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Hébreux XII, 12 à 17 : Le péché d'omission

SOMMAIRE : L’Apôtre exhorte les Hébreux à se garder du péché d’omission ; il recommande à ceux qui n’ont pas péché, de continuer à s’en préserver.

12. Relevez vos mains languissantes et fortifiez vos genoux affaiblis.

13. Conduisez vos pas par des voies droites, afin que s’il y a quelqu’un qui soit chancelant, il ne s’égare pas du chemin, mais plutôt qu’il se redresse.

14. Tâchez d’avoir la paix avec tout le monde, et de vivre dans la sainteté, sans laquelle nul ne verra Dieu,

15. En prenant garde que quelqu’un ne manque à la grâce de Dieu ; que quelque racine amère ne poussant en haut ses rejetons, n’empêche la bonne semence, et ne souille l’âme de plusieurs ;

16. Qu’il ne se trouve quelque fornication, ou quelque profane, comme Esaü qui vendit son droit d’aînesse pour un peu de nourriture.

17. Car vous savez qu’ayant depuis désiré d’avoir, comme premier héritier, la bénédiction de son père, il fut rejeté, et ne put lui faire changer de résolution, quoiqu’il l’en eût conjuré avec larmes.

Saint Paul, après avoir recommandé, dans ce que nous avons vu, de suivre les règles, qu’il donnait pour supporter les maux de peine, instruit ici de la manière dont il faut se conduire, pour éviter les maux de faute. Premièrement donc, il fait ses recommandations ; secondement, il en assigne les raisons (verset 18) : Car vous ne vous êtes pas approchés. Sur le premier de ces points, il avertit : celui qui pèche ; II° celui qui ne pèche pas encore (verset 14) : Tâchez d’avoir la paix.

I° II y a deux sortes de péchés : l’un d’omission, l’autre de transgression. Saint Paul engage : I. à se garder du péché d’omission ; II. à ne pas commettre le péché de transgression (verset 13) : Conduisez vos pas par des voies droites.

I. Le péché d’omission est aussi de deux espèces : l’un consiste à omettre de faire le bien ; l’autre à ne pas supporter les maux et les adversités.

Quant à la première espèce, l’Apôtre dit (verset 12) : C’est pourquoi, c’est-à-dire puisque la correction fait recueillir des fruits pleins de paix, afin que vous puissiez obtenir vous-mêmes les fruits (verset 12) : élevez vos mains languissantes. La main étant en effet l’organe des organes, on dit qu’elle languit quand elle cesse d’opérer les bonnes oeuvres. Il faut donc la relever par une droite intention, afin d’accomplir ce qui plaît à Dieu ; (Lamentations III, 41) : "Elevons au ciel nos coeurs avec nos mains vers le Seigneur" ; (Ps. CXL, 2) : "Que l’élévation de nos mains soit, etc..." La main qui languit amène la pauvreté et la servitude ; (Proverbes X, 4) : "La main relâchée produit l’indigence ; la main des forts procure la richesse ; (Proverbes XII, 24) : "La main des forts dominera, mais la main relâchée sera assujettie à payer le tribut." C’est en signe de ceci que, dans l’Exode (XVII, 11), quand Moïse élevait les mains, Israël était victorieux ; quand il les laissait retomber, Amalec était le plus fort.

Quant à la seconde espèce d’omission, l’Apôtre dit (verset 12) : Fortifiez vos genoux affaiblis. C’est sur les genoux que porte tout le poids du corps. Ceux-là donc ont les genoux affaiblis, qui manquent du courage nécessaire pour supporter résolument les adversités. C’est cette faiblesse qu’il faut rejeter loin de soi ; (Job, IV, 3) : "Vous avez rendu la force aux mains lasses et affaiblies. Vos paroles ont affermi ceux qui étaient ébranlés, et vous avez fortifié les genoux tremblants" ; (Isaïe XXXV, 3) : "Fortifiez les mains languissantes et soutenez les genoux tremblants." Relevez donc les mains et soutenez les genoux qui languissent, afin de ne pas vous engourdir par l’oisiveté et de ne pas hésiter par faiblesse.

II. Quand l’Apôtre dit ensuite (verset 13) : Conduisez-vous par des voies droites, il condamne le péché de transgression. Ce péché est un manque de droiture et de fermeté. On appelle droit ce dont le milieu ne dépasse en aucune manière les extrémités, c’est-à-dire dont l’oeuvre ne s’écarte ni de l’intention ni de la fin légitimes. Or, on peut s’écarter de cette ligne, dans la volonté, dans l’oeuvre et dans l’intelligence.

De l’affection déréglée résulte la déviation dans l’intelligence et la dépravation dans la volonté. L’Apôtre attaquant donc d’abord le premier de ces dérèglements, qui est comme la racine des autres, dit (verset 13) : Conduisez vos pas par des voies droites, c’est-à-dire rendez vos affections droites. Car ainsi que les pieds portent le corps, l'âme est conduite par les affections. Les voies droites sont donc les affections bien réglées ; (Ezéch., I, 7) : "Leurs pieds étaient droits." Rectifiez donc les affections qui portent spirituellement le corps tout entier ; (Isaïe XL, 3) : "Rendez droits, dans la solitude, les sentiers de votre Dieu." Voilà ce à quoi vous devez vous appliquer, autant qu’il est en vous. Mais opérer cette rectification n’appartient qu'à Dieu seul ; (Ps. XVI, 5) : "Affermissez mes pas dans vos sentiers."

