SOMMAIRE : Il ne faut pas demeurer en chemin, mais se hâter d’arriver à la patrie, car nous avons un pontife miséricordieux.
14. Ayant donc pour grand Pontife Jésus Fils de Dieu, qui est monté au plus haut des cieux ; demeurons fermes dans la foi dont nous avons fait profession.
15. Le Pontife que nous avons n’est pas tel qu’il ne puisse compatir à nos faiblesses ; mais il a éprouvé, comme nous, toutes sortes de tentations, hormis le péché.
16. Allons donc nous présenter avec confiance devant le trône de la grâce, afin d’y recevoir miséricorde, et d’y trouver le secours de sa grâce dans nos besoins.
Saint Paul a recommandé dans ce qui précède, de se hâter d’entrer dans le repos de Dieu, et pour déterminer à le faire, il a établi la grandeur du Christ quant à la nature divine ; il donne la même preuve ici, quant à la nature humaine. Premièrement donc, il établit la dignité du Christ ; secondement, sa bonté (verset 15) : Car le pontife que nous avons n’est pas ; troisièmement, il engage à avoir confiance en lui (verset 16) : Allons donc nous présenter.
I° Il dit donc : Nous avons établi que celui dont nous parlons est la parole vivante, le juge véritable et notre pontife (verset 1), ayant donc pour grand pontife (Ps. CIX, 5) : "Vous êtes le prêtre éternel, etc..." Non seulement il est pontife, mais le grand pontife ; (Zachar., III, 1) : "Le Seigneur me fit voir ensuite le Grand Prêtre Jésus, qui était devant l’ange du Seigneur, etc... " Or il est appelé grand parce qu’il n’est pas seulement le pontife des biens du temps, mais aussi des biens à venir ; (Hébr., IX, 11) : Mais le Christ, le pontife des biens futurs, etc... Le Grand Prêtre avait deux prérogatives : l’une, par rapport à son office, c’était d’entrer une fois l’an dans le Saint des saints, avec le sang, ainsi qu’il est dit ci-après (IX, 7) et (Lev., XVI, 2). Or cette fonction appartient principalement au Christ, car le Grand Prêtre entrait avec le sang dans le sanctuaire figuratif, mais le Christ entra avec son propre sang dans le Saint des saints ; c’est-à-dire dans le sanctuaire céleste. Voilà pourquoi saint Paul dit (verset 14) : qui est monté au plus haut des Cieux, c’est-à-dire qui y est entré par sa propre vertu ; la seconde prérogative est qu’il devait être d’une tribu déterminée, c’est-à-dire de la race d’Aaron, comme il est dit au ch. XXIX, 4 de l’Exode et aux ch. XVI, 46 et XVII, 3 des Nombres. Cette prérogative appartient encore au Christ qui est d’une plus noble origine ; aussi est-il appelé Fils de Dieu ; (Matth., III, 17) : "Celui-ci est mon Fils bien-aimé " ; (Ps. II, 7) : "Vous êtes mon Fils, etc..." Ainsi donc puisque nous avons un tel pontife (verset 14), demeurons fermes dans la foi dont nous avons fait profession, c’est-à-dire soyons y attachés de coeur, car, ainsi qu’il est dit, (Rom., X, 10) : "Il faut croire de coeur pour obtenir la justice et confesser de bouche pour le salut." Le Christ, le grand pontife, exige de nous cette confession ; (Matth., X, 32) : "Quiconque me confessera devant les hommes, etc..." L’Apôtre ajoute : de notre espérance, ce qu’on peut entendre de deux manières. D’abord en prenant le terme de confession dans le sens où il est employé ici, pour la confession de la foi. Or la foi est le principe de l’espérance, comme on l’explique dans la Glose ; (Matth., I, 2) : "Abraham engendra Isaac," c’est-à-dire : la foi a produit l’espérance, non pas à la vérité comme habitude, mais quant à l’ordre de l’acte, car nul ne peut ni ne doit espérer que ce qu’il peut atteindre. Or si nous pouvons atteindre les biens éternels, nous le tenons de la foi. Ou encore la confession de l’espérance, c’est-à-dire de celui en qui nous avons mis notre espérance de contempler la vérité première.
