Ressources Catholiques Missel Romain

précédent
Leçon 7 : 1 Corinthiens XIV, 34-40 — Normes pour l'usage du don de prophétie
SOMMAIRE : L’Apôtre explique quels sont ceux à qui l’usage du don de prophétie est interdit. Il réfute les objections.

34. Que les femmes se taisent dans les églises, parce qu’il ne leur est pas permis d’y parler ; mais elles doivent être soumises, selon que la Loi l'ordonne.

35. Que si elles veulent s'instruire de quelque chose, qu'elles le demandent à leurs maris, lorsqu'elles seront dans leurs maisons ; car il est honteux à une femme de parler dans l'église.

36. Est-ce de vous que la parole de Dieu est sortie, ou n'est-elle venue qu'à vous seuls ?

37. Si quelqu'un croit être prophète ou spirituel, qu'il reconnaisse que les choses que je vous écris sont des ordonnances du Seigneur.

38. Que si quelqu'un veut l’ignorer, il sera lui-même ignoré.

39. Ainsi, mes frères, désirez surtout le don de prophétie, et n'empêchez pas l'usage du don des langues.

40. Mais que tout se fasse dans la bienséance et avec ordre.

Saint Paul désigne ici les personnes auxquelles il interdit l’usage du don de prophétie. I. Il dit quelles sont ces personnes ; II. il prévient une objection (verset 35) : Si les femmes veulent s’instruire de quelque chose, etc.

I. Sur la première partie de cette question, il exprime cette interdiction ; il en donne la raison (verset 34) : parce qu’il ne leur est pas permis d’y parler, etc. Il dit donc : Je veux que les hommes usent, ainsi que je l’ai réglé, du don de prophétie ; mais (verset 34) je ne permets point aux femmes de parler dans l’église, elles doivent y garder le silence ; (I Tim, , II, 12) : "Je ne permets point aux femmes d’enseigner dans l’église" ; et saint Jean Chrysostome (Homélie 9), sur ce passage, donne cette raison : c’est que la femme a parlé une fois, et qu’elle a bouleversé le monde. On objecte ce qu’on lit de plusieurs femmes, qu’elles ont prophétisé : par exemple, la Samaritaine (Jean IV, 39) ; Anne, fille de Phanuel (Luc, II, 36) ; Débora (Juges, IV, 4) ; Oldama, la prophétesse, épouse de Sellum (IV, Rois, XXII, 14) ; les filles de Philippe (Actes, XXI, 9) ; ci-dessus même il est dit (XI, 5) : Toute femme qui prie ou qui prophétise, etc. Il faut répondre que dans la prophétie il y a deux choses : la révélation et la manifestation de cette révélation. Or les femmes ne sont pas exclues de la révélation ; beaucoup même de révélations leur ont été faites, comme aux hommes. Mais il y a deux manières d’annoncer les choses révélées : l’une publique, celle-ci est interdite aux femmes ; l’autre privée, celle-là leur est permise, parce que ce n’est pas enseigner, mais annoncer. Saint Paul donne la raison de sa défense, en ajoutant (verset 34) : parce qu’il ne leur est pas permis de parler, à savoir l’Eglise ne le leur permet pas, leur office, à elles, étant d’être soumises à leurs maris. C’est pourquoi le droit d’enseigner impliquant l’autorité et la présidence, ne saurait convenir à celles qui doivent être soumises. Or la raison pour laquelle elles sont dans la dépendance et ne président pas, c’est la faiblesse de leur raison, faculté éminemment nécessaire à celui qui préside. C’est ce qui fait dire à Aristote (Politique, liv. IV, ch. II) qu’il y a corruption du gouvernement là où ce gouvernement passe aux femmes.

II. (verset 35) : Que si elles veulent, etc. Comme on aurait pu dire qu’au moins peuvent-elles, dans l’église, interroger sur ce qui est douteux, l’Apôtre détruit cette objection. Il la repousse ; il en donne la raison (verset 35) : Il est honteux, etc.

Il dit donc : J’ai établi que les femmes doivent, dans l’église, garder le silence ; mais si quelques-unes ont des doutes sur certains points et (verset 35) : veulent s’en instruire, qu’elles le demandent à leurs maris à la maison ; (I Tim., II, 11) : "Que les femmes écoutent en silence et avec une entière, etc.

En voici la raison : c’est que la conduite contraire est non seulement indécente, mais honteuse ; car la modestie est surtout recommandée aux femmes ; (Ecclésiastique XXVI, 19) : "[La femme sainte et pleine de pudeur est] une grâce qui passe toute grâce, etc." Si donc la femme interrogeait, si elle discutait en public, ce serait une preuve d’immodestie et une honte pour elle ; de là vient que, dans le droit, il est interdit aux femmes de remplir l’office d’avocat.

