11. C’est pourquoi souvenez-vous qu’étant Gentils par votre origine, et du nombre de ceux qu’on appelle incirconcis, pour les distinguer de ceux qu’on appelle circoncis selon la chair, à cause d’une circoncision faite par la main des hommes.
12. Vous n’aviez pas alors de part au Christ; vous étiez entièrement séparés de la société d’Israël; vous étiez étrangers à l’égard des alliances; vous n’aviez pas l’espérance des biens promis, et enfin vous étiez sans Dieu en ce monde.
13. Mais maintenant que vous êtes dans le Christ Jésus, vous qui étiez autrefois éloignés de Dieu, vous en avez été rapprochés par la vertu du sang du Christ.
Après avoir exposé le bienfait que Dieu avait accordé aux Gentils, en les délivrant du péché, l’Apôtre rappelle ici [aux Ephésiens] celui qu’ils ont reçu eux-mêmes lorsqu’ils ont été délivrés de l’état de gentilité. A cet effet, il traite deux points : I° il retrace la condition de leur état passé ; II° il fait ressortir les bienfaits qu’ils reçoivent dans leur état présent (verset 13) : Mais maintenant en Jésus-Christ, etc.
I° Sur le premier de ces points, I. l’Apôtre prend du souvenir de l’état passé des Ephésiens l’occasion de les exhorter ; II. il expose les conditions de cet état (verset 11) : Autrefois étant Gentils par votre origine, etc.
I. Il dit donc (verset 11) : C’est pourquoi, c'est-à-dire afin que vous puissiez comprendre que tout nous est donné par la grâce de Dieu (verset 11) : souvenez-vous ; (Deutér., IX, 7) : "Souvenez-vous et n’oubliez jamais de quelle manière vous avez excité la colère du Seigneur votre Dieu, etc." ; (Deutér., XVI, 3) : "afin que vous vous souveniez du jour de votre sortie d'Egypte tous les jours de votre vie."
II. Lorsqu’il dit (verset 11) : qu’étant autrefois, il rappelle la condition de leur état passé, et d’abord quant aux maux qu’ils avaient; ensuite quant aux biens dont ils étaient privés (verset 12) : que vous étiez en ce temps-là, etc.
1° Sur la première partie il indique trois maux.
A) D’abord le crime de gentilité, en ce qu’ils rendaient un culte au idoles, en disant : car vous étiez autrefois païens ; (1 Co XII, 2) : "Vous vous souvenez bien que, lorsque vous étiez païens, vous vous laissiez entraîner selon qu’on vous menait vers les idoles muettes." Quelques exemplaires portent : Vous qui étiez Gentils, et alors la construction est suspendue jusqu’à (verset 13) : Mais maintenant en Jésus-Christ, etc.
B) En second lieu, il rappelle leur manière de vivre toute charnelle, quand il dit (verset 11) : selon la chair, c'est-à-dire en vivant charnellement ; (Rm VIII, 8) : "Ceux qui sont dans la chair ne peuvent plaire à Dieu."
C) Enfin il dépeint le degré de mépris où ils étaient tenus par les Juifs; ce qui lui fait dire (verset 11) : Vous étiez du nombre de ceux qu’on appelle incirconcis, distingués des autres, c'est-à-dire des circoncis, qu’on appelle ainsi d’une circoncision faite dans la chair par la main des hommes ; en d’autres termes, des Juifs circoncis de cette circoncision. Saint Paul dit : pratiquée de main d’homme, pour marquer la différence d’avec la circoncision spirituelle, dont il est dit (Col II, 41) : "Et c'est en lui que vous avez été circoncis d’une circoncision qui n’est pas faite par la main des hommes, et consiste dans le dépouillement d’une partie de ce corps de chair, mais de la circoncision de Jésus-Christ., avec lequel vous avez été ensevelis par le baptême" ; et peu après on lit (verset 13) : "Et lorsque vous étiez morts dans vos péchés, et dans l’incirconcision de votre chair, Jésus-Christ vous a fait revivre avec lui, vous pardonnant tous vos péchés, etc."
2° En ajoutant (verset 12) : Vous n’aviez pas dans ce temps-là, etc. saint Paul rappelle les biens dont les Ephésiens étaient privés : d’abord, la participation aux sacrements; puis la connaissance de Dieu (verset 12) : et sans Dieu en ce monde.
