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CHAPITRE VIII : La Loi nouvelle du Christ
Hébreux VIII, 1 à 4 : Le Christ n'est pas ministre de la Loi

SOMMAIRE : Saint Paul continue de prouver la prééminence du sacerdoce du Christ, en ce qu'il n'a pas été ministre de la Loi.

1. Tout ce que nous venons de dire se réduit à ceci que le pontife que nous avons est si grand, qu’il est assis dans le ciel à droite du trône de la souveraine Majesté,

2. Etant le ministre du sanctuaire et de ce véritable tabernacle que Dieu a dressé, et non pas un homme.

3. Car tout pontife est établi pour offrir à Dieu des dons et des victimes. C'est pourquoi il est nécessaire que celui-ci ait aussi quelque chose qu’il puisse offrir.

4. Si donc il n’avait dû être prêtre que sur la terre, il n’aurait pas du tout été prêtre, en ayant déjà pour offrir des dons selon la loi,

5. Et qui rendent en effet à Dieu le culte qui consiste en des figures et des ombres des choses du ciel, ainsi qu’il fut dit à Moïse, lorsqu’il devait dresser le tabernacle : Ayez soin de faire tout selon le modèle qui vous a été montré sur la montagne.

L’Apôtre, dans ce qui précède, a établi la prééminence du sacerdoce du Christ sur le sacerdoce lévitique, du côté de la personne ; il l’établit ici du côté du sacerdoce lui-même. Premièrement donc, il prouve que le sacerdoce du Christ est plus excellent que le sacerdoce de l’ancienne loi il donne sa preuve d’une manière générale ; secondement, il la donne d’une manière spéciale (IX, I) : La première alliance a eu…La première partie se subdivise. L’Apôtre énonce d’abord ce qu’il veut établir, en second lieu il développe sa proposition (verset 3) : Car tout pontife…

I° Dans la première subdivision, premièrement il explique la manière de transmettre son enseignement ; secondement, il indique ce qui est à transmettre (verset 1) : Le pontife que nous avons est si grand, etc…

I. Il dit donc (verset 1) : Le sommaire, etc... Le sommaire est une récapitulation succincte, renfermant plusieurs choses. Son nom latin lui vient de « tête », car de même que dans la tête se trouve renfermé virtuellement et comme en abrégé tout le corps, ainsi le sommaire contient tout ce qui doit être dit. Nous ferons donc comme une sorte d’abrégé et comme un court « sommaire », sur ce qui est expliqué. Cette expression « sur » peut marquer quelque chose qu’on ajoute, et alors le sens sera : Ce qui va être dit sommairement doit s’ajouter à ce qui précède. Ou indiquer comme un excédant, et alors le sens serait : Ce qui doit être dit sommairement et dans cet abrégé est encore plus grand.

II. Quand saint Paul ajoute (verset 1) : C’est que le pontife que nous avons est si grand, etc... il indique comme d’avance ce qu’il doit dire, et d’abord la dignité du sacerdoce du Christ ; en second lieu son office (verset 2) : étant le ministre du sanctuaire.

1° Sa dignité, c’est que (verset 1) : Le pontife que nous avons est si grand, qu’il est assis dans le ciel à la droite du trône de la Majesté divine. Ce trône, c’est la Puissance judiciaire qui appartient à quelques-uns comme ministres de Dieu, par exemple, à tous les rois, car "tous les rois de la terre l’adorent," comme il est dit au psaume LXXI, 11, comme aussi à tous les supérieurs spirituels (l Corinth., IV, 1) : "Que les hommes nous considèrent comme les ministres du Christ." Le trône de la Majesté est donc la Puissance suprême de juger. De plus, la droite, dans l’être animé, est la partie la plus puissante : elle marque les biens spirituels. Le Christ ayant donc la puissance de juger, on dit ici qu’il est assis, car le Père a donné à son Fils tout pouvoir de juger (Jean, V, 22). Or, comme après Dieu, il a ce pouvoir de la manière la plus excellente (verset 1), il est assis dans le ciel à la droite du trône de la Majesté divine, c'est-à-dire il dispose de ses biens les plus excellents ; (ci-dessus, I, 3) : Il est assis au plus haut des cieux, à la droite de la Majesté de Dieu. Ce mot « s’asseoir », ou « il s’assied », peut se rapporter au Christ en tant qu’il est Dieu ; en cette qualité il est assis, parce qu’il a le même pouvoir de juger que son Père, mais il est distinct quant à la personne, en sorte que cette expression "de la Majesté," est prise ici pour la personne du Père. Ou en tant qu’il est homme, et cette interprétation convient mieux à la pensée de l’Apôtre parce qu’il traite du sacerdoce du Christ, qui est pontife comme homme. Il s’assied donc en qualité d’homme, parce que la nature humaine qu’il s’est unie a comme une sorte de association avec la divinité et prend place avec elle pour juger ; (Ps. VIII, 1) : "Votre magnificence est élevée au-dessus des cieux" ; (Jean, V, 27) : "Et il lui a donné le pouvoir de juger, parce qu’il est Fils de l’homme." Ainsi se manifeste la dignité du prêtre.

