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Hébreux X, 19 à 25 : S'attacher au sacerdoce du Christ

SOMMAIRE : Qu’il faut nous attacher par la foi, l’espérance et la charité au sacerdoce de Jésus-Christ, dont l’Apôtre exalte de nouveau l’excellence et la dignité.

19. C’est pourquoi, mes frères, puisque nous avons la liberté d’entrer avec notre confiance dans le sanctuaire par le sang du Christ,

20. En suivant cette voie nouvelle et vivante qu’il nous a tracée le premier par l’ouverture du voile, c’est-à-dire de sa chair,

21. Et que nous avons un Grand Prêtre qui est établi sur la maison de Dieu :

22. Approchons-nous de lui avec un coeur vraiment sincère et avec une pleine foi, ayant le coeur purifié des souillures de la mauvaise conscience par une aspersion intérieure, et le corps lavé dans l’eau pure.

23. Demeurons fermes et inébranlables dans la profession que nous avons faite d’espérer ce qui nous a été promis ; puisque celui qui nous l’a promis est très fidèle dans ses promesses.

24. Et considérons-nous les uns les autres afin de nous entre exciter à la charité et aux bonnes oeuvres.

25. Et loin de nous retirer des assemblées des fidèles, comme quelques-uns ont accoutumé de faire, exhortons-nous au contraire les uns les autres, d’autant plus que vous voyez que le jour approche.

Après avoir établi la prééminence, à tant de titres, du sacerdoce du Christ sur le sacerdoce de la Loi, saint Paul, suivant sa coutume, conclut en recommandant de s’attacher avec fidélité à ce sacerdoce du Nouveau Testament. C’est ce qu’il a fait souvent dans ce qui précède, plaçant toujours après les preuves de la divinité [du Christ], la recommandation d’être fidèles ; car son but, en relevant la grâce du Christ, n’était autre que de gagner ceux auxquels il s’adressait à l’obéissance du Christ, et de les déterminer à abandonner les observances de la Loi. Dans ce dessein donc, premièrement il fait sa recommandation ; secondement, il en assigne la raison (verset 26) : Car si nous péchons volontairement. Il faut se rappeler, sur le premier de ces points, que l’Apôtre avait prouvé deux choses à l’égard du sacerdoce du Christ, d’abord l’efficacité de son sacrifice, puisqu’il avait offert son propre sang, et ensuite sa dignité, puisqu’il est pontife pour l’éternité. Il résume donc, dans sa recommandation, ces deux points, et en avertissant d’obéir à Dieu le Christ, d’abord il les rappelle ; ensuite il fait sa recommandation (verset 22) : Approchons-nous avec un coeur vraiment sincère.

I° La première partie se subdivise encore. L’Apôtre, premièrement, reprend le sacrifice du sacerdoce du Christ ; secondement, sa dignité (verset 21) : et que nous avons un grand prêtre.

I. Il dit donc (verset 19) : C’est pourquoi, mes frères, comme nous le sommes par la charité réciproque, ayant confiance d’entrer dans, etc... ; (Eph., III, 12) : "C’est en Jésus-Christ que nous avons, par la foi en son nom, la liberté de parler à Dieu, etc..." ; (Exode, XV, 17) : "Vous les introduirez et vous les établirez sur la montagne de votre héritage, sur cette demeure très ferme, etc..." ; (Ps. CXX, 1) : "Je me suis réjoui de ce qui m’a été dit, que nous irons dans la maison du Seigneur." Nous obtenons cette béatitude par le sang du Christ, car c’est le sang du Nouveau Testament, c’est-à-dire de la promesse nouvelle, à savoir, des biens célestes. Mais l’Apôtre montre comment nous avons cette confiance d’entrer en possession de ces biens. C’est que le Christ, par son sang, nous a le premier tracé cette voie nouvelle (verset 20), c’est-à-dire l’a ouverte ; (Michée, II, 13) : "Celui qui doit leur ouvrir le chemin marchera devant eux" ; (Jean, XIV, 3) : "Et après que je m’en serai allé et que je vous aurai préparé une place, etc..." ; (Isaïe, XXXV, 8) : "Il y aura là une voie qui sera appelée la voies sainte ; celui qui est impur n’y passera pas." Telle est donc la voie, par laquelle on entre dans les cieux. Cette voie est nouvelle, parce qu’avant le Christ nul ne l’avait trouvée, car "personne n’est monté au ciel, que celui qui est descendu du ciel" (Jean, III, 13). Quiconque veut monter doit donc s’attacher à lui comme un membre s’attache à son chef ; (Apoc., II, 7) : "Je donnerai au victorieux à manger du fruit de l’arbre de vie, qui est au milieu du paradis de mon Dieu" et (Apoc., III, 12) : "J’écrirai sur lui un nom nouveau, et le nom de la ville de la nouvelle Jérusalem," parce qu’ils y sont comme introduits de nouveau. De plus cette voie (verset 20) est vivante, c’est-à-dire toujours persévérante ; et c’est particulièrement en cela que se manifeste la vertu de sa divinité, parce qu’il vit toujours. L’Apôtre indique ensuite quelle est cette voie, quand il dit (verset 20) : par le voile, c’est-à-dire, par sa chair. De même en effet, que le Grand Prêtre pénétrait dans le Saint des Saints en soulevant le voile, de même, si nous voulons entrer dans le sanctuaire de la gloire, il faut le faire par la chair du Christ, qui fut comme le voile de sa divinité ; (Isaïe XLV, 15) : "Vous êtes vraiment le Dieu caché." C’est que la foi en sa divinité ne suffit qu’autant qu’on y joint la foi en son incarnation ; (Jean, XIV, 1) : "Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi". Ou par le voile, c’est-à-dire par sa chair qu’il a donnée dans son sacrement, sous le voile de l’espèce du pain. Car il ne nous la donne pas dans sa forme naturelle, pour prévenir la répugnance et pour qu’il y ait mérite à la foi.

