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Leçon 4 : Galates IV, 8-12 ─ Ne pas mépriser cette grâce
SOMMAIRE. L’Apôtre réprimande les Galates de ce qu’ils méprisaient une si grande grâce de Dieu, qui leur était donnée par Jésus-Christ.

8. Autrefois lorsque vous ne connaissiez pas Dieu, vous étiez assujettis à ceux qui, par leur nature, ne sont pas véritablement des Dieux.

9. Mais à présent que vous connaissez Dieu ou plutôt que vous êtes connus de lui, comment retournez-vous à ces éléments défectueux et impuissants, auxquels vous voulez de nouveau vous assujettir ?.

10. Vous observez les jours et les mois, les saisons et les années.

11. Je crains pour vous d’avoir peut-être travaillé en vain parmi vous.

12. Soyez comme moi, mes frères, je vous en conjure, parce que je suis comme vous…

Après avoir établi la dignité des bienfaits de la grâce et l’avoir fait ressortir par un exemple tiré des coutumes humaines, l’Apôtre réprimande ici les Galates de ce que méprisant cette grâce, ils se montrent ingrats pour un si grand bienfait. Et d’abord il leur reproche leur ingratitude, ensuite il se défend de le faire par un sentiment de haine et de jalousie (verset 12) : Mes frères, je vous en prie, vous ne m’avez offensé en rien, etc. A l’égard de leur ingratitude, I° il rappelle leur état passé; II° il exalte et relève le bienfait qu’ils ont reçu (verset 9) : Mais à présent que vous connaissez Dieu, etc. ; II° il fait ressortir la gravité de la faute qu’ils ont commise (verset 9) : Comment donc retournez-vous, etc.

I° L’Apôtre dit donc (verset 8) : [Car vous ne connaissiez pas Dieu], mais alors, etc. ; maintenant, par le bienfait de Dieu, vous êtes enfants et héritiers, mais alors, quand vous étiez encore païens ; (Ephés., V, 8) : « Vous étiez autrefois ténèbres, etc. » ; (verset 8) : ne connaissant pas Dieu, dans cet état d’infidélité, vous étiez assujettis, par le culte de latrie, à ceux qui par leur nature ne sont pas des dieux, mais seulement dans l’opinion des hommes ; (I Corinth., XII, 2) : « Lorsque vous étiez païens, vous vous laissiez entraîner, selon qu’on vous menait, vers des idoles muettes, etc. » ; (Rom., 1, 25) : « Ils ont rendu à la créature l’adoration et le culte, au lieu de le rendre au Créateur, etc. » Or ce que dit ici l’Apôtre (verset 8) : ceux qui par leur nature ne sont pas des Dieux, sert à confondre les Ariens qui prétendaient que Jésus Christ, le Fils de Dieu, n’était pas Dieu par nature. S’il en était ainsi, on ne devrait pas lui rendre le culte de latrie, et celui qui le lui rendrait serait coupable d’idolâtrie.

On peut nous objecter que puisque nous adorons la chair et l’humanité de Jésus Christ nous sommes donc idolâtres.

Il faut répondre que bien que nous adorions la chair ou l’humanité de Jésus-Christ, nous ne l’adorons toutefois qu’en tant qu’elle est unie à la personne du Verbe divin, et que ce Verbe, nous le considérons comme Dieu. Il suit de là que l’adoration étant due à cette personnalité de la nature divine, tout ce qui est adoré en Jésus-Christ peut l’être sans aucune erreur.

