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Hébreux VI, 7 et 8 : La fidélité au baptême

SOMMAIRE. Par la similitude d’une terre cultivée par l’homme et qui ne lui rend que des épines, l’Apôtre avertit ceux qui, après le baptême ou la Pénitence, tombent de nouveau dans le péché.

7. Car lorsqu’une terre étant souvent abreuvée des eaux de la pluie qui y tombe, produit des herbages propres à ceux qui la cultivent, elle reçoit les bénédictions de Dieu.

8. Maïs quand elle ne produit que des ronces et des épines, elle est en aversion à son maître, elle est menacée de sa malédiction, et à la fin il y a à feu.

Après avoir établi, dans ce que nous avons vu, la difficulté d’arriver à ce qu’il se propose, provenant de la faute de ceux auxquels il s’adresse, l’Apôtre emploie ici pour son dessein, une sorte de comparaison. D’abord quant à la bonne terre ; ensuite quant à la mauvaise (verset 8) : Mais quand elle ne produit que des ronces.

I° Il faut se rappeler que suivant une des explications précédentes, l’Apôtre a voulu que ceux qui ont été baptisés une première fois, ne puissent l’être une seconde, ni être renouvelés par la pénitence. Il y a une autre explication qui a été mise de côté, qu’il est impossible que ceux qui ont été éclairés une première fois en cette vie, soient renouvelés une seconde fois dans une autre vie, par la pénitence. (Ecclésiastique IX, 10) : "Faites promptement tout ce que votre main pourra faire, parce qu’il n’y aura ni raison, ni sagesse, ni science, dans Enfers, etc... " ; (Jean, IX, 4) : "La nuit viendra où personne ne peut agir." On peut donc expliquer ce passage d’une nouvelle manière, en disant : « une nouvelle fois », c'est-à-dire après cette vie. En voici la raison. Deux éléments concourent à produire la pénitence : le premier, qui lui donne son efficacité, est le mérite de la Passion du Christ ; (I Jean, II, 2) : "Car c’est lui Jésus-Christ, qui est la victime de propitiation pour nos péchés." Le second, c’est l’exemple de la pénitence même que nous voyons en Jésus-Christ, en méditant ce qu’il a fait, c’est-à-dire en considérant l’austérité de sa vie, sa pauvreté et enfin sa Passion ; (I Pierre, II, 21) : "Le Christ a souffert pour nous, vous laissant un exemple, etc..." On entend donc dans ce sens ce que dit l’Apôtre (verset 6) : crucifiant de nouveau, c’est-à-dire recevant le fruit de la croix de Jésus Christ, en ce qu’il donne à la pénitence son efficacité (verset 6), et l’opposant à l’ignominie, quant à l’exemple de la pénitence. Cette manière de parler alors est prise en bonne part. Quant à cette similitude de la bonne terre employée ici, elle peut s’appliquer, ou à ce qui a été dit plus haut (verset 1) : Passons à ce qui est plus parfait, et alors le sens sera : que si nous agissons ainsi, nous obtiendrons bénédiction, comme la bonne terre. Ou bien encore, on peut la prendre comme la continuation immédiate de ce qui a été dit, en suivant l’une et l’autre explication, soit du baptême, soit d’une autre vie. Cependant celle qui se rapporte au baptême est plus conforme à la lettre ; voici alors le sens : de même qu’une terre cultivée, venant à produire à plusieurs reprises des épines, est délaissée et purifiée par le feu, ainsi celui qui pèche après le baptême, n’est plus lavé derechef de ses fautes. L’Apôtre nous montre dans la bonne terre d’abord le bien qu’elle a reçu, ensuite le fruit qu’elle a produit (verset 7) : produire des herbages ; enfin sa récompense (verset 7) : reçoit la bénédiction de Dieu.

