20. Mais pour vous, ce n’est pas ainsi que vous avez été instruits dans l’école du Christ,
21. Puisque vous y avez entendu prêcher et y avez appris selon la vérité de sa doctrine,
22. A dépouille le vieil homme, selon lequel vous avez reçu dans votre première vie, qui se corrompt en suivant l’illusion de ses passions.
23. A vous renouveler dans l’intérieur de votre âme,
24. Et à vous revêtir de l'homme nouveau qui est créé selon Dieu dans une justice et une sainteté véritable.
Après avoir rappelé la perversité de la vie des Gentils, l’Apôtre établit ici que la doctrine de Jésus-Christ est totalement opposée à cette vie et à cet état. Et parce que quelques-uns dénaturant la doctrine de Jésus-Christ avaient avancé qu’après cette vie il n’y en a pas d’autre, et, que l’âme meurt avec le corps, comme chez les animaux, l’Apôtre fait voir I° que la doctrine de Jésus-Christ est opposée à la vie et à l’état qui ont précédé ; II° quelles sont les conditions véritables de la doctrine de Jésus-Christ (verset 22) : Quant à vous, dépouillez le vieil homme, etc.
I° Il dit donc : Nous avons montré que les Gentils perdaient tout espoir, etc. (verset 20) : mais pour vous, ce n’est pas ainsi que vous avez été instruits à propos de Jésus-Christ, c'est-à-dire de celui que vous devez imiter. Comment donc ? C’est que vous-mêmes vous avez appris de Dieu que vous devez vous aimer les uns les autres ; (Thess., II, 15) : "C’est pourquoi, frères, soyez fermes, et conservez les traditions que vous avez apprises." Et comment les garderons nous ? (I Thess., II, 13) : "Ayant entendu la parole de Dieu, que nous vous prêchions, vous l’avez reçue, non comme la parole des hommes, mais comme étant, ainsi qu’elle est véritablement, la parole de Dieu, etc." ; (Colos., II, 7) : "Etant attachés à lui comme à votre racine, et édifiés sur lui comme sur votre fondement, vous affermissant dans la foi qui vous a été enseignée, croissant de plus en en Jésus-Christ par de continuelles actions de grâce." Ceci aura très certainement lieu, (verset 21) : si toutefois vous avez bien compris sa doctrine, car ce que l’on entend sert à régler la vie. « Si » pour « parce que » ; parce que c'est là ce que nous vous annonçons et ce que vous avez entendu, comme le dit saint Jean (I Jean, 1, 5). Ce qui se rapporte à la prédication de la foi ; (Ecclesiastique XXIV, 30) : "Celui qui m’écoute ne sera pas confondu" ; (Proverbes XV, 31) : "L’oreille qui écoute les réprimandes salutaires demeurera au milieu des sages, etc." Et (verset 21) parce que vous avez été instruits en lui, à savoir comment on doit garder et accomplir ce qui tient à la foi ; (Matth., XXVIII, 15) : "Ils firent ce qu’on leur avait appris." Instruits selon la vérité de la doctrine de Jésus ; en d’autres termes : Puisque vous avez entendu prêcher la foi de Jésus-Christ, et que vous avez aussi appris comment devait être pratiqué ce qui était prêché, vous êtes instruits, selon Jésus, que l’on vous annonce et qui est la vérité. Vous devez donc ne pas marcher ainsi, c'est-à-dire comme ceux qui ont perdu tout espoir.
