1. Je vous conjure donc, moi qui suis dans les chaînes pour le Seigneur, de vous conduire d’une manière qui soit digne de l’état auquel vous avez été appelés,
2. Pratiquant en toutes choses l’humilité, la douceur et la patience, vous supportant les uns les autres avec charité,
3. Et travaillant avec soin à construire l’unité d’un même esprit par le lien de la paix.
4. Vous n’êtes tous qu’un corps, et qu’un esprit, comme vous avez tous été appelés à une même espérance.
L’Apôtre a rappelé plus haut les bienfaits de Dieu par lesquels l’unité de l’Eglise est établie et conservée ; il avertit ici les Ephésiens de se maintenir dans cette unité de l’Eglise. A ce sujet, il fait deux choses : premièrement il leur recommande de persévérer dans cette unité ; secondement, il leur apprend la manière d’y persévérer (verset 17) : Je vous avertis donc et je vous conjure par le Seigneur, etc. La première partie se subdivise en deux : d’abord l’Apôtre avertit les Ephésiens de conserver l’unité de 1’Eglise ; ensuite il explique la forme même de cette unité (verset 5) : Il n’y a qu’un Dieu, une foi, un baptême, etc. La première subdivision a trois parties : I° d'abord, l’Apôtre pose quelques principes qui déterminent à garder l’unité ; II° il fait une recommandation (verset 2) : pratiquant en toutes choses l’humilité, etc. ; III° il explique le but de sa recommandation (verset 3) : et travaillant avec soin à conserver, etc.
I° Il engage les Ephésiens conserver l’unité de l'Eglise par trois motifs : I. par un sentiment de charité ; II. par le souvenir de chaînes ; III. par la considération des bienfaits de Dieu.
I. Le sentiment de charité, il l’inspire on les suppliant, c'est pourquoi il dit (verset 1) : Ainsi donc, puisque vous avez reçu de Dieu tant de bienfaits, je vous conjure, bien que cependant je puisse vous commander, mais par humilité je ne le fais pas, j’aime mieux prier ; (Proverbes XVIII, 23) : "Le pauvre ne parle que par des supplications." Ensuite en leur témoignant de l’amour, qui plus que la crainte porte à agir ; (Philémon, 8) : "Encore que je puisse prendre, en Jésus-Christ, une grande liberté de vous ordonner une chose qui est de votre devoir, néanmoins l’amour que j'ai pour vous fait que j’aime mieux vous supplier, etc. "
II. Il les exhorte ensuite par le rappel de ses chaînes, en disant (verset 1) : Moi qui suis dans les chaînes pour le Seigneur. Et il en tire trois raisons pour les engager à conserver l’unité.
1° D’abord parce qu’un ami compatit davantage à son ami quand il est affligé et redouble d’efforts pour faire ce qu’il veut, afin de lui donner ainsi de la consolation ; (Ecclesiastique XII, 8) : "L’ami ne se connaît pas dans la prospérité, et l’ennemi ne se peut cacher dans l’adversité. Quand un homme est heureux ses ennemis sont tristes, et quand il est malheureux, on connaît son ami."
2° Ensuite, parce que l’Apôtre lui-même portait ces chaînes pour leur utilité. Il les invite donc à s’en souvenir, afin de leur constituer par là une sorte d’obligation ; (2 Co I, 6) : "Soit que nous soyons affligés, c'est pour votre consolation et pour votre salut; soit que nous soyons consolés, c'est aussi pour votre consolation ; soit donc que nous soyons encouragés, c'est pour votre consolation et pour votre salut, qui s’accomplit dans la souffrance des mêmes maux que nous souffrons."
