8. Qu’il a répandu (la rémission des péchés) sur nous avec abondance, en nous remplissant d’intelligence et d sagesse,
9. Pour nous faire connaître aussi le mystère de sa volonté, fondé sur sa bienveillance, par laquelle il avait résolu en soi-même,
10. Que les temps ordonnés par lui étant accomplis, il réunirait tout dans le Christ, tant ce qui est dans le ciel que ce qui est sur la terre.
Après avoir exposé les bienfaits accordés communément à tous, saint Paul traite ici de ceux qui ont été spécialement accordés aux apôtres. Cette partie se divise en deux. Dans la première, on voit quels sont ces bienfaits reçus, spécialement par les apôtres; dans la seconde, on en indique le motif (verset 10) : C’est aussi en lui que l’héritage nous est échu comme par sort, etc…
Sur la première partie, saint Paul traite I° des dons particuliers faits aux apôtres quant à l’excellence de la sagesse; II° de ces mêmes dons, quant à la révélation spéciale du mystère caché (verset 9) : pour nous faire connaître, etc.; III° il explique quel est ce mystère (verset 9) : fondé sur sa bienveillance, etc.
I° Il dit donc : J’ai affirmé que selon les richesses de la grâce de Dieu, tous les fidèles sans distinction, tant vous que nous, nous trouvons la rédemption et la rémission de nos péchés par le sang de Jésus-Christ. Toutefois cette grâce (verset 8) a surabondé en nous, c'est-à-dire a été en nous plus abondante que dans les autres. On voit par là quelle est la témérité (pour ne pas dire l’erreur), de ceux qui osent comparer, pour la grâce et pour la gloire, certains saints aux apôtres. Il est, en effet, évident par ce passage, qu’après Jésus-Christ et la Vierge Marie, les apôtres ont reçu une grâce plus grande que n’importe quels autres saints. Que si l’on prétend que les autres saints peuvent mériter autant que les apôtres ont mérité, et par conséquent obtenir une grâce aussi grande, il faut répondre que l’argument serait correct si la grâce était donnée selon les mérites. Mais s’il en était ainsi, la grâce ne serait plus grâce, comme il est dit (Rm XI, 6). Ainsi donc, de même que Dieu a prédisposé quelques saints à une dignité plus grande, il leur a communiqué une grâce plus abondante, comme il a donné au Christ fait homme, qu’il voulait élever jusqu’à l’unité de personne, une grâce sans égale. De même encore ayant choisi la glorieuse Vierge Marie pour Mère, il la remplit de grâces, et quant à l’âme et quant au corps; ainsi, de même qu’il a appelé les apôtres à une dignité singulière, il leur accorda le privilège d’une grâce exceptionnelle. C’est ce qui fait dire à saint Paul (Rm VIII, 23) : "Nous possédons les prémices de l’Esprit," avec la priorité quant au temps, dit la Glose, et plus d’abondance que les autres. Il est donc téméraire de comparer certains saints aux apôtres. Ainsi la grâce de Dieu a surabondé dans les apôtres, quant à l’étendue de la sagesse, car ils ont été préposés à toute l'Eglise comme pasteurs ; (Jérémie, III, 15) : "Je vous donnerai des pasteurs selon mon coeur, et ils vous nourriront de la doctrine et de la science." Or les pasteurs ont deux obligations, savoir : d’être à un degré suréminent dans la connaissance des choses divines, et industrieux dans l’action du ministère religieux. Ils doivent, en effet, instruire dans la foi ceux qu’ils évangélisent, et pour remplir ce devoir, la sagesse, qui est la connaissance des choses divines, est indispensable; sur ce point l’Apôtre dit (verset 8) : En nous remplissant de sagesse ; (Luc, XXI, 15) : "Je vous donnerai moi-même une bouche et une sagesse à laquelle tous vos ennemis ne pourront résister, et qu’ils ne pourront contredire." Ils doivent de plus gouverner ceux qui leur sont confiés dans les choses extérieures, et pour remplir ce devoir la prudence est nécessaire, car c’est elle qui l’emporte dans les choses temporelles. L’Apôtre dit donc par rapport à cette vertu (verset 8) : et de prudence ; (Matth., X, 16) : "Soyez donc prudents, etc." Ainsi se manifeste, dans les apôtres, le don de Dieu quant à l’excellence de la sagesse.
