Ressources Catholiques Missel Romain

précédent
Leçon 2 : 1 Corinthiens XV, 12-19 — Sans résurrection, vaine est notre foi
SOMMAIRE : L’Apôtre prouve, par la résurrection de Jésus-Christ, notre propre résurrection. Si cette résurrection ne doit pas avoir lieu, on enseigne en vain la foi et l’espérance.

12. Puis donc qu’on vous a prêché que le Christ est ressuscité d’entre les morts, comment se trouve-t-il parmi vous des personnes qui osent dire que les morts ne ressuscitent pas ?

13. Que si les morts ne ressuscitent pas, le Christ n’est donc point ressuscité ;

14. Et si le Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est vaine, et notre foi vaine ;                                                                     foi vaine aussi.

15. Nous sommes même convaincus d’être de faux témoins à l’égard de Dieu, comme ayant rendu ce témoignage contre Dieu même qu’il a ressuscité le Christ, qu’il n’a pas néanmoins ressuscité si les morts ne ressuscitent pas ;

16. Car si les morts ne ressuscitent pas, le Christ, non plus, n’est pas ressuscité ;

17 Que si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi est vaine, vous êtes encore dans vos péchés.

18. Ceux qui sont morts dons le Christ ont donc péri.

19. Si nous n’avions d’espérance dans le Christ que pour cette vie, nous serions les plus misérables de tous les hommes.

Après avoir appuyé la foi sur la résurrection de Jésus-Christ, saint Paul prouve ici par cette même résurrection, la résurrection future des morts. Et d’abord, il prouve que cette résurrection se fera ; en suite, il indique les qualités des corps ressuscités (verset 35) : Mais, dira quelqu’un, etc. ; enfin, il décrit l’ordre même de la résurrection (verset 51) : Voici que je vous apprends un mystère, etc. Sur la première partie de cette question, il prouve la future résurrection des morts premièrement, par une raison tirée de la résurrection de Jésus-Christ ; secondement, par une autre, tirée de la vie des saints (verset 29) : Autrement, que gagneront, etc.? Il prouve donc, en premier lieu, la résurrection des morts par la résurrection de Jésus-Christ au moyen de ce raisonnement : Si Jésus-Christ est ressuscité, les morts ressusciteront aussi. Et pour établir cet argument, I° il pose une proposition conditionnelle, à savoir : si Jésus-Christ est ressuscité, les morts ressusciteront également ; II° il prouve l’antécédent de cette proposition conditionnelle (verset 13) : Que si les morts ne ressuscitent pas, etc. ; III° il prouve que la proposition conditionnelle est vraie (verset 20) : Mais maintenant Jésus-Christ est ressuscité d’entre les morts.

I° Il dit donc : J’ai dit que soit que je vous ai prêché, soit eux, c’est-à-dire les autres apôtres, c’est là ce que vous avez cru ; (verset 12) : Mais puisqu’on vous a prêché que Jésus-Christ est ressuscité d’entre les morts, comment se trouve-t-il parmi vous, c’est-à-dire chez vous, des gens qui osent dire, etc. ?, en d’autres termes, si Jésus-Christ est ressuscité d’entre les morts, comme nous vous le prêchons (I Thess., IV, 13) : "Si nous croyons que Jésus-Christ, etc." nul ne doit douter de la future résurrection des morts. C’est de là qu’il est dit (Rom., VIII, 11) : "Celui qui a ressuscité Jésus-Christ, etc."

Cependant ne semble-t-il pas que cette argumentation pèche, parce qu’elle repose sur une trop large affirmation ? Bien qu’en effet il soit ressuscité, mais par la vertu de sa divinité, il ne s’ensuit pas que les autres hommes doivent ressusciter. Certains répondent quelquefois a cette objection que l'affirmation ne se fonde pas sur un principe plus large, mais sur la règle d’analogie ; car mourir et ressusciter ne conviennent à Jésus-Christ qu’en tant qu’il a pris la nature humaine. Ils disent que cet argument est semblable à celui qui dirait : L’âme de Socrate est immortelle : donc toutes les âmes des hommes sont également immortelles. Mais la meilleure réponse, ce semble, est que l’argument se déduit de la cause, attendu que la résurrection de Jésus-Christ est la cause de la nôtre. Voilà pourquoi il faut dire, avec la Glose : "Si Jésus Christ, qui est la cause efficiente de notre résurrection est ressuscité, comment s’en trouve-t-il, etc. ?" Il ne faut pas dire cependant que Jésus-Christ soit cause efficiente de notre résurrection par voie de mérite seulement ; car par sa résurrection il n’a pas mérité la nôtre, puisqu’il était arrivé au terme, et vivait déjà de la vie glorieuse ; à moins que l’on ne veuille dire peut-être que le mérite de la résurrection des morts se rapporte à la passion de Jésus-Christ. Il n’est pas non plus seulement la cause exemplaire de notre résurrection, comme quelques-uns le prétendent, mais il en est tout à la fois et la cause efficiente et la cause exemplaire. C’est ce qui fait dire à saint Augustin (sur Jean traité XIX) que le Verbe fait chair vivifie les âmes et ressuscite les morts. Il est donc évident par là que si Jésus-Christ est ressuscité, les morts ressusciteront également.On objecte que ressusciter d’entre les morts étant au-dessus de la nature, cette résurrection ne peut-être que l’oeuvre d’une puissance infinie, qui est Dieu. La résurrection du corps du Christ n’est donc pas la cause efficiente de la résurrection des morts, puisque dans Jésus-Christ l’humanité, ou le corps, n’est qu’une créature, bien que l’on ne puisse dire de Jésus-Christ, même en tant qu’homme, qu’il est créature. Il faut répondre que c’est en tant que Dieu, ou en tant que la divinité est en Jésus-Christ, qu’il est et l’exemplaire et la cause efficiente de la résurrection des morts par son humanité, qui est comme l’instrument de sa divinité. Quant à. ce qu’on objecte, il faut dire qu’on ne prétend point que la chair ou l’humanité de Jésus-Christ produise l’effet d’une puissance infinie, en tant que chair ou humanité, mais entant que chair ou humanité de Jésus-Christ.On insiste : si l’on admet que la cause est suffisante, l’effet devrait suivre immédiatement ; si donc la résurrection de Jésus-Christ est la cause suffisante de la résurrection des morts, les morts devraient ressusciter sans délai et ne pas autant différer. Il faut répondre que l’effet procède des causes instrumentales suivant la condition de la cause principale ; or, Dieu étant la cause principale de notre résurrection, et la résurrection de Jésus-Christ la cause instrumentale, notre résurrection résulte de la résurrection de Jésus-Christ, suivant le décret divin qui a réglé qu’elle s’accomplirait dans tel temps fixé. Si néanmoins Dieu ne s’était pas incarné, les hommes eussent-ils ressuscité ? Il semble qu’on peut répondre négativement, car Jésus-Christ n’eût pas souffert, et ne fût pas ressuscité. Il faut d’ailleurs ajouter à ce propos que cette objection est sans valeur, parce que, quand une chose est déterminée par une cause, on doit argumenter à son égard, en conservant l’ordre voulu par cette cause. Par conséquent, il faut dire que Dieu a déterminé que la résurrection des morts aurait lieu selon ce mode. Néanmoins Dieu eût trouvé, s’il l’eût voulu, un autre mode que celui qu’il a choisi.

