il les a appelés. Is 64, 4 : L’œil n’a pas vu, l’oreille n’a pas entendu ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment. Et il dit : DEPUIS LE COMMENCEMENT DU MONDE.
2587. Mais comment cela peut-il se faire ? Ne les a-t-il pas choisis depuis l’éternité ? Il nous a choisis avant l’établissement du monde, Ep 1, 4. Il faut dire qu’il a choisi depuis l’éternité, mais qu’il l’a manifesté depuis l’établissement du monde. Mais quelle est cette récompense qu’il indique : PRENEZ POSSESSION DU ROYAUME QUI VOUS A ÉTÉ PRÉPARÉ ? Et quel est ce royaume ? Ce royaume est le royaume des cieux. Ps 144[145], 13 : Ton royaume, Seigneur, est un royaume pour tous les siècles. Celui qui possède Dieu possède le royaume. Ap 5, 10 : Tu as fait de nous pour notre Dieu un royaume et des prêtres. Mais quelqu’un pourrait dire : « Je ne veux pas régner ; il me suffit de ne pas être damné. » Cela ne peut se faire. Ou bien tu seras roi et tu posséderas le royaume ; ou bien tu seras damné.
2588. Et il dit : PRENEZ POSSESSION, c’est-à-dire entrez en possession. Entrer en possession convient à celui qui avait un droit. Nous avions ce droit en vertu d’une disposition divine ; aussi, en vertu de l’acquisition par le Christ, et aussi, de sa grâce. Ep 1, 14 : Ce sont les arrhes de notre héritage. On appelle encore possession le fait de détenir paisiblement ; la pleine maîtrise est donc indiquée. Maintenant, nous possédons Dieu, mais non pas d’une manière paisible, car l’homme est troublé de bien des façons ; mais alors, la possession sera paisible. 1 P 3, 9 : Vous avez été appelés à posséder en héritage la bénédiction. Plus haut, 18, 29 : Il possédera la vie éternelle.
2589. CAR J’AI EU FAIM, ET VOUS M’AVEZ DONNÉ À MANGER, etc. Plus haut, on a présenté la sentence pour ce qui est de la récompense ; ici, on présente le mérite. Par cela, nous devons considérer que la cause de la béatitude est double : l’une, du côté de Dieu, c’est-à-dire la bénédiction de Dieu ; l’autre, de notre côté, c’est-à-dire le mérite qui vient du libre arbitre. En effet, les hommes ne doivent pas être négligents, mais [ils doivent] coopérer à la grâce de Dieu, comme il est dit en 1 Co 15, 10 : C’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis, et la grâce de Dieu n’a pas été vaine en moi.
2590. Mais il existe de nombreux bons mérites, [et pourtant] il n’est fait mention que des œuvres de miséricorde. À cause de cela, certains ont pris occasion de se tromper en disant qu’on n’est sauvé que par les œuvres de miséricorde ou qu’on est damné en raison de leur omission, de sorte que si quelqu’un a commis beaucoup de péchés et qu’il s’applique aux œuvres de miséricorde, il sera sauvé, conformément à ce que [dit] Dn 4, 24 : Rachète tes péchés par des aumônes, et tes injustices en témoignant de ta compassion aux pauvres, à l’encontre de ce qu’on lit en Rm 1, 32 : Ceux qui agissent ainsi, à savoir, qui commettent des péchés, sont dignes de mort. Et Ga 5, 21, après l’énumération des péchés charnels, dit : Ceux qui font de telles choses ne posséderont pas le royaume de Dieu.
Il ne faut donc pas adopter [cette position]. Mais il pourrait arriver que quelqu’un fasse abstinence et pénitence, et ainsi il peut être libéré par l’aumône. En effet, l’homme doit commencer par se faire l’aumône à lui-même. Si 30, 24 : Avoir pitié de ton âme, cela plaît à Dieu. Et pourquoi mentionne-t-on davantage ces œuvres que d’autres ? Selon Grégoire, il faut dire que [le Seigneur] propose celles-ci parce qu’elles sont les plus petites : en effet, si on ne fait pas celles-ci, qui sont dictées par la nature, à bien plus forte raison ne fera-t-on pas les autres. Cela est conforme aux paroles de l’évangile, car [les Pharisiens] disent : Comment ? Nous t’avons vu manger et nous avons été frappés de stupeur, etc., comme s’ils disaient : « Cela est peu de chose. » Et comme ils estiment que cela est peu de chose, le Seigneur relève [ces œuvres] en disant : CE QUE VOUS AVEZ FAIT À L’UN DE MES FRÈRES, C’EST À MOI QUE VOUS L’AVEZ FAIT [25, 40].