3° Enfin, comme il a été dit, plus haut, (III) sur ce passage : qui sont votre gloire, les souffrances de saint Paul étaient pour les Ephésiens un grand sujet de gloire, puisque Dieu éprouvait pour eux ses amis et ses élus, afin de préparer leur salut. Voilà pourquoi il dit (verset 1) : dans le Seigneur, c'est-à-dire à cause de lui. Ou encore, l’Apôtre s’exprime peut-être ainsi, parce que c'était pour lui-même une gloire d’être chargé de chaînes, non comme un voleur et un homicide, mais comme chrétien et pour Notre Seigneur Jésus-Christ, suivant cette parole d’Ezéchiel (III, 25) : "Voilà qu'ils vous préparent des chaînes ; ils vous en lieront, etc."
III. Saint Paul les engage ensuite par la considération des bienfaits divins, en disant (verset 1) : de vous conduire d’une manière qui soit digne de la vocation à laquelle vous avez été appelés, c'est-à-dire de penser à la dignité à laquelle vous avez été élevés, afin de vous conduire d’une manière digne d'elle. Si quelqu’un, en effet, était appelé à un noble royaume, il serait indigne de lui de se livrer à des occupations rustiques. C’est dans ce sens que l’Apôtre exhorte le Ephésiens, comme s’il leur disait : vous avez été appelés à être les concitoyens des saints et les serviteurs de Dieu, comme il a été dit (ci dessus II, 19), il n’est donc pas convenable que vous vous livriez à des soins terrestres, et que vous vous inquiétiez des choses du monde. Voilà pourquoi il dit : dignement ; (Col 1, 10) : "Afin que vous vous conduisiez d’une manière digne de Dieu, lui plaisant en toutes choses" ; (Philipp., I, 27) : "Ayez soin de vous conduire d’une manière digne de l’Evangile de Jésus-Christ." Et pourquoi ? C’est qu’il "vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière!" (I Pierre, II, 9).
II° Lorsque saint Paul dit ensuite (verset 2) : pratiquant en toute chose l’humilité, etc., il explique la manière dont il faut pratiquer sa recommandation, en enseignant comment ils pourront se conduire dignement. Il indique donc à cet effet quatre vertus, et condamne quatre vices qui leur sont opposés.
I. Le premier de ces vices qu’il proscrit, c'est l’orgueil. Lorsqu’en effet un orgueilleux veut l’emporter sur un autre, et qu’un autre orgueilleux ne veut pas se soumettre, il y a cause de dissension dans la société, et la paix est troublée. Aussi est-il dit (Proverbes XIII, 10) : "Il y a toujours des querelles entre les superbes." Pour les prévenir, l’Apôtre dit (verset 2) : pratiquant en toute chose l’humilité, extérieure et intérieure ; (Ecclesiastique III, 20) : "Plus vous êtes grand, plus vous devez vous humilier en toutes choses, etc." ; (Philipp., II, 3) : "Que chacun, par humilité, croie les autres au-dessus de soi" ; (Jacques IV, 6) : "Dieu résiste aux superbes; il donne sa grâce aux humbles."
II. Le second de ces vices, c'est la colère. Ceux qui s’y livrent sont, en effet, prompts à faire injure, soit par leurs paroles, soit par leurs actes : de là des troubles ; (Proverbes XV, 18) : "L’homme en colère provoque des querelles, celui qui est patient, apaise celles qui étaient nées." Contre ces désordres, l’Apôtre dit (verset 2) : et dans la douceur, qui apaise les querelles, et conserve la paix ; (Prov. III., 34) : "Il donnera sa grâce à ceux qui sont doux" ; (Psaume XXXVI, 11) : "La terre tombera en héritage à ceux qui sont doux" ; (Ecclesiastique III, 19) : "Mon fils, accomplissez vos œuvres dans la douceur, et vous vous attirerez non seulement l’estime mais encore l’amour des hommes."
