SOMMAIRE : L’Apôtre argumente des conditions de l’un et l’autre Testament pour prouver comment le sang de Jésus-Christ par plus puissamment que le sang d’Abel.
25. Prenez garde de mépriser ceux qui vous parlent. Car si ceux qui ont méprisé celui qui leur parlait sur la terre, n’ont pu échapper à la punition, nous pourrons bien moins l’éviter, si nous rejetons celui qui nous parle du ciel ;
26. Lui dont la voix alors ébranla la terre, et qui maintenant déclare ce qu'il doit faire, en disant : J’agirai encore une fois, et j’ébranlerai non seulement la terre, mais aussi le ciel.
27. Or, en disant : encore une fois, il déclare qu’il fera cesser la chose muable, comme étant faite pour un temps, afin que celles qui sont stables, demeurent pour toujours.
28. C’est pourquoi commençant déjà à posséder ce royaume qui n’est sujet à aucun changement, conservons la grâce, par laquelle nous puissions rendre à Dieu un culte qui lui soit agréable, étant accompagné de respect et d sainte frayeur.
29. Car notre Dieu est un feu dévorant.
Saint Paul, dans ce qui précède, a expliqué les conditions des deux Testaments ; il argumente ici de ses conditions et fait deux choses : I° Il établit son argumentation ; II° il déduit la conclusion qu’il avait principalement en vue (verset 28) : C’est pourquoi [commençant déjà à posséder] ce royaume qui n’est sujet à aucun change-ment.
I° Sur la première partie, I. il expose son intention ; II. il argumente pour prouver ce qu’il veut établir (verset 25) : Car si ceux qui…
I. L’Apôtre dit donc : Il a été dit que le sang de Jésus-Christ parle plus puissamment que celui d’Abel (verset 25) : Prenez donc garde de mépriser, ou de repousser celui qui vous parle, c’est-à-dire accomplissez ce qu’il dit. Car le sang de Jésus-Christ nous dit deux choses. D’abord il nous rappelle le bienfait par lequel il nous fait obtenir la rémission de nos péchés ; celui qui retombe dans le péché, méprise donc celui qui parle. Ensuite il nous exhorte à marcher sur les traces de Jésus-Christ (I Pierre, II, 21) : "Jésus-Christ a souffert pour nous, vous laissant un exemple afin que, vous marchiez sur ses pas." Celui qui ne prend pas sa croix pour le suivre repousse celui qui parle ; (Ps. XCIV, 8) : "Si vous entendez aujourd’hui sa voix, gardez-vous bien d’endurcir vos coeurs" ; (Matth., XVII, 5) : "Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toute mon affection : écoutez-le."
II. Quand l’Apôtre ajoute (verset 25) : Car si ceux qui, il argumente en comparant la parole de l’Ancien Testament à celle du Nouveau, et cela quant à deux points. Premièrement, quant à la manière de parler ; secondement, quant à l’efficacité de la parole.
1° La manière de parler, c’est qu’alors Dieu parlait sur la terre ; maintenant il parle du haut du ciel ; si donc ceux-là, à savoir, les premiers Pères, méprisant celui qui leur parlait sur la terre, c'est-à-dire Jésus-Christ : (Isaïe LII, 6) : "Moi qui parlais autrefois," c’est-à-dire par les anges, ou par les prophètes, "me voici présent" ; (ci-dessus, I, 1) : Dieu ayant parlé autrefois à nos pères en diverses occasions et en diverses manières par les prophètes. Ou bien encore : "Celui qui parlait," c’est-à-dire l’ange par lequel la Loi fut donnée à Moïse ; (Galat., III, 19) : "La loi a été donnée par le ministère des anges" ; (ci-dessus, II, 2) : Car si la Loi, qui a été donnée par les anges, est demeurée ferme, etc... ; (Actes, VII, 38) : "C’est ce Moïse, qui pendant que le peuple était assemblé dans le désert, s’entretenait avec l’ange qui lui parlait sur le mont Sinaï, etc..." - Si donc ceux-là n’ont pu échapper à la vengeance de la loi de Dieu ; (Job XI, 20) : "Ils périront sans qu’il leur soit possible d’échapper" ; (ci-dessus II, 2) : Toutes les violations et toutes les désobéissances ont reçu la juste punition qui leur était due. L’Apôtre déduit en conséquence a minori : Si donc ceux qui ont méprisé celui qui leur