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Leçon 5 : 1 Corinthiens XIV, 23-26 — L'usage à bon escient des charismes
SOMMAIRE : L’Apôtre explique les conséquences fâcheuses qui peuvent résulter pour les infidèles du don des langues, et le bien que peut opérer pour eux le don de prophétie.

23. Que si, toute l'Eglise étant assemblée en un lieu, tous parlent diverses langues, et que des ignorants ou des infidèles entrent dans cette assemblée, ne diront-ils pas que vous êtes des insensés ?

24. Mais si tous prophétisent, et qu’un infidèle ou un ignorant entre dans votre assemblée, tous le convainquent, tous le jugent,

25. Le secret de son coeur est découvert, de sorte que, se prosternant le visage contre terre, il adorera Dieu, rendant témoignage que Dieu est véritablement parmi vous.

26. Que faut-il donc, mes frères, que vous fassiez ? Si, lorsque vous êtes assemblés, l’un est inspiré de Dieu pour composer un cantique, l'autre pour instruire, un autre pour révéler les secrets de Dieu, un autre pour parler une langue, un autre pour l’interpréter, que tout se fasse pour l’édification.

La Glose veut voir ici le commencement d’un autre raisonnement de l’Apôtre pour prouver sa proposition ; mais, ainsi qu’il a été dit, il n’y en a qu’un seul dont le principe est posé. Ce qui va suivre est comme le développement de la proposition intermédiaire du raisonnement même, à savoir que la prophétie est plus utile pour la fin vers laquelle est spécialement dirigé le don des langues. Saint Paul fait voir deux choses : I° il fait ressortir ce qui manque au don des langues par rapport aux infidèles (verset 23) : Si tous parlaient une langue. II° il montre les effets avantageux que produit le don de prophétie, même à l’égard des infidèles (verset 24) : mais si tous.

I° L’inconvénient qui résulte du don des langues séparé du don de prophétie, même en ce qui regarde les infidèles, c’est qu’on regarde comme dénués de sens ceux qui parlent avec le don des langues seulement, quand néanmoins ce don des langues a pour fin la conversion des infidèles, comme on l’a vu. C’est ce que dit l’Apôtre (verset 23) : Que si tous parlent, etc., comme s’il disait : on voit clairement que le don des langues n’est pas préférable à celui de prophétie ; car, (verset 23) : si l’on se réunit, à savoir tous les fidèles, en commun, non seulement de corps, mais d’esprit (Actes, IV, 32) : "La multitude de ceux qui croyaient n’avait qu’un coeur, etc." - et si tous, c’est-à-dire ceux qui sont réunis, parlaient des langues, à la lettre, des langues étrangères, ou parlaient de choses obscures et inconnues, et que pendant qu’ils discourent ainsi confusément, il vienne à entrer un ignorant, c’est-à-dire quelqu’un qui ne comprend que sa propre langue, ou un infidèle, auquel a été accordé le don des langues, ne diront-ils pas à ceux qui parlent ainsi : Vous êtes des insensés ? En effet, on regarde comme dépourvu de sens ce que l’on ne comprend pas ; que si la langue est comprise et que néanmoins ce qui est dit soit obscur, il est mal encore de ne pas l’expliquer, parce que l’on pourra croire de vous, si vous parlez de choses incompréhensibles, ce que l’on pense des Gentils, qui gardaient le secret sur ce qui se passait dans leurs cérémonies, à cause de l’ignominie de ces mystères. C’est là encore un manque de sens. On objecte que parler les langues et parler selon la lettre, pour celui qui est ignorant c’est la même chose ; or, tous parlant selon la lettre dans l’Eglise, puisque tout se dit en latin, il semble que l’un et l’autre soient également dépourvus de sens. Il faut répondre que cette coutume pouvait être dénuée de sens dans l’Eglise primitive, parce que les fidèles étaient sans intelligence des cérémonies de l’Eglise ; ils ne savaient donc point ce qui se passait, si on ne leur expliquait pas ; mais main-tenant tous sont instruits. Ainsi donc, bien que tout se dise en latin, les fidèles savent cependant ce qui se pratique dans l’Eglise.

