SOMMAIRE : L’Apôtre rappelle les bienfaits qu’ils ont reçus de Dieu ; il les exhorte à la patience et leur recommande de s’attacher à Jésus-Christ, qu’il leur annonce devoir venir bientôt.
32. Or, rappelez en votre mémoire ce premier temps, où après avoir été illuminés par le baptême, vous avez soutenu de grands combats dans diverses afflictions,
33. Ayant été d’une part exposés devant tout le monde aux injures et aux mauvais traitements, et de l’autre, ayant été compagnons de ceux qui ont souffert de pareils outrages.
34. Car vous avez compati avec ceux qui étaient dans les chaînes, et vous avez vu avec joie tous vos biens pillés, sachant que vous aviez d’autres biens plus excellents et qui ne périront jamais.
35. Ne perdez donc pas la confiance que vous avez, et qui doit être récompensée d’un grand prix.
36. Car la patience est nécessaire, afin que faisant la volonté de Dieu, vous puissiez obtenir les biens qui vous sont promis.
37. Encore un peu de temps, et celui qui doit venir viendra et ne tardera pas.
38. Or, le juste qui m’appartient, vivra par la foi. Que s’il se retire, il ne me sera pas agréable.
39. Pour nous, nous n’avons garde de nous retirer en perdant courage, ce qui serait notre ruine; mais nous demeurons fermes dans la foi pour le salut de nos âmes.
L’Apôtre a recommandé plus haut de s’attacher au Christ par la foi, l’espérance et la charité, et il s’est servi pour y engager des motifs touchant à la crainte : il donne ici ceux que l’on peut tirer de la douceur, ainsi qu’un médecin habile, après avoir employé le fer, se sert d’onctions apaisantes. Or, parmi les raisons qui peuvent exciter à continuer les bonnes actions qu’on a commencées, il faut placer parmi les plus puissantes la louange de ce qu’on a déjà fait. Car la vertu qu’on loue s’accroît sans mesure ; également la gloire renferme un attrait invincible et un puissant aiguillon. Sur ceci l’Apôtre fait donc deux choses. Premièrement, il rappelle à ceux auxquels il s’adresse le bien qu’ils ont déjà fait ; secondement, il les engage à accomplir celui qui reste à faire ; (verset 35) : Ne perdez donc pas.
I° Sur le premier de ces points, d’abord il rappelle d’une manière générale les tribulations qu’ils ont eu à supporter pour la foi ; en second lieu, il décrit ces différents genres de tribulations (verset 33) : Puisque d’une part ; troisièmement, il les explique en particulier (verset 34) : car vous avez compati.
I. L’homme se sentant donc porté à mieux faire par ce qu’il a fait de bien, et de même que quelquefois il désespère, au contraire, de lui-même par ce qu’il a fait de mal, saint Paul rappelle aux Hébreux leurs bonnes oeuvres, en disant (verset 32) : Or, rappelez en votre mémoire ; (Jérémie II, 2) : "[Voici ce que dit le Seigneur] : "Je me souviens de vous," c’est-à-dire du bien que vous avez fait. [Rappelez donc en votre mémoire] ces premiers temps, c’est-à-dire les commencements de votre conversion, pendant lesquels après avoir été illuminés par la foi, qui éclaire et purifie l’âme ; (Actes, XV, 9) : "Ayant purifié leurs coeurs par la foi" ; (Isaïe LX, 1) : "Levez-vous, Jérusalem, soyez toute brillante de clarté" ; ce qui a lieu par la foi au Christ ; (Eph., III, 17) : "Qu’il fasse que le Christ habite par la foi dans vos coeurs, etc..." ; (Luc, I, 79) : "pour éclairer ceux qui demeurent dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort," car la première lumière de l’âme c’est la foi. Vous avez soutenu de grands combats et des persécutions, c’est-à-dire de grandes passions qui combattaient contre vous, menées contre vous par ceux qui persécutaient le Christ en vous ; (Actes, IX, 4) : "Saul, Saul, pourquoi me persécutez-vous ?" Me persécutez-vous, dis-je, dans mes membres, parce que, comme dit saint Augustin, dans son sermon sur ces mêmes paroles, les membres sont encore sur la terre, mais c’est le chef qui crie du haut des cieux ; (Sag., X, 12) : "Elle (la sagesse) l’a engagé dans un rude combat, afin qu’il demeurât victorieux" (Loth) ; (II Tim., IV, 7) : "J’ai combattu un bon combat," car, ainsi qu’il est dit aux Actes (VIII, 1), il s’éleva en ces jours après la mort d’Etienne, une grande persécution contre l’Eglise de Jérusalem ; (I Thessal., II, 14) : "Vous êtes devenus les imitateurs des Eglises de Dieu qui ont embrassé la foi de Jésus-Christ, dans la Judée, ayant souffert les mêmes persécutions de la part de vos concitoyens, que ces Eglises ont souffertes de la part des Juifs." Si donc, dès les commencements, vous avez eu tant de courage, vous seriez dignes de blâme, si vous veniez à défaillir.