I. Cette terre, c’est le coeur de l’homme (Luc, VIII, 15) : "Ce qui tombe dans la bonne terre, désigne ceux qui écoutant la parole avec un coeur bon et sincère, etc... " On lui donne le nom de terre, parce que de même que la terre a besoin de la pluie, l’homme a besoin de la grâce de Dieu ; (Psaume LXIV, 9) : "Vous avez visité la terre et vous l’avez comblée de toutes sortes de richesses." ; (Isaïe, LV, 10) : "Et comme la pluie et la neige descendent du ciel et n’y retournent plus, mais qu'elles abreuvent la terre, la rendent féconde et la font germer, etc..." Or les dons qu’elle reçoit et la doctrine de la foi sont comme la pluie venue d’en haut, que Dieu fait tomber dans le coeur de ceux qui écoutent et cela par l’intermédiaire de ceux qui prêchent et qui enseignent ; (Isaïe, V, 6) : "Je commande aux nuées de ne pleuvoir plus sur elle" ; (Job, XXXVI, 27) : "Il répand les eaux du ciel comme des torrents qui fondent des nuées, etc..." On s'abreuve de cette pluie, quand on comprend ce que l’on entend et quand la volonté en est excitée ; (Isaïe LV, 1) : "Vous tous qui avez soif, venez aux eaux, etc..." Cette doctrine est au-dessus de celui qui l’écoute, c’est-à-dire, venant d’en haut, quant au principe de cette doctrine elle-même, ou au-dessus de lui, parce qu’il y a une doctrine qui a pour objet les choses de la terre et attache l’homme à ces choses de la terre, et une autre doctrine qui vient du ciel et qui enseigne les choses du ciel ; (Jacq., III, 15) : "Ce n’est pas là la sagesse qui vient d’en haut, mais c’est une sagesse terrestre, animale et diabolique," on lit à la suite (verset 17) : "mais la sagesse qui vient d’en haut est premièrement chaste, etc..." Ou encore : au-dessus de soi, c’est-à-dire au dessus des facultés de l’âme humaine, car il y a des sciences, qui sont l’invention de la raison humaine, tandis que celle-ci est divinement inspirée ; (Ecclésiastique III, 25) : "Il vous a découvert beaucoup de choses qui étaient au-dessus de l’esprit de l’homme." L’Apôtre dit non pas « toujours », non pas « rarement », mais souvent, parce que, comme dit saint Augustin cité dans la Glose : si c’est toujours, le don devient inépuisable ; si c’est rarement, le don est insuffisant, on en fait peu de cas ; (Job, XVI, 2) : "J’ai entendu souvent de pareils discours."

II. Le fruit, c’est que cette terre (verset 7) produit des herbages propres à ceux qui la cultivent. Ce sont les bonnes oeuvres que l’homme accomplit après avoir reçu la doctrine ; (Gen., I, 11) : "Que la terre produise de l’herbe verte, etc..." Cette terre est premièrement cultivée de Dieu ; (Jean, XV, 1) : "Mon Père est le vigneron, etc..." ; elle est aussi cultivée par le supérieur spirituel ; (l Corinth., III, 6) : "C’est moi qui ai planté ; c’est Apollos qui a arrosé, etc..." ; enfin, elle est cultivée par l'homme lui-même ; (Proverbes, XXIV, 27) : "Travaillez votre champ avec grand soin." Elle sert à Dieu, en contribuant à sa gloire ; (I Corinth., X, 31) : "Faites tout pour la gloire de Dieu" ; et aux autres pour le mérite et pour la gloire ; (I Thess., II, 20) : "Vous êtes notre gloire et notre joie" ; enfin, à celui qui fait les oeuvres, elle procure la vie éternelle ; (Rom., VI, 22) : "Le fruit que vous retirez est votre satisfaction, et la vie sera la vie éternelle."

III. Quand l’Apôtre dit ensuite (verset 7) : Elle reçoit la bénédiction de Dieu, il fait connaître le prix, c’est-à-dire la bénédiction divine. Or cette bénédiction n’est autre chose que l’oeuvre de la bonté divine en nous, oeuvre qui dans la vie présente est incomplète, mais qui dans la vie future sera parfaite ; (I Pierre, III, 9) : "Vous avez été appelés afin de recevoir, comme héritiers, la bénédiction."

II° A ces mots qu’il dit ensuite (verset 8) : Mais quand elle produit des ronces et des épines, l’Apôtre en vient à la mauvaise terre. Et d’abord, il suppose le bien qu’on lui a fait, ainsi qu’il a été dit ; ensuite il la montre produisant de mauvais fruits (verset 8) : Mais quand elle produit, etc... ; troisièmement, il en dit le châtiment (verset 8) : elle devient un objet d’aversion. Les fruits donc sont des ronces, c’est-à-dire des péchés moindres, et des épines, c’est-à-dire des péchés plus grands, qui déchirent la propre conscience de celui qui les commet, et quelquefois même la conscience d’autrui, par exemple les péchés qui sont contre le prochain ; (Gen., III, 18) : "Elle vous produira des épines et des ronces." Dans le châtiment, saint Paul indique trois choses : d’abord la réprobation divine ; ensuite le jugement de condamnation (verset 8) : Elle est menacée de malédiction, et le châtiment final (verset 8) : et à la fin il y met le feu, etc... De la réprobation, il dit (verset 8) : Elle est réprouvée. Car, de même que la prédestination est le principe de la rémunération, la réprobation est le signe de la condamnation. Quand donc un coeur est fréquemment arrosé par les préceptes du salut, c’est un signe de réprobation, s’il persiste dans le péché ; (Jérémie, VI, 30) : "Appelez-les un faux argent, parce que le Seigneur les a rejetés." La condamnation, c’est qu’elle est menacée de la malédiction ; (Matthieu, XXV, 41) : "Allez, maudits, au feu éternel." La punition, c’est qu’à la fin, il y met le feu ; (Isaïe; IX, 5) : "Le vêtement souillé de sang sera livré au feu et deviendra la pâture de la flamme."