II° Saint Paul ajoute (verset 15) : Car le pontife que nous avons n’est pas tel, de peur que l’on ne vienne à croire que le Christ ne peut faire que ce qu’exige sa justice, l’Apôtre établit qu’il y a aussi en lui la miséricorde et la bonté, attributs qui regardent les misères de l’humanité, et qui conviennent surtout au Christ. C’est ce qui fait dire à l’Apôtre (verset 14) : qui ne puisse compatir à nos faiblesses. Il faut ici se rappeler que l’expression « pouvoir » suppose quelquefois non pas seulement la simple puissance, mais la disposition et la promptitude du Christ à nous secourir ; or il est ainsi disposé, parce qu’il connaît par expérience notre misère, qu’il connaissait comme Dieu, de toute éternité par sa simple connaissance ; (Ps. CII, 14) : "Le Seigneur est touché de compassion pour ceux qui le craignent, parce qu’il connaît lui-même la fragilité de notre origine". C’est pourquoi l’Apôtre ajoute (verset 15) : ayant été, à cause de sa ressemblance avec nous, éprouvé par toutes sortes de tentations. Or il y a trois espèces de tentations. Une qui vient de la chair, par exemple, quand la chair a des désirs contraires à ceux de l’esprit, ainsi qu’il est dit dans l’épître aux Galates (V, 17), et cette tentation n’est pas exempte de péché, parce que Comme dit saint Augustin : Il y a un péché quand la chair convoite contre l’esprit, car c’est la convoitise de la chair. Il n’en fut pas ainsi dans le Christ ; voilà pourquoi l’Apôtre dit (verset 15) : hormis le péché, c’est-à-dire sans le moindre mouvement de péché ; (I Pierre, II, 22) : "Il n’avait commis aucun péché, et nulle parole trompeuse n’est sortie de ses lèvres." Aussi est-il appelé "l’Agneau de Dieu" (Jean, II, 16). Une autre tentation vient de l’ennemi et du monde, et cela de deux manières : ou par la séduction de la prospérité, ou de la frayeur causée par l’adversité. Le Christ fut tenté de l’une et de l’autre manière. D’abord par les attraits de la prospérité : car tout ce qui appartient aux prospérités de cette vie, appartient ou à la concupiscence de la chair ou à la concupiscence des yeux ou à l’orgueil de la vie. Le diable le tenta de la première manière, quand il l’éprouva par la gourmandise, qui est la mère de la luxure ; (Matth., IV, 3) : "Si vous êtes le Fils de Dieu, commandez que ces pierres deviennent des pains." Il l’a tenté par la vaine gloire quand il lui dit (Ibid., 6) : "Jetez-vous en bas." Il l’a tenté par la concupiscence des yeux, en disant (verset 9) : "Je vous donnerai toutes ces choses, etc..." ; (Luc, IV, 13) : "Le diable ayant achevé toutes ces tentations, se retira de lui jusqu’au temps marqué." Il a été tenté par l’adversité et par les embûches des Pharisiens qui cherchaient à le surprendre dans ses paroles ; (Matth., XXII, 15) : "Il a été tenté par les outrages" (Matth., XXVII, 40) : "Toi qui détruis le temple de Dieu, etc..." Il a été tenté par les fouets et par les tourments. A l’exception donc de la tentation qui est jointe au péché, il a été comme nous tenté de toutes sortes de manières. L’Apôtre a dit « parce qu’il avait notre ressemblance » : or ceci peut s’expliquer de deux manières : d’abord en entendant cette expression selon notre ressemblance, comme si elle désignait la cause finale ; comme si l’Apôtre disait : Il a donc été tenté, afin de nous servir d’exemple, en sorte que, nous proposant de lui ressembler, nous supportions la tentation et nous nous efforcions de triompher de tous les obstacles ; (I Pierre, II, 21) : "Jésus-Christ même a souffert pour nous, vous laissant un exemple, etc..." Ou bien encore elle peut désigner la conséquence, comme si l’Apôtre disait : Il a donc été tenté de telle sorte qu’en toutes choses, tant celles qui sont temporelles que dans toutes le autres, excepté le péché seul, il fût semblable à nous. Si, en effet, il avait été sans tentations, il n’en eût pas fait l’expérience, et ainsi il ne compatirait pas aux nôtres. Si au contraire il avait connu le péché, il n’eut pas pu nous aider, et il eut eu lui-même besoin de secours.