III. Le troisième vice, c'est l’impatience. Quelquefois, en effet, on est doux et humble en soi-même, on s’abstient de molester en quoi que soit, et toutefois on ne supporte avec patience ceux qui molestent, ou qui cherchent à molester. Voilà pourquoi saint Paul ajoute (verset 2) : et la patience, à l’égard de ceux qui s’opposent à vous ; (Jacques I, 4) : "La patience doit être parfaite dans ses œuvres" ; (Ecclesiastique II, 4) : "Au temps de votre humiliation, conservez la patience" ; (Hébreux X, 36) : "La patience vous est nécessaire, afin qu’en faisant la volonté de Dieu, etc. "
IV. Le quatrième vice, c'est le zèle immodéré. En effet ceux qui ont un zèle semblable, jugent tout ce qu’ils voient, sans tenir compte ni des temps, ni des lieux, et il y a trouble dans la société ; (Galat., V, 15) : "Si vous vous mordez, et si vous vous dévorez les uns les autres, prenez garde de vous entre-détruire." Voilà pourquoi l’Apôtre dit (verset 2) : vous supportant les uns les autres avec charité, c'est-à-dire supportant réciproquement les défauts les uns des autres, et cela par charité, car si l’un de nos frères manque, on ne doit pas immédiatement le reprendre, à moins que le temps et le lieu ne soient convenables, mais il faut patienter miséricordieusement "car la charité supporte tout" (1 Co XIII, 7). On ne doit pas cependant supporter de semblables défauts par faiblesse, par amitié ou connivence, ou encore par quelque amitié selon la chair, mais par charité ; (Galates VI, 2) : "Portez les fardeaux les uns des autres, etc." ; (Rm XV, 1) : "Nous devons nous qui sommes plus forts, supporter les faiblesses des infirmes."
III° En ajoutant (verset 5) : et travaillant avec soin à conserver, etc., l’Apôtre indique la fin de sa recommandation, qui est de conserver l'unité parmi les fidèles. Trois points : I. Il rappelle cette unité qui est cette fin ; II. il explique la forme de cette unité (verset 5) : par le lien de la paix ; III. il donne la raison de conserver l’unité (verset 4) : comme vous avez été appelés, etc.
I. Il dit donc : Vous devez vous conduire d’une manière digne, etc. de votre vocation, et vous le ferez en travaillant avec soin à conserver l’unité d’un même esprit, etc. Or il y a deux espèces d’unité : l’une dans le but de faire le mal ; elle est mauvaise et peut s’appeler l’unité de la chair ; (Ecclesiastique XI, 30) : "Une étincelle seule allume un grand feu, etc." "un seul trompeur multiplie les meurtres." L’autre est l’unité d’esprit : elle est bonne et veut faire le bien ; (Psaume CXXXII, 1) : "Qu’il est bon, qu’il est doux, etc." ; (Jean, XVII, 11) : "Qu’ils soient un, comme nous sommes un."
II. La manière de conserver l’unité, c'est par le lien de la paix. La charité, en effet, est l’union des âmes. Or nulle union ne peut être durable dans les choses matérielles, si elle n’est maintenue par quelque lien ; de même l’union des âmes, par la charité, ne peut subsister sans un lien qui la maintienne ; or le lien véritable de cette union, c'est la paix, qui est, suivant saint Augustin, la tranquillité du mode, de l’espèce et de l’ordre, ce qui a lieu quand chacun obtient ce qui est sien. C’est pourquoi l’Apôtre dit (verset 3) : par le lien de la paix ; (Psaume CXLVII, 14) : "Il vous a donné pour limites la paix, etc." Cette paix se conserve par la justice ; (Isaïe XXXII, 17) : "le produit de la justice sera la paix". (Ecclesiastique VI, 26) : "Ne vous ennuyez pas de ses liens." Et pourquoi ? c'est que véritablement, ainsi qu'il est dit au même endroit (verset 53) : "Ses liens sont des bandages qui guérissent." Mais parce qu’il y a dans l’homme une double unité, l’une des membres coordonnés entre eux, l’autre du corps et de l’âme, qui en constituent une troisième, l’Apôtre parle ici de l’unité de l’Eglise, qu’il compare à l’unité qu’on trouve dans l'homme, et donc il ajoute (verset 4) : Vous êtes un seul corps comme s’il disait : Unissez-vous par le lien de la paix, afin que vous soyez un seul corps, par similitude avec la première espèce d’unité, en sorte que tous les fidèles soient disposés entre eux comme les membres qui constituent un corps ; (Rom, XII, 5) : "En Jésus-Christ nous sommes plusieurs qui ne formons qu’un seul corps, etc. " ; (verset 4) : et un seul esprit, par similitude avec la seconde espèce, afin qu y ait un accord spirituel, par l’unité de la foi et de la charité. Ou encore : un seul corps par rapport au prochain, et un seul esprit par rapport à Dieu, car "celui qui demeure attaché au Seigneur, est un même esprit avec lui " (1 Co VI, 17).