II° Quand l’Apôtre dit ensuite (verset 9) : Mais à présent que vous connaissez Dieu, etc., il rappelle le bienfait reçu; comme s’il disait : Que vous ayez été ignorants, et que vous ayez péché, on pouvait le tolérer, car toutes choses égales d’ailleurs, le péché est plus grave dans un chrétien que dans un païen ; mais maintenant que vous connaissez Dieu, c’est-à-dire que vous avez été amenés à sa connaissance, vous péchez plus gravement qu’autrefois, en servant ceux que vous ne devez pas servir, et en plaçant en eux votre espérance ; (Jérémie, XXXI, 34) : « Tous me connaîtront, etc. »

Toutefois ce que l’Apôtre ajoute (verset 9) : ou plutôt que vous êtes connus de lui, paraît impliquer contradiction, puisque Dieu connaît de toute éternité ; (Ecclésiastique XXIII, 29) : « Car le Seigneur Dieu connaissait toutes les choses du monde avant qu’il les eût créées, etc. »

Il faut répondre qu’il s’agit ici de la causalité, en sorte que le sens est : ou plutôt vous êtes connus de lui, c’est-à-dire : Dieu a fait que vous veniez à sa connaissance. On dit, en effet, que Dieu connaît, en ce sens qu’il est la cause de notre propre connaissance. C’est pour cette raison, qu’ayant dit plus haut, (verset 9) : à présent que vous connaissez Dieu, ce qui était l’expression vraie, il la corrige aussitôt et explique ce qui n’était qu’indiqué, en donnant à entendre que nous ne pouvons pas connaître Dieu de nous-mêmes, mais par lui seul ; (Jean, I, 18) : « Nul homme n’a jamais vu Dieu; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, etc. »

III° L’Apôtre reproche ensuite aux Galates la faute qu’ils ont commise, en disant (verset 9) : Comment donc retournez-vous à, etc.? I. Il fait sentir la grandeur de cette faute; II. il montre le danger qui les menace, (verset 11) : J’appréhende pour vous que je n’aie peut-être, etc. ; III. il les ramène à l’état du salut (verset 12) : Soyez comme moi, etc.

I. Sur le premier de ces points, 1° il expose la faute commise; 2° il les convainc de s’en être rendus coupables (verset 10) : Vous observez les jours et les mois, etc.

1° Il faut remarquer qu’ici la lettre peut se lire de deux façons. D’abord que ces Galates étaient retournés de la foi à l’idolâtrie; c’est pourquoi Saint Paul dit (verset 9) : Comment donc vous éloignez-vous encore, c’est-à-dire de nouveau, de la foi ; (II Pierre, II, 21) : « Il leur eût été meilleur de n’avoir pas connu la voie de la justice, que de retourner en arrière, etc. » ; (Isaïe XIII, 17) : « Ils sont retournés en arrière » - à des éléments, à savoir du monde, qui sont impuissants, incapables de subsister par eux-mêmes, car ils retomberaient dans le néant, si la main qui gouverne tout ne les retenait, suivant cette parole ; (Hébr., I, 3) : « Il soutient tout par la puissance de sa parole, etc. » - (verset 9) : et vides, parce que Dieu leur manque, et parce qu’ils se manquent entre eux, de manière à former un tout complet. C’est, disons-nous, à de tels éléments qu’encore une fois, c’est-à-dire de nouveau après les avoir quittés, vous voulez vous assujettir, à savoir par le culte de latrie.

2° La preuve en est manifeste, puisque (verset 10) : vous observez les jours, à savoir fastes et néfastes, et les mois, et les temps, et les années, c’est-à-dire les constellations et le cours des corps célestes, toutes pratiques qui ont leur source dans l’idolâtrie, quoiqu’il soit dit (Jérémie, X, 2) : « Ne craignez pas les signes du ciel, comme les nations les craignent, etc. » Que ces observances soient mauvaises et opposées aux règles du culte de la religion chrétienne, c’est évident,puisque la distinction des jours, des mois, des années et des temps se fait suivant le cours de la lune et du soleil; ceux donc qui observent cette distinction des temps, vénèrent les corps célestes et disposent leurs actes d’après la décision des astres, qui n’ont directement aucune sorte d’influence sur la volonté humaine, et sur tout ce qui dépend de son libre arbitre.

II. Or de cette conduite naît un très grand danger. C’est ce qui fait dire à Saint Paul (verset 11) : J’appréhende pour vous que je n’aie peut-être travaillé sans motif, c’est-à-dire inutilement, parmi vous. Par conséquent les fidèles doivent se garder de telles observances, et ne se laisser préoccuper d’aucune inquiétude à leur égard, car tout peut réussir à souhait, quand on le fait simplement par dévotion pour Dieu.