Du second dérèglement, saint Paul dit (verset 13) : afin que s’il y a quelqu’un qui est chancelant, par rapport à l'action extérieure. Car de même qu’on dit d’une jambe qu’elle est boiteuse, quand elle ne suit pas la règle de la puissance qui dirige les pas, ainsi l’oeuvre est elle-même boîteuse, quand soit à droite, c’est-à-dire dans la prospérité, soit à gauche, c'est-à-dire dans l’adversité, elle ne suit pas la loi divine ; (Isaïe XXX, 21) : "C’est ici la voie ; marchez dans ce chemin, sans vous détourner ni à droite, ni à gauche." Ou bien encore, celui-là boîte, qui vent garder les observances légales en même temps que l’Evangile.

De la déviation de l’intelligence, l’Apôtre dit (verset 13) : il s’écarte du chemin. Car l’oeuvre mauvaise est suivie de l’erreur de l’intelligence ; (Proverbes XIV, 22) : "Ceux qui se donnent au mal se trompent" ; (Sag., II, 21) : "Les impies ont eu ces pensées, et ils se sont égarés, parce que leur propre main les a aveuglés." Celui qui veut éviter ces deux égarements doit donc avoir et les pieds et les affections dans la rectitude. Voilà pourquoi saint Paul dit (verset 13) : mais plutôt qu’il se redresse. Car ainsi que la santé du corps consiste dans l’équilibre des humeurs, la santé spirituelle se trouve dans la droiture des affections ; (Jér., XVII, 14) : "Seigneur, guérissez-moi, et alors je serai guéri."

II° Quand l’Apôtre ajoute (verset 14) : Tâchez d’avoir la paix avec tout le monde, il recommande à celui qui ne pèche pas encore d’éviter le péché. I. Il indique quelques remèdes qui peuvent servir à éviter tous les péchés ; II. Il engage spécialement à les éviter (verset 15) : de peur que quelque racine.

I. Sur le premier de ces points, il faut se souvenir que les actions humaines ont des fins diverses. Quelques-unes se rapportent au prochain, comme la justice qui règle les rapports des hommes entre eux. La fin de ces actions est la paix. C’est ce qui fait dire à Isaïe (XXXII, 17) : "La paix sera l’ouvrage de la justice." D’autres se rapportent à celui même qui fait les actions, qui jeûne par exemple : la fin de celles-ci, c’est la pureté. Nous ne jeûnons donc que pour acquérir la netteté et la pureté.

Par rapport à la première catégorie de ces oeuvres, l’Apôtre dit (verset 14) : Tâchez d’avoir la paix, c’est-à-dire non seulement ayez cette paix, mais cherchez les moyens de l’obtenir avec les autres ; (Rom., XII, 18) : "Vivez en paix, si cela se peut, et autant qu’il est en vous avec toutes sortes de personnes" ; (Ps. XXXII, 15) : "Recherchez la paix, et poursuivez-la."

Par rapport à la seconde, l’Apôtre dit (verset 14) : et la sainteté ; (II Corinth., VII, 1) : "Purifions-nous de tout ce qui souille le corps et l’esprit." Or, que ces remèdes soient nécessaires, l’Apôtre le fait voir par deux dangers que nous courons, dès que nous nous écartons de ces règles, à savoir la perte de la gloire dans la vie future et la perte de la grâce dans la vie présente.

1. De la première l’Apôtre dit (verset 14) que sans la paix et la sainteté nul ne verra Dieu, et c’est en cela que consiste la béatitude ; (Jean, XVII, 3) : "La vie éternelle consiste à, etc...", comme s’il disait : Sans la paix par rapport au prochain, et sans la sainteté et la pureté par rapport à soi-même, personne ne peut jouir de la béatitude ; (Matth., V, 9) : "Bienheureux ceux qui sont pacifiques, parce qu’ils seront appelés enfants de Dieu." Or, ce n'est qu’aux enfants seuls qu’est dû l’héritage de la vision divine ; de même (Apoc., XXI, 27) : "Il n’y entrera rien de souillé" ; (Ps. XIV, 1) : "Seigneur, qui entrera dans votre tabernacle ?, etc..." ; de même (Ps. XXIII, 3) : "Qui est-ce qui montera sur la montagne du Seigneur ?, etc..."

2. De la seconde de ces pertes, à savoir, celle de la grâce dans le tempe présent, saint Paul dit (verset 15) : Prenez garde que quelqu’un de vous ne manque à la grâce de Dieu. Car on perd cette grâce par la discorde et par la souillure du péché ; (I Corinth., XIV, 33) : "Dieu n’est pas un Dieu de trouble, mais de paix" ; (Ps. LXXV, 3) : "Il a choisi pour sa demeure Jérusalem qui est la cité de paix" ; (Hab., I, 13) : "Vos yeux sont purs, Seigneur, pour ne pas souffrir ce mal, et vous ne pouvez regarder l’iniquité" ; (Sagesse, I, 5) : "L’Esprit Saint, qui est le maître de la science, fuit le déguisement, l’iniquité survenant le bannit de l’âme." L’Apôtre parle ici dans le sens figuré ; car bien que personne ne puisse avoir la grâce à cause de ses mérites propres, puisque la grâce cesserait alors d’être grâce, il faut toutefois que l’homme fasse de son côté ce qui lui est possible ; alors Dieu, d’une volonté très libérale, la donne à celui qui se prépare ; (Apoc., III, 20) : "Me voici à la porte et je frappe : si quelqu’un m’ouvre la porte, j’entrerai chez lui" (I Tim., II, 4) : "Il veut que tous les hommes soient sauvés." La grâce de Dieu ne manque donc à qui que ce soit et, autant qu’il est en elle, elle se communique à tous, comme le soleil ne manque pas non plus aux yeux de l’aveugle. L’Apôtre dit donc (verset 13) : "Prenez garde que quelqu’un d’entre vous, ne manque à la grâce de Dieu."

