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Leçon 5 : 1 Corinthiens X, 18-24 — Attention à l'idolâtrie
SOMMAIRE : L’Apôtre, par une similitude prise des sacrifices légaux, détourne de l’usage des viandes immolées aux idoles, et donne, pour motif de ce qu’il ordonne, la crainte qu’ils ne deviennent les associés du démon et qu’ils ne soient exclus de l’union avec Dieu.

18. Considérez les Israélites selon la chair ceux qui mangent de la victime immolée ne prennent-ils pas part à l’autel ?

19. Est-ce donc que je veuille dire que ce qui a été immolé aux idoles ait quelque vertu, ou que l’idole soit quelque chose ?

20. Mais je dis que ce que les païens immolent, ils immolent aux démons et non pas à Dieu. Or je désire que vous n’ayez aucune société avec les démons. Vous ne pouvez pas boire le calice du Seigneur et le calice des démons.

21. Vous ne pouvez pas participer à la table du Seigneur et à la table des démons.

22. Est-ce que nous voulons irriter Dieu et le piquer de jalousie ? Sommes-nous plus forts que Lui ? Tout m'est permis, mais tout n'est pas avantageux.

23. Tout m'est permis, mais tout n'est pas édifiant.

24. Que personne ne cherche sa satisfaction, mais le bien des autres.

L’Apôtre, dans ce qui précède, a averti de s’abstenir des viandes immolées aux idoles, d’abord par la crainte d’un châtiment semblable à celui des Juifs, ensuite à cause de la communion à l’autel sacré. Il répète ici, en troisième lieu, sa recommandation, en l’appuyant d’une comparaison tirée des sacrifices de la Loi. I° Il provoque l’attention ; II° il énonce sa proposition (verset 18) : Ceux d’entre eux qui mangent de la chair des victimes.

I° Il dit donc (verset 18) : Voyez. Ces paroles peuvent s’entendre de deux manières : d’abord des sacrifices des Juifs, ensuite du culte de la Gentilité. Dans le premier sens, ce mot "Israël" est à l’accusatif ; dans le second, il est au vocatif. 1° On l’entend ainsi : tous ensemble nous ne faisons qu’un corps, nous qui participons à un seul pain et à un seul calice ; et cela est manifeste par cette similitude : Voyez Israël selon la chair, suppléez « marchant », c’est-à-dire engagé dans les sacrifices selon la chair. L’Apôtre s’exprime ainsi pour faire ressortir la différence d’avec Israël selon l’esprit. Il est dit des deux (Rom., II, 28) : "Le Juif n’est pas celui qui l’est au dehors, etc."

II° (verset 18) : Ceux d’entre ce peuple qui mangent de la chair des victimes, c’est-à-dire selon la Loi, ne prennent-ils pas ainsi part à l’autel légal ? comme ceux qui reçoivent la chair et le sang de Jésus-Christ participent à son corps. Dans le second sens, on entend ainsi : Voyez, ô Israël ! ô vous qui faites partie de l’Israël spirituel et voyant, à savoir Dieu, voyez, je le répète, ce qui est selon la chair, c’est-à-dire dans le culte charnel de l’idolâtrie. Est-ce que ceux qui mangent des victimes immolées, à savoir aux idoles, ne participent pas à l’autel des démons et des idoles ?, semble dire l’Apôtre et de sous-entendre : il en est ainsi. Voici donc son raisonnement : Celui qui mange des victimes offertes à l’autel participe à l’autel ; par analogie, ceux qui mangent des victimes immolées aux, idoles participent aux idoles ou aux démons. Lorsque l’Apôtre ajoute (verset 19) : Qu’ai-je donc dit, etc. ? après avoir fait plus haut la recommandation de se garder de manger des chairs immolées aux idoles, il donne la raison de sa recommandation. Or ces motifs sont au nombre de quatre : I. éviter le scandale de la société avec le démon ; II. éviter le scandale de l’exclusion de la sainte communion (verset 20) : Vous ne pouvez pas boire la coupe du Seigneur, etc. ; III. échapper à l’indignation de Dieu (verset 22) : Est-ce que nous voulons irriter Dieu, etc. ?; IV. ne pas blesser nos frères (verset 23) : Tout m’est permis, etc.