II. Quand l’Apôtre dit ensuite (verset 33) : Puisque, d’une part, il explique quelles ont été ces tribula-tions. On peut, en effet, souffrir de deux manières, à savoir en supportant soi-même la tribulation, et en compatissant dans les autres, à la tribulation d’autrui. Or, ils ont souffert de l’une et l’autre de ces manières.
1° De la première, l’Apôtre dit (verset 33) : Puisque d’une part, c’est-à-dire quant à. vous-mêmes, vous avez servi de spectacle par les opprobres, ce qui est le plus pénible pour le sage. Qu’en effet un insensé devienne l’objet de moqueries, ce n’est pas grave, fût-il même de la part des autres l’objet de dérisions multipliées ; mais pour le sage, c’est grave, et s’il souffre la tribulation et qu’il soit moqué encore par celui qui l’opprime, c’est pour lui ce qu’il y a de plus grave. L’Apôtre fait donc bien sentir la grandeur de l’affliction de ces fidèles, en disant qu’ils avaient servi de spectacle, c’est-à-dire que nul n’avait de compassion pour leurs peines et qu’au contraire on s’associait à la joie de ceux qui se faisaient un jeu de leur affliction, c’est-à-dire qui jouissaient de leurs opprobres ; (Ps. LXVIII, 10) : "Les outrages de ceux qui vous insultaient sont tombés sur moi." Et (verset 33) : par les mauvais traitements ; (Ps. XXXIII, 20) : "Les justes sont exposés à beaucoup d'afflictions ; (I Corinth, IV, 9) : "nous faisant servir de spectacle au monde," c’est-à-dire en provoquant ses moqueries, "aux anges," pour nous féliciter, "et aux hommes," c’est-à-dire à ceux qui se montrent encore raisonnables, en devenant leurs modèles.
2° De la seconde manière de souffrir, l’Apôtre dit (verset 33) : De l’autre, vous êtes devenus les compagnons de ceux qui ont souffert de pareils outrages, c’est-à-dire de ceux qui passaient par ces épreuves, et cela par votre compassion et par le soulagement que vous leur avez apporté ; (Rom., XII, 13) : "[Charitables] pour soulager les nécessités des saints, etc..."
III. Quand saint Paul dit ensuite (verset 34) : Car vous avez compati à ceux qui étaient dans les chaînes, il prouve ce qu’il vient de dire ; et d’abord quant à la seconde manière de souffrir, c’est-à-dire comment ils ont compati à leurs frères. Parmi les Juifs, en effet, un grand nombre avaient été chargés de chaînes, comme il est dit de Paul (Actes, VIII, 3) qu’il ravageait l’Eglise, et traînait par force les hommes et les femmes en prison. Ils ont donc compati à ces frères persécutés en leur procurant le nécessaire ; (Math., XXV, 36) : "J’ai été en prison, et vous êtes venus me visiter". Quant à la première, il ajoute (verset 34) : et quand vos biens ont été pillés, c’est-à-dire pour cette cause que nous indiquons, à savoir qu’ils donnaient le nécessaire à ceux qui étaient dans les chaînes, vous l’avez accepté avec joie ; (Jacq, I, 2) : "Mes frères, considérez comme le sujet d’une extrême joie, etc..." ; (Actes, V, 41) : "Alors les apôtres sortirent du conseil tout remplis de joie, etc..."
Pourquoi avec joie ? Faut-il donc aimer les tribulations ? Certainement il semble qu’on n’y est pas tenu, car saint Augustin dit : « Vous ordonnez qu’on les tolère et non pas qu’on les aime. » Il faut répondre qu’on ne les aime pas pour elles-mêmes, mais pour un autre motif ; et c’est dans ce sens que les fidèles les aimaient. C’est pourquoi saint Paul ajoute (verset 34) : sachant que vous aviez d’autres biens plus excellents, et qui ne périssent jamais, c’est-à-dire d’autres richesses plus importantes à celles qu’ils perdaient, richesses qui s’augmentaient à mesure qu’on leur enlevait les premières, et qu’on appelle pour cette raison préférables à celles-ci. En effet, les richesses du temps sont vaines, parce qu’elles sont placées dans ce qui est au-dessous de l’homme ; les richesses spirituelles, au contraire, sont placées en Dieu lui-même, c’est-à-dire dans la possession de Dieu ; (Isaïe, XXXIII, 6) : "La sagesse et la science seront les richesses du salut, et la crainte du Seigneur en sera le trésor." Elles sont aussi permanentes ; car les richesses du temps ont en elles-mêmes un élément de ruine, et peuvent être enlevées, tandis que rien de pareil n’attend les richesses spirituelles ; (Matth., VI, 19) : "Ne faites pas de trésors dans la terre, où la rouille et les vers les consument, et où les voleurs les déterrent, etc..."