II° Quand l’Apôtre dit (verset 13) : Que si les morts ne ressuscitent pas, il prouve l’antécédent, c’est-à-dire que Jésus-Christ est ressuscité, et cela en conduisant aux conséquences contra-dictoires. Pour établir cette preuve, I. saint Paul conduit à la contradiction ; II. il la fait ressortir (verset 15) : Nous ne sommes plus que de faux témoins, etc…

I. Sur la première partie, il fait sa déduction en supposant que si Jésus-Christ n’est pas ressuscité, les morts ne ressusciteront pas. S’il en est ainsi, il s’ensuit deux contradictions : la première, que la prédication des Apôtres est vaine et inutile ; la seconde, que la foi des Corinthiens est vaine, ce qui lui fait dire (verset 14) : Et si Jésus-Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est vaine, etc. C’est aussi ce qu’il dit : Du moment que soit eux, soit moi, s’ils prêchent ainsi, etc. Il dit donc : Mais si Jésus-Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est inutile, c’est-à-dire fausse, puisque vous avez cru ainsi. C’est là une grande contradiction, que la prédication des apôtres n’ait pas été fondée sur la vérité, quand saint Paul lui-même dit (Philip., II, 16) : "Je n’aurai ainsi ni couru ni travaillé en vain."

II. (verset 15) : Nous ne sommes plus que, etc. saint Paul montre ici que les deux conséquences qu’il a signalées sont absurdes. Et d’abord que c’est une absurdité que la prédication des apôtres soit inutile ou fausse ; ensuite, que c’est une autre absurdité que la foi des Corinthiens soit inutile (verset 17) : Si Jésus n’est pas ressuscité, etc.

1° Il fait ressortir la première absurdité, en disant que les apôtres ne seraient plus que de faux témoins, non seulement en déclarant des choses vaines ou fausses contre un homme, ce qui est une faute mortelle, mais faux témoins contre Dieu même, ce qui est un sacrilège ; car, si Dieu n’a pas ressuscité Jésus-Christ d’entre les morts, comme nous le prêchons, (verset 15), nous ne sommes plus que de faux témoins ; et si les morts ne ressuscitent pas, Dieu n’a pas ressuscité Jésus-Christ ; (Job XIII, 7) : "Dieu a-t-il besoin de votre mensonge, etc. ? C’est le comble de la méchanceté d’attribuer à Dieu ce qu’il n’a pas fait, et de le louer de ce qu’il n’est pas. Aussi saint Augustin dit-il (Ep. VIII) : "Louer Dieu de son mensonge, ce n’est pas un crime moindre, mais peut-être un plus grand que d’attaquer sa vérité." La raison en est que notre intelligence ne peut jamais louer Dieu assez, pour ne pas rester au-dessous de ses perfections ; si donc notre intelligence ne peut embrasser toute la vérité à l’égard de Dieu, cette impuissance même tourne à la gloire divine ; mais si l’on attribue à Dieu ce qu’il n’a pas, ou ce qu’il ne fait pas, il semble que notre intelligence soit plus grande que Dieu même, connaît et lui attribue faussement quelque chose de plus grand que lui, malgré cette parole de saint Jean (1 ép., III, 20) : "Dieu est plus grand que notre coeur."

2° (verset 17) : Que si Jésus-Christ : saint Paul fait voir qu’une autre absurdité serait que la foi des Corinthiens soit vaine. Dans ce dessein, il développe trois inconséquences qui découleraient de là.