parlait sur la terre, n’ont pas échappé, nous devons bien moins l’éviter, si nous rejetons celui qui nous parle du ciel, c’est-à-dire nous devons nous garder de le mépriser, puisque nous pourrions bien moins lui échapper, car celui qui nous parle dans le Nouveau Testament, c’est-à-dire Jésus-Christ, est déjà dans les cieux ; (Marc, XVI, 19) : "Le Seigneur Jésus, après leur avoir ainsi parlé, fut élevé dans le ciel" ; (Deutér., IV, 36) : "Il vous a fait entendre sa voix du haut du ciel, pour vous instruire." La doctrine de l’Ancien Testament est donc la doctrine du Christ parlant sur la terre, et cela pour deux raisons. D’abord parce que dans le premier Testament, sous la figure des choses terrestres, des choses célestes nous sont transmises. Ensuite ce qu’on y promettait, c’était les biens de la terre. Au contraire, la doctrine du Nouveau Testament est la doctrine du Christ parlant du ciel, parce que nous nous servons, [par l’interprétation mystique], des choses terrestres pour exprimer les choses célestes. Ensuite, ce qui est promis dans ce Testament, ce sont les biens du ciel ; (Matth., V, 12) : "Une grande récompense nous est réservée dans le ciel" ; (Jean, III, 12) : "Si vous ne me croyez pas lorsque je vous parle des choses de la terre, comment me croirez-vous lorsque je vous parlerai des choses du ciel ?"
2° L’Apôtre compare ensuite les deux Testaments quant à l’efficacité de la parole.
1. De cette efficacité, dans l’Ancien Testament, il dit (verset 26) : Lui dont la voix alors ébranla la terre, c’est-à-dire il l’a agitée de plusieurs manières, à savoir par les prodiges opérés en Egypte, par la division de la mer et par le tremblement de terre dans le désert ; (Psaume LXVII, 9) : "La terre fut ébranlée ; les cieux fondirent en eaux, etc..." Par ces mots était signifié que toute cette parole émouvait les cœurs par des promesses de biens terrestres.
2. Quand saint Paul dit ensuite (verset 26) : et qui maintenant déclare ce qu’il doit faire, il en vient à l’efficacité de la parole dans le Nouveau Testament, et il en montre la force par l’autorité prise d’un prophète ; puis il explique ce passage (verset 27) : Or, en disant, encore une fois.
A) Cette autorité est tirée du prophète Aggée (II, 7), non pas toutefois suivant notre version, car nous lisons (verset 7) : "Encore un peu de temps et j’ébranlerai, etc..." L’Apôtre cite ainsi (verset 26) : Encore une fois, et j’ébranlerai non seulement la terre, mais le ciel même. C’est le même sens. Or, il est manifeste que ces paroles furent prononcées sous l’Ancien Testament et vers la fin, c’est-à-dire après le retour de la transmigration quand déjà il ne restait plus rien de ce même Testament. Il est donc manifeste que ce qui était alors promis, devait recevoir son accomplissement dans le Nouveau Testament, c’est-à-dire un nouveau ciel, une nouvelle terre ; (Isaïe LXV, 17) : "Car je m’en vais créer de nouveaux cieux et une terre nouvelle." C’est cette création qui fut montrée, dans une vision, à l’apôtre S. Jean ; (Apoc., XXI, 1) : "Et je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle." Dans ce renouvellement les cieux seront, en effet, ébranlés. On peut entendre de deux manières le mot « ciel ». D’abord comme la région de l’air ; et ce ciel sera purifié par le feu du dernier embrasement, ainsi qu’il a été dit au ch. X (verset 27). Ensuite pour la région des astres, et celui-ci ne sera pas purifié, mais seulement modifié en un état nouveau, car il cessera alors son mouvement, et la clarté de ses diverses parties sera augmentée, car "la lumière de la lune deviendra comme la lumière du soleil, et la lumière du soleil deviendra sept fois plus grande", comme il est dit au prophète Isaïe (XXX, 26). L’Apôtre dit donc (verset 26) : Et maintenant, c’est-à-dire par le Nouveau Testament il déclare ce qu’il doit faire, en disant : encore une fois, non seulement j'ébranlerai la terre, mais le ciel même.