I. Sur le premier motif, saint Paul prouve : 1° qu’il n’a pas parlé comme il vient de le faire parce qu’il reconnaîtrait quelque vertu dans l’idole ou dans ce qui lui est offert ; 2° qu’il s’est exprimé ainsi parce qu’il s’agit de victimes immolées aux démons (verset 20) : mais je dis que ce que les païens immolent, etc. ; 3° il ne veut pas que les fidèles entrent en société avec les démons (verset 20) : Je désire que vous n’ayez aucune société, etc. Il dit donc (verset 19) : Qu’ai-je donc ?, en d’autres termes, j’avertis de se garder des viandes immolées aux idoles ; que veux-je donc dire ? ou que parais-je dire en faisant cette recommandation ? est-ce ceci : suppléez : que ce qui est immolé aux idoles ait quelque vertu pour nuire, ou que l’idole soit quelque chose digne de vénération ? comme s’il répondait : non ; (Psaume CXXXIV, 17) : "Dans leur bouche, il n’y a pas l’Esprit de vie". Mais ce que je dis, c’est plutôt que ce qu’immolent les païens à l’idole, ils l’immolent aux démons, et non pas à Dieu ; (Psaume XCV, 5) : "Tous les dieux des nations sont des démons" et (Deut., XXXII, 17) : "Ils ont sacrifié aux démons et non pas à Dieu." A ces paroles (verset 20) : Or je désire que vous n’ayez, etc., saint Paul montre qu’il ne veut pas qu’ils entrent en société avec les démons, ce qui arriverait s’ils prenaient part à la table des idoles. C’est ce qu’il dit (verset 20) : Or je désire que vous, qui êtes fidèles, vous n’ayez aucune société avec les démons, à savoir en mangeant de ce qui est immolé aux idoles ; (II Cor., VI, 14 sv) : "Quelle union peut exister entre la lumière et les ténèbres ? quel accord entre Jésus-Christ et Bélial ?"

II. Lorsque l’Apôtre dit (verset 20) : Vous ne pouvez pas boire la coupe, etc., il fait un second raisonnement pour engager les fidèles à s’abstenir des viandes immolées aux idoles. Voici ce raisonnement : Il faut éviter tout-ce qui fait exclure de la communion du corps et du sang de Jésus-Christ : or tel est l’usage des viandes offertes aux idoles ; donc il faut l’éviter. Saint Paul fait donc voir que l’usage de ces viandes exclut :

1° de la communion du sang de Jésus-Christ ;

2° de la communion de son corps (verset 21) : Vous ne pouvez pas participer à la table du Seigneur, etc… Il dit donc (verset 20) : Vous ne pouvez pas, etc. ; en d’autres termes, je désire que vous n’ayez aucune société avec les démons ; et la raison qui me fait parler ainsi, c’est que (verset 20) : Vous ne pouvez pas boire la coupe du Seigneur, selon l’esprit et non pas seulement sacramentellement ; (Psaume CXV, 13) : "Je prendrai le calice du salut," - et la coupe des démons en même temps. Voilà pour le sacrement du sang. (verset 21) : Vous ne pouvez pas participer à la table du Seigneur, quant au sacrement du corps, et à la table des démons ; (Matthieu VI, 24) : "Nul ne peut servir deux maîtres." Voilà donc ce calice plein de bénédictions, car il nous est offert pour que nous le buvions ; il est précieux à cause de ses fruits spirituels, parce que c’est le calice du Seigneur ; pur et sans tache, parce qu’il ne profite pas à celui qui n’est pas pur. On peut en dire autant de la table du Seigneur.

III. A ces paroles (verset 22) : Est-ce que nous voulons irriter Dieu, etc. ? l’Apôtre fait un troisième raisonnement : Tout ce qui provoque la colère de Dieu doit être évité : or tel est l’usage des viandes immolées aux idoles ; il faut donc éviter ces viandes. Saint Paul affirme d’abord que ceux qui agissent ainsi provoquent Dieu ; ensuite, que c’est folie de le provoquer de cette manière ; (verset 22) : Sommes-nous plus forts que Lui, etc. ? Il dit donc (verset 22) : Voulons-nous donc irriter, c’est-à-dire voulons-nous provoquer la colère du Seigneur, en usant des viandes immolées aux idoles ? ou bien : Voulons-nous irriter Dieu, c’est-à-dire nous laisserons-nous aller à la jalousie contre Lui, en sorte que nous agissions de cette façon par une sorte de mépris à son égard ? (Deut., XXXII, 16) : "Ils l’ont provoqué par des dieux étrangers" - (verset 22) : Est-ce que, en d’autres termes, nous ne devons pas le provoquer ; est-ce que nous sommes plus forts que Lui ? comme s’il répondait : nullement. (Job, IX, 19) : "Si l’on fait appel à la force, il est le plus fort". C’est folie, en effet, de provoquer plus fort que soi. Remarquez sur ce passage : Je désire que vous n’ayez pas de société, qu’il y a société bonne et mauvaise, et que chacune d’elles est de quatre sortes. La société bonne est :

1° celle des personnes divines, dont saint Jean dit (I ép., I, 3) : "afin que vous entriez avec nous dans la même société que Dieu, et que notre société soit avec le Père, et avec son Fils Jésus-Christ." La joie suprême exige qu’il en soit ainsi, parce que toute possession, pour être agréable, doit être partagée ;

2° la société des saints anges, dont il est dit (Tobie, V, 27) : "Je crois que le bon ange de Dieu l’accompagne", cette société est exigée par la dignité humaine ; saint Jérôme dit que la dignité des âmes est grande, etc.