II° Vient ensuite le don qui a rapport à l’excellence de la révélation (verset 9) : pour nous faire connaître le mystère, etc.; comme s’il disait : la sagesse que nous avons reçue, n’a pas pour but de connaître la nature des choses, le cours des astres, ou toute autre chose semblable; elle est en Jésus-Christ seul, (1 Co II, 2) : "Je n’ai pas fait profession de savoir autre chose parmi vous que Jésus-Christ et Jésus-Christ, etc. " C’est ce qui fait dire à saint Paul (verset 9) : pour nous faire connaître le mystère, c'est-à-dire le secret divin, à savoir le mystère de l’incarnation, qui a été caché dès les commencements. L’Apôtre indique aussitôt la cause de ce mystère caché, lorsqu’il dit (verset 9) : de sa volonté, car les effets futurs ne sont connus qu’en connaissant leurs causes; c'est ainsi que nous ne connaissons que par sa cause une éclipse future. Donc comme la cause du mystère de l’incarnation est la volonté de Dieu, car ce n’est que par le grand amour que Dieu a eu pour les hommes, qu’il a voulu s’incarner ; (Jean, III, 16) : "Dieu a tellement aimé le monde, qu’il a donné son Fils unique," et la volonté de Dieu étant très profondément cachée ; (1 Co II, 11) : "Nul ne connaît ce qui est en Dieu, que l’Esprit de Dieu," la cause de l’incarnation a donc été cachée pour tous ceux à qui Dieu ne l’a pas révélée par son Esprit Saint, comme le dit saint Paul (1 Co II, 10). L’Apôtre dit donc (verset 9) : pour nous faire connaître le mystère, c'est-à-dire, le secret de Dieu, qui est un secret pour la raison qu’il est l’effet de la volonté divine ; (Matth., XI, 25) : "Je vous bénis, Seigneur Père du ciel et de la terre, de ce que vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents, et que vous les avez révélées aux petits" ; (Col I, 26) : "Le mystère, qui a été caché dans tous les siècles et dans tous les âges, et qui maintenant a été découvert à ses saints, auxquels Dieu a voulu faire connaître quelles sont les richesses de la gloire de ce mystère."
III° saint Paul explique ensuite en quoi consiste ce même mystère, lorsqu’il dit (verset 9) : fondé sur sa bienveillance, etc. Ce passage est embrouillé, et doit être ainsi construit : pour nous faire connaître, etc. Or ce mystère consiste à réunir toutes choses en Jésus-Christ, c'est-à-dire par Jésus-Christ. "Toutes choses," c'est-à-dire : (verset 10) : tant qui est dans le ciel que ce qui est sur la terre. "Les réunir," avons nous dit, "en lui," c'est-à-dire en Jésus-Christ, après l’accomplissement des temps marqués, et cela, selon son bon plaisir. L’Apôtre indique ici trois choses, savoir la cause du mystère, l’opportunité du temps, et enfin les effets du mystère même.
I. Il en montre dans un certain sens la cause, quand il dit (verset 9) : selon son bon plaisir. Car bien que tout ce qui est agréable à Dieu soit bon, encore faut-il dire que ce bon plaisir de Dieu reçoit par antonomase la dénomination de bon, parce que par son moyen nous parvenons à la jouissance parfaite de la bonté ; (Psaume CXLVI, 11) : "Le Seigneur met son plaisir en ceux qui le craignent, etc. " ; (Rm XII, 2) : "Afin que vous connaissiez quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce qui est agréable à ses yeux et ce qui est parfait."