A) Sur la première partie, l’Apôtre désigne trois sacrements dont ils étaient privés : - a) D’abord, de la dignité de Jésus-Christ ; c'est pourquoi il dit (verset 12) : Vous n’aviez pas alors de part à Jésus-Christ, c'est-à-dire vous étiez sans la promesse du Christ, qui a été faite aux Juifs ; (Jérémie XXIII, 5) : "Je susciterai à David une race juste, etc." et (Zachar., IX, 9) : "Fille de Sion, soyez comblée de joie; fille de Jérusalem, poussez des cris d’allégresse; voici votre roi, qui vient à vous, ce roi juste qui est le Sauveur" - b) En second lieu, il nomme la société des saints, dont ils étaient séparés, tant qu’ils vivaient dans la gentilité, en disant (verset 12) : Vous étiez entièrement séparés de la société d’Israël, parce qu’il n’était pas permis aux Juifs de se mêler à la vie des Gentils ; (Deutér., VII, 2) : "Vous ne ferez pas d’alliance avec eux, et vous n’aurez aucune compassion d’eux. Vous ne contracterez pas avec eux de mariages, etc." ; (Jean, IV, 9) : "Les Juifs n’ont pas de commerce avec les Samaritains". A propos de ceux-ci, ceux qui venaient au Judaïsme n’étaient reçus qu’avec un certain mépris lorsqu’ils devenaient prosélytes. Aussi saint Paul ajoute (verset 12) : et vous étiez étrangers à l’égard des alliances ; en d’autres termes, les prosélytes de ce genre, lorsqu’ils se convertissaient au Judaïsme et devenaient prosélytes, n’étaient pas reçus à la participation aux alliances de Dieu comme des concitoyens, mais comme des étrangers. L’Apôtre dit (verset 12) : des alliances, au pluriel, parce que l’ancien Testament était déjà réalisé pour les Juifs, et le nouveau était promis. En effet (Ecclesiastique XLIV, 25) : "Le Seigneur a confirmé son alliance, et l’a fait passer sur la tête de Jacob", parole que l’on peut entendre de l’ancien Testament, car Dieu avait promis de donner un autre Testament ; (Baruch, II, 35) : "Je ferai avec eux une autre alliance qui sera éternelle." Or cette alliance il l’a offerte à ceux auxquels appartiennent et l’adoption des enfants de Dieu, et la gloire et le Testament," comme il est dit (Rm IX., 4).
B) Ensuite l'Apôtre rappelle un autre bienfait dont ils étaient privés, à savoir l’espérance des biens promis, quand il dit : étrangers aux alliances de la promesse, car, ainsi qu’il est dit (Galates III, 16) : "C’est à Abraham et à sa race que les promesses ont été faites.
C) Enfin, il nomme en dernier lieu la perte la plus grande qu’ils éprouvaient., à savoir l’ignorance où ils étaient de Dieu (verset 12) : et vous étiez sans Dieu en ce monde, c'est-à-dire sans la connaissance de Dieu ; (Psaume LXXV, 2) : "Dieu s’est fait connaître dans la Judée", et non pas aux nations, comme il est dit (I Thess., IV, 5) : "Et non pas en suivant les mouvements de la concupiscence, comme font les païens qui ne connaissent pas Dieu" ; ce qu’il faut entendre toutefois de la connaissance qui est acquise par la foi. Car de la connaissance naturelle, il est dit (Rm I, 21) : "Parce qu’ayant connu Dieu, ils ne l’ont pas glorifié comme Dieu, etc."