2° Quand saint Paul dit à la suite (verset 2) : étant le ministre du sanctuaire, il manifeste la dignité de l’office que remplit Jésus-Christ. Le Christ est appelé ministre des choses saintes, c’est-à-dire des édifices sacrés, des sanctuaires. Les anciens ministres étaient revêtus du ministère, afin de garder les choses saintes et de servir au tabernacle. Or le Christ remplit cette fonction d’une manière particulièrement excellente, lui qui est aussi ministre, non pas comme Dieu à la vérité, car à ce titre il est auteur du ministère, mais comme homme ; (Luc, XII, 37) : "Il les fera mettre à table et viendra les servir." La nature humaine, dans le Christ, est donc comme l’organe de la divinité. Il est donc Lui le ministre du sanctuaire, parce qu’il confère dans le temps présent les sacrements de la grâce, et dans le temps à venir ceux de la gloire. De plus, il est le ministre (verset 2) du tabernacle véritable, qui n’est autre que l'Eglise militante ; (Ps. LXXXIII, 1) : "Seigneur, Dieu des armées, que vos tabernacles sont admirables!" ou l’Eglise triomphante (Isaïe XXXIII, 20) : "Une tente qui ne sera pas transportée ailleurs" ; (Ps. XIV, 1) : "Seigneur, qui demeurera dans votre tabernacle ?, etc..." Or le Christ comme homme est ministre, parce que tous les biens de la gloire sont dispensés par lui. L’Apôtre dit : du tabernacle véritable, pour deux raisons : Premièrement, à cause de la différence qui existe entre le véritable tabernacle et l’ancien tabernacle qui n’était que figuratif relativement au véritable ; (I Corinth., X, 11) : "Or toutes ces choses qui leur arrivaient étaient des figures." Celui-ci, à son tour, est la vérité du premier. Ce tabernacle est donc véritable, c’est-à-dire il contient la vérité, par rapport à la figure. En second lieu, parce que le premier tabernacle a été fait de main d’homme, tandis que le second, c’est-à-dire celui de la grâce ou celui de la gloire, a été fait par Dieu seul ; (Ps. LXXXIII, 12) : "Et le Seigneur donnera la grâce et la gloire" ; (Rom., VI, 23) : "La grâce de Dieu, c’est la vie éternelle !" C’est ce qui fait dire à saint Paul (verset 2) : "[De ce tabernacle véritable] que Dieu a dressé, et non pas un homme" ; (II Corinth., V, 1) : "Nous savons que si cette maison de terre où nous habitons, vient à se dissoudre, Dieu nous donnera dans le ciel une autre maison, une maison qui ne sera pas faite par la main des hommes et qui durera éter-nellement."

II° Quand l’Apôtre ajoute (verset 3) : Car tout pontife etc..., il explique d’une manière spéciale comment le sacerdoce du Christ est plus excellent. Premièrement donc, il établit que le Christ est ministre de certaines choses saintes ; en second lieu, qu’il n’est pas ministre de l’Ancien Testament (verset 1) : Car si c’était sur la terre ; troisièmement qu’il est ministre de choses plus excellentes (verset 6) : Mais il a obtenu un ministère d’autant plus excellent, etc...

