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Hébreux VIII, 10 à 13 : l’union de l’homme à Dieu

SOMMAIRE : L’Apôtre indique les effets les plus excellents du Nouveau Testament : l’union de l’homme à Dieu, la connaissance parfaite de Dieu et la rémission des péchés.

10. …Et je serai leur Dieu et ils seront mon peuple ;

11. Et chacun d’eux n’aura plus besoin d’enseigner son prochain et son frère, en disant : Connaissez le Seigneur ; parce que tous me connaîtront, depuis le plus petit jusqu’au plus grand.

12. Car je leur pardonnerai leurs iniquités, et je ne me souviendrai plus de leurs péchés.

13. Or, en appelant cette alliance une alliance nouvelle, il a montré que la première se passait et vieillissait. Or, ce qui passe et vieillit est proche de sa fin.

I° L’Apôtre après avoir décrit les conditions du Nouveau Testament, d’après la manière dont il a été donné, en explique ici trois effets. Le premier est la parfaite union de l’homme avec Dieu ; le second, la connaissance parfaite de Dieu (verset 11) : Et chacun d’eux n’aura plus besoin d’enseigner ; le troisième est la rémission des péchés (verset 12) : car je leur pardonnerai.

I. Sur le premier de ces effets, il faut savoir que pour que l’homme s’unisse à Dieu, le secours de la grâce divine lui est indispensable, car l’homme ne saurait s’élever jusqu’à cette union par sa propre force ; (Jér., XXXI, 3) : "Je vous ai aimée, ô fille de Sion, d’un amour éternel, je vous ai attirée à moi par la compassion que j’ai eue de vous." L’Apôtre exprime donc d’abord cette union du côté de Dieu ; ensuite du côté de l’homme (verset 10) : et ils seront mon peuple.

Il dit donc : et je serai leur Dieu. Par le nom de Dieu on entend la providence en général. Dieu se montre donc notre Dieu, quand il prend soin de nous et quand il attire à lui nos coeurs, ce qu’il fait particulièrement pour les justes.

De ce qu’il est leur Dieu, il s’ensuit ce second rapport, à savoir qu’eux-mêmes, ils seront son peuple, c’est-à-dire qu’ils se conduiront comme un peuple qui lui appartient. Car, ainsi que dit saint Augustin au livre II de la Cité de Dieu, ch. XXI : "le peuple est la réunion d’une multitude unie par le consentement au droit et par l’utilité commune." Quand donc on veut être soumis au droit réglé par la loi divine, afin de se rendre utile les uns aux autres et de tendre à Dieu, on devient alors le peuple de Dieu ; (Apoc., XXI, 3) : "ils seront son peuple, et Dieu demeurant lui-même au milieu d’eux sera leur Dieu."

II. Quand l’Apôtre dit ensuite (verset 11) : et chacun d’eux n’aura plus besoin d’enseigner, etc..., il explique le second effet du Nouveau Testament. Premièrement donc, il indique le signe de cet effet ; en second lieu l’effet lui-même (verset 11) : parce que tous me connaîtront, etc...

Le signe de la connaissance parfaite, c’est de n’avoir plus besoin d’un autre enseignement ; car l’enseignement c’est la voie de l’acquisition de la science ; l’enseignement cesse donc, dès qu’on possède la science dans sa perfection.

Est-ce que dans Nouveau Testament, l’un n’enseigne pas, tandis que les autres sont enseignés ? Il semblerait que non, d’après le texte que nous expliquons. Alors on objecte que l’Apôtre lui-même s’appelle le docteur des Gentils (I Tim., 2, 7) et (Eph. IV, 11) : "[les uns pour être prédicateurs de l’Évangile], les autres pasteurs et docteurs" ; (Rom., XII, 7) : "Que celui qui a reçu le don d’enseigner s’applique à enseigner." Il faut répondre que ce qui est dit ici peut s’entendre de deux manières. D’abord de l’état présent, et dans ce sens la parole de l’Apôtre ne se vérifie pas à l’égard de tous, mais seulement en ce qui concerne les premiers fondateurs du Nouveau Testament, c’est-à-dire les Apôtres, qui furent immédiatement instruits de Dieu quand il leur ouvrît l’esprit afin qu’ils entendent les Ecritures (Luc, XX, 45). Les Apôtres reçurent donc une connaissance parfaite, et ils ne furent pas instruits par d’autres que par Jésus-Christ qui leur communiqua simultanément la science infuse. D’un autre côté, on peut rapporter la parole de saint Paul à l'état de la patrie future, où nous sommes introduits par le Nouveau Testament, et non par l’Ancien, et alors ce qui est dit ici est vrai dans son sens universel.