III° Quand saint Paul dit ensuite (verset 16) : Allons donc nous présenter avec confiance, etc..., il engage à mettre sa confiance dans le Christ ; comme s’il disait : Dès lors qu’il peut ainsi compatir à nos faiblesses, allons donc nous présenter avec confiance. (Isaïe, XII, 2) : "Je sais que mon Dieu est mon Sauveur ; j’agirai avec confiance, etc..." Allons donc, dis-je, au trône. On appelle trône le siége du roi. Or le Christ est roi ; (Jérém., XXIII, 5) : "Un roi régnera qui sera sage, etc..." Ce trône du Christ a comme deux états différents : d’abord, quant au temps à venir, c’est un trône de justice ; (Ps. IX, 4) : "Vous vous êtes assis sur votre trône, vous qui jugez selon la justice." Ce sera le trône du jugement à venir ; (Ps. LXXIV, 2) : "Lorsque le temps que je juge opportun sera venu, je jugerai selon la justice." Le second trône du Christ, c’est celui de sa grâce, et c’est celui dont l’Apôtre parle ici. C’est pourquoi saint Paul ajoute (verset 16) : devant le trône de sa grâce, c’est-à-dire dans le temps présent, dans le temps de la miséricorde ; (Zachar., IV, 7) : "Il mettra la dernière pierre au temple : grâce, grâce sur elle ! " Or par la grâce du Christ, nous sommes délivrés de toutes les misères, parce que nous sommes délivrés du péché "qui rend les peuples misérables" (Proverbes XIV, 34). L’Apôtre dit donc (verset 16) : afin d’y recevoir miséricorde. De plus, par la grâce du Christ, nous sommes aidés pour pratiquer le bien ; saint Paul dit donc (verset 16) : et d’y trouver le secours de la grâce ; (Luc, I, 30) : "Vous avez trouvé grâce devant le Seigneur." Et cela par un secours opportun, qui nous aide à faire le bien ; (Ps. CXX, 2) : "Mon secours me doit venir du Seigneur." Or ce secours nous vient par la grâce ; (I Corinth., XV, 10) : "J’ai travaillé plus que tous les autres, non pas moi toutefois, mais la grâce de Dieu." Il est nécessaire que ce secours soit donné au temps convenable ; voici pourquoi saint Paul ajoute : un secours opportun. "Toutes choses, en effet, ont leur temps et leurs moments favorables" (Eccles., VIII, 6). Ce temps favorable, c’est le temps présent, parce que c’est le temps de la miséricorde.
SOMMAIRE : Que notre pontife est plus grand qu’Aaron ; que cependant il est homme, et qu’il sait compatir aux misères des hommes, prier et offrir des sacrifices pour eux.
1. Car tout Pontife étant pris d’entre les hommes, est établi pour les hommes en ce qui regarde le culte de Dieu, afin qu’il offre des dons et des sacrifices pour les péchés,
2. Et qu’il puisse être touché de compassion pour ceux qui pèchent par l’ignorance et par erreur, comme étant lui-même environné de faiblesse ;
3. Et c’est ce qui l’oblige d’offrir pour lui-même aussi bien que pour le peuple les sacrifices destinés pour expier les péchés.
4. Et nul ne s’attribue à soi-même cet honneur, mais il faut y être appelé de Dieu comme Aaron.
5. Ainsi le Christ ne s’est pas élevé de lui-même à la dignité de souverain pontife, mais il l’a reçue de Celui qui lui a dit: Vous êtes mon Fils, je vous ai engendré aujourd’hui.
6. Comme il lui a dit aussi dans un autre endroit : Vous êtes le l'éternel selon l’ordre de Melchisédech.
7. Aussi durant les jours de sa chair, ayant offert, avec un grand cri et avec larmes, ses prières et ses supplications à Celui qui le pouvait tirer de la mort, il a été exaucé en raison de son humble respect pour son Père.