2591. Augustin dit que tous pèchent dans le monde, mais que tous ne sont pas damnés, mais seulement ceux qui ne se repentent pas et ne satisfont pas. Mais celui qui pèche et promet de satisfaire par des œuvres de miséricorde est sauvé. Origène dit que, sous les œuvres de miséricorde, tout ce qui est bon est exprimé ou omis en raison de l’omission de ces œuvres. Et il est indiqué que l’aumône n’est pas faite seulement au prochain, mais à soi-même : en effet, si nous nourrissons celui qui a faim, à bien plus forte raison devons-nous nous nourrir nous-mêmes qui avons faim, et il en va ainsi des autres œuvres. De même, il n’y a pas que les aumônes temporelles, mais aussi les spirituelles. Ainsi, tout ce que l’homme fait soit pour son propre bien, soit pour celui du prochain, est inclus dans les œuvres de miséricorde. De sorte que tout est inclus soit sous celles-ci, soit sous leur contraire.
2592. Il existe sept œuvres de miséricorde, mais six seulement sont abordées. Ces sept se trouvent dans le vers : « Je visite, je donne à boire, je nourris, je rachète, je couvre, je recueille, j’ensevelis. » Mais la sépulture n’est pas touchée ici. Pourquoi ? Pour écarter l’erreur de certains qui disent que les âmes ne trouvent pas le repos avant que le corps ne soit enseveli. Mais cela n’est pas vrai, car l’âme ne reçoit rien du corps lorsqu’elle en est séparée. [Le Seigneur] présente donc les six qui sont consacrées aux carences. Et parce qu’il y a une carence générale et une carence particulière, il traite en premier lieu de [la carence] générale et, en second lieu, de [la carence] particulière. Et parce que [la carence] générale peut venir soit de l’extérieur, soit de l’intérieur, il aborde d’abord la carence venant de l’intérieur et, en second lieu, de l’extérieur.
2593. Il dit donc : J’AI EU FAIM, ET VOUS M’AVEZ DONNÉ À MANGER. On lit cela en Is 58, 7 : Romps le pain avec celui qui a faim. J’AI EU SOIF, ET VOUS M’AVEZ DONNÉ À BOIRE, car vous avez donné au prochain en mon nom. Ainsi, plus haut, 10, 42 : Celui qui aura donné une coupe d’eau fraîche à l’un des plus petits des miens ne manquera pas d’être récompensé. [Il est question] de ces deux choses en Pr 25, 21 : Si ton ennemi a faim, donne-lui à manger ; s’il a soif, donne-lui de l’eau à boire. Il existe aussi des carences venues de l’extérieur, et elles sont au nombre de deux, à savoir, la couverture portée ou [l’abri] partagé. Il dit donc : J’ÉTAIS UN ÉTRANGER, ET VOUS M’AVEZ ACCUEILLI. He 13, 2 : N’oubliez pas l’hospitalité : grâce à elle, certains ont accueilli des anges.
2594. En ce qui concerne la couverture portée, il dit : J’ÉTAIS NU, ET VOUS M’AVEZ VÊTU. Jb 31, 19 : Je n’ai pas rejeté le passant parce qu’il n’avait pas de vêtement, puis vient ensuite : Lorsque tu vois qu’il est nu, couvre-le.
Il existe aussi des carences particulières et, parmi celles-ci, certaines sont naturelles, et d’autres viennent de l’extérieur. La carence naturelle venue de l’intérieur est la maladie. C’est pourquoi il dit : J’ÉTAIS MALADE, ET VOUS M’AVEZ VISITÉ. Pour ce qui est de la carence extérieure, il dit : J’ÉTAIS PRISONNIER, ET VOUS ÊTES VENU ME VOIR. On peut entendre par la prison toute tribulation. He 10, 34 : Car maintenant vous avez supporté les liens.