II. L’Apôtre exalte ensuite la grandeur du pontife même quand il dit (verset 21) : et que nous avons un grand pontife, c’est-à-dire celui qui nous a ouvert cette voie nouvelle ; en d’autres termes : maintenant donc que nous avons la confiance d’entrer [dans le sanctuaire] par ce grand prêtre, c’est-à-dire par Jésus ; (Ps. CIX, 5) : "Vous êtes le prêtre éternel." Il est appelé grand, parce que son sacerdoce n’est pas restreint à un seul peuple, comme l’était celui d’Aaron, mais (verset 21) il est établi sur la maison de Dieu, c’est-à-dire l’Eglise tout entière, militante et triomphante ; (I Tim., III, 15) : "Afin que vous sachiez comment vous conduire dans la maison de Dieu, qui est l’Eglise." Et l’Apôtre dit : sur la maison de Dieu, parce que Moïse fut très fidèle dans toute sa maison, comme serviteur (Nomb., XII, 7). Mais le Christ a été établi sur toute la maison, comme Fils, qui est le Seigneur de toutes choses ; (Matth., XXVIII, 18) : "Toute puissance m’a été donnée dans le ciel et sur la terre." Ceci a été expliqué dans le chapitre III qui précède.

II° Saint Paul ajoute (verset 22) : Approchons-nous, et exprime sa recommandation, c’est-à-dire que dès lors que le Christ est tel et qu’il est si grand, nous devons nous attacher à lui avec fidélité ; ce qui se fait de trois manières, à savoir par la foi, l’espérance et la charité ; (I Corinth., XIII, 13) : "Ces trois vertus, la foi, l’espérance et la charité, demeurent à présent." Premièrement donc, il avertit de s’attacher à ce qui tient à la foi ; en second lieu ce qui tient à l’espérance (verset 23) : Demeurons fermes et inébranlables ; troisièmement, à ce qui tient à la charité (verset 24) : et considérons-nous.

I. Relativement à la foi, deux choses sont nécessaires, à savoir la foi elle-même, parce que sans elle il est impossible de plaire Dieu ; ensuite le sacrement de la foi.

De la foi, l’Apôtre dit (verset 22) : Approchons-nous, non pas double, mais sincère ; (IV Rois, XX, 3) et (Isaïe, XXXVIII, 3) : "Seigneur, souvenez-vous de quelle manière j’ai marché devant vous, dans la vérité et avec un coeur parfait". Ce qui a lieu quand les oeuvres extérieures sont d’accord avec le coeur. Approchons aussi (verset 22) avec une pleine foi ; (ci-après, XI, 6) : pour s’approcher de Dieu, il faut croire, etc... Quelle que soit cette foi, elle ne suffit pas ; il est nécessaire d’avoir une foi pleine, qui devient telle de deux manières. D’abord quant à la matière de la foi, en croyant tout ce qui nous est proposé à croire ; ensuite en donnant à la foi sa forme parfaite ; ce qui se fait par la charité ; (Rom., XII, 10) : "L’amour est l’accom-plissement de la loi."

Relativement au sacrement de la foi, l’Apôtre dit (verset 22) : Les coeurs purifiés, faisant allusion à ce qui est rapporté au ch. XIX, 2 à 11 des Nombres, dans lequel est expliqué le rite cérémoniel de la vache rousse. On faisait aspersion avec l’eau et la cendre de cette victime, le troisième jour, sur celui qui devait se purifier; puis le septième on lavait avec une autre eau son corps et ses vêtements. Or par l’aspersion de cette eau de la vache rousse, on figurait la Passion du Christ, parce que le troisième jour, c’est-à-dire, dans la foi de la très sainte Trinité, nous sommes purifiés de nos péchés par le baptême. L’Apôtre donc, indiquant cet effet, dit les coeurs, et non les corps purifiés ; (ci-après, XII, 24) : Vous vous êtes approchés de ce sang dont on a fait l’aspersion. Les coeurs donc purifiés, non de la souillure contractée pour avoir touché un mort, comme on l’était par l’eau de la vache rousse ; mais des servitudes d’une conscience mauvaise. Arrivant ensuite à l’ablution qui se faisait le septième jour, saint Paul ajoute (verset 22) : lavés quant au corps par cette eau pure. Car dans le baptême, ce n’est pas seulement la vertu de la passion du Christ qui agit, on y reçoit encore l’infusion des dons du Saint Esprit. Ainsi donc, le septième jour, c’est-à-dire par la plénitude des dons de l’Esprit Saint, l’homme tout entier est purifié extérieurement et intérieurement ; de tout péché, soit actuel, soit originel, qui communique une sorte de souillure corporelle, puisque l’âme le contracte par son union avec une chair qui en est souillée ; l’Esprit Saint est appelé une eau, parce qu’il purifie ; (Actes, XV, 9) : "Ayant purifié leurs coeurs par la foi" ; (Ezéch., XXXVI, 25) : "Je répandrai sur vous de l’eau pure et vous serez purifiés de toutes vos souillures, et je vous purifierai du culte de vos idoles" ; (Zach., XIII, 1) : "En ce jour-là, il y aura une fontaine ouverte à la maison de David, et aux habitants de Jérusalem, pour y laver les souillures du pécheur et de la femme impure." (Tite, III, 5) : "[Il nous a sauvés] par l’eau de la renaissance et par le renouvellement du Saint Esprit". C’est en signe de ces effets que le Saint Esprit est descendu sous une forme corporelle, sur Jésus-Christ que Jean baptisait.

