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Leçon 3 — Ephésiens III, 10 à 12 : Le grand ministère de l'Apôtre
SOMMAIRE : L’Apôtre relève la grandeur de son ministère, par la révélation des sublimes vérités, faites à des personnes d’une très haute dignité.

10. Afin que les Principautés et les Puissances qui sont dans les cieux, connussent par l’Eglise la sagesse de Dieu dans les ordres différents de sa conduite,

11. Selon le dessein éternel qu’il a accompli par le Christ-Jésus notre Seigneur,

12. En qui nous avons par la foi en son nom, la liberté de nous approcher de Dieu avec confiance.

Après avoir exposé la dignité de son ministère, laquelle est due à la grandeur des fonctions qui lui étaient confiées, saint Paul la relève encore à raison de l’utilité de ses effets qui consistent dans la révélation de ces hauts mystères à des personnes d’une très haute dignité. Nous avons ici à considérer trois choses : d’abord, les personnes à qui la révélation a été faite, et dont saint Paul dit (verset 10) : pour que les Principautés apprennent, etc.; ensuite par qui cette révélation s’est faite (verset 10) : par l’Eglise ; enfin quel a été l’objet de la révélation, à savoir la sagesse divine, diverse dans ses opérations.

I° Afin donc de dépeindre cette sagesse, l’Apôtre en rappelle I. la multiplicité (verset 10) : la sagesse de Dieu, dans les divers ordres de sa conduite ; II. le mode de cette multiplicité (verset 11) : selon le dessein éternel, etc.; III. son autorité, (verset 12) : qu’il a accompli par notre Seigneur Jésus-Christ; IV. Enfin, l’effet de cette autorité (verset 12) : en qui nous avons la foi et la liberté d’approcher, etc.

I. La sagesse révélée est diverse dans ses voies ; et cette diversité est indiquée dans Job (XI, 5) : "Qu’il serait à souhaiter que Dieu parlât à vous et qu’il vous ouvrit ses lèvres pour te répondre, pour vous découvrir les secrets de sa sagesse, et la multitude des préceptes de la Loi, etc. " ; (Sag., VII, 22) : "Car il y a en elle – la sagesse divine - un esprit d’intelligence, qui est saint, unique, multiple, etc." Multiple dans les effets, mais unique dans son essence.

II. Le mode de la multiplicité de la science révélée est réglé (verset 11) selon le dessein éternel, c'est-à-dire la distinction et la détermination des divers temps. Car Dieu dispose que telle chose sera dans un temps, telle autre chose dans un autre, et selon celte disposition, nous disons que cette sagesse est diverse dans ses voies, selon le dessein de Dieu pour les temps, parce qu’elle accorde à chacun de ces temps des bienfaits particuliers.

III. L’auteur de cette multiplicité est Jésus-Christ ; ce qui fait dire à saint Paul (verset 11) : qu’il a accompli par Jésus-Christ notre Seigneur. Car c'est lui qui change les temps et leur état (Hébreux I, 1) : "[Dieu ayant parlé autrefois à nos pères] en diverses occasions, et en diverses manières, etc." [le Christ] par lequel il a aussi créé le monde." Ce mot de l’Apôtre (verset 11) : qu’il a accompli, peut se rapporter soit à la prédestination éternelle, car Dieu le Père la dispose en son Fils ; (ci-dessus, I, 4) : ainsi qu’il nous a élus en lui avant la création du monde, afin que nous fussions saints. Le Fils, en effet, est lui-même la sagesse du Père ; or il ne définit ni ne dispose quoi que ce soit autrement que par sa sagesse. Soit à l’accomplissement de la prédestination même que Dieu le Père a opéré par son Fils ; (1 Co X, 11) : "Qui nous trouvons à la fin des temps," suppléez : nous.

IV. L’effet de l’autorité, c'est la grandeur des avantages que Jésus-Christ nous a procurés, ce que l’Apôtre exprime en disant (verset 12) : en qui nous avons la liberté de parler. Sur ceci saint Paul 1° rappelle les biens que nous recevons ; 2° le moyen d’appropriation par lequel nous le recevons (verset 12) : par la foi en son nom.