B) En disant à la suite (verset 27) : Or, en disant, etc..., l’Apôtre explique la parole de la prophétie, et appuie fortement sur cette façon de parler encore une fois. En effet, en disant : encore, il fait voir que tout est mobile ; et en ajoutant : une fois, il montre que de l’état de la mutabilité et de la corruptibilité, les choses passeront à l’état d’incorruptibilité et d’immutabilité. Si, en effet, après ce bouleversement, elles restaient accessibles à la mutabilité, l’Apôtre ne dirait pas : une fois, mais « de nouveau » et « de nouveau encore ». Ce qui condamne Origène, qui a soutenu que le monde serait indéfiniment changé et renouvelé. Saint Paul dit donc : En disant : encore une fois, il déclare qu’il fera cesser les choses muables, c’est-à-dire qu’il les fera passer à un état nouveau, celui d’immutabilité. Et comme si on demandait si Dieu pourrait véritablement agir ainsi, il ajoute (verset 27) : comme étant faites. Car tout ce qui est fait, est soumis à la puissance divine. De même que Dieu les a faites en les tirant du néant, il peut aussi les changer, suivant sa volonté, et s’il opère ce changement, c’est (verset 27) : afin que celles qui sont stables, demeurent toujours, c’est-à-dire demeurent immuables, quant à leurs essences principales, et qu’elles soient modifiées quant à quelques dispositions accidentelles ; (Ps.CI, 28) : "Vous les changerez (la terre et les cieux) comme un habit dont on se couvre, et ils seront en effet changés, etc...", paroles qui ont été expliquées ci-dessus (au ch. I verset 11). On voit par là que bien qu’il y eut dans l’Ancien Testament certains changements, ce n’était pas pour passer à l’état d'immutabilité et d’incorruptibilité ; cette transformation n’ayant lieu que dans le Nouveau, ainsi que la figurèrent les promesses de l’ancienne alliance en ce qu’elles étaient sujettes au changement, ce qui n’a pas lieu dans l’alliance nouvelle.
II° Quand saint Paul dit ensuite (verset 28) : C’est pourquoi commençant déjà à posséder ce royaume qui n’est sujet à aucun changement, il déduit la conclusion qu’il se proposait principalement. Après avoir, en effet, exalté à des titres multiples la grâce et les dons qui nous ont été faits déjà et ceux qui nous seront faits encore par Jésus-Christ, l’Apôtre se propose surtout de nous engager à le servir. Il tire donc cette conclusion qu’ayant reçu dans le Nouveau Testament la promesse de biens immuables, nous devons donc servir dans une crainte respectueuse Jésus Christ qui nous a fait ces promesses. C’est là sa conclusion principale. Voilà pourquoi premièrement il rappelle le bienfait que nous avons reçu, en disant (verset 28) : C’est pourquoi, c’est-à-dire puisque Dieu nous promet un ciel et une terre désormais immuables, qui nous marquent les biens futurs, immuables et éternels, nous avons, c’est-à-dire nous rendons à Dieu des actions de grâces ; (II Corinth,, IX, 15) : "Dieu soit loué de son ineffable don." Et cela, en possédant, c’est-à-dire parce que nous possédons, sinon encore en réalité, au moins dans l'espérance des promesses, un royaume qui n’est sujet à aucun changement ; (Ps. CXLIV, 13) : "Votre règne est un règne qui s’étend dans tous les siècles" ; (Luc, I, 33) : "Et son règne n’aura pas de fin." Ou bien encore, on peut entendre par « grâce » le don de la grâce que nous recevons maintenant comme le gage de la gloire éternelle. C’est ce qui fait dire à saint Paul : C’est pourquoi, commençant déjà à posséder un royaume qui n’est sujet à aucun changement, c’est-à-dire le royaume de la gloire future, qui nous est promis ; (Luc, XII, 32) : "Ne craignez pas petit troupeau, car il a plu à votre Père de vous donner le royaume." Car ce que nous espérons, nous le possédons déjà, c’est-à-dire la grâce que nous recevons comme une sorte d’initiation à la gloire. De même, en effet, que la nature, dans ses conditions essentielles, n’est jamais en défaillance, Dieu l’est beaucoup moins encore. Il nous donne donc l’espérance de ce règne éternel, et par suite la grâce par laquelle nous devons y parvenir ; (Rom., V, 2) : "C'est par Jésus-Christ que nous avons accès par la foi à cette grâce" ; (Ps. LXXXIII, 12) : "Le Seigneur donnera la grâce et la gloire." L’Apôtre ajoute (verset 28) : afin de rendre