SOMMAIRE. -L’Apôtre recommande de manifester par les œuvres la foi qu’ils ont dans le coeur.
1. Puis donc que nous sommes environnés d’une si grande nuée de témoins, dégageons-nous de tout ce qui nous appesantit et du péché dont nous sommes environnés, et courons, par la patience, dans cette carrière qui nous est ouverte,
2. Jetant les yeux sur Jésus, l’auteur et le consommateur de la foi, qui dans la vue de la joie éternelle qui lui était proposée, a souffert la croix, en méprisant la honte, et qui est maintenant assis à la droite du trône de Dieu.
3. Pensez donc en vous à celui qui a souffert une si grande contestation de la part des pécheurs qui se sont élevés contre lui, afin que vous ne vous découragiez pas, et que vous ne tombiez pas dans l’abattement.
4. Car vous n’avez pas encore résisté jusqu’au sang, encore contre le péché.
Saint Paul, dans tout ce qui a été dit plus haut, a fait à plusieurs titres l’éloge de la foi qui unit les membres à Jésus-Christ leur chef ; il fait ici une exhortation morale, recommandant de manifester par les oeuvres la foi qu’ils ont dans le cœur, ainsi qu’en avertit saint Jacques au ch. II, 7 de son Epître canonique. Premièrement donc l’Apôtre instruit les Hébreux de la manière de se conduire par rapport au mal ; en second lieu par rapport au bien (XIII, 1) : "Conservez toujours la charité envers vos frères." Or, il y a deux espèces de maux : ceux de la peine et ceux de la faute. Saint Paul enseigne donc d’abord comment il faut se conduire pour supporter les maux qui se rattachent à la peine ; ensuite pour éviter les maux de la faute (verset 12) : Retenez donc vos mains languissantes. Afin d’engager à supporter les maux de la peine, saint Paul apporte I° l’exemple des premiers Pères ; II° celui de Jésus-Christ (verset 12) : Jetant les yeux sur Jésus, l’auteur ; III° l’autorité de l’Ecriture (verset 3) : Et avez-vous oublié cette exhortation.
I° Sur le premier de ces points il dit (verset 1) : Puis donc que nous sommes environnés d’une si grande nuée de témoins, en d’autres termes : il a été dit que les saints ont reçu un témoignage favorable à cause de leur foi, et n’ont pas reçu l’accomplissement des promesses ; cependant, malgré tant d’épreuves, ils n’ont pas faibli dans leur espérance ; nous donc qui sommes environnés d’une si grande nuée de témoins, combien plus, etc... Les saints sont appelés les témoins de Dieu, parce que et par leurs paroles et par leurs actes, Dieu était glorifié en eux ; (Matth., V, 16) : "Que votre lumière luise devant les hommes, afin que voyant vos bonnes oeuvres, ils glorifient votre Père qui est dans le ciel" ; (Isaïe XLIII, 10) : "Vous êtes mes témoins, dit le Seigneur." Or, les saints sont aussi appelés des nuées, premièrement à cause de la sublimité de leur vie ; (Isaïe, LX, 8) : "Qui sont ceux-ci qui sont emportés à travers les airs, semblables à des nuées ?" En second lieu, pour la fécondité de leur doctrine ; (Job, XXVI, 8) : "C’est lui qui lie les eaux dans les nuées, afin qu’elles ne tombent pas toutes à la fois sur la terre" et (Job, XXXVI, 28) : "Il répand les eaux du ciel comme des torrents, qui fondent des nuées." Troisièmement, pour l’utilité des consolations spirituelles ; car, de même que les nuées répandent la fraîcheur, ainsi en est-il de l’exemple des saints ; (Isaïe, XVIII, 4) : "Comme un nuage de rosée pendant la moisson." Nous sommes donc environnés de cette nuée de témoins parce que la vie des saints produit sur nous comme une nécessité de les imiter ; (Jacq.,V, 10) : "Prenez, mes frères, pour exemple de cette patience dans les maux et les afflictions, les prophètes." De même que le Saint Esprit, dit saint Augustin, parle dans les Saintes Ecritures, il parle aussi dans les actions des saints qui sont pour nous et la forme et la règle de la vie. Tel est donc l’exemple des saints, auquel l’Apôtre nous ramène en ce moment. Mais comme l’homme, voulant conformer sa conduite à quelque modèle, en est empêché quelquefois par des obstacles qui surviennent, l’Apôtre commence par écarter ce qui peut empêcher davantage. Or cet obstacle c’est le poids du péché. Car la tribulation est une espèce de combat ; (I Corinth., IX, 25) : "Or tous ceux