II° Quand saint Paul ajoute (verset 36) : Est-ce de vous que la parole, etc.? il réfute les contradicteurs ; et parce que tous pouvaient contredire à la fois, ou tout au moins ceux qui se piquaient de sagesse, I. il les réfute quant à leur Eglise entière ; II. quant à leurs sages particulièrement (verset 37) : Si quelqu’un croit, etc.

I. Sur le premier de ces points, il faut se souvenir que le motif pour lequel le peuple contredit ordinairement son Seigneur ou celui qui le dirige, c’est l’esprit singulier ; or cet esprit peut être produit ou par un motif de priorité dans le bien, ou en raison de sa propre excellence. Voilà pourquoi saint Paul, voulant réfuter les Corinthiens, ses contradicteurs, détruit d’abord en eux le prétexte de la priorité, lorsqu’il dit (verset 36) : Est-ce de vous que la parole de Dieu est sortie ? comme s’il répondait : nullement, car elle est sortie des Juifs ; (Isaïe, II, 3) : "La loi sortira de Sion, etc. ", comme s’il disait : si dans l’Eglise des Juifs, je faisais quelque règlement contre leurs usages, ils pourraient y contredire, parce qu’ils ont eu d’abord la parole de Dieu ; mais vous ne le pouvez pas, vous, puisque ce n’est pas de vous que la parole de Dieu est sortie. L’Apôtre réfute le motif tiré de leur propre excellence (verset 37) : Ou êtes-vous les seuls, etc. ; en d’autres termes : vous n’êtes pas les seuls qui ayez reçu la foi, d’autres encore l’ont reçue ; par conséquent, vous ne valez pas mieux qu’eux (Ps., XVIII, 5) : "Leur voix a retenti dans toute la terre." ; vous devez donc faire ce que font les autres.

II. E ajoutant (verset 37) : Si quelqu’un croit, etc., saint Paul réfute en particulier les plus avancés. A cet effet, Il les réfute ; il répond à une sorte d’objection tacite (verset 38) : Que si quelqu’un veut l’ignorer, etc.

Il dit donc : Soit, que votre Eglise tout entière ne contredise pas, si cependant (verset 37) : Quelqu’un croit être prophète, etc. Il dit croit, parce que s’il contredit, il n’est pas véritablement prophète, ni sage, ni spirituel, car alors il ne contredirait pas. Il dit aussi prophète et spirituel, parce qu’il en est beaucoup qui sont spirituels et ne sont pas prophètes, bien que tous les prophètes soient des hommes spirituels. Que celui-là, je le répète, qui croit ainsi être prophète et spirituel s’abstienne de contredire, et (verset 37) qu’il connaisse, c’est-à-dire qu’il sache, que les choses que je vous écris sont des ordres du Seigneur, et non pas les miens seulement ; comme s’il disait : du moment que nul n’ose contredire les ordres du Seigneur, et que ce que je vous écris est l’ordre de Dieu, que personne n’ose contredire ; (I1 Cor., XIII, 3) : "Est-ce que vous voulez éprouver, etc. ? Nous pouvons apprendre de ceci que les paroles des apôtres procèdent d’une révélation intime du Saint Esprit et de Jésus-Christ ; par conséquent elles doivent être gardées comme les préceptes mêmes de Jésus-Christ. Aussi l’Apôtre distingue expressément ce qu’il prescrit de sa propre autorité, lorsqu’il dit (ci-dessus, VII, 25) : Quant aux vierges, je n'ai point de précepte du Seigneur.

Mais on pourrait dire : ô Apôtre, comment connaîtrai-je que ce sont les commandements de Dieu ? je ne puis le savoir. L’Apôtre répond donc à cette objection en disant : Vous ne pouvez alléguer une semblable raison, parce que vous ne devez pas l’ignorer. Et pourquoi ? (verset 38) : Parce que si quelqu’un veut l’ignorer, etc. ; (Matthieu XXV, 12) : "En vérité, je vous le dis, je ne vous connais point." On voit par là que tous sont tenus de savoir ce qui est de nécessité de salut, et ce qu’il a d’abord prescrit lui-même, qu’on soit apôtre ou prophète. Ou encore : Si quelqu’un croit, etc. en sorte que ce passage soit la confirmation de ce qui précède, comme si saint Paul disait : je vous écris ces choses, mais vous ne sauriez les connaître, parce qu’elles sont difficiles et que vous êtes simples encore ; mais, pour que vous sachiez que ce que je vous ai écrit est juste et honnête, je veux en appeler au témoignage des prophètes et des hommes spirituels qui sont au milieu de vous. C’est pourquoi il dit : Si quelqu’un parmi vous, etc. ; (ci-dessus, II, 15) : L’homme spirituel juge de toutes choses. Et pour que personne ne dise : nous nous mettons peu en peine de savoir ces choses, il ajoute qu’ils sont tenus de les connaître, parce que (verset 38) : Si quelqu’un veut l’ignorer, etc. ; (Isaïe, V, 13) : "Mon peuple a été emmené captif, etc. ; et (Psaume LXXXI, 5) : "Ils sont dans l’ignorance, ils ne compren-nent pas, etc. "

