13. Mais le Christ nous a rachetés de la malédiction de la Loi, s’étant rendu lui-même malédiction pour nous, selon ce qu’il est écrit : maudit est celui qui est pendu au bois;
14. Afin que la malédiction donnée à Abraham fut communiquée à toutes les nations dans le Christ, et qu’ainsi nous reçussions par la foi le Saint Esprit qui avait été promis.
Après avoir établi le dommage qui résultait de la Loi, et l’imperfection de cette Loi, impuissante à réparer ce dommage, l’Apôtre fait voir ensuite quelle est la vertu de Jésus-Christ qui nous délivre de ce dommage. A cet effet il montre d’abord comment Jésus-Christ nous délivre du dommage causé par la Loi; ensuite comment nous recevons encore de lui un secours pour assurer notre délivrance (verset 14) : afin que [la bénédiction donnée à Abraham fût communiquée] à toutes les nations, etc. Sur le premier de ces points, Saint Paul établit, I° la puissance de la délivrance; II° son mode (verset 15) : Il s’est rendu lui-même, etc. ; III° il apporte le témoignage d’un prophète (verset 15) : parce qu’il est écrit, etc.
I° Il dit donc pour commencer : Tous ceux qui pratiquaient les oeuvres de la Loi, étaient sous la malédiction, comme il a été expliqué, et ne pouvaient pas être délivrés par la Loi. Un libérateur nous était donc nécessaire, et ce libérateur fut Jésus-Christ. Voilà pourquoi il dit (verset 13) : Jésus-Christ nous a rachetés de la malédiction de la Loi, etc. ; (Rom., VIII, 3) : « Ce qu’il était impossible que la Loi fît, etc. », Dieu ayant envoyé son propre Fils, c’est-à-dire Jésus-Christ, etc…; il nous a rachetés, dis-je, nous, c’est-à-dire, les Juifs, par son sang précieux ; (Apoc., V, 9) : « Par votre sang, vous nous avez rachetés pour Dieu, etc. »; (Isaïe, XLIII, 1) : « Ne craignez pas, parce que je vous ai rachetés, etc. » - de la malédiction de la Loi, c’est-à-dire de la faute et de la peine (ci-après, IV, 5) : pour racheter ceux qui étaient sous la Loi » ; (Osée, XIII, 14) : « Je les délivrerai de la puissance de la mort. »
II° L’Apôtre expose ensuite le mode de la délivrance, quand il dit (verset 15) : Il s’est rendu lui-même malédiction pour nous. Remarquez encore qu’il y a malédiction, là où l’on dit qu’il y a mal : or comme il y a double mal, il peut aussi y avoir double malédiction, à savoir, celle de la faute et celle de la peine. L’on peut donc entendre de deux manières, c’est-à-dire de l’une et de l’autre malédiction, ce qui est dit ici (verset 15) : S’étant rendu lui-même malédiction pour nous. Et d’abord du mal de la faute, Jésus-Christ nous a rachetés de ce mal. Ainsi, de même qu’en mourant il nous a rachetés de la mort, il nous a aussi rachetés de la malédiction de la faute, en se rendant malédiction de la faute, non pas qu’il y eût en lui quelque péché, « lui qui n’en commit jamais, et de la bouche duquel nulle parole trompeuse, etc. » comme il est dit (I Pierre, II, 22), mais d’après l’opinion des hommes, et principalement des Juifs qui le regardaient comme un pécheur ; (Jean, XVIII, 50) : « Si ce n’était pas un malfaiteur, nous ne vous l’aurions pas livré entre tes mains. » C’est pour cela qu’il est dit (II Corinth., V, 21) : « Pour l’amour de nous, il a traité celui qui ne connaissait pas le péché, comme s’il eût été le péché même. » L’Apôtre dit : malédiction, et non pas maudit; pour faire voir que les Juifs le regardaient comme un grand scélérat. C’est de là qu’il est dit, en saint Jean (IX, 16) : « Cet homme n’est pas de Dieu, etc. » et (Jean, X, 33) : « Ce n’est pas pour aucune bonne oeuvre que nous vous lapidons, mais c’est à cause de votre blasphème, et de votre péché. » C’est ce qui fait dire à Saint Paul (verset 15) : s’étant rendu lui-même malédiction pour nous, d’une manière abstraite; en d’autres termes : il est devenu la malédiction même. En second lieu on explique ce passage du mal de peine. En effet, Jésus-Christ nous a délivrés du châtiment en supportant celui que nous méritions, et la mort que nous avions encourue par la malédiction même portée contre le péché. Jésus-Christ donc, ayant pris sur lui cette malédiction portée contre le péché, en mourant pour nous, on dit qu’il s’est rendu malédiction pour nous. On lit quelque chose de semblable dans l’Epître aux Romains (VIII, 3) : « Dieu a envoyé son propre Fils, revêtu d’une chair semblable à celle qui est sujette au péché, » c’est-à-dire mortelle ; [(II Corinth., V, 21)] : « Celui qui ne connaissait pas le péché, » à savoir Jésus Christ qui n’a pas commis le péché; Dieu, c’est-à-dire le Père « l’a traité comme s’il eût été le péché, » c’est-à-dire lui a fait porter le châtiment du péché, à savoir quand il s’est offert pour nos péchés.
