22. Les fruits de l’esprit au contraire sont la charité, la joie, la paix, la patience, l’humanité, la bonté, la persévérance,
23. La douceur, la foi, la modestie, la continence, la chasteté
Après avoir énuméré les oeuvres de la chair, l’Apôtre indique quel les sont les oeuvres de l’Esprit. Premièrement il désigne ces oeuvres secondement il fait voir comment la Loi envisage ces oeuvres de l’Esprit et celles de la chair (verset 25) : [Il n’y a pas de Loi] contre ceux qui vivent de la sorte, etc. Sur le premier de ces points, il énumère les biens spirituels qu’il nomme (verset 22) : les fruits.
Ici se présente une difficulté : c’est le nom de fruit donné à ce dont nous jouissons, car il ne nous est pas permis de jouir de nos actes, mais de Dieu seul. Les actes de cette nature que l’Apôtre énumère ici, ne peuvent donc pas être appelés fruits. De plus la Glose ajoute que ces oeuvres de l’Esprit, dont il est parlé ici, peuvent être recherchées pour elles-mêmes; or ce qui est recherché pour soi-même n’est pas rapporté à une autre fin; les vertus et les oeuvres qui en procèdent ne devront donc pas être rapportées à l’éternelle béatitude.
Il faut répondre que l’expression « fruit » peut être entendue de deux manières, à savoir pour ce qui est acquis, par exemple par le travail ou par l’étude ; (Sages., III, 15) : « Le fruit des justes travaux est plein de gloire » ; ou pour celui qui est produit, comme le fruit qui vient de l’arbre ; (Matth., VII, 18) : « Un bon arbre ne peut produire de mauvais fruit. » Or les oeuvres de l’Esprit sont appelées des fruits, non pas qu’elles soient obtenues ou acquises, mais en tant qu’elles sont produites, car le fruit qui est acquis a le caractère de dernière fin, mais non le fruit produit. Toutefois le fruit, entendu dans ce sens, suppose deux choses; d’abord qu’il est le dernier terme de celui qui le produit, ainsi que le fruit est ce que l’arbre produit en dernier lieu, et qu’il est doux et délectable ; (Cantiq., II, 3) : « Son fruit est doux à ma bouche. » Ainsi, les œuvres des vertus, et l’Esprit sont en nous le terme dernier. Car l’Esprit Saint est en nous par la grâce, au moyen de laquelle nous acquérons l’habitude des vertus, et devenons de cette manière capables d’agir suivant la force qui nous est donnée. Ils sont aussi délectables et féconds ; (Rom., VI, 22) : « vous portez des fruits pour votre sanctification, » c’est-à-dire dans vos oeuvres sanctifiées; c’est pourquoi on les appelle des fruits. Elles portent aussi le nom de fleurs, par rapport à la future béatitude, parce que, ainsi que l’on conçoit par les fleurs l’espoir d’obtenir le fruit, de même on conçoit par les oeuvres des vertus l’espérance de la vie et de la béatitude éternelles. Et comme on a dans la fleur une sorte de commencement du fruit, ainsi l’on a dans les fleurs des vertus comme un commencement de la béatitude, qui nous sera donnée quand la connaissance et la charité seront à l’état de perfection. On voit par ceci comment il faut répondre à la seconde objection. En effet on peut dire, dans un double sens, qu’une chose mérite d’être recherchée pour elle-même. L’expression « pour » pouvant désigner ou la cause formelle, ou la cause finale. On doit rechercher les oeuvres des vertus au premier de ces deux titres, mais non au second, parce qu’elles portent en elles-mêmes la délectation. Un breuvage agréable, par exemple, est recherché pour lui-même, à titre de cause formelle, parce qu’il a en soi de quoi être agréable, à savoir la douceur; toutefois on peut le rechercher aussi à titre de cause finale, c’est-à-dire pour la santé : Mais une potion amère n’est nullement désirable par elle-même en tant que cause formelle, parce qu’elle n’a en elle-même rien de délectable, bien que toutefois on la désire, à titre de cause finale, pour un autre motif, à savoir pour la santé qu’elle a pour fin. On voit d’après cette explication la raison pour laquelle l’Apôtre a appelé « effets » les œuvres de la chair et a donné à ce qui est produit par l’Esprit le nom de « fruit » (verset 22) : les fruits de l’Esprit. Nous avons dit, en effet, que le nom de fruit supposait quel que chose de final et d’agréable de par sa nature. Mais ce qui est produit par une chose en dehors de sa nature, n’a pas le caractère de fruit puisqu’il semble venir d’un germe étranger. Or les oeuvres de la chair et les péchés sont en dehors de la nature de ce que Dieu a mis dans notre être. Dieu, en