II. Quand l’Apôtre dit (verset 23) : Demeurons fermes dans la profession de notre espérance, il explique ce qui convient à l’espérance. Premièrement donc, il exhorte à la conserver inébranlable ; en second lieu, il en assigne la raison (verset 23) : puisque celui qui nous l’a promis est très fidèle.

Il faut ici se rappeler que par la foi au Christ nous recevons l’espérance du salut éternel et l’entrée dans le royaume des cieux ; (I Pierre, I, 3) : "Il nous a régénérés pour nous donner la vive espérance." C’est ce qui fait dire à saint Paul (verset 23) : Tenons donc bien. Il ne dit pas l’espérance, mais la profession de notre espérance, parce qu’il ne suffit pas d’avoir l’espérance dans le cœur ; il faut de plus la confesser de bouche ; (Rom., X, 10) : "Il faut croire de coeur pour la justice, et confesser par ses paroles pour le salut." De plus, il est nécessaire de faire profession de cette espérance, non pas seulement en parole, mais encore par les œuvres ; ce qui est contre quelques-uns, dont il est dit dans l’épître à Tite (1, 16) : "Ils font profession de connaître Dieu, mais ils le renient par leurs oeuvres." Or cette profession se fait au moyen des oeuvres par lesquelles on tend au bien qu’on espère ; (Apoc., III, 11) : "Conservez ce que vous avez, de peur qu’un autre ne prenne votre couronne." Conservons donc cette profession inébranlable, c’est-à-dire gardons-nous de nous en écarter, ni dans la prospérité, ni dans l’adversité ; (Ps. CXXIV, 5) : "Pour ceux qui se détournent dans les voies obliques, le Seigneur les joindra à ceux qui commettent l’iniquité" ; (Isaïe, XXX, 21) : "C’est ici la voie : marchez dans ce chemin sans vous détourner ni à droite ni à gauche."

La raison de cette fermeté, c’est que (verset 23) : Celui qui nous a promis est très fidèle." Par conséquent, il ne peut mentir ; (Ps. CXLIV, 13) : "Le Seigneur est fidèle dans toutes ses paroles" ; (Deutér., XXXII, 4) : "Dieu est fidèle [dans ses promesses] ; il est éloigné de toute iniquité."

III. Quand saint Paul ajoute (verset 24) : Et considérons-nous les uns les autres, etc..., il explique ce qui concerne la charité. Premièrement donc, il donne cette explication ; secondement, il repousse quelque chose de contraire à la charité (verset 25) : Et loin de nous retirer des ; troisièmement, il en assigne la raison, tirée de l’opportunité du temps (verset 25) : d’autant plus que vous voyez que le jour s’approche, etc...

Sur le premier de ces points, il faut se rappeler que bien que la charité s'attache principalement à Dieu, toutefois elle se manifeste par l’amour du prochain ; (I Jean, IV, 20) : "et comment celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, peut-il aimer Dieu qu’il ne voit pas ?" Il est donc de l’essence de la charité d’aimer le prochain. C’est ce qui fait dire à saint Paul (verset 24) : et considérons nous les uns les autres, afin de faire avec sollicitude ce qui peut être utile au prochain ; (Ecclésiastique XVII, 12) : "Il a ordonné à chacun d’avoir soin de son prochain." Mais parce qu’il en est qui considèrent ce qui concerne le prochain avec un oeil d’envie, les autres avec l’œil de la haine, et qu’il est dit contre eux au livre des Proverbes (XXIV, 15) : "Ne cherchez pas l’impiété dans la maison du juste", l’Apôtre dit (verset 24) : afin de nous entr’exciter à la charité," c’est-à-dire afin de provoquer nos frères à la charité. (Rom., XI, 13) : "Tant que je serai l’Apôtre des Gentils, je travaillerai à honorer mon ministère, pour tâcher d’exciter une sainte jalousie dans ceux de ma race, et d’en sauver quelques-uns." Cette sorte de provocation procède de l'amour qui s’étend aux oeuvres extérieures ; (I Jean, III, 18) : "Mes petits enfants n’aimons pas de parole et de langue, mais par oeuvres et en vérité." Car, ainsi que l’a dit saint Grégoire, l’amour de Dieu ne peut rester oisif ; il opère de grandes choses, dès qu’il existe, et quand il refuse de les entreprendre, ce n’est plus l’amour. La preuve donc de l’amour, ce sont les oeuvres qu’on opère. Voilà pourquoi saint Paul ajoute (verset 24) : et aux bonnes oeuvres. (Coloss., I, 10) : "Portant des fruits de toutes sortes de bonnes oeuvres."