III° (verset 39) : Pour conclure donc, mes frères, etc., l’Apôtre termine sa recomman-dation générale. I. Il les exhorte à désirer tous les dons, en disant : Ainsi il est bon et de parler les langues et de prophétiser (verset 39) : Soyez jaloux, c’est-à-dire désirez, de prophétiser. La raison en est que, comme il est dit (Prov., XXIX, 18) : "Quand il n’y aura plus de prophéties, le peuple se dissipera." Le mot « prophétiser » est pris ici dans le sens qui lui a été donné dans tout ce chapitre. Toutefois, bien que vous désiriez prophétiser, gardez-vous de mettre obstacle à l’usage du don des langues, de peur de donner lieu à des dissensions. II. Il exhorte à en user suivant les règles données, en disant (verset 10) : Mais que tout se passe avec décence, c’est-à-dire que, pendant que l’un parle, les autres gardent le silence, et que les femmes ne parlent pas dans l’église, et ainsi du reste ; (Rom., III, 13) : "Marchons dans la décence, comme durant le jour, etc." III. Il les engage à observer l’ordre, en disant : et avec ordre, c’est-à-dire que l’un, puis un autre parle, et par parties, et ainsi des autres règles qui ont été données ; (Juges, V, 20) : "La milice du ciel, semblable aux étoiles qui gardent leur rang, a combattu contre Sisara."

CHAPITRE XV — RÉSURRECTION
Leçon 1 : 1 Corinthiens XV, 1-11 — La résurrection de Jésus
SOMMAIRE : L’Apôtre fait l’éloge de la doctrine de l'Evangile, et expose ce qu’il faut savoir sur la résurrection de Jésus-Christ.

1. Je crois maintenant, mes frères, vous devoir faire souvenir de l’Evangile, que je vous ai prêché, que vous avez reçu, dans lequel vous demeurez fermes,

2. Et par lequel vous êtes sauvés, afin que vous voyiez si vous l’avez retenu, comme je vous l’ai annoncé, puisque autrement ce serait en vain que vous auriez embrassé la foi.

3. Car, premièrement, je vous ai enseigné et comme donné en dépôt ce que j’avais moi-même reçu, à savoir que le Christ est mort pour nos péchés, selon les Ecritures ;

4. Qu'il a été enseveli et qu'il est ressuscité le troisième jour, selon les Ecritures;

5. Qu’il s'est fait voir à Céphas, puis aux onze apôtres ;

6. Qu'après avoir été vu en une seule fois par plus de cinq cents frères, dont il y a plusieurs qui vivent encore aujourd’hui, et quelques-uns sont déjà morts ;

7. Qu'il s'est fait voir à Jacques, puis à tous les apôtres ;

8. Et qu’enfin, après tous les autres, il s'est fait voir à moi-même, qui ne suis qu'un avorton.

9. Car je suis le moindre des apôtres, et même je ne suis pas digne d’être appelé apôtre, parce que j’ai persécuté l’Eglise de Dieu.

10. Mais c'est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis, et sa grâce n'a pas été stérile en moi ; mais j’ai travaillé plus que tous les autres, non pas moi seul toutefois, mais la grâce de Dieu avec moi.

11. Ainsi, soit que ce soit moi ou eux, voilà ce que nous prêchons, et voilà ce que vous avez cru.

Saint Paul, après avoir instruit les Corinthiens de la doctrine des sacrements, de ce qu’ils contiennent et de ce qu’ils signifient, c’est-à-dire de la grâce et de ses effets, les instruit ensuite de ce qui n’est pas contenu, mais signifié dans ces mêmes sacrements, à savoir de la gloire de la résurrection, qui n’est pas renfermée dans le sacrement, puisque celui qui le reçoit ne l’obtient pas immédiatement, mais que le sacrement signifie, en tant qu’il confère à celui à qui il est donné la grâce pour arriver à la béatitude. Dans ce dessein, premièrement, il traite de la résurrection ; secondement, il prouve par elle la résurrection commune de tous les hommes ; (verset 12) : Puis donc qu’on vous prêche que Jésus-Christ, etc. Sur la première partie de cette question, l’Apôtre exalte la doctrine évangélique ; II° il expose ce qu’il faut savoir sur la résurrection de Jésus-Christ (verset 3) : Car je vous ai d’abord enseigné, etc.