I. L’Apôtre fait donc d’abord ce raisonnement (verset 3) : Tout pontife est établi pour offrir des dons et des victimes ; et c’est en raison de ces fonctions qu’il est appelé ministre du sanctuaire. Or le Christ est pontife, comme nous l’avons vu plus haut. Il est nécessaire que le Christ ait quelque chose qu’il puisse offrir ; (ci-dessus V, 1) : Car tout pontife est pris d’entre les hommes, etc... Les victimes se prennent parmi les animaux ; les dons, parmi n’importe quels objets ; (Lévitiq., XXI, 6) : "Ils (les prêtres) présentent l’encens du Seigneur, et ils offrent les pains de leur Dieu." Comme il était donc nécessaire que le Christ eût de quoi offrir, il s’est offert lui-même. Or cette oblation était pure, car sa chair ne connut jamais aucune tache du péché ; (Ex., XII, 5) : "Cet agneau sera sans tache ; ce sera un mâle et il sera de l’année" ; elle était convenable, car il était dans les convenance que l’homme pût satisfaire pour l’homme ; (ci-après, IX, 14) : Il s’est offert lui-même Dieu comme une oblation sans tache ; elle était apte à être immolée, car la chair du Christ était accessible à la mort ; (Rom., VIII, 3) : "Dieu ayant envoyé son propre Fils revêtu d’une chair semblable à celle qui est sujette au péché". Celui qui l’offre est le même que celui à qui on l’offre ; (Jean, X, 30) : "Mon Père moi, nous ne sommes qu’un" ; enfin elle unit à Dieu ceux pour lesquels elle est offerte ; (Jean, XVII, 21) : "afin que tous ensemble ne soient qu’un, comme vous, Père, êtes en moi, et moi en vous, de même ils ne soient qu’un en nous."

II. En ajoutant (verset 1) : Car si c’était sur la terre, saint Paul prouve que le Christ n’est pas le ministre des choses de la loi ; premièrement donc, il énonce certaine conséquence ; en second lieu, il exprime la raison dont elle est déduite (verset 1) : Y en ayant déjà d’établis ; troisièmement il la prouve par voie d’autorité (verset 5) : ainsi qu’il fut dit à Moïse.

1° La conséquence est celle-ci (verset 1) : Car si c’était sur la terre, voilà l’antécédent, il n’aurait pas du tout été prêtre, c’est là le conséquent. Cette conséquence est donc une conditionnelle. On lit ce verset de plusieurs manières : D’abord ainsi, d’après la Glose, en ne mettant pas de nominatif, et alors voici comment on explique : si en effet ce qui est ici offert était sur la terre, etc... ; ce qu’on peut entendre de deux manières : premièrement si ce qui est offert était quelque chose de terrestre, le Christ ne serait pas prêtre, en d’autres termes, il n’y aurait pas de nécessité que son sacerdoce fût établi, car il y en aurait beaucoup de capables de faire des offrandes semblables.

La chair du Christ n’était-elle donc pas terrestre ? Il faut répondre que matériellement elle est telle (Job, IX, 24) : "La terre est livrée entre les mains de l’impie." Cependant on ne la dit pas telle, d’abord, en raison de celui à qui elle est unie ; (Jean, III, 31) : "Celui qui est venu du ciel est au-dessus de tous," c’est-à-dire le Fils de Dieu qui s’est uni cette chair ; ensuite en raison de sa vertu active, c’est-à-dire de l’Esprit Saint qui l’a formée ; en raison encore des avantages qu’elle procure, car l’oblation qui en a été faite n’a pas pour but d’obtenir quelque chose de terrestre, mais quelque chose de céleste ; (Jean, VIII, 23) : "Vous êtes de ce monde, et moi je ne suis pas de ce monde." Telle est la première explication et la meilleure.

Voici la seconde : Bien que, c’est-à-dire quoique ce qui est offert soit sur la terre, comme il est nécessaire que l’on offre quelque chose, le Christ ou tout autre, ne serait pas le prêtre nécessaire, car on ne pourrait trouver personne de capable pour faire cette offrande. Il y a trois autres manières de lire ce passage, en sous-entendant offrant. D’abord en donnant ce sens général : s’il y avait sur la terre un autre prêtre qui pût offrir pour les choses célestes, le Christ ne serait pas prêtre ; ensuite en entendant le passage spécialement du Christ, de cette manière : si le Christ était prêtre pour la terre, le droit du sacerdoce ne lui reviendrait plus, puisque déjà un sacerdoce avait été établi pour offrir des dons selon la loi. Enfin, en donnant le sens suivant : si le Christ était encore sur la terre, en sorte qu’il ne fût pas monté aux cieux, il ne serait pas prêtre, parce qu’il n’aurait pas rempli complètement son sacerdoce.