II° Quand l’Apôtre ajoute (verset 35) : Ne perdez donc pas, il explique ce qui reste à faire : c’est de conserver la confiance acquises par les bonnes oeuvres. Premièrement donc, il fait une recommandation ; secondement, il leur indique le moyen de l’observer (verset 36) : Car la patience ; troisièmement, il prouve par une autorité ce qu’il vient de dire (verset 37) : Encore un peu de temps.
I. Il dit donc : Puisque vous avez déjà opéré tant de bonnes oeuvres, dans le commencement de votre conversion, et que ces oeuvres doivent vous inspirer tant de confiance devant Dieu, (verset 35) Prenez garde de perdre cette confiance ; ce qui ne manquerait pas d’arriver, si vous vous relâchiez du bien que vous faites, cette confiance, disons-nous, qui doit être suivie d’une grande récompense ; (Matth., V, 12) : "Réjouissez-vous en ce jour, et tressaillez de joie, parce qu’une grande récompense vous est réservée dans le ciel" ; (Gen., XV, 1) : "je suis votre protecteur et votre récompense infiniment grande."
II. Or le moyen de conserver cette confiance, c’est la patience qui fait dire à saint Paul (verset 36) : car la patience vous est nécessaire. De même, en effet, que la mansuétude modère la colère, la patience met aussi une mesure à la tristesse, et ne lui laisse pas dépasser les limites raisonnables. Or, la tristesse vient tantôt du mal qu’on a souffert, tantôt du bien qu’on n’a pas encore obtenu ; (Proverbes XIII, 12) : "L’espérance différée afflige l’âme." Dans la première épreuve, elle s’appelle patience ; dans la seconde elle prend le nom de longanimité. Ici le terme de patience est pris pour l’une et l’autre épreuve, et par rapport aux maux à supporter, et par rapport aux biens qu’il faut attendre avec longanimité. L’Apôtre dit donc que, soit pour les uns, soit pour les autres, la patience nous est nécessaire ; (Proverbes XVI, 32) : "L’homme patient vaut mieux que le courageux" ; (Luc, XXI, 19) : "C’est par la patience que vous possèderez vos âmes" ; (Jacq., I, 4.) : "La patience doit être parfaite dans les oeuvres." Et à quoi la patience est-elle nécessaire ? C’est (verset 35) afin qu'en faisant la volonté de Dieu, vous puissiez obtenir les biens qui vous sont promis, c’est-à-dire qu’accomplissant cette volonté, ce qui se fait par l’obéissance aux commandements de Dieu, car ces préceptes mêmes sont les marques de la volonté de Dieu ; en remplissant, dis-je, ainsi la volonté de Dieu, c’est-à-dire sa volonté de signe. Car c’est ainsi qu’on entend quelquefois cette volonté dans la sainte Ecriture (Ps.CII, 21) : "Vous qui êtes ses ministres, et qui faites ses volontés". Et ainsi vous obtiendrez la promesse, c’est-à-dire les biens qui sont promis et qui sont donnés à ceux-là seuls qui travaillent ; (Matth., XX, 8) : "Appelez les ouvriers et donnez leur salaire" ; (Luc, XXI, 19) : "C’est par votre patience que vous posséderez vos âmes" ; (Matth., XXIV, 13) : "Celui-là sera sauvé, qui persé-vérera jusqu’à la fin" ; (Jér., XVIII, 7) : "Quand j’aurai prononcé l’arrêt contre une nation et contre un royaume, pour le perdre et le détruire jusque dans la racine, etc..."
III. Quand l’Apôtre ajoute (verset 37) : parce que, encore un peu de temps, il prouve, par une autorité, ce qu’il vient d’avancer. Premièrement donc, il cite cette autorité ; secondement il en fait l’application à sa proposition (verset 39) : Pour nous…
1° Le premier de ces points se subdivise en trois parties. L’Apôtre rappelle la proximité de la rémunération ; secondement, il détermine les conditions de la récompense (verset 38) : Or, le juste qui m’appartient ; troisièmement, il manifeste le danger, afin qu’on ne perde pas la récompense ; (verset 38) : Mais s’il se retire.