III° L’Apôtre cite ensuite l’autorité de l’Ecriture, lorsqu’il dit (verset 13) : Maudit est celui qui est pendu au bois, etc., paroles tirées du Deutéronome (XXI, 23). Observez, comme l’a remarqué la Glose, que dans le Deutéronome, d’où ce passage est tiré, soit dans nos livres, soit dans ceux des Hébreux, on lit : « Maudit soit de Dieu celui, etc.. », et que ces mots : « de Dieu, » ne se trouvent pas dans les anciens exemplaires des Hébreux, ce qui fait penser qu’ils auront été interposés par les Juifs après la mort de Jésus-Christ, comme un opprobre pour lui. Or ce passage peut être interprété du mal de faute et du mal de peine. Du premier, de cette manière : « Maudit est celui qui est pendu au bois, » non parce qu’il est suspendu au bois, mais à cause de la faute qui l’y a fait suspendre. Selon cette explication, Jésus-Christ est regardé comme maudit, lui qui a été suspendu à la croix, surtout parce qu’il a subi un pareil châtiment. Interprété dans ce sens, ce passage se rattache à ce qui précède. Car le Seigneur a prescrit dans le Deutéronome que celui qui aura été suspendu soit descend vers le soir; et la raison en est que ce genre de supplice est plus que tous les autres pleins d’ignominie et d’abjection. L’Apôtre dit donc : Il s’est rendu pour nous malédiction, parce que la mort de la croix qu’il a subie, suffit pour le faire maudire. Toutefois en expliquant de cette manière ce passage du mal de faute, l’Apôtre l’explique selon la manière de penser des Juifs, car il est écrit : Maudit soit celui, etc. » En second lieu, on l’explique ainsi du mal de peine : Maudit soit celui qui, etc., parce que le châtiment même est une malédiction, c’est-à-dire : mourir ainsi est une malédiction. Et en adoptant cette manière d’expliquer, Jésus-Christ est véritablement maudit de Dieu, puisque Dieu a arrêté qu’il subirait ce genre de supplice afin de nous délivrer.
IV° Quand l’Apôtre ajoute (verset 14) : Afin que la bénédiction fût communiquée à toutes les nations, etc. il expose l’espérance que nous acquérons par Jésus-Christ, en ce que par lui nous sommes délivrés de la malédiction, ainsi qu’il est dit (Rom., V, 16) : « Il n’en est pas de la grâce comme du péché » ; tout au contraire, à savoir parce qu’il nous délivre du péché, et nous donne la grâce.
I. L’Apôtre exprime donc d’abord le fruit de la bénédiction, et à qui il est accordé, en disant (verset 14) : afin que la bénédiction donnée à Abraham fût communiquée à toutes les nations, etc. ; en d’autres termes : Il a été fait pour nous malédiction, non seulement afin de détourner la malédiction, mais encore pour que la bénédiction promise à Abraham fût communiquée aux nations qui n’étaient pas sous la malédiction de la Loi ; (Genèse XXII, 18) : « Et toutes les nations de la terre seront bénies dans celui qui sortira de vous, etc. » Or cette bénédiction nous a été donnée, c’est-à-dire a été accomplie, par Jésus-Christ qui est de la race d’Abraham, à qui ont été faites les promesses (verset 16) et à sa race, qui est Jésus-Christ, ainsi qu’il sera dit plus loin. Cette bénédiction et cet effet consistent (verset 14) : en ce que nous recevions par la foi le Saint Esprit qui a été promis, c’est-à-dire les promesses que le Saint Esprit fait entendre en nous, à savoir les promesses de la vie éternelle, lui qui, comme si nous en étaient donnés l’arrhe et le gage, nous la promet ; (Ephés., I, 14) et (II Corinth., VI, 16). Et même ce gage nous est donné pour que nous ayons l’assurance de la promesse. Car le gage, c’est la promesse assurée d’une chose que l’on doit obtenir ; (Rom., VIII, I5) : « Car vous n’avez pas reçu l’esprit de servitude, etc. » et (Rom., VIII, 47) : « Si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers. » Ou encore (verset 14) : pour que nous recevions la promesse de l’Esprit, c’est-à-dire le Saint Esprit; en d’autres termes, afin que nous recevions la promesse de l’Esprit Saint lui-même annoncé à la race d’Abraham ; (Joël, II, 28) : « Je répandrai mon esprit sur toute chair, etc. », car par le Saint Esprit nous sommes unis à Jésus-Christ, nous devenons la race d’Abraham et dignes de la bénédiction.