effet, a placé dans la nature humaine certaines semences, à savoir le désir naturel du bien et la connaissance; il y a ajouté les dons de la grâce; aussi les oeuvres des vertus provenant naturellement de ces germes, sont appelées des fruits, nom qui ne convient pas aux oeuvres de la chair. C’est ce qui fait dire par l’Apôtre aux Romains (VI, 21) : « Quel fruit donc tiriez-vous alors de ces désordres dont vous rougissez maintenant ? » On voit donc par ce qui vient d’être dit que les oeuvres des vertus prennent le nom de fruits de l’Esprit, et parce qu’elles ont en elles la suavité et la douceur, et parce qu’elles sont comme un produit final, correspondant à la mesure des dons spirituels. Or la différence des dons, des béatitudes, des vertus et des fruits entre eux s’établit de la manière suivante. On doit, dans toute vertu, en considérer l’habitude et l’acte; or l’effet de l’habitude, dans la vertu, c’est de perfectionner dans la pratique du bien. Si cette perfection tend à faire le bien d’une manière simplement humaine, elle s’appelle vertu; si c’est d’une manière qui dépasse les forces de l’homme, elle prend le nom de don. C’est de là que le Philosophe met au-dessus des vertus communes, certaines autres vertus héroïques; par exemple connaître les perfections invisibles de Dieu, mais comme en des énigmes, c’est connaître d’une manière humaine, et cette connaissance appartient à la vertu de foi; mais connaître ces perfections clairement et d’une manière surnaturelle appartient au don d’intelligence. L’acte de vertu, ou bien conduit à la perfection et, considéré ainsi, c’est la béatitude; ou bien il produit la délectation, et comme tel, c’est un fruit. De ces fruits il est dit (Apoc., XXII, 2) : « des deux côtés de ce fleuve, était l’arbre de vie qui porte douze fruits, etc. »
L’Apôtre dit donc (verset 22) : le fruit de l’Esprit, c’est-à-dire celui qui naît dans l’âme par la semence de la grâce spirituelle, c’est la charité, etc… Ces fruits se distinguent par la manière dont ils concourent à la perfection, soit intérieurement, soit extérieurement. L’Apôtre énumère donc d’abord les premiers qui conduisent à la perfection intérieure, et ensuite les seconds qui conduisent à la perfection extérieure : (verset 2-2) : la bonté, etc.
I° L’homme se perfectionne et se dirige intérieurement, soit par rapport au bien, soit par rapport au mal ; (II Corinth., VI, 7) : « par les armes de justice, pour combattre à droite et à gauche. »
I. A l’égard du bien, il se perfectionne, d’abord dans le coeur par l’amour. Car de même qu’entre les mouvements naturels le premier est l’inclination de la nature vers sa fin propre, de même le premier des mouvements intérieurs est l’inclination vers le bien, inclination qui prend le nom d’amour, et par suite le premier fruit de l’Esprit, c’est la charité ; (Rom., V, 5) : « L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs, etc. » C’est de cette charité que les autres inclinations reçoivent leur perfection; aussi l’Apôtre a-t-il dit (Coloss., III, 14) : « Surtout revêtez-vous de la charité, etc. » Le dernier fruit par lequel l’homme se perfectionne intérieurement, c’est la joie, qui naît de la présence de l’objet aimé. Or, qui a la charité possède déjà ce qu’il aime ; (I Jean, IV, 16) : « Quiconque demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu en lui. » De cette possession naît la joie ; (Philip., IV, 4) : « Réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur, etc. » Mais cette joie doit être parfaite, et pour qu’elle le soit il faut deux conditions : la première que l’objet aimé suffise, en raison de sa perfection, à celui qui aime; et quant à ceci l’Apôtre dit (verset 22) : la paix, car celui qui aime jouit de la paix, quand il possède ce qu’il aime d’une manière suffisante ;(Cantiq., VIII, 10) : « Depuis que je suis en sa présence j’ai comme trouvé la paix, etc. » La seconde condition, c’est que la jouissance de l’objet aimé soit parfaite, et ceci s’obtient également par la paix; car quoi qu’il survienne, dès lors qu’on jouit parfaitement de ce que l’on aime, de Dieu par exemple, on ne saurait être troublé dans sa jouissance ; (Ps., CXVIII, 165) : « Ceux qui aiment votre Loi jouissent d’une grande paix, et pour eux, il n’y a pas de scandale. » L’Apôtre appelle donc joie la jouissance de la charité, et paix, la perfection de cette charité. C’est ainsi que l’homme se perfectionne intérieurement quant au bien.