A) La première, qu’il est constant que le mensonge n’a pas la vertu de purifier ; or il est certain que la foi purifie du péché ; (Actes, XV, 9) : "Ayant purifié leurs coeurs par la foi, etc. " Si donc notre foi est vaine, ce qui serait si Jésus-Christ n’est pas ressuscité, car c’est cela que vous avez cru, vos péchés ne vous sont pas remis. C’est ce que dit l’Apôtre (verset 17) : Vous êtes encore dans vos péchés.

B) Mais comme l’on pourrait dire : si la foi ne remet pas les péchés, ils peuvent être remis au moyen des bonnes oeuvres, saint Paul indique la seconde inconséquence, à savoir que les morts, qui ne peuvent pas être purifiés de leurs péchés dans l’autre vie, ont péri sans espoir aucun de salut, et par conséquent, tirant en quelque sorte sa conclusion, il dit (verset 18) : ceux donc qui se sont endormis, c’est-à-dire qui sont morts dans l’espérance du salut, en Jésus-Christ, c’est-à-dire dans la foi de Jésus-Christ, ont péri, parce que dans l’autre vie il n’y a plus d’oeuvres méritoires.

C) Mais parce que l’on pourrait dire encore : je ne m’occupe pas des péchés, je ne m’inquiète pas des morts, pourvu que j’aie dans cette vie même le repos et la tranquillité, l’Apôtre fait ressortir une troisième inconséquence, en disant (verset 19) : Si l’espérance que nous avons en Jésus-Christ n’est que pour cette vie, etc. Saint Paul s’appuie sur l’argument suivant : si la résurrection des morts ne doit pas avoir lieu, il s’ensuit qu’il n’y a plus de bien pour les hommes, sinon dans la vie présente ; et s’il en est ainsi, ceux-là sont donc les plus malheureux, qui pendant la vie présente supportent tant de maux et de tribulations. Comme les apôtres et les chrétiens supportent plus de tribulations, il s’ensuit qu’ils sont plus misérables que le reste des hommes, qui au moins jouissent des biens de ce monde. Cependant on peut élever sur ce raisonnement deux difficultés : d’abord, il ne paraît pas vrai, d’une manière générale, que, comme le dit l’Apôtre, les chrétiens n’ont d’espérance que pour la vie présente, car ceux qu’il combat pourraient répondre que, bien que les corps n’aient des biens que dans cette vie, laquelle est assujettie à la mort, néanmoins ils ont, quant à l’âme, beaucoup de biens dans l’autre vie. On répond à ceci de deux manières : d’abord, si l’on nie la résurrection du corps, il n’est pas facile, disons mieux, il est difficile de défendre l’immortalité de l’âme. En effet, il est certain que l’âme est unie au corps naturellement, et qu’elle n’en est séparée que contre sa nature et par accident ; aussi l’âme dépouillée du corps est dans un état d’imperfection, tant qu’elle en est séparée. Or il est impossible que ce qui est naturel et par soi, soit fini et comme anéanti, et que ce qui est contre nature et par accident soit infini, en admettant que l’âme dure toujours sans le corps. C’est pourquoi les Platoniciens, supposant l’immortalité, ont supposé la réincorporation[10], bien que ce soit hérétique. Si donc les morts ne ressuscitent pas, nous n’avons pas d’espérance hors la vie présente. Une seconde raison, c’est que l’homme désire naturellement sa propre conservation ; or l’âme, étant une partie du corps de l’homme, n’est pas l’homme tout entier, car mon âme n’est pas moi ; ainsi, bien que mon âme obtienne d’être conservée dans l’autre vie, cependant ce ne sera plus moi ni un homme quelconque. En outre, l’homme ayant ce désir naturel de sa conservation, même quant au corps, ce désir demeurerait sans effet.

La seconde difficulté est qu’en admettant que les corps ne ressuscitent pas, il semble que nous, chrétiens, nous ne serions pas les plus misérables des hommes, parce que ceux qui vivent dans le péché supportent de lourds fardeaux ; (Jér., IX, 5) : "Ils ont travaillé pour pratiquer l’injustice" ; et (Sag., V, 7) : "Les impies ont proclamé : nous avons marché par des chemins difficiles". Mais il est dit de ceux qui sont bons et justes : (Gal., V, 22) : "Les fruits de l’Esprit sont la charité, la joie, la paix, etc." Il faut répondre que les maux de ce monde ne sont pas désirables en eux-mêmes, mais en tant qu’ils sont dirigés vers quelque bien ; or les apôtres et les chrétiens ont souffert en ce monde beaucoup de maux ; si donc ces maux n’avaient pour fin quelque bien, ils seraient les plus misérables des hommes. Ces maux donc se rapportent soit à un bien futur, soit à un bien présent ; or ils ne se rapportent pas à un bien futur s’il n’y a pas de résurrection des morts. S’ils se rapportent à un bien présent, soit c’est au bien de l’intelligence, comme ont fait les philosophes qui ont supporté les privations de la vie et d’autres épreuves pour arriver à la vérité pure. Mais ces maux ne peuvent se rapporter à un tel bien si la résurrection des morts n’existe pas, car alors la foi des apôtres serait un mensonge, puisqu’ils ont enseigné que cette résurrection aurait lieu ; or le mensonge ne saurait être un bien de l’intelligence. Soit c’est au bien des moeurs, but que les philosophes avaient en vue en enseignant la morale et en souffrant beaucoup d’afflictions, afin d’arriver à la vertu et à la réputation. Mais ces maux ne sauraient encore se rapporter, à ce bien, car s’il n’y a pas de résurrection des morts, il ne faut plus regarder comme une vertu et une gloire de renoncer à tout ce qui peut flatter l’orgueil, et de souffrir la mort et le mépris ; c’est plutôt une folie, il est donc prouvé qu’ils sont les plus misérables des hommes.


