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Leçon 8 : 1 Corinthiens XV, 51-52 — Comment se produira la résurrection ?
SOMMAIRE : L’Apôtre explique l’ordre de la résurrection ; il affirme cette résurrection future.

51. Voici un mystère que je vais vous dire : Nous ressusciterons tous, mais nous ne serons pas tous changés.

52. En un moment, en un clin d’oeil, au son de la dernière trompette (car la trompette sonnera), et les morts ressusciteront en un état incorruptible, et alors nous serons changés.

Après avoir répondu à la question de l'état des corps ressuscités, saint Paul répond ici à la question du mode et de l’ordre de la résurrection. A cet effet, d'abord il expose l’un et l’autre, ensuite il confirme son explication par un témoignage (verset 51) : Et après que ce corps de mort, etc. Sur la première partie, I° il énonce ce qu’il veut établir ; II° il montre dans quel ordre tout s’accomplira (verset 52) : En un moment, en un clin d’oeil, etc…

I° Il rend les Corinthiens attentifs, en leur faisant entrevoir que ce qu’il enseigne est élevé et difficile. Il dit donc (verset 51) : Voici que je vous apprends un mystère, c’est-à-dire quelque chose de caché ; je vous l’apprends, c’est-à-dire je vous découvre, mes frères, ce qui doit être découvert à vous et à tous ceux qui croient ; (Luc, VIII, 10) : "Il vous est donné de connaître, etc." ; et (ci-dessus, II, 6) : Nous prêchons néanmoins la sa gesse aux parfaits ; et à la suite (verset 7) : Mais nous prêchons la sagesse de Dieu, qui est cachée dans son mystère. Saint Paul dit quel est ce mystère, en ajoutant (verset 51) : Nous ressusciterons tous, etc. Sur ce premier point, il faut remarquer, comme saint Jérôme le dit dans sa lettre aux moines Minervius et Alexandre, que ces mots : Tous nous ressusciterons, etc…, ne se trouvent dans aucun des exemplaires grecs ; toutefois quelques-uns portent : Tous, à la vérité, nous dormirons, c’est-à-dire nous mourrons. Mais la mort est appelée sommeil à cause de l’espérance de la résurrection ; c’est donc la même chose que ce que dit saint Paul : Tous nous ressusciterons, car personne ne ressuscite s’il ne meurt auparavant. Mais nous ne serons pas tous changés : cette partie du passage n’a subi aucune altération dans les exemplaires grecs, et ces paroles sont de toute vérité, car le changement dont il s’agit ici n’aura lieu qu’à l’égard des corps des bienheureux. Ces corps seront changés quant aux quatre prérogatives expliquées plus haut, et appelées qualités des corps glorieux. C’est ce changement que désirait Job (XIV, 14) : "Tout le temps de mon service, j’attends que ma délivrance arrive." Dans quelques exemplaires on lit : Nous ne dormirons pas tous, c’est-à-dire nous ne mourrons pas tous, mais tous nous serons changés ; ce qui peut être expliqué de deux manières. D’abord selon la lettre : des auteurs ont cru que tous les hommes ne mourraient pas, mais que quelques-uns d’entre eux, à l’avènement de Jésus-Christ, viendraient vivants à son jugement ; ceux-là donc ne mourront pas, mais seront changés en l’état d’incorruptibilité. Dans ce sens ces auteurs disent : Nous ne dormirons pas, c’est-à-dire nous ne mourrons pas tous, mais nous serons changés tous, soit bons, soit méchants, aussi bien les vivants que les morts. Suivant ces auteurs, le changement ne s’entend donc point de l’état du corps animal à l’état de corps spirituel, parce que, dans ce changement, les bons seuls seront changés, mais de l’état de corruption à l’état d’incorruptibilité. Ce même passage est expliqué mystiquement par Origène. Suivant cet auteur, il ne s’agit pas ici du sommeil de la mort, puis que tous nous mourrons ; (Psaume LXXXVIII, 49) : "Qui est l’homme qui pourra vivre, etc. ?" mais du sommeil du péché, dont il est dit (Psaume XII, 4) : "Eclairez mes yeux, afin que je ne m’en dorme jamais". Le sens serait : Nous ne mourrons pas tous, c’est-à-dire nous ne pécherons pas tous mortellement, mais tous nous serons changés, comme il est expliqué plus haut, de l’état de corruption à l’état d’incorruptibilité. Bien que ce texte :"Nous ne mourrons pas tous, etc." ne soit pas contre la foi, cependant l’Eglise préfère la première explication, à savoir que tous nous mourrons et ressusciterons, etc., parce que nous mourrons tous, encore que quelques-uns soient vivants alors.

