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Leçon 2 : Galates IV, 4-5 ─ La grâce : adoption (enfant)
SOMMAIRE : L’Apôtre adapte la comparaison proposée à Jésus-Christ qui est venu pour nous faire recevoir l’adoption des enfants de Dieu.

4. Mais lorsque les temps ont été accomplis, Dieu a envoyé son Fils formé d’une femme et assujetti à la Loi,

5. Pour racheter ceux qui étaient sous la Loi, et pour nous faire recevoir l’adoption des enfants.

Saint Paul adapte ici à Jésus-Christ la comparaison proposée. Il fait cette adaptation ; II° il expose quelle fin s’est proposée celui à qui il l’applique (verset 4) : pour racheter ceux qui étaient sous la Loi, etc.

I° Notez que dans ce qui précède, l’Apôtre a indiqué successivement quatre points dans la comparaison qu’il proposait, comme on l’a dit.

I. Adaptant maintenant ces quatre points à Jésus-Christ il commence par le dernier, c’est-à-dire par la détermination du temps. En voici la raison : c’est que Jésus-Christ passa par les humiliations dans le même temps que les fidèles furent élevés en dignité. Aussi dit-il (verset 4) : Mais lorsque le temps a été accompli, c’est-à-dire après que le temps qui avait été déterminé par Dieu le Père pour envoyer son Fils, fut accompli. Saint Luc (II, 6) dit dans le même sens : « Et le temps étant accompli, etc. » Or, à l’égard du temps il est dit « la plénitude », à cause de la plénitude des grâces qui y sont données, suivant cette parole (Ps., LXIV, 10) : « Le fleuve de Dieu a été rempli d’eaux » ; à cause aussi du plein accomplissement des figures de l’ancienne Loi ; (Matth., V, 17) : « Je ne suis pas venu détruire la Loi, etc. » ; à cause enfin de l’accomplissement des promesses ; (Daniel, IX, 27) : « Il confirmera son alliance avec un grand nombre dans une semaine. » Or cette expression de l’Apôtre (verset 4) : Mais lorsque sera venu la plénitude du temps, etc. qui se retrouve dans les mêmes termes dans plusieurs endroits de l’Ecriture, où il est dit que les temps qui ont rapport avec Jésus-Christ s’accomplissent, ne doit pas être prise dans le sens d’une nécessité fatale, mais d’après les décrets divins, dont il est dit (Ps., CXVIII, 91) : « C’est par votre ordre que le jour subsiste tel qu’il est, etc. » On assigne deux raisons qui expliquent pourquoi le temps fixé pour l’avènement de Jésus-Christ a été déterminé d’avance. La première est prise de sa grandeur, car parce que celui qui devait venir était grand, il était nécessaire que les hommes soient disposés à son avènement par des signes multipliés et par de nombreuses préparations ; (Hébr., I, 1) : « [Dieu ayant parlé autrefois à nos Pères] en diverses occasions et en diverses manières, etc. » La seconde raison se tire de la condition de celui qui vient. Car, devant venir comme médecin, il était nécessaire qu’avant son avènement, les hommes soient convaincus qu’ils étaient malades, et au point de vue de l’impuissance de leur science, sous la Loi de nature, et au point de vue de l’impuissance de leurs forces, sous la Loi écrite. Par conséquent, il a fallu que l’avènement de Jésus-Christ fût précédé de l’une et de l’autre, c’est-à-dire de la Loi de nature et de la Loi écrite.