1. Sur la première de ces subdivisions, il faut remarquer que l’autorité citée par l’Apôtre paraît prise du prophète Habacuc (II, 4). Le commencement cependant vient d’Aggée (II, 7) ; ce que saint Paul a fait peut-être parce qu’il a entendu l’un et l'autre passage du même avènement. Habacuc, en effet, a dit (II, 3) : "Car il y a encore une vision pour un temps fixé" et Aggée (II, 7) : "Encore un peu de temps." L’Apôtre se sert donc indifféremment des paroles de l’un et de l’autre. Ou mieux encore, comme l’Apôtre parle du temps où il vivait, c’est-à-dire de celui qui suivait l’incarnation et la résurrection, et que depuis ce temps il reste moins à parcourir jusqu’au jugement que depuis celui où vivait le prophète, il prend de préférence la parole d’Aggée, dans son commence-ment, mais à la fin les deux autorités concordent. On peut dire encore que l’Apôtre parle d’après sa propre inspira-tion, et qu’il ne faut pas moins lui accorder d’autorité qu’au prophète. Or, il y a deux espèces d’avènement du Seigneur, ainsi qu’il y a deux sortes de jugement. L’un général, à savoir à la fin des temps, dans le jugement universel ; l’autre, particulier, à la mort de chacun de nous. L’Apôtre donc, par rapport à l’un et à l’autre, dit (verset 37) encore un peu de temps, quant à la brièveté de ces temps. Et d’abord quant au premier, bien qu’il y ait encore un grand laps de temps par rapport à la durée et par rapport à nous, il est court toutefois par comparaison à l’éternité ; (Ps. LXXXIX, 4) : "Devant vos yeux, mille ans sont comme le jour d’hier qui est passé;" ; (Apoc., XXII, 12) : "Je vais venir bientôt." En second lieu, quant au jugement particulier, qui se fait à la mort, et dont il est dit (Jean, XIV, 3) : "Je reviendrai et vous tirerai à moi", il importe peu qu’il y ait, encore beaucoup ou peu de temps, car chacun sera tel à ce jugement qu’il sera sorti de la vie. Il faut donc veiller, afin qu’au moment de la mort nous soyons trouvés dignes ; car partout où je vous trouverai, là je vous jugerai. Voilà pourquoi saint Paul dit : Encore un peu, et quelque temps encore, parce que les tribulations ne sont pas d’une durée que l’on doive regarder comme bien longue ; car si elles sont pesantes, elles accablent ; si elles sont légères, elles ne finiront pas aussi vite ; (II Corinth., IV, 17) : "Le moment si court et si léger des tribulations que nous souffrons en cette vie, produit en nous le poids éternel d’une souveraine et incomparable gloire." Celui donc qui doit venir viendra bientôt, et (verset 37) : il ne tardera pas, soit à la mort, soit pour le jugement ; (Jacq., V, 9): "Voilà le juge qui est à la porte."
2. L’Apôtre désigne ensuite ceux qui devront recevoir la récompense, quand il ajoute (verset 38) : Or le juste qui m’appartient vivra de la foi. Ces mêmes paroles se retrouvent dans l’épître aux Romains (I, 17), et dans celle aux Galates (III, 11). Or, les justes seuls ont droit à la récompense ; (Ps. XXXV, 39): "Le salut des justes vient du Seigneur." Mais il y a deux sortes de justice : l’une au jugement des hommes ; (Rom., X, 3) : "Ne sachant pas le moyen d’obtenir la justice de Dieu, et s’efforçant d’établir leur justice propre", l’autre, au jugement de Dieu ; (Luc, I, 6) : "Ils étaient tous deux justes devant Dieu" ; c’est cette dernière justice que Dieu demande. Voilà pourquoi l’Apôtre dit (verset 38) mon juste, celui qui possède cette justice qui se rapporte à moi, en d’autres termes, celui qui est juste à mes yeux et pour moi. Or, ce qui justifie, c’est la foi ; (Rom., III, 22) : "La justice qui vient de Dieu nous est donnée par la foi en Jésus-Christ." Et la raison de ceci, c’est que ce qui justifie l’homme, c’est ce qui l’ordonne à Dieu. Or, c’est par la foi d’abord que l’homme est ordonné à Dieu ; c’est ce qui fait dire à saint Paul (verset 38) : Mon juste est tel par la foi ; (ci-après, XI, 6) : Pour s’approcher de Dieu, il faut croire premièrement, et non seulement c’est par la foi que vient la justice, mais c’est aussi par la foi que "vit" l’homme justifié. Car de même que le corps vit par l’âme, ainsi l’âme vit par Dieu. Ainsi donc, comme le corps vit par ce qui unit d’abord l’âme au corps, de même l’âme vit par ce qui unit d’abord Dieu à l’âme elle-même ; or, le lien de cette union, c’est la foi, parce que la foi est le principe de la vie spirituelle ; (Isaïe VII, 9) : "Si vous n’avez une foi ferme, vous ne persévérerez pas, comme un édifice ne saurait subsister dès qu’on en détruit le fondement" ; (Gal., II, 20) : "Si je vis maintenant dans ce corps mortel, j’y vis en la foi du Fils de Dieu." Toutefois si la foi ne reçoit pas sa forme de la charité, elle est morte, et par conséquent elle ne vivifie pas l’âme sans la charité ; (Gal., V, 6) : "La foi qui est animée de la charité" ; (I Jean, III, 14) : "Nous reconnaissons à l’amour [que nous avons pour nos frères] que nous sommes passés de la mort à la vie." Ou encore mon juste vit de la foi, c’est-à-dire, à mes yeux il est regardé comme juste, et il a la vie de la gloire, sans passer par les tribulations de la vie présente, s’il n’a pas eu l’occasion de souffrir.
