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CHAPITRE 3 — LE MINISTÈRE APOSTOLIQUE
Leçon 1 — Ephésiens III, 1 à 6 : Souffrances et grâces de saint Paul
SOMMAIRE : Saint Paul, après le récit de sa patience et des tribulations qu’il a souffertes, rappelle les bienfaits particuliers qu’il a reçus de Dieu.

1. C’est pour ce sujet que moi Paul, je suis prisonnier du Christ Jésus, pour vous autres Gentils;

2. Car vous avez appris sans doute de quelle manière Dieu m’a donné la grâce envers vous,

3. découvert par révélation ce secret et ce mystère, dont je vous ai déjà écrit ci-dessus en peu de mots,

4. Or vous pouvez connaître par la lecture, quelle est l’intelligence que j’ai du mystère du Christ,

5. Qui n’a pas été découvert aux enfants des hommes dans les autres temps, comme il est révélé maintenant par le Saint-Esprit à ses saints Apôtres et Prophètes :

6. Lequel est que les Gentils sont appelés au même héritage que les Juifs, qu’ils sont les membres d’un même corps, et qu’ils participent à la même promesse de Dieu dans le Christ Jésus par l’Evangile.

L’Apôtre, dans ce qui précède, a rappelé un grand nombre de bienfaits de Dieu, accordés au genre humain et aux apôtres eux-mêmes ; il rappelle ici les bienfaits particuliers que Dieu lui a accordés à lui-même. Il expose donc d’abord d’une manière générale ce qu’il veut établir ; puis en particulier et par parties (verset 3) : découvert par révélation, etc.

Sur le premier de ces points, il explique ce que fut sa vie sur le plan de la patience et des tribulations qu’il a souffertes ; en second lieu, sur le plan des dons de la grâce que Dieu lui a faits (verset 2) : Car vous aurez appris, etc.

I. Il dit donc : Je vous ai dit comment vous êtes entrés vous-mêmes dans la structure de l’édifice, etc., (verset 1) : C’est pour ce sujet, c'est-à-dire pour que vous y trouviez place et que vous vous convertissiez à Jésus-Christ, que moi Paul, honoré d’une si grande dignité, puisque je suis apôtre de Jésus-Christ et docteur des nations dans la foi et la vérité, je suis prisonnier à Rome. Car il écrivit cette épître de la ville de Rome, où il était dans les chaînes ; (II Timoth., II, 9) : "Je souffre beaucoup de maux, jusques à être dans les chaînes comme un scélérat" ; et (ci-après, IV, 4) : Je vous conjure donc, moi qui suis dans les chaînes pour le Seigneur. On voit par là les tribulations et les souffrances qu’il endurait dans les horreurs de la prison. Toutefois, comme ce n’est pas la souffrance qui fait le martyr, mais la cause, il donne immédiatement la cause de ses souffrances. On peut avoir une double raison de revendiquer le martyre : La première, si l’on souffre pour la foi de Jésus-Christ, ou pour quelqu’autre vertu ; (I Pierre, IV, 15) : "Que nul de vous ne souffre comme homicide, ou comme médisant, ou comme envieux du bien d’autrui ; s’il souffre comme chrétien, qu’il n’en ait pas de honte." Quant à ce motif, l’Apôtre dit (verset 4) : prisonnier pour le Christ Jésus. Le second motif, c'est quand on souffre pour l'utilité de l’Eglise ; quant à celui-ci l’Apôtre dit (verset 1) : pour vous autres Gentils, c'est-à-dire j’ai tellement à coeur votre conversion, et je vous annonce avec tant d’empressement la parole du salut, que j’ai été jeté en prison ; (II Corinth. I, 6) : "Nous sommes affligés pour votre consolation et pour votre salut" ; et (Col I, 24) : "Moi Paul, qui me réjouis maintenant dans les maux que je souffre pour vous."