Hébreux VI, 9 à 12 : Dieu n'est pas injuste

SOMMAIRE : Comme Dieu n’est pas injuste, l’Apôtre espère pour ceux à qui il écrit quelque chose de plus favorable à leur salut, surtout lorsqu’il se souvient du bien qu’ils ont déjà fait.

9. Or, nous avons une meilleure opinion de vous et de votre salut, mes chers frères, quoique nous parlions de cette sorte.

10. Car Dieu n’est pas injuste pour oublier vos bonnes oeuvres, et la charité que vous avez témoignée par les assistances que vous avez rendues en son nom, et que vous rendez encore aux saints.

11. Mais nous souhaitons que chacun de vous fasse paraître jusqu’à la fin le même zèle, afin que votre espérance soit accomplie ;

12. Et que vous ne soyez pas lents et paresseux, mais que vous vous rendiez les imitateurs de ceux qui par leur foi et par leur patience sont devenus les héritiers des promesses.

Comme saint Paul leur avait dit, touchant leur état, beaucoup de choses qui pouvaient paraître dures, pour ne pas les laisser tomber dans le désespoir, il leur explique maintenant dans quelle intention il a parlé ainsi. C’était afin de les préserver eux-mêmes des périls. Premièrement donc, il témoigne de la confiance qu’il avait eu en eux ; secondement, il donne la raison de cette confiance (verset 10) : Car Dieu n’est pas injuste.

I. Il dit donc : J’ai expliqué comment la terre qui ne produit que des ronces et des épines, etc... et pour que vous ne veniez pas à penser que je vous juge tels, (verset 9) : nous attendons de vous, Frères bien-aimés, à raison de votre foi et de votre charité, quelque chose de mieux, et plus en rapport avec votre salut. Saint Paul relève donc leur situation par deux considérations d’abord, en raison de ce qu’ils étaient autrefois. En effet, en disant : quelque chose de mieux, il suppose que l’état dans lequel ils étaient était bon ; et ensuite en raison de ce qu’ils espéraient pour l’avenir ; c’est ce qui lui fait dire : et plus en rapport avec votre salut ; (Rom., XIII, 11) : "Nous sommes plus proches de notre salut que quand nous avons commencé à croire." Car plus on avance dans le bien et plus on approche du salut. L’Apôtre dit ensuite (verset 9) : bien que nous parlions de la sorte, c’est-à-dire parce que, malgré que nous parlions ainsi, nous n’avons pas d’autre intention que de vous rendre vigilants, ce qui procède de noire charité ; (Psaume CXL, 6) : "Que le juste me reprenne et me corrige avec charité, etc..."

II° Quand saint Paul ajoute (verset 10) : Car Dieu n’est pas injuste pour oublier, etc..., il donne la raison de sa confiance. Elle est de deux sortes : l’une qui repose sur le bien qu’ils ont fait dans le passé ; l’autre, sur la promesse de Dieu (verset 13) : Car Dieu, [dans la promesse qu’il fit] à Abraham, etc... Et comme il avait dit deux choses : qu’il avait confiance en eux, et qu’il leur parlait avec sévérité, il donne d’abord la raison de la première, et ensuite celle de la seconde par ces paroles (verset 11) : Mais nous souhaitons, etc...

I. Or la raison qui le portait à avoir confiance en eux, c’est qu’il se souvient des bonnes oeuvres qu’ils ont autrefois pratiquées. Voilà pourquoi il dit (verset 9) : Or, nous attendons de vous, etc... Et pourquoi ? (verset 10) : C’est que Dieu n’est pas injuste pour oublier vos bonnes oeuvres.

On objecte ce qu’on lit au prophète Ezéchiel (XVIII, 24) : "Si le juste se détourne de la justice, etc..." et un peu après, on lit à la suite : "toutes les oeuvres de justice qu’il avait faites seront oubliées." Le prophète ajoute encore (verset 25) : "Après cela vous dites : La Voie du Seigneur n’est pas droite." Nous répondons que l’homme qui tombe après avoir reçu la grâce peut se trouver dans deux états distincts. D’abord, il peut persévérer dans le mal, et alors Dieu oublie toutes ses actions justes. Ensuite, il peut se relever, et alors Dieu se souvient de ses bonnes oeuvres précédentes qui lui sont comptées comme méritoires. C’est ce qui fait dire à la Glose que les oeuvres mortifiées revivent.