3. Quand l’Apôtre dit ensuite (verset 38) : Mais s’il se retire, il manifeste le danger qui menace celui qui ne se maintient pas dans la justice de la foi. Car celui qui a la foi ayant en son pouvoir de conserver ou de perdre cette foi, l’Apôtre dit (verset 38) : mais s’il se retire, à savoir de la foi et de la justice, il ne me sera pas agréable. Notre texte porte Son âme ne sera pas dans la droiture ; c’est le même sens. Saint Jérôme observe que partout où le texte hébreu diffère de la traduction des Septante, saint Paul cite l’Écriture, comme il l’apprit de Gamaliel, aux pieds duquel il étudia la Loi. Il ne sera donc pas agréable à mon âme, c’est-à-dire à ma volonté, car la volonté de Dieu doit être la règle de nos actions ; celui qui ne s’accorde pas avec la volonté de Dieu ne saurait donc avoir son âme dans la droiture.
2° Enfin quand il ajoute (verset 39) : Pour nous, nous n’avons garde de nous retirer, l’Apôtre applique les passages cités à sa proposition, comme s’il disait : Tel sera le sort de ceux qui se séparent de la foi ; mais nous nous ne sommes pas des fils de perdition. Or celui-là est appelé le fils de celui dont on supporte en soi la domination ; on dit donc fils de la mort celui qu’on voit esclave d’un vice qui le fera tomber dans la réprobation de Dieu ; (Jude, 19) : "Ce sont des gens qui se séparent eux-mêmes, des hommes sensuels qui n’ont pas l’esprit de Dieu." Fils de perdition, c’est-à-dire de leur âme ; (Ps. LXXII, 26) : "Vous avez résolu de perdre tous ceux qui vous abandonnent pour se prostituer au mal" ; (Ps. I, 6) : "La voie de impies périra." Mais (verset 39) nous sommes les enfants de Dieu, c’est-à-dire par la foi nous avons reçu une nouvelle naissance en Jésus-Christ, pour racheter, c’est-à-dire, pour sauver notre âme. Car celui qui garde les commandements de Dieu, sauve son âme ;(Matth., XIX, 17) : "Si vous voulez entrer dans la vie, gardez les commandements" ; (I Thess., V, 5) : "Nous ne sommes pas enfants de la nuit ni des ténèbres." Donc ne nous séparons pas de la foi.
SOMMAIRE : Paul donne la définition obscure encore et cependant complète de la foi.
1. Or, la foi est le fondement des choses que l’on doit espérer et me pleine conviction de celles qu’on ne voit pas.
L’Apôtre, dans ce qui précède, a établi de plusieurs manières la prééminence du Christ, en l’élevant au-dessus des anges, de Moïse et d’Aaron, et il a recommandé aux fidèles de s’unir au Christ lui-même, union qui se commence et qui se fait particulièrement par la foi ; (Eph., III, 17) : "Que Dieu fasse que le Christ habite par la foi dans vos coeurs." Saint Paul en vient donc ici à l’éloge de la foi ; et premièrement il la décrit ; secondement il en donne divers exemples (verset 2) : Car c’est par la foi ; troisièmement, il engage à pratiquer tout ce que demande la foi (XII, I) : Puis donc que nous sommes environnés d’une si grande nuée de témoins.
Il donne donc une définition de la foi, d’une manière complète sans doute, mais cependant avec quelque obscurité. Il faut ici savoir que celui qui veut définir exactement une vertu, doit indiquer ce qui en est la matière propre et la fin. Car les comportements se distinguent par les actes, et les actes par l’objet. Il est donc nécessaire de placer [dans cette définition] l’acte et l’ordre relativement à l’objet et à la fin. Ainsi celui qui se propose de définir la force devrait d’abord indiquer ce qui en est la matière propre, à savoir les frayeurs et les hardiesses, et la fin qui doit être le bien public, afin qu’il soit établi que la force est une vertu qui agit sur ces diverses affections pour le bien de tous. Or, la foi, comme vertu théologique, ayant pour objet et pour fin une seule et même chose, à savoir Dieu, saint Paul en établit : 1° l’ordre et la fin ; 2° l’objet propre (verset 1) : La pleine conviction des choses qu’on ne voit pas.
