Ressources Catholiques Missel Romain

précédent
Leçon 5 — Ephésiens III, 18 à 21 : L'objet essentiel de la foi
SOMMAIRE : Le fruit de la force donnée aux Ephésiens repose dans la foi, qui n’est autre chose que la connaissance de l’humanité et de la divinité de Jésus-Christ.

18. Vous puissiez comprendre avec tous les saints quelle est la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur de ce mystère;

19. Et connaître l’amour du Christ envers nous, amour qui surpasse toute connaissance, afin que vous soyez remplis selon toute la plénitude de Dieu.

20. Que celui qui par la puissance qui opère en nous, peut faire infiniment plus que tout ce que nous demandons et tout ce que nous pensons,

21. Soit glorifié dans l’Eglise par le Christ-Jésus, dans la succession de tous les âges et de tous les siècles. Amen.

Saint Paul, après avoir établi plus haut quel est le but de sa demande et de sa prière pour les Ephésiens, c'est-à-dire la force de l’Esprit dans la foi et dans la charité, indique ensuite le fruit de la force par la foi et par la charité qu’il a sollicitée. Ce fruit est une certaine connaissance. Il dit donc d’abord quelle est cette connaissance ; ensuite quelle est l’efficacité de cette science et connaissance ; (verset 19) : pour que vous soyez comblés de toute la plénitude de Dieu.

L’Apôtre dit donc (verset 17) : que vous soyez, mes bien-aimés, tellement enracinés et fondés dans la charité pour que (verset 18) vous puissiez comprendre, etc. Ceci peut s’entendre de deux manières : d’abord en se rapprochant davantage de la pensée de l’Apôtre. Il faut remarquer que, soit dans le temps à venir, soit dans le temps présent, la connaissance de Dieu nous est nécessaire ; en effet dans le futur nous nous réjouirons d’avoir connu Dieu et d’avoir connu son union avec la nature humaine ; (Jean XVII, 3) : "La vie éternelle consiste à vous connaître, etc." ; et (Jean X, 9) : "[Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé]; il entrera," à savoir dans la contemplation de la divinité, "et il sortira," à savoir par la contemplation de l’humanité, "et il trouvera des pâturages." Comme la foi est le commencement de cette connaissance future, puisqu’elle est "la substance des choses que nous devons espérer" (Hébr., XI, 1), comme si par une sorte d’anticipation, elle les fait déjà comme subsister en nous ; il s’ensuit que notre foi embrasse ces deux objets, à savoir la divinité et l’humanité de Jésus-Christ ; (1 Co II, 2) : "Je n’ai pas fait profession de savoir autre chose parmi vous que Jésus crucifié, etc." Ceci supposé, l’Apôtre introduit donc d’abord les Ephésiens dans la connaissance de la divinité ; ensuite dans la connaissance des mystères de la divine humanité ; (verset 19) : et connaître [l’amour de Jésus-Christ envers nous], lequel surpasse toute connaissance, etc.