II. Le Saint Esprit dirige aussi et perfectionne à l’égard du mal; et d’abord contre le mal qui trouble la paix, laquelle est atteinte par l’adversité. L’Esprit Saint soutient ici par la patience, qui fait supporter sans se troubler l’adversité. C’est ce qui fait dire à Saint Paul (verset 22) : la patience ; (Luc, XXI, 19) : « C’est par votre patience que vous possèderez vos âmes » ; (Jacq., I, 4) : « La patience est parfaite dans ses oeuvres. » En second lieu, au mal qui fait obstacle à la joie, à savoir au délai à la possession de l’objet aimé, le Saint Esprit oppose la longanimité, qui ne se laisse pas briser par l’attente ; l’Apôtre dit donc (verset 22) : la longanimité ; (Habacuc, II, 3) : « S’il diffère, attendez-le, car, etc. » ; (II Corinth., VI, 6) : « par la longanimité, etc. » Aussi le Sauveur dit-il : (Matth., X, 22) : « Celui qui persévèrera jusqu’à la fin, etc. »
II° En ajoutant (verset 22) : la bonté, etc., l’Apôtre énumère les fruits du Saint Esprit qui perfectionnent l’homme quant à ce qui est extérieur. Or ce qui est extérieur pour l’homme c’est ce qui est ou proche de lui, ou au-dessus de lui, ou enfin au-dessous de lui. Proche de lui se trouve le prochain; au-dessus, Dieu; au-dessous, la nature sensible et le corps.
I. Par rapport au prochain, le Saint Esprit perfectionne l’homme d’abord dans le coeur, en rendant sa volonté bonne et droite. C’est ce qui fait dire à Saint Paul (verset 22) : la bonté, c’est-à-dire la douceur et la rectitude de l’âme, car l’homme eût-il toutes ses autres puissances bonnes, il ne peut être appelé bon, si d’abord sa volonté, par laquelle il use bien du reste, n’est bonne elle-même. La raison en est que la qualification de bien suppose quelque chose de parfait; or, il y a deux sortes de perfection : la première, c’est l’être même de l’objet; la seconde, son opération et celle-ci est plus grande que la première. Ce que l’on dit parfait, dans le sens absolu, est donc ce qui accomplit, dans la perfection, son opération propre, c’est-à-dire arrive à la seconde espèce de perfection. Mais comme c’est par sa volonté que l’homme peut produire l’acte de chaque puissance, cette volonté, dès qu’elle est droite, rend bon l’usage de toutes ces puissances, et par conséquent rend l’homme lui-même bon. De ce fruit, il est dit (Ephés., V, 9) : « Or le fruit de la lumière consiste en toute sorte de bonté, etc. » En second lieu, [le Saint Esprit, par ses dons, perfectionne l’homme] dans ses oeuvres, à savoir en le portant à faire part au prochain de ce qui est à lui. C’est de cette disposition que Saint Paul dit (verset 22) : la bénignité, c’est-à-dire la libéralité à donner ; (II Corinth., IX, 7) : « [Dieu aime] celui qui donne avec joie, etc. » Bénignité, en effet, c’est comme si l’on disait « une bonne flamme », qui fait que le coeur de l’homme se liquéfie pour subvenir aux nécessités des autres ; (Sagesse I, 6) : « L’Esprit de sagesse est plein de bonté, etc. » ; (Coloss., III, 12) : « Revêtez-vous donc, comme des élus de Dieu, saints et bien-aimés, d’entrailles de miséricorde, de bénignité, etc. » Il le perfectionne encore par rapport aux maux à souffrir de la part des autres, afin qu’il endure et supporte avec douceur les causes des peines qui viennent du prochain, (verset 23) : la douceur ; (Matth., XI, 29) : « Apprenez de moi que, etc. »; (Prov., III, 34) : « Dieu donnera sa grâce à ceux qui sont doux. »
II. Relativement à ce qui est au-dessus de nous, c’est-à-dire à Dieu, l’Esprit Saint nous élève vers lui par la foi; aussi Saint Paul dit-il (verset 23) : la foi, qui est comme la connaissance des choses invisibles, accompagnée de certitude ; (Genèse XV, 6) : « Abraham crut à Dieu, et ce lui fut imputé à justice » ; (Hébr., XI, 6) : « Pour s’approcher de Dieu il faut croire premièrement qu’il y a un Dieu, etc. » C’est pourquoi il est dit (Ecclésiastique I, 34) : « Ce qui est agréable à Dieu, c’est la foi et la douceur, etc. »
III. Pour ce qui est au-dessous de nous, c’est-à-dire le corps, l’Esprit Saint dirige l’homme, d’abord quant aux actes extérieurs du corps lui-même, ce qui se fait par la modestie qui règle avec mesure les actes eux-mêmes ou les paroles. Saint Paul dit donc (verset 23) : la modestie ; (Philip., IV, 5) : « Que votre modestie soit, etc. » Secondement quant à l’appétit sensible et intérieur (verset 23) : la continence, qui s’abstient même de ce qui est licite, (verset 23) : et la chasteté, qui use avec rectitude de ce qui est permis, comme dit la Glose. Ou bien encore la continence est ainsi appelée, de ce que l’homme, tout assailli qu’il soit par de mauvaises convoitises, se retient cependant par la vigueur de la raison, afin de n’être pas entraîné, en sorte que le nom de continence viendrait de ce que dans les attaques on se contient. Pour la chasteté, elle est ainsi appelée de ce qu’avec elle on ne se laisse ni attaquer ni entraîner. Son nom se tire du verbe « castigare » qui signifie châtier. On dit bien châtié, celui qui en toutes choses se préserve de tout écart.