II° Mais comment ? L’Apôtre ajoute (verset 22) : Dépouillez donc, etc. Ce passage, quant à la lettre, peut s’expliquer de deux manières. D’abord, en lisant : "dépouiller" et alors on construit avec ce qui précède, et voici le sens : Telle est la vérité, dans laquelle vous avez été instruits en Jésus-Christ, qu’il vous faut dépouiller, etc. Si au contraire on lit : "dépouillez", qui est la version la plus commune, nous dirons que la vie et la doctrine des Gentils étant opposées à la vie et à la doctrine de Jésus, selon laquelle vous avez été instruits, la conséquence est celle-ci : Dépouillez-vous, etc… L’Apôtre fait donc deux choses : comme il faut extirper les vices avant de planter les vertus, il apprend d’abord aux Ephésiens à se dépouiller de leur ancienne et vieille vie, ensuite à revêtir le nouvel état de Jésus-Christ (verset 25) : à vous renouveler dans l’intérieur de votre âme, etc.
I. Il dit donc : Dépouillez, etc. Sur quoi trois choses sont à examiner.
1° Ce que l’on entend par le vieil homme. Suivant quelques commentateurs, ce vieil homme est l’homme extérieur ; l’homme nouveau est l’homme intérieur. Mais il faut dire qu’on appelle vieil homme, l’homme tant intérieur qu’extérieur, qui est soumis à la vétusté dans l’âme par le péché et dans le corps par les membres du corps qui sont les armes de ce péché même. Donc l’homme soumis au péché par le corps et par l’âme, est appelé du nom de vieil homme, en ce sens que ce qui est dans la voie de la corruption est vieux, ou qu’il est lui-même dans un état de corruption, car " ce qui passe et vieillit est proche de sa fin" comme il est dit (Hébreux, VII, 13). L’homme soumis au péché est donc appelé le vieil homme, parce qu’il est dans la voie de la corruption. C’est pourquoi l’Apôtre ajoute (verset 22) qui se corrompt en suivant les désirs de son erreur, car tout être se corrompt, dès qu’il s’écarte de l’ordre de sa nature ; or la nature de l’homme est de tendre par désir à ce qui est selon la raison ; et la perfection et le bien de la raison est la vérité. Quand donc la raison tend à l’erreur, et quand par cette erreur le désir se corrompt, c'est ce que nous appelons le vieil homme.
2° saint Paul dit : les désirs, à savoir mauvais (Rm XIII, 14) : "Ne prenez pas de votre chair un soin qui aille jusqu’à contenter ses désirs" ; (I Timoth., VI, 9) : "Divers désirs, inutiles et pernicieux, qui précipitent les hommes dans l’abîme de la perdition et de la damnation, etc. " Mais parce que les désirs, chez certains, proviennent de la faiblesse, et chez d’autres, de la malice, dans ceux-là, par exemple, qui prétendent qu’en Dieu il n’y a pas de providence, l’Apôtre dit (verset 22) : de son erreur, parce que, dans ceux qui s’égarent ainsi, l’intelligence et le sentiment sont également corrompus. Ou encore : selon les désirs de son erreur, c'est-à-dire qui jettent l’homme dans l’erreur, suivant cette parole (Sagesse, II, 21) : "Les impies ont eu ces pensées, et ils se sont égarés, etc." ; (Proverbes XIV, 8) : "L’imprudence des insensés est toujours errante." Or l’Apôtre (Col III, 9) enseigne à faire ce dépouillement : "Dépouillez," dit-il, "le vieil homme avec ses actes, etc. " Ce n’est donc pas quant à la substance qu’il faut le déposer ou s’en défaire, mais seulement quant à la conduite de la vie ou aux oeuvres mauvaises ; (I Pierre, II, 12) : "Conduisez-vous parmi les Gentils d’une manière bonne" ; (I Timoth., IV, 12) : "Soyez l’exemple et le modèle des fidèles dans les entretiens, dans la manière d’agir, etc."
II. Quand saint Paul ajoute (verset 23) : Renouvelez-vous, etc., il montre que nous devons revêtir un état nouveau. Sur ce point il fait trois choses. Il montre d’abord comment nous pouvons arriver à ce renouvellement ; ensuite en quoi il consiste ; enfin quel il est.