I. Il leur manifeste la connaissance de la divinité, quand il leur dit (verset 18) : afin que vous puissiez comprendre, etc.; comme s’il disait : Fortifiez-vous par la foi et par la charité ; car si vous êtes tels, vous parviendrez à la vie éternelle, où il vous sera donné de jouir de la présence de Dieu, et de le connaître parfaitement. Que Dieu, en effet, se manifeste à celui qui l’aime, cela est évident d’après (Jean. XIV, 21) : "Celui qui m’aime, sera aimé de mon Père et je l’aimerai aussi, et je me découvrirai à lui." Il est également certain qu’il se manifeste à celui qui croit, suivant ce qui est dit au prophète Isaïe d’après une autre version (VII, 9) : "A moins de croire, vous ne comprendrez pas." Car il faut vous fortifier dans la foi et dans la charité pour que vous puissiez comprendre. Remarquez que l’on emploie quelquefois cette expression "comprendre" pour "renfermer," et alors il faut que ce qui comprend contienne intégralement en soi l’objet de la compréhension ; d’autres fois on l’emploie pour "saisir," et dans ce sens elle implique la suppression de la distance et indique le rapprochement. Au premier sens, Dieu ne saurait être compris par aucune intelligence créée ; (Job, XI, 7) : "Prétendez-vous sonder ce qui est caché en Dieu, et connaître parfaitement le tout-Puissant ?" Comme s’il répondait : non ! car alors ce serait pouvoir le connaître parfaitement, autant qu’il peut être connu ; mais ce n’est pas de cette connaissance que l’on entend ce qui est dit ici (verset 18) : afin que vous puissiez comprendre, etc. Il faut le prendre dans le second sens. C’est là un des trois grands dons, et l’Apôtre veut l’exprimer, quand il dit (verset 18) : afin que vous puissiez comprendre, etc., c'est-à-dire avoir Dieu présent et le connaître comme présent ; (Philipp., III, 12) : "Je poursuis ma course, pour tacher d’atteindre où, etc." Or cette compréhension est commune à tous les saints de Jésus-Christ, c'est pourquoi l’Apôtre ajoute (verset 18) : avec tous le saints. (Psaume CXLIX, 9) : "Telle est la gloire qui est réservée à tous les saints." C’est à eux qu’il est dit (1 Co IX, 24) : "Courez de telle sorte que vous saisissiez le prix, etc." [Que vous compreniez] (verset 18) quelle est la largeur, etc. Notez que ces paroles paraissent prises de ce passage de Job (XI, 7) : "Prétendez-vous sonder ce qui est caché en Dieu ?" comme s’il voulait dire : Il est insaisissable; et il donne la raison de cette incompréhensibilité, en disant (verset 8) : "Il est plus élevé que le ciel; que ferez-vous pour l’atteindre ? Il est plus profond que l’enfer, comment le connaître ? Sa mesure est plus longue que la terre, elle est plus large que la mer." Il semble par là que Job veuille le montrer comme compréhensible, en lui attribuant la quadruple qualité des dimensions, car l’Apôtre, faisant allusion à ces paroles de Job, dit (verset 18) : vous puissiez comprendre quelle est la largeur, etc. ; comme s’il disait : "Il faut que vous ayez tant de foi et tant de charité, que vous puissiez comprendre enfin ce qui est compréhensible. C’est de cette manière que saint Denis explique ce passage. Il ne faut pourtant, en aucune manière, s’imaginer que ces quatre dimensions existent corporellement en Dieu, car Dieu est esprit ainsi qu’il est dit en saint Jean (IV, 24). Cependant elles sont en lui métaphoriquement. Par la largeur on entend donc la dimension ou l’étendue de la puissance et de la sagesse divine qui surpasse toute chose ; (Ecclesiastique I, 10) : "Il l’a répandue, à savoir cette sagesse, sur toutes ses oeuvres." Par la longueur, on marque sa durée éternelle ; (Psaume CI, 13) : "Pour vous, Seigneur, vous subsistez éternellement" et (Psaume XCII, 5) : "La sainteté doit être l’ornement de votre maison dans toute la suite des siècles." Par l’élévation ou la hauteur, la perfection et la noblesse de sa nature, qui surpasse, dans un degré infini, la créature ; (Psaume CXII, 4) : "Le Seigneur est élevé au-dessus de toutes les nations." Par la profondeur, l’incompréhensibilité de sa sagesse ; (Ecclesiaste VII, 5) : "combien grande est sa profondeur; - comprenez la sagesse divine - et qui pourra la sonder ?" Il est ainsi évident que la fin de notre foi et de notre charité est de parvenir à la parfaite connaissance des choses de la foi, afin de connaître par elle l’étendue infinie de la puissance de Dieu, sa durée éternelle et infinie, la sublimité de sa toute parfaite nature, la profondeur de sa sagesse, et son incompréhensibilité, dans la mesure où l’on peut les atteindre.

