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Leçon 3 – Mt 2, 10‑12, n° 210

210. Plus haut, l’évangéliste a indiqué un des motifs des mages : la persuasion par Hérode. Ici, il indique l’autre motif qui a poussé les mages à chercher le Christ, à savoir, la conduite par l’étoile, et, à ce sujet, il fait deux choses : en effet, il indique d’abord la conduite par l’étoile [2, 9] ; deuxièmement, la joie produite par cette conduite, en cet endroit : EN VOYANT L’ÉTOILE, ILS SE RÉJOUIRENT D’UNE TRÈS GRANDE JOIE [2, 10].

211. Il faut remarquer que l’étoile poursuit d’abord son mouvement parce qu’elle conduisait directement les mages au Christ ; de plus, elle manifeste par son état le lieu où se trouve l’enfant, en cet endroit : JUSQU’À CE QU’ELLE VÎNT S’ARRÊTER AU-DESSUS DE L’ENDROIT OÙ ÉTAIT L’ENFANT [2, 9].

212. Ainsi, à propos du premier point, [Matthieu] a dit : ELLE LES PRÉCÉDAIT [2, 9]. Mais par le fait qu’il dit : VOICI QUE L’ÉTOILE QU’ILS AVAIENT VUE À L’ORIENT LES PRÉCÉDAIT [2, 9], il est donné à entendre que, lorsque les mages se sont rapprochés de Jérusalem, l’étoile disparut ; mais lorsqu’ils s’éloignèrent d’Hérode, elle apparut. Or, elle disparut pour trois raisons. Premièrement, en raison de la honte des Juifs, qui, alors qu’ils avaient été instruits par la loi de rechercher le Christ et que les Gentils n’en avaient pas été instruits, néanmoins les Gentils le cherchent et les Juifs le méprisent. Ainsi s’accomplit Is 55, 5 : Les nations qui ne t’ont pas connu accourront vers toi. Deuxièmement, pour instruire les mages : en effet, non seulement le Seigneur voulut-il se manifester à eux par l’étoile, mais aussi par la loi, afin que s’ajoute ainsi à la connaissance des créatures la connaissance de la loi : Tout ce qu’on dira reposera sur deux ou trois témoins, Dt 19, 5 ; Is 8, 20 : Pour la loi et pour le témoignage. Troisièmement, pour notre instruction, et nous sommes instruits de deux choses, selon la Glose. Premièrement, que ceux qui recherchent l’aide des hommes négligent [l’aide] divine. En effet, il n’est pas permis de rechercher l’aide des hommes sans rechercher [l’aide] divine, Is 31, 1 : Malheur à ceux qui se tournent vers l’Égypte pour une aide, en mettant leur espoir dans les chevaux, en donnant leur confiance aux chars parce qu’ils sont nombreux et aux cavaliers parce qu’ils sont très robustes, et qui ne mettent pas leur confiance dans le Saint d’Israël et n’ont pas recherché le Seigneur. Deuxièmement, nous sommes instruits de ce que nous, qui sommes croyants, ne devons pas rechercher des signes comme eux, qui, voyant l’étoile, se sont réjouis, etc. ; mais nous devons nous contenter des enseignements des prophètes, parce que les signes ont été donnés aux incroyants [1 Co 14, 22].

213. En cela, il y a un double mystère. En effet, l’étoile signifie le Christ, Ap 22, 16 : Je suis la souche de David, l’étoile brillante du matin. Ainsi, par cette étoile, nous pouvons entendre la grâce de Dieu, que nous perdons lorsque nous nous approchons d’Hérode, c’est-à-dire du Diable, Ep 5, 8 : Vous étiez autrefois ténèbres, mais maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur. De plus, lorsque nous nous éloignons d’Hérode, c’est-à-dire du Diable, nous trouvons l’étoile, c’est-à-dire la grâce du Christ, comme en Ex 13, 21, où il est dit que le Seigneur précédait Israël, lorsque celui-ci sortait d’Égypte, sous l’apparence du feu, etc. Mais ici, il précédait sous l’aspect d’une étoile.

214. JUSQU’À CE QU’ELLE VÎNT S’ARRÊTER AU-DESSUS DE L’ENDROIT OÙ ÉTAIT L’ENFANT. Ici, nous comprenons deux choses. L’une, que cette étoile n’était pas très élevée, autrement elle n’aurait pas mis en évidence la maison de l’enfant. L’autre, qu’une fois achevé son rôle, l’étoile est retournée à sa matière. OÙ ÉTAIT L’ENFANT. Plusieurs fois, [Matthieu] parle de L’ENFANT afin que tu saches que c’est de lui qu’il a été dit, Is 9, 6 : Un enfant nous est né.

[2, 10]

215. Ensuite, est indiqué l’effet de la conduite par [l’étoile] pour ce qui concerne les mages. Ainsi, EN VOYANT L’ÉTOILE, ILS SE RÉJOUIRENT D’UNE TRÈS GRANDE JOIE, etc. Ils se sont réjouis en raison de l’espérance qu’ils avaient retrouvée. En effet, ils craignaient, parce qu’ils étaient venus de loin, de perdre ce en quoi ils espéraient, Rm 12, 12 : Réjouissez-vous dans l’espérance. De plus, [Matthieu] ajoute : D’UNE JOIE. En effet, certains se réjouissent, mais ne se réjouissent pas, parce que l’allégresse humaine n’est pas une joie parfaite, Pr 14, 13 : La peine habite la plus grande joie. Car, la joie véritable et parfaite vient de Dieu, Is 61, 10 : Je me réjouirai de tout cœur dans le Seigneur et mon âme exultera en mon Dieu. Troisièmement, il ajoute : GRANDE, parce que [les mages] connaissaient déjà de grandes choses sur Dieu, Dieu incarné et très miséricordieux, Is 12, 6 : Exulte et loue, maison de Sion, car le Saint d’Israël est grand au milieu de toi. Quatrièmement, il ajoute : TRÈS, parce qu’ils se réjouissaient intensément : en effet, ils avaient retrouvé ce qu’ils avaient perdu, Lc 15, 10 : Ce sera une joie pour les anges de Dieu, etc.