III. Enfin quand saint Paul dit (verset 4) : comme vous avez été appelés à une même espérance, etc., il donne la raison de cette imité. C’est que, comme l'on voit ordinairement marcher ou demeurer ensemble ceux qui sont appelés à posséder au même titre et à partager mutuellement, ainsi dit-il au sens spirituel : puisque vous êtes appelés à un même terme, la récompense finale, vous devez donc marcher ensemble dans l’unité de l’Esprit, dans la même espérance de votre vocation, c'est-à-dire dans une seule et unique espérance que vous avez tous, et qui est l’effet de votre vocation ; (Hébreux III, 1) : "Vous donc, saints frères qui avez part à la vocation céleste," ; (1 Co I, 26) : "Considérez votre vocation, etc."
Mais l’on pourrait dire : Qui nous a appelés, et à quoi sommes-nous appelés ? On répond (I Pierre, V, 10) : "Je prie le Dieu de toute grâce qui nous a appelés à son éternelle gloire, etc.", là est votre béatitude (Apocal, XIX, 9) : "Heureux ceux qui ont été appelés aux noces de l’agneau."
5. Il n’y a qu’un Seigneur, qu’une foi, qu’un baptême
6. Qu’un Dieu Père de tous, qui est au-dessus de tous, qui étend sa providence sur tous et qui réside en nous tous.
Après avoir exhorté les Ephésiens à conserver l’unité de l’Eglise, l’Apôtre, dans cette partie de son Epître, leur fait entrevoir la forme de cette unité. Il faut ici remarquer que l’Eglise de Dieu, étant semblable à une cité, a quelque chose de l’unité et quelque chose de la diversité, puisqu’elle n’est pas unie comme ce qui est simple, mais comme un tout de diverses parties. Saint Paul traite donc deux points : il explique d’abord ce qui dans l’Eglise est commun, ensuite ce qui en elle est divers (verset 7) : Car la grâce a été donnée à chacun de nous, etc… Or, dans toute cité, qui possède l’unité, il doit y avoir quatre choses communes : I° un seul chef ; II° une seule loi; III° les mêmes signes de ralliement; IV° une même fin. Saint Paul montre que ces quatre caractères se trouvent dans l’Eglise.
I° Il dit donc : vous devez être un seul corps et avoir un même esprit, car vous êtes dans l’unité de l’Eglise qui est une. En effet, elle a d’abord un seul chef qui est Jésus-Christ (verset 5) : Il n’y a qu’un seul Seigneur, et non pas plusieurs, dont les volontés diverses deviendraient pour vous un sujet de discorde ; (Hébreux III, 6) : "Jésus-Christ comme Fils a autorité sur sa maison" ; (Actes II, 36) : "Que toute la maison d’Israël sache donc très certainement que Dieu a fait Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié" ; (1 Co VIII. 6) : "Il n’y a qu’un seul Seigneur Jésus-Christ" ; (Zacharie, XIV, 9) : "En ce jour là, le Seigneur sera unique, et son seul nom sera révéré."