à Dieu un culte qui lui soit agréable, étant accompagné de respect et de frayeur, engageant ainsi à rendre à Dieu l’hommage qu’il exige de nous. La raison naturelle seule nous dit, en effet, que nous sommes tenus envers celui dont nous avons reçu de nombreux bienfaits, à des marques d’honneur et de respect ; combien le sommes-nous davantage à l’égard de Dieu, qui nous a fait des dons si précieux et qui nous a promis des biens infinis. C’est ce qui fait dire à saint Paul, que par cette grâce, c’est-à-dire celle que nous avons reçue et celle qui doit nous être donnée, nous devons rendre à Dieu un culte tel qu’il nous rende agréables à ses yeux, en l’accompagnant de crainte et de respect. Car il ne suffit pas de servir Dieu seulement, ce qui peut se faire par les actes extérieurs, si nous ne lui sommes pas agréables par une intention droite et par l'amour ; (Sag., IV, 10) : "Le juste a plu à Dieu, il en a été aimé" ; (Ps. CXIV, 9) : "Je serai agréable au Seigneur dans la terre des vivants." Mais c’est surtout par l’hommage intérieur qu’on sert Dieu ; (Ps. 1, 19 et saint Luc, I, 74) : "de le servir dans une sainteté et une justice véritables." En raison de la création, Dieu est appelé Seigneur ; pour notre régénération, nous lui donnons le nom de Père. Au Seigneur on doit la crainte, on doit au Père l’amour et le respect ; (Mala., I, 6) : "Le fils honore son père, et le serviteur révère son seigneur. Si donc je suis votre Père, où est l’honneur que vous me rendez ? Et si je suis votre Seigneur, où est la crainte que vous me devez." Nous devons donc servir Dieu crainte et respect ; (Ps. II, 11) : "Servez dans la crainte le Seigneur, et réjouissez-vous en lui avec tremblement." Or, que nous soyons tenus de servir le Seigneur avec ces sentiments, saint Paul le prouve par une autorité prise du livre du Deutéronome (IV, 24) : "parce que le Seigneur votre Dieu est un feu dévorant." Quand Dieu est appelé un feu dévorant, ce n’est pas, dit saint Denys, qu’il soit quelque chose de corporel, mais parce que ce qui est l’objet du pur intellect se dépeint par ce qui tombe sous les sens ; et parmi les choses sensibles, c’est le feu qui a le plus de dignité et d’éclat. Il a aussi le plus d’activité, atteint le plus haut degré d’élévation ; c’est lui qui consume et purifie davantage. Voilà pourquoi on donne à Dieu plus particulièrement le nom de feu, à cause de ses clartés ; "parce qu’il habite une lumière inaccessible" (I Timoth., VI, 16) ; ensuite parce que c’est à lui qu’appartient, à un degré éminent, l’activité ; (Isaïe, XXVI, 12) : "C'est vous qui avez fait en nous toutes nos oeuvres." C’est lui aussi qui domine toute choses par son élévation ; (Ps. CXII, 4) : "Le Seigneur est élevé au-dessus de toutes les nations, etc..." Il purifie et consume pour ainsi dire les péchés. C’est ce qui fait dire ici à saint Paul (verset 29) : "Car notre Dieu est un feu dévorant," à savoir qui dévore les péchés ; (Malac., III, 2) : "il sera comme le feu qui fond les métaux," et le prophète ajoute (verset 3) : "Il purifiera les enfants de Lévi" ; (ci-dessus, I, 3) : Il nous purifie de nos péchés. Il consume aussi les pécheurs en leur infligeant des châtiments ; (ci-dessus, X, 27) : Il ne leur reste qu’une attente effroyable du jugement de Dieu, et l’ardeur d’un feu jaloux, qui doit dévorer ses ennemis." Ainsi donc, puisqu’il nous a été fait de semblables promesses (Isaïe, X, 17) : "La lumière d’Israël sera le feu, et le saint d’Israël sera la flamme" ; (Ps. XCVI, 3) : "Le feu marchera devant lui, et embrasera tout autour de lui ses ennemis" ; nous devons donc nous appliquer à servir Dieu et à lui plaire.
SOMMAIRE : Saint Paul instruit les Hébreux des dispositions avec lesquelles ils doivent opérer le bien. Il leur rappelle entre autres les devoirs celui de l’hospitalité car quelques-uns de ceux qui l’ont pratiquée ont pu même recevoir les anges.
1. Conservez toujours la charité envers vos frères.
2. Et ne négligez pas d’exercer l’hospitalité : car c’est en la pratiquant que quelques-uns ont reçu pour hôtes des anges sans le savoir.
3. Souvenez-vous de ceux qui sont dans les chaînes, comme si vous étiez vous-mêmes enchaînés avec eux ; et de ceux qui sont affligés, comme étant vous-mêmes dans un corps mortel.