[2, 11]

216. ENTRANT DANS LA MAISON, ILS TROUVÈRENT L’ENFANT. [Matthieu] aborde trois choses. LA MAISON, qui, si on se demande ce qu’elle était, est décrite en Lc 2, 7. De plus, si on se demande comment était l’enfant, il ne différait en rien des autres, comme le disent les saints. Pour ce qui était de l’apparence, il ne parlait pas, il paraissait faible, et ainsi de suite. De même, si on se demande comment était la mère, on répond : comme est l’épouse d’un charpentier. Et je dis cela, parce que, s’ils avaient cherché un roi terrestre, ils auraient été scandalisés en voyant ces choses ; mais en voyant des réalités humbles et en contemplant les réalités les plus élevées, ils ont été incités à l’admiration et ils l’ont adoré. C’est ce qui [est dit] : ET, SE PROSTERNANT, ILS LUI RENDIRENT HOMMAGE. Mais pourquoi Joseph n’est-il pas mentionné ? Il faut dire que, par une disposition divine, il arriva qu’il n’était pas présent afin qu’à ceux qui étaient les prémices des nations ne soit donnée aucune raison de penser à mal.

217. Ensuite est abordé le respect qu’ils manifestèrent à l’enfant, en cet endroit : SE PROSTERNANT. Et il se produisit trois choses : ils adorèrent, ils offrirent et ils obéirent. [Matthieu] dit donc : ET, SE PROSTERNANT, ILS L’ADORÈRENT, comme Dieu se trouvant dans un homme, Ps 71[72], 9 : Les Éthiopiens se prosterneront devant celui-là. De même, par leur offrande, ils manifestèrent leur respect, d’où : OUVRANT LEURS CASSETTES. C’était en effet la coutume, chez les Perses, de toujours rendre hommage par des présents ; c’est cela [que signifie] : OUVRANT LEURS CASSETTES, ILS LUI OFFRIRENT EN PRÉSENTS DE L’OR, DE L’ENCENS ET DE LA MYRRHE, Ps 71[72], 10 : Les rois de Tarsis et des îles offriront des présents, les rois d’Arabie et de Saba apporteront des dons ; Is 60, 6 : Tous viendront de Saba, apportant de l’or et de l’encens, et annonçant les louanges du Seigneur.

218. Au sens mystique, il faut penser que ceux-ci n’ont pas ouvert leur trésor en cours de route, mais lorsqu’ils s’approchèrent du Christ. De même, nous ne devons pas montrer nos biens en cours de route. Ainsi, cela est blâmé plus loin, [25, 1-13] à propos des vierges, et en 13, 44, il est dit : Le royaume des cieux est semblable à un trésor caché dans un champ ; celui qui le découvre le cache et, rempli de joie, il s’en va et vend tout ce qu’il possède et achète ce champ.

219. ILS LUI OFFRIRENT EN PRÉSENTS, etc. Certains donnent à ces présents un sens littéral et disent que [les mages] trouvèrent trois choses : une maison sordide, un faible enfant et une mère pauvre. Et ainsi, ils offrirent de l’or pour aider la mère, de la myrrhe pour aider l’enfant et de l’encens pour enlever les mauvaises odeurs.

220. Mais il faut dire que quelque chose de mystique est ici suggéré, et ces trois choses se rapportent plutôt à trois choses que nous devons offrir à Dieu, à savoir, la foi, l’action et la contemplation. Pour ce qui est de la foi, de deux manières : d’abord, pour les choses qui se retrouvent dans le Christ, à savoir, la dignité royale, Jr 23, 5 : Le roi régnera et il sera sage, etc. Ils lui offrirent donc de l’OR ; la grandeur du sacerdoce, et ainsi [ils lui offrirent] de l’ENCENS en sacrifice ; la mortalité de l’homme, et ainsi [ils lui offrirent] de la MYRRHE. De même, pour ce qui est de la foi en la Trinité, car les personnes de la Trinité nous sont indiquées.

221. En second lieu, [les trois présents] peuvent se rapporter à notre action. En effet, par l’or, peut être signifiée la sagesse, Pr 2, 4 : Si tu la dispenses comme un trésor, tu comprendras alors la crainte de Dieu. Par l’encens, [peut être signifiée] la prière dévote, Ps 140[141], 2 : Que ma prière s’élève, Seigneur, comme l’encens sous ton regard, etc. Par la myrrhe, [peut être signifiée] la mortification de la chair, Col 3, 5 : Mortifiez vos membres qui sont sur terre ; Ct 5, 5 : Mes mains ont répandu la myrrhe.

222. En ce qui concerne la contemplation, par ces trois [présents] peuvent être signifiés les trois sens de la Sainte Écriture, à savoir, [le sens] littéral, qui englobe [le sens] allégorique, anagogique et moral ; ou bien les trois parties de la philosophie, à savoir, la philosophie morale, la logique et la [philosophie] naturelle. En effet, nous devons utiliser toutes ces choses pour le service de Dieu.