2595. ALORS LES JUSTES LUI RÉPONDRONT. Ici est présentée la réponse intérieure. C’est le propre des esprits bons que ce qu’ils font pour Dieu, ils l’estiment peu de chose. Lc 17, 10 : Lorsque vous aurez fait tout ce qui vous a été commandé, dites : « Nous sommes des serviteurs inutiles. » Rm 8, 18 : J’estime que les souffrances du présent ne sont pas comparables à la gloire future qui sera révélée en nous. Ils disent donc qu’ils l’ont fait sans le savoir et ils disent cela en estimant qu’il s’agissait de peu de chose. [Ils disent] donc : QUAND T’AVONS-NOUS VU ET T’AVONS-NOUS NOURRI, etc. ? Ils diront cela en s’étonnant.
2596. ET LE ROI LEUR RÉPONDRA. [Le Seigneur] répond à cet étonnement, car lorsque l’homme s’humilie, Dieu l’élève, et lorsque l’homme se considère comme peu de chose, Dieu le louange. Ainsi, CHAQUE FOIS QUE VOUS L’AVEZ FAIT POUR L’UN DES PLUS PETITS DE MES FRÈRES, C’EST POUR MOI QUE VOUS L’AVEZ FAIT. Plus haut, 10, 40 : Celui qui vous accueille m’accueille, car la tête et les membres ne forment qu’un seul corps. Et il dit À MES FRÈRES, car ceux qui font la volonté de Dieu sont des frères. Ainsi, il est dit plus haut, 12, 48, qu’en étendant la main vers les disciples, [le Seigneur] dit : Voici mes frères. Par cela est indiqué qu’il faut donner aux bons. Si 12, 4 : Donne au bon, et n’accueille pas le pécheur.
Mais ne faut-il pas donner au pécheur ? Il faut donner lorsqu’il est dans un besoin extrême, mais aux justes d’abord, avant lui. C’est pourquoi [le Seigneur] dit : À MES FRÈRES. En effet, beaucoup se présentent qui ne sont pas des frères en Dieu. 1 Jn 4, 3 : Tout esprit qui se détache de Jésus ne vient pas de Dieu. Ainsi, toutes choses étant égales, nous devons d’abord donner aux bons ; toutefois, en cas d’indigence, il faut aussi donner aux mauvais en temps de nécessité, non pas pour encourager le péché, mais [pour encourager] la nature. Est-ce que tous sont les frères de Dieu ? Oui, mais certains selon la nature, et certains selon la grâce : selon la nature, tous les bons et les mauvais. 2 Co 11, 26 : Les faux frères sont un danger ; selon la grâce, seuls les bons [le sont]. Rm 8, 29 : Il est le premier-né de nombreux frères. À ceux-là il faut principalement montrer de la compassion et subvenir. Ainsi, l’Apôtre [dit] en Ga 6, 10 : Lorsque nous en avons le temps, faisons du bien à tous, et surtout à ceux qui nous sont proches par la foi.
Mais pourquoi [le Seigneur] dit-il : AUX PLUS PETITS ? Il dit cela selon l’opinion des gens ordinaires. Il est clair que les hommes qui sont petits à cause de Dieu sont considérés comme les plus petits, Jc 3. Ils sont aussi les plus petits par l’humilité, plus haut, 11, 25 : Tu as caché cela aux sages et aux prudents, et tu l’as révélé aux petits. Et il parle a minori, car certains pourraient dire : « Si j’ai fait cela pour un égal ou pour un grand, je crois que cela me sera rendu. » C’est pourquoi le Seigneur dit [que cela ne doit pas être fait] seulement pour les grands, mais pour les imparfaits. Il dit donc : AUX PLUS PETITS.
2597. ALORS LE ROI DIRA À CEUX QUI SERONT À SA GAUCHE. Ici est présentée la condamnation des mauvais. Premièrement, la condamnation est présentée ; deuxièmement, leur justification ; troisièmement, leur réfutation.
À propos du premier point, il présente [d’abord] la sentence ; en second lieu, la peine.