L’Apôtre écarte ensuite une disposition opposée à la charité, lorsqu’il dit (verset 25) : et loin de nous retirer de l’assemblée des fidèles, etc... La charité étant, en effet, tout amour, et le propre de l’amour étant de tendre à unir, puisque, comme dit saint Denys, l’amour est une force qui unit (Jean, XVII, 22) : "Afin qu’ils soient un, comme nous ne sommes qu’un, et que le monde connaisse que vous les avez aimés, comme vous m’avez aimé," se séparer les uns des autres est directement opposé à la charité. C’est ce qui fait dire à saint Paul (verset 25) : et loin de nous retirer de l’assemblée des fidèles, c’est-à-dire de l’Eglise, qu’on peut abandonner de trois manières. D’abord en apostasiant la foi à cause des persécutions. Ceux-ci sont marqués par ceux dont il est dit en saint Jean (VI, 67) : "[Plusieurs] se retirèrent de sa suite et ils n’allèrent plus avec lui." (Matth., XIII, 21) : "Lorsqu’il survient des traverses et des persécutions à cause de la parole, ils en prennent aussitôt un sujet de scandale" ; (Luc, VIII, 13) : "Ils croient pour un temps, et ils se retirent aussitôt que la tentation est venue." Ensuite les pasteurs infidèles, qui délaissent les brebis au moment du danger ; (Jean, X, 13) : "Or le mercenaire s’enfuit, parce qu’il est mercenaire." Enfin il en est qui le font par orgueil, quand, alors qu’ils pourraient être utiles pour gouverner, ils se séparent, l’orgueil au front, du reste de leurs frères ; (Jude, I, 19) : "Ce sont des gens qui se séparent des autres, des hommes sensuels qui n’ont pas l’esprit de Dieu." Ils agissent ainsi sous l’apparence d’une plus grande perfection, et peut-être au temps de l’Apôtre s’en trouvait-il de tels. C’est pourquoi il ajoute (verset 25) : comme quelques-uns ont accoutumé de le faire. C’est contre eux qu’il est dit (I Corinth, XI, 16) : "Si quelqu’un veut contester, ce n’est pas notre coutume, ni celle de l’Eglise de Dieu." Et il ajoute aussi ce qu’ils ont à faire, en disant (verset 25) : Exhortons-nous, au contraire, comme s’il disait : si vous voyez que l’un de vos frères se conduit mal, ne l’abandonnez pas, mais consolez-le plutôt, en n’agissant pas comme ceux qui se séparent de leurs frères, et dont il dit : comme quelques-uns ont accoutumé de faire, etc...

Enfin quand il dit (verset 26) : d’autant plus que, il assigne la raison de ce qu’il vient de recommander. Car on pouvait dire : si nous devons avancer dans la foi, c’est qu’un mouvement naturel s’accroît d’autant plus qu’il approche du terme. Il en est tout autrement d’un mouvement violent ; or la grâce incline par une sorte d’analogie avec ce que fait la nature ; donc ceux qui sont dans l’état de grâce doivent croître aussi d’autant plus qu’ils approchent davantage de la fin. C’est pourquoi l’Apôtre dit (verset 25) : ne se séparant pas de leurs frères, comme quelques-uns, mais au contraire, les consolant, et avec d’autant plus de charité que vous voyez que le jour, c’est-à-dire que le terme s’approche ; (Rom., XIII, 12) : "La nuit est déjà fort avancée et le jour s’approche" ; (Proverbes IV, 18) : "Le sentier des justes est comme une lumière brillante, qui s’avance et qui croît jusqu’au jour parfait."

Hébreux X, 26 à 31 : Le jugement dernier

SOMMAIRE : Pour qu’on ne perde pas le fruit de sa recommandation, l’Apôtre déclare avec sévérité que c’est inutilement qu’on sacrifie pour ceux qui pèchent, et il effraie par l’annonce terrible du jugement à venir.

26. Car si nous péchons volontairement après avoir reçu la connaissance de la vérité, il n’y a plus désormais d’hostie pour les péchés ;

27. Mais il ne reste qu’une attente effroyable du jugement et l’ardeur du feu qui doit dévorer les ennemis de Dieu.

28. Celui qui a violé la loi de Moise est condamné à mort sans miséricorde, sur la déposition de deux ou trois témoins;

29. Combien donc croyez-vous que celui-ci sera jugé digne d’un plus grand supplice, qui aura foulé aux pieds le Fils de Dieu, qui aura tenu pour une chose vile et profane le sang de l’alliance par lequel il avait été sanctifié, et qui aura fait outrage à l’esprit de la grâce?

30. Car nous savons qui est celui qui a dit : La vengeance m’est réservée et je saurai bien la faire, dit le Seigneur. Et ailleurs : Le Seigneur jugera son peuple.