[2, 12]

223. Ensuite, est indiqué comment ils manifestèrent leur respect par l’obéissance. Ainsi : APRÈS AVOIR APPRIS EN SONGE QU’ILS NE DEVAIENT PAS RETOURNER CHEZ HÉRODE, ILS PRIRENT UNE AUTRE ROUTE POUR RETOURNER DANS LEUR PAYS. Mais comment reçurent-ils une réponse, eux qui n’avaient pas posé de question ? Il faut dire que le Seigneur répond parfois à une interrogation mentale, et ceux-ci se demandaient intérieurement ce qui plairait à Dieu lors de leur retour, Ex 14, 15 : Pourquoi cries-tu vers moi ? Mais est-ce que les révélations ne viennent pas immédiatement de Dieu ? Denys démontre que non, mais [qu’elles viennent] par la médiation d’anges. Pourquoi donc ne nomme-t-il pas l’ange ? Il faut dire que lorsque l’Écriture mentionne Dieu, et non un ange, cela se produit en raison d’une certaine excellence de cette manifestation, Ga 3, 19 : La loi a été promulguée par un ange par l’intermédiaire d’un médiateur ; Ac 7, 37 : Voici Moïse, qui dit aux fils d’Israël : « Dieu suscitera pour vous un prophète parmi vos frères ; vous l’écouterez comme si c’était moi, etc. » C’est pourquoi, lorsque la Glose dit que cela fut produit immédiatement par Dieu, cela se rapporte à la façon de parler de l’Écriture.

224. ILS PRIRENT UNE AUTRE ROUTE POUR RETOURNER DANS LEUR PAYS. Par cela est montré que nous parvenons par l’obéissance à notre pays, le Paradis, dont nous avons été expulsés par le péché, Pr 4, 27 : Le Seigneur connaît les chemins qui mènent à droite ; les chemins qui mènent à gauche sont mauvais. Chrysostome dit ici que [les mages], une fois retournés, menèrent une vie sainte et, par la suite, devinrent les collaborateurs de l’apôtre saint Thomas. Toutefois, on ne trouve rien à leur sujet dans la Sainte Écriture après leur retour chez eux.

 

Leçon 4 – Mt 2, 13‑23, n° 225

225. Plus haut, on a vu comment les mages ont rendu témoignage au Christ naissant ; maintenant, il s’agit de la façon dont les innocents rendent témoignage, non pas en parlant, mais en mourant. À ce propos, l’évangéliste fait trois choses : premièrement, la dissimulation du Christ est indiquée [2, 13s] ; deuxièmement, le meurtre des enfants, en cet endroit : ALORS, HÉRODE [2, 16s] ; troisièmement, le retour du Christ est indiqué, en cet endroit : APRÈS LA MORT D’HÉRODE [2, 19s].

226. En premier lieu, donc, est indiqué l’avertissement de l’ange ; deuxièmement, l’obéissance de Joseph est montrée ; troisièmement, l’accomplissement de la prophétie, selon ce qui est dit en cet endroit : POUR QUE S’ACCOMPLÎT [2, 15].

[2, 13]

227. À propos du premier point, trois choses sont abordées. D’abord, le moment de l’apparition est indiqué ; deuxièmement, l’apparition elle-même est décrite ainsi que le mode de l’apparition, en cet endroit : VOICI QUE L’ANGE ; troisièmement, est indiqué l’avertissement même donné par l’ange, en cet endroit : LÈVE-TOI, PRENDS L’ENFANT.

228. Le moment est décrit en cet endroit : APRÈS LEUR DÉPART. Il faut comprendre que l’apparition n’a pas eu lieu immédiatement après le départ des mages, car il faut insérer [ici] tout ce qui est dit en Lc 2, 6 au sujet de la purification : Après que le temps fut accompli, etc. En effet, Hérode n’envisagea pas immédiatement le meurtre des enfants. Ainsi, lorsque [Matthieu] dit : Après leur départ, tout le récit de la purification doit être inséré.

229. Ensuite, est indiquée l’apparition elle-même, d’où : VOICI QUE L’ANGE APPARUT EN SONGE, etc. On dit [de l’ange] qu’il apparut en songe parce qu’alors les hommes suspendent leurs actes extérieurs et que la révélation par des anges est faite à de tels hommes, Ps 4, 9 : Je dormirai en paix en lui et me reposerai ; Pr 3, 24 : Tu te reposeras et ton sommeil sera doux.

230. Dans cet avertissement, trois choses sont indiquées. Premièrement, en effet, l’ange les convainc de fuir ; deuxièmement, il précise la durée [de leur éloignement] ; troisièmement, il détermine la cause.

231. Il dit donc : LÈVE-TOI. Il faut remarquer, comme le dit Hilaire, que la bienheureuse Vierge est appelée épouse par l’ange avant la naissance, plus haut, 1, 5, mais pas après la naissance. Et cela, pour deux raisons. Premièrement, en hommage à la Vierge : en effet, de même qu’elle conçut alors qu’elle était vierge, de même enfanta-t-elle vierge. Deuxièmement, en raison de sa dignité : en effet, elle était la mère de Dieu, dignité à laquelle nulle autre n’est supérieure et à laquelle on ne peut donner un nom plus digne. De plus, comme le dit Chrysostome, l’enfant n’était pas venu pour la mère, mais c’était plutôt l’inverse. C’est pourquoi il dit : PRENDS L’ENFANT ET SA MÈRE, etc.

232. Mais pourquoi : FUIS EN ÉGYPTE ? Est-ce que le Ps 18[19], 15 ne dit pas : Le Seigneur est mon soutien et mon rédempteur ? Mais il faut savoir qu’il fuit pour trois raisons. Premièrement, pour manifester son humanité : en effet, de même que la divinité s’est manifestée par l’étoile, de même l’humanité [s’est-elle manifestée] par la fuite, Ph 2, 7 : Devenu semblable aux hommes. Deuxièmement, pour l’exemple : en effet, il montre par l’exemple ce qu’il a enseigné par la parole, plus loin, 10, 23 : Lorsqu’on vous persécutera dans une ville, fuyez dans une autre. Troisièmement, en raison du mystère : en effet, de même qu’il a voulu mourir afin de nous ramener à la vie, de même a-t-il voulu fuir afin de ramener ceux qui fuient son visage à cause du péché, Ps 138[139], 7 : Où irai-je loin de ton esprit ? Tu seras là.