Ainsi qu’il a été dit au commencement de cette Epître, l’intention de saint Paul est d’établir que le Christ est au-dessus de tous ceux dont la Loi tire son autorité, c’est-à-dire des anges, par le ministère desquels elle a été donnée ; (Galat., III, 19) : "La Loi a été donnée par le ministère des anges" ; de Moïse qui en fut le législateur ; (Jean, I, 17) : "La Loi a été donnée par Moïse" ; et du sacerdoce et du pontificat d’Aaron, qui en eut le ministère. Après avoir traité des deux premières excellences du Christ, l’Apôtre en vient à la troisième, c’est-à-dire la prééminence du sacerdoce du Christ sur le sacerdoce d’Aaron. Premièrement donc, il établit que le Christ est pontife ; secondement, il prouve qu’il est plus grand que le pontife de l’ancienne Loi, au septième chapitre (verset 1) : Car ce Melchisédech. Dans la première partie, il établit d’abord que le Christ est pontife ; il prépare ensuite ses auditeurs à entendre les conséquences (verset 11) : sur qui nous aurions beaucoup de choses à dire. Sur le premier de ces points, il fait encore deux choses : d’abord il expose ce qui est exigé d’un pontife ; en second lieu, il montre que toutes ces conditions se trouvent dans le Christ ; et il en conclut que le Christ est lui-même pontife (verset 5) : Ainsi le Christ ne s’est pas élevé de lui-même, etc...
I° Dans la première de ces subdivisions, l’Apôtre, premièrement, explique l’office du pontife ; secondement, il rappelle la compassion qui lui est nécessaire (verset 2) : et qu’il puisse être touché de compassion ; troisièmement, il indique la manière de parvenir à ce pontificat (verset 4) : Et nul ne s’attribue à soi-même cet honneur.
I. Sur l’office du pontife, l’Apôtre rapporte premièrement, l’élévation de cette dignité (verset 1) : Tout pontife est pris d’entre les hommes ; secondement, son utilité : Il est établi pour les hommes ; troisièmement, son objet (verset 1) : en ce qui regarde le culte de Dieu ; quatrièmement, son action (verset 1) : afin qu’il offre des dons.
1° Or un semblable office convient à un homme, et non pas à un ange. C’est ce qui fait dire à saint Paul qu’il a donc été établi que nous avons un grand pontife, et ce pontife c’est le Christ. Car, pour « parce que » (verset 1) : Tout pontife est pris d’entre les hommes. Il doit donc aussi être du nombre des hommes. Dieu a voulu qu’il en soit ainsi afin que l’homme eût son semblable pour recourir à lui.
C’est de là aussi que l’Eglise a réglé que l’on ne devait pas élever un étranger, quand on trouvait dans une collectivité quelqu’un qui pût recevoir cet office ; (Osée, II, 15) : "Je lui donnerai des vignerons du même lieu" ; (Deutér., XVII, 15) : "Vous établirez celui que le Seigneur, votre Dieu, aura choisi du nombre de vos frères. Vous ne pourrez prendre pour roi un homme d’une autre nation, et qui ne soit pas votre frère". L’Apôtre dit : pris d’entre les hommes, parce qu’il doit avoir la prééminence sur les autres, comme on le voit de Saül (I Rois, X, 23) ; voilà pourquoi le Christ, au dernier chapitre de saint Jean, 15, demande à Pierre, à qui il voulait confier le pouvoir suprême, s’il l’aimait mieux que les autres.
2° La fin et l’utilité de l’office de pontife, c’est d’être (verset 1) : établi pour les hommes, c’est-à-dire pour leur propre utilité. Car le pontife n’est pas établi pour recevoir la gloire, ni pour amasser des richesses, ou enrichir sa famille ; (II Corinth., IV, 5) : "Quant à nous, nous sommes vos serviteurs par Jésus-Christ" ; et (II Corinth., XIII, 10) : "[afin de n’avoir pas lieu d’agir] de la puissance que le Seigneur m’a donnée pour édifier son corps, et non pour détruire." - Que si quelqu’un cherche ses intérêts propres, il n’est plus pasteur, il est mercenaire.