II. L’Apôtre montre par quel moyen ce fruit arrive jusqu’à nous, en disant (verset 14) : par la foi, par laquelle nous acquérons réellement l’héritage éternel ; (Hébr., XI, 6) : « Pour s’approcher de Dieu, il faut d’abord croire qu’il y a un Dieu, et qu’il récompense ceux qui le cherchent. » Par la foi nous obtenons aussi le Saint Esprit, parce que, comme il est dit (Actes, V,32) : « Dieu donne le Saint Esprit à tous ceux qui lui obéissent, » à savoir par la foi.
15. Mes frères, je me servirai de l’exemple d’une chose humaine : Lorsqu’un homme a fait un testament en bonne forme, nul ne peut ni le casser, ni y ajouter.
16. Or, les promesses de Dieu ont été faites à Abraham et à sa race. L’Ecriture ne dit pas : « A ceux de sa race, » comme si elle en eût voulu marquer plusieurs; mais « à sa race, » c’est-à-dire à l’un de sa race, qui est le Christ.
17. Ce que je veux donc dire est, que Dieu ayant fait une alliance, et l’ayant confirmée, la Loi qui n’a été donnée que quatre cent trente ans après, n’a pu la rendre nulle, ni anéantir la promesse.
18. Car si c’est par la Loi que l’héritage nous est donné, ce n’est donc plus par la promesse. Cependant c’est par la promesse que Dieu l’a donné à Abraham.
Après avoir prouvé par voie d’autorité que la Loi ne justifie pas, et qu’elle n’est pas nécessaire à la justification qui se fait par la foi, Saint Paul, ensuite, démontre la même chose par le raisonnement humain. A cet effet, I° il rappelle une coutume en usage parmi les hommes; II° il invoque la promesse divine; (verset 16) : Les promesses ont été faites à Abraham, etc. ; III° il déduit sa conclusion (verset 17) : Ce que je veux dire, etc. ; IV° il fait voir que cette conclusion ressort des prémisses (verset 18) : Car si c’est par la Loi, etc.
I° L’Apôtre dit donc : Je vous ai parlé d’abord, sans ambiguïté, d’après l’autorité de la sainte Ecriture, qui ne nous a pas été apportée par la volonté des hommes, mais par l’inspiration du Saint Esprit, comme il est dit (II Pierre, I, 21), maintenant je vais le faire à la manière des hommes et selon la manière dont se comportent la raison humaine et sa coutume. Dans ce que fait là Saint Paul, nous avons une preuve que dans la discussion des choses qui appartiennent à la foi, on peut faire usage de toutes les vérités, à quelqu’ordre des sciences qu’ elles appartiennent ; (Deutér., XXI, 11 et 12) : « Si parmi les prisonniers de guerre, vous voyez une femme qui soit belle, et que vous conceviez de l’affection pour elle, et que vous vouliez l’épouser, vous la ferez entrer dans votre maison, » c’est-à-dire : si la sagesse et la science du siècle vous agréent, vous l’introduirez dans le champ où vous agissez ; « elle se rasera les cheveux, etc. » c’est-à-dire elle retranchera tout ce qu’elle a d’erroné. Voilà pourquoi l’Apôtre se sert, dans un grand nombre d’endroits de ses Epîtres, de passages empruntés aux Gentils, comme celui-ci (I Corinth., XV, 33) : « [Les mauvais entretiens] corrompent les bonnes mœurs, etc. », et cet autre (Tite, I, 12) : « Les Crétois sont de méchantes bêtes, etc. » Ou encore : bien que de tels raisonnements soient vains et dépourvus de force, parce que comme il est dit (Ps., XCIII, 11) : « Le Seigneur connaît les pensées des hommes, il sait qu’elles sont vaines, » toutefois, personne ne méprise le testament valide d’un homme, ou n’y ajoute, parce que rien d’humain n’a autant de solidité parmi les hommes, que leurs dernières volontés. Or ce serait une marque de mépris à l’égard de ces volontés que de dire que le testament