II° Quand il dit ensuite (verset 13) : mais maintenant en Jésus, etc. il rappelle les bienfaits reçus par les Ephésiens, au moment de leur conversion, par Jésus-Christ. Ici l’Apôtre fait deux choses : d’abord il montre comment ils sont entrés en participation des biens dont ils étaient privés; en second lieu, à l’égard de ces biens, il montre qu’ils les ont reçus, non comme des étrangers, mais comme des concitoyens (verset 19) : vous n’êtes donc plus des étrangers, etc. La première partie se subdivise en deux. L’Apôtre rappelle d’abord ces bienfaits d’une manière générale; ensuite, il entre dans le détail (verset 14) : car c'est lui qui est notre paix, etc. Il dit donc : Dans ce temps vous étiez sans part aucune à Jésus-Christ, entièrement séparés de la société d’Israël, mais (verset 15) maintenant, c'est-à-dire depuis que vous êtes convertis à Jésus-Christ, vous qui êtes en lui, c’est-à-dire vous qui adhérez à lui par la foi et par la charité ; (I Jean, IV, 16) : "Quiconque demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu en lui" ; et (Galates VI, 15) : "En Jésus-Christ la circoncision ne sert de rien, ni l'incirconcision, mais la nouvelle créature." - Vous, c'est-à-dire : (verset 13) : qui étiez loin autrefois, c'est-à-dire éloignés de Dieu, non par l’espace, mais par les mérites ; (Psaume CXVIII, 155) : "Le salut est loin des pécheurs", éloignés aussi de la société des saints et de la participation aux Testaments, comme il a été dit (verset 13) : déjà vous êtes devenus proches, à savoir de Dieu, et de ses saints et des Testaments ; (Isaïe LX, 4) : "Vos fils viendront de bien loin, etc." ; (Marc, VIII, 3) : "Car quelques-uns d’entre eux," c'est-à-dire des nations, "sont venus de loin," à savoir de la région d’un culte différent et de l’état de la Gentilité; mais vous, vous êtes devenus proches, à savoir dans le sang de Jésus-Christ, c'est-à-dire par son sang, par lequel il vous a attirés ; (Jean XII, 32) : "Et quand j’aurai été élevé de la terre, j’attirerai tout à moi." Cet effet est dû à son excessive charité qui s’est surtout manifestée dans sa mort (Jérémie, XXXI, 3) : "Je vous ai aimés d’un amour éternel; c'est pourquoi je vous ai attirés à moi par la compassion que j’ai eue de vous."
14. Car c'est lui qui est notre paix; c'est lui qui des deux peuples n’en a fait qu’un, qui a rompu en sa chair la muraille de séparation, cette inimitié qui les divisait,
15. Et qui, par sa doctrine, a aboli la loi des préceptes, afin de former en soi-même un seul homme nouveau de ces deux peuples, en mettant la paix entre eux;
16. Et afin que les ayant réunis tous deux en un seul corps, il les réconciliât avec Dieu par sa croix, y ayant détruit en soi-même leur inimitié.
17. Ainsi il est venu annoncer la paix, tant à vous qui étiez éloignés de Dieu, qu’à ceux qui en étaient proches.
18. Car c'est par lui que nous avons accès les uns et les autres auprès du Père dans un même Esprit.
Après avoir rappelé, d’une manière générale, les bienfaits accordés aux Ephésiens par le Christ, l’Apôtre les explique ici en particulier. Il le fait en deux points. Il montre premièrement comment ils se sont rapprochés du peuple Juif; secondement comment ils sont devenus plus proches de Dieu (verset 16) : et que…, il les réconciliât avec Dieu, etc.
I° Le premier de ces points se subdivise en trois : l’Apôtre indique I. la cause du rapprochement ; II. son mode ; III. sa fin. Le mode à ces mots (verset 14) : la muraille de séparation ; la fin à ces autres (verset 15) : de ces deux peuples, etc.