233. Mais pourquoi de préférence en Égypte, plutôt que dans un autre pays ? Il faut dire que c’est pour deux raisons. La première est qu’il est propre à Dieu de se souvenir de sa miséricorde au milieu de la colère, Ha 3, 8. En effet, le Seigneur était en colère contre les Égyptiens qui poursuivaient les fils d’Israël, parce que les fils d’Israël étaient le premier-né de Dieu. C’est pourquoi il lui fut accordé de rendre hommage au premier-né, Is 19, 1 : Voici que le Seigneur montera sur une nuée légère et entrera en Égypte, etc. ; [dans le même livre], 9, 2 : Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière ; la lumière s’est levée sur ceux qui habitaient la région où s’étendait l’ombre de la mort ; Jn 1, 14 : Nous avons vu sa gloire, la gloire du Fils unique du Père, plein de grâce et de vérité.

234. La deuxième raison est qu’Il avait lui-même fait entrer les ténèbres en Égypte. Il voulait donc l’éclairer la première. C’est pourquoi [Joseph] fit bien d’y fuir, Is 9, 2 : Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière ; la lumière s’est levée sur ceux qui habitaient la région où s’étendait l’ombre de la mort. Il faut remarquer que lorsque quelqu’un veut fuir le péché, il doit d’abord secouer sa paresse, Ep 5, 14 : Réveille-toi, toi qui dors et lève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera. En deuxième lieu, il doit recevoir la confiance de la mère et du fils, c’est-à-dire le Christ, Si 24, 25 : En moi se trouve tout espoir de vie et de vertu. Troisièmement, il doit fuir le péché avec l’aide de la mère et de l’enfant, Ps 54[55], 8 : Voici que je me suis éloigné en fuyant et je suis demeuré dans le désert.

235. [L’ange] indique plus loin la cause de cette fuite : CAR HÉRODE VA RECHERCHER L’ENFANT POUR LE FAIRE PÉRIR. Hérode fut trompé parce qu’il voulut perdre celui qui était venu disposer de son royaume, Lc 22, 29 : Et moi, je dispose pour vous du royaume comme mon Père en a disposé pour moi. Deuxièmement, parce que [Hérode] voulut perdre] celui qui ne cherchait pas la gloire du monde, He 12, 2 : Lui qui, au lieu de la joie qui lui était proposée, a enduré la croix.

[2, 14]

236. SE LEVANT. Ici est indiquée l’exécution de l’ordre de l’ange, et [Matthieu] l’indique quant à la fuite et quant au délai. Ainsi, SE LEVANT, IL PRIT L’ENFANT ET SA MÈRE. Et [Matthieu] mentionne le moment. Il dit donc : DE NUIT, à cause de la crainte et des tribulations, conformément à ce passage d’Is 26, 9 : Mon âme t’a désiré pendant la nuit, c’est-à-dire pendant les tribulations ; en effet, pendant les tribulations, il faut recourir à Dieu, Os 6, 1 : Dans leurs tribulations, ils se tourneront de bon matin vers moi. SE LEVANT. S’accomplit ainsi ce que dit Is 19, 1 : Voici que le Seigneur montera sur une nuée légère et entrera en Égypte. Ce qui s’est accompli selon la lettre.

[2, 15]

237. ET IL RESTA LÀ. On dit qu’il resta là pendant sept ans et qu’il demeura dans la ville d’Héliopolis.

238. Pour ce qui est du mystère, par Joseph sont indiqués les prédicateurs, c’est-à-dire les apôtres, qui sont envoyés pour enlever les ténèbres par leur enseignement, et qui, en s’éloignant des Juifs, se sont tournés vers les nations, Ac 13, 16 : Il fallait que la parole de Dieu vous soit d’abord adressée ; mais, parce que vous l’avez rejetée et que vous vous êtes jugés indignes de la vie éternelle, nous nous tournons vers les nations.

239. ET RESTE LÀ JUSQU’À CE QUE JE TE LE DISE, c’est-à-dire jusqu’à ce que l’incroyance des Juifs cesse, Rm 11, 25 : Une partie d’Israël a été frappée de cécité.

240. Ensuite, [Matthieu] présente le témoignage de la prophétie. Il dit ainsi : AFIN QUE S’ACCOMPLÎT CE QUE LE SEIGNEUR AVAIT DIT PAR LE PROPHÈTE. Cela, selon la traduction de Jérôme, Os 11, 1. Mais, dans la traduction de la Septante, il n’en est pas ainsi, mais : D’ÉGYPTE, J’AI APPELÉ MON FILS. Il semble se poser ici une question, car il ne paraît pas faire cela dans cette intention, puisque, plus haut, il est dit en cet endroit : Fils d’Israël, etc. [Os 11, 1]. Ainsi, on semble parler du rappel d’Israël de l’Égypte. Mais il faut dire que, dans toutes les autorités qui sont appliquées au Christ dans les évangiles et les épîtres, il faut faire une distinction : car certaines sont dites spécialement du Christ, comme Is 53, 7 : Comme une brebis, il sera conduit à l’abattoir ; mais certaines sont dites de certaines choses pour autant qu’elles ont conduit à une figure du Christ. Tel est le cas de cette autorité : en effet, il ne s’agissait pas des fils d’Israël, si ce n’est dans la mesure où ils étaient la ressemblance du véritable Fils unique. Ainsi donc : D’ÉGYPTE, J’AI APPELÉ MON FILS, à savoir, le Fils en un sens spécial.

[2, 16]

241. ALORS HÉRODE. Ici, il est question du meurtre des enfants. Et, à ce sujet, [Matthieu] fait deux [corr. : trois] choses. Premièrement, l’occasion du meurtre est indiquée ; deuxièmement, le meurtre est indiqué, en cet endroit : ET IL ENVOYA METTRE À MORT TOUS LES ENFANTS ; en troisième lieu, sont signalées des prophéties, en cet endroit : AINSI S’ACCOMPLIT [2, 17].

