29. Autrement, que feront ceux qui sont baptisés pour les morts s’il est vrai que les morts ne ressuscitent pas ? Pourquoi sont-ils baptisés pour les morts ?
30. Et pourquoi nous nous exposons-nous à toute heure à tant de périls ?
31. Il n'y a pas de jour que je ne meure, je vous en assure, mes frères, par la gloire que je reçois de vous dans le Christ Jésus Notre Seigneur.
32. Si, pour parler selon l'homme, j'ai combattu à Ephèse contre des bêtes farouches, quel avantage en tirerai-je si les morts ne ressuscitent pas ? Ne pensons qu'à boire et à manger, puisque demain nous mourrons !
33. Ne vous laissez pas séduire. Les mauvais entretiens corrompent les bonnes moeurs.
34. Justes, tenez-vous dans la vigilance, et gardez-vous du péché ; car il y en a quelques-uns qui ne connaissent pas Dieu ; je vous le dis pour vous faire honte.
Après avoir prouvé la résurrection des morts par la résurrection de Jésus-Christ, l’Apôtre démontre cette même résurrection par la vie des fidèles. A cet effet, I° il prouve sa proposition ; II° il y joint un avertissement (verset 33) : Ne vous laissez pas séduire, etc.
I° Il prouve sa proposition eu poussant à trois conséquences inadmissibles : la première, que la piété des fidèles à l’égard du baptême n’obtiendrait pas son effet ; la seconde, que le travail des saints serait frustré de sa récompense (verset 30) : Et pourquoi nous-mêmes nous exposons-nous à tant de périls ?; la troisième, qu’on prendrait de là prétexte pour se livrer aux voluptés (verset 32) : Mangeons et buvons, etc.
I. Sur la première de ces inconséquences, 1° il l’exprime ; 2° il la développe (verset 29) : S’il est vrai que les morts, etc.
1° Il dit donc : J’ai affirmé que les morts ressuscitent, (verset 29) : Autrement, c’est-à-dire s’il n’y a pas de résurrection future des morts, comme nous l’avons prêchée, que gagneront ceux qui, etc. ? Ce passage peut être entendu de deux manières : d’abord en ce sens que l’Apôtre, par ce mot les morts, comprenne les oeuvres de péché, qui sont mortes, attendu qu’elles sont privées de la vie de la grâce et qu’elles conduisent à la mort ; (Hébr., IX, 14) : "le sang de Jésus-Christ purifiera, etc. " Ainsi expliquée, la lettre ne présente pas de difficulté. Que feront donc ceux qui sont baptisés pour les morts veut dire : [A quoi sert de se faire baptiser] pour obtenir la rémission de ses péchés si l’on ne peut pas obtenir la vie de la grâce ? Une autre explication dit qu’à cette époque quelques personnes prétendaient qu’on pouvait recevoir d’abord le baptême, afin de se procurer à soi-même la rémission de ses péchés, puis être baptisé de nouveau pour quelque parent mort, afin que les péchés du défunt lui fussent remis même après sa mort. D’après cette explication, voici le sens littéral : Que gagneront ceux qui sont baptisés pour les morts, c’est-à-dire en faveur des parents pour le salut desquels ils reçoivent le baptême, sil n’y a pas de résurrection des morts ? Toutefois ces fidèles abusés pouvaient mériter des éloges sous un certain rapport, à savoir en tant qu’ils paraissaient croire à la résurrection ; mais sous un autre point de vue ils méritaient le blâme, parce qu’ils croyaient qu’on pouvait baptiser l’un au bénéfice de l’autre. Il se présente ici une difficulté : Si la prière d’un fidèle peut être utile à quelqu’un d’autre, pourquoi n’en serait-il pas de même du baptême ? On peut donner une double réponse : la première, que les oeuvres des vivants servent aux morts à cause de l’union par la charité et par la foi, mais ne servent qu’à ceux qui meurent dans la foi et la charité. Ainsi, ni la prière ni le baptême des vivants ne sont d’aucune utilité aux infidèles, et néanmoins la prière sert à ceux qui sont dans le Purgatoire. La seconde réponse, et la meilleure, c’est que les bonnes oeuvres profitent aux morts, non seulement par la puissance de la charité, mais encore par l’intention de celui qui les opère. Si donc, par exemple, je disais un psautier pour quelqu’un qui serait en Purgatoire et qui serait tenu de le dire afin de satisfaire pour ses péchés, ce psautier serait satisfaisant, mais seulement pour celui en faveur duquel je le dis. Il faut donc dire, dans ce sens, que le baptême manque d’efficacité non par notre intention, mais par l’intention de Jésus-Christ, car cette intention est que le baptême profite à ceux qui sont baptisés dans la foi de Jésus-Christ.