qui disputent le prix, gardent en toutes choses une exacte tempérance." De même donc que dans une course, ou dans un combat, il faut d’abord se débarrasser de tout ce qui appesantit, il faut en faire autant dans le combat de la tribulation ; (II Tim., IV, 7) : "J’ai bien combattu, j’ai achevé ma course." Celui qui veut, dans la tribulation, courir avec succès vers Dieu, doit d’abord se débarrasser des obstacles. Or, ce sont ces obstacles que l’Apôtre lui-même appelle (verset 1) le poids du péché qui nous environne. Par le poids on peut entendre le péché déjà commis ; on l’appelle un poids, parce qu’il abaisse l’âme vers les choses d’en bas, et l’incline à autre chose qu’à sa fin ; (Ps. XXXVII, 5) : "Mes iniquités se sont appesanties sur moi comme un fardeau insupportable." Le péché qui n’est pas effacé par la pénitence, dit saint Grégoire, entraîne bientôt à un autre péché. Par (verset 1) le péché qui nous environne, on peut entendre l’occasion du péché, ce qui se rencontre dans tout ce qui nous environne, à savoir le monde, la chair, le démon, le prochain ; (verset 1) : Nous dégageant donc de tout ce mal, c’est-à-dire du péché déjà commis, appelé poids, et du péché qui nous environne, c’est-à-dire de l’occasion du péché ; (I Pierre, II, 1) : "Vous étant donc dépouillés de toute sorte de malice et de toute tromperie." On peut encore entendre par « poids » l’ennui qu’amène la tribulation. C’est dans ce sens que fréquemment, chez les prophètes, la tribulation est appelée un fardeau, comme le fardeau de Damas, c’est-à-dire la tribulation ; comme s’il disait : qu’il ne vous soit pas pesant de souffrir pour le Christ. Le péché qui nous environne, c’est la tentation qui vient nous assaillir de la part de l’ennemi qui rôde autour de nous ; (I Pierre, V, 8) : "Votre ennemi le Démon, etc..." Ou bien encore le « poids », c’est l’affection des choses terrestres, et « le péché qui nous environne », l’affection charnelle produite en nous par la chair qui nous environne ; comme si l’Apôtre disait : Déposez toute affection charnelle, soit à l’égard des choses temporelles, soit de ce qui est charnel, si vous voulez courir librement. L’Apôtre joint immédiatement l’exhortation, quand il dit (verset 1) : et courons par la patience dans cette carrière qui nous est ouverte, et non pas seulement proposée, et dans laquelle il nous faut tout supporter patiemment, bien que nous devions nous-mêmes courir volontairement ; (Ps. CXVIII, 32) : "J’ai couru dans la voie de vos commandements." Or, ce combat vous est proposé en même temps que la justice ; (Ecclésiastique IV, 33) : "Combattez jusqu’à la mort pour la justice."
II° Quand l’Apôtre dit ensuite (verset 2) : Jetant les yeux sur Jésus, etc..., il propose l’exemple de Jésus-Christ. I. Il explique pourquoi la passion de Jésus-Christ doit être pour nous un exemple, et ce que nous avons à y considérer ; II. quel doit être le fruit de cette considération (verset 3) : Pensez donc en vous-mêmes à celui.
I. Si c’est (Ephésiens II, 8) "par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi", Jésus-Christ, lui, est l’auteur de la foi. Si donc vous voulez être sauvés, vous devez fixer vos regards sur ce modèle. C’est ce qui fait dire à saint Paul (verset 2) : Jetant les yeux sur Jésus crucifié. Nous avons une figure de ceci dans le serpent d’airain élevé comme un signe, en sorte que ceux qui le regardaient étaient guéris ; (Nomb., XXI, 9) et (Jean, III, 14) : "Comme Moïse dans le désert éleva en haut le serpent, il faut de même que le Fils de l’homme soit élevé en haut, afin que tout homme qui croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle." – Si donc vous voulez être sauvés, jetez les yeux sur le visage de votre Christ, car c’est lui qui est l’auteur de la foi, de deux manières. D’abord en l’enseignant par la parole (ci-dessus, I, 2) : Il nous a parlé par son propre Fils ; (Jean, I, 18) : "Le Fils unique de Dieu qui est dans le sein du Père l’a fait lui-même connaître." Secondement, en l’imprimant dans le cœur ; (Philipp., I, 29) : "C’est une grâce qu’il vous a faite, non seulement de ce que vous croyez en Jésus-Christ, etc..." De plus, Jésus-Christ est lui-même aussi la confirmation de la