Toutefois, il reste une difficulté : c’est qu’il est certain que la justice envisage le mérite. Si donc la justice exige que Dieu n’oublie pas, si le pécheur se repent, comme dit la Glose, il y a donc mérite à se relever du péché, et le pécheur mérite de cette manière la grâce, ce qui est impossible. Il faut dire qu’il y a deux sortes de mérites : l’un qui s’appuie sur la justice ; et ce mérite est celui de « condignité », l’autre, qui ne s’appuie que sur la miséricorde ; on l’appelle de « congruité ». De ce dernier, on dit qu’il est juste de congruité, que celui qui a accompli beaucoup de bonnes oeuvres puisse mériter. C’est que la miséricorde s’unit en quelque sorte davantage à la justice dans celui qui n’a jamais agi autrement. C’est ainsi que Dieu n’oublie ni les oeuvres ni l’amour. Car c’est à la charité seule qu’est due la vie éternelle ; (Jean, XIV, 23) : "Si quelqu’un m'aime, il gardera ma parole." Tout ce qui ne procède pas de la charité n’est pas méritoire ; (I Corinth., XIII, 3) : "Si je n’avais pas la charité, tout cela ne me servirait de rien." Voilà pourquoi l’Apôtre ne dit pas ici seulement, de vos bonnes oeuvres, mais ajoute (verset 3) : et de la charité que vous avez témoignée, car, dit saint Grégoire, l’amour de Dieu n’est pas fantaisiste. Il opère de grandes choses, là où il est, et s’il refuse d’en opérer, ce n’est plus l’amour ; (I Jean, III, 18) : "N’aimons pas de parole ni de langue, mais par les oeuvres et en vérité." Aussi saint Paul ajoute-t-il (verset 10) : par les assistances que vous avez rendues en son nom ; (Coloss., III, 17) : "Quoi que vous fassiez, ou en parlant, ou en agissant, faites tout au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ, etc..." Il explique le bien qu’ils ont fait, et à l’égard de qui ils l’ont fait : que vous avez rendues aux saints, c’est-à-dire en subvenant à leurs nécessités ; (Matth., XX, 26) : "Que celui qui voudra être le plus grand parmi vous soit votre serviteur" ; (Rom., XII, 13) : "charitables pour soulager les nécessités des saints." Et parce qu’en toutes choses la persévérance est nécessaire, l’Apôtre ajoute (verset 10) : et que vous rendez encore. Si donc vous avez péché, Dieu, unissant sa miséricorde à sa justice, vous accordera votre pardon.

II. Quand saint Paul dit, ensuite (verset 11) : Mais nous souhaitons, il donne la raison qui l’avait porté à parler avec cette sorte de dureté, c’est le désir de leur salut. Premièrement donc il manifeste ce désir ; secondement il fait entrevoir le péril qui les menace (verset 12) : et que vous ne soyez pas lents ; troisièmement, il le signale par l'exemple (verset 12) : mais que vous vous rendiez les imitateurs.

1° Il dit donc : Si nous vous avons parlé ainsi, ce n’est pas que nous désespérions de vous, au contraire (verset 11) nous souhaitons que chacun, c’est-à-dire chacun de vous ; (Philipp., I, 8) : "Car Dieu m’est témoin avec quelle tendresse je vous aime tous dans les entrailles de Jésus-Christ". Que souhaitons-nous donc ? (verset 11) : C’est que chacun de vous fasse paraître jusqu’à la fin le même zèle, c’est-à-dire que vous vous montriez empressés de montrer par les oeuvres que vous pratiquerez, ce zèle pour le bien que toujours vous avez eu. On voit par là qu’il faut pratiquer avec empressement les oeuvres de la piété ; (Luc, X, 41) : "Marthe, Marthe, vous vous inquiétez, etc..." ; et de même pour votre propre salut ; (II Timothée II, 15) : "Mettez-vous en état de paraître devant Dieu comme un ministre digne de son approbation." Et dans quel but ? (verset 11) : afin que votre espérance soit accomplie, en d’autres termes, en accomplissant ce que vous avez commencé, vous obtiendrez ce que vous espérez ; (Rom., V, 5) : "Cette espérance ne trompe pas." Et cela (verset 11) : jusqu’à la fin. Car celui qui aura persévéré jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé.

2° Quand saint Paul dit ensuite (verset 12) : et que vous ne soyez pas lents, il signale le danger qui est la paresse, c'est-à-dire la lenteur, la crainte du bien à faire, à cause d’une sorte d’appréhension de ne pouvoir réussir ou d’avoir à s’en repentir ; (Prov., XXII, 13) : "Le paresseux dit : il y a un lion, là, sur le chemin." Les paresseux allèguent pour cette raison sans cesse des empêchements.

3° Quand enfin l’Apôtre dit (verset 12) : mais que vous vous rendiez les imitateurs, etc..., il cite un exemple, comme s’il disait : Ne vous laissez pas aller à la paresse, mais rendez-vous plutôt les imitateurs de l’exemple que vous voyez dans les prophètes ; (Jacques V, 10) : "Prenez pour exemple de cette patience, etc..." Saint Jacques ajoute "les prophètes," et dans les autres saints, c’est-à-dire les apôtres ; (I Corinth., XI, 1) : "Soyez mes imitateurs, comme moi-même je le suis de Jésus-Christ." Soyez donc les imitateurs de ceux qui par leur foi, sans laquelle il est impossible de plaire à Dieu (ci-après, XI, 6), et par leur patience dans l’adversité (verset 12) : sont devenus les héritiers des promesses. Car par la foi formée et par la patience on obtient l’héritage promis (ci-après XI, 33) : Les saints, par la foi, ont conquis les royaumes, etc...