II° Lorsque l’Apôtre ajoute (verset 24) : Mais si tous prophétisent, il montre le bien qui résulte du don de prophétie. A cet effet, I. il expose le bien produit par le don de prophétie, à l’égard des infidèles ; II. il indique comment il est produit (verset 25) : Les secrets de son cœur, etc. ; III. il explique les fruits qui en proviennent (verset 5) : et se prosternant le visage contre terre, etc…

I. Saint Paul dit : Il est évident que le don des langues ne peut convaincre les infidèles ; Or, pour mais, si les fidèles assemblés prophétisent, c’est-à-dire si tous parlent de manière à être compris, en expliquant les Ecritures ou en interprétant les révélations qui leur ont été faites ; si tous, je ne dis pas à la fois, mais l’un après l’autre, prophétisent de cette manière, et qu’il vienne à entrer, à savoir dans l’église, quelque ignorant, c’est-à-dire un homme qui ne sait que sa langue maternelle, il en résulte un bien, parce qu’il acquiert la conviction touchant quelque erreur dont on l’a fait prendre conscience ; (Jér., XXXI, 19) : "Après que vous m’avez ouvert les yeux..., j’ai été couvert de confusion" - il est convaincu et jugé par tous ceux qui prophétisent. Saint Paul semble dire : il est manifesté comme condamnable pour ses vices et ses mauvaises mœurs ; (1 Cor., II, 15) : "L’homme spirituel," c’est-à-dire le docteur, "juge de toutes choses, etc." ; car la prophétie produit ce double effet : la confirmation de la foi et la règle des moeurs.

II. En disant (verset 25) : Car les secrets de son coeur, saint Paul explique comment ces bons effets sont produits par le don de prophétie. Or ce passage peut être entendu de trois manières : d’abord, à la lettre, en ce sens que dans la primitive Eglise, quelques fidèles auraient reçu la grâce de connaître les secrets des coeurs et les fautes des pécheurs. Ainsi on lit (Actes, V, 1) que saint Pierre condamna Ananie pour avoir trompé sur le prix de son héritage. Dans cette hypothèse, Car les secrets, etc. signifie : il est convaincu, parce que les secrets, c’est-à-dire ses péchés secrets, sont découverts par ceux qui les révèlent. Une seconde interprétation est que celui qui enseigne touche parfois beaucoup de choses que les hommes portent dans le coeur, comme on le voit dans les livres de saint Grégoire, où chacun peut retrouver presque tous les mouvements de son coeur. Dans ce sens on entend : les secrets de son coeur, par : ils sont convaincus, parce que les secrets de leur coeur, c’est-à-dire ce qu’ils portent dans le coeur (Prov., XXVII, 19) : "Comme on voit se refléter dans l’eau le visage de ceux qui s’y regardent, ainsi les coeurs des hommes sont découverts aux hommes prudents" - sont découverts, c’est-à-dire touchés par eux. Enfin, comme on appelle quelquefois secret du coeur ce qui pour quelqu’un est douteux et ne peut être attesté en soi, on interprète dans ce sens ces mots : les secrets du coeur, c’est-à-dire ce dont l’ignorant doutait dans le coeur et ne croyait pas, sont manifestés, c’est-à-dire : en se rendant fréquemment à l’église, ces choses douteuses deviennent pour lui manifestes, comme le dit de lui-même saint Augustin (Confessions, liv. X, 35) : Il s’y rendait seulement pour le chant, et là beaucoup de choses dont il doutait et auxquelles il ne pensait pas en y allant, lui devenaient manifestes. Car de cette manifestation naissait le respect, parce que convaincu il rendait gloire à Dieu.