II. Quand saint Paul ajoute (verset 2) : Car vous aurez appris sans doute etc., il rappelle le don de la grâce qu’il a reçu. En d’autres termes, je viens de dire que je suis prisonnier, pour vous autres Gentils, si cependant vous avez appris, c'est-à-dire compris de quelle manière Dieu m’a donné sa grâce pour vous. Ces paroles peuvent s’entendre de deux manières : d’abord en prenant l’expression dispensation dans le sens passif, en sorte qu’on dise : si cependant vous avez appris la dispensation de la grâce, etc…, c'est-à-dire si vous avez compris que le don, à savoir celui de l’apostolat des Gentils, m’a été confié. Car, ainsi qu’il est dit plus loin (IV, 7) : La grâce a été donnée à chacun de nous selon la mesure du don de Jésus-Christ ; et plus loin encore (IV, 11) : Lui-même donc en a établi quelques-uns pour être apôtres, d’autres prophètes, etc. C’est ainsi que ce pouvoir m’a été confié par Jésus-Christ, c'est-à-dire que cette grâce de Dieu m’est échue en partage, afin que je partage des fruits parmi vous ; (Col I, 23) : "J’ai été établi ministre, etc. " Je dis la dispensation de Dieu qui m’a été confiée pour vous, c'est-à-dire la dispensation des grâces m’a été donnée. Cette expression dispensation peut être prise dans le sens actif ; voici le sens : Si cependant vous avez su que la dispensation, etc., c'est-à-dire si vous avez compris qu’il m’a été donné de dispenser les dons de la grâce par la communication des sacrements, et cela parmi vous ; (1 Co IV, 1) : "Que les hommes nous considèrent comme les ministres de Jésus-Christ".

II° En disant à la suite (verset 3) : m’ayant découvert par révélation etc., l’Apôtre expose son état par parties et d’une manière spéciale. Il expose d’abord ce qui appartient à la dignité de son ministère, à savoir la dispensation de la grâce ; ensuite ce qui concerne son expérience de la patience, c'est-à-dire à supporter la tribulation (verset 13) : C’est pourquoi, je vous prie de ne pas perdre courage, etc. Le premier de ces points se subdivise également en deux. D’abord l’Apôtre montre la dispensation de la grâce, par rapport à la connaissance des différents mystères ; ensuite par rapport à leur accomplissement (verset 7) : dont j’ai été fait le ministre, etc. La première partie se divise également en deux : l’Apôtre expose I. la connaissance qui lui a été donnée à lui-même des mystères de Jésus-Christ ; II. Ce que sont ces mystères mêmes (verset 6) : Que les Gentils sont appelés au même héritage, etc.

I. A l’égard de la connaissance qui lui a été donnée, il montre qu’elle est certaine ; qu’elle est complète ; qu’elle est suréminente.

Elle est certaine, parce qu’elle ne vient pas de l’industrie humaine, ni de la pensée de l’homme, laquelle est sujette à faillir ; (Sagesse, IX, 14) : "Les pensées de l’homme sont faibles, et nos prévoyances sont incertaines", mais par la loi divine qui possède la suprême certitude. C’est pourquoi il dit (verset 3) : M’ayant découvert par révélation ce mystère, etc. ; (Galates I, 12) : "Je ne l’ai pas reçu ni appris d’aucun homme, mais par la révélation de Jésus-Christ" ; (II Corinthiens III, 18) : "Ainsi nous tous, n’ayant pas de voile qui nous couvre le visage, et contemplant la gloire du Seigneur, etc."