2° L’Apôtre explique ensuite la fausse conséquence, en disant (verset 29) : Si les morts, etc. ; et cette explication parait mieux convenir à la seconde exposition donnée plus haut, comme s’il disait (verset 29) : Pourquoi sont-ils baptisés pour eux, c’est-à-dire pour les morts, si les morts ne ressuscitent pas ? Mais si l’on s’arrête à la première exposition, alors on pourra dire : Si les morts ne ressuscitent d’aucune manière, pourquoi sont-ils baptisés pour eux, c’est-à-dire pour les péchés, attendu qu’ils ne sont pas remis?
II. (verset 30) : Et pourquoi nous-mêmes nous exposons-nous à toute heure à tant de périls ? : l’Apôtre exprime ici la seconde contradiction. A cet effet, 1° il exprime la contradiction d’une manière générale ; 2° d’une manière spéciale (verset 31) : Tous les jours, etc.
1° L’Apôtre dit donc : Non seulement ceux qui se font baptiser pour la rémission des péchés le font en vain, mais nous-mêmes, c’est en vain que nous passons par l’épreuve de l’affliction s’il n’y a pas de résurrection des morts. C’est ce qui fait dire à saint Paul (verset 30) : Pourquoi donc nous-mêmes, les apôtres de Dieu, nous exposons nous, c’est-à-dire nous livrons-nous aux dangers à toute heure ? ; (1 Cor., XI, 26) : "Souvent en péril sur les fleuves, en péril, etc." Car il est certain que les saints s’exposent aux tribulations et s’affligent eux-mêmes dans l’espérance de la vie éternelle, suivant ce qui est dit (Rom., V, 11) : "Et non seulement dans cette espoir, mais nous nous glorifions encore, etc." ; (verset 5) : "Or cette espérance n’est pas vaine, etc." Si donc il n’y a pas de résurrection des morts, c’est la ruine totale de l’espérance ; car c’est en vain que les saints s’affligeraient si les morts ne ressuscitent pas. Cela ne sert à rien de dire que l’âme séparée du corps reçoit sa récompense ; car, ainsi qu’on l’a démontré plus haut, ou ne pourrait prouver que l’âme est mortelle. 2° En ajoutant (verset 31) : "Chaque jour, etc., l’Apôtre montre la contradiction par rapport à lui en particulier. D’abord, quant à sa personne, ensuite, quant au lieu (verset 32) : Si, avec des vues humaines, j’ai combattu contre les bêtes, etc.
A) Il développe donc d’une manière spéciale les dangers que lui en particulier a courus dans sa propre personne (verset 31) : Oui, je meurs tous les jours, etc., en d’autres termes nous ne sommes pas exposés à des périls quelconques, mais au péril même de la mort ; car tous les jours je meurs, c’est-à-dire je suis en danger de mort ; (Psaume XLIII, 22) : "A cause de vous, tous les jours nous sommes livrés à la mort" ; et saint Paul (Rom., VIII, 36) montre que ces paroles ont été dites au nom des apôtres ; (I1 Cor., IV, 10) : "Portant toujours dans notre corps la mort, etc. " ; (verset 31) : pour votre gloire, c’est-à-dire pour acquérir la gloire que j’attends de votre conversion à la foi ; (I Thess., II, 20) : "Oui, c’est vous qui êtes notre gloire et notre joie." – cette gloire que j’ai, c’est-à-dire que j’espère avoir, en Jésus-Christ Notre Seigneur, en d’autres termes par la charité de Jésus-Christ. Une autre version porte : par la gloire ; alors cette expression est une sorte de serment, comme s’il disait : "par votre gloire," à savoir celle que vous attendez, et qui est Dieu même ; en d’autres termes : j’en jure par Dieu que j’ai déjà en espérance en Jésus-Christ, c’est-à-dire par sa Passion, etc. On voit par là que l'Apôtre lui-même a attesté avec serment, et que pour les parfaits, jurer ainsi n’est pas un péché.