III. C’est aussi ce que dit saint Paul (verset 25) : et se prosternant le visage contre terre, c’est-à-dire en se voyant ainsi convaincu, et les secrets de son coeur étant manifestés, se prosternant le visage contre terre, il adorera Dieu, (Matthieu II, 11) : "Et se prosternant, ils adorèrent l’Enfant", ce qui est le signe du respect. Il est dit au contraire des réprouvés qu’ils tomberont à la renverse (Prov., IV, 19) : "La voie des méchants est pleine de ténèbres, et ils ne savent où ils tomberont." Mais l’élu tombe sur la face, parce qu’il voit où il se prosterne, ce qui est le signe du respect ; (Matthieu II, 11) et (Lévit., IX, 24) : "Ils louèrent le Seigneur en se prosternant la face contre terre" ; (Psaume LXXI, 9) : "Les Ethiopiens se prosterneront devant lui." Et non seulement il rendra à Dieu l’hommage de son respect, mais encore à l'Eglise, parce que (verset 25) : "Il rendra témoignage que Dieu est véritablement parmi vous," qui prophétisez dans l’église ; (Zach., VIII, 23) : "Nous irons avec vous, parce que nous avons appris que Dieu est avec vous." On voit donc que le don de prophétie est plus utile pour les infidèles que le don des langues.

III° (verset 26) : Mais que faut-il donc, mes frères, que vous fassiez ? ici saint Paul donne aux Corinthiens des règles pour l’usage des dons qu’il a expliqués. D’abord, il montre comment ils doivent se conduire dans l’usage de ces dons ; ensuite il déduit sa conclusion principale (verset 39) : Pour conclure donc, mes frères, désirez le don de prophétie, etc. Sur la première partie de la question, premièrement il enseigne comment ils doivent se conduire avec ordre dans l’usage de ces dons ; secondement, il fait ressortir leur présomption (verset 36) : Est-ce de vous que la parole de Dieu, etc.? Sur cette première subdivision, il enseigne d’abord d’une manière générale comment ils doivent se conduire à l’égard de tous les dons ; ensuite, comment ils doivent en particulier se conduire à l’égard du don des langues (verset 37) : Si quelques-uns possèdent le don des langues, etc. ; enfin, comment ils doivent se conduire à l’égard du don de prophétie (verset 39) : Quant aux prophètes, que deux ou trois seulement, etc. Il dit donc : Il est meilleur de prophétiser que de parler les langues, (verset 26) : Que faut-il donc, mes frères, que vous fassiez ? Voici : puisque, (verset 26) : Lorsque vous êtes assemblés, il est certain qu’un seul n’a pas reçu tous les dons, ainsi personne parmi vous ne doit user de tous, mais seulement de celui qu’il a spécialement reçu de Dieu, en choisissant ce qui est préférable pour l’édification. (verset 26) : Chacun donc a reçu quelque don spécial, l’un le don de composer un psaume, c’est-à-dire un cantique pour exalter le nom de Dieu, ou d’expliquer les psaumes ; (Habacuc, III, 19) : "Il me ramènera sur nos montagnes" ; (verset 26) : un autre d’instruire, c’est-à-dire le don d’enseigner pour l’instruction des moeurs ou pour l’exposition et pour donner le sens spirituel ; (Prov., XII, 8) : "L’homme sera connu par sa doctrine" - un autre de connaître les choses cachées, c’est-à-dire le don de la révélation soit dans les songes, soit dans quelque vision ; (Dan., II, 28) : "Il est dans le ciel un Dieu qui révèle les mystères, etc." - un autre de parler une langue, c’est-à-dire le don des langues ou de lire les prophéties ; (Actes, II, 4) : "Ils commencèrent à parler diverses langues, etc." - un autre le don d’interpréter (ci-dessus, XII, 10) : Un autre reçoit le don d’interpréter les langues, etc. Or ces dons sont placés dans cet ordre, parce qu’ils procèdent ou de l’esprit naturel ou de Dieu seul. S’ils ne viennent que de l’esprit naturel, ils ont pour fin soit la gloire de Dieu, et dans ce sens l’Apôtre dit : Il a le psaume ; ou l’instruction du prochain, et il dit : le don d’instruire. S’ils viennent de Dieu seul, ils peuvent venir de Lui de deux manières : c’est ou une chose intérieure et cachée, et l’Apôtre dit : les choses cachées, soit quelque chose de caché, mais extérieurement, et il ajoute : Il a le don des langues. Quant à la manifestation de ces secrets, il y a en troisième lieu l’interprétation, qui doit se faire (verset 26) : pour que tout serve à l’édification ; (Rom., XV, 2) : "Que chacun de vous tâche de contenter son prochain dans ce qui est bon et propre à édifier."