I. Or la cause du rapprochement, c'est Jésus-Christ ; voilà pourquoi l’Apôtre dit (verset 14) : Car c'est lui qui est notre paix, etc. Il emploie une locution emphatique pour mieux exprimer ce qu’il veut dire ; en d’autres termes : J’ai raison de dire que vous êtes devenus proches, mais vous le devez à Jésus-Christ, car (verset 14) : c'est lui qui est notre paix, c'est-à-dire qui est la cause de notre paix. C’est ce que disait Jésus en (Jean, XIV, 27) : "Je vous donne ma paix." Cette manière de s’exprimer s’emploie d’ordinaire quand tout ce qui est dans l’effet dépend de la cause, comme lorsque nous disons de Dieu qu’il est lui-même notre salut, parce que tout ce qui appartient, en nous, au salut, a Dieu pour cause. Tout ce qu’il y a en nous de paix ayant donc pour cause Jésus-Christ, il en est de même de tout ce qui nous rapproche de lui, car lorsqu’un homme est en paix avec un autre, il peut avec sécurité s’avancer ou s’approcher vers lui. C’est pour cette raison que l’Apôtre dit qu’il est notre paix. Les anges, en effet, à sa naissance, annoncèrent la paix ; (Luc, II, 14) : "Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre, etc." C’est aussi pendant que Jésus-Christ vivait dans son corps mortel, que l’univers jouit de la paix la plus profonde qu’il eut jamais ; (Psaume LXXI, 7) : "La justice paraîtra de son temps, etc." A sa résurrection Jésus-Christ lui-même annonça la paix ; (Luc, XXIV, 56) : "Et il leur dit : "La paix soit avec vous." A la suite (verset 14) : Des deux il n’en a fait qu’un, à savoir parce que Jésus-Christ a réuni l’un et l’autre peuple en un seul, c'est-à-dire les Juifs qui n’adoraient qu’un seul Dieu et les Gentils bien éloignés de ce culte ; (Jean, X, 46) : "J’ai encore d’autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie, etc." jusqu’à ces mots : "et il n’y aura qu’un troupeau et qu’un pasteur" ; (Ezéchiel XXXVII, 22) : "Il n’y aura plus qu’un seul roi qui les commandera tous, etc. "
II. L’Apôtre indique le mode du rapprochement, quand il ajoute (verset 14) : la muraille de séparation, etc. Or ce mode consista en l’éloignement de l’obstacle qui séparait les deux peuples. Pour l’intelligence du sens littéral, il faut se figurer une plaine immense, où s’est rassemblée une grande multitude. Au milieu de cette plaine s’élève et s’étend une longue muraille, qui divise cette multitude, en sorte qu’on n’y voit plus un seul peuple, mais deux peuples. Quiconque ferait disparaître cette muraille, réunirait donc ces hommes assemblés en une seule multitude et il ferait un peuple unique. Ainsi faut-il entendre ce qui est dit ici, car ce monde est semblable à un champ ; (Matth., XIII, 58) : "Le champ, c'est le monde" ; or ce champ, c'est-à-dire le monde, est rempli d’hommes ; (Genèse, I, 28) : "Croissez, et multipliez-vous, et remplissez la terre." Dans ce champ se trouve une muraille, puisque les uns sont d’un côté, les autres d’un autre; et l’on peut dire que cette muraille c'est l’ancienne loi avec ses observances charnelles, dans lesquelles les Juifs étaient comme parqués et renfermés, ainsi qu’il est dit (Galates III, 23) : "Nous étions sous la garde de la Loi qui nous tenait renfermés pour [y attendre la] foi, qui devait être révélée" ; (Cantiq., II, 9) : "Il se tient derrière notre muraille," à savoir parce que la loi ancienne figurait Jésus-Christ. Or Jésus-Christ a enlevé cette muraille et de cette manière, comme il ne reste aucun obstacle intermédiaire, les Juifs et les Gentils n’ont fait qu’un peuple unique. C’est aussi ce que dit saint Paul : Je dis que des deux il n’en a fait qu’un seul, par ce moyen, à savoir, en rompant la paroi qui était au milieu. La paroi de la cloison, et non du mur. La paroi forme cloison, quand les pierres qui la composent ne sont pas liées entre elles par le ciment, et qu’elle n’est pas élevée pour durer à perpétuité, mais seulement pour un temps déterminé. L’ancienne Loi peut donc être regardée comme une cloison pour deux raisons. La première, c'est qu’elle n’était pas liée par la charité, qui est comme le ciment destiné à réunir les hommes d’abord entre eux et ensuite tous avec Jésus-Christ ; (ci-après, IV, 3) : travaillant avec soin à conserver l’unité d’un même Esprit par le lien de la paix. La Loi ancienne, en effet, est une loi de crainte, conduisant les hommes par les menaces et les châtiments, à l’observation des préceptes. Car si quelques-uns, au temps où régnait la Loi, l’observaient au nom de la charité, ils appartenaient déjà, comme le dit saint Augustin, au nouveau Testament., qui est la loi de l’amour ; (Rm VIII, 15) : "Vous n’avez pas reçu l’Esprit de servitude, qui vous retienne encore dans la crainte, etc." L’ancienne loi, en second lieu, est la paroi de la cloison, parce que cette loi n’a pas été donnée pour durer toujours, mais seulement jusques à un temps déterminé ; (Galates IV, 1) : "Je vous dirai que tant que l’héritier est enfant, il n’est pas différent d’un serviteur, quoi qu’il soit le maître de tout; mais il est sous la puissance des tuteurs et des curateurs jusqu’au temps marqué par son père. Ainsi lorsque nous étions enfants, etc."