II. Par la suite, comme une autre connaissance reste nécessaire, à savoir celle des mystères de la nature humaine, l’Apôtre ajoute (verset 19) : et connaître [l’amour de Jésus-Christ envers nous], lequel surpasse toute connaissance. Il faut ici se rappeler que tout ce que renferme le mystère de la rédemption des hommes et de l’incarnation de Jésus-Christ, est tout entier l’oeuvre de l’amour. Car si Jésus-Christ s’est incarné, il l’a fait par amour (ci-dessus, II, 4) : à cause de l’amour extrême dont il nous a aimés, etc.; s’il est mort, c'est aussi par amour ; (Jean, XV, 13) : "Nul ne peut avoir de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis" ; (ci-après, V, 2) : Jésus-Christ nous a aimés et s’est lui-même livré à Dieu pour nous, comme une oblation et une victime. C’est ce qui fait dire à saint Grégoire : "ô tendresse inestimable de votre amour, pour racheter un serviteur, vous avez livré votre Fils !" Donc connaître l’amour de Jésus-Christ, c'est connaître tous les mystères de son incarnation et de notre rédemption, qui sont l’oeuvre de l’immense charité de Dieu, charité qui surpasse toute intelligence créée et toute science, puisqu’elle est incompréhensible pour la pensée. C’est pourquoi saint Paul dit (verset 19) : qui surpasse toute connaissance naturelle et toute intelligence créée ; (Philipp., IV, 7) : "Et que la paix de Dieu qui surpasse tout sentiment."L’amour de Jésus-Christ, c'est-à-dire celui que Dieu nous a témoigné par Jésus-Christ ; (2 Co V, 19) : "Dieu était en Jésus-Christ, se réconciliant le monde." On peut encore expliquer ce passage d’une autre manière, comme s’il disait, en le rapportant à la perfection de notre charité : Soyez forts, en sorte qu’étant enracinés et fondés dans la charité, vous puissiez comprendre, et non pas seulement connaître, avec tous les saints, puisque le don de la charité est commun à tous, personne ne pouvant être saint sans la charité, comme il est dit ci-après (III) ; vous puissiez, c'est-à-dire comprendre quelle est la largeur, à savoir de la charité qui s’étend jusques aux ennemis ; (Psaume CXVIII, 96) : "Votre commandement est d’une étendue infinie" ; car cette charité est large dans son extension ; (Psaume XVII, 20) : "Le Seigneur m’a retiré et mis au large." Sa longueur peut se reconnaître dans sa persévérance, car elle ne se lasse pas ; elle commence ici-bas et reçoit son complément dans la gloire ; (1 Co XIII, 8) : "La charité ne finira jamais" ; (Cantiq., VIII, 7) : "Les grandes eaux n’ont pu éteindre la charité." On voit son élévation dans le mouvement qui la porte vers les choses célestes, et fait qu’on n’aime pas Dieu pour les avantages temporels, car cet amour serait imparfait, mais qu’il n’est aimé que pour lui-même ; (Job, XL, 5) : "Elevez-vous dans les hauteurs, et recherchez la gloire." Sa profondeur se trouve dans son origine même. Car si nous aimons Dieu, nous ne l’aimons pas de nous-mêmes, mais par le Saint-Esprit, ainsi qu’il est dit (Rm V, 5) : "L’amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par le Saint-Esprit, etc." Si donc l’un a une charité étendue en longueur, en largeur, en hauteur, en profondeur, et l’autre non, cela vient par le mystère si profond de la prédestination divine (Ecclesiastique I, 2) : "Qui a mesuré la profondeur de l’abîme ?" Afin donc que vous puissiez comprendre, c'est-à-dire atteindre parfaitement avec tous les saints quelle est la largeur, pour que votre amour s’étende jusqu’aux ennemis ; quelle est la longueur, pour qu’il ne s’affaiblisse pas ; quelle est l’élévation, afin que Dieu soit aimé pour lui seul ; et quelle est la profondeur, à savoir celle de la prédestination, etc."

Il faut se rendre compte ici que Jésus-Christ qui eut le pouvoir de choisir le genre de mort qu’il voudrait, puisqu’il la souffrit par amour, préféra la mort de la croix, où l’on retrouve les quatre dimensions dont nous venons de parler. D’abord la largeur, dans la traverse à laquelle furent attachées les mains, parce que nos oeuvres doivent s’étendre, par la charité, jusqu’à, nos ennemis ; (Psaume XVII, 20) : "Le Seigneur m’a retiré et mis au large." La longueur dans la pièce de bois perpendiculaire sur laquelle le corps tout entier fut étendu, parce que la charité doit être persévérante, elle qui soutient et guérit l’homme ; (Matth., X, 22) : "Celui-là sera sauvé, qui persévèrera jusqu’à la fin." La hauteur, dans la partie supérieure sur laquelle s’appuie la tête, parce que notre espérance doit s’élever aux choses divines et éternelles ; (1 Co XI, 3) : "le chef de tout homme, c’est Jésus-Christ." Enfin la profondeur, dans la partie qui est cachée en terre, et soutient la croix, sans qu’on la voie cependant, parce que la profondeur de l’amour divin nous soutient, et toutefois ne se voit pas, puisque la raison de la prédestination, comme il a été dit, surpasse notre intelligence. Ainsi nous devons comprendre l’efficacité de notre charité, et celle de Jésus-Christ, et connaître encore l’amour de Jésus-Christ qui surpasse toute science, c'est-à-dire toute science humaine, car nul ne peut savoir combien Jésus-Christ nous a aimés, ni même connaître sa charité, de cette connaissance que l’on ne peut avoir qu’avec la science de Jésus-Christ, je veux dire cette charité suréminente à toute autre charité qui est sans la science.