On objecte que si la grâce n’est pas donnée en fonction des oeuvres, mais seulement quand on n’y met pas d’obstacle, il dépendrait du libre arbitre seul de l’obtenir et non pas du choix de Dieu, ce qui est une erreur pélagienne. Il faut répondre qu’en cela même qu’on ne met pas obstacle à la grâce, cela vient de la grâce. Si donc l’on met obstacle à cette grâce, et qu’ensuite le coeur se détermine à écarter cet obstacle, c’est l’effet du don de Dieu qui appelle par sa miséricorde ; (Galal, I, 5) : "Lorsqu’il a plu à Dieu qui m’a choisi particulièrement dès le sein de ma mère, et qui m’a appelé par sa grâce, etc..." Ce n’est pas ici la grâce qui rend agréable aux yeux de Dieu. Ainsi pour ceux qui écartent cet obstacle, c’est l’effet de la miséricorde divine ; pour ceux qui ne l’écartent pas, c’est l’effet de sa justice. L’Apôtre dit non pas : « prenez garde de manquer vous-mêmes », mais prenez garde que quelqu’un ne manque, c’est-à-dire que nul ne manque, parce que chacun doit être plein de sollicitude pour son frère ; (Ecclésiastique XVII, 12) : "Il a ordonné à chacun d’eux d’avoir soin de son prochain."

II. Quand saint Paul ajoute (verset 15) : de peur que quelque racine, il en vient spécialement à la recommandation d’éviter les péchés contraires à chacun des remèdes qu’il a indiqués. Donc il exhorte à se préserver des péchés opposés à la paix ; de ceux qui sont opposés à la sainteté (verset 16) : Qu’il ne se trouve pas parmi vous de fornicateurs.

Il dit donc (verset 15) : de peur que quelque racine amère, etc... On appelle amer, ce qui ne peut être goûté sans affecter le sens du goût. On dit d’une conversation qu’elle est amère, quand elle ne peut avoir lieu sans blesser ceux avec qui on la tient. C’est contre ce défaut qu’il est écrit au livre de la Sagesse (VIII, 16), en parlant de la sagesse même : "Sa conversation n’a aucune amertume, ni sa compagnie rien d’ennuyeux, mais on n’y trouve que de la satisfaction et de la joie." Celui donc qui sait prendre la sagesse pour règle de sa conversation, n’a rien en elle d’amer, et c’est ce qui arrive quand on ne se permet rien de dur à supporter, ni dans les paroles, ni dans les actes. C’est ce qui fait dire à saint Paul (verset 15) : Prenant garde que quelque racine amère, c’est-à-dire que l’amertume amassée peu à peu, et enracinée dans le coeur, venant à pousser ses rejetons, n’empêche la paix, et par suite la grâce et la vision de Dieu ; (Deut., XXIX, 18) : "Qu’il ne se produise pas parmi vous une racine et un germe de fiel et d’amertume" ; (Osée, XII, 14) : "Je n’ai trouvé dans Ephraïm que de l’amertume et des sujets de m’irriter contre lui." Ou bien encore, la racine d’amertume, c’est la pensée mauvaise de la délectation coupable qui pousse en haut ses rejetons, quand elle en vient à l’acte par le consentement. Et (verset 15) qu’elle ne souille l’âme de beaucoup, car, non celui en qui pousse cette racine maudite, mais les autres sont encore souillés par le mauvais exemple ; (I Cor., V, 6) : "Un peu de levain aigrit toute la pâte."

Quand saint Paul dit ensuite (verset 16) : Qu’il ne se trouve aucun fornicateur, il exhorte à éviter les péchés contraires à la sainteté, à laquelle sont spécialement opposés les péchés de la chair, à savoir la luxure et l’intempérance. Ces péchés s’accomplissent par la délectation charnelle par laquelle l’âme est souillée ; ils souillent donc à la fois l’esprit et la chair. Voilà pourquoi saint Paul recommande spécialement de les éviter.