B) (verset 32) : pour parler avec des vues humaines, saint Paul spécifie ici les dangers quant au lieu. Il faut remarquer qu’on lit ceci au ch. XIX, 23, des Actes, où il est dit que Paul, ayant converti beaucoup de gens à la foi, à Ephèse, quelques-uns soulevèrent le peuple contre lui, à tel point qu’il n’osa pas aller au théâtre, et qu’il fut exposé plusieurs fois au danger. Peut-être l’Apôtre fait-il ici allusion à ce péril, parce que cela s’était passé à peu de distance de Corinthe. Il dit donc (verset 32) : pour parler avec des vues humaines, c’est-à-dire selon la raison qui constitue l’homme, tirant de ce que j’ai dit sur la résurrection ma conclusion que l’homme ne meurt pas comme la bête ; (verset 32) : Pourquoi ai-je combattu contre les bêtes, c’est-à-dire contre des hommes qui vivaient à Ephèse à la façon des bêtes ? ou : Pourquoi ai-je combattu contre les bêtes à Ephèse ? et je dis ceci non d’après une révélation divine, mais selon l’homme, c’est-à-dire d’après son instinct, quand je me suis exposé à tant de dangers, etc.
III. Quand l’Apôtre dit (verset 32) : Mangeons, etc., il expose la troisième inconséquence, à savoir que s’il n’y a pas de résurrection des morts, on prendrait de là occasion de se livrer aux voluptés. Il semble dire : s’il n’y a pas d’autre vie, nous sommes des insensés si nous nous affligeons ; mais plutôt mangeons et buvons, c’est-à-dire usons des délices et jouissons de la volupté ; (Sag., II, 1) : "On ne connaît personne qui soit revenu, etc." ; et (Sag., II, 6) : "Venez donc, et jouissons, etc.", car demain, c’est-à-dire bientôt, nous mourrons, et nous périrons pour le corps et pour l’âme, si les morts ne ressuscitent pas.
II° En ajoutant (verset 33) : Ne vous laissez pas séduire, saint Paul conclut de ce qui précède un avertissement à l’adresse d’abord des faibles, ensuite de ceux qui sont justes et parfaits ; (verset 34) : Justes, tenez-vous dans la vigilance, etc.
I. Sur la première partie de cet avertissement,
1° il provoque l’attention des Corinthiens, en disant (verset 33) : Ne vous laissez pas séduire, en d’autres termes : il a été dit que s’il n’y a pas de résurrection des morts, ce serait folie de ne pas user des plaisirs et de la débauche. De peur donc de vous laisser aller à ces débauches, ne vous laissez pas séduire par ceux qui nient la résurrection ; (Colos., II, 18) : "Que personne donc ne vous séduise, etc."
2° Il montre le motif pour lequel ils doivent être attentifs, en disant (verset 33) : Les mauvais entretiens corrompent, etc. ; comme s’il disait : ne vous laissez pas séduire, parce que les mauvais entretiens, c’est-à-dire les discours de ceux qui nient la résurrection, corrompent les bonnes mœurs ; (II Tim., II, 17) : "Les discours qu’ils tiennent sont comme le cancer qui dévore." Saint Jérôme prétend que cette citation est tirée d’un auteur païen, et que c’est un vers d’un certain Ménandre. Nous avons là, remarque ce Père, une preuve qu’il nous est permis quelquefois, dans la sainte Ecriture, de nous servir de l’autorité des païens.
II. Quand saint Paul dit enfin (verset 34) : Justes, tenez-vous dans la vigilance, il donne un avertissement aux parfaits. On aurait pu dire en effet que les faibles devaient se garder des entretiens des hérétiques, parce que les faibles sont faciles à séduire, alors que les parfaits ne se laissent pas séduire ainsi ; mais l’Apôtre veut que les parfaits eux-mêmes soient sur leurs gardes. Dans ce dessein,
1° il excite leur attention, en disant (verset 34) : Justes, soyez dans la vigilance, c’est-à-dire vous qui vous regardez comme tels, veillez, c’est-à-dire faites très attention ; (Matth., XXIV, 42) : "Veillez, car vous ne savez, etc." ; et (Apoc., XV 15) : "Heureux celui qui veille, etc. !"