Il se présente ici une double difficulté. La première, est que les fruits de l’Esprit étant opposés aux oeuvres de la chair, il semble que Saint Paul aurait dû énumérer autant de ces fruits qu’il a distingué d’oeuvres de la chair, ce qu’il n’a pas fait. Il faut répondre qu’il ne l’a pas fait, parce que les vices sont plus nombreux que les vertus.
La seconde difficulté est que les fruits de l’Esprit qui sont ici indiqués ne répondent pas aux oeuvres de la chair. Il faut répondre que l’Apôtre n’a pas l’intention de donner ici un traité méthodique des vertus et des vices; par suite il ne les oppose pas, mais il énumère tantôt quelques vertus, tantôt quelques vices, suivant qu’il lui paraît convenable pour son but actuel. Toutefois, en considérant la chose avec attention, on reconnaît une sorte d’opposition, car à la fornication, qui est un amour déréglé, répond la charité; à l’impureté, à l’impudicité, à la luxure, qui sont autant d’amorces charnelles qui naissent de la fornication, est opposée la joie, délectation spirituelle qui procède de la charité, ainsi qu’il a été expliqué. Au culte des idoles est opposée la paix; à ce que l’Apôtre nomme des maléfices, etc. jusqu’aux divisions, il oppose la patience, la longanimité, la bonté; aux sectes, la foi; à l’envie, la bénignité; à l’homicide, la douceur; à l’ivrognerie, débauches et autres désordres de ce genre, la modestie, la continence et la chasteté.
23. Il n’y a pas de loi contre ceux qui vivent de la sorte.
24. Or ceux qui sont au Christ, ont crucifié leur chair avec ses passions et ses désirs déréglés.
25. Si nous vivons par l’Esprit, conduisons-nous aussi par l’Esprit.
26. Ne nous laissons pas aller à la vaine gloire, nous piquant les uns les autres, et étant envieux les uns des autres.
Après l’énumération des oeuvres de la chair et des fruits de l’Esprit, l’Apôtre conclut des uns et des autres que quiconque suit l’Esprit n’est plus assujetti à la Loi. Il tient le raisonnement suivant : Celui-là est assujetti à la Loi, qui est exposé à la vindicte de la Loi, c’est-à-dire qui fait des oeuvres contraires à la Loi; or ceux qui sont dirigés par l’Esprit, ne font rien de contraire à la Loi; ils ne lui sont donc pas assujettis. Il prouve donc sa proposition I° par rapport aux fruits de l’Esprit; II° par rapport aux oeuvres de la chair (verset 24) : Car ceux qui sont, etc.
I° Il dit donc : Ceux qui sont dirigés par l’Esprit ne font rien de contraire à la Loi, parce que, ou bien ils font les oeuvres de l’Esprit, et alors (verset 23) : il n’y a pas de loi contre ceux qui vivent de la sorte, c’est-à-dire contre les oeuvres de l’Esprit; mais l’Esprit Saint les enseigne ; car de même que la Loi enseigne extérieurement les oeuvres des vertus, ainsi l’Esprit porte intérieurement à les accomplir ; (Rom., VII, 22) : « Car je me plais dans la Loi de Dieu selon l’homme intérieur, etc… »
II° Ou bien ils font les oeuvres de la chair, et ces oeuvres, dans ceux qui sont dirigés par l’Esprit de Dieu, ne sont pas contraires à la Loi. C’est ce qui fait dire à Saint Paul (verset 24) : Ceux qui sont à Jésus-Christ, c’est-à-dire ceux qui ont l’Esprit de Dieu ; (Rom., VIII, 9) : « Celui qui n’a pas l’Esprit de Dieu n’est pas à lui. » Ceux donc qui sont à Jésus-Christ sont dirigés par l’Esprit de Dieu, et ont crucifié leur chair, etc. L’Apôtre ne dit pas : ils évitent les vices et les convoitises, parce qu’un médecin habile traite comme il convient, quand il utilise les remèdes contre la cause du mal. Or la chair est la racine des vices. Si donc nous voulons nous préserver des vices, il faut dompter la chair ; (I Corinth., IX, 27) : « Je traite rudement mon corps, etc. », car c’est par les veilles, les jeûnes et les travaux qu’on parvient à dompter la chair ; (Ecclésiastique XXXIII, 28) : « A l’esclave malicieux la torture et les fers, etc. » Mais on est porté à ces oeuvres par la dévotion qu’on a pour Jésus-Christ crucifié, c’est pourquoi l’Apôtre dit expressément (verset 24) : Ils ont crucifié leur chair, c’est-à-dire ils se sont conformés à Jésus-Christ crucifié, en affligeant leur chair, etc. ; (Rom., VI, 6) : « Notre vieil homme a été crucifié avec lui, etc. » et (ci-dessus, II, 49) : Afin que je vive pour Dieu, j’ai été attaché à la croix avec Jésus-Christ, etc. » Toutefois parce qu’ils ne crucifient pas la chair en détruisant la nature, puisque « nul ne haït sa propre chair, » comme il est dit dans l’Epître aux Ephésiens (V, 29), mais seulement ce qui est contraire à la Loi, Saint Paul dit (verset 24) : avec ses vices, c’est-à-dire ses péchés et ses désirs déréglés, c’est-à-dire les passions qui portent l’âme à pécher. Car on ne crucifie pas bien sa chair lorsqu’on ne donne pas aussi aux passions le moyen de se manifester; autrement, comme la raison n’est pas toujours vigilante pour éviter le péché, comme elle le doit, elle pourrait tomber quelquefois ; (Ecclésiastique XVIII, 30) : « Ne vous laissez pas aller à vos désirs, etc. » ; (Rom., XIII, 14) : « Ne prenez pas de votre chair un soin qui aille jusqu’à contenter ses désirs, etc. »
III° Quand Saint Paul dit ensuite (verset 25) : Si nous vivons par l’Esprit, etc., il explique le troisième bienfait de l’Esprit Saint, qui est de donner la vie. I. Il énonce ce bienfait de l’Esprit de Dieu; II. il condamne les vices de l’esprit du monde (verset 26) : et ne nous laissons pas aller, etc.