II. L’Apôtre adapte sa comparaison quant à la dignité d’héritier (verset 4) : Dieu a envoyé son Fils, c’est-à-dire son Fils propre et naturel. Or s’il est Fils, il est donc héritier. L’Apôtre dit : son Fils, c’est-à-dire son Fils propre, naturel et unique, et non pas adoptif ; (Jean, III, 16) : « Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il, etc. » -« Il a envoyé, dis-je, ce Fils, sans qu’il fût séparé de lui-même, car il a été envoyé de cette manière qu’il s’est uni la nature humaine, sans cesser d’être dans le sein de son Père ; (Jean, I, 18) : « Le Fils unique qui, » de toute éternité, « est dans le sein de son Père » ; (Jean III, 13) : « Personne n’est monté au ciel, si ce n’est celui qui est descendu du ciel, le fils de l’homme qui est dans le ciel » qui, bien qu’il soit descendu en s’unissant notre chair, est cependant dans le ciel. Il l’a encore envoyé, non pas afin qu’il soit où il n’était pas auparavant, car, bien qu’il soit venu dans son propre domaine, par sa présence dans sa chair mortelle, il était dans le monde par sa présence comme Dieu, ainsi qu’il est dit dans (Jean, I, 14). Semblablement, il ne l’a pas envoyé comme son ministre, parce que sa mission consistait à s’unir la nature humaine et non à se dépouiller de sa propre majesté. Dieu a donc envoyé son Fils pour guérir, avons-nous dit, les dérèglements de la concupiscence et pour éclairer les ténèbres de l’ignorance, dans la créature raisonnable ; (Ps., CVI, 20) : « Il leur a envoyé son Verbe, etc. » Il l’a envoyé encore pour délivrer l’homme de la puissance du démon, en l’aidant contre la faiblesse de l’irascibilité ; (Isaïe, XIX, 20) : « Il leur enverra un Sauveur qui les délivrera » ; pour servir de remède à la fatalité de la mort éternelle ; (Osée, XIII, 14) : « Je les délivrerai de la puissance de la mort; je les rachèterai de la mort » ; pour les sauver de leurs péchés (Jean, III, 17) : « Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour condamner le monde, mais afin que le monde soit sauvé par lui, etc. »

III. L’Apôtre adapte sa comparaison au point de vue de la faiblesse de l’homme lorsqu’il dit (verset 4) : son Fils formé d’une femme ; (Isaïe, IX, 6) : « Un petit enfant nous est né, etc. »; et (Philipp., II, 7) : « Il s’est anéanti lui-même, etc. » Or il s’est fait petit, non pas en se dépouillant de sa grandeur, mais en s’unissant la petitesse. Dans ce que dit ici l’Apôtre formé d’une femme, il faut se garder de deux erreurs, à savoir : celle de Photin, qui a avancé que Jésus-Christ n’était qu’un pur homme, et qu’il avait pris de la Vierge le principe de l’être. Par conséquent ce philosophe entend cette expression « formé d’une femme », comme si Jésus-Christ avait pris d’elle en totalité son commencement. Mais ce que dit Photin est faux, parce qu’il contredit ce mot (Rom., I, 3) : « Touchant son Fils, qui lui est né, selon la chair, du sang de David. » L’Apôtre ne dit pas : selon la personne, qui est de toute éternité, c’est-à-dire selon l’hypostase même du Fils de Dieu. De même donc que l’on ne peut pas dire d’un bouclier, quant il est remis à sa première blancheur, que la substance même de ce bouclier est remise à neuf, mais que l’éclat seul lui est de nouveau rendu, ainsi de ce que le Fils de Dieu, s’est uni dans ces temps notre chair, on ne peut pas non plus dire que la personne de Jésus-Christ est formée de nouveau, mais seulement que la nature humaine lui est nouvellement unie, comme il arrive au corps, lorsque sans mutation essentielle, il lui survient accidentellement quelque chose. Car il peut y avoir, pour un être, des modifications qui le changent lui-même dans sa nature, si ces modifications, par exemple, atteignent ses formes et ses qualités absolues. D’autres ne lui apportent aucune mutation essentielle : c’est de ce dernier genre qu’est l’union [du Christ] avec notre chair, en tant qu’elle exprime simplement une relation. La personne du Verbe n’a donc éprouvé, en quoi que ce soit, aucun changement. Aussi lorsqu’il s’agit des attributs divins, nous nous servons d’expressions qui supposent une relation, même quant au temps, ainsi nous disons avec le Psalmiste (LXXXIX, 1) : « Seigneur vous avez été notre refuge, etc. » et « Dieu s’est fait homme » ; mais jamais nous n’employons les formes et les qualités absolues, par exemple, Dieu s’est fait bon, il s’est fait sage, ou d’autres locutions semblables.