1° Sur le premier de ces points, il dit (verset 25) : Renouvelez-vous, etc. Il faut ici remarquer que, bien qu’en parlant de l’homme on puisse se servir de cette expression : « Esprit », on distingue toutefois trois sortes d’esprits ; à savoir : l’Esprit Saint (1 Co III, 16) : "Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ?", l’âme raisonnable (Galates V, 17) : "Car la chair a des désirs contraires à ceux de l’esprit", l’esprit fantastique (Osée, IX, 7) : "Sachez, ô Israël que vos prophètes sont des fous, et vos hommes d’esprit en délire," c'est-à-dire ceux qui n’ont qu’un esprit fantastique, "des insensés." Ce que l’Apôtre dit ici (verset 23) : dans l’esprit de votre âme, « esprit » est pris pour l’Esprit Saint. Saint Paul enseigne que le principe de notre renouvellement est cet Esprit Saint, qui habite dans notre âme (Galates IV, 6) : "Dieu a envoyé dans vos coeurs l’Esprit de son Fils, etc." ; (Psaume CIII, 30) : "Vous enverrez votre esprit, et ils seront créés, etc." Ou bien encore l’on peut prendre « esprit » pour l’esprit rationnel, et alors « esprit » est la même chose que notre âme. Nous avons quelque chose de semblable, dans ce passage (Col II, 11) : "Dans le dépouillement de ce corps de chair", c'est-à-dire du corps qui est chair ; de même ici, dans l’esprit de l’âme, c'est-à-dire dans l’esprit qui est âme. L’Apôtre s’exprime ainsi, parce qu’il y a en nous un autre esprit, qui n’est pas l'âme, je veux dire celui qui nous est commun à nous et aux animaux sans raison. Si saint Paul dit (verset 25) : Renouvelez-vous dans l’intérieur, etc., c'est que ce qui n’est pas corrompu est nouveau, et n’a pas besoin de renouvellement. Si en effet Adam n’eût pas été corrompu, il n’eût pas eu besoin de renouvellement, et nous-mêmes pas davantage. Mais parce qu’il fut corrompu, il lui fallut et il faut, à ses descendants comme à lui, un renouvellement. Il est donc nécessaire que ce renouvellement s’opère, pour notre âme, dans le temps présent; et, pour notre corps, dans le temps à venir, quand ce corps corruptible sera revêtu de l’incorruptibilité, et ce corps mortel de l’immortalité, comme il est dit dans (1 Co XV, 53). L’Apôtre dit donc : Renouvelez-vous dans l’intérieur, c'est-à-dire : ici-bas, car si le renouvellement de l’esprit n’a pas lieu dans la vie présente, jamais le corps qu’il habite ne sera renouvelé. On peut encore entendre par « l’esprit de l’âme »: dans votre âme devenue spirituelle, ce qui revient au même.
2° L’Apôtre explique ensuite ce second point : en quoi ce renouvelle ment consiste, en disant (verset 24) : Et revêtez-vous de l’homme nouveau, etc. Il faut ici observer que de même que le premier principe de vétusté, en toutes choses, fut Adam, par qui le péché est entré dans tous les hommes, de même le premier principe du renouvellement et de la nouveauté c'est Jésus-Christ, car, de même que tous meurent en Adam, tous revivront aussi en Jésus-Christ. C’est de à qu’il est dit (Galates VI, 15) : "En Jésus-Christ la circoncision ne sert de rien, ni l’incirconcision, mais la nouvelle créature." - "Revêtez-vous donc de Notre Seigneur Jésus-Christ " (Rm XIII, 14).