II° Sa loi est une, car la loi de l’Eglise, c'est la loi de la foi (Rm III, 27) : "Où est donc, ô Juif, le sujet de votre gloire ? Il est exclu. Et par quelle loi ? Est-ce par la loi des œuvres ? non mais par celle de la foi." Or la foi se prend quelquefois pour la vérité que l’on croit, selon cette parole : "Ceci est la foi catholique, etc. " (Symbole de saint Athanase), c'est-à-dire : on doit croire ces vérités. On peut aussi l’entendre de l’habitude de la foi, par laquelle on croit de coeur. L’on peut expliquer ce passage dans les deux sens. Au premier, en disant : Il n’y a qu’une foi, c'est-à-dire vous avez reçu le commandement de croire et d’agir suivant la même règle, parce que ce que tous les fidèles doivent croire est un seul et même symbole. C’est de là que l’Eglise est appelée universelle ou catholique. De la aussi (2 Co I, 10) : "Ayez tous le même langage, etc." c'est-à-dire soyez tous unis de sentiment. Au second sens : Il n’y a qu’une foi, veut dire l’habitude de la foi par laquelle on croit, est une ; une, c'est-à-dire non quant au nombre, mais dans sa nature, parce que le même sentiment doit se trouver dans le coeur de tous. On dit de même de ceux qui veulent une même chose ils n’ont qu’une volonté.
III° L’Eglise a les mêmes signes de ralliement, je veux dire : les sacrements de Jésus-Christ, parmi lesquels le baptême tient le premier rang, parce qu’il est la porte de tous les autres. Aussi l’Apôtre dit-il (verset 5) : Il n’y a qu’un baptême. Un seul, disons nous, pour une triple raison. D’abord parce que les baptêmes rie subissent aucune différence à raison de ceux qui baptisent, car ils ont la même efficacité, quel que soit celui qui les confèrent, car celui qui baptise intérieurement est unique, à savoir Jésus-Christ ; (Jean, I, 53) : "Celui sur lequel vous verrez descendre et demeurer le Saint-Esprit, est celui qui baptise dans le Saint-Esprit." Ensuite il est appelé un, parce qu’il est donné au nom d’un seul, à savoir la Sainte Trinité ; [(Matth., XXVIII, 19)] : "Les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit." Enfin parce qu’il ne saurait être réitéré. La Pénitence, le Mariage, l’Eucharistie, l’Extrême-onction peuvent l’être; le Baptême jamais ; (Hébreux IV, 4) : "Il est impossible que ceux qui ont été une fois éclairés," par le baptême s’entend, "qui ont goûté le don du ciel, et sont devenus participants du Saint-Esprit, qui se sont nourris encore de la sainte parole de Dieu et des grandeurs du monde à venir, et qui après cela sont tombés," à savoir par le péché, "se renouvellent une seconde fois par la pénitence," Le baptême ne se répète pas, soit à cause du caractère, soit parce que la cause pour laquelle il est donné ne se renouvelle pas ; (Rm VI, 4) : "Nous avons été ensevelis avec lui par le baptême pour mourir, etc." Or Jésus Christ "est mort une fois pour les péchés", ainsi qu’il est dit (I Pierre III, 18).
IV° Enfin dans l’Eglise, il n’y a qu’une même fin qui est Dieu, car le Fils nous conduit au Père ; (I corinth., XV, 24) : "Lorsqu’il aura remis son royaume à Dieu et au Père, et qu’il aura détruit tout empire, toute domination et toute puissance, Jésus-Christ doit régner, etc." C’est ce qui fait ajouter à saint Paul (verset 6) : Il n’y a qu’un Dieu, etc., parole dans laquelle l’Apôtre exprime I. l’unité de Dieu ; II. sa grandeur (verset 6) : qui est au-dessus de tous, etc.
I. A l’égard de l’unité, saint Paul remarque deux choses : 1° la première a rapport à la nature divine (verset 6) : il n’y a qu’un Dieu ; (Deut., VI, 4) : "Ecoutez, ô Israël, le Seigneur votre Dieu est le seul et l’unique." - 2° la seconde se rapporte à son bon vouloir et à sa bonté pour nous. C’est pourquoi l’Apôtre dit (verset 6) : et Père de tous. (Isaïe, LXIII, 16) : "Vous êtes, Seigneur, notre Père et notre rédempteur" ; (Malach., II, 10) : "N’est-ce pas lui qui est le Père de nous tous ? N’est-ce pas lui seul qui nous a créés ?"