Saint Paul relève l’excellence de la doctrine évangélique sur quatre points : I. Par l’autorité de ceux qui l’enseignent, car ce sont les apôtres eux-mêmes. C’est ce qui lui fait dire (verset 4) : Mes frères, en continuant ce qui précède, je vous rappelle le souvenir de l’Evangile, qui veut dire bonne nouvelle, laquelle commence à Jésus-Christ. Tout ce qui appartient à Jésus-Christ ou vient de Jésus-Christ lui-même s’appelle Evangile. que je vous ai prêché, en d’autres termes ce que je vous ai prêché de Jésus-Christ, je vous le fais connaître, c’est-à-dire je le rappelle à votre souvenir, comme si ce que je vous écris n’était pas nouveau ; (Philip., III, 1) : "[Il vous est avantageux] que je vous écrive les mêmes choses, etc.," que je vous ai prêchées à vous moi-même, pendant que les autres apôtres le prêchaient à d’autres. Cette circonstance relève l’autorité de cette doctrine, parce qu’elle vient de Jésus-Christ, de Paul et des autres apôtres ; (Hébr., II, 3) : "doctrine qui, annoncée d’abord par le Seigneur lui-même."

II. Par la foi commune à tous les peuples ; c’est pourquoi il dit (verset 4) : que vous avez reçu tous. Cependant saint Augustin dit que ceci appartient à l’éminence de la foi, et il emploie cet argument : Pour croire les choses qui sont de foi, des miracles ont été opérés, ou non : s’il y a eu des miracles, j’ai une démonstration que la foi est très certaine et très excellente ; s’il n’y en a pas eu, c’est le plus grand de tous les miracles qu’une multitude infinie d’hommes aient été convertis à la foi par quelques hommes seulement, les riches par des pauvres qui prêchaient la pauvreté, les sages et les philosophes par des ignorants prêchant des dogmes qui dépassent la portée de la raison ; (Psaume XVIII, 5) : "Leur voix a éclaté par toute la terre, etc. ."

On objecte que la loi de Mahomet a été également reçue par un grand nombre. Il faut répondre que ce n’est pas la même chose, parce que Mahomet a soumis ses adeptes par la violence et la force des armes ; mais c’est en mourant eux-mêmes que les apôtres ont amené les païens à la foi, et de plus en opérant des signes et des prodiges. Ce que proposait Mahomet favorisait les délices et les dissolutions de la vie ; Jésus-Christ et ses apôtres prêchaient le mépris des biens terrestres ; (I Thess., II, 13) : "Ayant entendu la parole de Dieu que nous vous prêchions, etc."

III. Par son efficacité, car cet Evangile affermit les hommes et les élève vers les biens célestes. C’est pourquoi saint Paul dit (verset 1) : dans lequel vous demeurez fermes, c’est-à-dire élevés vers les choses célestes, car on dit que celui-là se tient ferme, qui est droit ; or seule la loi de Jésus-Christ peut produire cet effet ; (Rom., V, 1) : "Justifiés donc par la foi, etc." La loi ancienne ne faisait pas demeurer ferme, mais elle courbait vers les choses terrestres ; (Deut., XXXIII, 28) : "L’oeil de Jacob verra sa terre pleine de blé et de vin."

IV. Par son utilité, car seule la loi nouvelle conduit au salut, qui est notre fin ; ce que ne faisait pas la loi ancienne ; (Hébr., VII, 19) : "La Loi n’a conduit personne à la perfection." C’est ce qui fait dire à saint Paul (verset 2) : et par lequel vous serez sauvés, déjà ici-bas, par la fermeté de l’espérance, qui est comme le commencement du salut (lequel s’obtient par la foi) ; et dans la vie future, en vérité, par la possession du bonheur espéré ici-bas ; (Jacq., I, 21) : "Recevez avec docilité la parole entée en vous, etc." ; et (Jean XX, 31) : "Ces miracles ont été racontés afin que vous croyiez, et qu’en croyant, etc."

L’Apôtre pose ici deux conditions :

la première lorsqu’il dit (verset 2) : Si vous l’observez, etc. La Glose l’explique ainsi : "Si vous observez, comme je vous l’ai annoncé, cet Evangile, c’est-à-dire si vous croyez la résurrection des morts, d’après la raison par laquelle je vous l’ai prouvée, à savoir par la résurrection de Jésus-Christ". Ou encore : Vous serez sauvés, si toutefois vous observez, c’est-à-dire vous conservez dans l’intégrité des motifs sur lesquels je l’ai appuyé, l’Evangile de Jésus-Christ. Il exprime la seconde condition, quand il dit (verset 2) : Si vous n’avez pas vainement embrassé la foi, comme s’il disait : vous serez sauvés par la foi, à moins que vous ne l’ayez vainement embrassée, c’est-à-dire si à la foi vous ajoutez les bonnes œuvres ; car "la foi sans les oeuvres est une foi morte" (Jacques II, 17). On dit, en effet, qu’une chose est vaine quand elle est destinée à une fin qu’elle n’atteint pas ; or la fin de la foi, c’est. la vision de Dieu. Si donc vous n’êtes pas sauvés, c’est en vain que vous avez cru, non quant à la foi même, mais en tant que votre foi ne parvient pas à sa fin ; ou autrement encore : Si vous l’obtenez, comme s’il disait : soyez-y fidèles, car ce serait en vain, etc…