II° Lorsque l’Apôtre dit (verset 52) : en un moment, en un clin d’oeil, etc., il explique et l’ordre et le mode de la résurrection. Il relève trois circonstances : I. le temps ; II. la cause de la résurrection (verset 52) : au son de la dernière trompette ; III. la marche de la cause à l’effet (verset 52) : Car la trompette sonnera, etc.

I. Il dit donc que tous nous ressusciterons mais comment ? (verset 52) : en un moment ; et par cette expression il réfute l’erreur de ceux qui pensent que la résurrection ne se fera pas simultanément pour tous. Ils disent que les martyrs ressusciteront avant les autres pendant mille ans[12] ; qu’alors Jésus-Christ descendra avec eux et possédera avec eux un royaume temporel à Jérusalem pendant mille ans. Telle fut l’opinion de Lactance. On en voit clairement la fausseté ; car tous nous ressusciterons en un moment, en un clin d’oeil. Ce passage détruit encore une autre erreur du même Lactance, qui prétendait que le jugement durerait pendant un intervalle de mille ans. Cette opinion est encore fausse, puisqu’il n’y aura pas alors d’intervalle de temps mesurable, mais que en un moment, etc. Il faut observer que cette expression : un moment, peut se prendre ou pour un instant même du temps, de même qu’on dit : maintenant, ou pour une durée imperceptible. Toutefois cette expression de l’Apôtre peut être entendue de l’une et l’autre manière, en l’appliquant à des circonstances différentes. En effet, si nous la rapportons au rassemblement des poussières humaines, qui se fera par le ministère des anges, un moment serait un temps imperceptible, car, la réunion de ces poussières supposant le changement d’un lieu à un autre, elle suppose une durée de temps. Mais si nous la rapportons au rassemblement des corps et à la réunion des âmes, opérations qui seront l’une et l’autre l’oeuvre de Dieu, alors moment signifie un instant du temps, parce que Dieu, dans un instant, unit l’âme au corps et vivifie le corps. On peut aussi rapporter à l’une et à l’autre de ces explications ce qu’a dit saint Paul (verset 52) : en un clin d’œil ; car si par ce « clin d’œil », on entend seulement l’action d’ouvrir les paupières, ce qui se fait dans un instant perceptible, alors elle s’applique à la réunion des poussières ; mais si par un clin d’oeil on entend le regard soudain de l’oeil, qui se fait instantanément, alors ce mot se rapporte à l’union de l’âme au corps.

II. En ajoutant (verset 2) : au son de la dernière trompette, l’Apôtre explique l’ordre de la résurrection quant à sa cause immédiate. Cette trompette est la voix de Jésus-Christ, dont il est dit Matthieu (XXVI, 6) : "Or, vers minuit, un cri s’entendit" ; et (Jean V, 25) : "Les morts entendront la voix du Fils de Dieu, et ceux qui l’auront ouïe, etc." Ou bien c’est la présence même de Jésus-Christ manifestée au monde, comme l'explique saint Grégoire : « la trompette désigne seulement la présence de Jésus-Christ manifestée aux hommes ». On l’appelle trompette à cause de cette manifestation, parce qu’elle sera visible pour tous. C’est dans ce sens que cette expression est prise (Matthieu VI, 2) : "Lorsque vous faites l’aumône, ne sonnez pas de la trompette devant vous." On se sert encore de cette expression en raison de l’usage qu’on fait de la trompette, qu’on emploie dans quatre circonstances, comme on le voit au ch. X, 1-10 des Nombres, à savoir : premièrement, pour convoquer l’assemblée ; et cela aura lieu à la résurrection, parce qu’alors elle appellera au conseil, je veux dire au jugement ; (Isaïe, III, 14) : "Le Seigneur entrera en jugement avec son peuple, etc. " Secondement, pour solenniser les fêtes ; (Psaume LXXX, 4) : "Sonnez de la trompette en ce premier jour du mois" ; de même à la résurrection ; (Isaïe, XXXIII, 20) : "Considérez Sion, la ville de nos solennités." Troisièmement, dans le combat ; et cela se passera à la résurrection ; (Sag., V, 21) : "Tout l’univers combattra avec lui, etc." ; et (Isaïe, XXX, 32) : "au son des tambours et des harpes, etc." Quatrièmement, pour lever le camp ; ainsi encore dans la résurrection, les uns prenant la route du paradis, les autres la route de l’enfer ; (Matthieu XXV, 46) : "Ceux qui auront fait le bien iront à la vie éternelle ; ceux qui auront fait le mal, au feu éternel."