2° Il en donne la raison, en disant (verset 34) : Et ne péchez pas, etc. Cette raison est de deux sortes : la première, par rapport à eux-mêmes, car personne n’est si parfait qu’il n’ait pas à redouter le péché ; or le manque de vigilance et la torpeur conduisent fréquemment au péché ; afin donc qu’ils n’y tombent pas, l’Apôtre les engage à veiller. Voilà pourquoi il dit (verset 34) : et gardez-vous de pécher, c’est veillez à ne pas pécher ; (Tobie, IV, 6) : " Ayez Dieu présent à votre pensée, et ne vous laissez pas aller à consentir au péché." Il donne ensuite une seconde raison par rapport aux autres. Ils doivent avoir de la vigilance non seulement pour eux-mêmes, mais encore pour les autres, de peur qu’ils ne viennent à être séduits. C’est ce qui lui fait dire (verset 34) : Car il y en a quelques-uns parmi vous qui ne connaissent pas Dieu, c’est-à-dire la foi véritable ; (Rom., X, 3) : "Ne connaissant pas la justice de Dieu, etc." - (verset 34) : et je vous le dis pour votre honte, afin que vous soyez sur vos gardes ; ou encore à votre honte, parce qu’il est honteux à vous, qui vous regardez comme sages et instruits dans la foi, qu’il y en ait parmi vous qui ne connaissent pas Dieu, c’est-à-dire la foi véritable dans sa rectitude.
35. Mais, dira quelqu'un comment les morts ressuscitent-ils, et quel sera le corps dans lequel ils reviendront ?
36. Insensé que vous êtes ! ce que vous semez ne prend pas de vie s'il ne meurt auparavant.
37. Et quand vous semez, vous ne semez pas le corps qui doit naître, mais la graine seulement, comme du blé ou de quelque autre chose.
38. Mais Dieu, lui, donne un corps tel qu’il lui plaît, et il donne à chaque semence le corps qui est propre à chaque plante.
Après avoir prouvé, dans ce qui précède, la résurrection des morts, saint Paul enseigne ici comment ils ressusciteront et quelles seront les qualités des corps ressuscités. Sur ce point, I° il pose une question touchant l’état des ressuscités ; II° il la résout (verset 36) : Insensé que vous êtes, etc.
I° Il y a eu sur la résurrection deux erreurs. Quelques-uns nièrent totalement que la résurrection des morts dût avoir lieu ; car, ne considérant que les principes de la nature et son pouvoir, et voyant que, d’après ces principes et notre pouvoir, personne ne pouvait revenir de la mort à la vie, pas plus qu’un aveugle ne recouvre l’usage de la vue, ils furent amenés par là à nier totalement la résurrection. C’est eux que fait parler la Sagesse (II, 5) : "Le temps de notre vie n’est qu’une ombre qui passe, etc." ; et encore (Sag., II, 2) : "C’est du néant que nous sommes sortis, etc." ; et (Job, XIV, 14) : "L’homme, étant mort, pourrait-il bien vivre de nouveau, etc.?" D’autres ont dit que la résurrection des morts se ferait, mais qu’on ressuscitait pour le même mode de vie et pour des actes semblables. C’est ce que supposaient aussi quelques philosophes, qui enseignent qu’après le cours d’un grand nombre d’années, Platon reviendra de nouveau à la vie, et qu’il aura à Athènes les mêmes disciples qu’il eut autrefois. Telle était aussi l’assertion des Pharisiens (Matthieu XXII, 28), p.ex. à l’égard de la femme aux sept maris ; ce qui leur faisait demander : "Au jour de la résurrection, duquel des sept sera t-elle la femme ?" Enfin les mahométans s’imaginent qu’après la résurrection ils auront des épouses, des voluptés, des délices corporelles ; (Job, XX, 17) : "Qu’il ne voit pas les ruisseaux du fleuve, ni les torrents de miel et de lait." C’est contre eux qu’il est dit (Matthieu XXII, 30) : "ils seront comme les anges de Dieu dans le ciel." Saint Paul traite donc ici ces deux questions : la première, lors qu’il dit (verset 35) : Mais comment les morts ressusciteront-ils ? comment est-il possible que les morts, qui ne sont plus que poussière, reviennent à la vie ? La seconde, lorsqu’il ajoute (verset 35) : Et avec quel corps reviendront-ils ? en d’autres termes, ressusciteront-ils avec un corps tel qu’est celui que nous avons maintenant?