1. Et d’abord la luxure, quand il dit : Prenez garde. Chacun doit veiller, non seulement pour soi-même, afin de ne pas tomber dans la fornication, mais encore pour son prochain. "Gardez réciproquement votre pureté, etc... dit saint Augustin, et (Ephés., V, 3) : "qu’on entende pas parler parmi vous ni de fornication, ni de quelque impureté que ce soit, ni d’avarice, comme on ne doit pas en entendre parler parmi les saints" ; (Tobie, IV, 13) : "Veillez sur vous, pour vous garder de toute impureté." En second lieu l’Apôtre défend l’intempérance, quand il dit (verset 16) : ou quelque profane, mot qui vient de « procul » et « fanum », temple ; or, tels sont ceux qui sont adonnés à la bonne chère, et font leur Dieu de leur ventre, comme Esaü. Ce qu’il vient d’avancer, saint Paul le montre par l’exemple d’Esaü qui pour satisfaire son intempérance vendit son droit d’aînesse. C’est ainsi que l’intempérant vend pour satisfaire le moindre désir de nourriture son héritage éternel ; (Proverbes VI, 26) : "Le prix de la courtisane est à peine d’un seul pain." Or, Esaü ne fut pas seulement esclave de sa bouche, mais il se laissa aller également à la luxure, puisque contre la volonté de ses parents, il prit des épouses étrangères. Le droit du premier né, était cependant d’avoir une part double, et avant le sacerdoce d’Aaron, l’aîné jouissait de l’honneur du sacerdoce. Esaü se rendit donc dans cette action, coupable de simonie. Il semble donc aussi que Jacob fut également coupable de simonie, car, puisqu’il acheta le droit d’aînesse, il commit un crime semblable à celui d’Esaü. Non, car Jacob par l’inspiration de l’Esprit Saint comprit qu’il revendiquait un droit qui lui appartenait, suivant cette parole de Malachie (I, 2) : "J’ai aimé Jacob, et j’ai haï Esaü." Il n’acheta donc rien, il racheta d’un injuste détenteur ce qui lui était dû. C’est là ce que veut dire l’Apôtre (verset 16) : Comme Esaü qui vendit son droit primitif, c’est-à-dire son droit d’aînesse, pour un seul repas, ainsi qu’il est rappelé dans la Genèse (XXV, 34 et XXVII, 1 à 40). L’Apôtre rappelle ensuite le châtiment qui s’en est suivi, quand il ajoute (verset 17) : Car vous savez qu’ayant depuis désiré d’avoir comme héritier, premier né la bénédiction, il fut rejeté. En effet, ainsi qu’il est dit (Gen., XXVII, I à 40), après qu’Isaac eut béni Jacob, survint Esaü qui demanda la bénédiction, et ne l’obtint pas, bien qu’Isaac eût agi ainsi sans avoir l’intelligence de ce qu’il faisait, parce que dans l’étonnement dont il fut frappé, étant ravi en extase il fut instruit par le Saint Esprit de ne pas rétracter ce qui venait d’être fait. Aussi dit-il : "Je lui ai donné ma bénédiction, et il sera béni." C’est ainsi qu’Esaü par le conseil du Saint Esprit, fut rejeté. Tout ceci nous donne à comprendre que nul ne doit négliger de faire le bien pendant sa vie, quelque réprouvé qu’il soit dans la prescience divine, parce qu’après la vie, on ne parvient pas à l’héritage de Dieu par les forces de la nature, bien qu’on en ait le désir. On lit à la suite (verset 17) : Et Esaü ne put faire changer la résolution de son père, quoiqu’il l’eût conjuré avec larmes. Car, ainsi qu’il est rapporté dans la Genèse (XXVII, 34) "Esaü, aux paroles de son père, jeta un cri furieux, etc..."

On objecte qu’il est dit dans Ezéchiel (XVIII, 27) : "A quelque moment que le pécheur gémisse sur son iniquité, etc..." Il faut répondre qu’aussi longtemps que se prolonge la vie présente, on peut faire une vraie pénitence, mais quelquefois on se repent non par amour pour la justice, mais par la crainte du châtiment, ou de quelque dommage temporel. C’est ainsi qu'Esaü se repentit, non pas d’avoir vendu son droit d’aînesse, mais de l’avoir perdu. Il souffrait donc non pas du péché commis en vendant son droit, mais de la privation de ce droit. Sa pénitence ne fut pas acceptée, parce qu’elle n’était pas vraie. C’est ainsi que se repentent ceux qui sont damnés dans l'enfer, comme il est dit au livre de la Sagesse (verset 3) : "ils sont touchés de regret", non pas parce qu’ils ont péché, mais parce qu’ils sont exclus [du bonheur des justes]. Toutefois, suivant la Glose, ce que l’Apôtre dit ici le fornicateur et le profane peut être autrement entendu. On peut appeler « fornicateur » celui qui garde en même temps que la foi les observances légales, associant, pour ainsi dire, la concubine à l’épouse légitime; et entendre par profane, c’est-à-dire comme loin du temple, celui qui est entièrement infidèle.

Hébreux XII, 18 à 24 : Eviter le péché

SOMMAIRE : L’Apôtre, par une comparaison qu’il établit entre l’ancien et le nouveau Testament, assigne la raison pour laquelle on doit éviter le péché.

18. Considérez donc que vous ne vous êtes pas maintenant approchés d’une montagne sensible, d’un feu brûlant, d’un nuage obscur et ténébreux, des tempêtes et des éclairs,

19. Du son d’une trompette et du bruit d’une voix, qui était telle, que ceux qui l’ouïrent supplièrent qu’on ne leur parlât plus.

20. Car ils ne pouvaient supporter la rigueur de cette menace: que si une bête même touchait la montagne, elle serait lapidée.

21. Et ce qui paraissait était si terrible, que Moïse dit lui-même. Je suis tout tremblant et tout effrayé.

22. Mais vous vous êtes approchés de la montagne de Sion, de la ville du Dieu vivant, de la Jérusalem céleste, d’une troupe innombrable d’anges,

23. De l’assemblée et de l’Eglise des premiers-nés, qui sont écrits dans le ciel, de Dieu qui est le juge de tous, des esprits des justes qui sont dans la gloire,

24. De Jésus qui est le médiateur de la nouvelle alliance, et de ce sang dont on a fait l’aspersion, qui parle plus avantageusement que celui d’Abel.