II. L’opportunité du temps se manifeste par l’accomplissement des temps fixés, dont il est dit (Galates IV, 4) : "Lorsque le temps a été accompli, Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme." L’Apôtre ici réfute en passant une question frivole que les Gentils ont coutume de proposer; car, ainsi qu’il est dit au livre de Job (XXIV, 1) : "Les temps ne sont pas cachés au tout-puissant." De même donc qu’il règle et dispose toutes choses, en disposant et en accommodant les temps aux effets qu’il produit lui-même selon la meilleure convenance, ainsi il règle les temps en fonction des effets qu’ils produisent ; ainsi a-t-il fixé de toute éternité une époque au mystère de l’incarnation, et ce temps, suivant la Glose, arriva quand l’homme fut convaincu de manquer de sagesse, avant la Loi écrite, alors qu’il adorait les créatures au lieu du Créateur, comme il est dit (Rm I, 22) : "Ils sont devenus fous en s’attribuant le nom de sages;" et convaincus de son impuissance par la Loi écrite qu’il ne pouvait accomplir, en sorte que les hommes ne pouvant présumer de leur sagesse et de leur vertu, ne puissent en venir à mépriser l’avènement de Jésus-Christ, mais se sentant faibles et pour ainsi dire pleins d’ignorance, ils puissent se porter vers lui avec plus d’empressement.
III. L’effet de ce mystère est de rétablir toutes choses ; les rétablir toutes, en effet, en tant qu’elles ont été faites pour l’homme ; (Amos IX, 11) : "Je relèverai le tabernacle de David qui est ruiné; je refermerai les ouvertures de ses murailles, et je rebâtirai ce qui était tombé." Tout rétablir, disons-nous, tout ce qui est dans les cieux, c'est-à-dire les anges : non pas pourtant que Jésus-Christ soit mort pour les anges, mais parce qu’en rachetant l’homme, le désastre qui suivit la défection des anges est réparé ; (Psaume CIX, 6) : "Il a comblé les ruines.[1]" Il faut ici se garder de l’erreur d’Origène, et ne pas prendre occasion de ce passage pour croire que les anges condamnés seront rachetés par Jésus-Christ, comme l’a supposé ce Père. (verset 10) : et ce qui est sur la terre, en tant qu’il remet en paix le ciel avec la terre ; (Col I, 20) : "Pacifiant par le sang qu’il a répandu sur la croix, tant ce qui est sur la terre, que ce qui est dans le ciel" ; ce qu’il faut entendre, quant au caractère suffisant de la réparation, et bien que tout ne soit pas rétabli d’une manière effective.
[1] Le texte grec porte : "cadavres". Le sens du passage cité serait : "il multipliera la mort".
11. C’est aussi en lui que nous avons été appelés à l’héritage, ayant été prédestinés par le décret de celui qui a fait toutes choses selon le conseil de sa volonté,
12. Afin que nous soyons le sujet de la gloire et des louanges du Christ, nous qui, les premiers, avons espéré en lui.
Saint Paul, dans ce qui précède, a fait ressortir l’abondance de la grâce, que lui-même et les autres Apôtres ont reçu de Jésus-Christ. Mais pour que l’on ne croie pas qu’ils ont reçu cette grâce pour leurs mérites propres, il établit à la suite qu’elle leur a été gratuitement donnée, et que, appelés par Dieu, ils ne l’ont pas été grâce à leurs mérites personnels. Cette partie de l’Epître se subdivise en trois; l’Apôtre montre I° que la vocation est gratuite; II° que la prédestination par Dieu est l’effet de sa volonté (verset 11) : Ayant été prédestinés par le décret de celui qui, etc.; III° quelle est la fin de l’une et l’autre (verset 12) : afin que nous soyons le sujet de la gloire, etc.