[10] Platon, Timée : "Quiconque aura mené la vie des justes retournera dans l’astre fraternel jouir de la suprême félicité ; les coupables deviendront femmes quand ils reparaîtront sur la terre. Tous, après mille ans, pourront choisir le genre de vie dont ils voudront hériter, et la condition même des méchants leur sera permise. Si le méchant n’en persiste pas moins dans sa folie, alors il prendra tour à tour, suivant les rites, la forme des brutes dont il aura copié les mœurs ; et les métamorphoses, ses supplices ne cesseront qu’au moment où, par la victoire de l’essence originelle sur les éléments grossiers qui la déshonorent, et donc sur la foule des passions turbulentes, il retrouvera la dignité de son être et de ses premières vertus.


Leçon 3 : 1 Corinthiens XV, 20-28 — Notre résurrection à la fin du monde
SOMMAIRE : L’Apôtre explique les rapports qui existent entre la résurrection de Jésus-Christ et la nôtre, et quel sera l’ordre de la résurrection.

20. Mais maintenant le Christ est ressuscité, et il est devenu les prémices de ceux qui dorment.

21. Car comme la mort est venue par un homme, la résurrection des morts doit venir aussi par un homme ;

22. Et comme tous meurent en Adam, tous revivront aussi dans le Christ,

23. Et chacun en son rang, le Christ le premier, comme les prémices ; puis ceux qui sont à lui, qui ont cru en son avènement.

24. Et alors viendra la consommation, lorsqu'il aura remis son royaume à son Père, et qu'il aura détruit tout empire, toute domination et toute puissance.

25. Car le Christ doit régner jusqu'à ce que le Père lui ait mis tous ses ennemis sous les pieds.

26. Or la mort sera le dernier ennemi qui sera détruit; car il lui a mis tout sous ses pieds. Mais quand il est dit

27. Que tout lui est assujetti, il est indubitable qu'il faut en excepter Celui qui lui a assujetti toutes choses.

28. Lors donc que toutes choses auront été assujetties ou Fils, alors le Fils lui-même sera assujetti à Celui qui lui aura assujetti toutes choses, afin que Dieu soit tout en tous.

Saint Paul prouve maintenant que la proposition conditionnelle qu’il a posée plus haut est vraie, c’est-à-dire : si Jésus-Christ est ressuscité, les morts ressusciteront. Pour l’établir, I° il détermine le rapport qui existe entre la résurrection de Jésus-Christ et les autres résurrections ; II° il dit quel sera l’ordre de la résurrection (verset 23) : mais chacun à son rang ; III° il en explique la fin (verset 24) : Ensuite viendra la fin de toutes choses.

I° Sur la première subdivision, l’Apôtre établit : I. La relation de la résurrection de Jésus-Christ avec la résurrection des hommes, en tirant sa preuve de la proposition conditionnelle précédente ; II. il prouve cette relation même (verset 21) ; car c’est par un homme que la mort est venue.

I. Il dit donc (verset 20) : Mais maintenant, c’est-à-dire dès lors que ces absurdités se présentent si Jésus-Christ n’est pas ressuscité, disons, afin de les éviter, qu’il est ressuscité. Cette résurrection, d’ailleurs, est de toute vérité, d’après ce qui est rapporté au chapitre dernier de saint Matthieu et en d’autres endroits des Evangiles. Or le rapport de la résurrection de Jésus-Christ, à l’égard de la résurrection des autres, est semblable aux prémices des fruits par rapport à ceux qui les suivent et qu’ils surpassent par leur durée, leur saveur et leur beauté. Voilà pourquoi l’Apôtre dit que Jésus-Christ est ressuscité, non pas comme les autres, mais (verset 20) : comme les prémices, c’est-à-dire comme le premier, et pour le temps et pour la dignité (Apoc., I, 5) : "le premier-né d’entre les morts." Je dis les prémices de ceux qui sont endormis, c’est-à-dire des morts, qui reposent dans l’espérance de la résurrection. On peut déduire de là la proposition conditionnelle supposée, à savoir que, comme nous le disions et comme il est vrai, si Jésus-Christ, qui est en quelque sorte les prémices de ceux qui dorment, est ressuscité, les antres ressusciteront également. On objecte que cela est contredit, à savoir que Jésus-Christ n’est pas ressuscité comme les prémices de ceux qui dorment, car Lazare a été ressuscité par Jésus-Christ lui-même avant sa passion, et quelques prophètes ont aussi ressuscité des morts, comme il est rapporté dans l’Ancien Testament. Il faut répondre qu’il y a deux sortes de résurrection : l’une à la vie mortelle, et c’est à cette vie que furent rappelés Lazare et les autres qui ressuscitèrent avant Jésus-Christ ; l’autre à la vie immortelle, et c’est de celle-ci que parle l’Apôtre. On insiste : on lit en saint Matthieu (XXVII, 52) que "Plusieurs corps des saints qui étaient morts se levèrent." Donc, comme ce fait a précédé la résurrection de Jésus-Christ, et que certainement ces morts ne ressuscitèrent pas à la vie immortelle, il semble que la première difficulté subsiste. Il faut répondre que ce que dit saint Matthieu, dans le chapitre XXVII, de cette résurrection des saints, il le dit par anticipation ; car, bien qu’on lise ce récit dans l’histoire de la Passion, ces morts ne ressuscitèrent pas alors, mais après que Jésus-Christ fut ressuscité.