On objecte que les bienheureux sont dans un état d’égalité avec les anges, et non pas plus grands qu’eux ; or, suivant saint Denys, il est des anges qui instruisent les autres anges en les éclairant ; les bienheureux peuvent donc instruire d’autres bienheureux. Il faut dire qu’il y a dans les bienheureux anges deux sortes de connaissances : l’une qui fait les bienheureux, c’est la connaissance de la divinité, connaissance qui seule donne la béatitude, comme dit saint Augustin : "Bienheureux celui qui vous connaît, etc..." (Confessions) ; l’autre qui appartient à tous les êtres distincts de la divinité, c’est celle de la nature des oeuvres de Dieu : à cette connaissance n’est pas attachée la béatitude. En ce qui est de la première sorte de connaissance, l’un n’enseigne pas l’autre ; parce que nul ne reçoit la béatitude par l’intermédiaire d’un autre ; tout la reçoivent immédiatement de Dieu ; (Ps. XXXV, 9) : "C’est dans votre lumière même que nous verrons la lumière". Quant à la seconde, qui consiste dans la manifestation de certains mystères, l’un peut instruire l’autre ; et il en sera ainsi peut-être jusqu’à la fin du monde, tant que durera l’exécution des oeuvres de Dieu. L’Apôtre le donne à entendre, quand il ajoute, en disant : connaissez le Seigneur, en d’autres termes, il ne reçoit plus d’un autre la connaissance de Dieu. Saint Paul dit (verset 11) : son prochain et son frère, parce que, bien que suivant saint Augustin, nous devions aimer, par le précepte de la charité, tous les hommes, si cependant nous ne pouvons pas faire du bien à tous, nous devons en faire de préférence à ceux qui nous sont unis ou par la nature, comme le sont nos parents que saint Paul appelle ici nos frères, ou par d’autres liens, qui constituent ce que saint Paul appelle le prochain.

Parce que (verset 11) "tous me connaîtront, depuis le plus petit jusqu’au plus grand." Voilà indiquée la cause pour laquelle nul n’aura besoin d’enseigner les autres, c’est que tous connaîtront le Seigneur ; (I Jean, III, 2) : "Nous le verrons tel qu’il est." C’est dans cette vision que consiste la béatitude ; (Jean XVII, 3) : "La vie éternelle consiste à vous connaître, vous qui êtes le seul Dieu véritable, etc..." ; (Jér., IX, 24) : "Que celui qui se glorifie, dit le Seigneur, mette sa gloire à me connaître et à savoir que…" Or, cette science, les bienheureux la reçoivent, non pas de quelqu’autre, mais de Dieu seul et de lui seulement ; (Isaïe, LIV, 13) : "Tous vos enfants seront instruits par le Seigneur." Ce que dit ici saint Paul (verset 11) depuis le plus petit, peut être entendu de deux manières. D’abord, en donnant le nom de plus grands, aux saints qui ont vécu les premiers. Le plus grand et le plus petit se prendraient ainsi suivant l’ordre du temps. Tous connaîtront donc, parce que chacun recevra son denier ; (Matth., XX, 9ss). Ou bien l’Apôtre dit ceci pour faire comprendre la différence des récompenses, parce que bien que tous connaissent, toutefois l’un connaîtra plus que l’autre ; (Matth., V, 19) : "Celui qui fera et qui enseignera sera grand dans le royaume des cieux." La récompense en effet, correspond au mérite ; et ceci est contre ceux qui prétendent que les châtiments et les mérites, quels qu’ils soient, sont égaux, et par conséquent qu’il n’y a pas de différence dans les récompenses. C’est contre eux qu’il est dit (I Corinth., XV, 41) : "Entre les étoiles, l’une est plus éclatante que l’autre."