3° L'objet de la dignité, c’est l’autorité de présider, dont jouit le pontife. Car de même que dans une ville le chef ou le gouverneur commande, ainsi en est-il du pontife (verset 1) en ce qui regarde le culte de Dieu, c'est-à-dire : qu’il est chargé de régler ; (Exode, IV, 16) : "Vous le conduirez dans tout ce qui regarde Dieu" ; (II Corinth., X, 4) : "Les armes de notre justice ne sont pas charnelles, etc..." De même donc que ce qui appartient au culte de Dieu est au-dessus de ce qui est du temps, ainsi la dignité du pontife est au-dessus de toutes les autres dignités. Les pontifes ne doivent donc pas laisser ce qui est de Dieu, pour s’embarrasser des choses du siècle ; (II Tim., II, 4) : "Celui qui est enrôlé au service de Dieu, etc..."
4° L’action du pontife, c’est (verset 1) : d’offrir des dons, c’est-à-dire des dons offerts volontairement et non pas arrachés ; (Exode, XXV, 2) : "Vous recevrez les dons de tous ceux qui me les présenteront avec une pleine volonté," et des sacrifices pour le péché, c’est-à-dire qui sont offerts à lui-même, pour la réparation du péché ; (Lévitiq., IV, 26) : "Le prêtre priera pour lui et pour son péché, et il lui sera pardonné." On voit par là que tout ce qui est offert, soit volontaire et votif, soit pour la réparation du péché, doit être offert selon la disposition du chef spirituel.
II. Quand l’Apôtre dit ensuite (verset 2) : et qu’il puisse être touché de compassion, il explique ce qui est requis pour exercer cet office, c’est-à-dire la bonté. A cet effet il fait trois choses : il établit d’abord que la miséricorde et la bonté sont nécessaires au pontife pour remplir son office ; en second lieu, qu’il est un motif à la compassion (verset 2) : comme étant lui-même ; troisièmement, il indique le signe de cette compassion (verset 3) : et c’est ce qui l’oblige.
1° Il dit donc : Je dis que le pontife est établi pour ce qui regarde le culte de Dieu ; toutefois il doit être l’intermédiaire entre l’homme et Dieu ; (Deutér., V, 5) : "Je fus alors l’entremetteur entre le Seigneur et vous." De même donc que par la dévotion et la prière, le pontife doit toucher Dieu, comme l’un des extrêmes, ainsi par la compassion et la miséricorde, il doit toucher l’autre extrême, c’est-à-dire l’homme. Voilà pourquoi l’Apôtre dit (verset 2) : et qu’il puisse être touché de compassion ; (II Corinth., XI, 29) : "Qui est faible sans que je m’affaiblisse avec lui ?" On objecte ce qu’on lit au prophète Amos (VI, 6) : "Ils étaient insensibles à la souffrance de Joseph." Il y a deux sortes de manque-ments : les uns se font par ignorance ; c’est ce qui fait dire à saint Paul (verset 2) : pour ceux qui pèchent par ignorance. Ignorer, dans le sens propre, c’est manquer de la connaissance de ce que chacun doit savoir. D’autres manquent quoique avec une connaissance certaine, et de ceux-ci l’Apôtre dit (verset 2) : et par erreur.
2° Il indique ensuite le motif de la commisération, quand il dit (verset 2) : comme étant lui-même, etc... Ce motif, c’est la propre infirmité. Ceux qui sont à la tête des autres, font quelquefois l’expérience de cette faiblesse ; (II Corinth., IV, 7) : "Nous portons ce trésor dans des vases de terres" La raison de ceci, c’est afin que d’après leur propre expérience, ils compatissent aux faiblesses des autres. C’est ainsi que le Seigneur a permis la chute de l’apôtre Pierre ; (Ecclésiastique XXXI, 18) : "Jugez de la disposition du prochain par la vôtre." C'est pourquoi l’Apôtre dit (verset 2) : comme étant lui-même environné de faiblesse, c’est-à-dire, quant au châtiment et quant à la faute ; (Ps.VI, 2) : "Ayez pitié de moi, Seigneur, parce que je suis faible" ; (Sag., IX, 5) : "Je suis un homme faible qui doit vivre peu", etc... Remarquez ce que dit Paul (verset 2) : étant lui même environné ; car les charnels ont dans leur intérieur l’infirmité du péché ; puisque la raison et la volonté, en eux, sont esclaves du péché. Les saints ne sentent cette faiblesse qu’à l’extérieur, parce qu’ils ne sont pas sous la servitude du péché, et toutefois ils sont environnés de la fragilité de la chair ; (Romains VII, 25) : "J’obéis moi-même à la loi de Dieu selon l’esprit, quoique je sois assujetti à la loi du péché selon la chair."