2598. Il dit donc : ÉCARTEZ-VOUS DE MOI, MAUDITS. Cette sentence est différente de la première, car, dans la première, il disait : VENEZ, LES BÉNIS DE MON PÈRE ; mais ici, il ne dit pas : MAUDITS DE MON PÈRE, car notre bénédiction vient de Dieu, mais la malédiction vient de nous. En He 5 et Dt 23, 5, il change la bénédiction en malédiction. La différence est aussi que, plus haut, il a dit : PRENEZ POSSESSION DU ROYAUME PRÉPARÉ POUR VOUS, etc. ; mais ici, il dit : ALLEZ AU FEU ÉTERNEL QUI A ÉTÉ PRÉPARÉ POUR LE DIABLE ET SES ANGES. Pour quelle raison ? Origène dit qu’ » il n’a pas donné de peines à cause des hommes, mais qu’eux-mêmes se donnent la mort de leurs propres mains ». Is 31, 7 : En ce jour-là, l’homme rejettera les idoles faites avec son or et son argent, que vous aviez faites de vos propres mains. Mais quelqu’un peut dire : « Est-ce que le Seigneur n’a pas fait le Diable bon ? » Remarquez que le Seigneur parle de la préparation selon que celle-ci se manifeste aux origines du monde. Or, le Diable a péché dès l’origine. [Le Seigneur] n’a donc pas préparé [un feu éternel] pour l’Ange, qui, pour ce qui est de sa nature, a été créé bon, mais en raison du péché.
2599. J’AI EU FAIM. Ici, il n’y a rien d’autre à dire qu’il parle différemment aux bons et aux mauvais, car, plus haut, il a dit chaque chose explicitement, mais ici, il regroupe plusieurs choses. Ainsi, [il dit] : [J’ÉTAIS] MALADE ET EN PRISON. Et parce qu’il regroupe ces deux choses, il faut dire qu’il procède comme un bon juge qui condamne malgré lui et récompense généreusement. Ainsi, il amplifie les paroles de récompense et abrège [les paroles] de condamnation.
2600. ALORS CEUX-CI LUI RÉPONDRONT. Remarquez que, de même que les bons diminuent le bien [qu’ils ont fait], de même les mauvais [diminuent-ils] leurs fautes. Ils disent donc : SEIGNEUR, QUAND T’AVONS-NOUS VU AFFAMÉ ET ASSOIFFÉ, etc. ? Ils disent tout en même temps, par quoi il faut comprendre qu’ils n’examinent pas volontiers leurs consciences, à l’encontre de Is 46, 8 : Prévaricateurs, revenez à votre cœur ! Ainsi, lorsqu’il faut [y] revenir, ils [y] reviennent très brièvement.
2601. Vient ensuite la réfutation : EN VÉRITÉ, JE VOUS LE DIS, CHAQUE FOIS QUE VOUS NE L’AVEZ PAS FAIT, etc. On lit quelque chose de semblable en Lc 10, 16 : Celui qui vous méprise me méprise. Za 2, 8 : Celui qui vous aura touchés a touché à la pupille de mes yeux.
2602. ALORS ILS S’EN IRONT AU TOURMENT ÉTERNEL, etc. Une fois présentée la sentence, l’effet est présenté. ALORS ILS S’EN IRONT AU TOURMENT ÉTERNEL. Il avait dit plus haut : AU FEU ÉTERNEL, car il pourrait se faire qu’il y ait un feu éternel, qui cependant ne torturerait pas éternellement. C’est pourquoi il dit : AU TOURMENT. ET LES JUSTES [S’EN IRONT] À UNE VIE ÉTERNELLE. Jn 17, 3 : Telle est la vie éternelle : qu’ils te connaissent toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus, le Christ. Qu’il existe un tourment éternel, on le lit en Dn 12, 2 : Beaucoup de ceux qui dorment dans la poussière se réveilleront, certains pour une vie éternelle, d’autres pour leur honte, afin de voir pour toujours. Ap 20, 15 : Il fut envoyé dans un étang de feu et de soufre, où étaient tourmentés nuit et jour les bêtes et les faux prophètes pour les siècles des siècles. Is 66, 24 : Les vers [qui les rongent] ne mourront pas et le feu [qui les brûle] ne s’éteindra pas. Quelle est la cause de ce tourment ? Certains, comme Origène, ont voulu qu’il n’y ait pas de tourment éternel. Ils affirment donc que tout tourment cessera. [Origène] dit donc que ce qui a été dit ici l’a été par exagération. Mais Augustin le réfute : s’il en est ainsi, lorsqu’on dit que les justes iront dans une vie éternelle, on le dit également par exagération. Mais cela est dit en raison de la longue durée, comme même Origène le concède. Et cela est détestable qu’il y ait une telle diversité dans la même Écriture. Que cela ne puisse être, on le voit clairement de la manière suivante : la justice exige qu’une peine égale réponde à la faute. En effet, de la mesure dont vous mesurez on mesurera pour vous, 7, 1.