Mais est-il vrai que la charité qui est avec la science, soit suréminente à celle qui est sans la science. Il semble que non, parce qu’alors un théologien sans vertu aurait une charité plus excellente qu’une pauvre femme qui serait sainte. Je réponds qu’il faut entendre ceci de la science affective. Car l’effet de la connaissance est de porter à aimer davantage, parce que Dieu est d’autant plus aimé qu’il est connu ; c'est pourquoi saint Augustin faisait cette prière : "Seigneur, que je vous connaisse, et que je me connaisse." Ou bien encore ceci est-il dit par rapport à ceux qui ont le zèle de Dieu, mais non selon la science ; car pour ceux-là, leur charité est inférieure à celle qui est unie à cette connaissance de Jésus-Christ.

II° Quand l’Apôtre ajoute (verset 19) : pour que vous soyez comblés, etc. il expose l’efficacité de la connaissance de Dieu, en disant (verset 19) : pour que vous soyez comblés de toute la plénitude de Dieu, c'est-à-dire pour que vous entriez en parfaite participation de tous les dons de Dieu, de telle sorte que vous ayez, ici-bas, la plénitude des vertus, et ensuite la plénitude de la béatitude, ce que fait la charité ; (Ecclesiastique XXIV, 26) : "Venez à moi, vous tous qui me désirez avec ardeur, etc." Ensuite vient la seconde partie (verset 20) : à celui qui par la puissance, etc. Ici l’Apôtre rend grâce à Dieu, de ce qu’il a exaucé sa demande; en trois points : I. il rappelle la puissance de Dieu, qui peut accorder ce qu’on lui demande ; II. l’exemple de cette puissance (verset 20) : par la puissance dont il agit en nous, etc.; III. l’objet de l’action de grâce (verset 21) : Gloire soit rendue, etc.

I. L’Apôtre dépeint la puissance infinie de Dieu, en disant (verset 20) : à celui donc, c'est-à-dire à Jésus-Christ Dieu et à Dieu le Père, (verset 20) : qui peut faire toutes choses, etc. ; (Exode, XV, 3) : "Son nom est le Tout-Puissant" ; (Rm XVI, 2 : "A celui qui est puissant pour vous affermir dans l’Evangile, etc.", et le faire infiniment plus que nous ne saurions et demander par nos désirs, ou comprendre par notre intelligence ; ce qu’il exprime en disant (verset 20) : que tout ce que nous demandons ou que nous pensons.

II. Il montre ensuite un exemple de cette surabondance qui nous a été accordée, en disant (verset 20) : par la puissance dont il agit en nous, en d’autres termes, cette abondance apparaît si nous donnons quelqu’attention à ce qu’il a opéré en nous, c'est-à-dire dans les hommes ; car ni l’affection ni l’intelligence humaine n’eussent pu ni envisager, ni comprendre, ni demander à Dieu de se faire homme, et de faire de l'homme un Dieu, et de faire entrer l’homme en participation de la nature divine : mystères cependant que Dieu par sa puissance opère en nous, et cela par l’incarnation de son Fils (II Pierre, I, 4) : "pour vous rendre par ces mêmes grâces participants de la nature divine." Aussi est-il dit de cette opération de Dieu (Ecclesiastique XVIII, 2) : "Qui sera capable de compter ses ouvrages ! Qui pourra pénétrer ses merveilles ! Qui représentera la toute-puissance de sa grandeur ? " Ou encore : Sa puissance par laquelle il agit en nous, c'est-à-dire en nous autres apôtres, à qui il a donné la grâce d’annoncer les richesses incompréhensibles de Jésus-Christ, et d’éclairer tous les hommes en leur manifestant quelle est l’économie du mystère caché en Dieu dès le commencement des siècles, comme il est dit plus haut dans ce même chapitre.

.

III. L’objet de son action de grâces, c'est le double bienfait que Dieu nous a accordé. Le premier est l’établissement de l’Eglise ; le second, l’incarnation de son Fils.

Il dit donc (verset 21) : à lui, c'est-à-dire à Dieu le Père, la gloire, entendez : soit rendue, dans l’Eglise, c'est-à-dire pour les merveilles qu’il a opérées dans cette Eglise qu’il a établie : voilà pour le premier bienfait.

en Jésus-Christ, c'est-à-dire, par Jésus-Christ ou pour Jésus-Christ qu’il nous a donné. Qu’à lui, dis-je, soit la gloire, pour qu’il apparaisse glorieux, non seulement dans le temps présent, niais (verset 21) : dans la succession de tous les âges du siècle des siècles, c'est-à-dire du siècle qui les contient tous (I Tim., I, 17) : "Au Roi des siècles immortel, invisible, à l’unique Dieu, soit honneur et gloire dans les siècles des siècles, Amen."

suivant