I° Il dit donc : J’ai établi que la grâce dont nous parlons a été en nous surabondante, et que toutes choses ont été rétablies en Jésus Christ (verset 11). C’est aussi en lui, c'est-à-dire par ce même Jésus-Christ que l’héritage nous est échu comme par le sort, c'est-à-dire aucunement par vos mérites, mais par l’élection divine ; (Col I, 12) : "Rendant gloire à Dieu le Père, qui en nous éclairant de la lumière, nous a rendus dignes d’avoir part au sort et à l’héritage des saints, etc." ; (Psaume XXX, 16) : "Mon sort est entre vos mains." Pour entendre ceci, il faut se rappeler qu’il se passe parmi les hommes beaucoup de choses qui paraissent fortuites et contingentes, et qui toutefois sont réglées par la divine providence. Le hasard n’est autre chose que l’action de cette providence de Dieu à l’égard des événements humains et contingents. C’est ce qui fait dire à saint Augustin, sur Psaume XXX, 16 : "Mon sort est entre vos mains", que le sort n’est pas quelque chose de mauvais, mais la recherche de la volonté divine dans les événements douteux. Or il y a, à l’égard du sort, trois fautes à éviter. La première, celle de la superstition. Car toute pratique religieuse vaine et illicite est superstitieuse. On tombe donc, à l’égard du sort, dans la faute d’une superstition illicite, quand on fait quelque pacte avec les démons. C’est de là qu’il est dit (Ezéch., XXI, 21) : "Le roi de Babylone s’est arrêté à la tête des deux chemins; il a mêlé des flèches pour en tirer un augure de la marche qu’il doit prendre. Il a interrogé ses idoles, il a consulté les entrailles des bêtes mortes." En effet, mêler des flèches tient du sortilège, et interroger les idoles, c’est une superstition. Dans ce passage, Dieu condamne le sortilège et le range parmi les péchés qui appartiennent à la superstition. Le second péché à éviter est celui de tenter Dieu. Car tant que l’homme, par lui-même, peut faire une chose et savoir ce qu’il doit faire, s’il demande à Dieu par le sort ou si par quelque moyen de cette nature, il cherche à connaître ce qu’il doit faire, il tente Dieu. Mais quand la nécessité est urgente, et quand on ne peut se tirer d’affaire par soi-même, alors il est permis de demander à Dieu ce qu’il faut faire ; (II Chroniques, XX, 12) : "Comme nous ne savons pas même ce que nous avons à faire, il ne nous reste autre chose que de tourner les yeux vers vous." Enfin il faut éviter le péché de présomption, dans lequel on tombe, quand on s’inquiète de choses inutiles, ou qui ne nous concernent pas, par exemple, des événements futurs contingents. C’est de là qu’il est dit aux Actes (I, 7) : "Ce n’est pas à vous de savoir les temps et les moments que le Père a mis en son pouvoir."