2° Suivant la première expression, on continue le texte ainsi (verset 1) et l’Apôtre prouve qu’il y avait déjà un grand nombre de prêtres établis pour offrir, selon la loi, des dons semblables, à savoir, les prêtres qui (verset 5) : exercent le culte qui consiste en des figures et des ombres des choses du ciel. Les sacrements du culte de la loi furent, en effet, les figures des autres (c'est-à-dire) du Testament Nouveau, en deux points surtout : la connaissance et l’accomplissement des choses. Premièrement, quant à la connaissance, l’Apôtre dit : l’exemplaire, parce que dans l’ancienne loi on pouvait lire, comme dans une sorte d’exemplaire, les vérités auxquelles notre connaissance doit s’élever.

Ne semble t-il pas cependant que l’Apôtre ne s’exprime pas avec justesse ? L’exemplaire est antérieur à l’objet qu’il évoque, objet qu’on pourrait appeler avec justesse « exemple ». Or les choses célestes ont la priorité et n’ont pas été faites à la similitude de la loi ; c’est tout le contraire. Il faut dire qu’on peut prendre en deux sens le mot « antérieur ». D’abord dans un sens absolu : et alors l’objection porte ; ensuite par rapport à nous : et alors il est vrai de dire que les choses du ciel ne sont pas antérieures.

Deuxièmement, quant à l’accomplissement, l’Apôtre dit : l’ombre, parce que, de même que l’ombre représente le corps et pourtant ne le touche pas, les sacrements de l’ancienne loi représentent de la même manière le Testament Nouveau ; (ci-après, X, 1) : La loi n’ayant que l’ombre des biens à venir, etc...

3° L’Apôtre prouve ensuite, par voie d’autorité, la légitimité de sa conséquence quand il dit (verset 5) : ainsi qu’il fut dit à Moïse, par le Seigneur, (Ex., XXV, 40) : "Voyez," c’est-à-dire considérez avec attention, et faites toutes choses selon le modèle, etc..." Les choses inférieures rendent, en effet, naturellement, à reproduire les supérieures. Car le Seigneur a voulu nous conduire comme par la main, au moyen des choses sensibles, aux choses intelligibles et spirituelles ; (Job, XXXVIII, 33) : "Savez-vous l’ordre et les mouvements du ciel ? Et, sur la terre, en rendrez-vous bien la raison ? etc..."

Hébreux VIII, 6 à 10 : Le culte du Christ

SOMMAIRE : Que le Christ a été ministre d’un culte plus relevé que celui de la loi ; et quelles sont les conditions du Nouveau Testament.

6. Au lieu que le nôtre a reçu une sacrificature d’autant plus excellente, qu’il est le médiateur d’une meilleure alliance, et qui est établie sur de meilleures promesses.

7. Car s’il n’y avait eu rien de défectueux à la première alliance, il n’y aurait pas eu lieu d’y en substituer une seconde,

8. Et cependant Dieu parle ainsi en blâmant ceux à qui la première avait été donnée. Il viendra un temps, dit le Seigneur, auquel je ferai une nouvelle alliance avec la maison d’Israël et avec la maison de Juda.

9. Non selon l’alliance que j’ai faite avec leurs pères au jour que je les pris par la main pour les faire sortir de l’Egypte; car ils ne sont pas demeurés dans cette alliance que j’avais faite avec eux: et c’est pourquoi je les ai méprisés, dit le Seigneur.

10. Mais voici l’alliance que je ferai avec la maison d’Israël, après que ce temps-là sera venu, dit le Seigneur: j’imprimerai mes lois dans leur esprit, et je les écrirai dans leur coeur...

L’Apôtre a prouvé plus haut que le Christ était pontife et par conséquent ministre des choses sacrées qui pourtant n’appartiennent pas à l’ancienne loi. Il établit ici que les choses dont le Christ est ministre sont et plus grandes et plus excellentes que celles du premier Testament. Premièrement donc, il énonce ce qu’il veut prouver ; secondement, il en indique la cause (verset 6) : d’autant plus qu’il est le médiateur d’un Testament nouveau ; troisièmement, il donne la preuve (verset 7) : Car s’il n’y avait rien eu.