II. (verset 21) : Car c’est par un homme, etc., Paul prouve la relation supposée, c’est-à-dire que Jésus-Christ a été les prémices de ceux qui dorment. Il le prouve d’abord d’une manière générale, ensuite d’une manière spéciale (verset 22) : et comme tous meurent en Adam, etc.

1° Il le prouve en général par ce raisonnement : Dieu a voulu restaurer la nature humaine ; or la nature humaine a été viciée par un homme, puisque c’est par un homme que la mort est venue ; il était donc de la dignité de cette nature d’être restauré par un homme ; or cette restauration consiste dans le retour à la vie ; il est donc convenable que de même que la mort est venue par un homme, c’est-à-dire par Adam (verset 21) : ainsi la résurrection des morts vint par un homme, c’est-à-dire par Jésus-Christ ; (Rom., V, 17) : "Si, à cause du péché d’un seul, etc.

2° (verset 22) : Et comme tous meurent par Adam, l’Apôtre prouve ici sa proposition d’une manière spéciale, en disant : de même que tous nous mourons en Adam d’une mort corporelle, ainsi sommes-nous tous vivifiés en Jésus-Christ ; (Rom., V, 12) : "[Comme le péché est entré dans ce monde] par un seul homme, etc."

Saint Paul ne dit pas par Eve, ce qui paraît contredire ce passage de l’Ecclésiastique (XXV, 33) : "C’est par elle que nous mourons tous." Il faut répondre que cette mort est arrivée par Eve, c’est-à-dire à sa suggestion, mais par Adam comme cause, car si Eve seule eût péché, le péché originel n’eût pas été communiqué à ses descendants ; (verset 22) : Tous donc revivront en Jésus-Christ, c’est-à-dire les bons et les méchants, de la vie de la nature, mais de la vie de la grâce les bons seulement. Néanmoins l’Apôtre parle ici de la résurrection à vie de la nature, pour laquelle tous seront vivifiés ; (Jean V, 26) : "Comme le Père a la vie en lui, ainsi a-t-il donné au Fils d’avoir la vie en lui," c’est-à-dire la puissance de vivifier ; et encore (Jean V, 28) : "Tous ceux qui sont dans les sépulcres, etc."

II° (verset 23) : mais chacun a son rang, etc. ici l’Apôtre explique l’ordre de la résurrection. Et d’abord, il insinue cet ordre ; ensuite, il explique ce qu’il vient de dire (verset 23) : Jésus-Christ d’abord, comme le prémices, etc.

I. Il dit donc, ce qui est vrai, que tous revivront en Jésus-Christ, mais avec des différences, car il y aura une différence entre le chef et les membres, et, de plus, entre les bons et les méchants. C’est pourquoi l’Apôtre dit mais chacun à son rang, à savoir de dignité ; (Rom., XIII, 1) : "Tout ce qui est a été établi par Dieu."

II. L’Apôtre développe immédiatement cet ordre (verset 23) : Jésus-Christ d’abord, comme les prémices, parce qu’il est le premier et par le temps et par la dignité, car il participe davantage à la gloire ; (Jean I, 14) : "Et nous avons vu sa gloire, comme la gloire que reçoit de son Père le Fils unique, etc." ; (verset 23) : ensuite ressusciteront tous ceux qui sont à Jésus-Christ, les seconds pour le temps et la dignité, ce sont ceux qui ont crucifié leur chair avec ses convoitises, etc… ; (Gal., IV, 4) : "Lorsque les temps ont été accomplis" ; (I Tim., VI, 14) : "Observez les préceptes que je vous donne, vous conservant sans tache et sans reproche jusqu’à l’avènement glorieux de Notre Seigneur Jésus-Christ." Saint Paul indique qui sont ceux qui appartiennent à Jésus-Christ, en disant (verset 23) : et qui ont cru, par la foi et par la charité, qui opère les œuvres ; (Hébr., XI, 6) : "Pour s’approcher de Dieu, il faut croire premièrement, etc." - (verset 23) : à son avènement, au premier et au second. Mais il faut se souvenir que pour les autres saints, il n’y aura pas d’ordre de temps, parce que tous ressusciteront en un clin d’œil ; toutefois il y aura un ordre quant à la dignité, car le martyr ressuscitera comme martyr, l’apôtre comme apôtre, et ainsi des autres.

III° (verset 24) : Ensuite viendra la fin de toutes choses, ici l’Apôtre désigne la fin de la résurrection ; or cette fin est de deux sortes : l’une est la possession du bien, l’autre la préservation du mal (verset 25) : Car Jésus-Christ doit régner, etc.

I. Sur la première de ces fins, saint Paul montre d’abord que la possession du bien lui-même consiste dans l’union à Dieu ; ensuite, que cette union est immédiate (verset 24) : lorsqu’il aura anéanti, etc.