I. L’Apôtre dit donc, en s’assimilant à ceux auxquels il écrit : Je dis que nous devons marcher selon l’Esprit, parce que c’est par l’Esprit que nous vivons et non par la chair ; (Rom. VIII, 12) : « Ainsi nous sommes redevables non pas à la chair, etc. » - Si donc nous vivons par l’Esprit, c’est par l’Esprit que nous devons être dirigés en toutes choses. De même, en effet, que dans la vie corporelle le corps ne se meut que par l’âme par laquelle il vit, ainsi dans la vie spirituelle, tout mouvement en nous doit procéder de l’Esprit Saint ; (Jean, VI, 64) : « C’est l’Esprit de Dieu qui vivifie » ; (Act., XVII, 28) : « C’est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l’être. »
II. Pour que l’on n’entende pas ce qu’il a dit de l’esprit du monde dont il est dit (I Corinth., II, 12) : « Or nous n’avons pas reçu l’esprit du monde », l’Apôtre rejette cette fausse interprétation, en disant (verset 26) : et ne nous laissons pas aller, etc., signalant trois vues particulières à l’esprit du monde, à savoir la vaine gloire, la colère et l’envie, auxquelles on peut donner avec assez de justesse le nom d’esprit, car ce terme indique comme un souffle. Aussi d’après cette interprétation, on appelle esprits vains ceux qui sont enflés par la vaine gloire ; (Isaïe XXV, 4) : « L’Esprit des puissants ressemble à une tempête qui vient fondre sur une mu- raille, etc. » C’est ce qui fait dire à Saint Paul (verset 26) : et ne nous laissons pas aller au désir de la vaine gloire, c’est-à-dire à la gloire du siècle. Car comme il n’y a que de la vanité dans ce qui n’est ni appuyé solidement, ni soutenu par la vérité, ni digne d’amour à raison de son utilité, la gloire de ce monde est vaine, puisqu’elle est caduque et fragile ; (Isaïe XL, 6) : « Toute chair n’est que de l’herbe, etc. ; de plus elle est fausse ; (I Machab., II, 62) : « Toute la gloire du pécheur n’est que de l’ordure et des vers, etc. » Mais la gloire véritable réside dans les biens propres de l’homme, c’est-à-dire dans les biens spirituels. Les Saints possèdent cette gloire ; (II Corinth., I, 12) : « Notre gloire, c’est le témoignage de notre conscience, etc. » La gloire du monde est encore inutile et infructueuse, car quelque grande que soit cette gloire, au témoignage des gens du siècle, elle ne peut aider l’homme à atteindre sa fin, qu’il n’obtient que sur le témoignage de Dieu ; (I Corinth., I, 31) : « Que celui qui se glorifie, se glorifie donc dans le Seigneur. » L’Apôtre ne dit pas : n’ayez pas de gloire vaine, mais ne nous laissons pas aller au désir, parce que la gloire suit quelquefois ceux qui la fuient, et si l’on ne peut s’y soustraire, toutefois on ne doit pas l’aimer. Le mot esprit signifie aussi une certaine impétuosité ; (Prov., XXVII, 4) : « Qui pourra soutenir la colère d’un homme emporté ? » Il marque aussi la colère; aussi Saint Paul dit-il (verset 26) : nous piquant les uns les autres, c’est-à-dire en poussant à la contention, aux procès, ou à d’autres choses peu recommandables ; (Rom., XIII, 13) : « Ne vous laissez aller ni aux querelles ni aux envies, etc. » Il y a aussi l’esprit de tristesse, dont il est dit (Prov., XVII, 22) : « La tristesse du coeur dessèche les os » ; de cet esprit l’Apôtre dit (verset 26) : étant envieux les uns des autres ; (Prov., XIV, 30) : "L’envie, c’est la pourriture des os". La raison en est qu’elle seule grandit par le bien même qu’elle voit dans les autres.