31. C’est une chose terrible que de tomber entre les mains du Dieu vivant.

Après avoir relevé, dans ce qui précède, l’excellence du sacerdoce du Christ et recommandé de s’attacher à ce sacerdoce par la foi et la charité, saint Paul prouve ici par le raisonnement la nécessité de sa recommandation ; et pour cela il emploie, premièrement, la crainte ; secondement, la douceur (verset 32) : Or rappelez en votre mémoire ce premier temps. Sur la première partie, il fait deux choses. D’abord il leur inspire la crainte pour les porter à observer sa recommandation, de peur de se voir enlever le remède ; ensuite parce qu’ils doivent être dans l’attente du jugement (verset 27) : mais une attente effroyable.

I° Il dit donc (verset 26) : Car si nous péchons volontairement, etc... Ceci peut s’entendre de deux manières. D’abord comme le fait la Glose, qui paraît mettre de la différence entre ceux qui pèchent en le voulant et ceux qui pèchent volontairement, en sorte que pécher en le voulant, c’est comme se laisser entraîner par la passion à consentir au péché auquel on ne pensait pas auparavant ; pécher volontairement, c'est le faire avec une malice délibérée et une volonté tellement portée au mal qu’elle cède sur le champ ; (Jérémie VIII, 6) : "Ils courent tous où leur passion les emporte comme un cheval qui court à toute bride au combat, et demeurent ensuite sans se repentir; (Proverbes II, 14) : "Ils se réjouissent lorsqu’ils ont fait le mal, et ils triomphent dans les choses les plus criminelles." A ceux donc qui pèchent volontairement, c’est-à-dire qui persistent dans la volonté de pécher. L’Apôtre ajoute, pour montrer la grandeur de leur faute : après avoir reçu la connaissance de la vérité ; (I Pierre, II, 21) : "Car il eût mieux valu pour eux de n’avoir pas connu la voie de la justice, que de retourner en arrière après l’avoir connue." Pour les péchés de ceux-là, disons-nous, il n’y a plus désormais de sacrifice, c’est-à-dire, le sacrifice que le Christ a offert pour la rémission des péchés, ne leur est plus utile, car les péchés ne sont remis qu’à ceux qui ont le regret de les avoir commis ; (Matth., XXVI, 28) : "Ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance, qui sera répandu pour beaucoup," c’est-à-dire efficacement. Tandis qu’il est dit des méchants (Isaïe XLIX, 4) : "J’ai travaillé en vain ; j’ai consacré inutilement et sans fruit toute ma force" ; (Jérémie VI, 29) : "En vain le fondeur les a mis dans la fournaise, leurs malices n’ont pas été consumées." Toutefois on peut dire mieux et selon l’intention de l’Apôtre, car, d’après saint Augustin, le libre arbitre passe par plusieurs états. Hors la grâce et avant d’être réparé par elle, il n’est pas en notre pouvoir de pécher mortellement ou de ne pas pécher, et cela à cause de la fin préconçue et surtout de l’habitude qui incline l’âme. Ceci est vrai, s’il s’agit d’un long espace de temps ; mais en le restreignant à une courte durée, celui qu n’agit qu’après délibération peut éviter tel ou tel péché ; mais quand l’homme a été réparé par la grâce, d’une manière complète, il est en son pouvoir d’éviter un péché mortel et même tel péché véniel en particulier ; néanmoins il ne saurait les éviter tous sans exception et cela à cause du secours de la grâce qui opère le salut. C’est ce qui fait dire à saint Paul (verset 26) : Si nous péchons volontairement après avoir reçu la connaissance de la vérité, c’est-à-dire après avoir reçu la grâce qui nous donne la connaissance du péché ; car avant cette connaissance Dieu ne nous imputait pas notre péché. C’est ce qui fait dire qu’il l’ignore en certain sens, parce qu’il ne nous l’impute pas. Mais cette connaissance obtenue (verset 26) : Il n’y a plus désormais de sacrifice pour les péchés. En effet, avant la réparation qui a été opérée par le Christ, il y avait ce sacrifice de longtemps attendu ; mais on ne peut plus attendre désormais que le Christ souffre une seconde fois la mort. C’est ainsi que le baptême une fois reçu, on n’attend plus un autre baptême.

II° Quand saint Paul ajoute (verset 27) : mais une attente effroyable, il inspire la crainte par l’attente du jugement de Dieu. Premièrement donc, il inspire cette crainte ; secondement il en donne la raison (verset 28) : Celui qui a violé.

I. Il a donc été dit qu’il n’y a plus désormais de sacrifice. Que reste t-il donc à attendre ? Ce qui a été annoncé au ch. IX, 27 : après la mort, le jugement ; (Job, XIX, 29) : "Sachez qu’il y a un jugement." L’attente de ce jugement est pleine de terreur, soit à cause de la conscience des péchés commis ; (Jacq., III, 2) : "Car nous faisons tous beaucoup de fautes," soit à cause de l’imperfection de nos justices ; (Isaïe LXIV, 6) : "Toutes nos justices sont comme le linge le plus souillé" ; (Ps. CXVIII, 120) : "Vos jugements me remplissent de frayeur" ; (Habacuc, III, 16) : "J’ai entendu, et mes entrailles ont été émues." Elle est aussi pleine de douleur ; c’est ce qui fait dire à l’Apôtre (verset 27) : et l’ardeur d’un feu jaloux," c’est-à-dire la peine du feu qui est infligée par le zèle et l’ardeur de la divine justice ; (Exode, XX, 5) : "Je suis le Seigneur votre Dieu, le Dieu fort et jaloux, etc..." Cette jalousie, c’est l’amour le l’époux. De même que l’époux ne pardonne pas à l’épouse infidèle, Dieu ne pardonnera pas à l’âme pécheresse ; (Proverbes VI, 34) : "La jalousie et la fureur du mari déshonoré ne pardonnera pas au jour de la vengeance." L’Apôtre ajoute (verset 27) : qui doit dévorer ses ennemis ; (Ps. XCVI, 3) : "Le feu marchera devant lui et embrasera tout autour de lui ses ennemis," parce que le feu qui précédera la face du juge réduira en cendres les corps des vivants, et entraînera dans les enfers les réprouvés, dont il consummera les corps, non pas en les détruisant totalement, mais en les tourmentant éternellement.