1° Il dit donc : Ensuite, c’est-à-dire après ce qui vient d’être dit, viendra la fin de la résurrection, et cette fin, pour les ressuscités, ne sera pas de vivre de la vie du corps et des voluptés, comme se l’imaginaient les Juifs et les Mahométans, mais de s’unir à Dieu par la vision immédiate et l’heureuse jouissance de Dieu, ce qui est (verset 24) remettre son royaume à son Père. C’est pour quoi saint Paul dit (verset 24) : lorsqu’il aura remis, c’est-à-dire conduit son royaume, en d’autres termes les fidèles qu’il a rachetés au prix de son sang : (Apoc., V, 9) : "Vous nous avez rachetés par votre sang" - à Dieu son Père, c’est-à-dire en présence de Dieu son Créateur, en tant qu’homme, et son Père, en tant que Dieu. C’est là ce que demandait Philippe (Jean XIV, 8) : "Seigneur, montrez-nous votre Père, etc." Il remettra son royaume, et toutefois le conservera ; disons mieux, il régnera lui-même étant un seul Dieu avec le Père et le Saint Esprit. Ou encore : lorsqu’il aura remis son royaume à Dieu son Père, c’est-à-dire lorsqu’il manifestera à tous que son Père règne ; car, dans le langage de l’Ecriture, on dit qu’une chose se fait quand elle est connue pour la première fois ; or on connaît le Père par Jésus-Christ ; (Matthieu XI, 27) : "Personne ne connaît le Père, si ce n’est le Fils et celui à qui, etc."

2° (verset 24) : Et lorsqu’il aura anéanti. Saint Paul établit ici que cette union est immédiate. Car, ainsi qu’il est dit (Gal., IV, 1) : "Tant que l’héritier est encore enfant, il est sous la puissance des tuteurs, etc." ; mais lorsqu’il est grand et arrivé à l’âge parfait, alors il n’a plus ni gouverneur ni tuteur, ni intermédiaire, et reste sous l’autorité de son père dans sa maison. Or l’état de la vie présente est comparé à l’enfance : pendant cette vie nous sommes donc sous la garde des anges, qui sont comme nos tuteurs, en tant qu’ils ont autorité sur nous et nous dirigent ; mais lorsque le royaume aura été remis par Jésus-Christ à Dieu son Père, nous serons immédiatement sous l’autorité de Dieu, et toute autre puissance cessera. C’est ce qui fait dire à saint Paul (verset 24) : Et lorsqu’il aura anéanti toute principauté, toute puissance et toute vertu," c’est-à-dire lors qu’aura pris fin toute puissance protectrice, soit humaine, soit angélique, nous serons immédiatement sous l’autorité de Dieu ; (Isaïe, II, 12) : "Dieu seul paraîtra grand en ce jour-là" ; et (Jér., XXXI, 34) : "Et nul n’instruira plus son prochain, etc.

Les hiérarchies angéliques demeureront-elles alors distinctes ? Il faut répondre qu’elles resteront distinctes quant à l’éminence de la gloire, laquelle donne à l’une prééminence sur l’autre, mais qu’elles ne le seront plus quant à l’action de leur ministère par rapport à nous. Voilà pourquoi l’Apôtre dit que celles de ces hiérarchies dont les noms désignent les ministères, à savoir les Principautés, les Puissances et les Vertus, seront anéanties. Il ne nomme point les hiérarchies supérieures, parce qu’elles n’ont pas de ministères, ni les anges, parce que c’est le nom commun à tous. Il ne dit pas non plus que les Dominations seront anéanties, parce que, bien qu’elles soient du nombre des ministères, toutefois elles n’exécutent rien par elles-mêmes, mais commandent et dirigent. En effet, il appartient à ceux qui dominent de diriger et de commander, non d’exécuter ; on ne sépare point les Archanges des Principautés, parce que l’expression « ¢rcoj » a le même sens que commandement. Ces trois ordres, suivant saint Grégoire, sont rangés par gradation descendante ; car, selon ce Père (Hom., XXXIV sur l'Ev.), les Principautés sont au-dessus des Puissances, et les Puissances au-dessus des Vertus ; mais, au sentiment de saint Denis (Hiérarchie Céleste, VI), ils sont en gradation ascendante ; car, suivant lui, les Vertus sont au-dessus des Puissances, et celles-ci au-dessus des Principautés. Ou encore : lorsqu’il aura anéanti, etc., c’est-à-dire : on reconnaîtra alors que les Principautés, et les Puissances, et les Dominations n’ont d’elles mêmes aucune autorité, mais qu’elles la tiennent de Dieu, de qui procèdent toutes choses.

II. Lorsque l’Apôtre ajoute (verset 25) : Car Jésus-Christ doit, etc., il indique la fin de la résurrection, quant à la préservation du mal, ce qu’il manifeste par la destruction de tous les ennemis aux pieds du Christ. Et d’abord il exprime leur destruction ; ensuite la perfection de leur soumission (verset 26) : Or la mort sera le dernier ennemi détruit ; et, en dernier lieu, la fin de cette soumission (verset 28) : lors donc que toutes choses auront été assujetties.

1° Il dit : J’ai avancé que la fin de toutes choses arrivera lorsque Jésus-Christ aura réuni son royaume à Dieu, son Père. Mais Jésus-Christ a-t-il un royaume pour pouvoir régner ? Oui, car on lit (Matth.., XXVIII, 18) : "Tout pouvoir m’a été donné, etc." ; et (Luc, I, 32) : "Il régnera sur la maison de Jacob." Jésus-Christ doit, disons-nous, régner jusqu’à ce que Dieu ait mis tous ses ennemis sous ses pieds ; mais est-ce que, dès maintenant, ses ennemis ne sont pas sous ses pieds, c’est-à-dire sous la puissance de Jésus-Christ ? Il faut répondre que les ennemis de Jésus Christ sont déjà sous sa puissance, mais de deux manières : en tant qu’ils sont convertis par lui, comme Paul, qu’il renversa le visage contre terre ; (Actes, IX, 3), ou en tant que Jésus-Christ fait sa volonté, même à l’endroit de ceux mêmes qui agissent contre la volonté de Jésus-Christ. Il met donc ses ennemis sous ses pieds, en les punissant ; et dans son règne futur il les mettra sous ses pieds, c’est-à-dire sous la puissance de l’humanité de Jésus-Christ. Car de même que par le Chef on entend en Jésus-Christ la Divinité, attendu que (ci-dessus, XI, 3) : le chef de Jésus c’est Dieu, ainsi on entend par les pieds son humanité ; (Psaume CXXXI, 7) : "Nous l’adorerons dans le lieu où il a posé ses pieds, etc." Ainsi donc, ses ennemis seront non seulement sous la puissance de la Divinité, mais encore sous celle de l’humanité de Jésus-Christ ; (Philip., II, 10) : "afin qu’au nom de Jésus tout genou, etc."