Hébreux VI, 13 à 20 : La promesse faite à Abraham

SOMMAIRE : L’Apôtre dit que sa confiance s’appuie sur la promesse faite à leurs pères, dont Abraham fut le premier.

13. Car Dieu, dans la promesse qu'il fit à Abraham, n’ayant pas de plus grand que Lui par qui il parjurer, jura par Lui-même.

14. Et il lui dit ensuite : assurez-vous que je vous comblerai de bénédictions et que je multiplierai beaucoup votre race.

15. Et ainsi ayant attendu avec patience, il a obtint l’effet de ses promesses.

16. Car comme les hommes jurent par Celui qui est plus grand qu’eux et que le serment est la plus grande assurance qu’ils puissent donner pour terminer motifs les différends,

17. Dieu voulant aussi faire voir avec plus de certitude aux héritiers de la promesse, la fermeté immuable de sa résolution, a ajouté le serment de sa parole,

18. Afin qu’étant appuyés sur deux choses inébranlables, par lesquelles il est impossible que Dieu nous trompe, nous ayons une puissante consolation nous qui avons mis notre refuge dans la recherche et l’acquisition des biens qui nous sont proposés par l’espérance,

19. Laquelle sert à notre âme comme d’une ancre ferme et assurée qui pénètre jusqu’au sanctuaire qui est au-dedans du voile,

20. Où Jésus, comme précurseur, est entré pour nous, ayant été établi prêtre éternel selon l’ordre de Melchisédech.

Saint Paul, dans ce qui précède, a expliqué sur quel motif s’appuyait la confiance qu’il avait en eux : c’est à cause des bonnes œuvres qu’ils ont déjà faites. Il appuie ici cette confiance sur la promesse faite à leurs pères. Premièrement il rappelle la promesse ; secondement, il donne la raison de ce qu’il a dit (verset 16) : Car comme les hommes.

I° Sur le premier de ces points, il fait trois choses : D’abord il rappelle à qui la promesse a été faite ; ensuite il établit que le mode de cette promesse a été convenable (verset 13) : n’ayant pas de plus grand, etc... ; enfin il indique quel a été l’effet de cette promesse (verset 15) : et ainsi ayant obtenu avec une longue patience.

I. La promesse a été faite à Abraham (Galat., III, 16) : "Or les promesses ont été faites à Abraham, etc..." En voici la raison : c’est que par la foi adhérons à Dieu et nous obtenons l’accomplissement des promesses. En effet, c’est dans la personne d’Abraham que nous voyons le premier exemple de foi, car le premier il se sépare de la société des infidèles ; (Gen., XII, 1) : "Sortez de votre pays, etc..." Secondement, le premier il crut en « quelque chose » qui était au-dessus de la nature ; (Rom., IV, 18) : "Il crut contre toute espérance." C’est pour cela qu’il est dit dans la Genèse (XV, 6) : "Abraham crut à Dieu, et ce lui fut imputé à justice", car le premier aussi il reçut le sceau de la justice qu’il avait eu par la foi (Rom., IV, 11), c’est-à-dire la circoncision.

II. Le mode de la promesse comprend deux choses, d’abord le serment qui est intervenu ; ensuite les paroles mêmes de la promesse (verset 14) : Assurez-vous que je vous comblerai de bénédictions, etc...

1° Saint Paul dit donc : Dieu voulant montrer la fermeté et la stabilité de sa promesse, et (verset 13) : n’ayant personne de plus grand que lui par qui il pût jurer ; (Ps. CXII, 4) : "Le Seigneur est élevé au-dessus de toutes les nations, etc...", jura par lui-même ; (Gen., XXII, 16) : "Je jure par moi-même, dit le Seigneur, etc..." Nous avons ici un exemple que le serment n’est pas de soi une chose illicite, puisque l’Ecriture n’attribue rien à Dieu qui, de soi, ait le caractère de péché, car le but qu’elle se propose, c’est de nous diriger et de nous conduire à Dieu ; (Eph., V, 1) : "Soyez les imitateurs de Dieu, comme étant les enfants bien-aimés, etc..." Toutefois il est interdit de jurer fréquemment ; (Eccli., XXIII, 9) : "Que votre bouche ne s’accoutume pas au jurement, etc..." ; il est interdit également de jurer en vain ; (Ex., XX, 7) : "Vous ne prendrez pas en vain le nom du Seigneur votre Dieu."