Serait-il cependant licite d’observer en quelque chose le cours des étoiles ? Il faut répondre que les corps célestes sont la cause de certains effets sur les corps matériels; et par rapport à ces effets, il est licite d’observer le cours de ces astres. Mais il est d’autres effets, dont ils ne sauraient être la cause, à savoir ceux qui dépendent du libre arbitre, ou qui forment ce qu’on appelle la fortune ou l’infortune. A l’égard de ces effets, ce serait idolâtrie de tenir compte du cours des astres.

Toutefois, bien que cette interprétation puisse se soutenir, elle n’est pas selon la pensée de Saint Paul. Car l’Apôtre, dans tout ce qui précède, dans sa lettre, et dans tout ce qui suit, réprimandant les Galates de ce qu’ils étaient passés de la foi aux observances légales, ce passage s’applique mieux, eu égard à son dessein, au fait qu’ils se sont reconvertis à ces observances ; Saint Paul dit donc : Puisque vous avez connu Dieu par la foi, comment pouvez-vous passer de la foi aux éléments, c’est-à-dire à l’observance littérale de la Loi, qui est appelée du nom d’éléments, parce que la Loi fut la première règle posée pour le culte divin, et des éléments que j’appelle défectueux, parce que la Loi ne perfectionne personne en le justifiant ; (Hébr., VII, 19) : « La Loi n’a conduit personne à la perfection. » - Stérile, parce qu’elle ne donne ni les vertus ni la grâce en aidant par elle-même.

Mais pourquoi Saint Paul dit-il : vous êtes passés ? Il semble que cette expression ne convient pas aussi bien que cette autre de nouveau, car les Galates n’étaient pas Juifs, et n’avaient jamais pratiqué auparavant les observances légales.

Il faut répondre ici que le culte des Juifs occupe une place intermédiaire entre celui des chrétiens et celui des païens, car les païens vénéraient ces éléments eux-mêmes comme possédant en eux de la vie ; pour les Juifs, ils n’honoraient pas ces éléments, mais ils honoraient Dieu sous ces éléments, dans la mesure où ils rendaient à Dieu un culte dans lequel intervenaient l’observation d’éléments matériels ; (ci-dessus, IV, 3) : nous étions assujettis aux éléments de ce monde. Mais les chrétiens servent Dieu sous Jésus-Christ, c’est-à-dire dans la foi en Jésus-Christ. Or lorsqu’on arrive au terme, après avoir franchi la distance intermédiaire, si l’on veut revenir à celle-ci, il semble que ce soit la même chose que si l’on voulait retourner au commencement. Voilà pourquoi l’Apôtre, parce que les Galates étaient déjà parvenus au terme, c’est-à-dire à la foi en Jésus et qu’ensuite ils rétrogradèrent au degré intermédiaire, c’est-à-dire au culte judaïque, voyant en eux comme une certaine disposition à se rapprocher du moyen terme et par là du point de départ, l’Apôtre, dis-je, dit qu’ils se sont tournés vers les éléments, et qu’ils veulent de nouveau s’y assujettir. Qu’il en soit ainsi, Saint Paul le prouve lorsqu’il dit (verset 10) : vous observez les jours, suivant le rite judaïque, à savoir le sabbat, le dixième jour du premier mois et d’autres semblables, qui sont désignés dans la Glose. les mois, c’est-à-dire les Néoménies, comme le premier et le septième mois, ainsi qu’il est prescrit au ch. XXIII, 5 du Lévitique, et les temps, à savoir celui de la sortie d’Egypte, et celui où par trois fois chaque année, ils se rendaient à Jérusalem; encore les années du jubilé, et la septième année appelée de la liberté.

Or de ces pratiques, il s’ensuit un danger, c’est qu’elles ont pour conséquences de rendre inutile la foi de Jésus-Christ. Aussi l’Apôtre dit (verset 11) : J’appréhende pour vous que ce ne soit en vain, c’est-à-dire inutilement, que j’aie travaillé parmi vous ; (ci-après, 2) : Si vous vous faites circoncire, Jésus-Christ ne vous servira de rien.