Saint Paul, après avoir pressé, dans ce qui précède, d’éviter les maux de la faute, donne ici la raison de cette recommandation, et la déduit de la comparaison du Nouveau et de l’Ancien Testament. Premièrement donc, il établit cette comparaison ; en second lieu, il en tire un argument, (verset 25) : Prenez garde de mépriser. Sur la première partie, l’Apôtre expose ce qui appartient à l’Ancien Testament ; II° ce qui appartient au Nouveau (verset 22) : Mais vous vous êtes approchés.

I° Sur le premier de ces points, il faut se rappeler que, comme l’a dit saint Augustin, la légère différence entre la Loi et l’Évangile, c’est la crainte et l’amour. La Loi, en effet, nous a servi de conducteur pour nous mener comme des enfants à Jésus-Christ. Or il faut conduire les enfants par la crainte ; (Proverbes XIX, 25) : "Quand l’homme corrompu sera châtié, l’insensé deviendra plus sage." Voilà pourquoi l’Apôtre dit qu’à la promulgation de la Loi, il se passa des choses effrayantes. I. Il expose donc ce qui doit épouvanter ceux à qui la Loi est donnée. II. Il traite de la frayeur du législateur lui-même (verset 21) : Moïse dit lui-même.

I. Sur le premier de ces points, saint Paul rappelle la terreur des Hébreux, pour ce qu’ils ont vu ; pour ce qu’ils ont entendu (verset 20) : et la tempête ; à cause des menaces qui leur étaient faites (verset 20) : Que si une bête même touchait. Ces trois causes de terreur se rapportent à trois choses qui étaient alors terribles, à savoir du côté de Dieu, de côté de la Loi qui était donnée, et du côté des ministres de cette Loi.

Sur la cause prise du côté de Dieu, l’Apôtre rappelle trois sujets de frayeur, à savoir le zèle à punir, la sévérité du châtiment et la mystérieuse obscurité où se tenait celui qui donnait la Loi.

1. Le zèle est désigné par le feu (Deut., IV, 24) : "Le Seigneur, votre Dieu, est un feu dévorant et un Dieu jaloux" ; (Malach,, III, 2) : "Il sera comme le feu qui fond les métaux." C'est de là que le Seigneur prend souvent le nom de Dieu jaloux, parce qu’il ne laisse guère sans vengeance le crime de son épouse ; (Exode, XX, 5) : "Je suis le Seigneur, votre Dieu, le Dieu fort et jaloux" ; (Exode, XXXIV, 14) : "Le Seigneur s’appelle le jaloux" ; (Proverbes VI, 34) : "La jalousie et la fureur du mari ne pardonnera pas au jour de la vengeance." C’est aussi pourquoi il est dit ici (verset 18) : Car vous ne vous êtes pas approchés d’une montagne sensible, d’un feu brûlant. En effet, ce feu, ainsi qu’il est dit au livre de l’Exode (XIX, 18) était corporel, et par conséquent palpable et sensible, et même dans un lieu déterminé, en sorte qu’on pouvait s’en approcher. Mais dans la nouvelle loi, c’est le feu du Saint Esprit qui a été donné (Actes, II, 4). Car de même que le cinquantième jour après la sortie d’Egypte, un feu jaloux [(ci-dessus, X, 10)] apparut aux Hébreux, ainsi cinquante jours après la résurrection, les disciples reçoivent le feu de l’Esprit Saint, perceptible, non pas aux sens, mais à l’intelligence ; (Lament., I, 13) : "Il a été envoyé d’en haut un feu dans mes os, et il m’a fait entendre sa voix." Ce feu est infini dans sa nature et dans son étendue, "car il habite une lumière inaccessible" (I Tim., VI, 16) ; il est donc lui-même inaccessible.

2. La sévérité du châtiment est marquée par le tourbillon formé du vent et de la pluie ; (Job, IX, 17) : "Il me brisera d’un coup de foudre." Ou bien encore, on peut rapporter cette expression aux tentations, car la Loi ne réfrénait pas la concupiscence, parce qu’elle ne donnait pas, par l’oeuvre même, [ex opere operato], la grâce pour secours ; elle défendait seulement l’acte, et voilà pourquoi elle engendrait, comme une nuée turbulente, les tentations.

3. L’obscurité où se tenait le législateur est marquée par les ténèbres, qui annonçaient que l’état de la Loi était caché, c'est-à-dire voilé ; (II Cor., III, 15) : "Jusqu’aujourd’hui même, lorsqu’ils lisent Moïse, ce voile demeure toujours étendu sur leurs cœurs ; mais il est levé dans la nouvelle Loi, et c’est pour marquer qu’il en est ainsi que, dans la Passion de Jésus, le voile du temple se déchira, parce que "nous tous nous contemplons sans voile qui nous couvre le visage, la gloire du Seigneur" (II Cor., III, 18). Ces ténèbres figuraient encore l’excellence de la divine majesté, car ainsi que ce qui est placé dans l’obscurité, ne peut être vu clairement et que la lumière pure force à abaisser la paupière, ainsi celui qui habite une inaccessible lumière produit autour de lui les ténèbres.