Il faut aussi éviter l’erreur d’Ebion,[3] qui avançait que Jésus-Christ était fils, suivant la nature, de Joseph; poussé à prétendre cela par ce qui est dit ici : formée d’une femme. Car suivant cet hérétique, l’expression « femme » permet de supposer la perte de l’intégrité. Mais ce que dit Ebion est faux également, car, dans la sainte Ecriture, le mot « femme » désigne aussi le sexe, suivant ce qui est dit (Genès., III, 12) : « La femme, que vous m’avez donnée, etc. » ; Adam l’appelle de ce nom de « femme » bien qu’alors elle fût encore vierge. Cette expression de Saint Paul, formée d’une femme, renverse aussi deux erreurs; à savoir celle de Valentin, qui enseigna que Jésus-Christ n’avait pas pris de corps dans le sein de la Vierge, mais qu’il l’avait apporté du ciel, et qu’il était passé par la bienheureuse Vierge, comme à travers un conduit ou canal. Mais cette doctrine est fausse, car si ce que dit Valentin était la vérité, Jésus-Christ n’aurait pas été « formé d’une femme », comme le dit l’Apôtre. Cette préposition « de » indique, en effet, la cause matérielle. Ensuite l’erreur de Nestorius, qui prétendait que la bienheureuse Vierge n’était pas mère du Fils de Dieu, mais du Fils de l’homme, ce qui est encore démontré faux par ce que dit Saint Paul que Dieu envoya son Fils, formé d’une femme, car celui qui est formé d’une femme est fils de cette femme; si donc le Fils de Dieu est formé d’une femme, c’est-à-dire de la bienheureuse Vierge, il est évident que la bienheureuse Vierge est mère du Fils de Dieu. En effet, quoiqu’il ait pu dire : né d’une femme, l’Apôtre a dit en termes exprès formé, et non pas « né », car naître, c’est être produit non seulement par un principe auquel on est uni, mais c’est encore venir à l’être par un principe dont on est séparé. Le coffre est fait par l’ouvrier, mais le fruit naît de l’arbre. Or il y a dans la génération humaine un double principe, à savoir un principe matériel, et quant à celui-ci Jésus-Christ procéda d’un principe auquel il était uni, parce qu’il a pris de la Vierge Marie la matière de son corps. Et c’est d’après cette raison qu’on dit qu’il est né d’elle ; (Matth., I, 16) : « Marie de laquelle est né Jésus, etc. » Ensuite un principe actif auquel Jésus-Christ, quant à ce qui en lui eut un principe, c’est-à-dire la formation de son corps, ne fut pas uni, mais demeura séparé, puisque c’est la vertu de l’Esprit Saint qui le forma; sous ce point de vue, on ne peut pas dire qu’il est né d’une femme, mais qu’il a été formé comme par un principe extérieur. De tout ceci il est évident que quand l’Apôtre dit de la femme, il ne suppose pas la perte de l’intégrité, parce qu’alors il eût dit, né, et non pas « formé. »

IV. L’Apôtre adapte sa comparaison quant à la dépendance, lorsqu’il dit (verset 4) : et assujetti à la Loi.

On objecte ce qui est dit plus loin (verset 18) : Si vous êtes conduits par l’Esprit, vous n’êtes plus sous la Loi. Si donc Jésus-Christ non seulement est spirituel, mais si de plus c’est lui de qui nous recevons l’Esprit, il semble peu convenable de dire qu’il fut assujetti à la Loi.

Il faut répondre qu’on peut entendre de deux manières ces expressions : « être assujetti à la Loi ». D’abord en ce sens que la préposition « à » marque seulement l’observance de la Loi; en l’entendant ainsi, Jésus-Christ fut assujetti à la Loi, puisqu’il fut circoncis, et présenté au temple ; (Matth., V, 17) : « Je ne suis pas venu détruire la Loi, etc. » Ensuite en faisant signifier à la préposition « à » le sens d’oppression ; ainsi entendue, on dit que celui-là est sous la Loi, qui est opprimé par la crainte de la Loi; et dans ce sens, ni Jésus-Christ, ni les hommes spirituels ne peuvent être réputés assujettis à la Loi.