I° Remarquez que l’acte de foi, c’est croire, et croire est un acte de l’intelligence s’appliquant à un objet par le commandement de la volonté ; croire, c’est donc penser quelque chose en y donnant son assentiment, comme l’a dit saint Augustin (dans le livre de Prédestination des Saints). Il faut donc que l’objet de la foi et la fin de la volonté se correspondent. Or, la vérité première est l’objet de la foi, et c’est là que vient s’arrêter la fin de la volonté, à savoir la béatitude, dont l’état n’est pas le même dans la voie que dans la patrie céleste. Car dans la voie, on ne possède pas, et par conséquent on ne voit pas non plus la vérité première, puisque dans ce qui est au-dessus de l’âme, voir et posséder sont une seule et même chose, comme dit saint Augustin, au livre des LXXIII Questions. Nous espérons seulement cette possession ; (Romains VIII, 25) : "Ce que nous ne voyons pas encore, nous l’espérons." Qui espère, en effet, ce qu’il voit ? Donc la vérité première non pas vue encore, mais espérée, est la fin de la volonté dans la voie, et par suite, elle est aussi l’objet de la foi, car la fin et l’objet ne diffèrent pas pour elle. La fin dernière de la foi, dans la patrie céleste elle-même, fin que nous nous proposons par la foi, est, dans le sens absolu, la béatitude qui consiste dans la pleine vision de Dieu ; (Jean, XVII, 3) : "La vie éternelle consiste à vous connaître, vous qui êtes le seul Dieu véritable, etc..." ; et (Jean, XX, 29) : "Bienheureux ceux qui ont cru sans avoir vu." Telle est l’espérance des fidèles ; (I Pierre, I, 3) : "Il nous a régénérés pour nous donner cette vive espérance." La fin de la foi, dans la voie, c’est donc d’obtenir ce qu’on espère, c’est-à-dire la béatitude éternelle. Voilà pourquoi l’Apôtre dit (verset 1) : [La foi est la substance] des choses que l’on doit espérer.
On demande ici pourquoi, alors que la foi précède l’espérance, elle se définit par elle ; car ce qui a la priorité doit servir à définir ce qui le suit, et ce n’est pas vrai de l’inverse. Il faut répondre que dans ce que nous venons de dire, apparaît déjà la solution, puisqu’il a été établi que l’objet et la fin de la foi sont une seule et même chose. Obtenir ce qu’on espère étant donc la fin de la foi, il faut aussi que ce soit son objet. Nous disions plus haut que toute comportement doit se définir par le rapport des actes à l’objet ; or, bien que le vrai et le bien, considérés en soi, puissent s’affirmer réciproquement quant à leur essence, cependant en tant qu’ils diffèrent logiquement, ils ont entre eux des rapports distincts, car le vrai est quelque chose de bien, et le bien est quelque chose de vrai. De même aussi l’intelligence et la volonté, qui se distinguent en raison de la distinction même du vrai et du bien, ont aussi entre eux des rapports divers. Car en tant que l’intellect saisit la vérité et tout ce qu’elle renferme, le vrai est dans ce sens un bien, et le bien est contenu dans le vrai. Mais en tant que la volonté détermine, le vrai est contenu dans le bien. Dans l’ordre de la connaissance, l’intellect a donc la priorité ; mais dans l’ordre des déterminations, la priorité appartient à la volonté. L’intelligence étant déterminée à l’acte de la foi par le commandement de la volonté, ainsi qu’il a été expliqué, dans cet ordre de la détermination la volonté a eu la priorité. On n’a donc pas défini ce qui a la priorité, par ce qui lui est subséquent, puisque, ainsi qu’il a été dit, dans la définition de la foi il faut établir l’ordre de l’acte relativement à l’objet, qui est ici le même que la fin. Or, la fin et le bien sont une seule et même chose, ainsi qu’il est dit au II° livre de la Physique. Mais dans l’ordre relatif au bien, la volonté dont relève l’espérance qui l’a pour sujet, a la priorité.
Pourquoi alors l’Apôtre ne dit-il pas : « de ce qu’on doit aimer », mais de ce que l’on doit espérer ? La raison en est que la charité embrasse et les choses présentes et les choses absentes. La fin, non possédée encore, étant donc l’objet de la foi, l’Apôtre a dit des choses que l’on doit espérer. Au reste rien n’empêche que les choses que l’on doit espérer soient l’objet de l’espérance, car il est nécessaire que la foi se rapporte, comme à sa fin, à l’objet des vertus par lesquelles se perfectionne la volonté, puisque la foi elle-même appartient à l’intelligence, en tant qu’elle lui est commandée par la volonté.
Cependant la foi étant une, puisque de l’unité de l’objet se forme l’unité du comportement, pourquoi ne dit-on pas « de la chose », mais des choses qu’on doit espérer ? Il faut répondre que la béatitude, qui est essentiellement une en soi, puisqu’elle consiste dans la vision de Dieu qui en soi est une, est le principe et comme la racine de la béatitude dont procède une infinité de biens qu’elle renferme, par exemple, les qualités des corps, la société des saints et beaucoup d’autres de ce genre. Afin donc de faire comprendre que tous ces biens sont contenus dans la foi, l’Apôtre parle au pluriel.