I° Il dit donc : Je dis que ce qu’aura offert n’est pas de la terre (verset 6), mais maintenant, c’est-à-dire au temps de la grâce, il a obtenu, c’est-à-dire il a eu en héritage, un meilleur ministère, c’est-à-dire un plus digne sacerdoce. Le sacerdoce du Christ est appelé un ministère, parce qu’il lui a été donné comme homme ; (Rom., XV, 8) : "Je déclare que Jésus-Christ a été le ministre cérémoniel, etc..." L’Apôtre dit : il a obtenu, c’est-à-dire il a reçu en héritage, parce que ce qui est possédé à ce titre est attendu du Seigneur ; (Ps. XXX, 15) : "Mon sort est entre vos mains." C’est pour cette raison que tout ce qui se fait d’après la disposition de la volonté de Dieu, nous disons que cela nous est donné par héritage ; tels sont les effets de la grâce ; (Eph., I, 11) : "C’est en lui (Jésus-Christ) que l’héritage nous est échu comme par sort," c’est-à-dire par l’élection divine ; parce que, quand le jugement des hommes vient à défaillir, les hommes s’en remettent ordinairement à l’élection et à la disposition divine, et alors ils jettent le sort, comme il est rapporté au ch. I des Actes, 26, lors de l’élection de Matthias. C’est de là qu’il est dit au livre des Proverbes (XVI, 33) : "Les billets du sort se jettent dans un pan de robe, mais c’est le Seigneur qui en dispose." Le Christ a donc obtenu ce ministère en héritage, c’est-à-dire par la disposition divine.

II° Quand saint Paul dit ensuite (verset 6) : et ce ministère est d’autant plus excellent, etc..., il assigne la raison pour laquelle ce ministre du Christ est plus excellent. Tout prêtre, en effet, est médiateur. Or celui-ci est médiateur d’une alliance plus excellente, à savoir de l’homme avec Dieu. C’est l’office du médiateur de rapprocher les extrêmes ; or le médiateur du Nouveau Testament a apporté jusqu’à nous les choses divines. Car c’est par lui que nous sommes devenus participants de la nature divine, ainsi qu’il est dit (II Pierre, I, 4). Il offre aussi à Dieu ce que nous avons à donner ; c’est ce qui fait dire à saint Paul (I Tim., II, 5) : "Il n’y a qu’un médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme." L’Ancien Testament nous promettait les biens du temps (Isaïe I, 19) : "Si vous voulez m’écouter, vous serez rassasiés des biens de la terre." Le Nouveau promet les biens du Ciel, comme il a été dit plus haut. Celui-ci est donc meilleur que le premier, quant à ce que Dieu promet aux hommes. Ensuite, dans l’Ancien Testament, nous trouvons certaines règles qui appartiennent au culte de Dieu : ce sont les préceptes cérémoniels ; certaines autres qui concernent la rectitude de la vie : et ce sont les préceptes moraux, qui demeurent, tandis que les autres ont leur terme. Dans le Nouveau, à ces préceptes sont ajoutés des conseils donnés à ceux qui sont parfaits et capables des choses spirituelles. Aussi ces mêmes préceptes demeurent, mais les promesses sont diverses. Les sacrements aussi sont divers, car ceux de l’ancienne loi n’en étaient que la figure ; ceux de la nouvelle possèdent la réalité, ou la vérité de la figure maintenant accomplie. Le Testament Nouveau, sous tous les rapports, est donc meilleur.

III° En ajoutant (verset 7) : Car s’il n’y avait rien eu, etc..., l’Apôtre prouve que le Testament dont le Christ est médiateur, est meilleur. Voici son raisonnement : si le premier Testament n’avait pas eu quelque chose de défectueux, il n’eût pas été utile de substituer à sa place un nouveau afin de corriger l’imperfection du premier : or on a cru devoir lui substituer un nouveau Testament ; donc, etc...

L’antécédent est posé. Il est manifeste dans le texte.

On objecte ce qu’on lit dans l’Épître aux Romains (VII, 7) : "La loi est-elle donc un péché? Dieu nous garde d’une telle pensée." L’Apôtre s’exprime donc mal, quand il dit que la loi n’était pas exempte de défectuosités. Il faut répondre qu’une chose peut appartenir à la loi de deux manières : ou en elle-même, et dans ce sens la loi était bonne ; ou par rapport à ceux à qui elle a été donnée, et dans ce sens elle est regardée comme défectueuse pour deux raisons. D’abord parce qu’elle ne communique pas la vertu de purifier l’âme du péché ; (ci-après, X, 4) : Il est impossible que le sang des taureaux et des boucs ôte les péchés. En second lieu, parce qu’elle ne donnait pas la grâce pour aider à éviter le péché, elle le faisait seulement connaître, et par cette connaissance elle devenait une occasion de péché ; (Rom., VII, 7) : "Je n’aurais pas connu la concupiscence, si la loi n’avait dit : Vous n’aurez pas de mauvais désirs." C’est dans ce sens qu’il est dit, qu’il y avait en elle quelque chose de défectueux, puisqu'elle laissait les hommes dans le péché.