3° La marque de cet assujettissement, c’est que dans la loi ancienne ainsi qu’on le voit aux chap. IX, 7 et XVI, 6 du Lévitique, et maintenant encore, ainsi qu’on le peut remarquer au Canon de la Messe, quand on y dit : "Pour nous aussi pécheurs," il est prescrit que le prêtre offre aussi pour lui-même ; ce qui ne se pratiquerait pas, s’il ne le faisait à cause de l’infirmité du péché, dont il est environné, mais non accablé. Si, en effet, il est en état de péché mortel, il ne doit pas célébrer ; c’est ce qui fait dire à saint Paul (verset 3) : et c’est ce qui l’oblige d’offrir pour lui-même, aussi bien que pour le peuple, afin d’expier le péché."
III. Saint Paul indique ensuite la manière dont on obtient la dignité de pontife, quand il dit (verset 4) : Et nul ne s’attribue. Il est, en effet, contre nature de se hisser à un état plus élevé que sa propre nature. L’air, par exemple, ne devient pas feu de lui-même, il y faut une puissance supérieure. La règle établie de Dieu ne permet pas qu’on mette en oeuvre la faveur, l’argent, le crédit, pour s’attribuer un honneur ; (Amos, VI, 14) : "N'est-ce pas par notre force que nous avons acquis de la puissance ?" ; (Osée, VIII, 4) : "Ils ont régné par eux-mêmes et non par moi." Il faut donc que chacun soit appelé de Dieu, comme Aaron ; (Exode, XXVIII, 1) : "Faites aussi approcher de vous Aaron." Aussi le Seigneur confirma t-il le sacerdoce d’Aaron, comme il est rapporté au ch. XVII, 5 des Nombres, par la verge qui fleurit. Ceux donc que l’on doit choisir sont tels qu’ils ne se sont pas « placés » eux-mêmes. Ainsi, autrefois, ils étaient signalés par un signe visible, comme cela apparaît pour le bienheureux Nicolas, et beaucoup d’autres. En conséquence, quand l’Apôtre dit (verset 5) : Ainsi le Christ, etc... il montre comment le Christ est pontife et, sur ce sujet, il fait deux choses : d’abord il montre en effet en quoi les paroles citées conviennent au Christ ; ensuite il en déduit son intention (verset 4) : Il a été appelé par Dieu, etc... Sur la première partie, Paul fait trois choses : tout d’abord il montre que le Christ a été fait pontife non par lui-même mais par Dieu ; en second lieu il traite de l’office même du Christ (verset 7) qui, dans les jours de sa chair ; troisièmement il traite de sa miséricorde : comme il était. Il explique d’abord que le Christ ne s’est pas promu lui-même, ensuite il dit par qui il l’a été : de celui qui lui a dit. Saint Paul dit donc (verset 5) : Le Christ ne s’est pas élevé de lui-même. Il faut bien voir, à ce propos, que Paul ne dit pas : « Il ne s’est pas fait lui-même pontife », mais bien : Il ne s’est pas élevé, etc... Car il y a des gens qui s’élèvent eux-mêmes, pour devenir quelqu’un, comme les hypocrites qui se présentent sous un certain jour pour être élus ou pour obtenir des avantages financiers ; aucun toutefois ne se fait pontife ; or le Christ non seulement ne s’est pas fait pontife, mais il ne s’est pas élevé pour être pontife ; (Jean VIII, 50) : "Moi, ce n’est pas ma propre gloire que je cherche" et, un peu plus loin, "c’est mon Père qui me glorifie". Certes, cela est vrai en tant que le Christ est homme, puisque, en tant qu’il est Dieu, il possède la même gloire que son Père.