Elle est complète. En effet, la révélation a été parfaite, et je m’en rapporte à votre jugement, car je l’ai fait connaître en quelques paroles, par lesquelles vous pouvez juger que j’ai une pleine connaissance des mystères de la foi. Quant à ceci, l’Apôtre dit (verset 3) : dont je vous ai écrit ci-dessus, d’une manière abrégée, c'est-à-dire en peu de paroles, mais tellement claires, que (verset 4) : vous pourrez facilement comprendre, rien que par la lecture ; (Cantique IV, 11) : "Vos lèvres sont un rayon, d’où distille le miel, etc." La parole est quelque chose de fugitif ; les lèvres du dépositaire de la science sont donc comme un rayon d’où découle le miel, quand dans un petit nombre de paroles concises, il insinue des enseignements nombreux et importants. Pourtant prenez garde, comme l’a remarqué saint Augustin, que le docteur doit veiller à se faire comprendre : tant qu’il s’efforce d’atteindre ce but, ses paroles ne sont pas superflues ; elles le sont au contraire, dès qu’il s’y arrête, après avoir été compris. L’Apôtre dit (verset 4) : quelle est mon intelligence, suivant cette parole des Proverbes (IX, 40) : "La science des saints c'est la prudence," non pas la prudence du monde, mais une prudence divine et céleste. C’est ce qui lui fait dire (verset 4) : du mystère de Jésus-Christ.

Cette connaissance enfin est suréminente, car elle n’a été révélée qu’aux apôtres. C’est pourquoi il dit (verset 5) : qui dans les autres générations n’a pas été découvert. Car bien que les mystères de Jésus-Christ aient été révélés aux Prophètes et aux Patriarches, ce ne fut pas d’une manière aussi claire qu’aux apôtres. En effet, aux Prophètes et aux Patriarches, ces mystères furent révélés dans une sorte de généralité, alors qu’ils ont été manifestés aux apôtres dans leurs circonstances particulières et déterminées. Ce que dit saint Paul (verset 5) : qui n’a pas été découvert dans les autres générations, etc. peut être entendu de deux manières. D’abord en expliquant le terme de générations par la durée même des générations, suivant ces paroles : (Psaume CXLIV, 13) : "Votre empire passera de race en race dans toutes les générations." Alors voici le sens : ce qui dans les autres générations, c'est-à-dire les autres temps, n’a pas été découvert aux enfants des hommes, à savoir aux créatures raisonnables, c'est-à-dire, ni aux hommes, ni aux anges ; (Matth., XI, 25) : "Vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents, et vous les avez révélées aux petits. Comme il est révélé maintenant par l’Esprit à tous les saints apôtres et aux prophètes," c'est-à-dire à ceux qui dans cet Esprit du nouveau Testament interprètent les Ecritures et expliquent la Loi ; (Luc, VIII, 10) : "Pour vous, il vous a été donné de connaître le mystère du royaume de Dieu ; mais pour les autres, etc." et (Luc, X, 23) : "Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez" et à la suite : "Je vous déclare que beaucoup de prophètes et de rois ont souhaité de voir ce que vous voyez, et ne l’ont pas vu, etc." On peut encore expliquer ce passage, en entendant par générations, les hommes engendrés suivant cette parole de saint Matthieu (XXIII, 56) : " tout cela viendra sur la génération d’aujourd’hui, etc." ; voici alors le sens : qui dans les autres générations, c'est-à-dire aux hommes engendrés dans les générations précédentes, n’a pas été connu, etc., le reste comme il a été expliqué. C’est de là qu'Isaïe dit (LIII, 1) : "Qui a cru à notre parole, et à qui le bras du Seigneur a-t-il été révélé ?" Cependant ce mystère de la foi a été révélé à quelques-uns des patriarches de l’ancien Testament, suivant cette parole de saint Jean (VIII, 56) : "Abraham votre père a désiré avec ardeur de voir mon jour; il l’a vu, et il en a été comblé de joie" ; il l’a été aussi aux prophètes, suivant cette parole de Joël (II, 28) : "Après cela, je répandrai mon Esprit sur toute chair : vos fils, vos filles prophétiseront, etc." ; mais il leur a été révélé d’une manière générale, tandis qu’aux apôtres il l’a été clairement et d’une manière parfaite ; et cela pour trois motifs. D’abord, parce que les apôtres eux-mêmes eurent cette révélation immédiatement du Fils de Dieu, suivant cette parole de saint Jean (I, 48) : "Le Fils unique de Dieu, qui est dans le sein du Père, l’a fait connaître lui-même." Les Prophètes et les Patriarches de l’ancien Testament furent instruits par les anges, ou par quelques figures. C’est pourquoi il est dit (Isaïe, VI, 6) : "En même temps un des Séraphins vola vers moi, tenant à sa main un charbon de feu, etc." Les apôtres donc eurent une révélation plus manifeste. En second lieu, parce qu’ils ont vu, non dans des figures et comme en des énigmes comme les Prophètes, mais sans voile qui leur couvrit le visage, la gloire du Seigneur ; (Luc, X, 23) : "Bienheureux les yeux qui voient ce que vous voyez." Enfin troisièmement parce que les apôtres ont été établis pour être les exécuteurs et les dispensateurs de ce mystère et qu’ils devaient par conséquent en être mieux instruits que les autres ; (Jean, IV, 38) : "D’autres ont travaillé, et vous êtes entrés dans leurs travaux."