Leçon 6 : 1 Corinthiens XIV, 27-33 — Quand user du don des langues ?
SOMMAIRE : Comment doit-on user du don des langues ? Quand faut-il s’en abstenir ?

27. S’il y en a qui aient le don des langues, qu’il n’y en ait pas plus de deux ou trois qui parlent en une langue inconnue ; et qu’ils parlent l’un après l'autre, et qu’il y ait quelqu’un qui interprète ce qu’ils auront dit ;

28. Que s’il n’y a pas d’interprète, qu’il se taise dans l’église, qu’il ne parle qu’à soi-même et à Dieu.

29. Pour ce qui est aussi des prophètes, qu’il n’y en ait pas plus de deux ou trois qui parlent, et que les autres en jugent.

30. Que s’il se fait quelque révélation à un autre de ceux qui sont assis, que le premier se taise ;

31. Car vous pouvez tous prophétiser l’un après l’autre ; afin que tous apprennent et que tous soient consolés.

32. Et les esprits des prophètes sont soumis aux prophètes ;

33. Car Dieu n’est pas un Dieu de trouble, mais un Dieu de paix ; et c’est ce que j’enseigne dans toutes les Eglises des saints.

I° L’Apôtre trace ici aux Corinthiens les règles qu’ils ont à suivre dans l’usage du don des langues. Dans ce dessein, I. il enseigne comment il faut se servir de ce don ; II. quand il faut cesser d’en faire usage ; (verset 28) : S’il n’y a pas d’interprète, etc.

I. il dit donc : Qu’on use parmi vous du don des langues de telle manière que, (verset 27) : Soit que quelqu’un, pour si quelqu’un, possède le don des langues, c’est-à-dire rapporte des visions ou des songes, ces sortes de récits ne se fassent pas par plusieurs, afin qu’on ne perde pas ainsi le temps à discourir et qu’il n’en reste plus pour les prophéties, et qu’ainsi on engendre de la confusion ; mais (verset 27) : que deux, et, s’il y a nécessité, trois au plus, en sorte que trois suffisent ; (Deut., XVII, 6) : "[Celui qui sera puni de mort sera condamné] par la déposition de deux ou trois témoins." Remarquez que cette pratique est encore observée partiellement dans l'Eglise, car les leçons, les épîtres et les évangiles tiennent pour nous la place des langues, et, par conséquent, à la Messe, on observe la recommandation « que deux seulement », car on se borne à dire deux choses qui appartiennent au don des langues, à savoir l’épître et l’évangile. Quant aux matines, on en emploie un plus grand nombre, puisque chaque nocturne comprend trois leçons : car autrefois on disait séparément les nocturnes, selon les trois veilles de la nuit ; mais on maintenant on les dit ensemble. Or on doit observer l’ordre non seulement quant au nombre de ceux qui parlent, mais encore quant à la manière, et c’est ce que veut dire l’Apôtre (verset 27) : et qu’ils le fassent par parties, c’est-à-dire que ceux qui parlent se succèdent l’un à l’autre, en sorte qu’ils parlent l’un après l’autre ; ou : par parties, c’est-à-dire en entremêlant, à savoir que l’un rapporte une partie de la vision ou de l’instruction et l’explique, et qu’il en explique ensuite une autre, et ainsi à la suite ; mode qu’observent ordinairement ceux qui enseignent, quand ils prêchent par interprétation, à ceux dont la langue leur est inconnue. C’est ce qui fait dire à saint Paul (verset 27) : et qu’il y ait un interprète.