1° Or les biens que nous recevons, sont au nombre de deux : l’un qui se rapporte à l’espérance d’obtenir, et dont l’Apôtre dit (verset 12) : en qui, c'est-à-dire en lequel Jésus-Christ, nous avons la liberté, etc., d’arriver au ciel et à l’héritage éternel ; (Jean, XVI, 33) : "Avez confiance, j’ai vaincu le monde" ; (2 Co III, 4) : "C’est par Jésus-Christ que nous avons une si grande confiance en Dieu." L’autre se rapporte à la faculté d’obtenir ; saint Paul l’indique (verset 12) : et de nous approcher avec confiance," c'est-à-dire, c'est en lui que nous avons l’assurance ; (Hébreux IV, 16) : "Allons donc nous présenter avec confiance devant le trône de sa grâce" ; (Jérémie III, 19) : "Vous m’appellerez votre père, et vous ne cesserez jamais de me suivre" ; (Rm V, 2) : "Par lui aussi nous avons accès par la foi à cette grâce dans laquelle nous sommes établis, et nous nous glorifions dans l’espérance de la gloire des enfants de Dieu."

2° L’Apôtre indique immédiatement par quel moyen ces biens nous sont donnés, en disant par la foi en son nom, c'est-à-dire au nom du Christ ; (Rm V, 1) : "Etant donc justifiés par la foi, ayons la paix avec Dieu par Jésus-Christ Notre Seigneur."

Pour résumer ceci en quelques mots : Je dis que la sagesse de Dieu, diverse et variée dans sa conduite, suivant la distinction et la détermination des temps, nous a été révélée, et que par elle nous avons et la confiance et la liberté d’approcher de Dieu le Père, par la foi en Jésus-Christ.

II° L’Apôtre fait voir ensuite à qui a été révélée cette sagesse de Dieu, diverse dans ses voies. Il faut ici revenir sur le texte littéral que nous avons laissé plus haut (verset 10) : pour faire connaître aux Principautés et aux Puissances, et c'est une des raisons de la grandeur du ministère. Mais comme il y a aussi sur la terre des principautés et des puissances, saint Paul ajoute (verset 10) : qui sont dans les cieux. Remarquez, en effet, que les principautés et les puissances sont deux ordres, dont le nom même désigne la prééminence dans l’action. L’ordre des Puissances est destiné à surmonter les obstacles du salut ; celui des Principautés commande et prescrit de bien faire. Qu’il appartienne en effet à l’ordre des Principautés de diriger, cela est évident par ce passage du Psalmiste (LXVII, 26) : "Les princes, conjointement avec ceux qui chantent, s’avancent, etc.", et (verset 28) : "Là se trouvaient les princes de Juda; leurs chefs, etc." Qu’il appartienne également aux puissances de réprimer, on le voit par ce passage (Rm XIII, 3) : "Voulez-vous donc ne pas craindre les puissances ? Faites le bien, et elles vous en loueront, car elles sont les ministres de Dieu, pour le bien; mais si vous faites mal, vous avez raison de craindre, parce que ce n’est pas en vain qu’elles portent l’épée, etc." Ceux-là donc sont grands, à qui est révélée cette sagesse, car ce sont les saints anges, par qui sont dirigés et défendus les fidèles.