III. Quand saint Paul ajoute (verset 12) : car je leur pardonnerai, etc..., il exprime le troisième effet du Nouveau Testament, la rémission du péché, que ne pouvait procurer l’Ancien Testament ; (ci-après X, 4) : Il est impossible que le sang des taureaux et des boucs ôte les péchés. L’Apôtre dit donc (verset 12) : je leur pardonnerai. L’iniquité et le péché diffèrent en ceci, que l’iniquité est opposée à la justice, qui dans le sens propre est toujours relative à autrui. Son nom lui vient donc de ce qu’elle est nuisible à un autre ; (Job., XXXV, 8) : "Votre iniquité peut nuire à un homme semblable à vous." On appelle du nom de péché tout défaut qui se rencontre dans nos actes, parce qu’il suppose un manquement à l’ordre. Ainsi donc l’iniquité est dirigé spécialement contre le prochain, et le péché contre soi-même ; et cela en restreignant les termes à leur juste valeur. Car dans le sens large, l’iniquité et le péché sont une seule et même chose. C’est dans ce sens que saint Paul dit (verset 12) : je leur pardonnerai leurs iniquités, c’est-à-dire dans le présent, en leur faisant rémission de la peine, et je ne me souviendrai plus de leurs péchés, c’est-à-dire en en tirant châtiment dans l’avenir ; (Ezéch., XVIII, 22) : "Je ne me souviendrai plus des iniquités qu’il avait commises" ; (Ps. LXXVIIII, 9) : "Pardonnez-nous nos péchés, etc..." et (verset 8) : "Ne vous souvenez pas de nos anciennes iniquités, etc..." ; (Rom., XI, 29) : "parce que les dons et la vocation de Dieu sont sans repentance," c’est-à-dire : Dieu ne repent pas d’avoir pardonné les péchés, en les punissant pour ainsi dire de nouveau.

II° Quand il dit enfin (verset 13) : en appelant cette alliance une alliance nouvelle, etc..., après avoir cité son autorité, il argumente avec elle, et voici le raisonnement qu’il fait : on ne donne le nom nouveau que par comparaison à ce qui est ancien ; et tout ce qui est appelé ancien fait entrevoir une fin qui n’est pas éloignée ; en appelant donc (verset 13) cette alliance du nom de nouvelle, il a montré que la première vieillissait, c’est-à-dire il a donné à entendre que cette alliance était ancienne : or ce qui se passe et vieillit est proche de sa fin ; si donc l’ancienne alliance est telle, elle doit être rejetée ; (Lév., XXVI, 10) : "Quand viendront les fruits nouveaux, vous rejetterez les vieux". Ainsi en appelant « Nouveau » le second Testament, il marque la cessation du premier. Or, à proprement parler, rien ne vieillit, si ce n’est ce qui dépend du temps : mais ce qui est soumis au temps, cesse avec le temps ; il est donc nécessaire que ce quelque chose d’ancien trouve sa fin. L’Apôtre dit : ce qui se passe, en parlant des choses inanimées, il dit : ce qui vieillit, pour ce qui est animé. II faut aussi observer que là où nous lisons (verset 12) : de leurs péchés, une autre version porte du péché, et alors il faut l’entendre du péché originel qui est commun à tous.

CHAPITRE IX : L'ancien sacerdoce, image du nouveau
Hébreux IX, 1 à 5 : L'ancien Temple et ses limites

SOMMAIRE : L’Apôtre décrit les conditions de l'ancien Testament et établit son imperfection par rapport au Nouveau.

1. Cette première alliance a eu aussi des lois et des règlements touchant le culte de Dieu et son sanctuaire terrestre.

2. Car dans le tabernacle qui fut dressé, il y avait une première partie où étaient le chandelier, la table et les pains de proposition ; et cette partie s’appelait le Saint.

3 Après le second voile, était le tabernacle, appelé le Saint des saints,

4. Où il y avait un encensoir d’or et l’Arche d’alliance toute couverte d’or, dans laquelle il y avait une urne d’or pleine de manne, la verge d'Aaron qui avait fleuri, et les deux tables de l’alliance.