II° (verset 3) : Car je vous ai d’abord enseigné, saint Paul énonce ici sa proposition. I. Il rappelle l’origine du dogme de la résurrection de Jésus-Christ, et il fait ressortir ce que ce dogme contient (verset 3) : que Jésus-Christ est mort ; II. l’accord ou la conformité des prédicateurs avec cette doctrine (verset (1) : Que ce soit donc moi, etc.

I. Il dit donc : Vous devez retenir, c’est-à-dire garder dans votre mémoire, ce que je vous ai enseigné d’abord, et vous enseigne encore. Il dit : d’abord, c’est-à-dire parmi les premières vérités qu’il faut croire, car ce qu’il faut croire se rapporte ou à la Trinité ou à la foi de l’Incarnation. On doit d’abord croire ce qui a rapport à cette foi de l’Incarnation, et ensuite ce qui appartient à la Trinité. Ainsi ce que je vous ai enseigné d’abord, à savoir la doctrine de l’Incarnation, je vous l’ai enseigné non pas comme venant de moi ou de mon autorité, mais comme l’ayant reçu de Jésus-Christ ou du Saint Esprit ; (Gal., I, 1) : "Paul, établi apôtre, etc. et (ci-dessus, XI, 23) : C’est du Seigneur même que j’ai appris, etc. ; et (Isaïe, XXI, 10) : "Ce que j’ai appris du Seigneur des armées, etc." Or ce que saint Paul a reçu et enseigné, ce sont ces quatre points : la mort, l’ensevelissement, la résurrection et l’apparition de Jésus-Christ. Il dit donc : Je vous ai annoncé, en premier lieu, la mort de Jésus-Christ ; c’est pourquoi il dit (verset 3) : que Jésus-Christ est mort. Par ces paroles il détruit un double soupçon qui pouvait s’élever sur cette mort : le premier, qu’il serait mort pour le péché originel ou pour ses péchés actuels ; et cela, saint Paul l’écarte en disant (verset 3) : pour nos péchés, et non pour les siens ; (Isaïe, LIII, 8) : "C’est pour les péchés de mon peuple que je l’ai frappé" ; et (I Pierre, III, 18) : "Jésus-Christ a souffert la mort une fois pour nos péchés." Le second soupçon, c’est que la mort de Jésus-Christ aurait été accidentelle, par la violence des Juifs. L’Apôtre y répond, en disant (verset 3) : selon les Ecritures, c’est-à-dire de l’Ancien et du Nouveau Testament ; aussi dit-il expressément : selon les Ecritures ; (Isaïe, LIII, 7) : "Il sera mené à la mort, comme une brebis qu’on va égorger" ; (Jér., XI, 19) : "Pour moi, j’étais comme un agneau plein de douceur qu’on porte pour en faire une victime, etc." ; (Matthieu XX, 18) : "Voilà que nous montons à Jérusalem, etc."

Je vous ai enseigné, secondement, la mise au tombeau de Jésus-Christ. Il dit donc (verset 4) : Il a été mis dans le tombeau.

Mais la sépulture est-elle donc un article spécial de la foi, pour que saint Paul en fasse ici spécialement mention ? Il faut répondre que, dans le sentiment de ceux qui comptent les articles de foi par les vérités à croire, la sépulture n’est pas un article spécial, mais est contenue dans l’article de la Passion et de la mort de Jésus-Christ. La raison de ceci, c’est que la foi a pour objet ce qui est au-dessus de la raison : là commence donc l’article de foi, où la raison vient à être impuissante. Or la première de ces vérités, c’est que Jésus-Christ a été conçu, et par conséquent sa conception est un article de foi ; la seconde, c’est qu’un Dieu soit né d’une vierge : c’est là un second article ; la troisième, qu’un Dieu impassible souffre et meure : c’en est un autre article, dans lequel on comprend la mise au tombeau. La mise au tombeau de Jésus-Christ ne forme donc point un article spécial ; mais l’Apôtre en fait ici mention pour trois raisons : premièrement, pour prouver la réalité de la mort de Jésus-Christ, car un signe évident de la mort d’une personne, c’est qu’elle reçoit la sépulture ; secondement, pour établir la vérité de la résurrection, parce que si Jésus-Christ n’avait pas été mis dans le tombeau, et si en ces jours des gardes n’eussent pas été posés à l’entour, on aurait pu dire que les disciples l’avaient enlevé ; troisièmement, parce que l’Apôtre veut conduire les Corinthiens à la foi de la résurrection ; or il paraît plus difficile qu’on ressuscite après avoir été mis dans le tombeau ; c’est pourquoi il est dit (Isaïe XI, 10) : "Et son sépulcre sera glorieux" ; et (Isaïe LIII, 9) : "Il aura les impies, etc."