III. Enfin, quand saint Paul dit (verset 52) : Car la trompette sonnera, etc., il indique comment la cause indiquée produit son effet. D’abord il montre la marche de l’effet ; ensuite il en assigne la nécessité (verset 53) : Car il faut que ce corps mortel, etc. La marche de l’effet, c’est qu’aussitôt le son de la trompette, l’effet suivra (verset 52) : Car les morts, etc. ; (Psaume LXVII, 34) : "Il fera de sa voix une voix puissante, etc. " L’Apôtre indique ici un double effet : l’un général : Les morts ressusciteront sans corruption désormais, c’est-à-dire dans leur intégrité, sans aucune diminution de membres, ce qui est commun à tous, car, dans la résurrection, tout ce qui appartient à la réparation de la nature est commun, parce que tous, par la nature, sont en communication avec Jésus-Christ. Bien que saint Augustin (Enchiridion XCII) laisse subsister un doute sur la question de savoir si les difformités subsisteront dans les réprouvés, moi, personnellement, je crois cependant que tout ce qui tient à la restauration de la nature leur est laissé, mais que ce qui est de la grâce n’est donné qu’aux seuls élus. Par conséquent, tous ressusciteront sans corruption, c’est-à-dire dans l’intégrité, même les damnés. Toutefois saint Jérôme explique cette expression sans corruption par l’état d'incorruptibilité, en sorte qu’après la résurrection il n’y aura plus d’accès à la corruption, parce que les bons iront à la béatitude éternelle, les méchants au châtiment éternel ; (Dan., XII, 2) : "Et toute cette multitude de ceux qui dorment dans la poussière de la terre se réveilleront." Le second effet est particulier, c’est-à-dire n’appartient qu’aux apôtres : Et nous, apôtres, nous serons changés : non seulement nous serons sans corruption, mais de plus nous serons changés, c’est-à-dire nous passerons de l’état des misères de la vie à l’état de gloire, (verset 44) : parce que ce qui est semé corps animal ressuscitera corps spirituel. D’après cette interprétation, on voit que le texte : Tous nous ressusciterons, mais nous ne serons pas tous changés, est préférable à cet autre : Tous nous serons changés ; car, bien que tous ressuscitent, néanmoins les saints et les élus seront seuls changés. On pourrait encore, dans les versions qui portent : Nous ne mourrons pas tous, mais nous serons tous changés, lire ainsi : Les morts ressusciteront incorruptibles, c’est-à-dire pour l’état d’incorruptibilité, et nous qui vivons, bien que nous ne ressuscitions pas, puisque nous ne mourons pas, cependant nous serons changés en passant de l’état de corruption à l’incorruptibilité. Ce sens paraît s’accorder avec ce qu’on lit (I Thess., IV, 16) : "Nous qui vivons et qui serons demeurés jusqu’alors, nous serons enlevés avec eux, etc.," passage où, comme dans celui qui nous occupe, l’Apôtre se compte parmi ceux qui vivent.


[12] On appela, aux II° et III° siècles, « millénaires » ceux qui croyaient qu’à la fin du monde Jésus-Christ reviendrait sur la terre et établirait, dans une nouvelle Jérusalem, un règne de mille ans, durant lesquels les fidèles jouiraient d’une félicité temporelle, en attendant le jugement dernier et la plénitude de l’éternelle félicité. Cette opinion était venue originairement des Juifs, qui n’avaient pas oublié les magnifiques promesses faites à leurs pères, et soupiraient après la reconstruction, le rétablissement de leur Jérusalem tant aimée. Les chrétiens aussi attendaient une Jérusalem nouvelle. La plupart des Pères regardèrent ce règne de mille ans comme une fable, et la doctrine qui l’enseignait comme une erreur.