1. Mes frères, si quelqu’un est tombé par surprise en quelque péché, vous autres qui êtes spirituels, ayez soin de relever dans l’un esprit de douceur, chacun de vous faisant réflexion sur soi-même, et craignant d’être tenté aussi bien que lui.
2. Portez les fardeaux les uns des autres, et vous accomplirez ainsi la loi du Christ.
3. Car si quelqu’un s’estime être quelque chose, il se trompe lui-même, parce qu’il n’est rien.
4. Or que chacun examine bien ses propres actions, et alors il trouvera sa gloire dans lui-même, et non pas dans un autre.
5. Car chacun portera son propre fardeau.
Après avoir ramené les Galates à la vérité, quant aux choses divines, Saint Paul les y ramène encore, quant aux choses humaines, en les instruisant de la manière dont ils doivent se conduire à l’égard des hommes. Et d’abord par rapport à ceux qui marchent droit; ensuite envers ceux qui s’égarent (verset 11) : Voyez quelle lettre, etc. Sur le premier de ces points, l’Apôtre enseigne I° comment les supérieurs doivent traiter les inférieurs; II° comment il faut se conduire d’égal à égal (verset 2) : Portez les fardeaux les uns des autres ; III° comment les inférieurs doivent agir à l’égard des supérieurs (verset 6) : Que celui que l’on instruit, etc.
I° A l’égard des supérieurs, I. Saint Paul fait une recommandation; II. il en assigne la raison (verset 1) : Faisant réflexion sur soi-même, etc.
I. Comme il s’était étendu fort longuement sur les péchés, craignant que quelqu’un d’entre eux, exempt de ces fautes, ne s’en prenne sévèrement aux pécheurs, il recommande pour ce motif la douceur et la miséricorde, en disant (verset 1) : Frères, si quelqu’un par surprise, est tombé dans quelque manquement, etc.
1° Il comprend dans cette recommandation trois circonstances qu’elle suppose.
A) D’abord la surprise; car celui qui pèche par malice est moins digne de pardon ; (Job, XXXIV, 27) : "Eux qui ont fait un dessein formé de se retirer de lui, etc." Mais lorsqu’on est circonvenu par la tentation, et entraîné ainsi à pécher, le pardon doit être plus facilement accordé, c’est ce qui fait dire à Saint Paul (verset 1) : Si quelqu’un par surprise, etc., c’est-à-dire imprudemment et parce qu’il a été circonvenu, en sorte qu’il ne pouvait échapper.
B) En second lieu, le petit nombre des péchés, car il en est pour qui le péché devient une habitude ; (Osée, IV, 2) : "Les outrages, le mensonge, l’homicide, le larcin et l’adultère s’y sont répandus comme un déluge, et le meurtre a succédé au meurtre, etc." Contre de tels prévaricateurs il faut agir avec plus de sévérité. L’Apôtre les exclut donc [de l’indulgence], quand il dit (verset 1) : en quel que manquement, c’est-à-dire sans en faire une habitude de chaque jour.
C) Troisièmement la gravité des fautes; car il en est qui sont des transgressions, d’autres des omissions. Les premières sont plus graves que les secondes, parce que les premières sont opposées aux préceptes négatifs qui obligent toujours et pour toujours, tandis que les secondes ne sont opposées qu’aux préceptes affirmatifs, qui n’obligeant pas toujours, laissent quelque indécision pour savoir quand ils obligent. C’est pourquoi il est dit (Ps., XVIII, 13) : "Quel est celui qui connaît ses manquements" ? Sur quoi Saint Paul dit : quelque manquement. Ou bien, selon la Glose, le manquement est une faute commise par ignorance.
2° Ceci donc posé, l’Apôtre recommande à ceux qui corrigent les autres, la miséricorde; or ce sont les spirituels auxquels il appartient de corriger. Aussi dit-il (verset 1) : Vous autres qui êtes spirituels, ayez soin de l’instruire ; (I Corinth., II, 15) : "L’homme spirituel juge de tout, et il n’est, lui, jugé par personne." La raison est que celui-là possède un jugement correct sur toutes choses, qui est bien disposé à l’égard de tout; ainsi que celui qui a le goût sain, apprécie avec justesse les saveurs. Or le spirituel seul en dispose, comme il convient, à l’égard des choses à pratiquer; lui seul donc juge avec rectitude de ces choses. Mais parce que le mot « esprit » signifie une certaine force, une certaine impulsion, suivant cette parole d’Isaïe (XXV, 4) : "Le souffle des puissants est comme une tempête qui vient fondre sur une muraille, etc.", il ne faut pas croire pour cela que les hommes spirituels soient trop rigides dans la correction. C’est bien ce que fait l’esprit de ce monde, mais le Saint Esprit produit dans l’homme un sorte de suavité et une certaine douceur ; (Sag., XII, 1) : "Seigneur, que votre Esprit est bon, et qu’il est doux dans toute sa conduite." C’est ce qui fait dire à Saint Paul (verset 1) : dans un Esprit de douceur ; (Ps., CXL, 5) : "Que le juste me reprenne avec charité, etc." Mais il est dit au contraire de quelques-uns ; (Ezéch., XXXIV, 4) : "Vous vous contentiez de les dominer avec une rigueur sévère, etc." L’Apôtre dit (verset 1) : Ayez soin de l’instruire, et non pas « corrigez-le », parce qu’il parle de coupables surpris, qui ont besoin d’instruction. Ou encore, parce que tout pécheur est dans un état d’ignorance ; (Prov., XIV, 22) : "Ceux qui font le mal se trompent."