II. Saint Paut exalte ensuite la grandeur de Dieu en disant :
1° la hauteur de la divinité (verset 6) : qui est au-dessus de tous ; (Psaume CXII, 4) : "Le Seigneur est élevé au dessus de toutes les nations, etc."
2° l’étendue de sa puissance (verset 6) : qui est sur tous ; (Jérémie XXIII, 24) : "N’est-ce pas moi qui remplis le ciel et la terre ?" ; (Psaume VIII, 8) : "Vous avez mis toutes choses sous ses pieds, etc. " ; (Luc X, 22 ; Matth., XI, 27) : "Mon Père m’a mis toutes choses entre les mains, car toutes choses ont été faites par lui" (Jean, I, 3) ; mais de la manière expliquée au livre de la Sagesse (XI, 21) : "Vous réglez toutes choses avec nombre, avec poids, avec mesure." –
3° le don de la grâce (verset 6) : et en nous tous, à savoir par la grâce ; (Jér., XIV, 9) : "Pour vous, Seigneur, vous êtes en nous, etc."
Mais le premier de ces titres appartient au Père, qui est le principe et la source de la divinité, et domine au-dessus de toutes les créatures ; le second au Fils, qui est la sagesse, "qui atteint d’une extrémité jusqu’à l’autre avec force " (Sagesse, VIII, 1) ; le troisième au Saint-Esprit "qui remplit l’univers" (Sagesse, I, 7).
7. Or la grâce a été donnée à chacun de nous, selon la mesure du don du Christ.
8. C’est pourquoi l’Ecriture dit, qu’étant monté en haut, il a mené captive une multitude de captifs, et a répandu ses dons sur les hommes.
9. Mais pourquoi est-il dit qu’il est monté, sinon parce qu’il était descendu auparavant dans les parties les plus basses de la terre ?
10. Celui qui est descendu, est le même qui est monté au-dessus de tous les cieux, afin de remplir toutes choses.
L’Apôtre, dans ce qui précède, a démontré l’unité de l’Eglise au point de vue de ce qui, en elle, est commun à tous ; il l’établit ici par ce qui est propre et spécial à chacun de ses membres en particulier. I° Il expose la destination des dons ; II° il s’appuie d'une autorité (verset 8) : C’est pourquoi l’Ecriture dit, etc…; III° il donne l’explication du passage qu’il a cité (verset 9) : Mais pourquoi est-il dit qu’il est monté, etc.
I° Il dit donc : Dans l’Eglise, nous n’avons qu’un seul Dieu, une seule foi, etc…, toutefois nous avons aussi des grâces diverses, accordées en particulier aux divers fidèles, (verset 7) : car la grâce a été donnée à chacun de nous ; en d’autres termes : Il n’est aucun de nous qui ne participe à la grâce divine et à la communion ; (Jean, I, 16) : "Et nous avons tous reçu de sa plénitude, et grâce pour grâce." Or cette grâce n’est assurément pas donnée à tous uniformément et également, mais selon la mesure du don de Jésus-Christ, c'est-à-dire comme Jésus-Christ a voulu la donner, et l’a mesurée à chacun ; (Rm XII, 6) : "Nous avons des dons différents, selon la grâce qui nous a été donnée. Cette différence ne vient ni du destin, ni du hasard, ni du mérite, mais du don de Jésus-Christ, c'est-à-dire selon que Jésus-Christ nous l’a mesurée. Car lui seul reçoit l’Esprit Saint sans mesure (Jean, I, 52), tandis qu’aux autres saints, quels qu’ils soient, elle est mesurée ; (Rm XII, 3) : "Selon la mesure de la foi que Dieu a départie à chacun" ; (1 Co III, 8) : "Chacun recevra sa récompense, etc."; (Matth., XXV, 15) : "A chacun selon sa capacité, etc." Car, de même qu’il est en la puissance de Jésus-Christ de donner ou de ne pas donner, ainsi l’est-il de donner autant ou moins.