Leçon 9 : 1 Corinthiens XV, 53-58 — Attendre dans la foi la résurrection
SOMMAIRE : L’Apôtre recommande aux Corinthiens de persévérer dans la foi de Jésus-Christ par le motif de la résurrection future, qui fera perdre à la mort sa victoire et son aiguillon.

53. Car il faut que ce corps corruptible soit revêtu de l’incorruptibilité, et que ce corps mortel soit revêtu de l’immortalité.

54. Et quand ce corps mortel aura été revêtu de l’immortalité, alors cette parole de l'Ecriture sera accomplie. La mort a été absorbée par la victoire.

55. O mort, où est ta victoire ? Ô mort, où est ton aiguillon ?

56. Or le péché est l’aiguillon de la mort, et la Loi est la force du péché.

57. C’est pourquoi rendons grâces à Dieu, qui nous donne la victoire par Notre Seigneur Jésus-Christ.

58. Ainsi, mes chers frères, demeurez fermes et inébranlables, et travaillez sans cesse de plus en plus à l’oeuvre de Dieu, sachant que votre travail ne sera pas sans récompense dans le Seigneur.

I° Saint Paul explique ici que l’effet de la résurrection est nécessaire, en le prenant du côté de sa cause. Il établit deux points correspondant aux deux effets qu’il a signalés dans les deux versets précédents. Le premier de ces effets était commun à tous, à savoir que Les morts ressuscitent sans corruption. Il dit donc d’abord sur ce point (verset 53) : Il faut que ce corps corruptible soit revêtu d’incorruptibilité. Le second est spécial aux apôtres et aux élus, à savoir : et nous serons changés. Sur ce second effet, il dit (verset 53) : et que ce corps mortel soit revêtu d’immortalité. Comme ce qui est corruptible est opposé à ce qui est incorruptible, et que dans l’état présent de la vie nous sommes soumis à la corruption, l’Apôtre dit que, lorsque nous ressusciterons, (verset 53) : il est nécessaire que ce corps corruptible, etc. ; c’est nécessaire d’une nécessité de convenance, et cela pour trois motifs : premièrement, pour donner à la nature humaine son complément ; car, ainsi que le dit aussi saint Augustin (sur la Genèse, explication littérale, liv. XII, ch. XXV) : L’âme, tant qu’elle est séparée du corps, est dans un état d’imperfection, parce qu’elle n’a pas la perfection de sa nature. Aussi longtemps qu’elle vit dans cette séparation, elle ne jouit pas d’une béatitude aussi grande que celle qu’elle obtiendra lorsqu’elle sera unie au corps après la résurrection. Donc, pour qu’elle jouisse de la béatitude parfaite, il est nécessaire que ce qui en nous est corruptible, c’est-à-dire le corps, revête l’ornement de l’incorruptibilité, afin que plus tard il ne soit plus blessé à mort. Secondement, à cause de l’exigence de la divine justice, c’est-à-dire afin que ceux qui ont fait le bien ou le mal pendant leur union avec le corps soient récompensés ou punis dans ce corps même. Troisièmement, à cause de la conformité des membres avec le chef, afin que (Rom., VI, 4) : « De même que Jésus-Christ est ressuscité d’entre les morts par la gloire de son Père, nous marchions aussi dans une vie nouvelle. » Il faut aussi observer que l’Apôtre assimile l’incorruptibilité ou l’immortalité à un vêtement, quand il dit revêtir ; car le vêtement se joint à celui qui le porte ou le quitte, sans que la substance de celui qui s’en revêt subisse de changement quant au nombre. C’est montrer par là que le corps ressuscite numériquement le même, et que les hommes, quant au nombre, seront, dans l’état d’incorruptibilité ou d’immortalité, les mêmes que maintenant. Ces paroles de saint Paul réfutent donc l’erreur de ceux qui prétendent que les corps ne ressusciteront pas les mêmes quant au nombre, car il dit expressément : Il faut que ce qui est corruptible, c’est-à-dire le corps, puisque l’âme n’est pas accessible à la corruption. Elles détruisent encore l’erreur de ceux qui prétendent que les corps glorifiés ne seront pas les mêmes que ceux-ci mais des corps célestes ; sur ce mode de glorification, nous lisons un passage semblable (I1 Cor., V, 2) : "Pendant que nous gémissons, etc." ; (Isaïe, LII, 1) : "Parez-vous des vêtements de votre gloire" ; et encore (Job, XL, 5) : "Revêtez-vous d’éclat et de beauté, etc…"