2° Quand saint Paul dit ensuite (verset 14) : Assurez-vous que je vous comblerai de bénédictions, etc..., il explique le mode de la promesse : comme s’il disait : qu’on n’ajoute plus foi à ma parole, si je ne vous comble pas de bénédictions, en sorte que ce mode de promettre est comme appuyé sur l’exécution de la promesse même. L’Apôtre dit : si vous bénissant, ce qui indique les dons que Dieu veut faire : "Car c’est la bénédiction de Dieu qui fait les riches", comme il est dit au livre des Proverbes (X, 22). Et je multiplierai beaucoup votre race (verset 14), ce qui indique la multiplication de la race. L’une et l’autre choses furent promises à Abraham, ainsi qu’on le voit aux ch. XIV et XXV de la Genèse. L’Ecriture emploie la répétition en disant : Et bénissant je vous bénirai, pour exprimer les biens temporels et les biens spirituels, ainsi que la continuité de la bénédiction. Ou bien encore : Je vous bénirai de toute bénédiction, par la multitude d’une race sainte, qui, au ch. XV, 5 de la Genèse, est désignée par les étoiles du ciel : "Levez les yeux au ciel, et comptez les étoiles, si vous pouvez, etc..." Je vous multiplierai de toute multiplication, par le nombre des enfants de votre race, soit bonne, soit mauvaise, race qui dans ce même ch. XXII est comparée au sable des mers. Il y a encore ici répétition du mot « multiplier » pour indiquer le grand nombre de ces enfants bons ou mauvais ; ou encore à cause de cette multitude qui se succède. Ou bien : Je vous bénirai, en vous donnant les biens de la grâce ; Je vous multiplierai en vous donnant les biens de la gloire ; (Ps. XXX, 19) : "Combien est grande, Seigneur, l’abondance de votre douceur, etc..."

III. L’effet de la promesse consiste en ce qu’ayant ainsi attendu (verset 15) avec une grand patience, il a enfin obtenu cette promesse. La longanimité se manifeste non pas seulement en faisant quelque chose de grand, mais encore en attendant pendant un long intervalle. Or la promesse fut faite à Abraham, et cependant il ne posséda pas même un pouce de terrain dans cette terre qui lui était promise, comme il est dit aux Actes (VII, 5). Jusqu’à son extrême vieillesse il n’eut pas d’enfant; cependant il ne cessa pas d’espérer. (Jacq., V, 10) : "Prenez pour exemple de cette patience, frères, dans les maux et dans les afflictions, les prophètes, etc..." ; (Isaïe, M, 2) : "Jetez les yeux sur Abraham votre père, etc..."

II° En disant ensuite (verset 10) : Car comme les hommes jurent par celui qui est plus grand qu’eux, saint Paul donne la raison de ce qu’il vient de dire. D’abord il rappelle une coutume usitée parmi les hommes ; en second lieu, il donne la raison de cette coutume (verset 17) : Dieu voulant aussi faire voir avec plus de certitude ; troisièmement, il ajoute l’effet de cette raison (verset 18) : afin qu’étant appuyés sur deux choses inébranlables.

I. Or il y a deux sortes de coutumes humaines : l’une relative à ce par quoi l’on jure ; l’autre relative à l’effet du jurement (verset 16) : et que le serment est la plus grande assurance.

1° Ce par quoi l’on jure est plus grand, et cela avec raison. Jurer, ce n’est pas autre chose que confirmer ce qui est douteux. De même donc que dans les sciences rien ne se confirme que par ce qui est connu davantage, ainsi rien n’étant plus certain à l’égard des hommes que Dieu, c’est par lui, comme étant ce qu’il y a de plus grand et de plus certain, que se fait le serment.

On objecte que quelquefois on jure par le Fils, qui est moins grand, quand on dit : « par Jésus-Christ », quelquefois aussi par les créatures, comme lorsque Joseph jura par la vie de Pharaon (Gen., XLII, 15). Nous répondons. Il faut dire qu’il y a deux manières de jurer par Dieu : l’une par la simple attestation, par exemple quand on dit dans le sens absolu : « par Dieu il en est ainsi » ; c’est comme si l’on disait : Dieu m’est témoin que la chose se passe comme je vous le dis ; (Rom., I, 9): "Dieu, que je sers par mon esprit, m’est témoin." La seconde manière est de jurer par exécration, ce qui arrive quand on voue un objet à la vengeance de Dieu, si la chose n’est pas ainsi qu’on le dit, par exemple, sa tête, sa vie, ou quelque chose de semblable ; c’est ainsi que jura l’Apôtre (II Corinth., I, 23) : "Pour moi, je prends Dieu à témoin sur mon âme", comme s’il disait : Je voue mon âme pour ce que j’atteste, et pour cela j’invoque en témoignage le nom même de Dieu. Ce genre de serment est grave. Quant à la créature, quand on jure par elle, ce n’est pas en tant que créature, mais en tant qu’elle représente en elle comme un reflet de la puissance divine, car toute puissance vient de Dieu (Rom., XIII, 1). Quand donc un homme exerce quelque autorité sur une multitude, si on jure par lui, on jure par Dieu dont la puissance se reflète en cet homme. C’est ainsi que Joseph a juré par la vie de Pharaon. Tel est donc le sens de l’Apôtre quand il dit (verset 16) : Car comme les hommes jurent par celui qui est plus grand qu’eux.