d’un homme, confirmé par des témoins et par la mort du testateur, n’est pas valide. Si donc personne ne méprise un tel acte de dernière volonté, et n’ose dire qu’on ne doit pas l’exécuter, ni faire voir qu’il en fait peu de cas en y introduisant quel que modification, a plus forte raison est-il défendu à qui que ce soit de mépriser le Testament de Dieu, ou d’y rien changer, en l’altérant par des additions ou des retranchements ; (Apoc., XXII, 18) : « Si quelqu’un ajoute quelque chose à ce livre, Dieu le frappera des plaies qui y sont écrites; et si quelqu’un retranche quelque chose du livre qui contient cette prophétie, Dieu l’effacera du livre de vie, etc. » ; (Deutéron., IV, 2) : « Vous n’ajouterez ni n’ôterez rien aux paroles que je vous dis, etc. »
II° Quand Saint Paul ajoute (verset 16) : Or les promesses ont été faites à Abraham, etc., il rappelle les promesses divines faites à Abraham, lesquelles sont comme le Testament de Dieu. Et d’abord il expose cette promesse ou ce testament; ensuite il en fait voir le véritable sens (verset 16) : Dieu ne dit pas : « ceux de sa race ».
I. L’Apôtre dit donc : Or les promesses ont été faites à Abraham; en d’autres termes : de même que le testament d’un homme est quelque chose d’assuré, ainsi sont certaines les promesses divines. Mais Dieu a-t-il fait quelque promesse avant la Loi ? Assurément, puisque c’est à Abraham, qui vivait avant la Loi, ce que Dieu n’ignorait pas, que les promesses ont été prononcées, c’est-à-dire ont été faites, et à sa race, par Dieu lui-même. Faites, disons-nous, à Abraham, comme celui en faveur de qui elles devaient être accomplies, et à sa race, par qui elles devaient l’être. Saint Paul se sert de l’expression « promesses », au pluriel, parce que la promesse de bénir sa race impliquait plusieurs bienfaits. Ou encore, parce que la même bénédiction, c’est-à-dire la béatitude éternelle, lui a été fréquemment promise, par exemple (Genès., XII, 3) : « Toutes les nations de la terre seront bénies en vous » ; (Genèse XV, 5) : « Levez les yeux au ciel et comptez les étoiles, etc. » ; et « Je donnerai ce pays à votre race » ; et (Genèse XXII, 17) : « Je vous bénirai, et je multiplierai votre race, comme les étoiles du ciel. » Ces promesses donc sont comme le testament de Dieu, parce qu’elles sont en quelque sorte la disposition de l’héritage à donner à Abraham et à sa race.
II. Saint Paul explique le sens véritable du Testament, en disant (verset 16) : Dieu ne dit pas : ceux de sa race, etc., et il suit, dans cette explication, le même esprit par lequel a été fait le Testament lui-même. Ceci est évident, par les termes mêmes du Testament (verset 16) : Il ne dit pas, continue-t-il, à ceux de sa race, comme s’il eût voulu en marquer plusieurs, c’est-à-dire comme il ferait si cette disposition devait profiter à plusieurs, (verset 16) mais comme pour en désigner un seul, qui est Jésus-Christ, parce que c’est Jésus-Christ seul par qui et en qui tous pourront être bénis. Il est, en effet, le seul et l’unique, qui ne soit pas soumis à la malédiction de la faute, bien que pour nous il ait daigné se rendre lui-même malédiction. C’est de là qu’il est dit par le Psalmiste (CXL, 10) : « Pour moi je suis seul, etc. » ; (Ps., XIII, 5) : « Il n’y en a pas qui fasse le bien, etc. »; (Ecclésiastique VII, 29) : « Entre mille hommes, j’en ai trouvé un seul, à savoir Jésus-Christ qui fût sans péché, mais de toutes les femmes, je n’en ai pas trouvé une seule, qui fût entièrement exempte de péché, au moins originel, ou véniel.