3° L’Apôtre montre aussitôt quel est ce renouvellement, lorsqu’il dit (verset 24) : qui est créé selon Dieu, etc. Ces paroles peuvent être entendues de trois manières : d’abord en rapportant le « qui » à l’esprit, c'est-à-dire l’esprit qui est notre âme,a été créé de Dieu, à savoir dans la justice originelle, c'est-à-dire dans sa propre nouveauté. Ou : a été recréé d’une création nouvelle, afin qu’il fût revêtu de la justice (ci-dessus, II, 10) : créés en Jésus-Christ dans les bonnes oeuvres. Ou encore, le « qui » peut se rapporter à l’homme nouveau, c'est-à-dire Jésus-Christ, et alors on construit ainsi : qui a été créé, formé dans le sein de la Vierge, selon Dieu, c'est-à-dire non par le concours d’une semence humaine, mais par le Saint-Esprit. Ou enfin : qui a été créé, selon l’être de la grâce, à son état de plénitude ; et cela dans la justice, par rapport aux hommes, et la sainteté, par rapport à Dieu, "pleine de vérité" et non supposée ; (Luc 1, 75) : "dans la sainteté et la justice." Ou afin que la sainteté soit dans le coeur, la vérité sur les lèvres, et la justice dans les oeuvres.
25. C’est pourquoi en vous éloignant de tout mensonge, que chacun parle à son prochain dans la vérité, parce que nous sommes membres les uns des autres.
26. Si vous vous mettez en colère, gardez-vous de pécher : que le soleil ne se couche pas sur votre colère. Ne donnez pas de lieu au diable.
Après la recommandation générale de se revêtir de l’homme nouveau, l’Apôtre donne ici des préceptes spéciaux, sur deux points. Il interdit aux Ephésiens d’abord les péchés intérieurs qui corrompent l’âme; ensuite les péchés extérieurs qui souillent la chair (V, verset 3) : [Qu’on n’entende pas seulement parler parmi vous,] ni de fornication, etc. Le premier de ces points se subdivise en deux. L’Apôtre condamne d’abord les péchés qui consistent dans un désordre personnel ; en second lieu, ceux qui consistent dans le désordre des autres ; (verset 29) : Que nul mauvais discours, etc. La première subdivision a trois parties. L’Apôtre condamne I° le péché qui pervertit le jugement de la raison ; II° celui qui porte au désordre l’appétit irascible (verset 26) : Si vous vous mettez en colère, gardez-vous de pécher ; III° le péché qui appartient au concupiscible ; (verset 28) : Que celui qui dérobait, etc.
I° Sur la première partie, saint Paul fait trois choses : I. il détourne de l’un de ces vices ; II. il porte à une pratique différente ; III. il en donne la raison.
I. Il détourne d’un vice, qui appartient au vieil homme, en sorte que ce passage est explicatif de ce qui précède (verset 24): Revêtez-vous de l’homme nouveau. Pour qu’on s’en revête, l’Apôtre défend d’abord de mentir, parce que ce péché de parole corrompt, à l’égard de la raison, la vérité ; c'est ce qui lui fait dire (verset 25) : C’est pourquoi, suppléez « afin de vous revêtir de l’homme nouveau », en vous éloignant de tout mensonge, parce que, comme dit le Psalmiste (V, verset 7) : "Vous perdrez tous ceux qui profèrent le mensonge," c'est-à-dire le mensonge pernicieux.
II. Il porte au renouvellement, en disant (Zach., VIII, 16) : "Que chacun parle à son prochain dans la vérité."
III. Et pourquoi ? (verset 25) : parce que nous sommes membres les uns des autres. Les membres, en effet, s’aiment les uns les autres et s’entraident mutuellement dans la vérité ; (Rm XII, 5) : "Nous ne sommes qu’un corps, dans le Christ, tous réciproquement les membres les uns des autres."
II° L’Apôtre dit à la suite (verset 26) : Si vous vous mettez en colère, etc., condamnant par ces paroles le péché qui déprave l’appétit irascible. Sur ce point il fait trois choses : I. il fait une recommandation ; II. il l’explique (verset 26) : Que le soleil ne se couche pas, etc.; III. il en donne la raison (verset 27) : Ne donnez pas lieu, etc.