II° Enfin quand Saint Paul dit (verset 5) : pour racheter ceux qui étaient sous la Loi, etc., il exprime les effets produits par celui à qui la comparaison a été adaptée, c’est-à-dire qu’il a voulu pendant ce temps déterminé être dépendant, afin que les héritiers fussent grands et libres. Il indique donc ces deux effets :

I. Celui de la délivrance qu’il oppose à la dépendance. C’est ce qui lui fait dire, pour racheter ceux qui étaient sous la Loi, c’est-à-dire sous la malédiction et le joug de la Loi, pour les délivrer ; (ci-dessus, III, 13) : Jésus-Christ nous a rachetés de la malédiction de la Loi, etc.

II. L’effet de l’exaltation, en ce que nous sommes adoptés comme enfants de Dieu, en recevant l’Esprit de Jésus-Christ, et en lui devenant conformes ; (Rom.., VIII, 9) : « Si quelqu’un n’a pas l’Esprit de Jésus-Christ, etc. » Cette adoption appartient d’une manière spéciale à Jésus-Christ, parce que nous ne pouvons devenir des fils adoptifs, à moins de devenir conformes au fils naturel ; (Rom., VIII, 29) : « Car ceux qu’il a connus dans sa prescience, il les a aussi prédestinés pour être conformes à l’image de son Fils, etc. » Quant à cet effet, l’Apôtre dit (verset 5) : et pour nous faire recevoir l’adoption des enfants, c’est-à-dire afin que par le Fils naturel de Dieu, nous devenions ses enfants adoptifs, selon la grâce donnée par Jésus-Christ.


[3] Ebion, philosophe platonicien, disciple de Cérinthe et auteur de la secte des Ebionites, vers l’an 75 de J.-C. Suivant Origène, il y avait deux sortes d’ébionites : les uns croyaient que Jésus-Christ était né d’une vierge, comme le croyaient les Nazaréens, dont ils avaient en partie adopté les sentiments; les autres soutenaient qu’il était né comme les autres hommes. Ils le regardaient donc comme un pur homme, prétendant que Dieu lui avait donné l’empire du monde futur, comme au diable celui du monde présent. Les disciples d’Ebion mêlaient aux préceptes de la religion chrétienne un judaïsme et observaient avec une égale fidélité le Dimanche et le Samedi.


Leçon 3 : Galates IV, 6-7 ─ Dieu adopte aussi les gentils
SOMMAIRE : Saint Paul déclare que le bienfait de l’adoption appartient aussi aux Gentils.

6. Et parce que vous êtes enfants, Dieu a envoyé dans vos coeurs l’Esprit de son Fils qui crie : Abba (Père).

7. Aucun de vous n’est donc plus serviteur, mais enfant. Que s’il est enfant, il est aussi héritier par Dieu.

L’Apôtre a rappelé plus haut le bienfait accordé aux Juifs; il établit ici que ce même bienfait appartient également aux Gentils. Il expose le bienfait même; II° le moyen de l’obtenir (verset 6) : Dieu a envoyé dans vos coeurs l’Esprit, etc. ; III° il en explique les fruits (verset 7) : et ainsi nul n’est plus, etc.

I° Il dit donc que le bienfait de l’adoption des enfants de Dieu appartient non seulement à ceux qui étaient sous la Loi, mais encore au Gentils. C’est ce qui lui fait dire (verset 6) : mais parce que vous êtes enfants de Dieu, etc., c’est-à-dire si vous êtes tels, la cause en est que non seulement les Juifs, mais encore les autres qui croient en son Fils, sont adoptés comme enfants, etc. ; (Jean, I, 12) : « Il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu à tous ceux, etc. »