III° Lorsque l’Apôtre dit (verset 17) : Ce que je veux dire, c’est que Dieu ayant fait une alliance, etc., il déduit sa conclusion. Voyons donc par ordre ce qu’il veut dire. Il dit : Voilà donc ce que Dieu a promis à Abraham; or cette promesse est une alliance, c’est-à-dire une promesse d’obtenir l’héritage ; (Jérémie, XXXI, 31) : « Je ferai ma nouvelle alliance avec la maison d’Israël et la maison de Judas. »
Confirmée, ce que l’Apôtre ajoute afin de s’accorder avec ce qu’il a dit auparavant ; car il avait dit : Le testament d’un homme confirmé, etc. – Confirmé par Dieu, c’est-à-dire par celui qui a promis, et confirmé, je le répète, par serment ; (Genèse XXII, 16) : « Je jure par moi-même, etc. »; (Hébr., VI, 18) : « Afin qu’étant appuyée sur deux choses inébranlables, par lesquelles il est impossible que Dieu nous trompe, etc. » Cette alliance, dis-je (verset 17) ne peut être rendue nulle par la Loi, qui a été faite par Dieu et donnée par le ministère de Moïse ; (Jean, I, 17) : « La Loi a été donnée par Moïse, etc. » ; (verset 17) : que quatre cent trente ans après, etc. Et expliquant en quelque sorte ce qu’il vient de dire, Saint Paul ajoute (verset 17) : ne peut être rendue nulle, pour anéantir la promesse. Elle deviendrait, en effet, nulle, cette alliance dont nous parlons, si la promesse faite à Abraham était anéantie, c’est-à-dire si elle avait été faite en vain, dans ce sens que la race promise à Abraham ne suffirait pas pour communiquer la bénédiction promise aux nations. Or les promesses faites aux Patriarches n’ont pas été anéanties par Jésus-Christ; elles ont été confirmées en lui ; (Rom., XV, 8) : « Je déclare que Jésus-Christ a été le ministre, à l’égard des circoncis, [afin que Dieu fût reconnu véritable] par l’accomplissement des promesses qu’il avait faites à leurs pères » et (II Corinth., I, 20) : « C’est en lui que toutes les promesses de Dieu ont leur vérité, etc. » Ce qui est dit ici (verset 17) : quatre cent trente ans après, s’accorde avec ce qu’on lit dans l’Exode (XII, 40) : « Le temps que les enfants d’Israël avaient demeuré dans l’Egypte fut de quatre cent trente ans » ; et aux Actes (VII, 6) : « Dieu lui prédit aussi, » c’est-à-dire à Abraham, « que sa postérité demeurerait dans une terre étrangère, et qu’elle y serait tenue en servitude et fort maltraitée, jusqu’au terme de quatre cent trente ans. »
Mais on objecte ce qui est dit dans la Genèse (XV, 13) : « Sachez dès maintenant que votre postérité demeurera dans une terre étrangère; qu’elle y sera réduite en servitude, et de maux pendant quatre cents ans. »
Il faut répondre que si la supputation des années se fait à partir de la première promesse faite à Abraham, telle qu’on la lit au ch. XII, 3 de la Genèse, jusqu’à l’époque de la sortie des enfants d’Israël de la terre d’Egypte, quand fut donnée la Loi, on trouve le nombre de quatre cent trente ans comme on le lit ici, en Exode XII, 37 et en Actes VII, 36. Mais si la supputation se fait à partir de la naissance d’Isaac, qui est rapportée au ch. XXI, 2 de la Genèse, on ne trouve plus que quatre cent cinq ans, car il s’écoula vingt années, depuis la promesse faite à Abraham jusqu’à la naissance d’Isaac. Abraham, en effet, avait soixante-quinze ans, lorsqu’il sortit de son pays et que la promesse lui fut faite pour la première fois, ainsi qu’il est rapporté (Genèse, XII, 5); or, il était centenaire, quand naquit Isaac, ainsi qu’il est rapporté (Gen, XXI, 5); qu’ensuite de la naissance d’Isaac jusqu’à la sortie des enfants d’Israël et de la terre d’Egypte, il se soit écoulé quatre cent cinquante ans, nous en avons la preuve en ce qu’Isaac avait soixante ans quand il engendra Jacob, comme il est dit, au chap. XXV, 26 de la Genèse. Or Jacob était âgé de cent trente ans lorsqu’il vint habiter en Egypte comme on le voit au chap. XLVII, 9 de la Genèse. Ainsi de la naissance d’Isaac à l’entrée de Jacob en Egypte il s’écoula cent quatre-vingt-dix ans. Joseph avait trente ans, quand il parut devant Pharaon, comme il est rapporté dans la Genèse ch. XLI, 16; vinrent ensuite les sept années de fertilité, et deux de stérilité, jusqu’à l’entrée de Jacob en Egypte, ainsi qu’il est dit au ch. XLV, 6, Joseph vécut cent dix ans, comme le dit le dernier chapitre de la Genèse (L, 22). Si l’on retranche trente-neuf ans de ces cent dix, il reste soixante et onze ans. Il s’écoula donc de la naissance d’Isaac jusqu’à la mort de Joseph deux cent soixante et un ans. Les enfants d’Israël demeurèrent en Egypte après la mort de Joseph cent quarante quatre ans, Raban le dit dans la Glose. Il y eut donc depuis la naissance d’Isaac jusqu’à la sortie des enfants d’Israël de la terre d’Egypte et la promulgation de la Loi quatre cent cinq ans. Mais [au ch. XVII, 24 de la Genèse], l’Ecriture n’indique pas l’époque avec une précision minutieuse. L’on peut dire encore qu’Isaac avait déjà cinq ans, quand Ismaël fut chassé et qu’Isaac demeura seul héritier d’Abraham, et que depuis ce moment il s’écoula quatre cent ans.