3° la société des justes, dont il est dit (Gal., II, 9) : "Jacques, Céphas et Jean nous donnèrent la main, à Barnabé et à moi, en signe de société" : notre propre utilité l’exige (Ecclésiastique IV, 9) : "Il vaut mieux que deux soient ensemble que d’être seul, etc."

4° la société des bienheureux, dont il est dit (Apoc., I, 9) : "Moi, Jean, votre frère, votre associé dans la tribulation et dans le royaume" ; cette société est réclamée par la joie commune, car (II Cor., I, 7) si nous avons part à la souffrance, nous aurons part aussi à la consolation.

La société mauvaise est aussi de quatre sortes :

1° celle des méchants, dont il est dit (Isaïe, I, 23) : "Vos princes sont des infidèles ; ils sont les compagnons des voleurs" ; telle est la société d’Hérode et de Pilate pour faire crucifier Jésus-Christ ;

2° la société des hypocrites, dont il est dit (Job, XXX, 29) : "J’ai été le frère des dragons et le compagnon des oiseaux de nuit", qui paraissent avoir des ailes et ne peuvent voler : c’est la société du renard et du loup ;

3° la société des démons, dont il est dit (Job, XVIII, 15) : "Ses compagnons habiteront dans sa maison quand il ne sera plus" ; c’est la société du chat et de la souris, du boucher et du bœuf ;

4° la société des damnés, dont il est dit (II Cor., VI, 14) : "Quelle union entre la lumière et les ténèbres ?" : c’est la société des détenus dans la prison de feu.

IV. Lorsqu’il dit (verset 23) : Tout m’est permis, etc. l’Apôtre fait un quatrième raisonnement : Tout ce qui porte atteinte au salut du prochain doit être évité : or tel est l’usage des viandes immolées aux idoles ; on doit donc l’éviter. Saint Paul fait voir :

1° que cet usage n’est d’aucune utilité pour celui qui mange de ces viandes ;

2° qu’il est nuisible au prochain (verset 23) : Tout m’est permis, etc. Il dit donc (verset 23) : Tout m’est permis, etc., en d’autres termes, si je dis que ceux-là pèchent qui mangent des viandes immolées, je ne prétends pas cependant que ces viandes soient en elles-mêmes illicites, puisque, dans ce qui tient aux aliments, tout m’est permis. Ou bien, bien que tout me soit permis, tout n’est pas expédient, c’est-à-dire ne m’aide pas dans ma course. On lit de même (ci-dessus, VI, 12) : Tout m’est permis, et cependant, quand tout me serait permis, tout ne concourt pas à édifier le prochain, mais seulement ce qui procède de la charité (ci-dessus, VIII, 1) : La science enfle, mais la charité édifie. Et parce que tout ne concourt pas à l’édification, (verset 25) : que nul ne cherche ce qui lui est propre, car (ci-après, XIII, 5) la charité ne cherche point ses propres intérêts, - mais ce qui touche aux intérêts des autres, c’est-à-dire ce qui leur est profitable. Mais, hélas ! on lit (Philip., II, 21) : "Tous cherchent leurs propres intérêts." Il faut donc prêter l’oreille aux avertissements de l’Apôtre, qui enseigne la vérité et porte vers le bien. Il enseigne deux sortes de vérités, à savoir celle du profit spirituel pour lui-même : Tout lui est permis, mais tout ne lui est pas expédient, et celle de l’édification pour le prochain : Tout est permis, mais tout n’édifie pas." Il porte vers le bien, qui est aussi de deux sortes, à savoir ce qui lui est profitable (verset 24) : Que personne ne cherche sa propre satisfaction, et ce qui édifie le prochain, mais cherche le bien des autres.

Leçon 6 : 1 Corinthiens X, 25-30 — Quand peut-on manger des viandes immoler aux idoles ?
SOMMAIRE : L’Apôtre enseigne dans quelles circonstances il est permis d’user des viandes immolées aux idoles, dans quelles autres il ne l’est pas.