4. Que le mariage soit traité par tous avec honnêteté, et que le lit nuptial soit sans tache ; car Dieu condamne la fornication et les adultères.
5. Que votre vie soit exempte d’avarice ; soyez contents de ce que vous avez, puisque Dieu dit lui-même : Je ne vous laisserai pas, et je ne vous abandonnerai pas.
6. C’est pourquoi nous disons avec confiance : Le Seigneur est mon secours, je ne craindrai pas ce que les hommes pourront me faire.
7. Souvenez-vous de vos conducteurs, qui vous ont prêché la parole de Dieu et considérant quelle a été la fin de leur vie, imitez leur foi.
8. Jésus-Christ était hier, il est aujourd’hui et il sera le même dans tous les siècles.
L’Apôtre, après avoir averti plus haut les Hébreux des dispositions avec lesquelles ils devaient supporter les maux, les instruit ici de celles qu’ils doivent avoir en faisant le bien. Ainsi, comme l’observe la Glose, c’est à partir du début de ce chapitre que commence l’exhortation morale après les preuves qu'il a données [de la prééminence de Jésus-Christ] et la recommandation de le suivre. Pour cette exhortation, saint Paul fait donc deux choses. Premièrement, il exhorte les Hébreux à faire le bien ; en second lieu, il prie pour eux (verset 20) : Que le Dieu de paix. Dans la première partie, l’Apôtre leur enseigne d’abord comment ils doivent faire le bien à l’égard du prochain ; en second lieu à l’égard d’ eux-mêmes (verset 1) : Que le mariage soit traité de tous avec honnêteté ; troisièmement, envers leurs supérieurs spirituels (verset 7) : Souvenez-vous de vos maîtres, qui vous ont prêché la parole de Dieu.
I° L’Apôtre dit donc, quant à la manière de pratiquer le bien : il a été dit que nous avons reçu la promesse d’un royaume qui n’est plus sujet à aucun changement ; or, si nous voulons y parvenir, il nous faut avoir la charité. Donc (verset 1) : Conservez toujours la charité envers vos frères ; (I Jean, IV, 20) : "Comment celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, peut-il aimer Dieu qu’il ne voit pas ?" ; (I Pierre, II, 17) : "Rendez à tous l’honneur, aimez vos frères." Or, parce que la charité ne demeure pas oisive, comme remarque saint Grégoire, l’Apôtre exhorte aux oeuvres de charité ; (I Jean, III, 18) : "Mes petits enfants, n’aimons pas de parole et de langue, mais en oeuvres et en vérité." C’est ce qui lui fait dire que nous devons témoigner notre charité aux étrangers par l’hospitalité, aux prisonniers par la compassion, aux pauvres en venant à leur secours. Saint Paul indique donc le premier de ces devoirs (verset 2) : Et n’oubliez pas d’exercer l’hospitalité ; le second (verset 3) : Souvenez-vous aussi de ceux qui sont dans les chaînes ; le troisième (verset 3) : et de ceux qui sont affligés.
I. Il dit par rapport au premier : N’oubliez pas d’exercer l’hospitalité, se servant à dessein de cette expression : N’oubliez pas, parce qu’aux jours de leur prospérité, ils avaient été très hospitaliers, mais ils étaient devenus pauvres dans les derniers temps. Ils n’avaient donc plus autant de facilité à se montrer tels ; toutefois l’Apôtre les engage à continuer suivant leur pouvoir ; (Rom., XII, 13) : "Soyez prompts à exercer l’hospitalité." Il fait ici spécialement mention de l’hospitalité, parce que celui qui accueille les étrangers, exerce trois sortes d’oeuvres de miséricorde : il reçoit, il soulage aussi la faim et apaise la soif ; (I Pierre, IV, 9) : "Exercez entre vous l’hospitalité sans murmurer." Saint Paul en assigne aussitôt la raison (verset 2) : car c’est en la pratiquant que quelques-uns ont eu pour hôtes des anges, comme il est rapporté d’Abraham et de Loth (Gen., XIX, 2). Une autre version porte : Car par elle ils ont reçu des anges, comme sans le savoir, parce qu’ils ne croyaient pas que ces étrangers fussent des anges, ce qui est vrai pour le premier moment. C’est de là qu’Abraham se prosternant devant eux, pensa que c’étaient de saints personnages, envoyés de Dieu ; et il leur rendit à ce titre l’hommage de dulie qui est rendu aux saints, et leur offrit à manger, comme à des hommes ordinaires. Ensuite comprenant que c’était des anges, par la bouche desquels Dieu lui parlait, Abraham leur parla comme il eût fait à Dieu lui-même, leur disant (Gen., XVIII, 25) : cette conduite ne vous convient en aucune sorte, vous qui êtes le juge de toute la terre. Nous lisons de Loth quelque chose de semblable.