foi de deux manières : d’abord en confirmant la foi elle-même par des miracles ; (Jean X, 38) : "Si vous ne voulez pas me croire, croyez à mes oeuvres" ; ensuite en lui donnant sa récompense. La foi étant, en effet, une connaissance imparfaite, la récompense de la foi consiste dans la perfection de la connaissance même ; (Jean, XIV, 21) : "je l’aimerai aussi, et je me découvrirai à lui." C’est ce qui est figuré au ch. IV, 9 du prophète Zacharie, où il est dit : "Les mains de Zorobabel ont fondé cette maison," à savoir l’Eglise, dont le fondement est la foi, "et ses mains l’achevèrent entièrement." Car c’est la main de Jésus-Christ, descendu de la famille de Zorobabel, qui a fondé l’Eglise par la foi, et que perfectionne cette foi, en la couronnant de gloire. "Nous ne voyons maintenant que comme en un miroir, et en des énigmes, mais alors nous le verrons face à face" (I Corinth., XIII, 12). La contemplation, dit saint Augustin (de Trinitate I, 10), est la récompense de la foi qui purifie les coeurs pour recevoir - par la foi - cette récompense même, ainsi qu’il est écrit (Actes, XV, 9) : "Ayant purifié leurs coeurs par la foi." Dans la passion de Jésus-Christ il y a, en effet, trois choses à considérer, d’abord ce qu’il a méprisé ; ensuite ce qu’il a supporté, enfin ce qu’il a mérité. Sur le premier de ces points, l’Apôtre dit (verset 2) que la vue de la joie qui lui était proposée, cette joie fut la joie terrestre avec laquelle la multitude qu’il avait nourrie le chercha pour le faire roi, titre qu’il méprisa en se retirant sur la montagne (Jean, VI, 15). C’est de là qu’il est dit (Ecclésiastique II, 2) : "J’ai condamné le rire comme une folie, et j'ai dit à la joie, pourquoi vous trompez-vous si vainement ?" Ou bien encore s’étant proposé pour récompense la joie de la vie éternelle (verset 2), il a souffert la croix. C’est la seconde chose à considérer, c’est-à-dire ce qu’il a souffert, à savoir la croix ; (Philipp., II, 8) : "Il s’est rabaissé lui-même, se rendant obéissant, et jusqu’à la mort." On reconnaît ici et la cruauté du supplice, car ses pieds et ses mains furent cloués, et l’utilité de sa mort, et la laideur et l’ignominie de sa mort, car c’était le genre de mort le plus infamant ;(Sag., II, 20): "Condamnons-le à la mort la plus infâme". La troisième chose à considérer est ce qu’il a mérité, c’est-à-dire de s'asseoir à la droite de son Père. L’Apôtre dit donc (verset 2) : il est maintenant assis à la droite de Dieu, car l’exaltation de la nature humaine dans Jésus-Christ fut la récompense de la passion ; (ci-dessus, I, 3) : Il est assis au plus haut des cieux à la droite de la Majesté.
II. (verset 3) : Pensez donc en vous-mêmes à celui. L’Apôtre explique ici quel est le fruit de cette considération. Et d’abord il recommande la considération attentive du modèle ; ensuite il montre les avantages de cette considération (verset 3) : et que vous ne tombiez pas dans l'abattement. Enfin il en apporte la raison (verset 1) : [Car vous n’avez pas encore résisté] jusqu’à votre sang.
1° L’Apôtre dit donc : Nous vous avons dit : Jetant donc les yeux, etc... et non seulement jetez les yeux, mais pensez en vous-mêmes avec attention, c’est-à-dire pensez en vous y reportant plus d’une fois ; (Proverbes III, 6) : "Pensez à lui dans toutes vos voies." La raison de cette recommandation est que, dans quelque tribulation que l’on se trouve, la croix est le remède. Là, en effet, se trouve l’obéissance à l’égard de Dieu ; (Philipp., II, 8) : "Il s’est rabaissé lui-même, se rendant obéissant" ; l’affection envers les parents, puisque le Christ s’y montre plein de sollicitude pour sa mère ; la charité envers le prochain, qui le fait prier pour ceux qui transgressent la loi de Dieu ; (Luc, XXIII, 34) : "Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu’ils font" ; (Ephés., V, 2) : "Et marchez dans l’amour, comme le Christ lui-même nous a aimés, et s’est livré pour nous." La patience dans l’adversité ; (Ps. XXXVIII, 3) : "Je me suis tu et je me suis humilié, et j’ai gardé le silence pour ne pas dire même de bonnes choses ; et ma douleur s’est renouvelée" ; (Isaïe LIII, 7) : "Il sera mené à la mort, comme une brebis qu’on va égorger ; il demeurera dans le silence, sans ouvrir la bouche, comme un agneau muet devant celui qui le tond" ; enfin la persévérance finale, au milieu de toutes les épreuves, car ces sentiments Jésus-Christ les a conservés jusqu’à la mort ; (Luc, XXIII, 46) : "Père, je remets mon âme entre vos mains." Ainsi donc on trouve à la croix l’exemple de toutes les vertus. La croix, dit saint Augustin, ne fut pas seulement le lit de ses souffrances, elle fut aussi la chaire de son enseignement. Pensez donc en vous-mêmes, à celui qui a souffert. Que faut-il penser ? Trois choses, à savoir la nature de ses souffrances : Il a souffert la contradiction, c’est-à-dire l’affliction pour les paroles qu’il entendait, car ils disaient : "Vah ! toi qui détruis le temple de Dieu" ; (Ps. XVII, 44) : "Vous me délivrerez de ce peuple rebelle" ; (Rom., X, 21) : "J’ai tendu mes bras durant tout le jour à ce peuple incrédule et rebelle à mes paroles" ; (Luc, II, 34) : "Il sera en butte à la contradiction." Et une contradiction si grande, c’est-à-dire si pesante et si ignominieuse ; (Lament., I, 12) : "O vous tous qui passez par le chemin, considérez et voyez s’il est douleur semblable à la mienne." En second lieu, considérez quels sont ceux qui l’ont fait souffrir. Ce sont (verset 3) les pécheurs, pour lesquels il souffrait ; (I Pierre, III, 18) : "Le Christ est mort une fois pour nos péchés, le juste pour les injustes." Troisièmement, la personne de celui qui souffre, car avant sa passion même, depuis le commencement du monde, il a souffert dans ses membres, maintenant il souffre dans sa propre personne ; Paul dit donc (verset 3) : contre lui-même ; (Isaïe XLVI, 4) : "Je vous ai créés, et je vous porterai" ; (Ps. XLVIII, 5) : "J’ai payé ce que je n’ai pas pris" ; (I Pierre, II, 24) : "C’est lui qui a porté nos péchés en son corps sur la croix."
2° Saint Paul fait voir ensuite l’utilité de cette considération quand il dit (verset 3) : afin que vous ne vous découragiez pas. En effet, la méditation de la passion de Jésus-Christ fait que nous ne nous laissons pas abattre. Si l’on rappelle à sa mémoire la passion de Jésus-Christ, dit saint Grégoire, rien ne peut être si dur qu’on ne le supporte avec égalité d’âme. Saint Paul dit donc : C’est pourquoi, ne vous laissez pas abattre, ni défaillir votre coeur, de la vérité de la foi ; (Isaïe, XL, 31) : "Ils courront sans se fatiguer, et ils marcheront sans qu’ils se lassent" ; (II Thess., III, 13) : "Ne vous lassez pas de faire le bien."
3° Saint Paul en apporte ensuite la raison, en disant (verset 4) : Car vous n’avez pas encore résisté jusqu’à répandre votre sang, en d’autres termes : Vous ne devez pas vous décourager dans vos tribulations, par rapport à votre salut, car vous n’avez pas supporté encore tout ce qu’a souffert Jésus-Christ, puisqu’il a répandu, lui, son sang pour nous ; (Matth., XXVI, 28) : "Ceci est mon sang, le sang de l’alliance nouvelle, qui sera répandu pour beaucoup." Vous avez supporté la perte de vos biens ; mais c’est un acte autrement généreux de donner sa vie, que les biens matériels, encore que quelquefois, en raison du principe de l’oeuvre même, à savoir en raison de la charité, l’oeuvre puisse être moins parfaite, ainsi qu’il a été expliqué. C’est ce qui fait dire à saint Paul : Vous n’avez pas encore résisté (verset 1) en combattant contre le péché, jusqu’au sang, c’est-à-dire jusqu’à répandre votre sang pour Jésus-Christ.
SOMMAIRE : L’Apôtre exhorte, par le témoignage et l’autorité de l’Ecriture, à supporter les maux avec patience, parce que si Dieu châtie, c’est une marque de son amour.
5. Et avez-vous oublié cette exhortation, qui s’adresse à vous comme aux enfants de Dieu : Mon fils, ne négligez pas le châtiment par lequel le Seigneur vous corrige, et ne vous laissez pas abattre lorsqu’il vous reprend.
6. Car le Seigneur châtie celui qu’il aime, et il frappe de verges tous ceux qu’il reçoit au nombre de ses enfants.
7. Ne vous lassez donc pas de souffrir. Dieu vous traite en cela en ses enfants. Car qui est l’enfant qui ne soit pas châtié par son père ?
8. Et si vous n’êtes pas châtiés, tous les autres l’ayant été, vous êtes donc des bâtards et non pas de enfants légitimes ?