On peut donc, d’après ceci, prendre dans une triple acception le mot "sort", à savoir comme moyen de partage, de consultation, de présage de l’avenir. On le prend comme moyen de partager, quand ne pouvant s’accorder pour répartir un héritage, on tire au sort, par exemple, et montrant un anneau, un livre, ou tout autre objet semblable, l’on dit : celui à qui cet objet arrivera, l’aura pour sa part d’héritage. Les sorts peuvent être, dans ce sens, tirés légitimement ; (Proverbes XVIII, 18) : "Le sort apaise les différends; il est arbitre même entre les grands," c'est-à-dire entre ceux qui veulent partager. On s’en sert pour consulter, quand hésitant sur ce que l’on doit faire, on interroge Dieu, en tirant les sorts. Il est dit (Jonas, I, 7) que la tempête s’étant élevée, ils consultèrent Dieu, et tirèrent les sorts, afin de savoir par la faute de qui cette tempête était venue. Cette manière est licite surtout dans le cas de nécessité, et dans les élections des puissances séculières. De là cette coutume de faire avec de la cire des rouleaux, auxquels on donne le nom de Bussuli, et de mettre, dans quelques-uns seulement des bulletins, afin que ceux auxquels arriveront les rouleaux renfermant les bulletins, aient des suffrages dans l’élection. Les apôtres agirent ainsi, même dans une élection spirituelle, mais avant la descente de l’Esprit Saint (Act., I, 26), quand le sort tomba sur Matthias ; mais depuis que l’Esprit Saint a été donné, il n’est plus permis de le faire dans le processus de l’élection, car ce serait faire injure au Saint-Esprit. On doit, en effet, croire que le Saint-Esprit pourvoira son Eglise de bons pasteurs. Aussi, après l’avènement de l’Esprit Saint, quand les apôtres choisirent les sept diacres, ils ne tirèrent pas les sorts; et ainsi dans les élections ecclésiastiques, la chose n’est plus permise. Le sort divinatoire est la recherche de l’avenir, réservé exclusivement à la science divine. Cette espèce porte toujours avec elle quelque présomption, et ne peut guère se pratiquer sans qu’il y ait vice de curiosité. Le sort n’étant donc autre que le désir de connaître ce qui dépend de la volonté divine, il s’ensuit que la grâce de l’élection divine retient le nom de sort, parce que Dieu, comme par une sorte de sort, appelle, selon sa providence cachée, non d’après les mérites de qui que ce soit, mais par sa grâce intérieure.
II° Quand l’Apôtre dit (verset 11) : Ayant été prédestinés, etc., il établit que c’est la volonté de Dieu qui opère la prédestination, dont il est dit (Rm VIII, 30) : "Et ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés." La raison de cette prédestination, ce ne sont pas nos mérites, mais la simple volonté de Dieu; c'est pourquoi saint Paul ajoute (verset 11) : selon le décret de celui, etc. ; (Rm VIII, 28) : "Car nous savons que tout contribue au bien de ceux qui aiment Dieu, qu’il a appelés suivant son décret pour être saints." Que Dieu ait prédestiné suivant sa volonté, il le prouve en ce que Dieu fait non seulement ceci, mais tout ce qu’il fait d’après le dessein de sa volonté ; (Psaume CXXXIV, 6) : "Le Seigneur a fait tout ce qu'il a voulu" ; (Isaïe, XLVI, 10) : "Toutes mes résolutions seront immuables, et toutes mes volontés s’exécuteront." L’Apôtre dit non seulement selon sa volonté, pour que l’on ne s'imagine pas qu’elle est irrationnelle, mais selon le décret de sa volonté, c'est-à-dire selon sa volonté qui se détermine d’après la raison, non pas en tant que la raison suppose le raisonnement, mais en tant qu’elle désigne une volonté certaine et délibérée.
III° L’Apôtre enfin indique la fin de l'une et de l’autre, c'est-à-dire de la prédestination et de la vocation. Cette fin, c'est la louange de Dieu, ce qui lui fait dire (verset 12) : afin que nous soyons le sujet de la gloire et des louanges qui lui appartiennent, nous qui avons les premiers espéré en Jésus-Christ, et que par nous, qui croyons en Jésus-Christ, soit exaltée la gloire de Dieu ; (Isaïe LV, 12) : "Les montagnes et les collines retentiront, devant Dieu, de cantiques de louanges." Or, comme remarque saint Ambroise, la louange de la gloire de Dieu, c'est la conversion d’un grand nombre à la foi, comme la gloire du médecin est d’acquérir et de guérir beaucoup de malades ; (Ecclesiastique II, 9) : "Vous qui craignez le Seigneur, espérez en lui, et sa miséricorde viendra vous combler de joie."