II. De la compassion pour les captifs, l’Apôtre dit (verset 3) : Souvenez-vous aussi de ceux qui sont dans les chaînes, c’est-à-dire de ceux qui pour Dieu ont été jetés en prison : Souvenez-vous d’eux, en les visitant et en les rachetant, comme si vous étiez vous-mêmes enchaînés avec eux. Car c’est là une autre oeuvre de miséricorde ; (Matth., XXV, 36) : "J’ai été en prison, et vous êtes venus me voir." Ce qui est le contraire de ce reproche fait dans le prophète Isaïe (XIV, 17) : "Il a retenu dans les chaînes ceux qu’il avait faits ses prisonniers." Cette oeuvre ils l’avaient déjà pratiquée jadis, comme l’Apôtre le dit (ci-dessus, X, 34), et il appartient spécialement aux oeuvres de miséricorde de regarder l’affliction d’autrui comme la sienne propre.
III. Du troisième devoir, l’Apôtre dit (verset 3) : et de ceux qui sont fatigués, soit du travail corporel (Ps. CXXVII, 2) : "Vous mangerez du travail de vos mains," soit de la sollicitude spirituelle (I Tim., II, 6) : "Un laboureur qui a bien travaillé doit avoir la première part dans la récolte des fruits," soit en supportant les malheurs (Ecclésiastique I, 17) : "J’ai reconnu qu’en cela même il y avait bien de la peine et de l’affliction d’esprit." En un mot, toute la vie présente n’est véritablement que travail ; (Job, V, 7) : "L’homme est né pour le travail, comme l’oiseau pour voler", c'est-à-dire : souvenez-vous donc d’eux, comme étant vous-mêmes dans un corps, par ce que vous avez vous-mêmes éprouvé, et de ce qui est nécessaire à ceux qui passent par ces épreuves ; (Ecclésiastique XXXI, 18) : "Jugez de la disposition de votre prochain par la vôtre" ; (Matth., VII, 12) : "Faites donc aux hommes tout ce que vous voulez qu'il vous fassent."
II° En ajoutant (verset 4) : Que le mariage soit traité de tous avec honnêteté, l’Apôtre recommande de faire le bien, par rapport à soi-même. Il dirige donc sa recommandation : I. contre les convoitises des délectations charnelles ; II. contre la cupidité des biens extérieurs (verset 5) : Que votre vie soit exempte d’avarice.
I. Il fait donc d’abord sa recommandation, en disant (verset 4) : Que le mariage soit traité de tous avec honnêteté, etc... Il faut ici savoir, qu’en matière d’impureté, on peut pécher de deux manières. D’abord par un commerce illicite entre deux personnes libres ; et sur cette faute l’Apôtre dit (verset 4) : Que le mariage soit traité avec honnêteté, c'est-à-dire : que tous ceux qui ne veulent pas garder la continence, ne cherchent pas une union honteuse par la fornication. L’Apôtre dit : avec honnêteté : il en est ainsi quand on se tient dans les conditions légitimes du mariage. On voit par là que l’acte conjugal peut être exempt du péché, ce qui est contre les hérétiques ; (I Corinth., VII, 28) : "Si une fille se marie elle ne pêche pas." Voilà pourquoi le Sauveur, voulant montrer que l’acte du mariage est bon, fit son premier miracle aux noces [de Cana], ennoblit le mariage par sa présence corporelle et voulut naître d’une mère engagée dans le mariage. On peut ensuite pécher contre la pureté, par la profanation du lit conjugal, c’est-à-dire quand un homme marié s’approche de la femme d’un autre, ou une femme mariée du mari d’une autre. De cette seconde faute l’Apôtre dit (verset 4) : et que le lit nuptial demeure sans tache ; (Sag., XIV, 24) : "De là vient qu’ils ne gardent plus aucune honnêteté, ni dans leur vie, ni dans leur mariage, mais l’un tue l’autre par envie ou l’outrage par l’adultère" ; et au ch. III, 13 : "Heureuse celle qui est stérile, mais qui n’a rien qui la souille, et qui a conservé sa couche pure et sans tache ; elle recevra sa récompense, lorsque Dieu regardera les âmes saintes." L’Apôtre assigne aussitôt la raison de ce qu’il vient de dire, en ajoutant (verset 4) : Car Dieu condamnera les fornicateurs et les adultères, renversant par ces paroles l’erreur de ceux qui prétendent que Dieu ne punit pas les péchés de la chair et qu’il ne s’en occupe même pas ; (Ephes., V, 6) : "Que personne ne vous séduise par de vains discours, car c’est pour ces choses – c'est-à-dire pour les péchés de la chair dont l’Apôtre vient de parler - que le colère de Dieu tombe sur les hommes rebelles." Voilà pourquoi l’Apôtre dit ici : les fornicateurs, pour répondre à ce qu'il dit d’abord : Que le mariage soit traité de tous avec honnêteté ; et les adultères, pour ce qu’il a dit : et que le lit nuptial soit sans tache. - Dieu les jugera, c’est-à-dire les condamnera ; (Ephes., V, 5) : "Nul fornicateur, nul impudique, nul avare - ce qui est une idolâtrie -, ne sera héritier du royaume du Christ et de Dieu."