II. Quand l’Apôtre ajoute (verset 28) : Mais s’il n’y a pas d’interprète, etc., il explique quand il ne faut pas faire usage des langues, en disant qu’il faut parler par parties, et qu’il y ait un interprète de ce qu’on aura dit ; (verset 28) : Que s’il n’y a pas d’interprète, c’est-à-dire personne pour donner l’interprétation, que celui qui a reçu le don des langues (verset 28) : se taise dans l’église, c’est-à-dire qu’il ne parle pas, ou n’enseigne pas la multitude dans une langue inconnue, parce qu’il n’en est pas compris, mais qu’il ne parle qu’à lui-même, puisqu’il se comprend, et cela en priant en silence, ou en méditant ; (Job, X, 1) : "Je parlerai dans l’amertume de mon âme ; je dirai à Dieu, etc."

II° (verset 29) : Quant aux prophètes, que deux, etc., ici saint Paul donne aux fidèles des règles pour se conduire dans l’usage du don de prophétie. Il montre donc, premièrement, comment il faut s’en servir, et quant au nombre et quant à l’ordre ; secondement, il dit à qui il est interdit d’en faire usage (verset 34) : Que les femmes se taisent dans les églises, etc. Sur la première partie, I. il indique l’ordre à suivre dans l’usage du don de prophétie ; II. il en assigne la raison (verset 31) : Car vous pouvez tous, etc. ; III. il prévient une objection (verset 32) : Aussi bien les esprits des prophètes, etc…

I. Sur la première de ces subdivisions, 1° il détermine le nombre de ceux qui doivent se servir de ce don ; 2° il enseigne le mode ou l’ordre avec lequel on doit s’en servir (verset 30) : Et si une révélation est faite à un autre, etc.

1° Sur ce premier point, il faut se souvenir que l’usage du don de prophétie, dans le sens où saint Paul paraît le prendre, consiste à proposer des paroles d’exhortation au peuple, en expliquant les saintes Ecritures. Comme, dans la primitive Eglise, plusieurs avaient reçu ce don de Dieu, et que le nombre des fidèles n’était pas alors considérable, pour qu’il n’y ait ni confusion ni ennui, l’Apôtre veut que ce ne soient pas tous ceux qui savent expliquer les prophéties et les saintes Ecritures qui prophétisent, mais seule-ment quelques-uns désignés à l’avance. C’est ce qui lui fait dire (verset 29) : Quant aux prophètes, etc., en d’autres termes : je ne veux point que tous ceux qui s’assemblent mais deux seulement, ou, au plus trois, suivant que l’exige la nécessité, parlent, c’est-à-dire exhortent. Cette règle, d’ailleurs, est conforme à l’Ecriture ; (Deut., XVII, 6, et Matthieu XVIII, 16) : "Suivant la déposition de deux ou trois témoins, etc." - et que les autres, c’est-à-dire ceux qui ne doivent pas parler, jugent ce qui a été dit par ceux qui parlent, à savoir si cela a été bien ou mal dit, en approuvant ce qui est bien et en faisant rétracter ce qui est mal ; (ci-dessus, II, 15) : L’homme spirituel juge de tout.

2° Il y a aussi un certain ordre à observer en faisant usage de ce don de prophétie : c’est que si l’un de ceux qui étaient assis, qui se taisaient et jugeaient, venait à connaître par révélation quelque vérité préférable à ce qui avait été révélé à celui qui parlait et exhortait le premier, alors celui qui est debout doit s’asseoir à son tour, et celui à qui a été faite cette révélation plus excellente doit se lever et exhorter. C’est ce que dit saint Paul (verset 30) : Et si une révélation est faite, c'est-à-dire par l’Esprit Saint, à un autre qui était assis, que celui qui parlait auparavant se taise et lui cède ; (Rom., XII, 10) : "Prévenez-vous par des témoignages d’honneur."