13. En qui (le Christ) vous aussi, après avoir entendu la parole de l’Evangile de votre salut, et y avoir cru, vous avez été scellés du sceaux de l’Esprit Saint qui avait été promis,
14. Lequel est le gage de notre héritage, jusqu’à la parfaite délivrance du peuple que Jésus-Christ s’est acquis pour la louange de sa gloire.
Après avoir rappelé les bienfaits accordés en commun à tous les fidèles, et spécialement aux apôtres, saint Paul énumère ici les grâces données aux Ephésiens. Cette partie se divise en deux. L’Apôtre d’abord énonce les grâces qu’ils ont reçues; ensuite il fait entrevoir les sentiments qu’excitent en lui ces grâces (verset l5) : C’est pourquoi, ayant appris, etc. La première de ces subdivisions se partage elle-même en trois parties qui répondent aux trois grâces reçues, I° saint Paul rappelle le bien de la prédication; II° de la conversion à la foi (verset 13) : en qui, après avoir cru, vous avez été scellés ; III° celui de la justification (verset 15) : Vous avez été scellés, etc.
I° Il dit donc, quant à la première de ces grâces : en qui, ou dans lequel, Jésus-Christ : vous-mèmes, après avoir entendu, c'est-à-dire ayant entendu par sa grâce et par sa puissance la parole de vérité, en d’autres termes la parole de la prédication, en tant que Jésus lui-même vous a envoyé des prédicateurs ; (Rm X, 14) : "Comment en entendront-ils parler, si personne ne leur prêche et comment leur prêcheront-ils s’ils ne sont envoyés? " et à la suite : "Donc, la foi vient de ce que l’on entend, et ce que l’on entend vient de la parole de Dieu". Ils entendent donc par le bien que leur fait celui qui leur envoie des prédicateurs ; (Luc, XI, 28) : "Heureux ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la pratiquent." L’Apôtre relève cette parole de la prédication par trois motifs : d’abord pour sa vérité, en disant (verset 15) : la Parole de vérité, car elle tire son origine de Jésus-Christ, dont il est dit (Jean XVII, 17) : "Votre parole est la vérité même" ; (Jacques I, 18) : "C’est lui qui par sa volonté nous a engendrés par la Parole de vérité." Ensuite parce que c'est une bonne nouvelle. Aussi l’appelle-t-il : Evangile, c'est-à-dire ce qui annonce le bien souverain et la vie éternelle, c'est de là que par antonomase la parole de la foi est appelée Evangile, comme si l’on disait : l’annonce du bien souverain ; (Isaïe, LII, 7) : "Que les pieds de celui qui annonce et qui prêche la paix sont beaux ! de celui qui annonce la bonne nouvelle, qui prêche le salut ! " et au même prophète (XL, 9) : "Montez sur une haute montagne vous qui annoncez l’Evangile à Sion." Ceci quant aux biens à venir. Enfin il la dépeint et l’exalte quant aux biens présents, en ce qu’elle procure le salut. C’est ce qui lui fait dire (verset 15) : de votre salut, c'est-à-dire : ce qui, étant reçu par la foi, procure le salut. (Rm I, 16) : "Car je ne rougis pas de l’Evangile, parce qu’il est la vertu de Dieu pour sauver tous ceux qui croient" ; (1 Co XV, 1) : "Il ne me reste plus maintenant qu’à vous faire souvenir de l’Evangile que je vous ai prêché, que vous avez reçu, dans lequel vous demeurez fermes, et par lequel aussi vous êtes sauvés."
II° Quant à la grâce de la conversion à la foi, saint Paul dit (verset 15) : en qui, c'est-à-dire en Jésus-Christ, ou par l’opération duquel, après avoir cru, vous avez été scellés. Et cette grâce est jointe à la foi, parce que la foi est indispensable aux auditeurs. En effet, c'est en vain qu’on entendrait la parole de vérité, si l’on ne croyait pas, et le fait même de croire se fait par Jésus-Christ (ci-après, II, 8) : C’est par la grâce de Dieu que vous êtes sauvés par la foi et cela ne vient pas de vous, car c'est un don de Dieu.