II. Quand saint Paul dit ensuite (verset 28) : Celui qui a violé, il prouve ce qu’il avait dit de la crainte avec laquelle on doit attendre le jugement ; et d’abord par un argument a minori. Ensuite par une autorité (verset 30) : Car nous savons qui est celui. L’Apôtre prend son premier raisonnement de la Loi même. Plus une chose est sacrée, plus le châtiment doit être grand, pour celui qui la méprise. L’Ancien Testament étant donc loin d’égaler en sainteté le Nouveau, et le transgresseur de ce premier Testament étant déjà puni d’une peine très sévère, cette peine doit être bien plus sévère encore pour celui qui transgresse le second. Développant donc cet argument, saint Paul rappelle d’abord ce qui se passe dans l’Ancien Testament, ensuite ce qui se passera sous le Nouveau (verset 29) : Combien donc croyez-vous que celui-là sera jugé digne.

Par rapport au premier il expose la faute et le châtiment.

A) La faute, quand il dit (verset 28) : Celui qui a rendu inutile la loi de Moïse. On appelle inutile ce qui n’atteint pas sa fin légitime. Or, non seulement la loi ancienne, mais toute loi, est donnée pour porter les hommes à la vertu, et les déterminer à s’abstenir du vice. Celui donc qui transgresse la loi et se livre au vice, ren,d autant qu’il est en lui, la loi nulle ; (Matth., XV, 6) : "Vous avez rendu inutile le commandement de Dieu par votre tradition" ; (Gen., XVII, 14) : "Tout mâle dont la chair n’aura pas été circoncise sera exterminé du milieu de son peuple, parce qu’il aura annulé mon alliance"

B) Il montre ensuite la peine, quand il dit (verset 28) : sans miséricorde aucune ; et cette peine est grandement rigoureuse, car elle inflige la mort. Il dit donc (verset 28) : est mis à mort ; (Exode, XXII, 18) : "Vous ne laisserez pas vivre ceux qui usent de sortilèges." Elle est de plus irrémissible. C’est pourquoi saint Paul dit : sans miséricorde ; (Deutér., XIX, 12) : "Il sera puni de mort, et vous n’aurez pas pitié de Lui."

La loi de Dieu exclut-elle donc la miséricorde ? Il est certain qu’elle ne l’exclut pas ; (Osée, VI, 6) : "C’est la miséricorde que je veux, et non le sacrifice." Il faut dire qu’il y a de la différence entre la miséricorde, la clémence et le pardon. Par la miséricorde, l’homme poussé par quelque sentiment du coeur et de l’âme se sent déterminé à rechercher quelque chose du châtiment mérité. Quelquefois elle entraîne à agir contre la justice, et elle lui fait obstacle. Par le pardon on remet, pour quelque utilité publique, quelque partie de la peine légitime. Par la clémence enfin on juge avec moins de sévérité en quelque point non seulement du châtiment, mais de la faute même. Ces deux dernières dispositions ne sont pas interdites, mais seulement la miséricorde, comme elle a été d’abord définie, parce qu’elle est opposée à la justice, et qu’elle amène le relâchement des moeurs.

Le prévaricateur est donc puni de mort, et cela (verset 28) : sur la déposition de deux ou trois témoins, c'est-à-dire, convaincu ; (Deutér., XVII, 6) : "Tout passera pour constant sur la déposition de deux ou trois témoins." Le motif pour lequel la loi détermine le nombre des témoins, c’est, suivant saint Augustin, afin de rappeler par là l’état immuable de la vérité qui repose dans la Sainte Trinité. Il importe peu que l’on nomme deux ou trois personnes divines, parce que toujours dans les deux premières comprend la troisième, qui est le Saint Esprit, le lien du Père et du Fils. Cette explication est mystique. L’explication littérale, c’est que dans un jugement l’un affirme, l’autre nie, et que l’on ne peut ajouter foi à l’un plutôt qu’à l’autre ; mais il faut croire à la multitude. Or toute multitude se complète par le nombre ternaire, il suffit donc qu’il y ait deux témoins avec l’accusateur. Mais on ajoute par surabondance le troisième témoin.

Quand l’Apôtre dit ensuite (verset 29) : Combien donc croyez-vous, il explique ce qui a rapport au Nouveau Testament. D’abord il rappelle la peine ; ensuite la faute (verset 29) : Celui qui aura foulé aux pieds le Fils de Dieu.