Je vous ai aussi enseigné sa résurrection, car il est ressuscité le troisième jour ; (Osée, VI, 3) : "Il nous rendra la vie dans deux jours, etc." L’Apôtre dit aussi : le troisième jour, non qu’il y eût trois jours pleins, mais deux nuits et un jour : c’est une synecdoque. La cause de cette disposition, comme le remarque saint Augustin, c’est que Dieu, par son opération simple, c’est-à-dire par le mal de la peine, qui est marqué par un jour, a détruit en nous deux choses, à savoir la peine et la coulpe, qui sont figurées par les deux nuits.

Je vous ai enseigné les apparitions de Jésus-Christ, car (verset 5) : Il est apparu à Céphas. L’Apôtre rappelle d’abord les apparitions faites aux autres, ensuite les apparitions faites à lui seul (verset 8) : et qu’enfin après tous les autres.

A) Sur la première partie, il faut se rappeler que les apparitions de Jésus-Christ n’ont pas été faites à tous les disciples réunis, mais à quelques disciples spécialement choisis ; (Actes, X, 40) : "Dieu… a voulu qu’il se manifestât, etc." En voici le motif : il fallait conserver dans l’Eglise cet ordre, que la foi de la résurrection se transmit de quelques-uns, spécialement choisis, aux autres. Il faut aussi remarquer que l’Apôtre ne raconte pas ici toutes les apparitions de Jésus-Christ, ni celles qui furent faites aux femmes. D’autres, au contraire, sont rapportées ici, qu’on ne lit pas dans les Evangiles. La raison en est que saint Paul veut ici réfuter par le raisonnement les infidèles. Il n’a donc voulu citer que des témoignages authentiques ; par suite, il a passé sous silence les apparitions faites aux femmes, et en a cité d’autres qu’on ne trouve point dans les récits sacrés, afin de montrer que Jésus-Christ apparut encore à plusieurs autres. Il fait mention spécialement de Pierre et de Jacques, parce qu’ils étaient comme les colonnes de l’Eglise, ainsi qu’il est dit (Gal., II, 9). Il dit donc (verset 5) : Je vous ai enseigné qu’il a apparu à Céphas, c’est-à-dire à Pierre ; (Luc, XXIV, 34) : "Le Seigneur est véritablement ressuscité, etc." On croit qu’entre tous les autres, il apparut d’abord à Pierre, parce que cet apôtre était dans une grande tristesse ; aussi l’ange dit-il (Marc, XVI, 7) : "Allez, dites à ses disciples et à Pierre, etc." ; (verset 5) et après, c’est-à-dire dans une autre circonstance, aux autres apôtres. Il apparut une fois aux apôtres, alors qu’ils n’étaient que dix, Thomas étant absent, et huit jours après, alors qu’ils étaient onze, Thomas se trouvant avec eux. Saint Augustin prétend que saint Paul doit dire aux douze, mais que ce passage a été altéré par la faute des copistes. Il ajoute qu’il importe peu que Judas fût mort déjà, et que Matthias ne fût pas encore élu, parce que d’ordinaire, quand la plus grande partie d’un corps fait une chose, on la dit faite par tout ce corps. Le Seigneur ayant donc choisi les douze, on peut dire qu’il apparut aux douze, c’est-à-dire à tout le collège apostolique ; toutefois il n’y a pas de faute à dire : aux onze ou aux douze ; (verset 6) : qu’ensuite, de nouveau il s’est fait voir à plus de cinq cents frères assemblés. Nous ne lisons rien de cette apparition dans la Sainte Ecriture, si ce n’est ce qui est dit ici. On peut dire cependant que ce fut l’apparition dont parle saint Denis (des noms divins, III), quand tous les disciples se réunirent pour voir le corps qui portait le prince de la vie. Mais on peut objecter que cette apparition eut lieu avant l’Ascension, c’est-à-dire quand le Seigneur se fit voir à Jacques. Or, la réunion des disciples dont semble parler saint Denis eut pour but de voir la bienheureuse Vierge, et n’eut lieu que longtemps après. Il est donc mieux de répondre que Jésus-Christ apparut aux cinq cents disciples assemblés avant son ascension. Il importe peu qu’on dise que les disciples étaient au nombre de cent vingt, parce que, bien que ceux qui étaient présents à Jérusalem