III° Par rapport à la grâce de la justification, l’Apôtre ajoute (verset 15) : avez été scellés, et cela, par l’Esprit Saint qui vous a été donné ; il assigne à l’Esprit Saint trois caractères, à savoir, qu’il est un signe; qu’il est l’Esprit de promesse, et qu’il est le gage de l’héritage.
I. Il est un signe, en ce que c'est par lui qu’est versée dans nos coeurs la charité, par laquelle nous sommes distingués de ceux qui ne sont pas enfants de Dieu. Sur ce point, l’Apôtre dit (verset 13) : Vous avez été scellés, c'est-à-dire séparés du troupeau de Satan ; (ci-après, IV, 30) : N’attristez pas le Saint-Esprit de Dieu, dont vous avez été marqués, etc. Car ainsi que les hommes apposent leur marque à leurs troupeaux afin de les distinguer les uns des autres, ainsi le Seigneur a voulu que son troupeau, c'est-à-dire son peuple, fût distingué par une marque spirituelle; or le Seigneur eut son peuple particulier, dans l’ancien Testament, ce sont les Juifs ; (Ezech., XXXIV, 31) : "Mais vous, les brebis de mon pâturage, vous mes brebis, vous êtes des hommes." C’est de là qu’il est dit (Psaume XCIV, 7) : "Nous sommes son peuple, les brebis de ses pâturages." Mais comme ce troupeau paissait dans des pâturages matériels, c'est-à-dire dans une doctrine « matérielle », et avec des récompenses terrestres (Isaïe, I, 19) : "Si donc vous voulez m’écouter, vous serez rassasiés des biens de la terre," le Seigneur voulut pour ce motif le marquer et le séparer des autres par un signe corporel, savoir la circoncision ; (Gene., XVII, 13) : "Ce pacte que je fais avec vous sera marqué dans votre chair, etc.", et auparavant (verset 11) : "Vous circoncirez votre chair, afin que cette circoncision soit la marque de l'alliance que je fais avec vous." Mais dans le nouveau Testament, il eut pour troupeau le peuple chrétien ; (I Pierre, II, 25) : "Vous êtes retournés au Pasteur et à l’Evêque de vos âmes" ; (Jean, X, 7) : "Mes brebis entendent ma voix, etc. " Or ce troupeau paît dans les pâturages de la doctrine spirituelle, et pour des récompenses spirituelles, aussi le Seigneur l’a t-il distingué des autres par un signe spirituel; et ce signe, c'est l’Esprit Saint, par lequel ceux qui sont à Jésus-Christ, sont distingués de ceux qui ne lui appartiennent pas. Mais parce que le Saint-Esprit est amour, il est donné a quiconque s’élève à l’amour de Dieu et du prochain ; (Rm V, 5) : "L’amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par le Saint-Esprit, etc." Le signe donc de la séparation est la charité qui vient de l’Esprit Saint. (Jean, XIII, 35) : "C’est en cela que tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres." Le sceau que nous avons reçu c'est donc l’Esprit Saint.