III° Il dit ensuite par quel moyen se fait connaître la sagesse de Dieu, diverse dans ses voies, en ajoutant (verset 10) : par 1’Eglise, ce qui présente une difficulté sérieuse. En effet, la Glose dit : « c'est-à-dire par les apôtres qui prêchent dans l'Eglise ». On peut d’abord comprendre que les anges l’ont connue par les apôtres, et cette explication n’est pas sans quelque raison. Car nous voyons que dans les cieux, parmi les anges des hiérarchies supérieures, ceux qui sont éclairés immédiatement de Dieu, éclairent à leur tour et instruisent les anges inférieurs, qui ne reçoivent pas de Dieu immédiatement la lumière. Il ne semble donc pas déraisonnable de dire que les anges sont enseignés par les apôtres, puisque ceux-ci ont été immédiatement instruits par Dieu, suivant cette parole de saint Jean, I, 18) : "Le Fils unique, qui est dans le sein du Père, l’a fait lui-même connaître." Cette explication paraîtrait sans doute assez satisfaisante, s’il ne se présentait une autre difficulté. Car dès lors qu’il y a en Jésus-Christ deux natures, la nature divine et la nature humaine, les apôtres ont été instruits immédiatement par Jésus-Christ, en tant que revêtu de la nature humaine ; mais les anges, même les anges inférieurs, voient immédiatement la nature divine ; autrement ils ne seraient pas en possession de la béatitude, puisque cette béatitude, pour la créature raisonnable, consiste dans la seule vision de la divine essence. Il n’est donc pas convenable, et il n’y a aucune raison de dire que les saints, qui sont dans la patrie [céleste], sont instruits par ceux qui sont encore en chemin, quelque parfaits que soient ceux-ci. Car, bien que parmi les enfants des hommes, il ne s’en soit pas levé de plus grand que Jean Baptiste, toutefois "celui qui est le plus petit dans le royaume des cieux, est plus grand que lui," dit saint Luc (VII, 28). Que l’on dise que les démons soient instruits par les hommes, on peut l’admettre sans aucun risque. Mais prétendre que les bienheureux, qui jouissent immédiatement de la vue du Verbe, miroir sans tache où se reproduisent toutes choses, soient instruits par ceux qui sont en chemin, il ne parait pas convenable, et il n’est pas permis de le dire. Il faut donc entendre que la révélation fut connue des anges par l’Eglise, d’abord par la prédication des apôtres, comme dit la Glose ; non pas pourtant que les anges l’aient apprise par eux, mais en eux. Car, comme l’a remarqué saint Augustin dans son commentaire de la Genèse, Dieu, avant de créer les êtres (dans l’ordre de la nature, et non dans l'ordre des temps, puisque quant au temps tout a été créé simultanément), a manifesté à l’intelligence des anges les raisons des choses naturelles ; ce qui fait que les anges ont de ces choses une double connaissance : ils les connaissent dans le Verbe, c'est la connaissance dite antécédente; de plus ils les ont connues dans leur nature propre, connaissance qui est appelée subséquente. Il faut de plus remarquer que certaines raisons des mystères de la grâce excèdent la portée de la créature ; ces raisons donc n’ont pas été révélées à l’intelligence des anges, mais sont demeurées cachées en Dieu seul. Les anges, par conséquent, ne les connaissent ni en eux mêmes, ni même en Dieu, mais seulement à mesure qu’elles s’expliquent par leurs effets. Aussi, les raisons qui appartiennent à la sagesse multiple de Dieu étant de cette nature, c'est-à-dire cachées en Dieu seul, et ayant été dans la suite des temps expliqués dans les effets extérieurs, il est manifeste que les anges ne les ont connues ni en eux-mêmes, ni même dans le Verbe de Dieu, par les apôtres, ou par aucun de ceux qui sont en chemin ; mais qu’elles ont été expliquées dans la personne des apôtres, après avoir été cachées auparavant dans l’intelligence divine; les anges en ont acquis la connaissance de cette manière. C’est ainsi que l’édifice qui est dans la pensée de l’architecte ou dans le projet qu’il a conçu de le construire, ne peut être connu de qui que ce soit, tant qu’il est caché dans la pensée, si ce n’est de celui-là seul qui est en rapport intime avec les âmes, c'est-à-dire de Dieu ; mais aussitôt que le projet conçu est expliqué dans son effet extérieur, parce que l’édifice est déjà élevé, on peut juger de la construction, qui avait été jusque là cachée dans la pensée de l’architecte toutefois on n’est pas instruit par l’édifice, mais dans l’édifice même. On est donc forcé de chercher une autre explication à ce que dit saint Paul (verset 10) : afin de faire connaître aux Principautés et aux Puissances, etc., et de dire que la particule conjonctive, "afin que," ne doit pas être prise comme indiquant la cause, mais comme exprimant en quelque sorte la conséquence. Alors on expliquera ce passage ainsi : pour faire connaître quelle est l’économie du mystère caché dès le commencement des siècles en Dieu, qui a créé toutes choses, caché pourtant de telle sorte qu’il soit manifeste pour les Puissances, etc.; en d’autres termes, ce mystère a été caché en Dieu de telle sorte qu’il a été manifeste par là même aux Principautés et aux Puissances, non de toute éternité, mais dans le temps ; puisque toute créature a un commencement ; et cela non par l’Eglise de la terre, mais par celle du ciel, car c'est là qu’est l’Eglise véritable, celle qui est notre mère, vers laquelle nous tendons, et sur le modèle de laquelle a été formée notre Eglise militante. Ainsi donc la terre il désigne uniquement l’ordre de la nature, c'est-à-dire qu’employant un mot pour un autre il veut dire : par l’Église céleste, ([2]) comme l’on dit : ce fait est connu par tout le royaume, ou par toute la cité, parce que les nouvelles courent de l’un à l’autre, selon la course des mots. C’est ainsi qu’il est dit aux Actes (IX, 42) de la résurrection de la dévote Tabithe par saint Pierre : "Ce qui se répandit par tout Joppé, et plusieurs crurent au Seigneur, etc. "