II. (verset 5) : Que votre vie soit exempte d’avarice. Ici saint Paul condamne la cupidité à l’égard des biens extérieurs. Il arrive, à cet égard, qu’on pèche de deux manières. D’abord, en s’y attachant trop ; ensuite, en les désirant avec excès. La libéralité, en effet, est une vertu qui fait tenir un juste milieu par rapport à l’argent, soit qu’on le donne, soit qu’on le reçoive.
1° A l’égard de l’attachement excessif, l’Apôtre dit (verset 5) : Que votre vie soit exempte d’avarice. On appelle avare celui qui tient trop aux richesses, comme s’il était avide de métal [qu’on convertit en monnaie] ; aussi est-il écrit (Ecclésiastique X, 9) : "Rien de plus détestable que l’avare."
2° Des désirs excessifs l’Apôtre ajoute (verset 5) : Soyez contents de ce que vous avez. Ceux qui veulent entasser de plus en plus sur ce qu’ils ont ne sont, en effet, pas contents de ce qu’ils ont ; (I Tim., V, 8) : "Ayant donc de quoi nous nourrir et de quoi nous couvrir, nous devons être contents." Ou bien encore, par ce qui est dit ici : Que votre vie soit exempte d’avarice, Paul condamne l’avarice et quant à l’attachement, et quant au désir excessif. Lorsqu’il dit : Soyez contents de ce que vous avez, il condamne la cause même de l’avarice, à savoir l’inquiétude ; (Matth., VI, 34) : "Ne vous inquiétez pas pour le lendemain, etc...". Il n’est pas défendu à l’homme d’avoir de la sollicitude pour ce qui lui sera nécessaire dans l’avenir, mais de laisser préoccuper son esprit par les soins et les sollicitudes, car celui qui se laisse aller à ces préoccupations est inquiet pour le lendemain.
III. Quand l’Apôtre dit ensuite (verset 5) : Puisqu’il dit lui-même, il donne la raison de sa recommandation. Et cette raison, qui nous oblige à ne pas nous préoccuper de vaines sollicitudes, en faisant toutefois ce qui est en notre pouvoir et en nous confiant dans le secours divin, est que (verset 5) c’est lui-même qui dit ; (Josué, I, 5) : "Je ne vous laisserai pas," c’est-à-dire sans vous donner tout ce qui vous est nécessaire, "et je ne vous abandonnerai pas," pour vous faire périr de faim ; (Ps. XXXVI, 25) : "Je n’ai pas vu que le juste ait été abandonné ni que sa race ait cherché du pain." Ou encore : "Je ne vous abandonnerai pas" sans vous délivrer de vos maux. C’est là ce qui produit dans notre coeur la confiance. (verset 6) : "C’est pourquoi nous disons avec confiance" ; (Isaïe XII, 2) : "J’agirai avec confiance et je ne craindrai pas." Et que dirons-nous ? Ces paroles du Psaume (CXVII, 6) : "Le Seigneur est mon secours ; je ne craindrai pas ce que les hommes pourront me faire." Dieu est mon secours, quand il me délivre de mes maux ; (Ps. XLV, 2) : "C’est lui qui nous assiste dans les grandes afflictions qui sont venues fondre sur nous." Je ne craindrai donc pas ce que les hommes pourront me faire, c’est-à-dire nul adversaire, quel qu’il soit, selon la chair ; (Isaïe LI, 12) : "Qui êtes-vous, pour avoir peur d’un homme mort ?" ou Satan qui est appelé homme, de l’homme qu’il a vaincu, comme Scipion prit le nom d’Africain, de l’Afrique dont il triompha ; (Matth., XIII, 28) : "C’est l’homme ennemi qui a semé cette ivraie."