25. Mangez de tout ce qui se vend de la boucherie, sans vous enquérir d’où il vient par un scrupule de conscience.

26. Car la terre et tout ce qu’elle contient est au Seigneur.

27. Si un infidèle vous invite à manger chez lui, et que vous y vouliez aller, mangez de tout ce qu'il vous servira, sans vous enquérir d’où il vient par un scrupule de conscience.

28. Mais si quelqu'un vous dit : Ceci a été immolé aux idoles, n’en mangez pas à cause de celui qui vous a donné cet avis, et aussi de peur de blesser la conscience.

29. Non votre conscience, mais celle d'autrui ; car pourquoi m'exposerai-je à faire condamner par un autre cette liberté que j'ai de manger de tout ?

30. Si je prends avec action de grâces ce que je mange, pourquoi donnerai-je sujet à un autre de parler mal de moi pour une chose dont je rends grâces à Dieu ?

L’Apôtre a recommandé plus haut de s’abstenir des viandes immolées aux idoles, et il a donné quatre raisons de sa recommandation ; en troisième lieu, il enseigne ici à se préserver des chutes signalées précédemment, en montrant quand il est permis d’user de ces viandes et quand il ne l’est pas. Il examine I° si cet usage est licite ; II° quand il ne l’est pas (verset 28) : Si quelqu’un vous dit, etc. ; III° ce à quoi il faut faire attention dans l’une et l’autre circonstance (verset 31) : Soit donc que vous mangiez, etc…

I° Sur la première question, saint Paul considère d’abord deux cas dans lesquels il est permis d’user des viandes offertes aux idoles : le premier, quand on mange à part soi ; le second, quand on mange en compagnie d’autres personnes (verset 27) : si un infidèle, etc…; ou bien le premier, quand on ne sait pas que les viandes ont été immolées aux idoles ; le second, quand il n’y a pas à craindre de scandale pour le prochain.

I. Dans le premier cas, l’Apôtre traite : 1° de la faculté d’user de ces viandes ; 2° des précautions à prendre lorsqu’on en use (verset 25) : sans vous informer de rien, etc. Il dit donc : Mangez de tout ce qui est exposé au marché, c’est-à-dire de tout ce qui est en vente ; en d’autres termes, puisqu’il est permis de manger des viandes immolées, mais qu’il n’est pas toujours expédient de le faire, voici la règle : De tout ce qui est exposé au marché, à savoir en vente au marché, usez-en, si vous le jugez à propos, car (I Tim., IV, 4) : "Tout ce que Dieu a créé est bon, et l’on n’en doit rien rejeter, etc." – Usez-en, je le répète, sans vous informer de rien, c’est-à-dire de la question de savoir si ces viandes ont été immolées ou non aux idoles, et cela à cause de la conscience de votre frère, faible encore, qui est présent. Car (verset 26) : La terre est au Seigneur, etc. ; en d’autres termes, vous pouvez le faire avec sécurité, car la terre est au Seigneur, ainsi que tout ce qu’elle contient, c’est-à-dire tous les êtres dont la terre est remplie ; (Psaume XLIX, 10) : "Tous les animaux des forêts sont à moi." Saint Ambroise, sur ce passage, dit : « Ce qui appartient au Seigneur ne saurait être immonde ; or toute chair est à Lui : en soi donc elle est pure et permise ».

II. A ces paroles (verset 27) : Si un infidèle vous invite, etc., l’Apôtre explique quand il est permis de faire usage, en présence d’autres personnes, de viandes immolées, à savoir quand elles sont servies dans un repas, sans que les faibles sachent qu’elles ont été immolées aux idoles. Il fait ici quatre recommandations utiles à quiconque est invité, à savoir :

1° il ne faut pas être hardi pour s’imposer ; ce qui est marqué par ces paroles (verset 27) : Si un infidèle vous invite.

2° il ne faut pas offenser en refusant : et si vous voulez y aller.

3° il ne faut pas être exigeant en réclamant : Mangez de tout ce qu'on servira.

4° il ne faut pas être indiscret en parlant : sans vous informer de rien. Il dit donc : Si un infidèle, c’est-à-dire quelqu’un d’entre les Gentils, car il est interdit de manger avec les Juifs (28, qu1, c) : Tous, à l’avenir, soit clercs, soit laïcs, éviteront de manger avec les Juifs, et personne ne les recevra à sa table. La raison en est que les Juifs, ne faisant pas usage des mêmes aliments que les chrétiens, c’est indignité et scandale pour les chrétiens d’user des aliments des Juifs.- Si donc un infidèle, c’est-à-dire un païen, vous invite à manger chez lui, et que vous vouliez y aller, c’est-à-dire si l’invitation vous est agréable, mangez de tout ce qui est mangeable ou de tout ce qu’on vous servira. C’est une concession, ce n’est pas un ordre ; (Luc, X, 8) : "Mangez de tout ce qu’on sert." Je vous le répète, sans vous informer de rien, c’est-à-dire si les viandes ont été ou n’ont pas été immolées aux idoles, et cela pour la conscience des faibles.