Ici se présente une difficulté sur ce mot de saint Paul : Jésus-Christ a rompu la paroi de la cloison. On lit le contraire en saint Matthieu (V, 17) : "Je ne suis pas venu détruire la Loi, etc.", "mais l’accomplir." Il faut répondre que l’ancienne Loi comprenait des préceptes moraux et des préceptes qui concernent la religion. Jésus-Christ n’a pas détruit les premiers ; il les a accomplis, en y ajoutant les conseils, et en expliquant ce que les Scribes et les Pharisiens interprétaient mal. C’est pourquoi il disait (Matth., V, 20) : "Si votre justice n’est pas plus parfaite que celle des Scribes et des Pharisiens, etc."; et encore (verset 15) : "Il a été dit par les anciens : vous aimerez votre prochain, et vous haïrez votre ennemi. Et moi je vous dis : aimez vos ennemis, etc. " Les préceptes cultuels, il les a abolis quant à leur substance, mais il les a accomplis quant à ce qu’ils figuraient, substituant à la figure la réalité. Il faut donc entendre ce que dit ici saint Paul (verset 14) : rompant, etc., c'est-à-dire quant à l’observance de la Loi selon la chair. Détruire l’obstacle, c'est-à-dire la paroi de la cloison, c'est détruire (verset 14) les initiés qui existaient entre les Juifs et les Gentils, attendu que les premiers voulaient garder la Loi, et les seconds ne le voulaient pas, ce qui suscitait entre eux des colères et des jalousies. Mais assurément Jésus-Christ a détruit, dans la chair qu’il avait prise, ces inimitiés, car à sa naissance, la paix a été immédiatement annoncée aux hommes (Luc, II, 14), ou dans sa chair immolée, parce que, comme il est dit (ci-après, V, 2) : Il s’est livré pour nous comme une oblation et une victime d’agréable odeur. Dans ce sacrifice ont été accomplis et terminés tous les autres sacrifices ; (Hébreux X, 14) : "Car par une seule oblation il a rendus parfaits pour toujours ceux qu’il a sanctifiés."
Il donne ensuite à entendre ce que c'est que cette paroi, en disant (verset 15) : abolissant la loi des ordonnances, comme s’il disait : rompant la paroi, c'est-à-dire la loi des préceptes, etc. Elle est ainsi appelée loi des ordonnances, non parce que les autres lois manquent de préceptes, car la loi nouvelle a les siens ; (Jean, XIII, 34) : "Je vous laisse un commandement nouveau," mais pour deux raisons. D’abord, à cause du grand nombre des prescriptions légales, à ce point qu’eles ne peuvent pas être observées par les hommes, suivant ce passage des Actes (XV, 10) : "C’est là un joug que ni nos pères ni nous n’avons pu porter" ; et (Job, XI, 6) : "La multitude des préceptes de sa loi, etc." Ou encore on dit : "des ordonnances" pour des œuvres ; (Rm III, 27) : "Où est donc le sujet de votre gloire ? il est exclu. Et par quelle loi ? Est-ce par la loi des œuvres ? Non, mais par la loi de la foi." De même donc que le baptême de Jean est appelé le baptême de l’eau, parce qu’il ne purifiait qu’à l’extérieur et ne communiquait aucune sanctification intérieure, de même la loi ancienne est appelée la loi des oeuvres, parce qu’elle prescrivait seulement ce que l’on devait faire, mais ne conférait pas la grâce qui aide à accomplir la Loi. La loi nouvelle, au contraire, dirige en prescrivant ce qui est à pratiquer, et aide à l’accomplir en conférant la grâce ; (verset 13) : Abolissant, c'est-à-dire : comme ce qui est imparfait est aboli par ce qui est parfait, et l’ombre par la vérité ; (1 Co XIII, 10) : "Lorsque nous serons dans l’état parfait, ce qui est imparfait sera aboli", à savoir l’imperfection et les ombres de la loi ancienne, dont il est dit (Hébr., X, 1) : "Car la Loi n’ayant que l’ombre des biens à venir, etc." cela par ses décrets, c'est-à-dire par les préceptes du nouveau Testament, par lesquels la loi est détruite ; (Lévitiq., XXVI, 10) : "Vous mangerez les fruits de la terre que vous aviez en réserve depuis longtemps", c'est-à-dire les préceptes de la loi de nature, aussitôt que vous aurez reçu la loi nouvelle, et après en avoir pris les préceptes, "vous rejetterez les vieux", c'est-à-dire les préceptes cultuels de la loi ancienne, quant à leur substance, ainsi qu’il a été expliqué.