5. Au-dessus de l’Arche, il y avait des chérubins pleins de gloire, qui couvraient le propitiatoire de leurs ailes ; mais ce n’est pas ici le lieu de parler de tout ceci en détail.

Saint Paul, dans ce qui précède, a établi, d’une manière générale, la dignité du Nouveau Testament par rapport à l’Ancien. Il continue la même démonstration d’une manière spéciale, en descendant dans les détails qui appartiennent à l’un et à l’autre Testament. Premièrement donc, il compare ce qui est du premier avec ce qui est du second, afin de faire ressortir la dignité de celui-ci. En second lieu, il éclaircit certains points qu’il avait supposés, au X° chapitre (verset 1) : Car la loi n’ayant que l’ombre des biens à venir. Sur le premier point il fait trois choses : D’abord il expose ce qui s’est passé dans l’Ancien Testament ; en second lieu, quelle en était la signification (verset 8) : le Saint Esprit nous montrant par là ; troisièmement, il tire argument de ce qu’il établi pour démontrer sa proposition (verset 15) : C’est pourquoi aussi il est le médiateur du Testament Nouveau. La première subdivision se partage encore. Premièrement, l’Apôtre décrit la condition de l’Ancien Testament ; secondement, il continue sa description (verset 2) : car dans le tabernacle qui fut dressé.

I° Sur la première partie, il faut savoir que tant le premier que le second Testament ont été institués, afin que par leur moyen l’âme s’approchât de Dieu. Or deux choses sont nécessaires pour cette fin ; à savoir, l’éloignement du péché et l’union avec Dieu. On s’éloigne du péché par la justification ; on s’unit à Dieu par la sanctification. Or, dans l’un et l’autre Testament, il y a justification et sanctification ; c’est ce qui fait dire à saint Paul, comme nous l’avons vu, que la première alliance vieillissait. Mais quelle était cette alliance vieillie ? Elle était telle qu’elle a eu des lois et des règlements touchant le culte de Dieu (verset 1), à savoir le culte de latrie, comme porte le texte grec. Il y eut, en effet, dans l’Ancien Testament, certaines ablutions au moyen desquels on se purifiait, non pas de la souillure du péché, mais de certaines irrégularités, qui faisaient pour eux obstacle à ce que demandait le culte de Dieu : par exemple, pour avoir touché le corps d’un homme mort ou de quelque chose d’impur, on ne pouvait plus entrer dans le tabernacle qu’après s’être purifié par quelques ablutions. Ces prescriptions étaient donc appelées des règlements pour le culte de Dieu, parce que par elles on devenait apte au culte divin. Il est parlé de ces choses au Lévitique (XXII, 3 à 16). Les justifications, c’est-à-dire les ablutions, dit saint Jérôme, après lesquelles on pouvait approcher, telle était cette sanctification. Il avait, dit saint Paul (verset 1) un sanctuaire terrestre. Le mot siècle se prend quelquefois pour toute sorte de durée ; (Ps. CX, 3) : "Sa louange subsiste dans tous les siècles" ; quelquefois il signifie ce monde ; (II Tim. IV, 9) : "Démas m’a abandonné, s’étant laissé emporter par l’amour du siècle." La sanctification donnée par l’Ancien Testament peut donc être appelée « séculaire », parce qu’elle était temporelle et non perpétuelle. Cependant le texte grec ne l’entend pas ainsi, car on y lit un sanctuaire « du monde ». Il y a donc entre le Nouveau Testament et l’Ancien cette différence, que quoique tous deux soient matériels, cependant le Nouveau contient la grâce et il est saint, car sous le voile des éléments visibles, la vertu de Dieu y opère secrètement le salut ; ce qui n’avait pas lieu dans l’Ancien Testament, parce qu’il ne renfermait pas en soi grâce ; (Gal., IV, 9) : "Comment retournez-vous à ces observances légales si défectueuses et si impuissantes ?"