II. Il est appelé l’Esprit de la promesse pour trois raisons. Premièrement, parce qu’il a été promis aux fidèles (Ecclesiastique XXXVI, 26) : "Je mettrai un Esprit nouveau au milieu de vous;" et (Ezech XXXVII, 6) : "Je vous donnerai un Esprit nouveau." Secondement parce qu’il est donné avec une promesse spéciale, car par cela même qu’il nous est donné, nous devenons enfants de Dieu. Par l’Esprit Saint, en effet, nous ne faisons plus qu’un avec Jésus-Christ ; (Rm VIII, 9) : "Si quelqu’un n’a pas l’Esprit de Jésus-Christ, il n’est pas à Jésus-Christ" ; par conséquent nous sommes les fils adoptifs de Dieu, et par là nous avons la promesse de l’héritage éternel, car (Rm VIII, 17) : "Si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers." Troisièmement l’Esprit Saint est appelé un gage, en ce qu’il nous donne la certitude de l’héritage promis. Car cet Esprit, en ce qu’il nous adopte comme enfants de Dieu, est un Esprit de promesse dont nous obtiendrons l’effet. Une autre version, remarque la Glose, appelle le Saint-Esprit les arrhes de l’héritage; peut-être est-ce la meilleure, car le gage est différent de l’objet pour lequel il est donné, on le rend après qu’on a reçu l’objet qui était dû. Les arrhes, au contraire, ne diffèrent en rien de l’objet pour lequel elles sont données on ne les rend pas parce qu’elles font partie du prix même qui ne doit pas être partagé, mais complété. Or Dieu nous a donné, comme gage, la charité par l’Esprit qui est l’Esprit de vérité et d’amour; par conséquent un gage de cette sorte n’est rien d’autre qu’ une sorte de communication partielle et imparfaite de la divine charité et de l’amour, qui ne sera pas enlevée, mais perfectionnée. On doit donc de préférence lui donner le nom d'arrhes plutôt que celui de gage. Toutefois on peut l’appeler gage, car Dieu, par l’Esprit Saint nous accorde différents dons, dont quelques-uns subsistent dans la patrie [céleste], par exempte, la charité qui ne périra jamais (I Corinth. XIII, 8) ; d’autres, à cause de leur imperfection, n’y subsisteront plus, par exemple la foi et l’espérance, qui seront détruites, ainsi qu’il est dit au même endroit. Dans ce sens le Saint-Esprit prend le nom d’arrhes, par rapport aux dons qui demeurent, et celui de gage par rapport à ceux qui finiront.
III. L’Apôtre explique ensuite pour quel motif nous avons été marqués de ce sceau, lorsqu’il dit (verset 14) : pour la rédemption. Si, en effet, un maître faisait l’acquisition de quelque bétail, et l’adjoignait à son troupeau, il lui imposerait la marque de son acquisition. Or Jésus-Christ a tiré son peuple du milieu des Gentils ; (Jean, X, 16) : "J’ai encore d’autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie. Il faut que je les amène, etc." ; il leur a donc imprimé le sceau de son acquisition ; (I Pierre, II, 9) : "Vous êtes une nation sainte, un peuple que Dieu s’est acquis" ; (Actes XX, 28) : "Qu’il s'est acquis de son propre sang." Toutefois, parce que Jésus-Christ a acquis ce peuple, non pas comme s’il ne lui eût jamais appartenu, mais comme ayant été le sien pendant un temps, bien qu’il fût opprimé par la servitude de Satan, à laquelle il s’était soumis par le péché, ainsi donc l’Apôtre ne dit pas simplement ‘il s’est acquis’, mais il ajoute (verset 14) : pour la rédemption comme s’il disait : Il ne l’a pas seulement acquis de nouveau, mais il l’a comme racheté de la servitude du démon par son propre sang ; (I Pierre, I, 18) : "Ce n’a pas été par des choses corruptibles, comme de l’or ou de l’argent, que vous avez été rachetés, etc." Jésus-Christ nous a donc acquis en nous rachetant, non pas pourtant que Dieu s’en trouve augmenté en quoi que ce soit, parce qu’il n’a nullement besoin de nos biens ; (Job, XXXV, 7) : "Si vous êtes juste, que donnerez vous à Dieu ? ou que recevra-t-il de votre main ?" L’Apôtre explique pour quelle fin Jésus-Christ nous a rachetés, en disant (verset 14) : pour la louange de sa gloire, c'est-à-dire pour que Dieu lui-même reçoive la louange ; (Isaïe, XLIII, 7) : "Ceux qui invoquent mon nom, je les ai créés pour ma gloire."