L’Apôtre ajoute (verset 7) : Il n’y aurait pas eu lieu de. De même, en effet, qu’un corps ne demeure jamais dans un repos complet et qu’il s’agite sans fin jusqu’à ce qu’il atteigne son centre, ainsi tant qu’il lui reste quelque chose d’imparfait, le désir s’agite et tend continuellement plus loin, jusqu’à ce qu’il arrive à ce qui est parfait. On demandait donc le Testament nouveau : l’homme d’abord qui le désirait, et Dieu qui le désirait davantage encore, puisqu’il désire notre salut de telle sorte que nous disons qu’il le cherche.

II. Quand saint Paul dit (verset 8) : Et cependant Dieu parle ainsi en blâmant, etc..., il prouve la vérité du conséquent, je veux dire qu’il y avait lieu de substituer à la première une alliance nouvelle. Il procède par voie d’autorité (Jérémie XXXI, 31) : "Le temps vient, dit le Seigneur, etc..." Premièrement donc, il cite l’autorité ; en second lieu il en tire au argument (verset 13) : en appelant cette alliance du nom de nouvelle. La première partie se subdivise. L’Apôtre cite d’abord la prophétie qui annonce qu’un Testament nouveau nous sera donné ; en second lieu il décrit ce Testament (verset 9) : non selon l’alliance que, etc...

1° La première subdivision se partage encore en trois : premièrement, saint Paul montre l’opportunité du moment où le Testament nouveau est donné ; secondement, la perfection de ce Testament (verset 8) : Je ferai une alliance nouvelle ; troisièmement, quels sont ceux auxquels il a été donné (verset 8) : avec la maison d’Israël.

1. Il dit donc (verset 8) : Et cependant Dieu parle ainsi en blâmant, non pas la loi, mais ceux qui étaient sous la loi. Il dit : Il viendra un temps, etc..." C’est là l’autorité qui est prise du chapitre trente-et-unième (verset 31) du prophète Jérémie, où on ne la trouve pas absolument dans ces termes, mais avec très peu de changement. On y lit (verset 31) : "Le temps vient, dit le Seigneur, où je ferai une nouvelle alliance avec la maison d’Israël et la maison de Juda, non selon l’alliance que j’ai faite avec leurs pères, au jour que je les pris par la main pour les faire sortir de l’Égypte, parce qu’ils ont violé cette alliance. C’est pourquoi je leur ai fait sentir mon pouvoir, dit le Seigneur." On voit donc manifestement que le pacte est changé. Voici donc quant à l’opportunité du temps : "Il viendra un temps," c’est-à-dire le temps de la grâce qui est comparé au jour, parce qu’il est éclairé par le soleil de justice ; (Rom., XIII, 12) : "La nuit est déjà fort avancée et le jour s’approche."

2. Quant à la perfection de l’alliance nouvelle (verset 8), saint Paul dit : j’amènerai à consommation un pacte nouveau ; l’Apôtre se sert de cette manière de parler : J’amènerai à consommation, ce qui indique la perfection ; (Apoc., XXI, 5) : "Je vais faire toutes choses nouvelles." Cette expression : "J’amènerai à consom-mation," ne se trouve pas dans la prophétie, mais saint Paul l’emploie pour désigner la perfection du nouveau Testament ; (Isaïe X, 23) : "Le Seigneur fera un grand retranchement au milieu de toute la terre." Le nouveau Testament, en effet, fut parfait, quant à la science de la vie, qui ne s’étend pas seulement à l’enseignement général de la justice, mais à sa perfection ; (Matth., V, 20) : "si votre justice n’est pas plus parfaite, etc..." De plus, dans l’ancien Testament tout était figuratif : le nouveau possède la vérité des figures. Ainsi donc le nouveau Testament mène le premier à sa consommation et il l’accomplit.