III° Quand saint Paul dit ensuite (verset 7) : Souvenez-vous de vos maîtres, etc..., il enseigne de quelle manière ils doivent faire le bien, à l’égard de leurs supérieurs spirituels. Premièrement donc il explique ce qu’ils ont à faire à l’égard de ceux qui sont morts : c’est de suivre leurs exemples ; en second lieu, à l’égard de ceux qui sont vivants : c’est de leur obéir (verset 7) : Obéissez à vos maîtres. Sur la première de ces recommandations, l’Apôtre explique d’abord comment ils doivent imiter la doctrine des bons ; secondement, éviter celle des méchants ; (verset 9) : [Ne vous laissez pas emporter] à une diversité d’opinions. Il dit donc (verset 7) : Souvenez-vous de vos maîtres qui vous ont prêché la parole de Dieu," c’est-à-dire des apôtres qui vous ont annoncé cette parole ; (Isaïe, LI, 2) : "Jetez les yeux sur Abraham, votre père, etc..." Et qui non seulement vous l’ont annoncé de bouche, mais vous l’ont montré dans leurs actions ; (Marc, XVI, 20) : "confirmant sa parole par les miracles qui l’accompagnèrent." Et non seulement souvenez-vous de leur enseignement, mais (verset 7) : Considérant quelle a été la fin de leur vie ; (I Maccabées II, 51) : "Souvenez-vous des oeuvres qu’ont faites vos ancêtres, chacun dans leur temps, et vous recevrez une grande gloire, etc..." ; (Jacq., V, 10) : "Frères, prenez pour exemple de cette générosité, de cette patience dans les maux et dans les afflictions les prophètes qui ont parlé au nom du Seigneur, etc..." Non seulement imitez ceci, c'est-à-dire la fin de leur vie, afin de supporter avec patience les souffrances pour Jésus-Christ, mais aussi leur vie, car c’est par la bonne vie qu’on obtient la bonne mort (verset 7) : Imitez aussi leur foi, prenant garde de vous en écarter en quoi que ce soit. L’Apôtre ajoute (verset 8) : Jésus-Christ était hier, il est aujourd’hui et il sera le même dans tous les siècles. Suivant la Glose, le texte se continue ainsi : saint Paul avait rappelé plus haut qu’il avait été dit à Josué (I, 5) : "Je ne vous laisserai pas, et je ne vous abandonnerai pas," les Hébreux pouvaient répondre : celui à qui ces paroles ont été adressées devait sans doute mettre sa confiance dans le secours de Dieu ; mais il n’en est pas de même de nous, à qui rien de semblable n’a été dit. L’Apôtre prévient donc cette interprétation en disant que Jésus-Christ qui a parlé Josué, subsiste éternellement. De même donc qu’il pouvait alors aider Josué, il peut maintenant nous accorder son secours. C’est ce qui lui fait dire (verset 8) : Jésus-Christ était hier, il est aujourd’hui, etc... On peut encore rapporter ces paroles à ce qui précède immédiatement. Saint Paul venait de dire qu’ils devaient imiter les apôtres. Ils pouvaient répondre qu'il n’y avait aucune similitude, puisque les apôtres avaient été instruits immédiatement par Jésus-Christ, et ensuite l’avaient suivi ; mais qu’il n’en était pas ainsi à leur égard. L’Apôtre dit donc que Jésus-Christ demeure, et qu’ainsi il nous instruit pour que nous le servions. Il dit donc : Jésus-Christ était hier, c’est-à-dire au temps des premiers apôtres ; il est aujourd’hui, c’est-à-dire dans le temps présent ; il est aussi dans les siècles des siècles. (Matth., XXVIII, 20) : "Assurez-vous que je suis avec vous jusqu’à la consommation des siècles" ; (Apoc., I, 8) : "Je suis celui qui était, dit le Seigneur tout-puissant, qui est et qui doit venir, le tout-puissant" ; (Ps. CI, 28) : "Pour vous, vous êtes toujours le même, et vos années ne passeront pas." C’est ainsi que saint Paul montre que le Christ est éternel.