aient été cent vingt, il y avait en Galilée beaucoup d’autres disciples, et peut-être furent-ils réunis aux premiers au moment de l’apparition. Pour que ce témoignage revête une plus grande certitude, l’Apôtre dit que (verset 6) : parmi ces disciples, plusieurs demeurent encore, c’est-à-dire sont vivants, et quelques-uns dorment, c’est-à-dire sont morts dans l’espérance de la résurrection. Saint Paul appelle la mort des saints un sommeil, parce que les saints meurent dans une chair corruptible, pour ressusciter incorruptibles ; (Rom., VI, 9) : "Jésus-Christ, ressuscité d’entre les morts, etc." ; (verset 7) : Ensuite il s’est fait voir à Jacques, fils d’Alphée. On en peut donner cette raison, que cet apôtre, comme on le lit [dans l’Evangile], avait fait voeu de ne pas prendre de nourriture avant d’avoir vu le Christ. Mais, d’après cette explication, l’ordre des apparitions ne serait plus conservé, car si Jésus-Christ était apparu à Jacques après toutes les apparitions qui sont rapportées, cet apôtre eût été trop longtemps sans prendre de nourriture, ce qui n’est pas sans difficulté. Il faut donc répondre que Jésus-Christ se fit voir en particulier à Jacques, à cause de la dévotion particulière de cet apôtre pour son Maître. Nous n’avons rien dans l'Evangile sur cette apparition. Le Sauveur se fit voir ensuite à tous les apôtres, à son ascension, ainsi qu’il est rapporté au dernier chapitre de saint Matthieu et au premier chapitre des Actes (I,3). B) (verset 8) : Enfin, après tous les autres, etc. Ici l’Apôtre rappelle l’apparition qui fut faite à lui seul. D’abord il montre l’ordre de l’apparition ; ensuite il en donne la raison (verset 9) : car je suis, etc. a) Il dit donc : J’ai dit que Jésus-Christ s’était ainsi fait voir à tous. Enfin, c’est-à-dire en dernier lieu et après son ascension, il s’est aussi fait voir à moi, qui ne suis qu’un avorton, et par conséquent, le dernier de tous. Il dit « comme un avorton », pour trois raisons. On appelle avorton l’enfant qui naît avant terme, ou qu’on a extrait du sein maternel avec violence, ou qui n’a pas atteint son complet développement. Comme l’Apôtre reconnaissait en lui-même ces trois défauts, il dit : comme un avorton. En effet, d’abord sa renaissance à Jésus-Christ n’eut lieu qu’après que les autres apôtres eurent été appelés, car ils furent régénérés pour Jésus-Christ avant la descente du Saint Esprit ; Paul ne le fut qu’après. De plus, les autres apôtres se convertirent spontanément à Jésus-Christ ; Paul fut comme contraint : (Actes, IX, 4) : "Il le renversa à terre, etc." Cette circonstance est d’un grand poids contre les hérétiques, qui prétendent qu’on ne doit contraindre personne à embrasser la foi, car Paul fut contraint ; et, comme le remarque saint Augustin (ép. L), Paul avança plus dans la foi, alors qu’il l’embrassa malgré lui, qu’un grand nombre qui y sont venus d’eux-mêmes. Enfin, il se regarde comme le moindre de tous et comme n’étant pas parvenu à la vertu des autres apôtres. b) Il en donne pour ainsi dire la raison, en disant (verset 9) : Car je suis le moindre, etc. A cet et effet, il montre d’abord sa petitesse ; ensuite il en assigne la raison (verset 9) : parce que j’ai persécuté, etc. Il fait ressortir sa petitesse comparativement aux autres apôtres, lorsqu’il dit (verset 9) : car je suis le moindre des apôtres ; (Isaïe, LX, 22) : "Mille sortirent du moindre d’entre eux, et du plus petit tout un grand peuple" ; et (Ecclésiastique III, 20) : "Plus vous êtes grand, etc." Bien que saint Paul fût le plus petit des apôtres, on pourrait dire néanmoins qu’il est grand comparativement aux autres, puisqu’il est apôtre. Voilà pourquoi, en second lieu, il montre sa petitesse, comparativement aux autres, en disant (verset 9) : et je ne suis pas digne, non seulement d’être, mais d’être appelé apôtre, bien qu’on m’en donne le nom ; (I1 Cor., III, 5) : "Non que nous soyons capables, etc."