I. Il fait sa recommandation, quand il dit (verset 26) : Si vous vous mettez en colère, etc. On peut expliquer ces paroles de deux manières, car il y a deux espèces de colère, l’une bonne, l’autre mauvaise. La colère est mauvaise, lorsqu’elle tend d’une manière désordonnée à la vengeance, c'est-à-dire contre la justice. Elle est bonne, quand elle tend à une vengeance légitime, c'est-à-dire lorsqu’on se livre à la colère quand il convient, contre qui il convient, et dans la mesure qui convient. Or ce passage peut s’entendre de l’une et de l’autre de ces colères.
1° Si on l’entend de la mauvaise, voici le sens: l’Apôtre ne commande pas, il permet, comme s’il disait : s’il arrive qu’un mouvement de colère s’élève, ce qui est humain, gardez-vous de pécher, c'est-à-dire ne vous laissez pas aller, par votre consentement, jusqu’à l’effet ; (1 Co X, 13) : "Qu’il ne vous arrive que des tentations qui tiennent à l’humanité" car assurément celui qui se met autrement en colère contre son frère, "méritera d’être condamné par le jugement." (Matth., V, 22). C’est sur cette espèce de colère que Joseph donnait à ses frères cet avertissement (Gén XLV, 24 : "Ne vous mettez pas en colère sur le chemin."
2° Si on l’explique de la bonne colère, il faut entendre qu’il n’y a plus permission seulement, comme tout à l’heure, mais que l’Apôtre dit impérativement : Mettez-vous en colère, à savoir contre vos péchés, car il y a aussi deux sortes de vengeance que l’homme peut chercher. L’une contre soi-même en sa qualité de pécheur, et dans ce sens la pénitence est une sorte de vengeance, que l’homme conçoit, et exécute contre lui-même. Cette colère est bonne, et c'est d’elle que l’Apôtre dit impérativement : Mettez-vous en colère, c'est-à-dire contre vos péchés, et gardez-vous de pécher à l’avenir et de commettre de semblables fautes, contre lesquelles il vous faudrait de nouveau vous irriter. Quelques-uns s’imaginent que l’on peut, en toute sécurité, se livrer à la colère contre soi-même pour ses propres péchés, mais non pas contre le prochain pour les siens : c'est une erreur. De même que l’on se met en colère contre soi-même pour ses propres fautes, ainsi peut-on s’y mettre contre le prochain pour ses péchés. Mettez-vous donc en colère contre les vices d’autrui, et faites-le avec zèle ; (Nombres., XXV, 11) : "Phinées a détourné ma colère de dessus les enfants d’Israël par ce qu’il a été animé de mon zèle contre eux." Ainsi encore Elie (III Rois, XIX, 10) : "Je brûle de zèle pour vous, Seigneur, Dieu des armées, parce que les enfants d’Israël ont abandonné votre alliance, etc." - Et gardez-vous de pécher, non pas en prévenant la raison, mais plutôt en la suivant ; (Jacques I, 19) : "Que chacun de vous soit prêt à écouter, mais lent à parler, lent à se mettre en colère, etc. "
II. L’Apôtre continue (verset 26) : Que le soleil ne se couche pas, etc. ; c'est l’explication de ce qu’il vient de dire. On peut entendre ces paroles de trois manières, suivant les trois explications précédentes. Si on a adopté celle de la mauvaise colère, le sens sera : Que le soleil, etc., c'est-à-dire ne persistez pas dans la colère que vous avez conçue, mais déposez-la avant que le soleil se couche, car bien que le premier mouvement soit excusable, à raison de notre fragilité, s’y arrêter n’est pas permis. Si l’on applique ces paroles à la bonne colère et contre ses propres fautes, voici alors le sens : Que le soleil, c'est-à-dire Jésus-Christ, (Malachie, IV, 2) : "Pour vous, qui avez la crainte de mon nom, se lèvera le soleil de justice, etc.", - ne se couche point sur votre