A) Quant à la peine il dit (verset 29) : "Combien donc croyez-vous que celui-là sera jugé digne d’un plus grand supplice." Dans le Nouveau Testament, en effet, c’est par le Christ lui-même que la prédication a été faite ; voilà pourquoi celui qui pèche contre lui est puni plus sévèrement ; (Matth., XX, 22) : "C’est pourquoi je vous déclare qu’au jour du jugement Tyr et Sidon seront traitées moins rigoureusement que vous."

Est-ce donc que le chrétien qui pèche est puni davantage que l’infidèle ? S’il en était ainsi, il vaudrait mieux que tous fussent infidèles. Il faut répondre qu’il en est autrement de ceux qui méprisent la foi parce que leur mépris a un caractère particulier, et de ceux qui par ignorance n’ont pas la foi, parce qu’elle ne leur a pas été annoncée. Car à ceux qui sont dans cette dernière condition le péché d’infidélité n’est pas imputé. Celui, au contraire, à qui la foi a été annoncée et qui la méprise est puni plus sévèrement, parce que le péché d’infidélité est très grave. Si donc nous établissons une comparaison entre le chrétien et le juif qui ne méprise pas la foi, et que l’un et l’autre soient coupables d’adultère, le chrétien sera puni plus sévèrement que le juif, parce que le premier est châtié non seulement pour le péché d’adultère, mais encore parce qu’il montre une plus grande ingratitude.

Toutefois est-il généralement vrai qu’un péché, le même quand à l’espèce, est plus sévèrement puni dans celui qui est plus grand ? Il faut répondre qu’on peut pécher de deux manières. D’abord par inadvertance. Si, par exemple, vaquant aux choses de Dieu, on vient à se laisser aller par inadvertance au péché, on est puni avec moins de sévérité ; (II Chroniques XXX, 18) : "Le Seigneur est bon ; il fera miséricorde à tous ceux qui cherchent de tout leur coeur le Seigneur, le Dieu de leurs pères" ; (Ps., XXXVI, 24) : "Lorsqu’il tombera, il ne se brisera pas." Que si, au contraire, on pêche par mépris, la faute est plus grande, parce que venant de plus haut, le mépris est plus insultant. C’est de ce genre de pécheurs, dans lesquels se trouve une plus grande ingratitude, que l’Apôtre parle ici.

B) En disant (verset 29) : Celui qui aura foulé aux pieds le Fils de Dieu, l’Apôtre expose la faute. Il faut ici se rappeler que saint Paul déduit la gravité de la faute que commettent ceux qui pèchent, sous le second Testament, des dons que Dieu nous y a faits. Or, Dieu nous a donné ce qu’il possédait de plus grand et de plus précieux, c’est-à-dire son Fils unique ; (II Pierre, I, 4) : "Il nous a communiqué les grandes et précieuses grâces qu’il avait promises." Il nous a aussi donné le Saint Esprit ; (Joël II, 28) : "Je répandrai mon esprit sur toute chair" ; (Rom., V, 5) : "L’amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par le Saint Esprit qui nous a été donné." L’ingratitude, après tant de bienfaits, augmente donc la gravité du péché. Cette ingratitude, à l’égard du don de son Fils, présente deux choses à considérer et à peser : - le mystère de son incarnation, dans laquelle ce Fils nous a été donné (Isaïe IX, 6) ; - et le sacrement de sa passion, où il s’est offert pour nous ; (ci-dessus, IX, 14) : Le sang du Christ, qui par le Saint Esprit s’est offert lui-même à Dieu, comme une victime sans tache, etc... L’Apôtre dit donc, par rapport au premier de ces dons (verset 29) : Celui qui aura foulé aux pieds, c’est aura regardé comme chose de vil prix, le Fils de Dieu incarné pour nous, en ne croyant pas que la foi au Fils de Dieu soit suffisante pour le salut, comme font ceux qui veulent garder les observances de la Loi ; (Gal., III, 1) : "vous devant qui avez eu devant les yeux l’image de Jésus crucifié." Ensuite en ne se montrant pas obéissant à ses commandements, et en ne vivant pas suivant sa doctrine ; (I Rois, II, 30) : "Ceux qui me méprisent, tomberont dans le mépris." Par rapport au second, il dit (verset 29) : et par qui le sang de l’alliance, c’est-à-dire le sang du Christ, qui a scellé le Testament nouveau ; (Matth. XXVI, 28) : "Ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance, etc...", par qui, dis-je, ce sang aura été tenu pour une chose vile et profane, c’est-à-dire qui l’aura regardé comme tel, le jugeant incapable de sanctifier, ainsi que ce qui est souillé en soi ne peut purifier ; (Ecclésiastique XXXIV, 4) : "Comment ce qui est impur peut-il rendre pur? " Comme s’il disait : Rien de semblable [ne peut donner la pureté], en tant que la sanctification ne peut se faire que par le sang des animaux. De plus, à regarder ce sang comme profane, quand purifié par sa vertu dans le baptême, il pèche, en retournant à son vomissement ; (Apoc., I, 5) : "Il nous a aimés et nous a lavés de nos péchés dans son sang." Voilà pourquoi l’Apôtre ajoute (verset 20) : ce sang dans lequel, c’est-à-dire par lequel il a été sanctifié ; (I Corinth., VI, 11) : "Vous avez été lavés, vous avez été sanctifiés, vous avez été justifiés au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ" ; (Mal., I, 11): "en tout lieu on sacrifie et on offre à mon nom une oblation toute pure, parce que mon nom est grand parmi les nations, dit le Seigneur." Celui qui pèche après avoir reçu d’autres sacrements, peut encore passer pour profaner le sang du Christ. Son péché s’aggrave alors par son mépris contre le Saint Esprit ; c’est ce qui fait dire à l’Apôtre (verset 29) : et qui aura fait outrage à l’esprit de grâce, c’est-à-dire cette injure qu’on lui fait en ne croyant pas que la grâce du Saint Esprit soit donnée par le Christ, suivant ce qui est dit en saint Jean (XIV, 16) : "Je prierai mon père et il vous donnera un autre consolateur," et qu’elle suffit pour le salut sans toutes les observances de la Loi, alors qu’au contraire on attribue à ces observances la rémission du péché. Ou encore il foule aux pieds le Christ, le pécheur qui souille sans retenue et sans crainte le sang du Christ, et malgré son indignité reçoit l’Esprit qui lui a été gratuitement donné ; (Ephes., II, 8) : "Puisque c’est un don de Dieu, cela ne vient pas de vos oeuvres" et il lui fait outrage, c’est-à-dire une injure, s’il chasse de son coeur Jésus-Christ par son péché ; (Sag., I, 5) : "L’iniquité survenant, il sera banni," c’est-à-dire chassé de l’âme ; (Eph., IV, 30) : "Prenez garde d’attrister le Saint Esprit de Dieu" ; (I Thess., V, 19) : "N’éteignez pas l’Esprit."