II° L’Apôtre ajoute (verset 8) : C’est pourquoi il dit, etc. Il cite ici un passage tiré du psaume (LXVII, verset 19), et il en fait l’application à ce qu’il vient de dire (verset 7) : "Selon la mesure du don de Jésus-Christ.", en trois points : I. Il rappelle l’ascension de Jésus-Christ ; II. la délivrance du genre humain ; III. le don des grâces spirituelles. Ces parties se suivent.
I. Il établit la première en disant (verset 8) : C’est pourquoi, c'est-à-dire pour marquer ce que nous avons dit ; il dit, à savoir le prophète David au psaume LXVII, 19 : "Le Christ étant monté au ciel, etc." ; (Michée, II, 13) : "Celui qui doit leur montrer le chemin, marchera devant eux" et (Job, XXXIX, 18) : "Il élève les ailes, etc." Etant donc monté, dis-je, mais non pas seul, car il a mené avec lui, captifs de son amour, une multitude de captifs, c'est-à-dire ceux que le démon avait rendus captifs ; car le genre humain était captif, et les saints, qui mouraient dans la charité, après avoir mérité la gloire, étaient retenus, sous la servitude du démon, comme autant de captifs, dans les Limbes ; (Isaïe, V, 13) : "Mon peuple a été emmené captif, etc."
II. Jésus-Christ a donc délivré ces captifs et les a menés avec lui dans les cieux ; (Isaïe, XVx, 24) : "Peut-on ravir au puissant sa proie, et enlever à un homme fort ceux qu’il a faits captifs ? Voilà ce que dit le Seigneur. Les captifs du puissant lui seront enlevés, et ceux que le fort avait pris seront sauvés." Sans aucun doute, ceci se vérifie, non seulement à l’égard de ceux qui sont morts, mais encore par rapport aux vivants qui étaient retenus captifs par le péché, et que Jésus-Christ, en les délivrant de ce péché, a rendus captifs de la justice, comme il est dit (Rm VI, 18) ; et de cette manière il les a conduits en captivité, non pour leur perte, mais pour leur salut ; (Luc, V, 10) : "Votre emploi sera désormais de prendre des hommes."
III. Jésus-Christ a non seulement délivré les hommes de la captivité du démon et les a soumis à sa propre servitude, mais il les a dotés des biens spirituels. C’est pourquoi l’Apôtre ajoute (verset 8) : Il a répandu sur les hommes ses dons, c'est-à-dire les dons de la grâce et de la gloire ; (psaume LXXXIII, 12) : "Le Seigneur donnera la grâce et la gloire" ; (II Pierre. I, 4) : "Il nous a par lui communiqué les grandes et précieuses grâces qu’il avait promises, etc." Ceci n’est pas opposé à ce qu’on lit dans le texte qui précède : Il a répandu ses dons sur les hommes, car il est certain qu’il les a lui-même accordés comme Dieu, mais comme homme il les a reçus dans les fidèles qui sont ses membres. Il les a donnés dans le ciel comme Dieu, et il les a reçus sur terre, selon cette façon de parler (Matth., XXV, 40) : "Ce que vous avez fait à l'un des moindres de mes frères, c'est à moi-même que vous l’avez fait."
III° Quand saint Paul dit (verset 9) : [Mais pourquoi est-il dit] qu’il est monté au ciel, etc., il explique le passage qu’il a cité, d’abord, par rapport à l’ascension ; ensuite quant à l’objet des dons (verset 11) : Lui-même donc a donné, etc. Sur la première division il montre I. comment Jésus-Christ est descendu : qui est descendu, II. comment il est monté : qui est monté, etc.