242. La circonstance fut la colère d’Hérode : ALORS HÉRODE SE MIT DANS UNE FORTE COLÈRE, Jc 1, 20 : La colère de l’homme n’accomplit pas la justice de Dieu. Et il faut remarquer que, lorsqu’un roi soupçonne qu’il va perdre son royaume, il se met aussitôt en colère et s’enflamme.

243. VOYANT QU’IL AVAIT ÉTÉ JOUÉ PAR LES MAGES, IL SE MIT DANS UNE FORTE COLÈRE [2, 16]. On dit qu’il se mit dans une forte colère pour deux raisons : parce que, lorsque quelqu’un se fâche, il s’enflamme fortement pour une petite occasion. Ainsi, comme il soupçonnait la perte de son royaume et avait été joué par les mages, IL SE MIT DANS UNE FORTE COLÈRE, Si 11, 34[32] : Une étincelle allume un grand brasier.

244. ET IL ENVOYA. Dans cette colère, il y eut de la cruauté sur trois points : quant au lieu, quant au nombre et quant au temps. Quant au nombre, parce que, pour en chercher un, il les a tous tués, d’où : IL ENVOYA METTRE À MORT TOUS LES ENFANTS. Il faut remarquer qu’Augustin dit qu’ « il n’aurait jamais été servi à la mesure de sa haine ».

245. Mais on se demande, puisqu’ils n’avaient pas de libre arbitre, comment on peut dire que [les enfants] sont morts pour le Christ. Mais, comme il est dit en Jn 3, 17 : Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. En effet, Dieu n’aurait jamais permis qu’ils soient tués si cela ne leur avait été utile. Ainsi, Augustin dit que cela revient au même de douter que ce meurtre leur fut utile, que de douter que le baptême est utile aux enfants. En effet, ils ont souffert comme des martyrs et ont confessé le Christ en mourant, bien que cela ne fût pas par la parole, Ap 6, 9 : Je vis sous l’autel les âmes de ceux qui ont été mis à mort pour la parole de Dieu.

246. La deuxième cruauté est qu’il les tua SUR TOUT LE TERRITOIRE. En effet, il craignait que [l’enfant] ne s’enfuie, par exemple, dans une autre ville. Et il arriva [à Hérode] ce qui arrive à une bête blessée, qui ne fait pas attention à celui qu’elle va blesser, Pr 28, 15 : Comme un lion rugissant et un ours affamé, le prince impie s’impose au pauvre peuple.

247. La troisième [cruauté] se rapporte au temps. Ainsi, ÂGÉS DE DEUX ANS. Il faut remarquer que Augustin dit que les innocents ont été tués l’année où le Christ est né. Mais pourquoi [Matthieu] dit-il : ÂGÉS DE MOINS DE DEUX ANS ? Certains disent que l’étoile était apparue deux ans plus tôt, de sorte qu’Hérode se demandait s’il était né au moment où l’étoile [était apparue]. C’est pourquoi [Matthieu] dit : SELON LE TEMPS DONT IL S’ÉTAIT ENQUIS AUPRÈS DES MAGES. D’autres disent que [les innocents] n’ont pas été tués la même année, mais deux ans plus tard. Mais pourquoi [Hérode] a-t-il autant tardé ? Une triple raison est donnée par divers [commentateurs]. La première était qu’au départ, [Hérode] pensait que les mages s’étaient trompés et n’avaient rien trouvé, mais, après avoir entendu les multiples déclarations de Zacharie, de Siméon et d’Anne, il fut alors poussé à chercher. D’autres disent qu’il fit cela par précaution : en effet, il craignait que les parents ne cachent l’enfant qu’il cherchait. Il voulut donc d’abord s’assurer d’eux. D’autres disent qu’il en fut empêché par l’occupation, car il a poursuivi les mages jusqu’à Tarse, en Cilicie, et a fait incendier leurs navires. De même, il fut occupé, car, accusé par ses fils, il fut convoqué à Rome,. Et ainsi, après son retour, il commença à sévir. Et [Matthieu] dit : DE MOINS DE, etc., parce que [Hérode] pensait que [l’enfant] avait une telle puissance qu’il pouvait changer son visage. Par ce meurtre est signifié le meurtre des martyrs, car les enfants [représentent] l’humilité et l’innocence, plus loin, 1, 14 : Laissez les petits enfants et ne les empêchez pas de venir à moi ; de même, plus loin, 18, 3 : Si vous ne vous convertissez pas et ne devenez comme des petits enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux.

248. DANS BETHLÉEM ET DANS TOUT SON TERRITOIRE, car [les enfants] furent tués dans le monde entier, Ac 1, 8 : Vous serez mes témoins, à savoir, en mourant.

249. Les deux années sont la double charité, celle envers Dieu et celle envers le prochain, car la foi sans les œuvres est une foi morte, Jc 2, 20. Il faut remarquer qu’après la naissance du Christ, la persécution éclata immédiatement, parce que, dès que quelqu’un se convertit au Christ, il commence à être tenté, Si 2, 1 : Mon fils, si tu t’offres au service du Seigneur, prépare-toi a l’épreuve.

[2, 17-18]

250. Une fois présenté le meurtre des enfants, ici, à son habitude, l’évangéliste présente la prophétie qui l’annonçait, Jr 31, 5 : UNE VOIX S’EST FAIT ENTENDRE DANS RAMA, PLAINTE, AFFLICTION ET PLEURS : C’EST RACHEL QUI PLEURE SES FILS ET NE VEUT PAS ÊTRE CONSOLÉE À LEUR SUJET, CAR ILS NE SONT PLUS. Comme le dit Jérôme, il faut noter que, partout où est produite par les apôtres et les évangélistes une autorité de l’Ancien Testament, il ne faut pas toujours la présenter mot à mot, mais comme le leur accorda l’Esprit Saint, et parfois selon le sens en fonction de nos besoins. Ainsi avons-nous Jr 31, 15 : UNE VOIX S’EST FAIT ENTENDRE DANS LES HAUTEURS, LAMENTATIONS, AFFLICTIONS ET PLEURS : C’EST RACHEL QUI PLEURE SES FILS ET NE VEUT PAS ÊTRE CONSOLÉE À LEUR SUJET, CAR ILS NE SONT PLUS. Le sens est le même.