Quand l’Apôtre ajoute (verset 18) : et la tempête, il rappelle ce qu’il y eut alors de terrible, par rapport à ce que l’on entendait, c’est-à-dire les causes de frayeur, prises du côté de la Loi. Or, il y avait dans la Loi trois choses capables de provoquer de la terreur : l’importance des menaces, la gravité et la multiplicité des préceptes.

1. De la première de ces causes, saint Paul dit (verset 18) : et la tempête, qui dans le sens naturel indique la perturbation de la mer. Dans un sens plus large on appelle de ce nom la perturbation de l’air par les nuées et la pluie. La tempête marque donc ici la sévérité des menaces portées dans l’ancienne Loi ; (Deutér., XXIX, 20 à 28).

2. (verset 19) : le son de la trompette marque la gravité des préceptes, dont l’accomplissement faisait imposer à l’homme comme une sorte de guerre contre soi-même.

3. (verset 19) : le bruit des voix annonçait la multiplicité des préceptes. Des voix de Dieu, disons-nous, par les créatures ses ministres, c’est-à-dire par les anges ; (Gal., III, 19) : "La Loi a été donnée par le ministère des anges, etc..." Car Dieu, à ce moment, parlait par ses anges, et ses paroles étaient si terribles (verset 18) que ceux qui entendirent supplièrent qu’on ne leur parlât plus. C’est de là qu’il est dit dans l’Exode (XX, 19) : "Dans la crainte et l’effroi dont ils furent saisis, ils se tinrent au loin et dirent à Moïse : Parlez-nous vous-même, et nous vous écouterons ; mais que le Seigneur ne nous parle pas, de peur que nous ne mourions." L’Apôtre indique immédiatement le motif de leur supplication, en ajoutant (verset 20) : Car ils ne portaient pas, c’est-à-dire ils ne pouvaient supporter ce qui était dit ; (Deutér., V, 26) : "Qu’est tout homme revêtu de chair pour pouvoir entendre la voix du Dieu vivant, parlant du milieu du feu, comme nous l’avons entendue, sans qu’il en perde la vie ?" On dit qu’on ne peut porter les paroles de Dieu, quand l’intelligence ne peut les comprendre, ou quand elles dépassent la portée de l’affection.

Saint Paul rappelle ensuite la menace du châtiment, quand il dit (verset 20) : Que si une bête même touchait la montagne, elle serait lapidée ; (Exode, XIX, 12) : "Quiconque touchera la montagne sera puni de mort ; la main ne le touchera pas, mais il sera lapidé ou percé de flèches. Que ce soit une bête de service ou un homme, il perdra la vie." L’Apôtre, afin d’exciter un plus vif sentiment de terreur, ne parle ici que des bêtes de somme que, dans la Loi, on ordonne de mettre à mort, afin de faire comprendre la gravité de la faute. Au sens mystique, la montagne, c’est la hauteur des mystères divins. La bête, c’est l’homme vivant de la vie animale ; (Ps. XLVIII, 13) : "L’homme, pendant qu'il était en honneur, n’a pas compris ; il a été comparé aux bêtes qui n’ont pas de raison, etc..." Or, cette bête peut toucher la montagne de deux manières : d’abord en blasphémant (Ps. LXXII, 9) : "Ils ont ouvert leur bouche contre le ciel" ; (Lévit., XXIV, 14) : "Faites sortir hors du camp ce blasphémateur..., et qu’il soit lapidé par tout le peuple." Ensuite en s’immisçant aux choses divines malgré son indignité ; (Proverbes XXV, 27) : "Celui qui veut sonder la majesté sera accablé par la gloire." De ces prémisses, l’Apôtre déduit ce qu’il avait avancé, à savoir que tout ce qui se passait était terrible, puisqu’on n’épargnait pas même les bêtes de somme. C’est ce qui lui fuit dire (verset 21) que ce qui paraissait était si terrible. Ceci marque bien la différence entre les deux Testaments, dont l’Ancien avait pour caractère la crainte. Terrible au point que les coeurs des Hébreux eux-mêmes, quoique portés à l’idolâtrie, étaient épouvantés. Le Nouveau Testament, au contraire, a pour caractère l’amour ; (Rom., VIII, 15) : "Vous n’avez pas reçu l’esprit de servitude qui vous retienne encore dans la crainte dans la crainte, mais vous avez reçu l’esprit d’adoption des enfants, par lequel nous crions : Abba, c’est-à-dire Père." Aussi Jésus-Christ commençant la prédication de son évangile, n’a pas employé d’abord les terreurs : il a promis le royaume des cieux ; (Matth., IV, 17) : "Faites pénitence, car le royaume des cieux est proche" ; (Proverbes XXXI, 26) : "La loi de la clémence est sur ses lèvres."

II. Quand saint Paul dit ensuite (verset 21) que Moïse dit lui-même, il en vient à la frayeur du législateur lui-même, c’est-à-dire de Moïse. Car (Jean, I, 17) : "La Loi nous a été donnée par Moïse." Si donc Moïse lui-même, en donnant la Loi, a été saisi de frayeur, de manière à s’écrier, comme le dit l’Apôtre ici (verset 31) : "Je suis tout tremblant," à savoir intérieurement, "et effrayé," c’est-à-dire extérieurement, lui qui fut entre tous le plus parfait, c’était une marque que la Loi était terrible même aux parfaits, parce qu’elle ne donnait pas la grâce, comme il a été dit, et ne faisait que montrer la faute. Aussi la Loi fut elle-même un joug pesant, dont l’Apôtre saint Pierre dit (Actes, XV, 10) : C’est un joug "que ni nos pères ni nous n’avons pu porter." La Loi de Jésus-Christ, au contraire, est un joug plein de douceur, parce que (Rom., V, 5) : "l’amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par le Saint Esprit qui nous a été donné."