9. Et de plus, si nous avons eu du respect pour les pères de notre corps, lorsqu’ils nous ont châtiés, combien plus devons-nous être soumis à celui qui est le Père des esprits, afin de jouir de la vie !
10. Car, quant à nos pères, ils nous châtiaient comme il leur plaisait, par rapport à une vie qui dure peu ; mais Dieu nous châtie autant qu’il est utile, pour nous rendre capables de participer à sa sainteté.
11. Or, tout châtiment, lorsqu’on le reçoit, semble être un sujet de tristesse et non de joie mais ensuite il fait recueillir en paix les fruits de la justice, à ceux qui auront été ainsi exercés.
Saint Paul, dans ce qui précède, a engagé par l’exemple des premiers Pères et celui de Jésus-Christ à supporter avec patience les maux ; il fait ici la même recommandation par l’autorité de l’Ecriture. I. Il cite cette autorité ; II. il en détermine le sens (verset 7) : Ne vous lassez donc pas de souffrir ; III. de ses prémisses il argumente pour sa proposition (verset 8) : Et si vous n’êtes pas châtiés.
I° L’Apôtre cite donc cette autorité, qui est prise du chap. III, 11 des Proverbes, mais dans d’autres termes que ceux que nous lisons dans notre Vulgate, car voici ces derniers (verset 11) : "Mon fils, ne rejetez pas la correction du Seigneur, et ne vous abattez pas lorsqu’il vous châtie ; car le Seigneur châtie celui qu’il aime et il trouve en lui son plaisir, comme un père dans son fils." L’Apôtre citant ce passage, pour en tirer un motif de consolation, se sert d’autres expressions. Il dit donc (verset 5) : Et avez-vous oublié ces paroles consolantes ?, comme s’il disait : Ce serait étonnant que vous les ayez oubliées ; (Ps. XCIII, 19) : "Vos consolations ont rempli de joie mon âme à proportion du grand nombre de douleurs qui ont pénétré mon coeur" ; et encore (Ps. CXVIII, 93) : "Je n’oublierai jamais la justice de vos ordonnances." L’Apôtre dit des paroles consolatrices, c’est-à-dire de Dieu qui console, manière de parler emphatique ; (II Cor., I, 3) : "Béni soit le Dieu et le Père de Notre Seigneur Jésus-Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, qui nous console dans tous nos maux." Saint Paul ajoute (verset 5) : ces paroles qui s’adressent, c’est-à-dire de celui qui s’adresse à vous, comme étant enfants de Dieu. Si donc Dieu punit, il ne hait pas, et les châtiments qu’il inflige sont dirigés pour notre bien, puisqu’il nous parle comme des enfants.
I. L’Apôtre cite ensuite les paroles de la sainte Ecriture, en disant : Mon fils, etc... et aussitôt il apporte la raison de ce qu’il a dit (verset 6) : car le Seigneur châtie celui qu’il aime, etc...
1° Or, dans ce passage, deux choses sont interdites. D’abord la haine de la discipline et l’impatience à la supporter. De cette haine l’Apôtre dit (verset 5) : Mon fils, ne négligez pas, comme nous le voyons de quelques-uns qui haïssent la correction, et dont il est dit : (Proverbes IX, 8) : "Ne reprenez pas le moqueur de peur qu’il ne vous haïsse" ; (Amos V, 10) : "Ils ont haï celui qui les reprenait dans les assemblées publiques, et ils ont en abomination celui qui parlait dans la droiture et dans la vérité."
2° L’Apôtre dit donc (verset 5) : Ne négligez pas le châtiment dont le Seigneur vous corrige, en d’autres termes : Quand Dieu vous frappe afin de vous corriger, ne le négligez pas, c’est-à-dire : prenez garde de recevoir la correction avec négligence, en vous laissant aller à vos répugnances ; (Sagesse III, 11) : "Celui qui rejette la sagesse et l’instruction est malheureux." Sur l’impatience à supporter l’épreuve, saint Paul ajoute (verset 5) : Et ne vous laissez pas abattre lorsqu’il vous reprend ; il en est qui n’ont pas de haine, il est vrai, pour la rude correction, mais qui la supportent avec impatience. C’est pourquoi saint Paul dit (verset 5) : Et ne vous laissez pas, etc... Car pour l’homme spirituel c’est se laisser abattre que de manquer de courage ; (ci-dessus, XII, 3) : Que vous ne vous découragiez pas, et que vous ne tombiez pas dans l’abattement (Eccli., VI, 26) : "Ne vous ennuyez pas de ces liens."