Mais que veut dire cette parole de saint Paul : jusqu’à ce que Dieu mette, etc.? Est-ce que Jésus-Christ ne régnera pas avant que Dieu ait mis ses ennemis sous ses pieds ? Il faut répondre que ce passage peut être entendu de deux manières. En effet, cette expression : "jusqu’à ce que," détermine quelquefois le temps, et s’emploie pour un temps limité, comme lorsque je dis : je ne verrai point Dieu jusqu’à ce que je meure c’est-à-dire je ne verrai pas Dieu jusqu’à ce moment, mais alors je le verrai. Quelquefois elle indique un temps indéterminé, comme lorsqu’on dit (Matth., X, 23) : "Et il ne l’avait pas connue quand elle enfanta son Fils premier-né," non pas que l’Evangile ait voulu dire que Joseph ne la connut pas seulement jusqu’à ce qu’elle ait mis au monde son Fils, puisqu’il ne la connut pas davantage dans la suite, comme dit saint Jérôme, mais on emploie cette façon de parler toutes les fois qu’on veut prévenir seulement un doute. L’Evangile écarte donc ici seulement ce qui pouvait présenter un doute, à savoir que Joseph eût connu la Bienheureuse Vierge avant son enfantement ; qu’après l’enfantement de Jésus, jamais Joseph n’ait connu Marie, ce ne peut être douteux pour personne, car il fut le témoin de tous les mystères de l’Enfant divin ; il fut si souvent instruit par les anges et il vit Jésus adoré par les Mages. Il pouvait donc reconnaître la Mère de Dieu, et par conséquent l’Evangile ne s’inquiétait pas d’exclure le doute : c’est cette façon de parler que l’Apôtre emploie ici. Que quelqu’un règne, quand ses ennemis ne sont pas soumis encore, ce peut être douteux, mais qu’il règne après que ses ennemis sont soumis, il n’y a plus de doute possible : voilà ce à quoi l’Apôtre veut particu-lièrement répondre quand il dit : Jusqu’à ce que, etc., comme s’il disait : il est vrai que Jésus-Christ règne, et bien qu’il ait encore quelques ennemis qui ne font pas sa volonté, il règne cependant jusqu’à ce que, etc. On peut encore entendre ce passage d’une autre manière, en regardant l’expression Jusqu’à ce que comme déterminant un temps à venir ; le sens serait : le Christ doit régner. Mais quand ? Jusqu’à ce que Dieu ait mis sous ses pieds, etc. ; en d’autres termes il régnera jusqu’au moment où Dieu aura mis ses ennemis sous ses pieds, et ensuite il ne régnera plus. Mais d’après cette explication, régner ne veut pas dire avoir un royaume, mais avancer et augmenter en puissance, et cela quant à la manifestation parfaite du règne de Jésus-Christ, comme si l’Apôtre voulait dire : le règne de Jésus-Christ se parfait peu à peu, en ce sens qu’il est connu et manifesté, jusqu’à ce que Dieu ait mis ses ennemis sous ses pieds, c’est-à-dire jusqu’à ce que tous ses ennemis confessent qu’il règne : les bons avec la joie de la béatitude, les méchants avec confusion, et ensuite il ne règne plus, c’est-à-dire son règne ne reçoit plus d’accroissement ni aucune manifestation nouvelle, parce qu’il est déjà manifesté dans sa plénitude. Voilà la soumission de tous ses adversaires, soumission qui se fera dans toute l’étendue possible, parce que ce qui lui est plus opposé lui sera alors soumis, à savoir la mort, qui est principalement opposée à la vie. C’est pourquoi l’Apôtre dit (verset 26) : Or la mort sera le dernier ennemi détruit, etc.

2° Ici l’Apôtre rappelle la soumission de la mort ; puis il prouve cette soumission par voie d’autorité (verset 26) : Tout a été mis sous ses pieds ; enfin, du passage cité il argumente (verset 26) : Mais en disant, etc…