Donc, quand saint Paul dit (verset 5) : mais de celui qui lui a dit, il montre par qui le Christ est promu : il explique d’abord par qui il a été élevé, ensuite comment il a été désigné pontife, en disant (verset 6) : encore dans un autre endroit. Il a été élevé par un jugement de Dieu car le Seigneur lui a dit (Psaume II, 7) : Tu es mon Fils, etc... Et cela a été expliqué plus haut. De même, chez saint Matthieu (IX, 17) : "Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je me suis complu, etc... ". En montrant donc qu’il a été engendré de toute éternité, il met en évidence sa gloire (ci-dessus I, 3) : comme il est la splendeur de la gloire, etc... Et le pontificat, c’est en tant qu’homme qu’il l’a reçu de Dieu, comme il dit encore dans un autre endroit, à savoir au Psaume CIX, 5 : "Tu es prêtre", etc... Or, l’Apôtre se sert de l’autorité des Psaumes comme étant très connus et d’une plus grande autorité, par conséquent très utilisés. Paul dit prêtre, parce qu’il a obtenu cette distinction de Dieu le Père ; (Eph., V, 2) : "Il nous a aimés et s’est livré lui-même à nous comme une oblation et un sacrifice à Dieu". Et, afin qu’on ne croie pas que tel est le sacerdoce du Christ, comme cela fut le cas dans l’ancienne loi, il le distingue ici sous deux rapports : d’abord quant à la dignité, parce que (verset 6) : Il est éternel. Le sacerdoce d’Aaron fut temporel, car il était figuratif ; il ne pouvait par conséquent être perpétuel. Il cesse, quand arrive ce qu’il figure. Le sacerdoce de Jésus-Christ au contraire, est éternel, parce qu’il renferme la vérité qui est éternelle. Son sacrifice a aussi le pouvoir d’introduire dans la vie éternelle et sa durée est l’éternité. Ensuite, quant au rite, parce que le sacerdoce d’Aaron immolait des animaux : ici c’est le pain et le vin. L’Apôtre dit donc (verset 6) : selon l’ordre de Melchisédech. Ces dernières paroles seront expliquées plus loin.
IV. Quand l’Apôtre saint Paul dit encore (verset 7) : Aussi, durant les jours, etc..., il prouve que tout ce qui appartient à l’office du pontife s’applique au Christ. Et d’abord il explique quelle est sa condition ; ensuite, son action (verset 7) : des prières ; enfin, son efficacité (verset 7) : avec un grand cri.
1° Sa condition, c’est d’être un parmi les hommes, car, ainsi qu’il a été dit (verset 1) tout pontife est pris d’entre les hommes. C’est ce qui fait dire à saint Paul (verset 7) : Aussi, durant les jours de sa chair. Cette expression « chair » est prise ici pour toute la nature humaine, comme dans ces paroles de saint Jean (I, 14) : "Et le Verbe s’est fait chair." Les jours qui passent à cette heure ne sont-ils donc plus les jours de sa chair ? Il semble qu’ils le soient toujours parce qu’on lit au dernier chapitre de saint Luc (verset 39) : "un esprit n’a ni chair ni os comme vous voyez que j’en ai."
Pourquoi donc appeler le temps qui a précédé sa Passion et sa résurrection le temps ou les jours « de sa chair », plutôt que le temps présent ? Il faut répondre que le mot chair est pris quelquefois pour la fragilité de la chair, comme dans ces paroles de la I aux Corinthiens (XV, 50) : "La chair et le sang ne peuvent posséder le royaume de Dieu." Or le Christ a en ce moment une chair fragile et corruptible. Voilà pourquoi l’Apôtre dit (verset 7) : durant les jours de sa chair. C’est pendant ces jours où il portait une chair semblable à la chair qui peut pécher, mais qui ne péche pas.