III. Lorsque Saint Paul ajoute (verset 12) : Soyez comme moi, il les ramène à l’état du salut, comme s’il disait : Je crains, comme je l’ai dit, d’avoir travaillé parmi vous inutilement, et pour qu’il n’en soit pas ainsi, soyez comme moi. Ce passage, dans la Glose, est expliqué de trois manières. Soyez comme moi, c’est-à-dire abandonnez la Loi, comme je l’ai abandonnée. En second lieu : soyez comme moi, c’est-à-dire corrigez-vous de vos anciennes erreurs, comme j’ai réformé les miennes. Et vous le pouvez, car moi, suppléez « je suis », comme vous; cependant je me suis corrigé de ces erreurs. Troisièmement : soyez comme moi, c’est-à-dire vivez dans l’indépendance à l’égard de la Loi, car moi, suppléez « qui étais assujetti à la Loi , et qui suis né sous son joug », maintenant je suis comme vous, c’est-à-dire « comme vous avez été », à savoir dans l’indépendance à l’égard de la Loi.

Leçon 5 : Galates IV, 12-18 ─ La réprimande vient de l’amour
SOMMAIRE : Si l’Apôtre reprend les Galates, ce n’est pas l’effet d’aucun ressentiment; il n’en avait aucun motif à leur égard; au contraire il en avait beaucoup pour les aimer.

12. Vous ne m’avez jamais offensé en aucune chose.

13. Vous savez que je vous ai autrefois annoncé l’Evangile parmi les persécutions et les afflictions de la chair,

14. Et que vous ne m’avez pas méprisé, ni rejeté à cause de ces épreuves que je souffrais dans ma chair; mais vous m’avez reçu comme un Ange de Dieu, comme le Christ Jésus lui-même.

15. Où est donc votre bonheur ? Car je puis vous rendre ce témoignage, que vous étiez prêts alors, s’il eût été possible, à vous arracher les yeux pour me les donner.

16. Suis-je donc devenu votre ennemi, parce que je vous ai dit la vérité ?

17. Ils s’attachent à vous fortement, non par le mouvement d’une bonne affection, mais parce qu’ils veulent vous séparer de nous, afin que vous vous attachiez fortement à eux.

18. Au reste, il est bon de s’attacher au bien en tout temps, et non pas seulement quand je suis parmi vous.

Après avoir réprimandé les Galates, l’Apôtre établit ici qu’il ne l’a pas fait par ressen-timent. I° Il témoigne qu’il n’en avait à leur égard aucun motif fondé; II° qu’il n’a pas surtout celui qu’on suppose (verset 16) : Suis-je donc devenu votre ennemi, etc. ; III° il assigne la cause de la réprimande qu’il a faite (verset 19) : Mes petits enfants, etc.

I° Sur le premier de ces points, Saint Paul montre d’abord qu’il n’a, à l’égard des Galates, aucun motif de ressentiment; en second lieu, qu’il a bien plutôt des motifs de les aimer, (verset 15) : Vous savez que c’est au milieu des tribulations, etc.

I. Il faut remarquer sur cette première subdivision, que c’est une disposition ordinaire, chez un bon Pasteur, de mêler, dans la correction de ceux qu’il conduit, la douceur à ce qui est amer, de peur qu’une excessive sévérité ne vienne à les briser. C’est ainsi qu’en saint Luc (X, 34), on lit du Samaritain, que pour panser les plaies du blessé, il versa de l’huile et du vin. Il est dit au contraire des mauvais pasteurs (Ezéch., XXXIV, 4) : « Vous vous contentiez de les dominer avec une rigueur sévère. » Voilà pourquoi l’Apôtre, comme un bon maître, manifeste que s’il les reprend, ce n’est pas par un sentiment d’aversion, et la douceur avec laquelle il leur parle se reconnaît :

1° par le nom tout de charité qu’il leur donne (verset 12) : Mes frères !; (Ps., CXXXII, 1) : « Ah ! que c’est une douce et agréable chose, que les frères soient unis ensemble ! »

2° Par une manière de parler pleine de modestie (verset 12) : Je vous supplie ; (Prov., XVIII, 23) : « Le pauvre ne parle qu’avec des supplications. »

3° Par ses excuses même (verset 12) : Vous ne m’avez offensé en quoi que ce soit ; et d’ailleurs je ne suis pas tel que j’aie de l’aversion pour ceux qui ne m’offensent pas.