II° Quand l’Apôtre dit ensuite (verset 2) : car dans le tabernacle, etc... il explique ce qu’il vient de dire. Et d’abord quant à la disposition du tabernacle ; ensuite, quant au ministère des prêtres (verset 6) : Or ces choses étant ainsi disposées, etc... Sur le premier de ces points, pour l’intelligence du texte, il faut se souvenir que le Seigneur avait ordonné dans le désert de faire un tabernacle qui devait avoir en longueur trente coudées ou pas et dix en largeur. L’entrée en était placée à l’Orient et devant elle pendait, sur quatre colonnes, un voile et une sorte de tente, dans laquelle était l’autel des holocaustes. Rien de ceci ne revient à la pensée de l’Apôtre, car il n’en fait aucunement mention. Mais dans le tabernacle, vers l’Occident, dans un espace de dix coudées de long, sur dix autres de large, un voile pendait, suspendu sur quatre colonnes, et il partageait un espace de dix coudées, d’un autre espace de vingt coudées. Or, ce dernier espace était appelé le Saint, et le premier tabernacle. Mais l’autre espace de dix coudées portait le nom de Saint des Saints ou second tabernacle. On peut entendre de deux manières cette distinction. D’abord en ce sens que tout ce qui eut lieu dans l’Ancien Testament fut la figure du Nouveau. Le Nouveau de son côté est aussi la figure de la céleste patrie. Ainsi donc par ce premier tabernacle on entendait l’Ancien Testament et par le second tabernacle, le Nouveau. Ensuite on peut encore entendre, par le premier tabernacle, l’Église dans la vie présente ; par le second tabernacle la gloire du ciel. Si donc ce tabernacle représente l’Ancien Testament, il est la figure de la figure. S’il représente l’Église présente, qui annonce elle-même la gloire future, il est la figure de la vérité, quant à l’une et à l’autre ; l’Apôtre fait donc ici deux choses : d’abord il décrit ce qui était dans le premier tabernacle ; en second lieu, ce qui était dans le second (verset 3) : Après le second voile.

I. Or, dans le premier tabernacle, il y avait trois choses, à savoir, au midi, le chandelier d’or qui était fait ainsi : d’une tige longue et unique sortaient six branches qui étaient en quelque sorte comme six bras, trois à droite et trois à gauche. Il y avait ainsi au sommet sept rameaux, et sur chacun d’eux était une lampe qui brûlait. De plus, à chaque branche il y avait la tige qui était comme formée de trois parties, à savoir les coupes, les petites sphères et les lys. [Le mot latin « petiis », introuvable dans les dictionnaires, n’est pas traduit par l’Abbé Bralé]. Là se joignaient deux parties, et à l’extrémité de chaque partie il y avait comme une petite coupe, et ces deux coupes se réunissaient en forme de noix, puis les deux petites sphères entortillées et comme deux feuilles de lys, une de chaque côté. Dans la partie du nord, était la table d’or, en forme d’autel, sur laquelle on déposait le jour du sabbat douze pains encore chauds, et sur chacun d’eux de l’encens pur, dans une patène d’or évasée. Ces pains, qu’on appelait de proposition, demeuraient sur l’autel jusqu’au jour du sabbat où on devait les enlever pour en mettre d’autres à leur place. De plus, dans le milieu, était un autel d’or, sur lequel on brûlait un encens d’agréable odeur, à la lettre, afin que la maison de Dieu ne fût pas infectée par le sang des nombreuses victimes immolées. Par le chandelier qui éclaire et par la table, on faisait entendre, à la lettre, que celui qui sert à l’autel doit vivre de l’autel. L’Apôtre dit donc (verset 2) : le premier tabernacle, c’est-à-dire la partie intérieure du tabernacle avait été préparée, et on y trouvait les chandeliers, uniques quant à leur substance, multiple quant à leurs rameaux, au midi ; et la table, au nord ; et la proposition des pains, c’est-à-dire les pains de proposition, par hypallage, comme l’on dit la flûte a parlé par ses trous. Cette partie s’appelait le Saint. Tout ceci est expliqué avec étendue aux ch. XXV, XXII et XXVII de l’Exode.