II° Le mode par lequel on obtient ce don, c’est la mission de l’Esprit du Fils de Dieu dans vos coeurs. Saint Augustin remarque sur ceci que Jésus-Christ pendant sa vie mortelle, annonce le royaume de Dieu aux Juifs principalement, aux Gentils secondairement ; (Rom., XV, 8) : « Je déclare que Jésus-Christ à été le ministre de l’Evangile à l’égard des circoncis, etc. » ; par conséquent tout ce qui appartient à l’état des Juifs est convenablement attribué à Jésus-Christ. Et parce que ceux-ci pouvaient dire que les Galates n’avaient pas été adoptés comme enfants de Dieu, puisque Jésus-Christ n’avait pas pris d’eux sa chair mortelle et n’avait pas prêché parmi eux, en sorte qu’ils semblaient n’avoir aucun point d’union avec lui, l’Apôtre expliquant le mode de cette adoption, dit que, bien qu’ils n’aient pas été unis à Jésus Christ selon la chair, c’est-à-dire quant à la race d’origine, ni par sa prédication, ils l’ont été cependant par l’Esprit, et que par ce moyen ils ont été adoptés comme enfants de Dieu. Il suit de là que la conversion des Gentils est spécialement attribuée à l’Esprit Saint. Aussi, lorsque saint Pierre fut repris par les Juifs, pour être allé prêcher aux Gentils, il s’excusa par l’Esprit Saint, en disant (Actes, XI, 12) que l’on ne pouvait résister au Saint Esprit, dont il avait suivi l’inspiration en agissant de la sorte. Ainsi donc, (verset 6) : c’est parce que Dieu le Père a envoyé l’Esprit de son Fils dans nos coeurs, c’est-à-dire dans les coeurs des Juifs et des Gentils, que nous sommes unis à Jésus-Christ et qu’en raison de cette union nous sommes adoptés comme enfants de Dieu. Il faut ici remarquer que si quelquefois dans les saintes Ecritures, ou trouve que le Saint Esprit est envoyé par le Père ; (Jean, XIV, 26) : « Mais le consolateur, qui est le Saint Esprit que le Père enverra, etc. » et d’autrefois par le Fils ; (Jean, XV, 26) : « Lorsque le consolateur sera venu que je vous enverrai, etc. », néanmoins le saint-Esprit est commun au Père et au Fils; il procède de l’un et de l’autre; il est donné par tous deux. Aussi, partout où il est dit que le Saint Esprit est envoyé par le Père, il est fait mention du Fils, comme dans le texte précité, où il est dit : « que le Père enverra en mon nom » ; et de la même façon, quand il est dit que le Saint Esprit est envoyé par le Fils, il est fait mention du Père. Aussi le Seigneur dit-il : « l’Esprit que je vous enverrai de la part du Père. »

Dans le passage même que nous expliquons (verset 6) lorsque l’Apôtre dit : Dieu le Père a envoyé le Saint Esprit, il est fait mention immédiatement du Fils : et Saint Paul ajoute : l’Esprit de son Fils. Il n’importe pas qu’il soit dit quelque part que le Saint Esprit procède du Père seulement, car dès lors que le Fils l’envoya, il est clair qu’il procède du Fils. C’est de là que le Saint Esprit est appelé l’Esprit du Fils, pour la raison que c’est le Fils qui l’envoya, qu’il procède du Fils et que c’est du Fils qu’il a tout ce qui est à lui, comme il l’a également du Père ; (Jean, XVI, 14) : « C’est lui qui me glorifiera, parce qu’il prendra de ce qui est à moi, etc. » L’Apôtre dit (verset 6) : dans les coeurs, parce qu’il y a deux sortes de génération : l’une charnelle, qui se fait par l’introduction dans le foyer de la génération d’une semence charnelle ; cette semence, bien que minime en quantité, contient en puissance tout un corps. L’autre spirituelle qui s’opère par la semence spirituelle, transmise au siége de la régénération spirituelle : le siége de cette régénération est l’âme ou l’intelligence de l’homme, parce que nous sommes engendrés, comme enfants de Dieu, par le renouvellement de notre âme. Or la semence spirituelle, c’est la grâce du Saint Esprit ; (I Jean, 18) : « Quiconque est né de Dieu ne pèche pas : la naissance qu’il a reçue de Dieu le conserve, etc. » Cette semence contient en efficacité toute la perfection de la béatitude. C’est pourquoi on l’appelle le gage et les arrhes de cette béatitude ; (Ephés., I, 14 et Ezéchiel XXXVI, 26) : « Je vous donnerai un esprit nouveau, etc. » ; (verset 6) : l’esprit qui crie, c’est-à-dire qui fait crier : « Abba, Père », non par l’éclat de la voix, mais par la grandeur et par la ferveur de l’affection. Car nous crions Abba, Père, quand l’affection enflammée par le Saint Esprit, nous porte à désirer la possession de Dieu ; (Rom., VIII, 15) : « Vous n’avez pas reçu l’Esprit de servitude, etc. »Abba, Père : ces diverses expressions : « Abba » qui vient de la langue Hébraïque, « Pater » qui est latin, et paqon qui est grec, signifient la même chose. Saint Paul les met l’une et l’autre, pour faire voir que la grâce, autant qu’il est en elle, est commune aux deux peuples.