IV° Quand l’Apôtre dit ensuite (verset 18) : Car si c’est par la Loi que vient, etc., il fait voir que des prémisses qu’il a posées il s’en suit cette conclusion que la Loi anéantirait les promesses, si cette Loi était nécessaire à la justification ou à la bénédiction des nations. Il dit donc : en vérité la promesse serait anéantie, si la Loi était nécessaire, (verset 18) : car si l’héritage, à savoir de la bénédiction promise à Abraham, nous était donné par la Loi, ce ne serait donc plus en vertu de la promesse, c’est-à-dire par la race promise à Abraham. Si, en effet, la race promise était suffisante pour obtenir l’héritage de la bénédiction, la justification ne se ferait plus dès lors par la Loi; or l’Apôtre détruit le conséquent, en disant (verset 18) : Mais c’est par la promesse que Dieu a donné, etc., c’est-à-dire : il a promis qu’il le donnerait, ce qui était aussi certain que s’il l’eût donné aussitôt en exécutant sa promesse, c’est-à-dire en donnant la race promise. L’héritage, en d’autres termes la bénédiction, dont il est dit en saint Pierre, III, 9) : « Vous avez été appelés à recevoir, comme héritier, la bénédiction, » - ne vient donc pas par la Loi.
19. Pourquoi donc la Loi ? Elle a été établie pour faire connaître les transgressions, jusqu’à l’avènement de ce Fils que la promesse regardait : et cette Loi a été donnée au moyen des Anges par la main d’un médiateur.
20. Or un médiateur n’est pas d’un seul; mais Dieu est seul.
Après avoir établi, et par l’autorité de l’Ecriture et par la coutume usitée parmi les hommes, que la Loi n’a pu justifier, l’Apôtre soulève ici deux difficultés, et en donne la solution. La seconde difficulté commence à ces mots (verset 21) : La Loi est-elle donc contraire aux promesses de Dieu, etc. ? Sur le premier de ces points, d’abord il propose la difficulté ensuite il la résout (verset 19) : contre les transgressions, enfin il développe un point contenu dans la solution (verset 20) : Or un médiateur n’est pas d’un seul, etc.
1° La difficulté que l’on peut soulever d’après ce qui a été dit est celle-ci : si la Loi ne pouvait justifier, serait-elle donc complètement inutile ? L’Apôtre propose cette difficulté, et disant (verset 19) : Pourquoi dont la Loi, etc. existe-t-elle ? c’est-à-dire à quoi a-t-elle été utile ? Cette ponctuation, remarque la Glose, est approuvée par saint Augustin, plutôt qu’une autre, qui d’abord lui paraissait meilleure, et d’après laquelle on lisait ainsi : Quoi donc ? et ensuite : la Loi a été imposée pour les transgressions. On trouve une tournure de phrase qui prête, comme celle-ci, au doute (Rom., III, 1) : « Quel est donc l’avantage des Juifs, etc. ? »
II° Quand l’Apôtre ajoute (verset 19) : à cause des transgressions, il donne la solution de la difficulté signalée. A cet effet, I. il établit l’utilité de la Loi ; II. Ses fruits (verset 19) : jusqu’à l’avènement de ce fils d’Abraham ; III. quels en les ministres (verset 19) : Elle a été donnée par le ministère des anges ; IV. enfin, quel était le maître de la Loi (verset 19) : dans la main du médiateur.
I. Sur le premier de ces points, il faut remarquer que l’ancienne Loi a été donnée pour quatre motifs, qui correspondent à autant de conséquences du péché, énumérées par Bède, à savoir : la malice, la faiblesse, la convoitise et l’ignorance.