II. Quand l’Apôtre ajoute (verset 3) :

Après le second voile, etc..., il explique ce qui se trouvait dans le second tabernacle, à savoir (verset 1): l’arche d’alliance, faite de bois de Sétim incorruptible et toute entière couverte d’or, c’est-à-dire tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Or, l’arche renfermait une urne d’or, pleine de manne, en mémoire de ce bienfait accordé aux Hébreux. (Exode, XVI, 32ss), la verge d’Aaron qui avait fleuri" (Nombres, XVII, 10), en souvenir du sacerdoce d’Aaron, et pour qu’aucun étranger n’eût la témérité de s’y ingérer, et les tables de l’alliance (Exode, XXV, 21), en mémoire de la loi ; il y avait aussi sur l’arche deux chérubins qui se touchaient chacun d’une aile, et qui des deux autres, couvraient les côtés du tabernacle. Entre les deux ailes par lesquelles ils se touchaient, était une table d’or de la même longueur et de la même largeur que l’arche, de deux coudées de longueur et d’une coudée et demie de largeur, qui était plus élevée et qui était appelée le propitiatoire. Elle était donc comme le trône d’où Dieu entendait les supplications pour être propice à son peuple ; (Ps. LXXIX, 2) : "Vous qui êtes assis sur les chérubins, etc..." L’arche était comme l’escabeau de ses pieds. Les deux chérubins, la face tournée l’un vers l’autre, regardaient le propitiatoire. L’Apôtre ajoute ici un quatrième objet, un encensoir d’or, qui suivant quelques-uns est l’autel placé dans le Saint, comme il a été dit. Dans ce Saint placé à l’extérieur, les prêtres entraient tous les jours pour la célébration des cérémonies sacrées, mais dans ce Saint des Saints, le grand prêtre n’entrait qu’une fois l’année, avec le sang des victimes, et alors il emplissait cet encensoir de parfums, en sorte que la fumée en s’élevant fumait comme une nuée qui couvrait le Saint des Saints, et le dérobait aux regards de ceux qui étaient au dehors. Voilà donc ce qui était derrière le second voile, appelé le Saint des Saints à cause de sa dignité, comme on dit par antonomase vierge des vierges ; il y avait (verset 1) un encensoir d’or, l’arche de l’alliance toute couverte d’or dans la quelle étaient une urne, etc..., et (verset 5) au-dessus de l’arche, non qu’ils eussent des pieds, mais des ailes seulement, il y avait des chérubins de gloire, c’est-à-dire faits de manière à paraître pleins de gloire, qui couvraient le propitiatoire de leurs ailes. Mais ce n’est pas ici le lieu d’en parler, c’est-à-dire d’en discourir plus longtemps, en allant jusque dans les détails.

On objecte qu’il est dit au troisième livre des Rois (VIII, 9) que dans l’arche se trouvent seulement deux tables. Je réponds. Il faut dire qu’il en est ainsi, quant à l’intention principale, car l’arche fut spécialement disposée pour cette fin, ainsi qu’on le voit au ch. XXV, 21 de l’Exode. Quel était donc le sens de ce qui vient d’être représenté ? Il faut se rappeler que toutes les cérémonies de la loi avaient un but pratique, en rapport avec l’état du moment ; mais elles en avaient un second, en tant qu’elles étaient figuratives, c’est-à-dire destinées à représenter Jésus-Christ. Quant à la première de ces fins, elles avaient toutes été instituées pour représenter la magnificence de Dieu. Or cette magnificence ne pouvait être ainsi représentée que dans ses effets. Ces effets, de leur côté, embrassent comme deux mondes distincts, l’un supérieur, c’est-à-dire celui qui appartient aux substances incor-porelles, et le monde était représenté par le Saint des Saints ; l’autre qui est celui du monde inférieur et sensible ; ce monde était représenté par le Saint. Or dans le monde supérieur, nous trouvons Dieu, les raisons des choses, et les anges. Dieu est entièrement incompréhensible, et pour cette raison le trône restait sans que personne y fût assis, parce que Dieu ne saurait être compris par la créature autrement que par ses actions. Ce trône était le propitiatoire, comme nous l’avons dit. Les anges sont représentés par les chérubins, cause de leur sagesse ; c’est de là que les philosophes appellent les anges des substances intellectuelles. Ils étaient deux, pour faire comprendre qu’ils n’étaient pas placés là pour recevoir l’honneur, puisqu’il avait été dit aux Hébreux (Deutér., VI, 4) : "Ecoutez, Israël, le Seigneur votre Dieu est le seul et unique Seigneur." Ils regardent le propitiatoire pour marquer qu’ils ne cessent jamais de contempler Dieu (Matth., XVIII, 10) : "Leurs anges, dans le ciel, voient sans cesse la face de mon Père, etc..." Les raisons des choses sont représentées par l’arche. Quant aux choses qui sont en ce monde, ou elles appartiennent à la sagesse qui est représentée par les tables ; ou à la puissance, qui est représentée par la verge ; ou à la bonté, qui l’est par la manne, qui était pleine de douceur, parce que tout ce qu’il y a de douceur dans la créature vient de la bonté de Dieu. Mais comme les raisons des choses, qui sont intellec-tuellement en Dieu, sont par des formes sensibles dans les créatures corporelles, ainsi, de même que les tables reflétaient la lumière intellectuelle, dans le Saint brillait aussi la lumière matérielle. Là se trouvaient la manne, là les pains, là la verge, là l’autel, toutes choses qui se rapportent au ministère du prêtre.