II° En ajoutant (verset 28) : Que si quelqu’un vous dit, etc., l’Apôtre explique quand il n’est pas permis d’user de ces viandes. Il assigne trois motifs à cette interdiction : 1° la conscience d’autrui ; 2° la propre condamnation du fidèle (verset 29) : Pourquoi ferais-je dépendre ma liberté, etc… ? 3° les blasphèmes des ignorants (verset 30) : "Si je prends avec action de grâces, etc…

I. Voici le premier raisonnement : il ne faut rien faire sciemment de ce qui peut blesser la conscience de celui qui agit ; or l’usage des viandes immolées peut produire cet effet ; il ne faut donc pas se le permettre. Saint Paul suppose :

1° qu’on sait que les viandes ont été immolées aux idoles ;

2° il dissuade d’en user (verset 28) : N’en mangez pas, etc…;

3° il donne la raison de cette recommandation (verset 28) : à cause de celui qui vous a donné cet avis, etc." Il dit donc (verset 28) : Que si quelqu’un vous dit, même sans que vous le lui demandiez : ‘Ceci a été immolé aux idoles’, n’en mangez pas et cela à cause de celui qui a indiqué que ces viandes ont été immolées aux idoles, c’est-à-dire de peur qu’il ne vienne à croire que vous en mangez par respect pour l’idole, mais non pas parce que ces viandes sont immondes par nature ; (Rom., XIV, 14) : "Je sais et je suis persuadé, selon la doctrine du Seigneur, que rien n’est impur de soi-même, et qu’une chose n’est impure qu’à l’égard de celui qui la croit telle" ; et de plus(verset 28) : pour la conscience des autres frères qui sont encore faibles ; pour la conscience, non pas la vôtre, qui est éclairée, mais celle d’un autre, c’est-à-dire de celui qui est faible ; (II Cor., VI, 3) : "Ne donnez à qui que ce soit aucune occasion de scandale."

II. A ces paroles (verset 29) : Pourquoi ferais-je dépendre ma liberté ?, etc…, saint Paul fait un second raisonnement en ces termes : Il faut éviter tout ce qui peut contribuer à notre propre damnation ; or le fait de faire usage des viandes immolées aux idoles, en scandalisant le prochain, peut y contribuer : il faut donc l’éviter. C’est ce que dit l’Apôtre : Pourquoi, etc.?, en d’autres termes, gardez-vous d’user des viandes immolées, à cause de la conscience de votre frère qui est faible, car pourquoi exposerais-je ma liberté, c’est-à-dire ce qui est libre en moi, à être condamné par la conscience d’un autre, c’est-à-dire à devenir pour moi un sujet de condamnation, à cause de la conscience d’autrui, en raison du scandale ? comme s’il disait : si j’use de ces viandes au scandale d’un de mes frères, j’agis de manière à me rendre condamnable ; (Matthieu XVIII, 6) : "Celui qui aura scandalisé l’un de ces petits, il vaudrait mieux qu’on lui eût attaché au cou une meule de moulin, etc."- Pourquoi donc agir ainsi ? c’est-à-dire : j’agis mal.

III. Lorsqu’il ajoute (verset 30) : Si donc je prends avec action de grâces, etc…, voici son raisonnement : Il faut éviter de provoquer le blâme et les blasphèmes des autres ; or, en usant, avec scandale, des viandes immolées aux idoles, j’agis de cette manière : donc, etc. Saint Paul montre donc ici : 1° comment on doit user de ces viandes ; 2° et toutefois il indique les blasphèmes des insensés (verset 30) : Pour quoi provoquerais-je le blasphème ? Il dit donc : Si donc je prends avec reconnaissance, c’est-à-dire avec action de grâces ; en d’autres termes, si je mange ainsi, car c’est de cette manière qu’il faut prendre toujours sa nourriture ; (Jean VI, 11) : "Il prit les pains, rendit grâces, et les distribua." - pourquoi deviendrais-je une occasion de blasphème, de la part des ignorants qui prétendent que j’honore les idoles ? Pourquoi, dis-je, suis-je une occasion de blasphème pour une chose dont je rends grâces à Dieu, c’est-à-dire à laquelle je participe en rendant grâces ? (Rom., XXV, 16) : "Que notre bien ne soit pas blasphémé."

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