III° En ajoutant (verset 7) : Et ainsi, parmi vous nul n’est plus serviteur, mais enfant, l’Apôtre exprime l’effet du bienfait reçu.

I. L’éloignement de toute espèce de mal, dont nous sommes libérés par l’adoption du Saint Esprit : c’est la délivrance de la servitude. Quant à ce premier effet, l’Apôtre dit (verset 7) : Ainsi, c’est-à-dire parce que le Saint Esprit crie en nous « mon Père », maintenant, depuis le temps de la grâce, nul d’entre nous, qui croyons en Jésus-Christ, n’est plus serviteur, c’est-à-dire ne sert plus dans la crainte ; (Jean, XV, 15) : « Je ne vous appellerai plus désormais serviteur, je vous ai appelés mes amis, etc. » ; et (Rom., VIII, 15) : « Vous n’avez pas reçu l’esprit de servitude, etc. » — (verset 6) : mais il est enfant ; (Rom., VIII, 16) : « Car l’Esprit rend lui-même témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. » En effet, quoique, en raison de notre condition, nous soyons serviteurs, (Luc, XVII, 10) : « Lorsque vous aurez fait tout ce qui vous est commandé, dites : nous sommes des serviteurs inutiles, » toutefois nous ne sommes pas des serviteurs méchants, c’est-à-dire n’obéissant que par crainte, parce qu’à de tels serviteurs, il n’est dû que la torture et les fers. Mais nous sommes des serviteurs bons et fidèles, qui obéissons par amour, et c’est pour cela que nous obtenons la liberté par le Fils ; (Jean, VIII, 56) : « Si donc le Fils vous libère, vous serez véritablement libres ».

II. L’Apôtre exprime le second effet, qui est d’obtenir toute espèce de bien. Quant à cet effet, il dit (verset 7) : Que s’il est enfant, il est aussi héritier par le bienfait de Dieu ; (Rom., VIII, 17) : « Si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers, héritiers de Dieu, etc. » Or cet héritage, c’est la plénitude de tout bien, puisque ce n’est autre chose que Dieu même, suivant cette parole (Ps., XV, 5) : « Le Seigneur est la part qui m’est échue en héritage, etc. » ; (Genès., XV, 1) : « Le Seigneur dit à Abraham : je serai moi-même ta récompense infiniment grande, etc. » L’Apôtre dit (verset 7) : par Dieu, parce que de même que les Juifs, en vertu de la promesse et de la justice de Dieu, ont obtenu l’héritage, les Gentils ont également obtenu ces bienfaits par lui, c’est-à-dire par sa miséricorde ; (Rom., XV, 9) : « Quant aux Gentils, c’est pour montrer sa miséricorde qu’ils rendent grâce à Dieu ». Ou encore par Dieu, c’est-à-dire par l’opération de Dieu ; (Isaïe XXVI, 12) : « C’est vous, Seigneur, qui avez fait en nous toutes nos oeuvres. »

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