II. Quand saint Paul dit ensuite (verset 6) : Mystère, qui consiste en ce que les Gentils sont appelés au même héritage, etc., il explique ce qu’est ce mystère. Remarquez sur ceci que les Juifs avaient sur les Gentils une triple prérogative, à savoir la promesse de l’héritage ; (Rm IV, 45) : "Car ce n’est pas par la Loi que doit s’accomplir la promesse faite à Abraham ou à sa race de lui donner tout le monde pour héritage ; mais par la justice qui vient de la foi" ; (Psaume XV, 5) : "Le Seigneur est la part qui m’est échue en héritage, etc." Secondement la distinction et l’élection spéciale, entre les peuples de la Gentilité ; (Deutér., VII, 6) : "Le Seigneur vous a choisis, afin que vous soyez le peuple qui lui est particulier, d’entre tous les peuples qui sont sur la terre." De là (Psaume XCIX, 3) : "Nous sommes son peuple et les brebis de sa bergerie." et (Cantiq., VI, 8) : "Une seule est ma colombe, ma parfaite, etc." Troisièmement la promesse du Christ ; (Gen., XII, 3) : "En vous seront bénis tous les peuples de la terre." Tels sont les trois avantages que les Gentils n’avaient pas ; (ci-dessus, II, 12) : Vous n’aviez pas de part alors à Jésus-Christ ; vous étiez entièrement séparés de la société d’Israël. Mais ils ont obtenu par la foi ces trois avantages.

Premièrement la participation à l’héritage ; c'est ce qui fait dire à saint Paul (verset 6) : Ces héritiers, à savoir des Juifs eux-mêmes, dans l’héritage céleste ; (Matth., VIII, 11) : "Beaucoup viendront d’Orient et d’Occident et auront place dans le royaume des cieux avec Abraham, Isaac et Jacob, etc.".

Secondement l’assemblée spéciale des fidèles, dont il dit (verset 6) : et membres d’un même corps, c'est-à-dire d’un corps unique ; (Jean, X, 16) : "J’ai encore d’autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie ; - comprenez « les nations » - il faut que je les amène; elles entendront ma voix, et il n’y aura qu’un troupeau et qu’un pasteur."

Troisièmement la participation à la grâce promise, dont l’Apôtre dit (verset 6) : et qu’ils participent, à savoir aux promesses qui ont été faites à Abraham. (Rm XV, 8) : "Je déclare que Jésus-Christ a été le ministre pour les circoncis, afin que Dieu fût reconnu véritable par l’accomplissement des promesses qu’il avait faites à leurs pères. Mais pour les Gentils, ils ont une obligation particulière de glorifier Dieu de la miséricorde qu’il leur a faite." Les Gentils ont obtenu ces avantages, non par Moïse, mais (verset 6) : par Jésus-Christ ; (Jean, I, 17) : "La Loi nous a été donnée par Moïse, mais la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ" ; (II Pierre, I, 4) : "Par lui, il nous a communiqué les grandes et précieuses grâces qu’il avait promises" ; ce n’est pas non plus par l’accomplissement de la Loi, puisqu’elle est un joug "que ni nos pères ni nous n’avons pu porter," comme il est dit aux Actes (XV, 10), mais "par l’Evangile," par lequel tous sont sauvés ; (Rm I, 16) : "Je ne rougis pas de l’Evangile, parce qu’il est la vertu de Dieu pour sauver tous ceux qui croient" et (1 Co XV, 1) : "Il ne me reste plus maintenant qu’à vous faire souvenir de l’Evangile que je vous ai prêché, que vous avez reçu, dans lequel vous demeurez fermes, et par lequel vous êtes sauvés."