1° La Loi a donc été donnée d’abord pour réprimer la malice, c’est-à-dire que par la prohibition du péché, par les peines qu’elle prononçait elle en détournait les hommes : l’Apôtre indique ce motif en disant (verset 19) : C’est à cause des transgressions que la Loi a été donnée, c’est-à-dire afin de réprimer ces transgressions. A ce sujet il est dit (I Tite, I, 9) : « Nous reconnaissons que la Loi n’est pas pour les justes, mais pour les méchants », paroles dont on peut trouver la raison dans le Philosophe (IV Ethique). C’est qu’en effet l’homme bien disposé est porté de lui-même à faire le bien; il suffit pour lui d’un avertissement paternel, en sorte qu’il n’a pas besoin de la loi, ainsi qu’il est dit (Rom., II, 14) : « Ceux qui sont tels, se tiennent à eux-mêmes lieu de loi; et ils font voir que ce qui est prescrit par la loi, est écrit dans leur coeur. » Au contraire ceux qui sont mal disposés, ont besoin d’être détournés du péché par les châtiments, et par conséquent quant à ceux-ci, il fut nécessaire d’établir une loi qui eût la puissance coercitive.
2° En second lieu, la Loi a été donnée pour faire sentir la faiblesse. Les hommes, en effet, présumaient d’eux-mêmes sur deux points. D’abord de leur savoir et ensuite de leur pouvoir; or voilà pourquoi Dieu a laissé les hommes sans l’enseignement de la Loi, au temps de la loi de nature, pendant lequel ils tombèrent dans de telles erreurs, que leur orgueil fut convaincu de l’impuissance de leur savoir ; mais il restait encore la présomption de leur pouvoir. Car ils disaient : « nous sommes là pour tout accomplir, il n’est personne pour commander », comme il est rapporté dans la Glose sur ce passage de l’Exode (XXIV, 7) : « Nous ferons tout ce que le Seigneur a dit, et nous lui serons obéissants. » La Loi donc a été portée pour donner la connaissance du péché, car (Rom., III, 20) : « c’est par elle que la connaissance du péché est venue. » Toutefois cette Loi ne donnait pas le secours de la grâce pour éviter le péché, afin que l’homme, placé ainsi sous la Loi, fasse à la fois l’expérience de ses forces et l’aveu de son infirmité, en sentant qu’il ne pouvait sans la grâce éviter le péché, et qu’ainsi il se portât avec plus d’avidité à la rechercher. On peut aussi déduire de ce passage un autre motif et dire que la Loi a été portée pour montrer jusqu’où pouvaient aller les transgresseurs, en se servant d’une manière de s’exprimer analogue à ce que dit l’Apôtre aux Romains (V, 20) : « La loi est survenue, pour donner lieu à l’abondance du péché. » Ce qu’il faut entendre toutefois non de la causalité, mais de la conséquence, car à l’introduction de la Loi, le péché a surabondé, et la transgression s’est multipliée, par le fait de la convoitise, qui, n’étant pas encore guérie par la grâce, s’est enflammée davantage pour ce qui est défendu, en sorte que le péché s’est encore aggravé par la violation de la loi écrite. Or Dieu permettait qu’il en fût ainsi, afin que l’homme connaissant son imperfection, eût recours à la grâce du Médiateur, c’est pourquoi l’Apôtre dit en termes exprès (verset 19) : La Loi a été établie, et comme placée, dans un ordre déterminé, entre la loi de la nature et la loi de grâce.
3° La Loi a été donnée pour mettre un frein à la convoitise d’un peuple porté à la licence, afin que fatigué par ces diverses cérémonies, il ne se laissât emporter ni à l’idolâtrie ni à ses désirs déréglés. C’est ce qui fait dire à saint Pierre (Act., XV, 10) : « C’est un joug que ni nos pères ni nous, etc. »
4° Enfin, la Loi a été donnée pour remédier à l’ignorance, en figurant la grâce qui devait être donnée; suivant ce passage de l’épître aux Hébreux (X, 1) : « La Loi n’ayant qu’une ombre des biens à venir, etc.