On objecte qu’il paraît impossible que ce qui est corruptible revête l’incorruptibilité, c’est-à-dire que les corps ressuscitent les mêmes en quantité ; car il est impossible que des êtres qui diffèrent de genre et d’espèce soient numériquement les mêmes, puisque le corruptible et l’incorruptible diffèrent non seulement d’espèce, mais de genre. Il est donc impossible que les corps des ressuscités deviennent incorruptibles et restent les mêmes numériquement. En outre, suivant Aristote, il est impossible que ceux dont la substance a subi un mouvement en tant que corruptible soient rétablis les mêmes quant au nombre ; il ne peuvent être les mêmes que quant à l’espèce ; or la substance des corps humains est corruptible : donc il est impossible qu’ils redeviennent les mêmes quant au nombre. Il faut répondre d’abord, au premier argument, que tout être tire son genre et son espèce de sa nature, et non pas de ce qui est extrinsèque à cette nature. Voilà pourquoi j’affirme que si la résurrection des corps devait se faire d’après les principes naturels de ces corps, il serait impossible que les corps ressuscitent numériquement les mêmes. Mais je soutiens que l’incorruptibilité des corps ressuscités leur adviendra d’un principe autre que la nature de leurs corps, à savoir de la gloire de l’âme : donc la béatitude et l’incorruptibilité de l’âme deviendront la source de la béatitude et de l’incorruptibilité des corps. Comme le libre arbitre, aujourd’hui qu’il est changeant et se tourne vers le bien ou vers le mal, et alors qu’il deviendra immuable en se fixant à sa dernière fin, est, dans ces deux conditions, toujours de même nature et numériquement le même, ainsi le corps est le même numériquement et de même nature, maintenant qu’il est corruptible et quand, par le libre arbitre, il aura été revêtu de force et deviendra incorruptible par la gloire de l’âme. Il faut répondre, au second argument, que le raisonnement d’Aristote peut valoir contre ceux qui supposaient que, dans ce monde inférieur, tout procédait du mouvement des corps célestes, et qu’après le retour de la même révolution de ces corps supérieurs revenaient aussi, numéri-quement, les mêmes effets qui avaient été produits autrefois. C’est ainsi qu’ils disaient que Platon, le même quant au nombre, enseignerait encore à Athènes, et qu’il aurait et les mêmes écoles et les mêmes auditeurs qu’il avait eus autrefois. Aristote, argumentant contre eux, dit que, bien que le ciel reste numériquement le même, que le même soleil se meut au milieu des mêmes révolutions, cependant les effets qui en découlent ne se reproduisent pas dans toute leur identité quant au nombre, mais seulement quant à l’espèce, et cela selon l’ordre de la nature. Je dis donc, par analogie, que si les corps revêtaient l’incorruptibilité et se levaient des tombeaux selon les lois de la nature, ils ne ressusciteraient pas les mêmes quant au nombre, mais quant à l’espèce. Mais la réintégration et la résurrection, ainsi qu’il a été expliqué, étant opérées par la puissance divine, nous disons que les corps seront numériquement les mêmes, attendu que les principes qui constituent individuellement l’homme ne sont que ce corps et cette âme. Or dans la résurrection se retrouveront l’âme, toujours numériquement la même, puis qu’elle est incorruptible, et le corps identiquement le même, puisque la toute-puissance divine le reformera des mêmes poussières dans lesquelles il s’est dissous ; ce sera donc, au moment de la résurrection, numériquement le même homme. Je ne tiens pas compte des formes intermédiaires, parce que je ne suppose pas dans l’homme une autre forme substantielle que l’âme raisonnable, qui donne au corps humain une nature sensible, végétative et raisonnable. Quant aux formes accidentelles, elles ne font pas obstacle à l’identité numérique que nous supposons.