2603. Mais comment, après la mort, le tourment éternel sera-t-il autant reporté ? Grégoire répond en disant que Dieu est juge de la volonté, de sorte que celui qui n’a pas retenu [sa] volonté de pécher jusqu’à la mort a péché pour l’éternité. Il mérite donc d’être puni pour l’éternité. Augustin dit ceci : « Nous voyons que la peine doit être égale à la faute. Il en est ainsi selon la justice humaine : si quelqu’un pèche contre la société civile, le juge n’a la mort comme but que pour [le] séparer de la société de la cité d’une manière perpétuelle. Mais celui [qui pèche] contre Dieu, [Dieu] entend l’exclure de la société de la cour céleste. » Selon Hilaire, la peine est due pour la faute. Or la peine n’est détruite que par la charité. Donc, aussi longtemps que l’homme n’a pas la charité, il est juste qu’il soit toujours dans la peine. Du fait qu’il n’a pas eu la charité en cette vie, il est donc nécessaire qu’il demeure toujours dans la peine. On objecte aussi que les saints prieront et qu’ils seront exaucés. Donc, etc. Grégoire dit qu’alors qu’ils sont en route, les saints sont exaucés pour eux, mais non après. De même, on objecte : Dieu ne se délecte pas de la peine ; comment donc affligera-t-il sans fin ? Il faut dire que, même s’il ne [s’en] délecte pas, il fait cependant cela pour maintenir sa justice.
Leçon 1 [Matthieu 26, 1‑16] 26, 1 Et il arriva, quand Jésus eut achevé tous ces discours, qu’il dit à ses disciples : 26, 2 « Vous savez que la Pâque aura lieu dans deux jours, et le Fils de l’homme va être livré pour être crucifié. » 26, 3 Alors les grands prêtres et les anciens du peuple se réunirent dans le palais du Grand Prêtre, qui s’appelait Caïphe, 26, 4 et se concertèrent afin d’arrêter Jésus par ruse et de le tuer. 26, 5 Ils disaient toutefois : « Mais non pas le jour de la fête, afin d’éviter un tumulte parmi le peuple ! »
26, 6 Comme Jésus se trouvait à Béthanie, chez Simon le lépreux, 26, 7 une femme s’approcha de lui, avec un flacon d’albâtre d’un parfum précieux, et elle le versa sur sa tête, pendant qu’il était à table. 26, 8 À cette vue, les disciples furent indignés : « Pourquoi ce gaspillage ? » dirent-ils. 26, 9 « Cela pouvait être vendu bien cher et donné à des pauvres. » 26, 10 Jésus s’en aperçut et leur dit : « Pourquoi tracassez-vous cette femme ? Elle a accompli une bonne action pour moi. 26, 11 Car il y aura toujours des pauvres parmi vous, mais moi, vous ne m’aurez pas toujours. 26, 12 En versant ce parfum sur mon corps, c’est pour l’ensevelir qu’elle l’a fait. 26, 13 En vérité, je vous le dis, partout où sera proclamé cet évangile dans le monde entier, sera redit à sa mémoire ce qu’elle vient de faire. »
26, 14 Alors, l’un des Douze, qui s’appelait Judas Iscariote, se rendit auprès des grands prêtres 26, 15 et il leur dit : « Que voulez-vous me donner, et moi je vous le livrerai ? » Ceux-ci lui versèrent trente pièces d’argent. 26, 16 Et à partir de ce moment-là, il cherchait une occasion favorable pour le livrer.
Leçon 2 [Matthieu 26, 17‑25] 26, 17 Le premier jour des Azymes, les disciples s’approchèrent de lui et lui dirent : « Où veux-tu que nous te préparions de quoi manger la Pâque ? » 26, 18 Il dit : « Allez à la ville, chez un tel, et dites-lui : “Le Maître te fait dire : ‘Mon temps est proche, c’est chez toi que je vais faire la Pâque avec mes disciples.’” » 26, 19 Les disciples firent comme Jésus le leur avait ordonné et préparèrent la Pâque.