II° Saint Paul résout ces questions, lorsqu’il dit (verset 36) : Insensé que vous êtes, etc. Il résout d’abord la seconde, et ensuite la première (verset 51) : Voici que je vous apprends un mystère, etc. Or, pour l’intelligence de ce que dit saint Paul dans la première partie, il faut examiner ce qu’il se propose. Il veut, dans cette partie, montrer que les morts ressusciteront, et dans la même substance que durant la vie. Il propose donc d’abord deux comparaisons ; ensuite il les adapte à son sujet (verset 42) : Ainsi en sera-t-il de la résurrection des morts, etc. ; enfin, il donne la preuve (verset 44) : S’il y a un corps animal, etc. Sur la première subdivision, premièrement, il propose une comparaison d’un genre spécial ; secondement, plusieurs autres de divers genres (verset 39) : Toute chair n’est pas la même chair, etc. Sur cette première partie, il faut se rappeler que nous voyons dans une seule et même espèce un individu revêtir, quant à sa reproduction, des formes et des qualités diverses : le grain, par exemple, a, lorsqu’on le sème, une qualité et une forme différentes de celles qu’on lui voit lorsqu’il se développe et lorsqu’il est en herbe. Par cette comparaison, l’Apôtre se propose d’expliquer les qualités des ressuscités. Pour y arriver, il fait trois choses : I. il compare l’ordre de la semence au développement ; II. les qualités différentes de la semence et de la germination (verset 36) : Ce que vous semez, etc. ; III. la cause des qualités dans la germination (verset 38) : Et Dieu donne, etc.
I. Il dit donc (verset 36) : Insensé, etc. On objecte ce qu’on lit en saint Matthieu (V, 22) : "Celui qui dira à son frère : raca, etc." Il faut répondre que le Seigneur défend de dire à son frère : raca ou insensé, par colère et non par correction ; or le motif qui fait dire à l’Apôtre : Insensé ! c’est que cette objection contre la résurrection s’appuie sur les principes de la sagesse humaine, qui ne demeure sagesse qu’autant qu’elle est soumise à la sagesse divine ; mais dès qu’elle s’éloigne de Dieu, elle se corrompt et devient le contraire de la sagesse. Voilà pourquoi, cette sagesse contredisant la sagesse divine, l’Apôtre l’appelle insensée, comme s’il disait Insensé !, est-ce que vous ne faites pas l’expérience tous les jours, vous-même, que ce que vous semez dans la terre ne prend point vie, c’est-à-dire n’entre point en végétation, si auparavant il ne meurt, c’est-à-dire s’il ne passe par la décomposition ? (Jean XII, 24) : "Si le grain de blé, etc." L’Apôtre paraît tirer son point de comparaison de ceci, que quand le corps de l’homme est déposé dans le sépulcre, sous terre, c’est comme si on le semait, et quand il ressuscite, c’est comme une sorte de végétation. Aussi quelques auteurs ont pensé que la résurrection des corps se faisait naturellement, parce que saint Paul compare ici cette résurrection à germination de la semence, qui se fait suivant les lois naturelles. Ils pensent donc que dans cette poussière déliée dans laquelle se résolvent les corps humains, il existe certaines vertus séminales et actives qui opère la résurrection de ces corps. Mais cette opinion ne paraît pas conforme à la vérité, car la dissolution du corps humain en éléments se fait comme celle des autres corps composés ; donc la poussière en laquelle les corps humains viennent se résoudre n’a pas d’autre propriété active que les autres poussières, qui n’ont assurément pas de vertu active pour la constitution du corps humain, propriété qu’on ne trouve que dans la liqueur séminale de l’homme. Cependant il y a, entre la poussière en laquelle se résout le corps humain et les autres poussières, cette différence, d’après une disposition divine, que la première est destinée par la divine sagesse à servir de matière au renouvellement du corps humain. La cause active de la résurrection ne sera donc que Dieu seul, bien qu’il se serve pour l’opérer du ministère des anges, qui recueilleront cette poussière. Aussi saint Paul, expliquant plus loin le mode de la résurrection, l’attribue au son de la trompette, comme plus haut il l’a attribuée à la résurrection de Jésus-Christ ; mais nulle part il ne la voit dans quelque propriété active qui existerait dans cette poussière. Il ne veut donc point prouver par cette comparaison que la résurrection soit naturelle, comme le dévelop-pement opérée par la semence, mais il veut montrer par quelques exemples qu’il y a différence de qualités entre les corps de ceux qui meurent et de ceux qui ressuscitent ; et d’abord parce que la qualité de la semence n’est pas celle de la germination, ainsi qu’on le verra manifestement dans la suite.