II° Quand saint Paul dit ensuite (verset 54) : Et après que ce corps de mort, etc., il confirme par une autorité ce qu’il vient d’établir. I. Il cite cette autorité ; II. il en tire une triple conclusion (verset 55) : mort ! où est ta victoire ?

I. Il dit donc : J’ai avancé qu’il fallait que ce corps corruptible fût revêtu, etc. ; mais (verset 54) : Après que ce corps de mort aura été revêtu d’immortalité, alors, c’est-à-dire dans la vie future, ce qui va contre ceux qui prétendent que la résurrection est faite déjà, (verset 54) : cette parole de l’Ecriture sera accomplie, à savoir (verset 54) : La mort a été absorbée, etc. Ce passage, selon notre traduction, ne se trouve dans aucun livre de la Bible, et si on le retrouve dans la version des Septante, on n’est pas certain de quel livre il a été tiré. On peut dire cependant qu’il est tiré d’Isaïe (XXVI, 19) : "Vos morts vivront, etc…; et (Isaïe, XXV, 8) : "Il précipitera la mort pour jamais." Au chapitre XIII, 14, d’Osée, on lit aussi : "Je serai ta mort, ô mort!" Les Septante disent : "La mort a été absorbée dans la victoire," c’est-à-dire parla victoire de Jésus-Christ, et le passé est mis pour le futur, à cause de la certitude de la prophétie tirée de saint I Pierre, III, 22) : "Jésus-Christ, après avoir englouti la mort, etc."

II. Lorsqu’il ajoute (verset 55) : mort, où est ta victoire ? saint Paul déduit une triple conclusion de l’autorité qu’il vient de citer : 1° les railleries des saints à l’adresse de la mort ; 2° des actions de grâces pour Dieu (verset 57) : Mais grâces soient rendues à Dieu ; et 3° un avertissement aux Corinthiens (verset 58) : C’est pourquoi, mes frères bien-aimés, etc.

1° Sur la première de ces conclusions, d’abord il exprime les railleries des saints ; ensuite il les explique (verset 56) : Or l’aiguillon de la mort, etc.

A) L’Apôtre, rappelant donc la victoire de Jésus-Christ sur la mort, emporté pour ainsi dire par une joie toute spéciale, se met à la place de ceux qui ressuscitent, et s’écrie (verset 55) : mort, où est ta victoire ? Ce passage ne se trouve nulle part dans la sainte Ecriture ; on ne sait si l’Apôtre le dit de lui-même ou s’il l’a pris d’ailleurs. Cependant, s’il l’avait tiré d’ailleurs, il semble que ce soit du ch. XIV d’Isaïe, 4 — "Qu’est devenu ce maître impitoyable ? comment ce tribut a-t-il cessé ?" Il dit donc :"O mort, où est ta victoire ? c’est-à-dire la victoire de la corruption, de cette puissance avec laquelle tu opprimais le genre humain et triomphais de tous ? (II Rois, XIV, 14) : "Nous mourons tous, etc." ; et (Job, XVIII, 14) : "La mort, comme un tyran, le foulera aux pieds, etc."

B) O mort, où est ton aiguillon ? L’Apôtre explique immédiatement ce que c’est que cet aiguillon, en disant (verset 56) : Or l’aiguillon de, etc. ; exprimant ainsi deux choses : la première, par laquelle il explique ce qu’il vient de dire ; la seconde, par laquelle il répond à une objection (verset 56) : et la force du péché, etc. a) Il faut observer que l’on peut appeler aiguillon de la mort ce qui conduit à la mort ou ce dont se sert la mort, ou le coup qu’elle porte ; mais, au sens littéral, l’aiguillon de la mort, c’est ce qui pousse à la mort. Le péché, en effet, pousse et renverse l’homme dans la mort ; (Rom., V, 23) : "Le salaire du péché, c’est la mort ! etc. "