Il faut ici se souvenir que l’on ne doit pas admettre à jurer ceux qui en d’autres circonstances se sont parjurés, parce qu’on est tenu de porter le plus grand respect au serment, et qu’on peut présumer à raison du passé, que ces parjures ne traitèrent pas le serment avec respect. Il ne faut  pas non plus forcer à jurer les enfants qui n’ont pas atteint l’age de la puberté, parce qu’ils n’ont pas encore l’usage parfait de la raison, sans laquelle ils ne sauraient rendre au serment le respect qui lui est dû. Il en est de même des personnes de grande dignité, parce qu’on exige le serment de ceux dont tes actions ou les paroles peuvent provoquer des doutes. Or ce serait manquer à des personnes de grande dignité, que de douter de la véracité de ses paroles. C’est de là que dans le Décret, quest. II, ch. IV, il est dit que le prêtre ne doit pas faire de serment en chose légère. Or voici les causes pour lesquelles il est permis de jurer : d’abord pour consolider la paix. C’est ainsi que jura Laban (Gen., XXXI, 44) ; secondement, pour sauvegarder sa réputation ; troisièmement pour assurer la fidélité, ainsi les feudataires le font-ils devant leur seigneur ; quatrièmement pour accomplir l’obéissance, si ce que commande le supérieur est légitime ; cinquièmement pour donner sécurité ; sixièmement, pour affirmer, la vérité. Ainsi jura l’Apôtre (Rom., I, 9) : "Dieu m’est témoin, etc..."

2° Quand saint Paul ajoute (verset 16) : et comme le serment est la plus grande assurance, etc..., saint Paul exprime l’effet du serment qui consiste en ce qu’il doit mettre fin à tous les différends. De même que dans les sciences, quand la solution est assurée jusqu’aux premiers principes susceptibles d’être démontrés, l’esprit s’arrête et se repose ; aussi est-il arrêté à l’égard de la loi divine, que quand on est arrivé à la vérité première, on est arrivé à un état définitif ; c’est ce qui a lieu quand la vérité elle-même est invoquée ; (Ex., XXII, 8) : "[Si le voleur ne se trouve pas, le maître de la maison] sera obligé de se présenter devant les dieux (les juges), et il jurera". Ainsi toute dispute s’apaise, ainsi on met fin à toutes les querelles.

II. En disant ensuite (verset 17) : Dieu voulant ainsi faire voir avec plus de certitude, , l’Apôtre donne la raison par laquelle Dieu voulut employer le serment : ce fut afin de montrer la stabilité de la promesse. Voilà pourquoi l’Apôtre dit (verset 17) : C’est en cela, c’est-à-dire dans ce dessein même que Dieu a employé le serment (verset 17), voulant aussi faire voir avec plus de certitude, etc..., car ce qu’il a promis était déjà une certitude ; la certitude fut plus grande quand il fit serment. Voulant, dis-je, montrer à ceux qui devaient être héritiers sa promesse, c’est-à-dire la chose promise ; (Rom., IX, 8) : "Ce sont les enfants de la promesse qui sont réputés les enfants" - montrer donc ce que la chose promise avait, dans sa résolution, de fermeté immuable. Il faut ici remarquer que dans ce qui procède de Dieu, il y a deux points à considérer : la réalisation des choses et la résolution de Dieu qui est la cause de cette réalisation. La résolution de Dieu est dans tous les cas immuable ; (Isaïe XLVI, 10) : "Toutes mes résolutions seront immuables et toutes mes volontés s’exécuteront " Mais la disposition des choses est fort sujette à mutation. Quelquefois Dieu détermine une chose ainsi que le demande l’ordre et la marche générale des événements : c’est ce qu’on voit au chapitre XXXI du prophète Isaïe (verset 1) : "Donnez ordre aux affaires de votre maison, car vous mourrez et vous n’en réchapperez pas," Le cours naturel de l’infirmité d’Ézéchias pouvait, en effet, amener la mort de ce prince. On lit de même au prophète Jonas (III, 4) : "Dans quarante jours encore Ninive sera détruite," parce que cette ville avait mérité sa ruine ; (Jérémie XVIII, 7) : "Quand j’aurai prononcé l’arrêt contre une nation et contre un royaume, pour le perdre et pour le détruire jusqu’à la racine, si cette nation fait pénitence des maux pour lesquels je l’avais menacée, je me repentirai aussi moi-même du mal que j’avais résolu de lui faire." Alors la prophétie est seulement comminatoire. Quelquefois aussi Dieu prononce une sentence en rapport avec l’éternelle durée de son existence, alors Dieu ne se repent jamais de ce qu’il a ainsi arrêté, et jamais il ne revient sur ce qu’il a ainsi arrêté ; (I Rois, XV, 29) : "Celui à qui le triomphe est dû dans Israël ne pardonnera pas et il demeurera inflexible, sans se repentir." Observez néanmoins que toutes les fois que Dieu promet une chose sous serment, cette prophétie est une prédestination, qui manifeste le décret divin ; une promesse de ce genre est entièrement immuable.