Ce qui est appelé ici « substance » peut être diversement expliqué. D’abord en l’entendant de la causalité, et alors ce terme a deux sens. L’un que la foi est substance, c’est-à-dire qu’elle fait subsister en nous les choses que nous devons espérer. Ce qu’elle produit de deux manières : premièrement, comme par voie de mérite, car en cela même qu’elle captive et qu’elle soumet l’intelligence à ce qui concerne la foi, elle mérite de parvenir un jour à posséder ce qu’elle espère. La vision, en effet, est la récompense de la foi. Secondement, en faisant, pour ainsi dire par sa vertu propre, que dans le moment présent, ce qu’on croit devoir posséder un jour réellement, soit déjà sous certain rapport en notre possession, pourvu qu’elle croie en Dieu. On peut ensuite entendre ce terme de « substance » dans le sens d’essence, en regardant la foi comme la substance, c’est-à-dire l’essence des choses que l’on doit espérer. C’est de là que le grec dit : « la personnification (l’hypostase) des choses à espérer ». L’essence de la béatitude n’est autre chose, en effet, que la vision de Dieu ; (Jean, XVII, 3) : "La vie éternelle consiste à vous connaître, vous qui êtes le seul Dieu véritable, etc..." C’est de là aussi qu’au livre 1 de la Trinité (ch. X), saint Augustin dit : Cette contemplation nous est promise ; elle est la fin de tous nos actes, etc... La pleine vision de Dieu forme donc l’essence de la béatitude. Nous pouvons, en effet, remarquer dans les sciences libérales, que celui qui veut acquérir l’une d’entre elles, doit d’abord accepter les principes de cette science même, qu’il lui faut croire sur l’autorité du maître qui les lui transmet. Celui qui apprend doit, en effet, croire, ainsi qu’il est dit dans la Ière partie. Dans ces principes est renfermée, en quelque sorte, la science tout entière, comme les conclusions sont contenues dans les principes, et l’effet dans la cause. Celui qui possède les principes d’une telle science, par exemple de la géométrie, en a donc la substance. Et si la géométrie était l’essence de la béatitude, celui qui posséderait les principes de la géométrie, aurait dans un certain sens la substance même de la béatitude. Or la foi, pour nous, consiste à croire que les bienheureux verront Dieu et qu’ils en jouiront ; si donc nous voulons arriver à cette fin, il est de toute nécessité que nous croyions les principes de cette connaissance. Or, ces principes sont les articles de foi qui renferment tout l’abrégé de cette science ; car ce qui nous rend bienheureux, c’est la vision d’un Dieu unique dans la Trinité des personnes ; et ce dogme est un de ces articles. Nous le croyons donc ; et voilà pourquoi saint Paul dit : la substance des choses que l’on doit espérer ; (I Corinth., XIII, 12) : "Nous ne voyons maintenant que comme en un miroir et en énigmes ; mais alors nous verrons face à face." Comme si l’Apôtre disait : Nous serons bienheureux quand nous verrons face à face ce que nous ne voyons maintenant qu’en un miroir et en des énigmes. On voit donc dans ces paroles l’ordre de l’acte de la foi, par rapport à notre fin, en ce que la foi se rapporte à ce que nous devons espérer et leur est comme une sorte de commencement, dans lequel le tout est essentiellement renfermé, ainsi que les conclusions sont contenues dans les prémisses.
II° Quand saint Paul ajoute (verset 1) : et une pleine conviction de celles qu’on ne voit pas, il indique l’acte de la foi dans son rapport avec son objet propre. Or l’acte propre de la foi, bien qu’en rapport avec la volonté, ainsi qu’il a été dit, existe cependant dans l’intelligence, comme dans son sujet, parce que son objet est le vrai qui appartient spécialement à l’intelligence. Il y a, en effet, dans les actes de cette faculté, de la différence. Car quelques-unes de ses habitudes supposent, pour que sa vision soit complète, une certitude entière de ce qui a été reçu dans l’intelligence ; comme on le voit dans l’intellect, celle de ses habitudes qui est formée par les premiers principes. Car celui qui comprend qu’un tout, quel qu’il soit, est plus grand que sa partie, le voit et en a la certitude. C’est aussi ce que fait l’habitude de la science et cette disposition de l’intelligence et la science, produisent la certitude et la pleine vision. Mais il y a d’autres états qui ne donnent ni l’un ni l’autre de ces résultats, par exemple, le doute et l’opinion. Or la foi tient le milieu entre ces deux extrêmes, parce que, ainsi qu’il a été dit, elle produit l’assentiment dans l’intelligence, ce qui peut arriver de deux manières. D’abord parce que l’intelligence est déterminée à donner cet assentiment par l’évidence de l’objet, qui de soi peut être connu, comme dans l’habitude formée par les premiers principes, ou qui peut l’être encore par un terme moyen accessible lui-même à la connaissance, comme dans la science de l’astronomie. D’une autre manière, l’intelligence peut donner son assentiment, mais sans que ce soit par l’évidence de l’objet, insuffisante à la déterminer. C’est ce qui fait qu’elle n’a pas la certitude, mais ou bien elle est dans le doute, à savoir, quand il n’y a pas plus de raison d’un côté que de l’autre ; ou bien elle renferme