29. Et n’attristez pas l’Esprit Saint de Dieu, dont vous avez été marqués comme d’un sceau pour le jour de la rédemption.
30. Que toute aigreur, tout emportement, toute colère, toute crierie, toute médisance, enfin que toute malice soit bannie d’entre vous.
31. Mais soyez bons les uns envers les autres, pleins de compassion, vous entre pardonnant mutuellement, comme Dieu aussi vous a pardonné dans le Christ.
Après avoir recommandé de s’abstenir de toute parole mauvaise et nuisible, saint Paul avertit ici de s’abstenir de toute parole et de toute action capable de troubler ou d’attrister le prochain. I° Il condamne ce qui appartient au vieil homme ; II° il engage à travailler à son renouvellement (verset 32) : mais soyez bons les uns envers les autres, etc.
I° La première partie se subdivise en deux. L’Apôtre condamne I. en général ce qui tient au vieil homme ; II. en particulier (verset 30) : Que toute aigreur, etc.
I. (verset 29) : N’attristez pas le Saint-Esprit de Dieu, etc. dit d'abord saint Paul. On objecte : L’Esprit Saint est Dieu ; or, en Dieu, il ne saurait y avoir ni passion ni tristesse. Nous répondons que l’on dit du Saint-Esprit qu’il est attristé, quand est attristé celui dans lequel il habite ; (Luc, X, 16) : "Celui qui vous méprise, me méprise" ; (Isaïe, I, 10) : "Cependant, ils ont irrité sa colère, et ils ont affligé son Esprit Saint ; et il est devenu leur ennemi." Ou bien l’on peut dire que c'est une locution métaphorique. De même, en effet, que l’on dit de Dieu qu’il s’est mis en colère, par une sorte d’analogie de sentiment, on dit aussi qu’il est attristé ; car comme celui qui est dans la tristesse, s’éloigne de celui qui l’a causée, ainsi l’Esprit Saint s’éloigne de celui qui pèche. Le sens est donc : Et n’attristez pas le Saint-Esprit de Dieu, c'est-à-dire prenez garde de le forcer à se retirer, ou de le chasser par le péché ; (Sagesse, I, 5) : "L’Esprit Saint, l’éducateur [des hommes], fuit le déguisement; il se retire des pensées qui sont sans intelligence, et l’iniquité survenant le bannit de l’âme." Il faut donc se garder d’attrister l’Esprit Saint, et cela en vue du signe du salut ; c'est pourquoi saint Paul ajoute (verset 29) : dont vous avez été marqués comme d’un sceau, c'est-à-dire renouvelés et séparés des autres. Or celui qui conservera ce sceau obtiendra la vie éternelle. Il faut donc conserver le Saint-Esprit, et ne le contrister en quoi que ce soit, car sans lui il n’ya plus à espérer de vie éternelle ; (2 Co I, 22) : "II nousa marqué de son sceau, et pour arrhes, il nous a donné le Saint-Esprit." Et quand avons-nous été marqués du sceau de l’Esprit Saint ? "Au jour de la rédemption," c'est-à-dire de notre baptême ; (Jean, III, 5) : "Si un homme ne renaît de l’eau et du Saint-Esprit, etc." ; (Actes I, 5) : "Pour vous, dans peu de jours, vous serez baptisés dans le Saint-Esprit." L’Apôtre dit : de la rédemption, parce que dans le baptême l’homme entre en participation de la rédemption opérée par Jésus-Christ.
II. Dans ce qui suit (verset 30) : Que toute aigreur, etc., saint Paul désigne d’une manière spéciale ce qui appartient au vieil homme. En effet, on contriste un ami quelquefois par colère, quelquefois par calcul. Or, dans la colère, il y a trois degrés, car elle peut être réprimée, et elle reste dans le coeur, comme lorsqu’on s’irrite seulement à l’intérieur. Elle peut aussi se manifester en paroles, sans toutefois aller jusqu’aux injures, comme dans celui qui dit Raca. Enfin on y ajoute quelquefois l’injure, comme lorsqu’on dit : "Vous êtes un fou" . L’Apôtre indique donc d’abord ce qui appartient à la colère du cœur ; ensuite ce qui appartient aux paroles peu mesurées; enfin ce qui appartient à l’injure.
1° Dans la colère du coeur, voici comment les effets s'enchaînent. D’abord la colère est une conséquence de la tristesse, et celle-ci, dans le langage de l’Ecriture, est appelée amertume ; (I Rois, I, 10) : "Anne, qui avait le coeur plein d’amertume, vint prier le Seigneur, en répandant beaucoup de larmes" ; c'est pourquoi saint Paul dit (verset 30) : que toute amertume, etc., qui naît du souvenir d’une injure reçue antérieurement ; (Ecclesiastique XXI, 15) : "Le bon sens n’est plus où est l’amertume du coeur." En second lieu, elle demande soudain la vengeance ; ce qui fait dire à saint Paul (verset 31) : tout emportement, qui est le désir de la vengeance ; (Jacques I, 20) : "La colère de l’homme n’accomplit pas la justice de Dieu." Troisièmement, celui qui est irrité regarde comme indigne de lui de pardonner et de laisser l’injure sans châtiment. C’est pourquoi l’Apôtre dit (verset 30) : toute indignation.
2° Parmi les paroles désordonnées, viennent les cris ; (Isaïe, V, 7) : "J’ai attendu qu’ils fissent des actions justes, et je ne vois qu’iniquité. J’attendais la justice, et je n’entends que des clameurs." L’Apôtre dit donc (verset 30) : toute crierie.
3° Ensuite le blasphème, qui est ou contre Dieu, ou contre les saints ; (Lévitiq., XXIV, 16) : "Que celui qui aura blasphémé le nom du Seigneur soit puni de mort" ; saint Paul dit donc (verset 30) : tout blasphème. Et il ajoute (verset 30) : Enfin que toute malice soit bannie d’entre vous, c'est-à-dire la malice des actions ; (I Pierre, II, 1) : "Vous étant donc dépouillés de toute sorte de malice, de tromperie, de dissimulation, etc."
II° Enfin quand saint Paul ajoute (verset 31) : Mais soyez bons les uns envers les autres, etc., il explique ce qui s’applique au renouvellement contraire aux passions dont il a parlé. A l’amertume il oppose la bonté, ce qui lui fait dire (verset 31) : Soyez bons les uns envers les autres ; "L’Esprit de sagesse est plein de bonté." [(Sagesse, I, 6)]. A la colère il oppose la miséricorde et dit (verset 31) : Soyez pleins de compassion ; (Luc, VI, 36) : "Soyez donc pleins de miséricorde, comme votre Père est plein de miséricorde".A l’indignation, le pardon ; c'est pourquoi il dit (verset 31) : "Vous entre-pardonnant mutuellement, si quelqu’un a vis-à-vis d’un autre un sujet de querelle, comme Dieu vous a aussi pardonné en Jésus-Christ" (Col III, 13). (Rm VIII, 32) : "Puisque Dieu n’a pas même épargné son propre Fils," et un peu plus loin "comment avec lui ne nous donnera-t-il pas toutes choses ?"