colère, c'est-à-dire sur vos péchés, contre lesquels il faudrait de nouveau exciter cette colère, et vous punir vous-mêmes. Si on l’entend des péchés des autres, il faut dire : Que le soleil, à savoir de la raison (Eccli. XII, 1) : "Souvenez-vous de votre créateur dans les jours de votre jeunesse, avant que le temps de l’affliction soit arrivé, et que vous approchiez des années dont vous direz: ‘ce temps me déplait’, avant que le soleil s’obscurcisse pour vous, etc." – Que le soleil ne se couche pas sur votre colère, c'est-à-dire avant que s’assombrisse le langage de la raison (Job, V, 2) : "Certes, la colère fait mourir l’insensé"
III. A la suite (verset 26) : et ne donnez pas de lieu au diable. L’Apôtre donne ici la raison de la recommandation. Nous donnons lieu au diable par le péché, ou par notre consentement (Jean, XIII, 2) : "Le diable ayant déjà mis dans le coeur de Judas Iscariote de trahir Jésus, etc." ; et on lit plus loin (verset 27) : "dès que Judas eut pris le morceau, Satan entra en lui." Or les passions dont parle saint Paul poussent l’homme à donner son consentement, surtout quand elles pervertissent le jugement de la raison. C’est ce que fait particulièrement la colère, qui consiste dans l’inflammation du sang, en sorte que par la rapidité de son mouvement, le jugement de la raison se trouve prévenu. Aussi lorsque nous sommes ainsi troublés, le diable obtenant pouvoir sur nous, l’Apôtre ajoute (verset 26) : et ne donnez pas lieu au diable", en d’autres termes : Gardez-vous de persister dans la colère, parce que vous donnez ainsi gain de cause au diable, car il est tout entier colère ; (Psaume XVII, 48) : "Dieu qui me délivre de la fureur de mes ennemis." En effet, quand le diable entre dans l’homme, c'est avec la colère de la fureur ; (Apoc., XII, 12) : "Le diable est descendu en vous, plein de colère." Or il ne peut produire ces effets, dans l’âme du moins, tant que l’homme est juste, mais cette justice se perd par la colère, "car la colère de l’homme n’accomplit pas la justice de Dieu" est-il dit (Jacques I, 20). Si donc vous ne voulez pas donner accès au diable, au moins dans votre âme, que le soleil ne se couche pas sur votre colère ; (Ecclesiastique XI, 10) : "Bannissez la colère de votre cœur."
27. Que celui qui dérobait ne dérobe plus; mais qu'il s'occupe en travaillant de ses mains à quelqu'ouvrage bon pour avoir de quoi donner à ceux qui sont dans l’indigence
28, Que nul mauvais discours ne sorte de votre bouche, mais qu'il n'en sorte que de bons et de Propres à nourrir la foi, afin qu’ils inspirent la piété à ceux qui les écoutent.
I° Après avoir rejeté, dans ce qui précède, la vieillesse de l’homme sur le plan de ses deux facultés intellective et irascible, l’Apôtre la condamne ici dans l’appétit concupiscible qui provient des convoitises immodérées pour les choses. Sur quoi I. il condamne la vétusté de l'appétit concupiscible ; II. il exhorte à travailler à son renouvellement (verset 28) : Mais qu'il s'occupe lui-même en travaillant, etc.
I. A la vétusté de l’appétit concupiscible appartient le vol, qui provient du désir dépravé et désordonné des biens temporels. C'est pourquoi l’Apôtre dit (verset 27) : Que celui qui dérobait ne dérobe plus etc.; en d’autres termes : que celui qui avait la faculté concupiscible vieillie et corrompue par le désir dépravé des biens temporels ne dérobe plus à l’avenir, à savoir : s’il veut renouveler cette faculté ; car ainsi qu'il est dit (Ecclesiastique V, 17) : "Le voleur tombe dans la confusion", en raison de cette défense (Exod., XX, 15) : "Vous ne déroberez pas."