II. Quand saint Paul dit ensuite (verset 6) : Car le Seigneur châtie celui qu’il aime, il assigne la cause de ce qui vient d’être dit. L’expression « châtier », comme l’a remarqué le Philosophe, s’emploie communément pour les enfants, et pour ce qui est de la concupiscence. Nous appelons chaste celui dont la concupiscence est châtiée. De même on dit : « un enfant bien châtié » de celui qui est bien soumis à la règle, car ce qui de soi a de la pente vers le mal a besoin d’un frein qui le maintienne. Or, telle est la concupiscence, tels sont aussi les enfants qui, d’eux-mêmes, se laissent aller à l’impétuosité de leurs penchants, et par conséquent ont besoin de correction. Celui donc qui les corrige agit ainsi pour qu’ils ne se tournent pas vers le mal. Et parce que nos sens et nos pensées sont ainsi portées au mal, comme il est dit dans la Genèse (VIII, 21), le Seigneur nous châtie afin de nous en retirer ; (Ps. CXVIII, 18) : "Le Seigneur m’a châtié pour me corriger mais il ne m’a pas livré à la mort" ; (Jér., XXXI, 18) : "Vous m’avez châtié et j’ai été instruit par mes maux, comme un jeune taureau indompté" ; quand donc Dieu corrige, il envoie des châtiments, non seulement pour condamner, mais pour sauver. Voilà pourquoi l’Apôtre dit que le Seigneur (verset 6) frappe de verges tous ceux qu’il reçoit au nombre de ses enfants. Ceux qu’il ne frappe pas de verges ne sont donc pas de ce nombre ; (Ps. LXXII, 5) : "Ils ne participent pas aux travaux des hommes et ils n’éprouvent pas les fléaux auxquels les hommes sont exposés", c’est donc comme un signe de la réprobation éternelle ; (Ezechiel XVI, 42) : "Mon zèle se retirera de vous." Il n'est pas étonnant que Dieu châtie tous ses enfants qu’il reçoit par adoption, puisqu’il n’a pas épargné son propre Fils ; (Luc XXIV, 26) : "II fallait que le Christ souffrît."
II° Quand saint Paul ajoute (verset 7) : Ne vous lassez donc pas de souffrir, il détermine le sens de l’autorité qu’il a citée précédemment. Et d'abord comment il faut entendre sa recommandation ; ensuite il explique le sens de la raison qu’il a donnée (verset 7) : Dieu vous traite comme ses enfants ; enfin il établit la convenance de cette raison (verset 7) : Car qui est l’enfant.
I. La recommandation de l'Apôtre était de ne pas négliger le châtiment dont le Seigneur les corrigeait et de ne pas non plus se laisser abattre. Il comprend ces deux points dans ces mots qu’il ajoute. Car ne pas négliger [l'avertissement renfermé dans le châtiment] et ne pas se laisser abattre quand le châtiment arrive, ce n’est rien autre chose que « ne pas se lasser de souffrir ». Ce qui fait dire à Job (VI, 10) : "que dans ces douleurs extrêmes dont il m’accablera sans m’épargner, il me jette au moins cette consolation, etc..." ; (Psaume II, 12) : "Embrassez étroitement la discipline, etc..." Saint Paul avait dit déjà pourquoi nous ne devons pas négliger le châtiment, c’est parce que le Seigneur châtie celui qu’il aime, etc... Il dit donc ici (verset 7) : Dieu vous traite comme ses enfants, en d’autres termes : persévérez, car Dieu vous traite comme ses enfants ; (Jérémie X, 19) : "Vous m’appellerez encore votre Père, vous ne cesserez jamais de me suivre." Saint Paul montre ensuite que cette raison est convenable, quand il dit (verset 7) : Car qui est l’enfant qui ne soit pas châtié par son père ? C’est, en effet, au père qu’il appartient de corriger son enfant ; (Proverbes XIII, 24) : "Celui qui épargne la verge, hait son fils ; mais celui qui aime son fils s’applique à le corriger" ; (Ecclésiastique XXX, 8) : "Tout cheval indompté devient intraitable, de même l’enfant abandonné à sa volonté devient insolent." C’est pourquoi la correction est nécessaire. C’est ainsi qu’il fut donné à Paul lui-même un aiguillon dans sa chair, de peur qu’il ne tombât par orgueil (II Cor., XII, 7).
III° En ajoutant (verset 8) : Et si vous n’êtes pas châtiés, etc..., l’Apôtre argumente à partir des prémisses qu’il a posées. D’abord en faisant ressortir une contradiction ; ensuite par un exemple qu’il cite (verset 9) : Et de plus si nous avions eu du respect pour les pères, etc... ; enfin des avantages qui en résultent (verset 11) : Or, tout châtiment, lorsqu’on le reçoit, etc...