Leçon 2 — Ephésiens III, 7 à 9 : La grâce du ministère
SOMMAIRE : Saint Paul après avoir parlé de l’extérieur des ministères divins, montre qu’il a reçu la grâce pour les accomplir.

7. Dont j’ai été fait ministre par la grâce de Dieu qui m’a été conférée par l’opération de sa puissance.

8. J’ai reçu, moi qui suis le plus petit d’entre tous les saints, cette grâce d’annoncer aux Gentils les richesses incompréhensibles du Christ,

9. Et d’éclairer tous les hommes en leur découvrant quelle est l’économie du mystère caché dès le commencement des siècles en Dieu, qui a créé toutes choses.

L’Apôtre, après avoir établi que la grâce lui a été donnée pour la connaissance des mystères divins, montre qu’il en a été de même quant à la réalisation des mystères eux-mêmes. Sur ce point, il fait deux choses : Il rappelle le secours de la grâce qui lui a été donné pour réaliser les mystères ; II° il montre que l’office du ministère divin lui a été confié (verset 8) : moi qui suis le plus petit d’entre tous les saints, etc.

Le premier de ces points se subdivise en deux parties : I. l’Apôtre aborde l’exercice des ministères divins ; II. il montre que le secours de la grâce lui a été donné pour les accomplir (verset 7) : par le don de la grâce de Dieu, etc.

I. L’exécution des décrets divins lui a donc été confiée en forme de ministère ; c'est ce qui lui fait dire : Ce ministère m’a été confié, à savoir que les Gentils soient appelés au même héritage, par l’Evangile, en vertu duquel ils participent aux promesses de Dieu en Jésus-Christ (verset 7), dont moi, Paul, j’ai été fait le ministre, etc. ; en d’autres termes : Je ne remplis pas cette charge, je ne l’accomplis pas, comme mienne, ou venant de moi, mais comme un ministère qui vient de Dieu ; (Act., IX, 15) : "Cet homme est un instrument que j’ai choisi, etc.; (1 Co IV, 1) : "Que les hommes nous considèrent comme les ministres de Jésus-Christ et les dispensateurs des mystères de Dieu."

II. Quand il ajoute (verset 7) : par le don de la grâce de Dieu, etc., il rappelle le secours qui lui a été donné pour l’exécution de ces ministères. Or ce secours est de deux sortes : la faculté d’exécuter et l’exécution même ou la faculté réduite en acte. Dieu donne la faculté en accordant la force et la grâce, par lesquelles l’homme devient capable et apte pour agir ; il donne l’opération même, quand il agit en nous, en nous imprimant intérieurement l’impulsion et le mouvement vers le bien. L’Apôtre, recevant donc de Dieu ces secours, dit par rapport au premier : Je suis devenu son ministre, mais assurément ce n’est ni par mes mérites, ni par ma puissance personnelle, c'est (verset 7) par le don de la grâce de Dieu qui m’a été conférée, c'est-à-dire parce que je suis devenu capable de m’acquitter des ministères divins, moi qui d’abord étais persécuteur ; (1 Co XV, 10) : "J’ai travaillé plus que tous les autres, non pas moi toutefois, mais la grâce de Dieu qui est avec moi." Par rapport au second, il dit (verset 7) : par l’opération que Dieu produit, en tant que sa puissance opère en nous et le vouloir et l’agir, par notre bonne volonté. On peut encore expliquer autrement ce passage avec la Glose, en rapportant ce qui vient d’être dit à ce qui précède ; à savoir en disant que les Gentils sont appelés au même héritage, sont devenus les membres d’un même corps et participent à la promesse de Dieu le Père, en tant que Dieu a fait ce don aux Gentils en Jésus-Christ, c'est-à-dire par Jésus-Christ, et cela selon l’opération de sa puissance, à savoir parce qu’il a manifesté cette puissance en ressuscitant le Christ d’entre les morts.