I. Sur le premier point, il faut remarquer que Jésus-Christ étant véritablement Dieu, il semble qu’il y ait inconvenance à ce qu’il consentit à descendre car personne n’est plus élevé que Dieu. L’Apôtre donc, afin de prévenir cette difficulté, ajoute (verset 9) : Mais pourquoi est-il dit qu’il est monté, sinon parce qu’il était descendu auparavant, etc.? Comme s’il disait : J’ai ajouté qu’il est monté, parce que d’abord ce même Jésus était descendu, afin de monter, puisque autrement il n’eût pu le faire. Il dit ensuite comment il est descendu, quand il ajoute (verset 9) : dans les parties les plus basses de la terre. Or ceci peut s’entendre de deux manières. D’abord, en ce sens que les « parties les plus basses de la terre » doivent s’entendre de celles que nous habitons, auxquelles on donne le nom d’inférieures, parce qu’elles sont au-dessous du ciel et de la région de l’air. Nous disons que le Fils de Dieu est descendu dans ces parties de la terre, non par un changement de lieu matériel, mais parce qu’il s’est uni la nature inférieure et terrestre, suivant ces paroles (Philipp., II, 7) : "Il s’est anéanti lui-même, etc." On peut encore, d’une autre manière, l’entendre des enfers, qui sont aussi au-dessous de nous, car le Seigneur y est descendu, par son âme, pour en libérer les saints. Ce que l’Apôtre a dit plus haut paraîtrait ainsi leur convenir : il a emmené captifs, les captifs qu’il a délivrés ; (Zacharie, IX, 11) : "C’est vous aussi, qui par le sang de votre alliance avez fait sortir vos captifs du fond du lac qui était sans eau" ; (Ap X, 1) : "Et je vis un autre ange fort, qui descendait du ciel, etc." ; (Exode, III, 7) : "J’ai vu l’affliction de mon peuple qui est en Egypte, etc.", et à la suite (verset 8) : "Je suis descendu pour le délivrer."
II. En disant (verset 10) : Or celui qui est descendu, etc., l’Apôtre explique l’Ascension de Jésus Christ en faisant ressortir trois choses :
1° la personne de celui qui monte aux cieux, lorsqu’il dit (verset 10) : Or, celui qui est descendu est le même qui est monté, etc. paroles par lesquelles il désigne l’unité de personne de Dieu et homme. Car, ainsi qu’il a été dit, le Fils de Dieu est descendu, en s’unissant la nature humaine ; et le Fils de l’homme est monté, dans la nature humaine, à la sublimité d’une vie immortelle. Ainsi donc, le Fils de Dieu qui est descendu et le Fils de l’homme qui est monté, c'est la même personne ; (Jean, III, 13) : "Personne n’est monté au ciel que celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme qui est au ciel." Sur quoi il faut remarquer que les humbles, qui descendent volontairement, montent spirituellement, élevés par Dieu lui-même," parce que celui qui s’élève sera abaissé" (Luc, XIV, 11).
2° L’Apôtre fait voir le terme de l’ascension, lorsqu’il dit (verset 10) : au-dessus de tous les cieux ; (Psaume LXVII, 34) : "Celui qui monte au-dessus des cieux, vers l’Orient." Il ne faut pas entendre seulement qu’il est monté au-dessus des cieux corporels, mais encore au-dessus de toute créature spirituelle (ci-dessus, 1, 20) : le faisant asseoir à sa droite, dans le ciel, au-dessus de toutes les Principautés et des Puissances, et de tous les noms qui peuvent être, etc. - Enfin saint Paul exprime les effets de l’ascension, quand il dit (verset 10) : afin de remplir toutes choses, c'est-à-dire afin de combler de dons spirituels tout le genre humain ; (Psaume LXIV, 5) : "Nous serons remplis des biens de votre maison" ; (Ecclesiastique XXIV, 26) : "Remplissez vous des biens que je porte." Ou encore : afin de remplir toutes choses, c'est-à-dire pour accomplir tout ce qui a été écrit de lui : (Luc, XXIV, 44) : "Il faut que s’accomplisse tout ce qui a été dit de moi dans la Loi, les Prophètes et les Psaumes".