II. Et parce que quelqu’un pourrait se justifier en raison de sa pauvreté, l’Apôtre dit (verset 27) : Qu’il s’occupe plutôt en travaillant de ses propres mains, etc., comme saint Paul l’a pratiqué lui-même (Actes XX, 33) : "Je n’ai désiré recevoir de personne ni argent, ni or, ni vêtements ; et vous-même vous savez que ces mains que voici ont fourni à tout ce qui nous était nécessaire, à moi et à ceux qui étaient avec moi" ; et encore (II Thess, III, 7) : "Car vous savez vous-mêmes ce qu’il faut faire pour nous imiter, puisqu’il n’y a rien eu de déréglé dans la manière dont nous avons vécu parmi vous. Et nous n’avons mangé gratuitement le pain de personne, mais nous avons travaillé jour et nuit pour n’être à charge à aucun de vous, etc. " Remarquez que le travail des mains est ici demandé pour trois fins. D’abord pour acquérir ce qui est nécessaire à la vie ; (Genes., III, 19) : "Vous mangerez votre pain à la sueur de votre visage, etc." Celui-là donc qui n’a pas de quoi vivre licitement, est tenu de travailler se ses mains ; (2 Thess., III, 10) : "Celui qui ne veut pas travailler ne doit pas manger" ; en d’autres termes : De même que celui qui ne mange pas quand il a un impérieux besoin de nourriture, est répréhensible, ainsi en est-il s’il ne travaille pas. Le travail est donc ici demandé dans le but d’éloigner le vol. Il l’est en second lieu pour prévenir l’oisiveté, car "l’oisiveté a enseigné beaucoup de mal" (Ecclesiastique XXXIII, 29) ; ceux dont la vie serait oisive sont donc tenus de travailler de leurs mains (II Thess., III, 11) : "Nous apprenons qu’il y a parmi vous quelques gens inquiets qui ne travaillent pas, mais qui se mêlent de ce qui ne les regarde pas. Or, nous ordonnons à ces personnes, et nous les conjurons par le Seigneur Jésus-Christ, de manger leur pain en travaillant en silence." Enfin le travail sert quelque fois pour dompter et macérer la chair. C’est pour cette raison qu’on le range parmi les autres oeuvres qui sauvegardent la continence ; (2 Co VI, 5 ou XI, 27): "J’ai souffert les travaux, les fatigues, les veilles, etc." ; il y a donc une triple raison d’enjoindre le travail corporel, mais la première est seule de nécessité pour tous, et même de nécessité de précepte, car il y a d’autres moyens de prévenir l’oisiveté ; de même pour dompter et mortifier les passions de la chair : du moment qu’on atteint le but proposé, de quelque façon qu’on l’obtienne, cela suffit. Il est dit à la suite (verset 27) : ce qui est bon. Ce mot peut s’entendre de deux manières.A l’accusatif, et alors on construira ainsi : Qu’il s’occupe plutôt lui-même en faisant de ses propres mains, non pas quelque chose d’illicite, mais ce qui est bon ; (Galat., VI, 9) : "Ne nous lassons donc pas de faire le bien" ; (Isaïe, I, 16) : "Cessez de faire le mal, apprenez à faire le bien." Ou en prenant le nominatif : Qu’il s’occupe, etc.ce qui est bon, comme si c'était la raison pour laquelle on doit travailler ; et comme si l‘Apôtre voulait dire : Non seulement il est nécessaire de travailler, il est même bon de le faire, afin que celui qui travaille puisse vivre, et aussi (27) : pour avoir de quoi donner à celui qui est dans l’indigence ; (Ecclesiastique XXIX., 2) : "Prêtez à votre prochain au temps de sa nécessité, etc. "
II° Quand saint Paul dit ensuite (verset 28) : Que nul mauvais discours, etc., il en vient à ce qui appartient au vieil homme au point de vue du désordre qui touche les autres. Il fait ici deux choses : il condamne la vétusté, et engage au renouvellement ; en second lieu, il propose un exemple, (V, verset 1) : Soyez donc, etc. On peut mal se comporter vis-à-vis du prochain de deux manières : Premièrement, en le blessant par des paroles mauvaises ; secondement par des mauvais exemples. Saint Paul condamne d’abord les paroles mauvaises ; ensuite les exemples (verset 30) : et n’attristez pas, etc. La première partie se subdivise en deux : l’Apôtre condamne la vétusté ; puis il exhorte au renouvellement (verset 29) : Mais qu’il n’en sorte que de bons, etc.