III. L’Apôtre montre ensuite quelle est la fin du rapprochement, lorsqu’il dit (verset 15) : afin de former en soi-même un homme nouveau des deux, etc. Cette fin est donc de ne faire qu’un peuple des deux. Or les choses qui s’unissent, doivent le faire en un point commun, et, parce que la Loi divisait, les peuples ne pouvaient s’unir dans la Loi; mais Jésus-Christ et sa foi, succédant à la Loi comme la vérité à la figure, a uni les deux peuples dans sa personne ; (Jean, XVII, 22) : "Qu’ils soient un, comme nous-mêmes nous sommes un" ; (Matth., XVIII, 20) : "Car en quelque lieu que se trouvent deux ou trois personnes assemblées en mon nom, je m’y trouve au milieu d’elles." Et cette union s’est accomplie (verset 15) : en un seul homme nouveau qui a apporté la paix, c'est-à-dire en Jésus-Christ lui-même. qui est appelé homme nouveau, à cause du mode nouveau de sa conception ; (Jérémie, XXXI, 22) : "Le Seigneur a créé sur la terre un prodige nouveau : une femme entourera un homme" ; nouveau aussi à cause de la grâce nouvelle qu’il a accordée ; (Gal VI, l) : "En Jésus-Christ la circoncision ne sert de rien, ni l’incirconcision, mais la nouvelle créature" ; (ci-après, IV, 23) : Renouvelez-vous dans l’intérieur de votre âme, et revêtez vous de l’homme nouveau ; nouveau encore par les nouveaux préceptes qu’il a donnés ; (Jean, XIII, 54) : "Je vous laisse un commandement nouveau, c'est de vous aimer les uns les autres, etc. " Toutefois bien que cette explication paraisse être selon la pensée de l’Apôtre, la Glose distingue deux sortes de paroi, et indique comme obstacle du côté des Juifs la Loi, et du côté des Gentils l’idolâtrie.
II° Quand saint Paul dit ensuite (verset 16) : et que réunis tous deux, etc., il fait voir comment ils ont été rapprochés de Dieu. Sur ce point I. il rappelle leur réconciliation avec Dieu, II. il explique comment a été manifestée cette réconciliation (verset 17) : et étant venu, il a annoncé la paix, etc…
I. Il faut se souvenir que l’amour du prochain est la voie pour arriver à la paix de Dieu, car (I Jean, IV, 20) : "Comment celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, peut-il aimer Dieu qu’il ne voit pas ?" D’ailleurs, dit saint Augustin, que personne ne s’imagine avoir la paix avec Jésus-Christ, s’il n’est pas d’accord avec un chrétien. L’Apôtre établit donc d’abord que la paix des hommes entre eux a été faite par Jésus-Christ, et de là la paix des hommes avec Dieu ; c'est ce qui lui fait dire (verset 16) : afin qu’il les réconcilie tous deux, c'est-à-dire après les avoir unis dans un seul corps, celui de l’Eglise, c'est-à-dire dans le Christ ; (Rm XII, 5) : "Quoique plusieurs, nous ne faisons qu’un corps en Jésus-Christ." - Il les réconcilie, c'est-à-dire : avec Dieu par la foi et par la charité ; (II Corinth.. V, 19) : "Dieu a réconcilié le monde avec soi en Jésus-Christ," et il a opéré cette réconciliation "par sa croix, ayant détruit en soi-même l’inimitié," car il a détruit l’inimitié qui existait par la Loi entre les Juifs et les Gentils, en accomplissant les figures de l’ancien Testament ; et l’inimitié qui était entre Dieu et les hommes par le péché, il l’a détruite en lui-même quand par la mort de la croix il a détruit le péché ; (Galates I, 4) : "Il s’est livré lui-même pour nos péchés" ; (Hébreux IX, 28) : "Il s’est offert une fois pour effacer les péchés de plusieurs." L’Apôtre dit donc (verset 16) : détruisant en lui-même les inimitiés, c'est-à-dire les péchés ; en lui-même, c'est-à-dire par l’immolation de son propre corps ; (Col I, 20) : "Ayant pacifié, par le sang qu’il a répandu sur la croix, tant ce qui est sur la terre que ce qui est dans le ciel" ; (Rm V, 10) : "Lorsque nous étions ennemis de Dieu, nous avons été réconciliés avec lui par la mort de son Fils" ; et (Col I, 19) : "Il a plu que toute plénitude résidât en Jésus-Christ, et que toutes choses fussent réconciliées par lui." Jésus-Christ ayant donc satisfait suffisamment pour nos péchés, en conséquence, le prix étant payé, la réconciliation eut lieu.