II. En second lieu, l’Apôtre fait voir qu’il y a en lui, pour eux, des motifs d’affection, quand il dit (verset 15) : Vous savez que ce fut par mi les persécutions, etc., comprenant dans ces paroles trois motifs qui portent d’ordinaire les hommes à se témoigner mutuellement de l’affection :

1° Le premier, c’est le secours réciproque d’une vie passée en commun, car c’est par là que l’affection se fortifie parmi les hommes, suivant cette parole de saint Luc (XXII, 28) : « C’est vous qui êtes toujours demeurés fermes avec moi, etc. » L’Apôtre ici rappelle les tribulations qu’il a souffertes parmi les Galates; ensuite il explique comment ils y ont pris part (verset 15) : et cette tentation, etc.

A) Il dit donc, quant à la première partie : Vous ne m’avez pas offensé en quoi que ce soit, au contraire vous avez été à mon service ; car vous savez, c’est-à-dire vous pourrez vous souvenir, que je vous ai annoncé l’Evangile autrefois, c’est-à-dire dans le temps qui vient de s’écouler pendant mon infirmité, c’est-à-dire avec l’infirmité et l’affliction de ma chair. Ou bien encore, au milieu des tribulations nombreuses, que je souffrais de la part des Juifs, qui étaient de ma chair et qui me persécutaient ; (I Corinthiens II, 3) : « j’ai toujours été dans un état de faiblesse, de crainte » ; (II Corinth., XII, 9) : « Ma puissance se manifeste davantage dans ma faiblesse. »

B) Or bien que cette faiblesse soit devenue pour moi une occasion de me mépriser, et pour vous un sujet de tentation, suivant cette parole (Zachar., XIII, 7) : « Frappez le pasteur, et les brebis seront dispersées, etc. », cette tentation cependant que vous aviez à supporter, et qui se trouvait dans ma faiblesse, c’est-à-dire mes tribulations, sujet pour vous de tentation, n’est pas devenue pour vous une occasion de me mépriser ; (Ecclésiastique XI, 2) : « Ne méprisez pas un hommesur son apparence », car comme dit le Seigneur (Luc, X, 2) : « celui qui vous méprise me méprise, etc. » - et loin de repousser pour cela ma doctrine et ma personne même, vous avez voulu vous associer à mes tribulations ; (Isaïe, XXXIII, 1) : « Malheur à vous qui méprisez les autres, ne serez-vous pas aussi méprisé, etc. ? »

2° Le second motif qui affermit l’affection entre les hommes, c’est l’amour mutuel et l’attachement réciproque, suivant cette parole des Proverbes (VIII, 17) : « J’aime ceux qui m’aiment, etc. » Quant à ce point l’Apôtre dit (verset 14) : et vous m’avez reçu comme un ange de Dieu, c’est-à-dire aussi honorablement que vous auriez reçu un messager qui vous apportait les paroles de Dieu ; (I Thessal., II, 13) : « Ayant entendu la parole de Dieu que nous vous prêchions, vous l’avez reçue, etc. » C’est de là que les prédicateurs sont appelés des anges ; (Malachie, II, 7) : « C’est de sa bouche que l’on recherchera la Loi, etc. » Et non seulement vous m’avez reçu comme un ange, mais (verset 14) comme Jésus-Christ même, c’est-à-dire comme si Jésus-Christ était venu lui-même en personne; et de fait il était venu dans la personne de l’Apôtre, au milieu des Galates, et parlait par lui, suivant cette parole (II Corinth., XIII, 3) : « Est-ce que vous voulez faire l’expérience de la puissance de Jésus-Christ qui parle par ma bouche ? » ; (Matth., X, 40) : « Celui qui vous reçoit, me reçoit, etc. » L’Apôtre reprend ensuite les Galates de ce qu’ils sont ainsi devenus mauvais; c’est ce qui lui fait dire (verset 15) : Où est donc votre bonheur ? En d’autres termes : Est-ce que l’on ne vous proclamait pas heureux, de ce que vous m’aviez reçu de cette manière et de ce que vous vous étiez montrés dociles à ma prédication ?; (Job, IV, 6) : « Où est donc cette crainte ? où est cette force, cette patience et cette perfection de vos anciennes voies ? »