b) Mais, parce que l’on aurait pu objecter que cet aiguillon est enlevé par la Loi, l’Apôtre répond aussitôt en ajoutant (verset 56) : Mais la force, c’est-à-dire ce qui aide le péché, c’est la Loi ; en d’autres termes, le péché n’a pas été écarté par la Loi ; bien plus, la force du péché, c’est la Loi, c’est-à-dire que la Loi lui prête son aide occasionnellement, non pas qu’elle conduisait au péché, mais en tant qu’elle lui en donnait occasion et ne procurait pas la grâce, en sorte que la convoitise n’en devenait que plus excitée au péché ; (Rom., V, 20) : "La Loi est survenue pour donner lieu à l’abondance du péché" ; et encore (Rom., VII, 8) : "Le péché, ayant pris occasion de la Loi, a produit, etc." Il y a encore un autre sens, mais qui n’est pas littéral ; dans ce sens, on appelle aiguillon de la mort ce dont se sert la mort, et par la mort on entend le Démon ; (Apoc., VI, 8) : "Et son nom, c’est la mort." L’aiguillon de la mort serait donc la tentation du Démon, et l’on appliquerait au Démon tout ce qui est dit ici de la mort ; ainsi porte la Glose. Ou bien l’aiguillon de la mort, c’est-à-dire fait par la mort, ou par la convoitise charnelle ; (Jacques I, 15) : "Quand la concupis-cence a conçu, etc." Car la convoitise attire d’abord ceux qui le veulent bien, comme on le voit par les intempérants ; ensuite elle entraîne ceux qui résistent, comme dans les incontinents ; puis elle continue à lutter mais ne remporte pas la victoire, comme chez ceux qui pratiquent la continence ; ensuite la résistance faiblit, comme chez les tempérants ; enfin elle est totalement abattue, comme dans les bienheureux, auxquels il est donné de dire : O mort, où est ton attaque, où est ta victoire ?

2° Mais, parce que l’aiguillon de la mort est détruit non par la Loi, mais par la victoire de Jésus-Christ, c’est un devoir de rendre à Dieu des actions de grâces. C’est ce que dit saint Paul (verset 57) : Mais grâces soient rendues à Dieu, qui nous a donné la victoire par Jésus-Christ Notre Seigneur," c’est-à-dire je rends, ou bien rendons ces actions de grâces à Dieu, qui nous a donné la victoire sur la mort et sur le péché par Jésus-Christ et non par la Loi ; (I Jean V, 4) : "[La victoire qui triomphe du monde], c’est notre foi" ; et (Rom., VII, 24) : "Qui me délivrera, etc.? la grâce de Dieu, etc. " ; et (Rom., VI 3) : Car ce qu’il était impossible, etc.

3° Enfin, quand l’Apôtre dit (verset 58) : C’est pourquoi, mes frères bien-aimés, etc., il termine par un avertissement ; car, ainsi qu’il a été dit, de faux apôtres corrompaient les Corinthiens en niant la résurrection. Saint Paul donc, après avoir établi la foi de ce dogme et l’avoir confirmé par des exemples, avertit les Corinthiens de se conduire avec une telle vigilance qu’ils ne soient pas séduits par les faux apôtres. A cet effet,

A) il les confirme dans la foi, en disant (verset 58) : C’est pourquoi, c’est-à-dire puisque le dogme de la résurrection est manifeste, mes frères, par la foi qui nous fait enfants de Dieu (Jean I, 12) : "Il nous a donné le pouvoir, etc." -frères bien-aimés, par la charité dont nous devons réciproquement nous aimer (1 Jean IV, 21) : "Et c’est de Dieu même que nous avons reçu ce commandement, etc." - (verset 58) : soyez fermes, à savoir dans la foi de la résurrection, pour ne pas vous écarter de la foi ; (Ephés., IV, 14) : "Ne soyons plus flottants comme des enfants, etc." – et inébranlables, pour ne pas être séduits par les autres (Colos., I, 23) : "Si toutefois vous demeurez établis et fermes dans la foi, inébranlables, etc."

B) Il les exhorte aux bonnes oeuvres, en disant (verset 58) : Travaillant de plus en plus à l’oeuvre du Seigneur ; (Gal., VI, 10) : "Pendant que nous en avons le temps, etc." ; (Prov., XV, 5) : "La justice abondante aura une grande vertu."

C) Il les fortifie par l’espérance, en disant (verset 58) : Sachant que votre travail, etc. ; (Sag., III, 15) : "Le fruit des justes travaux est plein de gloire".

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