2° L’action de son sacerdoce fut d’offrir ses prières et ses supplications, c’est-à-dire le sacrifice spirituel qui fut offert par le Christ. On appelle prières : les demandes ; (Jacq., V, 16) : "la prière du juste peut beaucoup". Les supplications s’appellent ainsi de l’humilité de celui qui prie, par exemple, en fléchissant le genou ; (Matth., XXVI, 39 : "Il se prosterna le visage contre terre, priant en ces termes." A qui donc adressait-il ses prières et ses supplications ? A Dieu, c’est-à-dire à Dieu le Père, qui le pouvait sauver de la mort." Or il pouvait prier ainsi pour deux fins : d’abord pour ne pas mourir ; c’est de là qu’il est dit en saint Matthieu (XXVI, 39) : "Mon Père, s’il était possible, etc..." Ensuite pour que son Père le ressuscitât, s’il mourait ; (Ps. XV, 10) : "vous ne laisserez pas mon âme dans l’enfer" ; (Ps. XL, 10) : "Vous donc, Seigneur, ayez compassion de moi et ressuscitez-moi." C’est à ce sacrifice spirituel que se rapporte le sacerdoce de Jésus-Christ. Il répond donc à ce qui a été dit plus haut (verset 1) : afin qu’il offre des dons, etc... (Ps. XLIX, 23) : "Le sacrifice de louange m’honorera" ; (Osée, XIV, 3) : "Nous vous offrirons comme des victimes, les sacrifices de nos lèvres."
3° L’efficacité du sacerdoce du Christ se manifeste par sa manière de prier. Deux dispositions sont nécessaires à celui qui prie : d’abord une ardente affection, et aussi la douleur et le gémissement. Il est dit de ces deux sentiments, au psaume XXXVII, 9, quant au premier: "Seigneur, tout mon désir est exposé à vos yeux" ; quant au second : "et mon gémissement ne vous est pas caché." Or le Christ eut l’un et l’autre. L’Apôtre dit donc par rapport au premier (verset 7) : avec un grand cri, c’est-à-dire avec une intention pleine d’efficacité ; (Luc, XXII, 43) : "Et étant tombé en agonie, il redoublait ses prières, etc…" et (Luc, XXIII, 46) où Jésus s’exclame d’une voix forte : "Père, etc..." ; par rapport au second (verset 7) : avec des larmes. Par cette expression « des larmes », l’Apôtre exprime l’intention intérieure du Christ, pendant sa prière. Nous ne lisons pas ceci dans l’Évangile ; toutefois il est probable que le Christ qui versa des larmes à la résurrection de Lazare, pleura aussi dans le cours de sa Passion. Car il a fait beaucoup de choses qui n’ont pas été écrites. Cependant il ne pleura pas sur lui-même, mais sur nous, à qui sa Passion fut profitable. Néanmoins elle le fut aussi pour lui-même, en ce sens que par elle il mérita son exaltation ; (Philipp., II, 9) : "C’est parce qu’il…que Dieu l’a élevé, etc... " Voilà aussi pourquoi (verset 7) : Il a été exaucé à cause de son humble respect, en raison du respect que plus que tous les autres il portait à Dieu ; (Isaïe XI, 3) : "Et l’Esprit le remplira de la crainte du Seigneur."
On objecte qu’il semble n’avoir pas été exaucé pour lui-même d’abord, puisque le calice de sa Passion ne passa pas loin de lui comme il le demandait. Il ne le fut pas davantage pour les autres, puisque les Juifs ne reçurent pas le pardon qu’il sollicitait pour eux ; (Luc, XXII, 34) : "Père, pardonnez-leur !" Nous répondons que le Christ fut exaucé dans tout ce qu’il voulut obtenir. En ce qui tient à l’appétit des sens et à la volonté considérée comme renfermant un appétit naturel, le Christ repoussait la mort. Sous ce rapport il priait, montrant par là qu’il était un homme véritable, mais d’une volonté qui impliquait une raison délibérée, il voulait mourir ; c’est ce qui lui fait dire cependant (Luc, XXII, 42) : "Que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la vôtre." Il ne voulait pas non plus le pardon pour tous, mais pour ceux-là seulement qui croiraient. Aussi un grand nombre se convertirent dans la suite.