3° Le troisième motif, qui consolide l’affection, ce sont les bienfaits réciproques. Sur ce point l’Apôtre dit (verset 15) : Je puis vous rendre ce témoignage, que s’il avait été possible, c’est-à-dire si vous aviez pu le faire légitimement; car on peut regarder comme possible ce qui se fait légitimement, ou ce qui serait à l’avantage de l’Eglise; vous étiez prêts à vous arracher les yeux, pour me les donner ; comme s’il disait : Vous aviez pour moi une telle affection, que vous étiez disposés à me donner, non pas seulement vos biens extérieurs, mais vos propres yeux.

II° Quand Saint Paul ajoute (verset 16) : Suis-je donc venu votre ennemi, etc., il exprime le motif qu’on supposait à leur ressentiment : I. en le prenant du côté de l’Apôtre; II. du côté des faux-apôtres, (verset 17) : Ils s’attachent à vous, etc.

I. Il dit donc : Puisque vous m’avez fait tant de bien, est-il croyable que je sois devenu votre ennemi, en vous disant la vérité ? Cette expression dont l’Apôtre se sert ici : votre ennemi peut s’entendre de deux manières. D’abord en ce sens que l’Apôtre lui-même aurait de l’aversion pour eux; et alors il faut dire ainsi : Je suis devenu votre ennemi, c’est-à-dire j’ai de l’aversion pour vous ! Ce qui suit en vous disant vérité, s’entendrait comme une marque de haine, quoique ce soit un signe d’affection, de dire la vérité, en tenant compte des lieux et des temps. On peut encore entendre ces mots : votre ennemi, dans le sens passif, c’est-à-dire dans ce sens qu’il soit devenu pour eux un objet de ressentiment. Et alors il faut lire ainsi : je suis devenu un ennemi pour vous, c’est-à-dire vous avez de l’aversion pour moi; et le motif en est que je vous dis la vérité, en sorte que ce qu’il dit : en vous disant la vérité, soit regardé comme la cause du ressentiment. Car ceux qui disent la vérité deviennent, pour les méchants, un objet de haine. La vérité en effet excite la haine ; (Amos, V, 10) : « Ils ont haï celui qui les reprenait dans les assemblées publiques, etc. »

On objecte ce qui est dit (Proverbes XXVIII, 23) : « Celui qui reprend un homme de ses défauts, trouvera grâce ensuite auprès de lui, plutôt que celui qui le trompe par des paroles flatteuses. »

Il faut répondre que l’on peut trouver la solution de la difficulté dans ce qui est dit, au même livre (IX, 8) : « Ne reprenez pas le moqueur, de peur qu’il ne vous haïsse; reprenez le sage, et il vous aimera. » Car aimer celui qui nous reprend est une marque de bonté, et, à l’inverse, c’est une marque de méchanceté de le haïr. L’homme étant, en effet, naturellement porté à haïr ce qui est opposé à l’objet de son affection, si vous haïssez celui qui vous reprend de quelque méchanceté, il est évident que vous aimez cette méchanceté. Si au contraire vous aimez celui qui vous reprend, vous montrez que vous haïssez le mal. C’est qu’au moment de la correction, celui qui est repris a de l’affection pour le péché; de là la haine qu’il conçoit tout d’abord pour celui qui le réprimande; mais lorsqu’il est corrigé et qu’il a déposé l’affection qu’il avait conçue pour le péché, il aime celui qui l’a repris. Voilà pourquoi il est dit dans le passage proposé : « Il trouvera grâce ensuite auprès de lui. »

II. En ajoutant à la suite (verset 17) : Ils s’attachent à vous, etc., Saint Paul exprime un autre motif supposé, à savoir du côté des faux-apôtres. 1° Il indique ce motif; 2° il détruit cette supposition ; (verset 18) : Au reste, il est bon de s’attacher, etc.