251. Et il faut considérer que, pour ce qui est de cette autorité, elle compte comme l’une de celles qui sont présentées dans l’évangile. Elle a toutefois un sens littéral, qui est la figure de ce qui est arrivé dans le Nouveau Testament. Ainsi, pour la comprendre, il faut tenir compte d’une histoire qu’on lit en Jg 19, où il est raconté qu’en raison d’une faute commise envers l’épouse d’un lévite, toute la tribu de Benjamin fut anéantie. Et on dit qu’il s’y produisit la plus grande des lamentations, au point où elle fut entendue de Gabaa jusqu’à Rama, qui se trouve à douze milles de Bethléem. C’est pour cette raison qu’on dit que Rachel a pleuré, parce qu’elle était la mère de Benjamin, et l’expression a un sens figuré, à savoir qu’elle exprime l’ampleur de la douleur.

252. Mais cette prophétie porte sur le passé. Elle porte aussi d’une autre façon sur l’avenir d’une double manière. D’une manière, elle peut se rapporter à la captivité d’Israël, dont on dit que, alors qu’il était mené en captivité, il pleura en route sur Bethléem. De cette manière, il est dit que Rachel a pleuré parce qu’elle y est enterrée, Gn 35, 19. Cela est dit de la même manière dont on s’exprime lorsqu’on dit qu’un endroit pleure les maux qui y surviennent. Le prophète veut donc dire que, de même que furent très grandes la douleur et l’affliction lorsque fut anéantie la tribu de Benjamin, de même en sera-t-il de celles de l’époque de la captivité.

253. Une troisième explication est [aussi] donnée. L’évangéliste reconnaît le fait du meurtre des innocents et indique l’ampleur de cette douleur de quatre manières : par l’étendue de la douleur, par l’ampleur de la douleur, par son objet et par son caractère inconsolable. Il dit donc : UNE VOIX SE FAIT ENTENDRE DANS RAMA. Il s’agit d’une ville de la tribu de Benjamin, Jos 18, 25, et elle peut être considérée comme la ville de Lia. Ici, [celle-ci] est entendue au sens de « élevée », et peut s’expliquer de deux façons. Premièrement, de cette manière : UNE VOIX, lancée dans les hauteurs, S’EST FAIT ENTENDRE, car une voix qui se fait entendre dans un endroit élevé se répand en long et en large, Is 40, 9 : Monte sur une montagne élevée ; toi qui annonces à Sion, hausse la voix. Ou bien ELLE A ÉTÉ ENTENDUE dans les hauteurs, c’est-à-dire au ciel, auprès de Dieu, Si 35, 21 : La prière de l’humble pénétrera les nuées ; tant qu’elle ne sera pas arrivée, il ne sera pas consolé, et il ne cessera pas avant que le Seigneur ne jette les yeux sur lui. Et encore : Les larmes de la veuve ne coulent-elles pas sur ses joues et son cri ne s’adresse-t-il pas à ceux qui les provoquent ? PLEURS : cela peut se rapporter aux pleurs des enfants tués. UN GRAND CRI : cela peut se rapporter aux pleurs des mères. Ou bien les deux [peuvent se rapporter] aux enfants : DES PLEURS, lorsqu’ils furent soulevés par les soldats ; DES CRIS, lorsqu’ils furent égorgés. La douleur des mères est plus grande que celle des fils. De même, la douleur des mères était durable, celle des enfants fut brève, en raison de ce que dit Za 12, 10 : Ils se lamenteront sur lui comme sur un fils unique et ils le pleureront comme on pleure un premier-né.

254. De même, [l’évangéliste indique l’ampleur] par l’objet de la douleur, car elle provient de la mort de fils. C’est la raison pour laquelle Rachel pleure. Mais on objecte que Bethléem n’était pas dans la tribu de Benjamin, mais dans la tribu de Juda, qui était le fils de Lia. Il y a une triple solution [à cette objection]. D’abord, Rachel fut ensevelie près de Bethléem, Gn 35, 19. Et ainsi, elle pleura ses enfants à la manière dont on dit d’un endroit qu’il pleure, Jr 2, 12 : Cieux, étonnez-vous de cela ; portes des cieux, soyez-en fortement désolés, dit le Seigneur. Ou bien, autre [interprétation] : on a dit plus haut que Hérode tua les enfants de Bethléem et sur tout son territoire, etc. Or, Bethléem était aux confins de deux tribus, à savoir celles de Juda et de Benjamin. Les enfants tués appartenaient donc à Benjamin, et ainsi tombe l’objection, comme l’explique Jérôme. Mais Augustin donne une autre explication et il dit qu’il est coutumier, lorsque que quelque chose de favorable arrive à quelqu’un, que celui-ci ne s’en plaigne que davantage lorsque survient l’adversité. Lia et Rachel étaient des sœurs, et ceux qui furent tués étaient des fils de Lia. Ainsi, ils furent tués dans leurs corps pour ne pas être punis éternellement, comme ce fut le cas de Gabaa. On dit donc qu’elle pleure en voyant ses fils être tués et condamnés. Ou bien par Rachel, l’Église est signifiée, parce que [Rachel] veut dire « voyant Dieu », et que l’Église voit par la foi : elle pleure ses fils tués, non pas parce qu’ils ont été tués, mais parce qu’elle pouvait en avoir d’autres d’eux. Ou bien elle pleure, non pas en raison de ceux qui sont tués, mais de ceux qui tuent.