Cependant le Maître des Sentences rapporte une autre explication, attribué à saint Augustin : faire connaître l’économie, etc., et cela "dans toute l’Eglise," c'est-à-dire à tous ceux qui sont dans l’Eglise de la terre. Mais ce n’est pas le sens qui est dans l’intention de saint Augustin.

On pourrait faire ici cette question : Les anges ont-ils connu, dès le commencement du monde, le mystère de l’incarnation ? Le Maître des Sentences répond que ce mystère a été connu des anges supérieurs, mais non des anges inférieurs. Aussi ces anges, c'est-à-dire les inférieurs, demandent eux-mêmes (Isaïe, LXIII, 1) : "Qui est celui-ci qui vient d’Edom ? Qui vient de Bosra, avec sa robe teinte de sang ?" ; mais cette opinion est combattue par saint Denys. Ce Père admet, dans la sainte Ecriture, deux interrogations faites par les anges au sujet de Jésus-Christ : l’une au Psaume XXIII (verset 8) : "Qui est ce roi de gloire ?" L’autre, qu’il tire d’Isaïe (Isaïe, LXIII, 1) : "Qui est celui-ci qui vient d’Edom, etc.?" Or la première, suivant saint Denys, est faite par les anges inférieurs, la seconde par les anges supérieurs ; et la preuve, c'est que ce n’est pas Dieu, mais un autre, qui répond à la première, car il dit (Psaume XXIII, 40) : "Le Seigneur tout puissant est lui-même ce roi de gloire." Mais Dieu répond immédiatement à la seconde, c'est pourquoi il dit (verset 4) : "C’est moi, dont la parole est la parole de justice, qui viens pour défendre et pour sauver." Saint Denys pense donc que les uns et les autres ont connu une partie du mystère, et ignoré l’autre, parce que, dès le commencement, tous connurent de manière générale le mystère de l’incarnation, mais ils n’en apprirent les raisons d’une manière spéciale qu’à mesure que les temps s’avançaient ou s’accomplissaient, et à mesure que ces raisons étaient expliquées dans les effets extérieurs.


[2] Texte latin incompréhensible ; traduction très approximative (l’Abbé Bralé ne traduit pas)


Leçon 4 — Ephésiens III, 13 à 17 : La constance
SOMMAIRE : Saint Paul exhorte les Ephésiens à ne pas s’écarter de la foi, à cause des tribulations qu’il souffre. Il prie afin qu’ils mettent à profit ses exhortations.

13. C’est pourquoi je vous prie de ne pas perdre courage en me voyant souffrir tant de maux pour vous puisque c'est là votre gloire.