II. Car, lorsqu’il dit ensuite (verset 37) : et ce que vous semez, etc., il fait voir que la qualité de la semence n’est pas la même que celle qu’on reconnaît à la germination, en disant (verset 37) : et ce que vous semez n’est pas le corps même de la plante qui doit venir, c’est-à-dire ce que vous semez n’est pas ce que le corps sera un jour. Il donne de suite l’explication, en ajoutant (verset 37) : Mais un grain nu, par exemple du blé, ou de quelque autre semence, car on sème le grain nu mais en germant il est orné de feuilles, d’épis et autres choses de ce genre. Semblablement, le corps humain aura, à la résurrection, des qualités différentes de celles qu’il a maintenant, comme il sera expliqué plus loin. Il y a cependant cette différence entre la résurrection du corps humain et la germination de la semence, que le corps humain ressuscitera numériquement le même, mais avec des qualités tout autres, ainsi que saint Paul le dit plus loin (verset 53) : Il faut que ce corps corruptible soit revêtu d’incorruptibilité. Il est dit aussi au livre de Job (XIX, 27) : "Je le verrai moi-même, et non pas un autre." Mais dans la germination, il n’y a ni les mêmes qualités, ni numériquement le même corps : le grain n’est le même que quant à l’espèce. Voilà pourquoi saint Paul, parlant précisément de la germination, a dit (verset 37) : Ce n’est pas le corps même de la plante qui doit venir que vous semez, donnant à entendre qu’il n’est pas le même quant au nombre. Sur ce point l'oeuvre de la nature est au-dessous de l’oeuvre de Dieu ; car la vertu de la nature peut bien reproduire le même corps quant à l’espèce, mais non quant au nombre ; la puissance de Dieu, au contraire, se reproduit même quant au nombre. Ainsi donc, de ce qui précède on peut déduire la preuve que la résurrection en fait n’a rien d’impossible, comme l’insensé le soutenait, puisque si la nature, de ce qui est mort, peut reproduire le même corps quant à l’espèce, Dieu peut bien plus facilement restaurer le même corps quant au nombre. Ce que fait la nature, c’est Dieu qui le fait, car c’est de lui qu’elle tient la puissance de le faire.
III. Saint Paul, indiquant ensuite les qualités de la germination, les attribue d’abord à Dieu, mais ensuite à l’action réglée de la nature. 1° Il dit donc d’abord (verset 38) : et Dieu donne à ce grain un corps tel qu’il lui plaît, c’est-à-dire : c’est un effet de la disposition divine que de telle semence naisse telle plante, laquelle est comme le corps de cette semence ; car le fruit dernier de la plante, c’est la semence. Saint Paul attribue ce résultat à une disposition de Dieu, parce que toute opération de la nature est l’opération de Dieu, suivant ce qui a été dit au chapitre XII, 6 — Il n’y a qu’un même Dieu qui opère tout en tous. On peut expliquer ainsi ce verset : il est évident que les choses naturelles, dépourvues d’intelligence, font leur oeuvre pour une fin déterminée ; autrement elles n’atteindraient pas la même fin, ni toujours, ni même en majeure partie. Il est également manifeste qu’aucun être privé de raison, s’il n’est dirigé par un autre être intelligent, ne tend à une fin certaine : ainsi la flèche ne se dirige vers le but fixé qu’autant que celui qui lui imprime l’impulsion l’a voulu. De même donc qu’en voyant une flèche tendre directement vers un but déterminé on reconnaît aussitôt qu’une main la dirige, bien qu’on ne voie point cette main, ainsi, quand nous voyons les êtres naturels privés de raison tendre à des fins invariables, nous pouvons savoir avec certitude que leur action se fait d’après une volonté qui les conduit : cette volonté, nous l’appelons Dieu. Aussi saint Paul dit que Dieu donne à la semence un corps, c’est-à-dire produit, de la semence, la plante, comme il le veut. 2° Toutefois, pour qu’on ne croie point que ces effets naturels proviennent uniquement de la volonté de Dieu sans aucune opération ou relation de la nature, l’Apôtre ajoute (verset 38) : et à chaque semence, le corps qui lui est propre ; par exemple, de la semence de l’olive naît l’olivier, et de la semence du froment naît le froment. C’est de là qu’il est dit (Gen., I, 11) : "Que la terre produise les plantes verdoyantes avec leur semence, chacun selon son espèce, etc." Ainsi donc, à la résurrection, le corps ressuscitera avec d’autres qualités, propor-tionnées toutefois aux mérites de celui qui est mort.