255. Ensuite, [l’évangéliste indique l’ampleur] par le caractère inconsolable de la douleur : ELLE NE VEUT PAS. Et cela est expliqué de plusieurs façons. Premièrement, on le met en rapport avec le peuple, tel qu’il était alors. En effet, la consolation n’a de raison qu’aussi longtemps qu’on espère un remède ; mais, lorsqu’on n’espère pas, il n’y a pas de consolation, comme cela est clair chez le malade désespéré. C’est pourquoi il dit, comme si cela se rapportait à l’opinion des mères : CAR ILS NE SONT PLUS, à savoir, parce qu’ils ne sont plus visibles, Gn 37, 30 : L’enfant n’est plus là. Ou bien : ELLE NE VEUT PAS ÊTRE CONSOLÉE PARCE QU’ILS NE SONT PLUS, c’est-à-dire, comme s’ils n’étaient plus. En effet, la consolation n’a de raison d’être que lorsqu’il s’agit de maux. De sorte que, selon [cette explication], cela se rapporte à l’opinion de l’Église qui estime qu’ils règnent [auprès de Dieu]. Ainsi, comme c’est le cas pour ceux qui règnent, elle se réjouit à leur sujet, 1 Th 4, 13 : Nous ne voulons pas que vous soyez ignorants au sujet de ceux qui sont morts ; il ne faut pas que vous vous désoliez comme ceux qui n’ont pas d’espérance. Ou bien : ELLE NE VEUT PAS ÊTRE CONSOLÉE dans le présent, mais elle attend une consolation dans l’avenir, plus loin, 5, 5 : Bienheureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés.

 

[2, 19]

256. Ensuite, il est question du retour du Christ : QUAND HÉRODE FUT MORT, VOICI QUE L’ANGE DU SEIGNEUR APPARUT EN SONGE À JOSEPH. En premier lieu, l’apparition de l’ange est présentée ; en second lieu, l’ordre donné par l’ange ; en troisième lieu, l’exécution de l’ordre de l’ange.

257. À propos du premier point, trois choses sont indiquées : premièrement, le moment est présenté ; deuxièmement, la personne ; troisièmement, le mode de l’apparition.

258. [Matthieu] dit donc : QUAND HÉRODE FUT MORT. Il ne s’agit pas de celui qui était là à la mort de Jésus, car celui-ci était le fils de celui-là.

259. VOICI QUE L’ANGE APPARUT. Il faut remarquer que tout bouleversement de l’Église, selon le sens mystique, se termine par la mort des persécuteurs, car la perte des méchants est un cri de joie, Pr 11, 10. De plus, remarque que, une fois terminée l’infidélité des Juifs, le Christ reviendra vers eux, Rm 11, 26 : Et alors, tout Israël sera sauvé. VOICI… APPARUT. Il faut remarquer que l’ordre des anges et des hommes est tel que les illuminations divines ne nous parviennent que par l’intermédiaire des anges, He 1, 14 : Est-ce que tous ne sont pas des esprits chargés d’un ministère, envoyés en service pour ceux qui doivent hériter du salut ? De sorte que même le Christ, en tant qu’il est homme, a voulu être annoncé par les anges.

260. Le mode [est indiqué] en cet endroit : EN SONGE, À JOSEPH, EN ÉGYPTE.

[2, 20]

261. L’ordre est indiqué] en cet endroit : LÈVE-TOI, PRENDS L’ENFANT. [L’ange] ne dit pas « [ton] fils », ni « ton épouse », mais l’enfant, afin que soit montrée la dignité de l’enfant et la pureté de la mère. Par cela est signifié que Joseph ne fut pas donné [à celle-ci] en vue de l’union charnelle, mais pour la servir et la protéger.

262. Ensuite, [l’ange] donne la raison : CEUX QUI EN VOULAIENT À LA VIE DE L’ENFANT SONT MORTS. Mais on se demande pourquoi il dit : SONT. En effet, seul Hérode était mort. À cela, il y a une double solution. Premièrement, celui-ci avait fait tant de mal que les Juifs se réjouissaient de sa mort, lui qui, alors qu’il était présent, avait ordonné à sa sœur de son vivant de tuer les nobles parmi les Juifs lorsqu’il mourrait ; et ceux-ci en avaient voulu à la vie de l’enfant avec Hérode. C’est ce que veut dire : CEUX QUI EN VOULAIENT À LA VIE DE L’ENFANT. Ou bien, autre explication, c’est l’usage de la Sainte Écriture de rendre le pluriel pour le singulier, d’où : ILS SONT MORTS, c’est-à-dire, il est mort, etc. De sorte que par le fait qu’il dit : CEUX QUI EN VOULAIENT À LA VIE DE L’ENFANT, l’erreur d’Apollinaire est détruite. Il disait en effet que la divinité occupait dans le Christ la place de l’âme.

[2, 21]

263. L’exécution de cet ordre est indiquée par : SE LEVANT, IL PRIT L’ENFANT ET SA MÈRE. Et, à ce sujet, [Matthieu] fait deux [corr. : trois] choses : d’abord, il montre comment [Joseph] est revenu en Israël ; deuxièmement, quelle région il évita ; troisièmement, vers quelle région il se dirigea, en cet endroit : ET, AVERTI EN SONGE, IL SE RETIRA DANS LA RÉGION DE GALILÉE [2, 22-23].