26, 20 Le soir venu, il était à table avec les Douze. 26, 21 Et tandis qu’ils mangeaient, il dit : « En vérité, je vous le dis, l’un de vous me livrera. » 26, 22 Ils furent attristés. Chacun se mit à lui dire : « Serait-ce moi, Seigneur ? » 26, 23 Il répondit : « Celui qui met avec moi la main dans le plat, celui-là me trahira ! 26, 24 Le Fils de l’homme s’en va comme il est écrit de lui ; mais malheur à l’homme par qui le Fils de l’homme est livré ! Il aurait mieux valu qu’il ne fût pas né ! » 26, 25 Judas, celui qui le trahissait, lui répondit : « Serait-ce moi, Seigneur ? » Le Seigneur lui répondit : « Tu l’as dit ».
Leçon 3 [Matthieu 26, 26] 26, 26 Tandis qu’ils mangeaient, Jésus prit du pain, le bénit, le rompit et le donna à ses disciples. Il dit : « Prenez, mangez, ceci est mon corps. »
Leçon 4 [Matthieu 26, 27‑29] 26, 27 Puis, prenant une coupe, il rendit grâce et la leur donna en disant : « Buvez-en tous ; 26, 28 car ceci est mon sang, le sang d’une nouvelle alliance, qui va être répandu pour un grand nombre en rémission des péchés. 26, 29 Je vous le dis, je ne boirai plus désormais de ce produit de la vigne jusqu’au jour où je le boirai avec vous de nouveau dans le Royaume de mon Père. »
Leçon 5 [Matthieu 26, 30‑46] 26, 30 Après avoir dit l’hymne, ils partirent vers le mont des Oliviers. 26, 31 Alors Jésus leur dit : « Vous tous, vous allez succomber à cause de moi, cette nuit même. En effet, il est écrit : “Je frapperai le pasteur, et les brebis du troupeau seront dispersées.” 26, 32 Mais après ma résurrection, je vous précéderai en Galilée. » 26, 33 Prenant la parole, Pierre lui dit : « Même si les autres sont scandalisés à cause de toi, moi je ne serai jamais scandalisé. » 26, 34 Jésus lui dit : « En vérité, je te le dis : en cette nuit même, avant que le coq ne chante, tu me renieras trois fois. » 26, 35 Pierre lui dit : « Dussé-je mourir avec toi, non, je ne te renierai pas. » Et tous les disciples parlèrent de même. 26, 36 Alors, Jésus se dirigea avec eux vers un domaine appelé Gethsémani, et il dit aux disciples : « Restez ici, tandis que je m’en irai là-bas pour prier. » 26, 37 Et prenant avec lui Pierre et les deux fils de Zébédée, il commença à ressentir tristesse et angoisse. 26, 38 Alors il leur dit : « Mon âme est triste à en mourir, demeurez ici et veillez avec moi. » 26, 39 Étant allé un peu plus loin, il tomba face contre terre en faisant cette prière : « Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas comme je veux, mais comme tu veux. » 26, 40 Puis il vint vers les disciples et les trouva endormis, et il dit à Pierre : « Ainsi, vous n’avez pas pu veiller une heure avec moi ! 26, 41 Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation : car l’esprit est ardent, mais la chair est faible. » 26, 42 À nouveau, pour la deuxième fois, il s’en alla prier : « Mon Père, dit-il, si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que ta volonté soit faite ! » 26, 43 Puis il vint et les trouva à nouveau endormis ; car leurs yeux étaient appesantis. 26, 44 Il les laissa et s’en alla de nouveau prier une troisième fois, en tenant le même langage. 26, 45 Alors il vient vers les disciples et leur dit : « Désormais vous pouvez dormir et vous reposer : voici qu’approche l’heure où le Fils de l’homme va être livré aux mains des pécheurs. 26, 46 Levez-vous ! Allons ! Voici qu’approche celui qui me livrera. »