II. Quand l’Apôtre dit (verset 19) : jusqu’à l’avènement de ce Fils, etc., il veut dire : Jésus-Christ, dans la personne duquel Dieu avait promis que toutes les nations seraient bénies ; (Matth., XI, 13) : « Tous les prophètes et la Loi même, jusqu’à Jean, etc. » ; (Genèse XII, 3) : « Dans votre race, etc. »
III. L’Apôtre indique ensuite les ministres de la Loi, en ajoutant (verset 19) : disposée c’est-à-dire donnée par ordre, par les anges, c’est-à-dire par les envoyés de Dieu, à savoir Moïse et Aaron ; (Malachie, II, 7) : « C’est de sa bouche que l’on recherchera la Loi, etc. », parce qu’il est l’ange du Seigneur des armées, etc. Ou encore : par les anges, c’est-à-dire par le ministère des Anges (Act., VII, 35) : « Vous qui avez reçu la Loi par le ministère des anges, etc. » Elle a été donnée par les anges, parce qu’elle ne devait pas l’être par le Fils, qui est plus grand ; (Hébr., II, 2) : « Car si la Loi qui a été annoncée par les Anges, est demeurée ferme, etc. » L’Apôtre dit (verset 19) : disposée, parce que la Loi a été donnée, comme l’ordre l’exigeait, c’est-à-dire entre le temps de la loi naturelle, par laquelle les hommes ont été convaincus qu’ils ne pouvaient s’aider eux-mêmes, et le temps de la grâce. Il fallait, en effet, qu’avant de recevoir la grâce, ils fussent convaincus par la Loi.
IV. Jésus-Christ est appelé le Maître de la Loi; et voilà pourquoi l’Apôtre dit (verset 19) : et par l’entremise d’un médiateur, c’est-à-dire sous la puissance de Jésus-Christ ; (Deutér., XXXIII, 2) : « il portait en sa main droite une loi de feu » ; (I Timoth., II, 5) : « Il n’y a qu’un médiateur entre Dieu et les hommes, etc. » Ce médiateur a été figuré par Moïse, dans la main duquel la Loi a été placée ; (Deutéron., V, 5) : « Je fus dans le temps l’entremetteur et le médiateur entre le Seigneur et vous, etc. »
III° Quand l’Apôtre ajoute (verset 20) : Or un médiateur, etc., il explique ce qu’il vient de dire (verset 19) : par l’entremise d’un médiateur; ce qui peut s’entendre de trois manières. D’abord, parce que le médiateur n’est pas d’un seul, mais bien entre deux parties. Jésus-Christ donc, étant médiateur entre Dieu et l’homme, il est par conséquent Dieu et homme. Si, en effet, il était ou seulement homme, on seulement Dieu, il ne serait pas véritablement médiateur. Mais s’il est vrai Dieu, nul médiateur n’étant tel par rapport à soi-même, quelqu’un pouvait s’imaginer qu’il existerait, en dehors de lui, d’autres Dieux dont il serait le médiateur. L’Apôtre prévient donc cette interprétation, en disant que bien qu’il soit médiateur, et qu’il n’y ait pas de médiateur d’un seul, toutefois il n’y a pas pour cela d’autres Dieux, mais (verset 20) il n’y a qu’un seul Dieu, parce que, bien que Jésus-Christ soit distinct quant à la personne de Dieu le Père, il n’en diffère pas quant à la nature ; (Deutéron., VI, 4) : « Ecoutez, ô Israël le Seigneur notre Dieu, etc. » et (Ephés., IV, 6) : « Il n’y a qu’un Dieu, etc. » On peut encore expliquer ainsi ce passage : On pouvait croire que Jésus-Christ était le médiateur des Juifs seulement; c’est ce qui fait dire à Saint Paul : Je dis que Jésus-Christ est médiateur, toutefois il ne l’est pas d’un seul, c’est-à-dire des Juifs, mais il est le médiateur unique de tous; c’est-à-dire : il suffit pour réconcilier tous les hommes à Dieu; parce que lui-même est Dieu ; (Rom., III, 30) : « Il n’y a qu’un seul Dieu, qui justifie par la foi les circoncis, et par la foi encore les incirconcis, etc. » ; et (II Corinth., V, 19) : « Dieu était en Jésus-Christ se réconciliant le monde, etc. » Enfin on peut l’entendre d’une troisième manière, à savoir qu’il n’est pas le médiateur d’un peuple seulement, c’est-à-dire du peuple Juif, mais qu’il l’est aussi de la Gentilité ; (Ephés., II, 14) : « C’est lui qui est notre paix, qui des deux peuples n’en a fait qu’un » Et cela, du côté des Gentils, en détruisant l’idolâtrie, et du côté des Juifs, en faisant cesser les observances de la Loi. Toutefois bien que le Fils, et non pas le Père ni le Saint Esprit, soit médiateur, néanmoins il n’y a qu’un seul Dieu.