I. Sur la première partie, saint Paul fait ce raisonnement : Tous les saints qui ont été agréables à Dieu, ont passé par de nombreuses tribulations, et c’est par elles qu’ils sont devenus les enfants de Dieu ; donc, quiconque ne persévère pas dans la discipline n’est pas l’enfant de Dieu : c’est un bâtard, c’est-à-dire un fils de l’adultère. L’Apôtre n’exprime que la conclusion de ce raisonnement, quand il dit (verset 8) : Et si vous n’êtes pas châtiés, vous êtes donc des bâtards, et non des enfants légitimes, car tous les autres, c’est-à-dire tous les saints sont passés par l’épreuve ; (II Tim., III, 12) : "Tous ceux qui veulent vivre pieusement en Jésus-Christ, souffriront la persécution" ; (Judith., VIII, 23) : "Tous ceux qui ont plu à Dieu, ont passé par plusieurs afflictions et sont toujours demeurés fidèles." Il n’est pas pour cela nécessaire que les saints aient toujours des tribulations extérieures, puisqu’ils sont intérieurement affligés de la mauvaise vie des pécheurs ; (II Pierre, II, 8) : "Demeurant avec ceux dont les actions détestables offensaient ses yeux et ses oreilles, Loth…" On appelle fils, à proprement parler, celui qui naît d’un père légitime. Notre Mère est l’Eglise dont l’Epoux est Dieu lui-même ; (Osée, II, 20) : "Je te fiancerai à moi pour toujours." L’adultère, c’est le démon, c’est le monde. Ceux qui sont nés de l’esprit du démon ou de l’esprit du monde sont des enfants d’adultères ; (Isaïe, LXII, 3) : "Venez ici, enfants d’une devineresse, race d’un adultère et d’une prostituée." Nous voyons donc qu’il n’y a de fils, dans le véritable sens, que ceux qui sont nés d’un père légitime.
II. Quand l’Apôtre dit à la suite (verset 9) : Et de plus si nous avons eu du respect pour les pères, etc..., il apporte une seconds raison, prise de ce que nous avons éprouvé déjà, c’est-à-dire de la correction paternelle. Or, cette raison se déduit d’une double différence, qui existe entre Dieu notre Père et un père selon la chair.
1° Voici la première de ces différences : c’est que l’homme engendre l’homme pour le corps seulement et non pas l’âme, qui existe par la puissance créatrice et ne se transmet pas ; (II Macchab., VII, 22) : "Ce n’est pas moi qui vous ai donné l’âme, l’esprit et la vie." C’est ce qui fait dire à saint Paul (verset 9) : Et de plus puisque les pères de notre corps nous ont châtié ; (Ecclésiastique VII, 25) : "Avez-vous des enfants ? Instruisez-les bien" ; (verset 9) : nous avons eu du respect pour eux ; (Exode, XX, 12) : "Honorez votre père et votre mère, etc..." Dieu est notre Père d’une manière bien autrement excellente quant à l’âme, qu’il crée immédiatement ; (Ecclésiastique XVII, 7) : "Que l’esprit retourne à Dieu qui l’avait donné." De plus Dieu justifie l’âme en nous adoptant pour fils ; (Rom., VIII, 16) : "L’esprit rend lui-même témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu." L’Apôtre dit donc (verset 9) : combien plus devons-nous être soumis à celui qui est le Père de nos esprits, c’est-à-dire de nos âmes, qui sont appelées esprits parce qu’elles ne sont pas formées de la matière, (verset 9) afin que nous vivions, car la fin de l’obéissance est la vie éternelle ; (Jean, VIII, 52) : "Celui qui garde ma parole ne mourra jamais" ; (ci-dessus, V, 9) : Il est devenu l’auteur du salut éternel pour tous ceux qui lui obéissent."
2° La seconde différence est celle de la correction humaine et de la correction divine ; différence qui consiste en deux points. D’abord quant à la fin : la fin de la première est quelque chose de transitoire, car elle nous porte à nous bien conduire pendant cette vie qui ne comprend que peu de jours. Ensuite quant à la raison, car l’homme corrige son frère d’après sa volonté propre qui peut s’égarer et se tromper, et toutefois nous nous soumettons à elle. Il n’en est pas ainsi de la correction divine, car elle nous corrige afin de nous être utile pour toujours, c’est-à-dire afin que nous recevions la sanctification qui n’est autre que Dieu lui-même ; (Isaïe VIII, 13 ss) : "Rendez gloire à la sainteté du Dieu des armées. Qu’il soit lui-même votre crainte et votre terreur, et il deviendra votre sanctification." C’est ce qui fait dire à saint Paul (verset 10) : Car quant à nos pères, c’était par rapport à une vie qui dure peu. Voilà la première différence ; et (verset 10) : comme il leur plaisait, ils nous châtiaient," voilà la seconde. Mais (verset 10) : Dieu nous a châtiés autant qu’il nous est utile ; (Isaïe XLVIII, 17) : "Je suis le Seigneur votre Dieu qui vous enseigne ce qui vous est utile." Et cela (verset 10) en recevant la sanctification, c’est-à-dire pour la sainteté que nous devons recevoir de lui ; et par conséquent nous devons encore davantage recevoir la correction qu’il nous inflige.