14 C’est ce qui me porte à fléchir les genoux devant le Père de notre Seigneur Jésus-Christ,

15. Qui est le principe de toute paternité dans le ciel et sur la terre,

16. Afin que selon les richesses de sa gloire, il vous fortifie dans l’homme intérieur par son Esprit;

17. Qu’il fasse que le Christ habite par la foi dans vos coeurs, et qu’étant enracinés et fondés dans la charité,

Après avoir traité de la dignité du ministère, ce qui tient à sa condition, l’Apôtre traite de ce qui a rapport à son affliction, c'est-à-dire de ses souffrances. A ce sujet, il traite deux points : d’abord il exhorte les Ephésiens à ne pas se troubler de ses propres tribulations, mais à demeurer dans la patience ; ensuite, parce que pour que l’homme ne se trouble pas, le secours divin est nécessaire, il adresse ensuite à Dieu une prière, afin qu’ils puissent remplir, par la grâce divine, ce qu’il leur recommande (verset 14) : C’est ce qui me porte à fléchir le genoux, etc.

I° Il dit donc : De la grandeur de mon ministère, et de sa force qui m’est donnée par la foi en Jésus-Christ, il arrive que j’ai des tribulations à supporter ; toutefois elles ne me troublent pas et ne peuvent me séparer de Jésus-Christ ; (Rm VIII, 35) : "Qui donc nous séparera de l’amour de Jésus-Christ ? Sera-ce la tribulation ?" comme s’il répondait : non. (verset 15) : C’est pourquoi je vous exhorte, et vous prie de ne pas perdre courage en me voyant souffrir, etc., c'est-à-dire de peur qu’à l’occasion de mes tribulations, vous n’abandonniez entièrement la foi et les bonnes œuvres ; (Hébr., XII, 3) : "Ne vous découragez pas, et ne tombez pas dans l’abattement." Je dis que vous ne devez pas perdre courage, parce que ces tribulations, je les souffre (verset 15) pour vous, c'est-à-dire pour votre avantage ; (2 Co I, 6) : "Or soit que nous soyons affligés, c'est pour votre consolation et pour votre salut; soit que nous soyons consolés, c'est aussi pour votre consolation et votre salut, qui s’accomplit dans la souffrance des mêmes maux que nous endurons; et c'est ce qui nous donne une ferme confiance pour vous, sachant qu’ainsi que vous avez part aux souffrances, vous aurez part aussi à la consolation." Ou bien il dit : pour vous, c'est-à-dire afin de vous éprouver ; (Sag., III, 6) : "Le Seigneur a éprouvé ses élus, comme on éprouve l’or dans la fournaise, etc." (verset 15) : C’est là votre gloire, etc., à savoir, si vous ne perdez pas courage, et si vous résistez courageusement dans la tribulation ; car "celui qui aura persévéré jusqu"à la fin, etc." Ou dans un autre sens : qui est votre gloire, c'est-à-dire si vous supportez courageusement nos épreuves, c'est pour vous un sujet de gloire, en ce sens que Dieu a exposé ses apôtres et les prophètes aux tribulations et aux souffrances pour votre salut. (Osée VI, 5) : "C’est pour cela que j’ai laissé frapper mes prophètes et que je les ai tués, etc. " ; (II Corinthiens I, 14) : "Nous sommes votre gloire, comme vous serez la nôtre, etc."

II° Quand saint Paul ajoute (verset 14) : C’est ce qui me porte à fléchir les genoux, etc., il implore par la prière le secours de la grâce pour les Ephésiens, afin que ses exhortations les fassent avancer dans le bien. Premièrement donc il fait sa prière ; en second lieu, comme s’il était assuré d’être exaucé, il rend grâce (verset 20) : Que celui qui par sa puissance, etc. La première partie se subdivise en trois I. L’Apôtre expose l’objet de sa prière ; II. Son intention (verset 16) : afin que selon les richesses de sa grâce, il vous fortifie, etc.; III. le fruit de cette prière (verset 18) : afin que vous puissiez comprendre avec tous les Saints, etc.