A) Il dit donc : J’ai établi que Dieu a mis sous les pieds de Jésus-Christ tous ses ennemis ; mais de quelle manière ? de la manière la plus absolue, je le répète, puisque (verset 26) : En dernier lieu, la mort même, qui est son ennemie, sera détruite, c’est-à-dire à la fin du monde, puisqu’elle ne pourra subsister avec la vie là où tous vivront par la résurrection ; (Osée, XIII, 14) : "O mort, je serai ta mort !" et (Isaïe, XXV, 8) : "Il précipitera la mort à tout jamais." Il faut observer ici qu’Origène a pris de ce passage occasion d’enseigner une erreur, qu’il a développée dans son Périarchon. Il a prétendu que les peines des damnés étaient destinées à purifier les âmes, et non éternelles ; il a soutenu que tous ceux qui sont en enfer se convertiraient un jour à Jésus-Christ et seraient sauvés, sans excepter Satan. Il appuie cette erreur sur ces paroles : jusqu’à ce que je mette vos ennemis, etc. ; il entend que cette expression : vos ennemis sous ses pieds, etc., doivent s’expliquer de la soumission à Dieu par la conversion des pécheurs, et non de cette soumission par laquelle sont sujets de Jésus-Christ même ceux qui ne se convertissent jamais à lui, en tant qu’il les punit dans les enfers. Voici son explication : "Jésus-Christ doit régner jusqu’à ce que Dieu mette ses ennemis sous ses pieds" ; alors tous les damnés et tous ceux qui sont dans les enfers seront sauvés, c’est-à-dire se convertiront à Dieu et le serviront ; et non seulement les hommes qui auront été damnés, mais même, pour « mais encore », en dernier lieu la mort elle-même, c’est-à-dire le démon, sera détruite ; non pas qu’elle ne subsistera plus du tout, mais elle ne subsistera plus comme mort, puisque le démon lui-même, à la fin, sera sauvé. Cette doctrine est hérétique et condamnée dans un concile[11]. Il faut encore remarquer que l’Apôtre a dit expressément (verset 26) : Or la mort sera le dernier, etc., afin de prévenir deux questions que l’on aurait pu faire sur ce qui a été dit de la résurrection des morts : la première si Jésus-Christ pouvait rendre la vie aux morts. Cette difficulté est résolue par ces paroles : Dieu a mis sous les pieds de Jésus-Christ tous ses ennemis et la mort elle-même. La seconde : pourquoi ne les a-t-il pas ressuscités aussitôt ? Il faut répondre à ceci qu’il doit d’abord mettre ses ennemis sous ses pieds, et lorsqu’à la fin la mort elle-même sera détruite, tous ressusciteront à la vie. Si donc il diffère, ce n’est pas qu’il ne peut pas, mais pour conserver l’ordre, parce que les oeuvres de Dieu se font d’après une règle.

B) Or que la mort elle-même soit soumise à Jésus-Christ, saint Paul le prouve par voie d’autorité (Psaume VIII, 8) : "Vous avez mis toutes choses sous ses pieds," c’est-à-dire sous la dépendance de l’humanité de Jésus-Christ ; (Philip. II, 11) : "Et que toute langue, etc." ; (Isaïe XLV, 23) : "Tout genou fléchira devant moi, etc. "

C) L’Apôtre argumente sur cette autorité, en disant (verset 26) : Mais comme l’Ecriture dit, etc. Voici son raisonnement : Le prophète dit : "Vous avez tout mis sous ses pieds, etc." ; or, en disant "tout," il est certain qu’il n’excepte que Celui qui lui a soumis toutes choses. Donc toutes choses, même la mort, sont soumises à Jésus-Christ. Il dit donc (verset 26) : Puisque le Psalmiste dit (verset 27) : "Tout, lui est soumis," c’est-à-dire à Jésus-Christ, en tant qu’homme, à l’exception du Père, qui lui a tout soumis ; (Hébr., II, 8) : "Or, de ce que Dieu lui a soumis toutes choses, etc." ; et (Matthieu XXVIII, 18) : "Tout pouvoir m’a été donné, etc."

On objecte que si le Père a tout soumis au Fils, le Fils est moindre que le Père. Il faut répondre que le Père a soumis toutes choses à son Fils, en tant qu’homme, comme il a été dit, et en ce sens le Père est plus grand que le Fils, qui est inférieur au Père selon son humanité, mais lui est égal selon la divinité. Ou bien on peut dire que le Fils lui-même, en tant que Dieu, s’est soumis toutes choses, parce que sous ce rapport il peut tout ce que peut son Père ; (Philip., III, 20) : "Nous attendons le Sauveur, etc." par cette vertu efficace qui peut lui assujettir toutes choses.

3° Lorsqu’il dit enfin (verset 28) : Lors donc que toutes choses auront été assujetties au Fils, etc…, l’Apôtre établit que la fin de cette résurrection n’est pas dans l’humanité de Jésus-Christ, mais que la créature raisonnable sera conduite au delà dans la contemplation de la Divinité, et que c’est dans cette contemplation que se trouve notre béatitude, car notre fin, c’est Dieu lui-même. C’est ce qui lui fait dire (verset 28) : Lors donc que toutes choses auront été assujetties, etc. : en d’autres termes, Dieu n’a pas encore soumis toutes choses à Jésus-Christ ; mais, lorsque tout sera soumis à Jésus-Christ, alors le Fils lui-même, selon son humanité, sera soumis au Père ; (Jean XIV, 28) : "Mon père est plus grand que moi." Dès maintenant Jésus-Christ, en tant qu’homme, est soumis à son Père, mais alors cette soumission sera plus manifeste. La raison de cette soumission est qu’il faut que Dieu soit tout en tous, c’est-à-dire que l’âme de l’homme repose totalement en Dieu, et que Dieu seul soit la béatitude. Car maintenant dans l’un se trouve la vie, dans l’autre la vertu, et la gloire dans un troisième ; mais alors Dieu sera la vie et le salut, et la vertu et la gloire, tout enfin. Ou autrement encore : afin que Dieu soit tout en tous, parce qu’alors on verra que tout ce que nous avons de bien vient de Dieu.


[11] Concile de Constantinople en 553, cinquième oecuménique. Quelques auteurs prétendent que le nom d’Origène a été interpolé au canon XI°.


suivant