Il faut observer que le passage cité ici par l’Apôtre n’est pas tiré du chapitre XX, 20, de l’Exode. Peut-être l’a t-il pris du chapitre IV, 10, où Moïse, épouvanté par la vision du buisson ardent, s'écria (verset 10) : "Je n’ai jamais eu la facilité de parler, et cela dès hier et dès avant-hier." C’est de là que Moïse aurait dit, de fait au moins si ce n’est autrement : "Je suis tout tremblant et effrayé." Peut-être encore l’Apôtre fait-il usage d’un texte que nous n’avons plus. Quoiqu’il en soit, on voit par tout ceci que l’ancienne loi fut une loi de crainte.

II° L’Apôtre explique ensuite les conditions du Nouveau Testament, en disant (verset 22) : Mais vous vous êtes approchés, et il établit ce qui nous est proposé dans ce Testament. Trois choses nous sont donc promises, à savoir l’espérance de la gloire future, l’incorporation à l’Église et l’amitié de Dieu. Saint Paul rappelle la seconde de ces promesses (verset 23) : de l’Eglise des premiers-nés ; et la troisième (verset 23) : de Dieu qui est juge de tous.

I. Or, dans la gloire céleste, deux biens surtout remplissent de joie les bienheureux, à savoir la possession de Dieu et la société commune avec les saints.

Car, dit Boèce, la possession d’aucun bien n’est agréable sans quelqu’un qui la partage, et au Ps. CXXVII, 1 : "Que c’est une chose douce à des frères de vivre dans une société commune." Mais la possession de Dieu consiste dans la vision de l’intelligence et la délectation de la volonté ; car, ainsi que dit saint Augustin, jouir, pour nous, c’est connaître et faire reposer dans l’objet de la connaissance la volonté satisfaite. De cette vision l’Apôtre dit (verset 22) : Mais vous vous êtes approchés de la montagne de Sion. Car Sion désigne la hauteur de la divine contemplation ; (Isaïe, XXXIII, 20) : "Considérez Sion, cette ville consacrée à nos fêtes solennelles." La joie et la délectation affective sont marquées par Jérusalem, la ville du Dieu vivant. C’est là qu’il sera donné de goûter la vision de paix, parce que rien, soit intérieurement, soit extérieurement, ne viendra désormais la troubler. C’est pourquoi elle est appelée la cité de Dieu, c'est-à-dire des concitoyens dans la parfaite unité ; (Ps. CXXI, 3) : "Jérusalem, qui est bâtie comme une ville" ; (Ps. CXLVII, 1) : "Jérusalem, loue le Seigneur ; Sion, loue ton Dieu." Le Psalmiste dit ensuite (verset 14) : "Il t’a donné pour limites la paix ; il te rassasie du meilleur froment" ; (Gal., IV, 26) : "La Jérusalem d’en haut est libre" : à qui l’habite, il ne reste donc rien à désirer ; (Cant., 11) : "Depuis que j’ai paru en sa présence, j’ai comme trouvé la paix."

Le complément du bonheur des saints est leur société réciproque, dont l’Apôtre dit (verset 22) : d’une troupe innombrable d’anges, c’est-à-dire en leur compagnie habituelle, parce qu’ils sont là toujours ; (Matth., XVIII, 10) : "Leurs anges, dans le ciel, voient sans cesse la face de mon Père qui est dans les cieux." Que les anges soient des milliers de milliers, nous l’apprenons de Daniel (VII, 10) : "Un million d’anges le servaient, et mille millions assistaient devant lui" ; (Job, XXV, 3) : "Peut-on compter le nombre de ses soldats ?" ; (Apoc., V, 11) : "Il y en avait des milliers de milliers" ; (Isaïe, XXII, 2) : "Une ville pleine de peuple, une ville triomphante.

II. (verset 23) : de l’assemblée et de l'Eglise des premiers-nés, qui sont écrits dans les cieux. Ainsi parle l’Apôtre, de la communion de l’Eglise. Or cette Eglise est appelée la maison de Dieu (I Tim., III, 15). Les premiers-nés d’entre les saints sont les apôtres qui ont reçu, et les premiers et avec plus d’abondance, les dons de la grâce, et par qui elle s’est communiquée à ceux qui sont venus après eux ; (Rom., VIII, 23) : "et non seulement les créatures, mais nous encore qui possédons les prémices de l’Esprit" ; (Ephes., II, 20) : "Puisque vous êtes édifiés sur le fondement des apôtres et des prophètes, etc..." Car, de même que dans l’antiquité, chez le peuple romain, les sénateurs appelés aux premières dignités étaient inscrits sur des tableaux, auxquels Pompilius le premier fit substituer des tables d’or, et pour cette raison s’appelaient Pères conscrits, de même saint Paul, pour faire comprendre ici la dignité des apôtres dit, qu’ils sont écrits dans les cieux. Ce livre d’écriture est la connaissance que Dieu garde par devers lui de ceux qui doivent opérer leur salut. Ainsi donc, de même que ce qui est écrit ne s’échappe pas facilement de la mémoire, ceux-là aussi qui sont écrits ici par la justice finale, infailliblement seront sauvés. C’est le livre qu’on appelle le livre de vie ; (Luc, X, 20) : "Réjouissez-vous, et soyez dans l’allégresse, de ce que vos noms sont écrits dans les cieux."