Mais en ce qu’elles étaient la figure du Christ, nous les retrouvons toutes en lui. Et d’abord celles qui se trouvaient dans le Saint. Jésus-Christ, en effet, est lui-même le chandelier resplendissant de lumière ; (Jean, VIII, 12) : "Je suis la lumière du monde." Il y a en lui six ordres, trois à gauche, à savoir les parfaits de l’Ancien Testament, et trois à droite, ce sont ceux du Nouveau. Ils sont désignés au ch. XIV, 14 d’Ezéchiel : par Noé les supérieurs spirituels ; par Daniel les contemplatifs ; par Job, ceux qui suivaient la vie active. Ces tiges reçoivent la lumière, ils en sont les canaux, parce que, comme il est dit (I Pierre, IV, 10) : "chacun rend service aux autres suivant la grâce qu’il a reçue." Les coupes nous présentent à boire la sagesse ; les sphères désignent la promptitude de l’obéissance ; les lys, la fin qui nous est proposée : la vie éternelle ; les sept lampes, sont les sept dons du Saint-Esprit. Le Christ lui-même est la table du céleste banquet ; les douze pains sont la doctrine des douze apôtres et de leurs successeurs, qui s’avancent d’un sabbat d’espérance à un autre sabbat d’ espérance parce que quand l’un meurt, de temps à autre, un autre lui succède ; mais au suprême sabbat tous disparaissent. Dans la partie intérieure, était le propitiatoire ; or le Christ est la victime propitiatoire pour nos péchés ; (I Jean, II, 2). Les deux anges sont les deux Testaments, qui s’accordent à regarder Jésus-Christ, ou tous les anges qui servent le Christ, dans une concorde parfaite et d’une volonté unanime ; (Matth., IV, 11) : "Aussitôt les anges s’approchèrent de lui et le servirent" ; (Dan., VII, 10) : "mille millions d’anges l’assistaient" ; (ci-dessus, I, 14) : "Ne sont-ils pas tous des esprits qui tiennent lieu de ministres ? " Ils désirent voir le Christ (I Pierre I, 12). Ils couvrent le propitiatoire, c’est-à-dire, ils gardent l’Eglise du Christ. Ou bien encore, c’est que par leur ministère avaient lieu les visions et les apparitions qui, sous des ombres, figuraient le Christ. L’arche de bois de Sétim, toute couverte d’or, c’est la chair pure et très précieuse du Christ, qui est aussi appelée une urne d’or, à cause de la sagesse pleine de douceur de la divinité. Les tables sont sa sagesse ; la verge est son sacerdoce, dont la durée est éternelle, ou la puissance du Christ : La manne représente la douceur de la grâce qui est donnée par le sacerdoce du Christ, ou par l’obéissance aux commandements, ainsi que l’homme obéit à la puissance. Mais comme qui que ce soit ne reçoit la grâce que s’il est sans péché, à l’exception de Jésus-Christ et de sa mère, il est nécessaire pour cette raison qu’il y ait un propitiatoire. Il faut observer que la Glose donne sur ce passage assez longuement ces mêmes interprétations.

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