1° Quant à la première partie, il faut se rappeler qu’ainsi qu’il a été dit plus haut, quelques faux Juifs convertis, parcouraient les Eglises des Gentils, et enseignaient qu’il fallait garder les observances légales. Et parce que Saint Paul enseignait le contraire, ces faux-apôtres l’attaquaient. Ils agissaient ainsi, plutôt pour prévenir les fidèles contre lui, que dans l’intérêt du salut de ceux auxquels ils s’adressaient. Voilà pourquoi l’Apôtre dit (verset 17) : Ils s’attachent à vous, c’est-à-dire : comme ils vous aiment plutôt d’un amour de convoitise, que d’amitié véritable, ils ne peuvent supporter en vous la moindre affection pour nous. Car la jalousie est un zèle provenant d’un amour, quelle que soit son origine, qui ne veut pas souffrir de partage dans l’objet aimé. Mais parce que ce sentiment qu’ils manifestaient à l’égard des Galates, n’était pas bon, soit parce qu’ils ne les aimaient pas dans l’intérêt de leur bien, mais pour l’avantage qui leur en revenait à eux et cette mauvaise disposition se montrait en ce qu’ils s’efforçaient de rompre l’union de l’Apôtre avec ces fidèles comme si cette union eût été un dommage pour eux; soit parce que cette affection tournait au détriment même des Galates, attendu que les faux cherchaient en eux une occasion de profit, et par là même leur causaient un dommage, Saint Paul dit (verset 17) : Ils s’attachent fortement à vous, mais ce n’est pas pour le bien, puisque ce n’est pas votre avantage qu’ils aiment. Et ceci se voit clairement, puisqu’ils veulent vous exclure, en sorte que vous ne vous attachiez qu’à eux, c’est-à-dire que vous ne receviez qui que ce soit, eux exceptés ; (Prov., III, 31) : « Ne portez pas envie à l’injuste, etc.. « ; et (Prov., XXIII, 17) : « Que votre coeur ne porte pas d’envie au pécheur. »

2° Quand Saint Paul ajoute (verset 18) : Au reste, il est bon de s’attacher, etc., il déduit la supposition; comme s’il disait : vous ne devez pas vous attacher à eux en raison de leur doctrine, mais il est bon de s’attacher à un maître, quand il est bon, à moi, par exemple, ou à ceux qui sont comme moi ; (I Pierre, III, 13) : « Et qui sera capable de vous nuire, si vous ne pensez qu’à faire le bien ? » Mais parce que dans un maître, par ailleurs bon, il peut y avoir encore quelque chose de répréhensible, Saint Paul ajoute pour cette raison (verset 18) : Au reste il est bon de s’attacher à un maître, mais à un bon maître ; toutefois, je le répète, dans le bien, c’est-à-dire à ce qui en lui est bien ; (I Corinth., XIV, 1) : « Recherchez avec ardeur la charité; désirez les dons spirituels. » Et bien que l’Apôtre parle de lui même, comme l’observe la Glose, quand il dit : Il est bon de s’attacher au bien, il ajoute cependant : en ce qui est bien, parce que, comme il le dit lui-même (I Corinth., IV, 4) : « Encore que ma conscience ne me reproche rien, je ne suis pas pour cela justifié. » Toutefois parce qu’il en est aussi qui s’attachent au bon maître, mais en sa présence seulement; l’Apôtre ajoute pour ce motif : Toujours, et non pas seulement quand je suis au milieu de vous, parce que l’attachement au bien porte la marque qu’il procède de l’amour et de la crainte de Dieu qui voit tout, quand il persévère même en l’absence du maître ; (Coloss., III, 2 : « Serviteurs, obéissez eu tout à ceux qui sont vos maîtres. »

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