Quand l’Apôtre ajoute (verset 30) : Car nous savons, etc..., il prouve ce qu’il vient d’avancer par deux autorités. Premièrement donc, il donne sa preuve en citant ces autorités ; secondement, il en déduit sa conclusion (verset 31) : C’est une chose terrible.

1. Il dit donc (verset 30) : Nous savons qui est celui qui a dit ; (Deutér., XXXII, 35), suivant une autre version : "A moi la vengeance," c'est-à-dire, réservez-moi. Notre texte porte (35) : La vengeance m’appartient. Mais l’exercerez-vous ? Oui, et je ferai plus encore, je leur rendrai ce qui leur est dû.

On dit : Si la vengeance est réservée à Dieu seul, pourquoi les juges prononcent-ils des châtiments ? Nous répondons que l’Apôtre a donné lui-même la solution (Rom., XIII, 4) : "Le juge est le ministre de Dieu." Il ne juge donc pas par sa propre autorité, mais par l’autorité de Dieu.

La seconde autorité est tirée du même chapitre (verset 36) : "Le Seigneur jugera son peuple." S’il juge son peuple, à plus forte raison jugera t-il ses ennemis ; (I Pierre, IV, 18) : "Si le juste même se sauve avec tant de peine, que deviendront les impies et les pécheurs ?" Ou encore : son peuple, c’est-à-dire ceux qui ne traitent pas la foi en lui avec mépris ; car les infidèles seront condamnés, sans que leur jugement rende nécessaire la discussion. Dans le jugement, en effet, au sentiment de saint Grégoire, il y aura quatre ordres parmi les hommes. Il y en aura qui ne seront pas jugés, mais qui jugeront et qui seront sauvés, à savoir les Apôtres et les hommes apostoliques. D’autres qui seront jugés et seront sauvés, comme ceux qui sont justes à un degré moins élevé. D’autres encore qui seront jugés et qui seront condamnés, comme les mauvais fidèles. D’autres enfin qui ne seront pas jugés et qui pourtant seront condamnés, comme tous les infidèles.

2. Quand saint Paul dit enfin (verset 31) : Or, c’est une chose terrible, il déduit sa conclusion. Dès lors que la vengeance doit être réservée à Dieu qui jugera son peuple, c’est (verset 31) : une chose terrible de tomber entre les mains du Dieu vivant. Plus, en effet, le juge est rempli d’équité et puissance, plus il est redoutable ; (Ps, VII, 12) : "Dieu est un juge juste et fort" ; il est donc terrible de tomber dans les mains de Dieu ; (Daniel XIII, 23 : "Il vaut mieux pour moi tomber entre vos mains sans avoir fait le mal" ; (Ecclésiastique II, 22) : "si nous ne faisons pénitence, c’est dans les mains du Seigneur que nous tomberons, et non dans les mains des hommes."

On objecte qu’au second livre des Rois (XXIV, 14), David choisit, comme un parti préférable, de tomber entre les mains de Dieu. Il faut répondre que l’homme, par son péché, peut offenser l’homme et offenser Dieu. Or, il vaut mieux tomber entre les mains de l’homme après l’avoir offensé, qu’entre les mains de Dieu, en l’offensant lui-même. Ou bien encore l’on peut dire qu’il vaut mieux pour celui qui pèche et qui s’en met peu en peine, tomber entre les mains de l’homme ; et pour celui qui pêche et s’en repent, tomber entre les mains de Dieu. C’est le parti que choisit David. Ou enfin répondre que jusqu’au jugement il n’est pas terrible de tomber entre les mains de Dieu, qui juge miséricordieusement, tant qu’il est le père des miséricordes ; mais après le jugement il est terrible d’y tomber, quand devenu le Dieu des vengeances; il rendra les justices. Car maintenant, étant comme environné de cette faiblesse, dont il a fait l’expérience, il juge par compassion et miséricordieusement

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