II. Saint Paul expose ensuite comment s’est faite la manifestation de cette réconciliation, en disant (verset 17) : et étant venu il a annoncé la paix, etc. Il expose donc d’abord l’annonce de la paix ou de la réconciliation ; ensuite la cause et la raison de la paix (verset 18) : Car c'est par lui que nous avons accès, etc.
1° Il y a donc une manifeste réconciliation entre Dieu et l’homme par Jésus-Christ, puisque Jésus-Christ lui-même non seulement nous a réconciliés avec Dieu et a détruit les inimitiés, mais encore (verset 17) parce qu’étant venu, à savoir dans sa chair, il a évangélisé, c'est-à-dire a annoncé la paix. Ou encore : venant, après la résurrection, il se trouva au milieu de ses disciples, et leur dit : La paix soit avec vous. (Luc, XXIV, 56) et (Isaïe, LXI, 1) : "Le Seigneur m’a envoyé pour annoncer sa parole à ceux qui sont doux" et (Isaïe, LII, 7) : "Que les pieds de celui qui annonce et qui prêche la paix sur les montagnes, sont beaux ! de celui qui annonce la bonne nouvelle, qui prêche le salut, etc." -- Il a, c'est-à-dire annoncé la paix, pas seulement à un seul peuple," mais (verset 17) : à vous, Gentils, qui étiez éloignés, et auxquels, si ce n’est en personne, au moins par ses apôtres, il a annoncé la paix ; (Matth, XXVIII, 19) : "Allez donc, et instruisez tous les peuples, les baptisant, etc." ; (Isaïe, XXXIII, 13) : "Vous qui êtes loin de moi, écoutez ce que j’ai fait, et reconnaissez, etc. " Et (verset 17) aussi à ceux qui étaient proches, entendez : Jésus-Christ a annoncé la paix en personne ; (Rm XV, 8) : "Je déclare que Jésus-Christ a été le docteur des circoncis, afin que Dieu fût reconnu véritable par l’accomplissement des promesses qu’il avait faites à leurs pères" ; (Isaïe, LIV, 15) : "Il vous viendra des habitants qui n’étaient pas avec moi, et ceux qui vous étaient étrangers se joindront à vous."
2° Saint Paul désigne ensuite la cause et la forme de la paix en disant (verset 18) : Car c'est par lui que nous avons accès les uns et les autres, à savoir les deux peuples, dans un même esprit, c'est-à-dire unis par le lien du Saint-Esprit ; (ci-après, IV, 3) : Travaillons avec soin à conserver l’unité d’un même Esprit, etc.; (Corinth., XII, 11) : "Or, c'est un seul et même Esprit qui opère toutes choses, etc. " Ainsi donc nous avons accès auprès du Père par Jésus-Christ, parce que Jésus-Christ opère par le Saint-Esprit ; (Rm VIII, 9) : "Si quelqu’un n’a pas l'Esprit de Jésus-Christ, il n’est pas à Jésus-Christ. Tout ce qui se fait par le Saint-Esprit, se fait donc aussi par Jésus-Christ. Par ce mot de l’Apôtre (verset 18) : auprès du Père, il faut aussi entendre que cette opération appartient aussi à la Trinité toute entière ; car par l'unité de l’essence, dans le Père sont le Fils et le Saint-Esprit ; et dans le Saint-Esprit le Père et le Fils. Quand donc l’Apôtre dit auprès du Père, il donne à entendre, d’une manière spéciale, que tout ce que le Fils possède, il le reçoit du Père, et qu’il reconnaît aussi le tenir de lui.