I. Or la prière devient susceptible d’être exaucée, par l'humilité (Psaume CI, 18) : "Il a regardé la prière de ceux qui étaient dans l’humiliation, etc. " ; (Eccli.; XXXV, 21) : "La prière d’un homme qui s’humilie percera les nues, etc." Aussi saint Paul commence-t-il aussitôt la sienne par l’humilité, en disant (verset 14) : C’est pour cette raison, c'est-à-dire pour que vous ne vous écartiez pas de la foi, que je fléchis les genoux devant le Père, ce qui est une marque d’humilité pour deux raisons. D’abord parce que celui qui fléchit les genoux se rapetisse pour ainsi dire, et se met dans la dépendance à l’égard de celui devant lequel il prend cette posture. C’est donc là comme un aveu de sa petitesse et de sa fragilité. Ensuite parce que c'est dans le genou, qu’est placé la force du corps : quand donc quelqu’un fléchit le genou, il avoue que sa force n’est que faiblesse. C’est de là qu’on emploie les signes extérieurs pour se tourner vers Dieu et dans les exercices spirituels de la vie intérieure. (Chroniques, dern.) : prière de Manassé : "Je fléchis les genoux de mon coeur, etc."; et (Isaïe, XLV, 23) : "Tout genou fléchira devant moi, etc." L’Apôtre décrit ensuite l’objet de la prière, qui est Dieu. Il la désigne par deux titres, premièrement l’alliance ; secondement l’autorité. Par l’alliance, en effet, nous nous sentons élevés à prier avec confiance ; c'est ce qui lui fait dire (verset 14) : devant le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, à savoir celui dont nous sommes les enfants. (Jacques I, 17) : "Toute grâce excellente et tout don parfait, etc…" ; (Isaïe, LVIII, 16) : "Car c'est vous qui êtes notre Père, etc." L’autorité augmente la confiance d’obtenir ce que nous demandons, car c'est lui (verset 15) qui est le principe et le chef de toute paternité dans le ciel et sur la terre. On pourrait ici demander s’il y a, dans le ciel, une paternité. On peut répondre que dans le ciel ou en Dieu, ou dans les profondeurs divines, il y a une paternité qui est le principe de toute paternité. Mais il n’est pas question de ceci en ce moment : c'est une réalité connue de tous les fidèles. La question est de savoir, si dans les cieux, c'est-à-dire si parmi les anges, il faut reconnaître quelque Paternité. Je réponds que la paternité n’a lieu que parmi les êtres qui vivent et qui sont doués de connaissance. Or il y a deux sortes de vie : l’une en acte, l’autre en puissance. La vie en puissance, consiste à avoir dans sa puissance les oeuvres de la vie; ainsi celui qui dort, est regardé, quant aux actes extérieurs, comme vivant en puissance. Vivre en acte, c'est exercer en acte les actes de la vie. Ainsi donc non seulement celui qui donne la puissance de la vie, est le père de celui à qui il la donne; mais celui-là même qui donne l’acte de la vie, peut aussi recevoir le nom de père. Quiconque donc donne à quelqu’un l’impulsion pour quelque acte de la vie, par exemple pour agir bien, comprendre, vouloir, aimer, peut en être le père ; (I Corinth, IV, 15) : "Quand vous auriez dix mille maîtres, en Jésus vous n’avez pas néanmoins plusieurs pères, etc. " Ainsi donc comme parmi les anges, l’un communique à l’autre la lumière, le perfectionne le purifie, et comme ce sont là les actes hiérarchiques, il est manifeste que l’un est le père de l’autre, de la même manière que le maître est le père du disciple.