3. Quant au troisième point, l’Apôtre dit (verset 8) : avec la maison d’Israël et avec la maison de Juda. Ce Testament ne fut-il donc donné qu’aux seuls Juifs ? Nullement ; (Rom., IX, 6) : "Tous ceux qui descendent d’Israël ne sont pas israélites," et à la suite (verset 8) : "ceux qui sont enfants selon la chair ne sont pas pour cela enfants de Dieu, mais ce sont les enfants de la promesse qui sont réputés enfants d’Abraham." Ceux donc qui ont obtenu la grâce de Dieu sont Israélites par la foi et juifs par la confession ; (Rom., X, 10) : "Car il faut croire de coeur pour la justice, etc..." L’Apôtre dit : avec la maison, etc..., pour trois raisons. D’abord, parce que le Christ a annoncé en personne le royaume de Dieu aux Juifs et non aux gentils ; (Matth, XV, 24) : "Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël." Ensuite, parce que les gentils sont entrés en participation du nouveau Testament comme l’olivier sauvage greffé sur le bon olivier participe à la richesse de la sève de celui-ci ; (Rom., XI, 24). Enfin, parce qu’au temps de Roboam et de Jéroboam, le royaume de Juda fut séparé du royaume des dix tribus, qui demeurèrent dans l’idolâtrie, tandis que le premier resta soumis à Dieu, bien qu’avec quelques infidélités. L’Apôtre fait donc mention des deux.

2° Quand saint Paul dit ensuite (verset 9) : non selon l’alliance, il dépeint le nouveau Testament, d’abord par la différence qui existe entre lui et l’ancien ; ensuite par ses conditions propres (verset 10) : mais voici l’alliance que.

1. La première partie se subdivise : Premièrement, l’Apôtre établit la différence des deux Testaments ; secondement, l’imperfection du premier (verset 9) : au jour où…"

A) On pourrait dire en effet : Ce Testament nouveau est-il semblable au premier ? Saint Paul,  répondant en quelque sorte, dit donc : Nullement, car il n’est pas selon l’alliance que j’ai faite avec leurs pères. Il fait ainsi comprendre que le premier Testament ne doit pas être gardé simultanément avec le second ; (Galat., V, 1) : "Demeurez-y fermes, et ne vous remettez pas de nouveau sous le joug de la servitude." (Matth., IX, 17) : "L’on ne met pas non plus de vin nouveau dans de vieilles outres, etc..." ; (Rom., VII, 6) : "En sorte que nous servions Dieu dans la nouveauté de l’esprit, et non dans la vieillesse de la lettre." Si donc l’on trouve indiqué, dans l’Ancien Testament, quelque précepte que les gentils doivent observer, on doit le prendre au sens spirituel, comme cette parole du prophète Isaïe (XIX, 21) : "Ils l’honoreront avec des hosties et des oblations", ce qu’il faut entendre en entier au sens spirituel.