II° Quand saint Paul dit (verset 8) : moi qui suis le plus petit d’entre les saints, etc., il fait voir la tache qui lui a été confiée, et dont la grâce se recommande par trois circonstances. D’abord par la condition de sa personne ; ensuite par la grandeur de son objet (verset 8) : Annoncer aux Gentils les richesses incompréhensibles de Jésus-Christ, etc. ; enfin par l’utilité de ses fruits (verset 10) : afin que les principautés et les puissances apprennent, etc.

I. L’Apôtre relève donc le ministère qui lui a été confié par la condition de la personne. Si, en effet, un roi confiait quelque emploi important à un des premiers et des plus distingués de ses sujets, il ne lui ferait pas une grande grâce, en remettant entre ses mains cet emploi important ; mais s’il donnait cette fonction, importante et difficile à un de ses moindres sujets, ce serait un grand honneur et une grande grâce pour celui qui serait élevé, d’autant plus que l’emploi est plus excellent, et plus au-dessus de lui. Selon cette manière de considérer les choses, Paul relève la grâce du ministère qui lui a été confié, en disant (verset 8) : J’ai reçu, moi le plus petit d’entre tous les saints, cette grâce, etc. Il se dit le plus petit, non sous le rapport de la puissance qui lui a été donnée, mais en considération de son état passé ; (I Corinth. XV, 9) : "Je suis le moindre des apôtres, je ne suis pas même digne d’être appelé de ce nom, parce que j’ai persécuté l’Eglise de Dieu" ; (Isaïe LX, 22) : "Mille sortiront du moindre d’entre eux, et du plus petit tout un grand peuple". Et cela (verset 8) : chez les Gentils, c'est-à-dire au milieu d’eux ; (Galates II, 8) : "Car celui qui a agi efficacement dans Pierre, pour le rendre Apôtre des circoncis, a agi efficacement en moi pour me rendre Apôtre des Gentils, et lorsqu’ils eurent reconnu la grâce de Dieu qui m’avait été donnée parmi les Gentils, etc."

II. Il relève la grâce de son ministère à raison de la grandeur même de l’emploi, qui est de révéler et de manifester les secrets de Dieu, lesquels sont grands et cachés, par exemple la grandeur de Jésus-Christ et le salut des fidèles opéré par lui. Car ces deux points sont tout l’Evangile.

Sur le premier secret l’Apôtre dit (verset 8) : pour annoncer, etc., comme s’il disait : cette grâce m’a été donnée pour annoncer le bien ; (1 Co I, 17) : "Jésus-Christ ne m’a pas envoyé pour baptiser, mais pour prêcher l’Evangile" et (1 Co IX, 16) : "Malheur à moi si je ne prêche pas l’Evangile." Ce bien, ce sont (verset 8) : les richesses incompréhensibles de Jésus-Christ, qui sont les richesses véritables ; (ci-dessus, II, 4) : Mais Dieu qui est riche en miséricorde, etc. ; (Rm II, 4) : "Est-ce que vous méprisez les richesses de sa bonté, de sa patience et de sa longue tolérance ?" ; (Rm X, 12) : "Il répand ses richesses sur tous ceux qui l’invoquent", en d’autres termes, ces richesses sont véritablement incompréhensibles, car sa miséricorde est tellement grande qu’on ne saurait la mesurer ni la comprendre (Isaïe, XXXIII, 6) : "La sagesse et la science seront les richesses du salut, et la crainte du Seigneur en sera le trésor" c'est-à-dire [la crainte telle qu’elle fut en] Jésus-Christ, car il y eut en lui de la manière la plus abondante la crainte du Seigneur ; (Isaïe, XI, 3) : "Et il sera rempli de l’Esprit de la crainte du Seigneur." Car en Jésus-Christ sont renfermés tous les trésors de la sagesse et de la science (Col II, 3); ces trésors sont incompréhensibles parce que la sagesse et la science de Jésus-Christ ne peuvent se mesurer parfaitement ; (Job, XI, 7) : "Peut-être sonderez-vous ce qui est caché en Dieu, et connaîtrez-vous parfaitement le Tout-Puissant ?" ; comme s’il répondait : Jamais ; on ne peut, en effet, par les créatures dans lesquelles luisent quelques vestiges du Créateur, parvenir jusqu'à sa connaissance parfaite. Aussi l’Apôtre, stupéfait en présence de semblables richesses, les admire, en s’écriant (Rm XI, 33) : "O profondeur des trésors de la sagesse et de la science de Dieu, etc. ! " et (Ecclesiastique I, 3) : "Qui a pénétré la sagesse de Dieu, qui précède toutes choses ?"