III. Nous lisons à la suite (verset 11) : Or, tout châtiment, etc... C’est la troisième raison déduite de l’utilité de la correction. Les peines ayant, en effet, une valeur de médecine, il faut, semble-t-il, estimer la correction et le médicament de la même façon. De même donc qu’une potion médicinale, alors qu’on la prend, est amère et dégoûtante, douce cependant et désirable quand on en envisage la fin ; la correction, lourde d’abord à supporter, apporte ensuite un grand bien. Remarquons que le mot latin « disciplina », « correction », vient de « discere », [« apprendre », « être disciple »]. Or, c’est avec la discipline qu’on dresse les enfants qui apprennent. Voilà pourquoi ce mot de discipline est pris quelquefois pour science, comme au commencement du Ier liv. des Principes : "Toute doctrine et toute discipline, etc..."qui en grec se dit ™pisthmwn. Quelquefois encore, pour « correction », qui se dit en grec paidia. Le latin n’a pas cette variété d’expression. L’Apôtre dit donc (verset 11) que toute discipline, c’est-à-dire l’acquisition de la science par les punitions et les corrections, semble être un sujet de tristesse et non de joie, parce qu’elle cause extérieurement de la tristesse, en raison de ce qu’il faut souffrir ; mais intérieurement elle produit de la douceur, par l’intention qu’on a d’obtenir la fin. Aussi l’Apôtre dit (verset 11) : semble être, et non pas : « elle est » ; (II Corinth., VI, 10) : "comme tristes et demeurant toujours dans la joie" ; (Jean, XVI, 21) : "Une femme, lorsqu’elle enfante, est dans la douleur, etc..., etc...." ; (II Corinth., IV, 17) : "Le moment si court et si léger des afflictions que nous souffrons en cette vie, produit en nous le poids éternel d’une souveraine et incomparable gloire." Voilà pourquoi saint Paul dit ici (verset 11) : mais ensuite elle fait recueillir les fruits. Le fruit suppose la douceur. Ainsi jouir, c’est trouver de la douceur dans la fin qu’on a atteint. Aussi [fait-elle recueillir ce fruit] dans une profonde paix. Les fruits que l’on recueille ici-bas viennent avec le trouble des obstacles extérieurs et des tentations intérieures ; ils ne nous sont donc pas donnés dans une très profonde paix, comme nous les posséderons alors. Dans la gloire, rien à l’intérieur qui aiguillonne la conscience, ni qui porte à la faute ; rien à l’extérieur qui puisse désormais contrister. Car alors, comme dit saint Augustin, vous trouvez tout ce que vous voulez. Il y a donc un fruit recueilli dans la paix, par la tranquillité de la conscience ; dans une paix plus profonde, quand la première robe d’innocence nous est rendue, mais dans la paix la plus profonde, quand nous recevons la seconde ; (Isaïe XXXII, 18) : "Mon peuple se reposera dans la beauté de la paix, dans des tabernacles de confiance, dans un repos plein d’abondance" ; (Proverbes III, 14) : "Le fruit qu’on en retire [de la sagesse] est plus excellent que l’or le plus fin et le plus pur." Elle produira donc (verset 11) les fruits de la justice, c’est-à-dire les fruits que mérite la justice ; (Proverbes XI, 18) : "La récompense est assurée à celui qui sème la justice" ; (Proverbes XI, 30) : "Le fruit du juste est un arbre de vie." Ou bien encore de justice, c’est-à-dire pour acquérir la justice ; (Osée, X, 12) : "Semez pour vous dans la justice, et moissonnez dans la miséricorde" ; (Ps, CXXV, 7) : "En s’en allant, ils marchaient en pleurant, etc..." Mais les fruits ne sont donnés qu’à (verset 11) ceux qui auront été exercés ainsi, c’est-à-dire par l’épreuve ; (ci-dessus, V, 14) : La nourriture solide est pour les parfaits, pour ceux dont l’esprit par l’habitude et un long travail s’est accoutumé à discerner.