II. La raison en est que, selon cette règle, (verset 31) : vous pouvez successivement prophétiser chacun, c’est-à-dire tous, en sorte que tous, à savoir même les plus avancés, apprennent, et que tous, même ceux qui le sont moins, soient exhortés ; (Prov., I, 5) : "Le sage écoutera, etc."

III. Si quelqu’un disait : ô Apôtre, je ne puis me taire tandis qu’un autre prophétise, ni céder à celui qui est assis, du moment que j’ai pris la parole, parce que je ne puis résister à l’Esprit qui parle au-dedans de moi, suivant cette parole de Job (IV, 2) : "Qui pourrait retenir la parole une fois conçue ?" Saint Paul répond à cette objection, en disant (verset 32) : Aussi bien les esprits des prophètes, etc. ; comme s’il disait : au contraire, on peut fort bien se taire et demeurer assis, puisque les esprits des prophètes, c’est-à-dire ceux qui inspirent les prophéties (l’Apôtre se sert du pluriel à cause de la multi-tude des révélations qui leur ont été faites), sont soumis aux prophètes, non pas, il est vrai, quant à la connaissance ; car, dit saint Grégoire (liv. II des Morales, ch. X) de ce que l’Esprit de prophétie n’est pas toujours présent chez les prophètes ; on voit que la prophétie n’est pas une habitude de l’âme, comme est la science ; autrement il s’ensuivrait que l’esprit serait soumis aux prophètes même quant à la connaissance, et qu’ils pourraient en faire ou n’en pas faire usage, selon leur volonté. Mais la prophétie est comme une force, ou une pression venant de Dieu qui éclaire et touche le cœur des prophètes ; et c’est seulement alors, et quand ils sont ainsi impressionnés, qu’ils connaissent ; l’esprit ne leur est donc point soumis en ce point, et ce n’est pas dans ce sens qu’il faut entendre la parole de l’Apôtre ; mais les esprits des prophètes sont soumis aux prophètes, quant au faite de prendre la parole, c’est-à-dire en ce sens qu’il est en leur pouvoir de proférer ou non, quand ils le veulent, ce qui leur est révélé[9]. Ainsi donc l’excuse est nulle, parce que l’Esprit ne vous domine pas de telle sorte que vous ne puissiez vous taire. Que cette affirmation soit vraie, l’Apôtre le prouve en disant (verset 33) : Car Dieu [est un Dieu de paix et] non de désordre, etc. Il fait ce raisonnement : Dieu n’impose jamais ce qui peut donner naissance aux rixes ou à la dissension, parce qu’il n’est pas le Dieu du désordre, mais de la paix ; or, si l’Esprit prophétique contraignait les hommes à parler, ce serait alors une cause de dissension ; car on voudrait toujours parler, ou enseigner, ou ne pas se taire quand un autre parlera, ce qui jetterait le trouble dans l’assemblée ; l’Esprit Saint ne force donc point à parler ; (I1 Cor., XIII, 11) : "Que le Dieu d’amour et de paix soit avec vous, etc." Cependant, comme les Corinthiens pouvaient objecter encore qu’ils n’agissaient pas ainsi parce que cet ordre était pour eux seulement et non pour les autres Églises, ce qui pouvait le faire regarder comme pesant, l’Apôtre ajoute qu’il enseigne ainsi non seulement parmi eux, mais encore dans toutes les Églises. C’est ce qu’il dit (verset 33) : C’est ce que j’enseigne dans toutes les Eglises des saints, c’est-à-dire touchant l’usage du don des langues et du don de prophétie ; (ci-dessus, I, 10) : Je vous conjure d’avoir tous un même langage.


[9] Témoin le prophète Jonas, qui n’annonce pas aussitôt après l’avoir reçue, et comme Dieu le lui commandait, la menace prophétique contre Ninive. L’Esprit prophétique vient de Dieu seul, mais les circonstances de la publication de la prophétie dépendent de celui qui l’a reçue.


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