III. Quand saint Paul ajoute (verset 18) : afin qu’étant appuyés sur ces deux choses inébranlables, etc..., il fait voir le fruit de la promesse : premièrement, il explique quel est ce fruit ; secondement, quels sont ceux qui l’obtiennent (verset 19) : comme une ancre.

1° Ce fruit de la promesse, est de rendre notre espérance certaine, c’est pourquoi l’Apôtre dit (verset 18) : afin que nous ayons la très forte, en d’autres termes la très ferme consolation de l’espérance, étant appuyés sur ces deux choses inébranlables, par lesquelles il est impossible que Dieu nous trompe, c’est-à-dire sur Dieu, qui promet et qui ne ment pas ; (Nomb., XXIII, 19) : "Dieu n’est pas comme le fils de l’homme capable de mentir, malgré le serment, qui renferme la plus grande assurance de la vérité. Il faut observer ici que de même que la délectation sensible est l’expérience des choses sensibles, et la mémoire celle des choses passées, l’espérance donne celle des choses futures ; (I Macchabée II, 61) : "Tous ceux qui espèrent en Dieu ne s’affaiblissent pas" ; (Isaïe XL, 31) : "Ceux qui espèrent au Seigneur trouveront des forces toujours nouvelles ; ils prendront des ailes comme l’aigle ; ils courront sans se fatiguer, etc..." Afin donc que nous ayons, dis-je, cette consolation, nous qui avons mis notre refuge contre les maux qui viennent du monde par exemple, et contre les attaques de l’ennemi, dans les biens qui nous sont proposés par l’espérance ; (Ps. LXXXIX, 1) : "Seigneur, vous êtes devenu notre refuge" ; (Proverbes XVIII, 10) : "Le nom du Seigneur est une forteresse." Le juste y a recours, et il y trouve la gloire.

2° En disant ensuite (verset 19) : laquelle (espérance), comme une ancre, l’Apôtre montre que les fidèles obtiendront la réalisation de cette promesse. Il emploie pour cela une sorte de comparaison. Il compare donc l’espérance à l’ancre, et comme l’ancre maintient le navire au milieu de la mer, dans une sorte d'immobilité, de même l’espérance affermit l’âme en Dieu, au milieu de ce monde, qui est comme une mer ; (Ps. CIII, 25) : "Cette mer si grande, et dont les bras ont une si grande étendue." Toutefois l’ancre doit être solide, pour ne pas céder ; c’est pourquoi on la fait de fer ; (II Tim., I, 12) : "Je sais à qui je me suis confié, et je suis persuadé, etc..." Elle doit de plus être assurée afin de ne pas être rapidement séparée du navire ; c’est ainsi que l’homme doit être fixé à cette espérance, comme l’ancre est elle-même attachée au vaisseau. Mais il y a cette différence entre l’ancre et l’espérance, que la première est jetée au fond de la mer, tandis que la seconde est accrochée en haut, c’est-à-dire en Dieu. C’est que dans la vie présente, il n’y a rien d’assez solide, pour que l’âme puisse s’y affermir et s’y reposer. De là (Gen., VIII, 9) : il est dit que la colombe ne peut trouver "où mettre le pied." C’est aussi ce qui fait dire à saint Paul (verset 19) qu’elle pénètre jusqu’au dedans du voile. Il entend, en effet, par le sanctuaire, qui était dans le tabernacle, l’état présent de l’Eglise, tandis que par le Saint des saints qui était séparé du sanctuaire par un voile, il entend l’état de la gloire future. Il veut donc que l’ancre de notre espérance soit jetée dans la partie qui est encore maintenant voilée à nos regards ; (Isaïe LXIV, 4) : "L’œil n’a pas vu, hors vous seul, ô mon Dieu, ce que vous avez préparé à ceux qui vous attendent" ; (Ps. XXX, 19) : "Combien est grande, Seigneur, l’abondance que vous avez réservée à ceux qui vous craignent !" C’est là qu’a fixé l’ancre notre précurseur, qui est entré dans les cieux ; aussi est-il dit en saint Jean (XIV, 2) : "Je vais vous préparer une place" ; (Michée, II, 13) : "Celui qui doit leur ouvrir le chemin marchera devant eux." Voilà ce qui fait dire à saint Paul (verset 20) : que le Christ notre précurseur est entré pour nous jusqu'au dedans du voile, et qu’il y a fixé notre espérance, ainsi qu’il est dit dans la collecte, à la vigile et au jour de l’Ascension. Toutefois, parce qu’il n’était permis à personne d’entrer au dedans du voile, si ce n’est au Souverain Pontife (Lév., XVI, 2), l’Apôtre dit que Jésus qui est entré pour nous (verset 20) a été établi pontife éternel, selon l’ordre de Melchisédech. Tel est l’art avec lequel l’Apôtre revient à son dessein principal. Il avait, en effet, commencé à parler du sacerdoce, et il s’était beaucoup écarté de son sujet, mais il revient maintenant à son dessein, comme on le voit.

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