On élève ici une difficulté : on demande si la Paternité qui est dans les Cieux, et celle qui est sur la terre, dérive de la Paternité que nous reconnaissons dans les profondeurs divines. Il semble que non ; car les noms que nous imposons, nous ne les donnons que selon la connaissance que nous ayons des choses nommées, or tout ce que nous connaissons, nous ne le connaissons que par les créatures ; donc les noms imposés par nous aux objets eux-mêmes conviennent avant tout mieux aux créatures qu’à Dieu lui-même. Je réponds en disant que le nom d’une chose que nous avons nommée peut être considéré sous deux aspects, parce qu’il est ou l'expression ou la signification de l’objet conçu par l’intelligence. Car les mots sont les marques ou les signes des affections ou des conceptions qui sont dans l’âme ; et dans ce sens le nom est dans les créatures plutôt qu’en Dieu. Ou bien encore il est la manifestation de l’essence des choses extérieurement nommées, et sous ce rapport il est d’abord en Dieu. Ce nom de paternité en tant qu’il désigne la conception de l’intelligence qui comme l’objet, se trouve donc dans les créatures plutôt qu’en Dieu, parce que la créature nous est a priori connue avant Dieu; mais en tant qu’il signifie la chose nommée elle-même, il est a priori en Dieu avant d’être en nous, car tout ce qu’il y a dans l’homme de vertu génératrice vient évidemment de Dieu. C’est ce qui fait dire saint Paul (verset 14) : qui est le principe et le chef de toute paternité dans le ciel et sur la terre ; comme s’il disait : la paternité qui est dans les créatures elles-mêmes est pour ainsi dire nominale ou vocale, mais la paternité divine par laquelle le Père communique toute sa nature à son Fils est, sans imperfection aucune, sa véritable paternité.

II. Quand saint Paul dit ensuite (verset 16) : afin que selon les richesses de sa gloire, etc., il montre le but de la prière. 1° Il l’indique; 2° il explique par quelles voies il pourrait obtenir ce qu’il demande (verset 16) : par son Esprit, etc.

1° Il dit donc : je demande que vous ne perdiez pas courage, mais qu’au contraire vous demeuriez pleins de force. Je sais toutefois que vous ne le pouvez pas de vous-mêmes, sans le secours de Dieu ; c'est pourquoi je demande (verset 16) : qu’il vous donne, etc. ; (Jacq., I, 17) : "Toute grâce excellente et tout don vient d’en haut, etc." - (verset 16) ; et qu’il vous donne selon les richesses de sa gloire, c'est-à-dire selon la grandeur de sa majesté et de sa magnificence ; (Psaume CXI, 3) : "La gloire et les richesses sont dans sa maison" ; (Prov, , VIII, 18) : "Les richesses et la gloire sont avec moi". Les richesses, c'est-à-dire : qui augmentent la force de la vertu ; (Isaïe, XL, 29) : "C’est lui qui soutient ceux qui sont las, et qui remplit de vigueur et de force ceux qui étaient tombés dans la défaillance." Ceci se fait dans l’homme intérieur, car si l’homme n’est pas fortifié dans ses puissances intérieures, il est facilement vaincu par son ennemi : (Isaïe, IX, 7) : "pour l’affermir et le fortifier dans le droit et dans la justice, depuis ce temps jusqu'à jamais."

2° Il faut maintenant reprendre le membre de phrase interposé (verset 16) : par son esprit, expression où l’Apôtre montre par quel moyen il peut obtenir ce qu’il demande, car c'est l’esprit lui-même qui fortifie : il est l’Esprit de force ; il est l’appui qui empêche de défaillir dans les tribulations et nous l’obtenons par la foi qui est d’une très grande puissance, puisqu’elle est le fondement des choses que nous devons espérer, en d’autres termes elle les fait subsister en nous. De là ces paroles de saint Pierre (I Pierre V, 9) : "Résistez-lui, et demeurez fermes dans la foi" C’est pourquoi saint Paul ajoute (verset 17) : Qu’il fasse habiter Jésus-Christ par la foi, et cela, dans vos cœurs ; (I Pierre, III, 15) : "Ayez soin de sanctifier dans vos coeurs le Seigneur Jésus." Et par quoi le sanctifiez-vous ? Ce n’est pas seulement par la foi, qui comme don est pleine de force, mais encore par la charité qui est dans les saints. C’est pourquoi saint Paul ajoute (verset 17) : et qu’étant enracinés et fondés dans la charité. (I Corinthiens X, 7) : "Elle supporte tout ; elle croit tout ; elle espère tout ; elle souffre tout ; la charité ne finira jamais." (Cantiq., VIII., 6) : "L’amour est fort comme la mort." Ainsi, de même qu’un arbre sans racines, qu’une maison sans fondements sont facilement jetés à terre, l’édifice spirituel ne saurait durer, s’il n’est enraciné et fondé dans la charité.

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