Leçon [Matthieu 26, 47‑56] 26, 47 Comme il parlait encore, voici que vint Judas, l’un des Douze, et avec lui une bande nombreuse, armée de glaives et de bâtons. Ils étaient envoyés par les grands prêtres et les anciens du peuple. 26, 48 Or, celui qui le trahissait leur avait donné ce signe : « Celui à qui je donnerai un baiser, c’est lui ; arrêtez-le. » 26, 49 Et il s’approcha aussitôt de Jésus en disant : « Salut, Rabbi », et il l’embrassa. 26, 50 Mais Jésus lui dit : « Ami, pourquoi es-tu venu ? » Alors, s’avançant, ils mirent la main sur Jésus et l’arrêtèrent. 26, 51 Et voilà qu’un des compagnons de Jésus, portant la main à son glaive, le sortit. Il frappa le serviteur du grand prêtre et lui amputa l’oreille. 26, 52 Alors Jésus lui dit : « Remets ton glaive à sa place ; car tous ceux qui prennent le glaive périront par le glaive. 26, 53 Penses-tu donc que je ne pourrais pas faire appel à mon Père ? Et il me fournirait immédiatement plus de douze légions d’anges ? 26, 54 Comment alors s’accompliraient les Écritures d’après lesquelles il doit en être ainsi ? » 26, 55 À ce moment-là Jésus dit aux foules : « Vous êtes venus pour vous emparer de moi avec des glaives et des bâtons comme si j’étais un brigand ? Chaque jour j’étais parmi vous dans le temple à enseigner, et vous ne m’avez pas arrêté. » 26, 56 Or, tout ceci arriva pour que s’accomplissent les Écritures des prophètes. Alors les disciples l’abandonnèrent tous et prirent la fuite.
Leçon 7 [Matthieu 26, 57‑75] 26, 57 Ceux qui avaient arrêté Jésus le menèrent à Caïphe le grand prêtre, où se réunirent les scribes et les anciens. 26, 58 Mais Pierre le suivait de loin, jusqu’au palais du grand prêtre ; il pénétra à l’intérieur et s’assit avec les serviteurs pour voir le dénouement. 26, 59 Mais les grands prêtres et le Sanhédrin tout entier cherchaient un faux témoignage contre Jésus, afin de le faire mourir ; 26, 60 et ils n’en trouvèrent pas, bien que de nombreux faux témoins se présentèrent. Finalement, il s’en présenta deux, 26, 61 qui dirent : « Cet homme a dit : “Je puis détruire le temple de Dieu et le relever en trois jours !” » 26, 62 Alors le grand prêtre lui dit se levant : « Tu ne réponds rien à ce que ces gens attestent contre toi ? » 26, 63 Mais Jésus se taisait. Le grand prêtre lui dit : « Je t’adjure par le Dieu vivant de me dire si tu es le Christ, le Fils de Dieu » 26, 64 Jésus lui dit : « Tu l’as dit. D’ailleurs, je vous le déclare : vous verrez bientôt le Fils de l’homme siégeant à droite de la puissance de Dieu et venant sur les nuées du ciel. » 26, 65 Alors le grand prêtre déchira ses vêtements en disant : « Il a blasphémé ! Qu’avons-nous encore besoin de témoins ? Là, vous venez d’entendre le blasphème ! 26, 66 Que vous en semble ? » Ils répondirent : « Il mérite la mort. » 26, 67 Alors ils lui crachèrent au visage et le giflèrent ; d’autres lui donnèrent des coups 26, 68 en disant : « Fais le prophète pour nous, Christ, dis-nous qui t’a frappé ! »
26, 69 Cependant, Pierre était assis dehors, dans la cour. Une servante s’approcha de lui en disant : « Toi aussi, tu étais avec Jésus le Galiléen ! » 26, 70 Mais lui nia devant tous en disant : « Je ne sais pas de quoi tu parles. » 26, 71 Comme il sortait de la porte, une autre servante le vit et dit à ceux qui étaient là : « Celui-là était avec Jésus le Nazaréen. » 26 72 Et de nouveau il nia avec serment : « Je ne connais pas cet homme. » 26, 73 Peu après, ceux qui se tenaient là s’approchèrent et dirent à Pierre : « Sûrement, toi aussi, tu en es : et d’ailleurs ton langage te trahit. » 26, 74 Alors, il se mit à jurer avec force imprécations : « Je ne connais pas cet homme. » Et aussitôt un coq chanta. 26, 75 Et Pierre se souvint de la parole que Jésus avait dite : « Avant que le coq chante, tu m’auras renié trois fois. » Et, sortant dehors, il pleura amèrement.