II. Saint Paul donne aussitôt la raison de sa recommandation, en disant (verset 1) : Chacun de vous faisant réflexion sur soi-même, etc. En d’autres termes : qu’il soit fait comme j’ai dit, parce que vous êtes fragile. En effet, tant que nous sommes dans cette vie mortelle, nous sommes portés à pécher. Or rien n’adoucit la sévérité de celui qui reprend comme la crainte de sa propre chute ; (Ecclésiastique XXXI, 18) : "Jugez de la disposition de votre prochain par la vôtre."
II° Saint Paul enseigne ensuite comment il faut se conduire à l’égard des égaux, lorsqu’il dit (verset 2) : Portez les fardeaux les uns des autres, etc. I. Il fait une recommandation II. il en assigne le motif (verset 2) : et vous accomplirez ainsi, etc. ; III. il lève l’obstacle qui s’opposerait à l’accomplissement de ce qu’il recommande (verset 3) : car si quelqu’un s’estime être quelque chose, etc.
I. Ce que l’Apôtre recommande, c’est le support mutuel (verset 2) : Portez les fardeaux les uns des autres. On peut le faire de trois manières. D’abord en supportant avec patience les défauts corporels ou spirituels du prochain ; (Rom., XV, 1) : "Nous devons donc, nous qui sommes plus forts, etc." Ensuite en subvenant aux nécessités mutuelles, etc. ; (Rom., XII, 13) : "Charitables pour soulager les nécessités des saints." Enfin en offrant en satisfaction ses prières et ses bonnes oeuvres, pour la dette dont on est redevable ; (Prov., XVIII, 19) : "Le frère qui est aidé par son frère, etc."
II. La raison de la recommandation de l’Apôtre, c’est l’accomplissement de la Loi de Jésus-Christ qui est aussi charité ; (Rom., XIII, 10) : "L’amour est l’accomplissement de la Loi." C’est ce qui fait dire à Saint Paul (verset 2) : et vous accomplirez ainsi la Loi de Jésus Christ, c’est-à-dire la charité. Or la Loi de Jésus-Christ est appelée Loi de charité, pour trois raisons. D’abord parce que la Loi nouvelle est ainsi distinguée de la Loi ancienne, car celle-ci est une Loi de crainte, celle-là une Loi d’amour. C’est ce qui fait dire à saint Augustin : «Il n’y a qu’une petite différence entre la Loi ancienne et la Loi nouvelle : c’est la crainte et l’amour.» Ensuite parce que Jésus-Christ a spécialement promulgué sa Loi par l’amour ; (Jean, XIII, 35) : "C’est en cela que tous connaissent que vous êtes mes disciples, si vous vous aimez les uns les autres" et encore « Je vous laisse un commandement nouveau, c’est de vous aimer les uns les autres, etc. Enfin parce que Jésus-Christ a lui-même accompli sa Loi, et nous a laissé cet exemple, car il a porté lui-même nos péchés par charité ; (Isaïe, LIII, 4) : "Il a pris véritablement nos langueurs sur lui" ; (I Pierre, II, 24) : "C’est lui qui a porté nos péchés en son corps sur la croix, etc." ; (Isaïe XL, 11) : "Il portera lui-même les brebis qui sont pleines". Nous devons donc porter les fardeaux les uns des autres, pour accomplir ainsi la Loi de Jésus Christ.
III. L’obstacle à l’accomplissement de la recommandation que l’Apôtre vient de faire, c’est l’orgueil. Afin de le détruire, il dit (verset 3) : Car si quelqu’un s’estime être quelque chose, etc… 1° Il blâme l’orgueil; 2° il donne la manière de l’éviter (verset 5) : Que chacun examine ses propres actions ; 3° Il dit pourquoi il faut l’éviter (verset 5) : car chacun portera son propre fardeau, etc.