264. [Matthieu] dit donc : SE LEVANT. À noter que l’ange ne dit pas : « Va dans la terre de Juda ou à Jérusalem », mais, d’une manière générale : DANS LA TERRE D’ISRAËL, par laquelle on peut aussi entendre la Galilée. De sorte qu’on peut dire que Joseph franchit les frontières de la terre que Juda habitait. Ensuite, est indiquée la région qu’il évita, en cet endroit : APPRENANT QU’ARCHELAÜS RÉGNAIT SUR LA JUDÉE. Il faut remarquer ici l’histoire d’Hérode. Cet Hérode eut six fils et, avant sa mort, il tua Alexandre et Aristobule. À sa mort, il ordonna qu’Antipater soit tué. Il en restait donc trois, parmi lesquels Archélaüs était l’aîné et usurpa le royaume. Mais, finalement, il fut accusé par les Juifs devant César Auguste, fut écarté, et son royaume fut divisé en quatre parties : Archélaüs en reçut deux ; les autres se répartirent les deux autres, de sorte qu’Hérode eut une tétrarchie et Philippe eut l’autre, comme on le lit en Lc 3, 1. Cet Archélaüs fut exilé après neuf ans de règne.

[2, 22-23]

265. ET, AVERTI EN SONGE, IL SE RETIRA DANS LA RÉGION DE GALILÉE. Or, l’ange lui avait d’abord dit d’aller dans la terre d’Israël. Mais parce que Joseph n’avait pas encore compris, l’ange, qui avait d’abord fait une révélation imprécise, précise maintenant : ET, AVERTI…, IL SE RETIRA DANS LA RÉGION DE GALILÉE. Argument en sens contraire : comme Archélaüs régnait en Judée, ainsi Hérode régnait en Galilée. Mais il faut dire que cela se produisit aussitôt après la mort d’Hérode, alors qu’Archélaüs régnait sur l’ensemble, car, par la suite, une division se produisit. Mais alors on se demande de nouveau pourquoi [Joseph] ne craignait pas Archélaüs. Il faut dire que le siège du royaume se trouvait à Jérusalem, de sorte qu’ [Archélaüs] y résidait presque toujours. Mais on se demande pourquoi en Lc 2, 41, on dit que, chaque année, [ses parents] conduisaient l’enfant à Jérusalem. Augustin donne la solution : ils le conduisaient d’une manière sûre au milieu de la grande foule qui s’y rendait ; mais il aurait été dangereux qu’il y demeurât longtemps. De même, on se demande pourquoi l’évangéliste insinue que Joseph est venu à Nazareth comme par accident, mais, en Lc 2, 39, on dit qu’il avait son propre domicile à Nazareth. Mais il faut dire que l’ange lui avait dit d’aller dans la terre d’Israël, qui, à parler rigoureusement, n’incluait pas la Galilée ni Nazareth. Et c’est ainsi que le comprit Joseph. C’est pourquoi il n’avait pas l’intention d’aller à Nazareth.

266. AFIN QUE S’ACCOMPLÎT CE QUI AVAIT ÉTÉ DIT PAR LE PROPHÈTE : « IL SERA APPELÉ NAZARÉEN. » On ne trouve pas ceci dans l’Écriture, mais on peut dire qu’on le conclut à partir de plusieurs endroits. Car « nazaréen » veut dire « saint », et parce que le Christ est appelé saint, Dn 9, 24 : Jusqu’à ce que le saint soit oint, on dit à juste titre : PAR LE PROPHÈTE. Ou bien on peut dire que « nazaréen » veut dire « fleuri » ; ceci se trouve dans Is 9, 1 : Une pousse sortira de la souche de Jessé, et une fleur montera de sa souche, etc. Lui convient donc ce qui est dit en Ct 2, 1 : Je suis une fleur des champs et un lis des vallées.

 

CHAPITRE III

 

 

Leçon 1 [Matthieu 3, 1‑12] Matthieu 3, 1 En ces jours-là, arrive Jean le Baptiste, prêchant le baptême dans le désert de Judée 3, 2 et disant : « Faites pénitence, car le Royaume des Cieux va s’approcher. 3, 3 C’est lui dont il a été dit par le prophète Isaïe : Voix qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. » 3, 4 Jean lui-même était vêtu de poils de chameau et avait un pagne de peau autour de ses reins ; sa nourriture était de sauterelles et de miel sauvage. 3, 5 Alors ils sortaient vers lui de Jérusalem, et de toute la Judée, et de toute la région du Jourdain, 3, 6 et ils étaient baptisés par lui dans le Jourdain, en confessant leurs péchés. 3, 7 Voyant beaucoup de Pharisiens et de Sadducéens venir au baptême, il leur dit : « Engeance de vipères, qui vous a montré à fuir la colère qui vient ? 3, 8 Produisez donc un fruit digne de la pénitence 3, 9 et ne dites pas en vous-mêmes : “Nous avons Abraham comme père.” Moi, je vous le dis, Dieu est capable, de ces pierres, de susciter des enfants à Abraham. 3, 10 Déjà la hache est mise à la racine des arbres ; tout arbre donc qui ne produit pas de bon fruit sera coupé et mis au feu. 3, 11 Moi, je vous baptise dans de l’eau en vue du repentir ; mais celui qui vient après moi est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de porter ses sandales. Lui-même vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. 3, 12 Il tient en sa main son van et va nettoyer son aire ; il recueillera son blé dans le grenier ; il brûlera les balles, dans le feu inextinguible. »

Leçon 2 [Matthieu 3, 13-17] 3, 13 Alors Jésus vint de la Galilée au Jourdain vers Jean, pour être baptisé par lui. 3, 14 Jean voulait l’en empêcher, en disant : « C’est moi qui dois être baptisé par toi, et c’est toi qui viens à moi ! » 3, 15 Mais Jésus répondant lui dit : « Laisse faire pour l’instant : c’est ainsi qu’il nous faut accomplir toute justice. » Alors il le laissa faire. 3, 16 Aussitôt baptisé, Jésus remonta de l’eau ; et voici que pour lui les cieux s’ouvrirent. Et il vit l’Esprit de Dieu descendant comme une colombe et venant au-dessus de lui. 3, 17 Et voici une voix du ciel disant : « Lui, c’est mon Fils bien-aimé, en qui je me suis complu. »

 

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