Sur le second point, c'est-à-dire la manifestation du salut que les fidèles reçoivent de Jésus-Christ, l’Apôtre dit (verset 9) : et d’éclairer tous les hommes, non seulement les Juifs, mais encore les Gentils, par la prédication et par les miracles ; (Ecclesiastique XXIV, 45) : "J’éclairerai tous ceux qui espèrent dans le Seigneur" ; (Actes IX, 15) : "Cet homme est un vase d’élection, etc." ; (Matth., V, 14) : "Vous êtes la lumière du monde, etc." Eclairer, c'est-à-dire : autant qu’il est en moi, tous les hommes, c'est-à-dire ceux qui veulent croire ; (I Timoth., II, 4) : "Il veut que tous les hommes soient sauvés, et qu’ils viennent à la connaissance de la vérité." Et cela pour qu’ils comprennent (verset 9) : quelle est l’économie du mystère, parce que ces mystères ne valent qu’autant qu’on les applique ; comme s’il disait : Je ferai la lumière sur le caractère admirable et plein d’amour dans son principe de l’accomplissement du mystère de la rédemption. Or ces richesses incompréhensibles vous ont été communiquées par Jésus-Christ.

Toutefois comme on pourrait répondre : ce que vous dites, quelque grand qu’il soit, est pourtant connu de tous ; l’Apôtre prévient l’objection en disant qu’il n’en est point ainsi, mais que ce mystère (verset 9) : a été caché dès le commencement des siècles. Il faut ici remarquer que tout ce qui est dans l’effet, est virtuellement caché dans la cause : ainsi sont contenus, dans la puissance du soleil, tous les êtres qui se reproduisent et qui se corrompent. Et cependant dans le nombre quelques-uns sont cachés et d’autres sont manifestes. Car la chaleur est manifestement dans le feu, tandis que la raison de quelques-uns des effets qu’il produit d’une manière cachée, échappe à la connaissance. Mais Dieu est la cause efficiente de toutes choses, dont les unes sont produites par lui, dont la raison peut être manifeste, par exemple celle qu’il produit en se servant comme intermédiaire des causes secondes; les autres au contraire sont cachées en lui, à savoir celles qu’il produit lui-même sans intermédiaire. Or Dieu a opéré par lui-même le mystère de la rédemption de l’homme, et pour cette raison ce mystère est caché en lui seul. C’est ce que dit saint Paul (verset 9) : caché dès le commencement des siècles en Dieu, c'est-à-dire dans la seule connaissance de Dieu. Mais ce n’est pas une petite chose de pénétrer les secrets de la Cause Première ; (1 Co II, 6) : "Nous prêchons la sagesse aux parfaits ; non pas la sagesse de ce monde, ni des princes de ce monde qui se détruisent, mais la sagesse de Dieu, dans le mystère, caché et prédestiné avant tous les siècles, en Dieu, qui a créé toutes choses."

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