B) Quand saint Paul ajoute (verset 9) : au jour où je les pris pour les faire sortir d’Égypte, etc..., il fait ressortir l’imperfection de l’ancien Testament. Et d’abord à raison de la manière dont il a été donné ; en second lieu, à raison de l’événement (verset 9) : parce qu’ils ne sont pas… a) L’ancien Testament en effet, a été donné à des esclaves et à des infirmes. A des esclaves d’abord, car en ce temps ils sortirent de la servitude de l’Egypte, sur quoi l’Apôtre dit (verset 9) : au jour où je les pris pour les faire sortir, etc... ; (Galat., IV, 24) : "[Ces deux femmes sont les deux alliances, dont] la première [qui a été établie sur le mont Sinaï] n'a engendré que des esclaves, etc..." Ensuite parce qu’elle était la loi de la crainte servile ; (Rom., VIII, 15) : "Vous n’avez pas reçu l’esprit de servitude, qui vous retienne encore dans la crainte, etc..." La légère différence entre l’Ancien et le Nouveau Testament, dit saint Augustin, c'est l’amour et la crainte. Il a été ensuite donné à des infirmes, parce que d’eux-mêmes il leur était impossible de se sauver. Sur ceci l’Apôtre dit (verset 9) : au jour où je les pris par la main, ce qu’on fait aux infirmes ; (Ps. LXXII, 23) : "Vous m’avez tenu par la main droite" ; (Rom., VIII, 3) : "Car ce qu’il était impossible que la loi fît, parce qu’elle était affaiblie". L’Apôtre dit (verset 9) : avec leurs pères, à savoir Abraham, Isaac et Jacob, avec lesquels il fit spécialement alliance ; (Ps. CIV, 8) : "Il s’est souvenu dans tous les siècles de son alliance, de la promesse qu’il a faite pour tous les âges à venir, de la parole qu’il a donnée à Abraham, etc..." Mais aux Hébreux, à leur sortie de l’Égypte, il ne promit que les biens temporels. b) Quand saint Paul ajoute (verset 9) : parce qu’ils ne sont pas demeurés, etc..., il prouve l’imperfection de l’Ancien Testament, par l’événement : et d’abord dans la faute des Hébreux. C’est ce qui lui fait dire (verset 9) : parce qu’ils ne sont pas demeurés dans cette alliance que j’avais faite avec eux. C’est que cette alliance n’était pas écrite dans leur coeur. Voilà pourquoi aussitôt que la loi leur eut été donnée, ils se firent faire en fonte un veau d’or ; (Exode, XXXII, 8) et (Ps. CV, 20) : "Ils se firent un veau près d’Horeb, et ils adorèrent cet ouvrage de sculpture." Ensuite dans leur châtiment ; c’est pourquoi saint Paul dit (verset 9) : c’est pourquoi je les ai méprisés. On dit, en effet, qu’on méprise ce qu’on laisse périr : c’est dans ce sens que Dieu a méprisé les Hébreux, car il les a laissé frapper par l’ange exterminateur, comme il est dit dans la première Épître aux Corinthiens, ch. X, 10 et au psaume CXVIII, 118 : "Vous avez méprisé tous ceux qui s’éloignent de vos jugements." Une autre version porte : "Et je leur ai fait sentir ma domination," c’est-à-dire en les punissant, j’ai fait voir que j’étais leur maître.

2. En disant à la suite (verset 10) : mais voici l’alliance que, etc..., l’Apôtre décrit les conditions du Nouveau Testament. Premièrement donc il rappelle la manière dont il est donné ; en second lieu ses effets (I, 10) : et je serai leur Dieu.

A) Il dit donc (verset 10) : mais voici, c’est-à-dire telle est l’alliance que je ferai avec la maison d’Israël. Or la disposition arrêtée suppose l’opportunité du temps. Il dit donc (verset 10) : après que ce temps-là sera venu, c'est-à-dire après le temps de la loi déjà donnée ; après la loi ancienne, la loi nouvelle a dû suivre, ainsi qu’après le premier gardien de l’enfance, on donne un maître à l’enfant, afin que l’homme avant de recevoir cette nouvelle loi, reconnaisse sa faiblesse. On peut donc voir en ceci la convenance du temps où fut donné le Nouveau Testament. Le mode de transmission est de deux sortes : l’un par des moyens extérieurs, par exemple, en amenant à la connaissance par l’enseignement de la parole. Ce moyen est au pouvoir de l’homme, et c’est de cette manière que fut transmis l’Ancien Testament. L’autre par une action intérieure ; et ce moyen appartient à Dieu seul (Job, XXXII, 8) : "C’est l’inspiration du Tout-puissant qui donne l’intelligence." C’est ainsi que fut donné le Nouveau Testament, parce qu’il consiste dans l’infusion du Saint Esprit, qui instruit intérieurement

B) Or il ne suffit pas de connaître seulement, il faut encore agir. Voilà pourquoi le Saint Esprit éclaire d’abord l’intelligence pour connaître. L’Apôtre dit donc (verset 10) : J’imprimerai mes lois, etc... Il se sert du pluriel, à cause de la diversité des conseils et de préceptes. C’est ce que fait le Saint Esprit ; (I Jean, II, 27) : "Comme son onction vous enseigne toutes choses" ; (Jean, XIV, 26) : "Le Saint Esprit vous enseignera toutes choses, etc..." Ensuite ce même Esprit détermine la volonté à faire le bien, et saint Paul dit (verset 10) : et j’écrirai dans leur coeur, c’est-à-dire : par-dessus la connaissance j’écrirai la charité. "Surtout revêtez-vous de la charité, etc..." (Coloss., III, 14) et (Rom., V, 5) : "L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs, etc..." De cette écriture, l’Apôtre dit encore (II Corinth., III, 3) : "Elle est écrite non avec de l’encre mais avec l’esprit du Dieu vivant ; non sur des tables de pierre, mais sur des tables de chair qui sont vos coeurs."

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