1° il dit donc : Faites ce que je vous ai recommandé. Mais il arrive qu’on ne porte pas le fardeau d’un autre, parce qu’on se préfère aux autres. C’est ce qui faisait dire au Pharisien de l’Evangile (Luc, XVIII, 11) : "[O Dieu! je vous rends grâces de ce que] je ne suis pas comme le reste des hommes" ; c’est de l’a que Saint Paul dit (verset 5) : car si quelqu’un s’estime être quelque chose, c’est-à-dire s’il estime avec orgueil dans son esprit qu’il est quelque chose de grand, en comparaison du pécheur, (verset 5) : tandis qu’il n’est rien, de lui-même, parce que tout ce que nous sommes, nous le sommes par la grâce de Dieu, suivant cette parole de notre Apôtre (I Corinth., XV, 10) : "C’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis". – Celui qui fait cela, dis-je, il se séduit lui-même, c’est-à-dire il se sépare de la vérité ; (Isaïe, XI, 17) : "Tous les peuples du monde sont devant lui comme s’ils n’étaient pas, etc." ; (Luc, XVII, 10) : "Lorsque vous aurez fait tout ce qui vous est commandé, dites : nous sommes des serviteurs inutiles, etc."
2° Le remède pour éviter l’orgueil, c’est la considération de ses propres défauts. Car si l’on considère les défauts des autres, et non pas les siens, on a l’impression qu’on est quelque chose en comparaison des autres, dans lesquels on a reconnu ces défauts, et en perdant de vue les siens propres, on se laisse aller à l’orgueil. C’est ce qui fait dire à Saint Paul (verset 4) : Que ses oeuvres, c’est-à-dire celles qui lui sont propres, soient pesées, c’est-à-dire examinées avec soin, intérieurement et extérieurement par chacun ; (I Corinth., XI, 28) : "Que l’homme donc s’éprouve lui-même," – et alors en lui-même, c’est-à-dire dans sa propre conscience, il trouvera sa gloire, c’est-à-dire il pourra se glorifier et se réjouir ; (II Corinth., I, 12) : "Notre gloire, c’est le témoignage que nous rend notre conscience," - et non pas dans un autre, c’est-à-dire non pas dans la louange des autres. Ou bien encore : en lui-même, c’est-à-dire : ce sera par ce qui lui appartient, et ce qui est à lui, qu’il obtiendra la gloire; il pourra se glorifier dans la considération qu’il fera de lui-même, et non pas dans un autre, c'est-à-dire en considérant ce qui est dans un autre ; (2 Corinthiens XII, 9) : "Je prendrai donc plaisir à me glorifier dans mes infirmités, etc." Ou enfin en soi-même, c’est-à-dire en Dieu qui habite en lui, il pourra se glorifier ; en d’autres termes, en lui sera sa gloire, et non pas dans un autre qu’en Dieu ; (II Corinth., X, 17) : "Que celui qui se glorifie, se glorifie dans le Seigneur."
3° La raison enfin d’éviter l’orgueil, c’est la récompense ou le châtiment qui sera rendu à chacun suivant le mérite ou le démérite de ses actions. Ce qui fait dire à Saint Paul (verset 5) : car chacun portera son propre fardeau.
Ceci cependant paraît contraire à ce qu’il a dit plus haut : Portez les fardeaux les uns des autres.
Il faut observer que dans ces dernières paroles l’Apôtre parle du fardeau de l’infirmité qu’on doit porter, et pour lequel nous devons nous aider mutuellement. Mais ici il parle du fardeau du compte à rendre, fardeau que chacun portera pour soi, que ce soit le fardeau de la récompense ou celui du châtiment, car le mot « fardeau » exprime quelquefois le poids de la peine, quelquefois la grandeur de la récompense ; (II Corinth., IV, 17) : "[Le moment si court et si léger des afflictions que nous souffrons en cette vie], produit en nous le poids éternel d’une [souveraine et incomparable] gloire" ; (Isaïe, III, 10) : "Dites au juste qu’il lui adviendra bien, parce qu’il recueillera le fruit de ses oeuvres, mais malheur à l’impie, etc." Que si l’on dit de quelques-uns qu’ils rendront compte pour les autres, par exemple les supérieurs pour les inférieurs, suivant cette parole d’Ezéchiel (III, 18) : "Je vous redemanderai son sang" et (Hébr., XIII, 17) : "Obéissez à leurs ordres; car ils veillent sur vos âmes, comme devant en rendre compte", ceci n’est pas contraire à ce que dit l’Apôtre, parce que si les supérieurs sont punis, ce n’est pas pour les péchés commis par leurs inférieurs, mais pour les péchés propres, qu’ils ont commis en n’exerçant pas la vigilance à l’égard de leurs inférieurs. Il faut donc éviter et l’orgueil et le péché parce que chacun, au jour du jugement, offre à Dieu son fardeau, c’est-à-dire la mesure de la grâce, comme les gerbes de ses bonnes œuvres ; (Ps., CXXV, 6) : "Ils viendront avec des transports de joie", ce qui se rapporte aux bons. Ou bien : il portera son fardeau, c’est-à-dire le châtiment dû à ses péchés propres.