I. Il dit donc (verset 28) : Que nul mauvais discours, etc. Le discours donne à entendre et exprime ce qui est dans l'âme, car les paroles sont les signes des passions qui s’y trouvent. Un discours est bon, lorsqu’il indique une bonne disposition intérieure ; il est mauvais, lorsqu’il en annonce une mauvaise. Or l’homme doit observer l’ordre, intérieurement, de trois manières, d’abord par rapport à lui-même, en soumettant toutes choses à la raison ; ensuite par rapport à Dieu, en lui soumettant sa raison elle-même ; enfin, par rapport au prochain, en l’aimant comme soi-même. Le discours est donc mauvais, lorsqu’il indique que l’homme, par rapport à lui-même, n’est pas selon l’ordre : tel est le discours empreint de fausseté, qui exprime une chose et en veut une autre ; ou encore le discours vain et inutile. Il est mauvais encore quand il montre l’homme en dehors de l’ordre, par rapport à Dieu : tel est le parjure, les blasphèmes, ou tout autre chose semblable. Il est mauvais enfin, quand il est contre le prochain comme l’injure, la tromperie ou l'équivoque. C’est, ce qui fait dire à saint Paul (verset 29) : Que nul mauvais discours ne sorte de votre bouche. Cette expression « tout », avec la négation, est l’équivalent de « nul » ; (Sagesse I, 11) : "Gardez-vous donc des murmures qui ne peuvent servir de rien, et ne souillez pas votre langue par la médisance, parce que la parole la plus secrète ne sera pas impunie". Car assurément il n’y a pas pour Dieu "de pensées secrètes, et rien ne se dérobe à lui" ainsi qu’il est dit (Eccli, XLII, 20). "Mais maintenant quittez aussi vous-mêmes tous ces péchés, la colère, l’animosité, la méchanceté, le blasphème ; que les paroles déshonnêtes soient bannies de votre bouche" (Coloss. III, 8).
II. Dans ce qui suit (verset 28) : mais qu’il n’en sorte que de bons, etc., l’Apôtre engage au renouvellement spirituel ; car la bonne parole doit être dite en temps et lieu ; (Proverbes XV, 23) : "Ce qu’on doit estimer, est la parole dite à propos." "Si quelqu’un parle, que ce soient comme des paroles de Dieu" (Pierre, IV, 11). Et pourquoi ? Saint Paul ajoute (verset 28) : afin de nourrir la foi, c'est-à-dire pour fortifier cette foi dans le cœur des faibles ; (1 Co XIV, 26) : "Que tout se fasse pour l’édification" ; et cela (verset 28) : afin qu’ils inspirent la piété à ceux qui les écoutent", à savoir si cette bonne parole est approuvée, ou ce discours opportun. Souvent, en effet, par une bonne parole, et la bonne impression qu’elle produit quand on l’écoute, on est touché et préparé pour recevoir la grâce ; (Actes X, 44) : "Pierre parlait encore, lorsque le Saint-Esprit descendit sur tous ceux qui écoutaient sa parole." Ainsi parlait le Sauveur, dont il est dit (Luc, IV, 22) : "Ils étaient dans l’étonnement des paroles pleines de grâce qui sortaient de sa bouche" ; (Ecclesiastique X, 12) : "Les paroles qui sortent de la bouche du sage sont pleines de grâce."