III. Quand il ajoute (verset 23) : de Dieu qui est le juge de tous, l’Apôtre explique comment nous sommes entrés dans l’intimité de Dieu.

Et d’abord dans celle de Dieu le Père, quand il dit : Vous vous êtes approchés (verset 23) de Dieu qui est le juge de tous," c’est-à-dire du Père de qui procède toute puissance de juger dans les choses divines. Car si le Fils juge, il le tient du Père ; (Gen., XVIII, 25) : "Cette conduite ne vous convient en aucune sorte, vous qui êtes le juge de toute la terre." Mais ce que nous lisons en saint Jean (V, 22) : "Le Père a donné tout pouvoir de juger au Fils," s’entend de la présence corporelle du Fils, parce que la seule personne du Fils se manifestera au jugement. Or, on s’approche ainsi par la foi et la charité ; (Rom., V, 1) : "Etant donc justifiés par la foi, ayons la paix avec Dieu, par Jésus-Christ notre Seigneur par qui aussi nous avons entrée par la foi en cette grâce, etc..."

Secondement, l'intimité du Saint Esprit, quand il dit (verset 23) : et le Saint Esprit des justes. Ici, suivant la Glose, il y a un triple texte littéral. Le premier et le meilleur est celui que donne le grec : et du Saint Esprit des justes parvenus à la perfection, c’est-à-dire vous vous êtes approchés du Saint Esprit, qui rend les hommes parfaits dans la justice ; (Job, XXXII, 8) : "A ce que je vois, quoique l’esprit soit dans tous les hommes," ; (I Corinth,, III, 16) : "Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ?" Car toute justice et toute perfection viennent du Saint Esprit. Second texte littéral : et de l’esprit des justes parfaits : voici alors le sens : Vous vous êtes approchés de Dieu, qui est le juge de tous, il est vrai, mais qui est aussi l’héritage des esprits des justes parfaits ; (Lament., III, 24) : "Le Seigneur est mon partage, dit mon âme. Le troisième sens, quant à la lettre, est celui-ci : de l’esprit de justes parfaits, c’est-à-dire afin d’entrer en société avec les esprits des saints qui sont justes et parfaits. Mais la première explication est meilleure et plus naturelle.

Troisièmement, par rapport à l’amitié du Fils, saint Paul dit (verset 24) : de Jésus qui est le médiateur de la nouvelle alliance ; comme s’il disait : vous vous êtes approchés de Jésus-Christ qui est le médiateur de cette alliance nouvelle dans laquelle les biens spirituels nous sont promis. Il n’en fut pas ainsi de Moïse (ci-dessus, IX, 15) : Voilà aussi pourquoi Jésus-Christ est le médiateur du Testament Nouveau ; (I Tim., II, 5) : "Le Christ Jésus, homme, est médiateur entre Dieu et les hommes". Or, le mode de cette médiation, ce fut l’effusion du sang de Jésus Christ, car, ainsi qu’il a été dit plus haut (IX, 22) : Les péchés ne sont pas remis sans effusion de sang. C’est ce qui fait dire à saint Paul (verset 24) : Vous vous êtes approchés de ce sang dont on a fait l’aspersion. (Ci-dessus, X, 22) : Nous avons eu les coeurs purifiés des souillures de la mauvaise conscience ; (ci-dessus, IX, 13) : Car si le sang des boucs et des taureaux, et l’aspersion de la cendre d’une génisse sanctifie ceux qui ont été souillés, etc... L’Apôtre rappelle en parlant ainsi un des rites de l’ancienne loi, quand après que cette loi eut été donnée, on fit sur le peuple l’aspersion du sang, qui était la figure du sang de Jésus-Christ, par lequel les fidèles devaient être purifiés. L’Apôtre ajoute (verset 24) : qui parle plus puissamment que celui d’Abel, car l’effusion du sang de Jésus-Christ était figurée dans celle du sang de tous les justes, qui vécurent depuis le commencement du monde ; (Apoc., XIII, 8) : "L’agneau qui a été immolé depuis le commencement du monde," c’est-à-dire dont l’immolation était prévue. L’effusion du sang d’Abel fut donc le signe de l’effusion du sang de Jésus-Christ, mais le premier supplie avec plus de force que le second, car le sang d’Abel crie vengeance, et le sang du Christ demande miséricorde ; (Luc, XXIII, 34) : "Père, pardonnez-leur" ; (Isaïe LIII, 12) : "Il a prié pour les transgressions de la loi" ; (Matth., XXVI, 28) : "Ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance, qui sera répandu pour beaucoup, pour la rémission des péchés." Ou bien encore qui parle plus puissamment, c’est-à-dire qui fait parler plus puissamment. Car le sang d’Abel nous fait dire qu’Abel n’était qu’un homme et un juste ; le sang du Christ nous apprend que le Christ est Dieu véritable et que c’est lui qui purifie.

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