une opinion, s’il se trouve d’un côté une opinion plus forte, mais trop peu forte pour lui donner une quiétude parfaite et la débarrasser de toute crainte à l’égard de l’opinion contraire. Or, la foi ne produit ni l’un ni l’autre de ces effets, dans un sens absolu ; car elle ne voit pas avec évidence, comme les premiers, elle n’est pas non plus dans le doute comme les seconds ; mais elle se détermine pour un des deux partis, avec une sorte de certitude et une ferme adhésion, produite par l’élection de la volonté. Cette élection est le fait de l’autorité divine, et c’est elle qui détermine l’intelligence à adhérer fermement aux choses de la foi, et à leur donner son assentiment avec une pleine certitude. Voilà pourquoi croire, c’est connaître en donnant son assentiment. L’objet propre de l’acte de la foi, ce sont donc les choses qu’on ne voit pas. Car, dit saint Grégoire, ce qui se voit tombe sous la connaissance, et ne demande pas la foi. Or, l’acte de foi est une adhésion pleine de certitude que l’Apôtre appelle un argument, prenant la cause pour l’effet ; car l’argument produit la foi à l’égard d’une chose douteuse. L’argument est, en effet, comme dit Boèce, la raison qui fait foi pour une chose dont on doute. Ou bien encore, si nous suivons l’étymologie du mot argument, arguo et mens, « soumettant la raison », alors l’Apôtre prend l’effet pour la cause, car c’est la certitude de la chose, qui force l’intelligence à donner son assentiment. Ce qui est appelé ici argument des choses qui ne paraissent pas, est donc l’appréhension certaine des choses que l’on ne voit pas. Si l’on veut ramener ces termes à la forme régulière, on pourrait dire que la foi est une habitude de l’âme, commençant en nous la vie éternelle et déterminant l’intelligence à donner son assentiment à des choses qu’on ne voit pas encore. Là, où nous lisons : « l’argument », une autre version lit « conviction », parce que l’autorité divine imprime la conviction à l’intelligence, afin qu’elle donne son assentiment à ce qu’elle ne voit pas. Il est donc manifeste que l’Apôtre a donné de la foi une définition complète bien qu’obscure encore. Car par cette définition il l’a distinguée de tous les actes qui appartiennent à l’intelligence. En lui donnant le nom d’argument, il l’a distinguée de l’opinion, du doute et de la conjecture qui ne peuvent produire la ferme adhésion de l’intelligence à quoi que ce soit. Quand il a dit : « des choses qu’on ne voit pas », il la distingue des habitudes de l’intelligence, forme par les premiers principes et par la science. Et en disant : « des choses qu’on doit espérer », il la distingue de la foi prise dans un sens général et qui n’est pas en rapport avec la béatitude. C’est, en effet, par sa propre définition que chaque chose peut être connue et distinguée de toute autre, comme nous le voyons ici ; toutes les autres définitions se rapportent-elles à celle que nous venons d’expliquer ?
Ne semble t-il pas toutefois que l’Apôtre s’exprime mal, quand il dit : des choses qu’on ne voit pas, puisqu’il est dit au ch. XX de saint Jean (verset 28) que Thomas vit et crut. De plus, nous croyons en l’existence d’un Dieu unique, vérité qui se démontre en philosophie. Il faut répondre que le terme de « foi » peut se prendre de deux manières. D’abord dans son propre sens, et ainsi entendu, la foi a pour objet ce qu’on ne voit pas et ce qu’on ne connaît pas, comme il apparaît dans ce que nous avons dit plus haut. La raison, c’est que l’on ne peut avoir une plus grande certitude de la conclusion, que n’en donnent eux-mêmes les principes dont elle est déduite. Car les principes sont toujours plus connus que les conclusions qu’on en tire. Voilà pourquoi, les principes de la foi ne tombant pas sous l’évidence, les conclusions qui en découlent ne peuvent y tomber davantage, et il s’ensuit que l’intelligence ne donne pas son assentiment à leurs conclusions comme pour ce qu’on sait ou voit. On peut aussi prendre le terme de foi dans son sens général, et ainsi entendu, la foi ne comporte pas de connaissance certaine. Saint Augustin le comprenait ainsi, quand il dit, dans son livre des Questions Evangéliques qu’on a la foi de certaines choses qu’on voit. Mais l’Apôtre parle de la première espèce de foi. Sur ce qu’on objecte à l’égard de saint Thomas, il faut dire avec saint Grégoire qu’il a vu une chose et en a cru une autre. Car il vit la nature humaine et il crut à la nature divine. Pour ce qui est de la démonstration philosophique, il faut répondre que rien ne s’oppose à ce qu’une chose soit vue par l’un et crue par l’autre, comme il est évident en raison des états différents. Ce qui n’est pas vu dans la voie, l’est en effet dans la patrie céleste. Ainsi ce que je crois, l’ange le voit. De même ce qui est vu par les prophètes, par exemple, qu’il y a un Dieu, unique et incorporel, doit être reçu par la foi de la part des simples comme le simple croit en l’éclipse qui est vue par l’astronome. Dans toutes circonstances la foi existe, mais sous certains rapports seulement. D’autres dogmes dépassent, dans un sens absolu, l’état de la vie présente, et ce sont ces vérités que la foi a pour objet, aussi dans le sens absolu.