Mais, ô apôtre, pourrait-on dire, personne, même par humilité, ne doit parler contre la vérité ? si donc vous êtes grand, comment vous appelez-vous le moindre ? Voici pourquoi (verset 9) : C’est que j’ai persécuté, etc., faisant voir ainsi comment il est le plus petit, et comment il ne l’est plus. Il se dit le plus petit, quand il considère ses actions passées, et alors il dit : je ne suis pas digne, etc. Pourquoi ? parce que j’ai persécuté l’Eglise de Dieu, ce que les autres apôtres n’ont pas fait ; (Gal., 1, 13) : "Je persécutais à outrance, etc." ;et (I Tim., I, 13) : "Moi qui étais autrefois un blasphémateur, un persécuteur, etc." Toutefois, bien que de mon côté je sois le plus petit, du côté de Dieu il n’en est pas ainsi. C’est pourquoi il dit (verset 10) : Mais c’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis. Par ces paroles, A) il relève sa condition, quant à l’état où il est ; B) quant à l’accomplissement des devoirs de cet état (verset 10) : et sa grâce, etc.

A) Il dit donc : De moi-même je ne suis rien, mais ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu, c’est-à-dire c’est Dieu, et non moi-même, qui m’a fait ainsi ; (Ephés., III, 7) : "dont j’ai été fait ministre, etc." Il dit : ce que je suis, parce que sans la grâce, l’homme n’est rien ; (ci-dessus, XIII, 2) : Quand j’aurais le don de prophétie, etc.

B) Il montre comment il a mis à profit son état et accompli ses devoirs, en disant (verset 10) : et sa grâce, etc. a) Il fait voir comment il a usé de cette grâce : c’est pour le bien ; c’est pourquoi il dit : elle n’a pas été stérile en moi, c’est-à-dire oisive, car il en a fait usage pour atteindre la fin pour laquelle elle lui avait été donnée ; (Gal. II, 2) : "Je n’ai pas couru en vain, etc." b) Il explique comment il a dépassé les autres, en ajoutant (verset 10) : Mais j'ai travaillé, à savoir en prêchant, plus que tous les autres, c’est-à-dire plus que les autres apôtres pris séparément ; car aucun d’eux n’a prêché et annoncé Jésus-Christ en autant de lieux que lui. C’est ce qui lui fait dire (Rom., XV, 19) : "en sorte que[ j’ai porté de tous côtés l’Evangile de Jésus-Christ], depuis Jérusalem jusqu’en Illyrie, etc." et même jusqu’en Espagne. En travaillant des mains, car pouvant exiger, comme les autres apôtres, ce qui était nécessaire à la vie, il voulut néanmoins subvenir à ses besoins personnels par le travail de ses mains : (I Thess., III, 8) : "Jour et nuit nous avons travaillé, etc." En supportant les tribulations, car aucun des apôtres n’a enduré autant de persécutions et d’épreuves : (I1 Cor., XI, 23) : "J’ai plus souffert de travaux, plusd’emprisonnements, etc." c) Il fait voir l’efficacité de l’usage qu’il a fait de la grâce, en ce qu’il n’agissait pas de lui-même, mais par l’inspiration et avec l’aide du Saint Esprit (verset 10) : non pas moi cependant, c’est-à-dire moi seul, mais la grâce de Dieu avec moi, laquelle détermine ma volonté à ce que je fais ; (Isaïe XXVI, 12) : "[C’est vous, Seigneur, qui avez fait en nous] toutes nos oeuvres, etc." ; et (Philip., II, 13) : "Il opère en vous le pouvoir et le faire, etc." ; car Dieu non seulement nous donne la grâce qui rend nos oeuvres agréables et méritoires, mais il détermine encore à bien user de la grâce qu’il répand en nous : c’est la grâce de la coopération.

II. (verset 11) : Que ce soit donc moi, etc., saint Paul établit ici l’accord de ceux qui prêchent. Ce passage peut s’expliquer de deux manières :

comme confirmation de ce qui précède, comme si l’on disait à l’Apôtre : voilà ce que vous enseignez ; toutefois nous ne croyons pas à vous seul, parce que vous êtes le moindre des apôtres. Saint Paul répond : Tous, au contraire, vous devez croire à ma parole, parce que je ne prêche des choses différentes ; et soit moi, soit les autres apôtres, nous prêchons ces vérités, à savoir que Jésus-Christ est ressuscité et qu’il a apparu, etc. Et vous-mêmes, vous avez cru ce que eux et moi ont prêché, à savoir que Jésus-Christ est ressuscité, et qu’il s’est fait voir, etc. (I1 Cor., IV, 13) : "Et parce que nous avons un même esprit de foi, etc."

On peut voir dans ce passage que l’efficacité de la prédication est à tous les apôtres par un seul, à savoir en vertu de la grâce de Dieu ; comme si l’Apôtre disait (verset 11) : Que ce soit donc moi, ou que ce soit eux qui vous prêchent, quand nous prêchons ainsi, nous le faisons aidés et soutenus par la grâce de Dieu ; et voilà ce que vous avez cru, à savoir sous l’inspiration de l’Esprit Saint et par la grâce de Dieu, sans laquelle nous ne pouvons rien faire ; (Jean XV, 5) : "Sans moi vous ne pouvez rien faire."

suivant