1. Paul, appelé apôtre de Jésus-Christ par la volonté de Dieu, et Sosthène son frère,
2. A l’Eglise de Dieu qui est à Corinthe : aux sanctifiés dans le Christ Jésus, appelés saints, ainsi que tous ceux qui invoquent le nom de Notre Seigneur Jésus-Christ, en quelque lieu qu'ils soient et que nous soyons nous-mêmes :
3. Grâce à vous et paix par Dieu notre Père et par le Seigneur Jésus-Christ.
4. Je rends continuellement grâce à mon Dieu pour vous, à cause de la grâce de Dieu qui vous a été donnée dans le Christ Jésus,
5. De ce que vous avez été comblés en Lui de toutes sortes de richesses, en toute parole et en toute science;
6. (Ainsi le témoignage du Christ a été confirmé en vous);
7. De sorte qu'il ne vous manque aucune grâce, à vous qui attendez la révélation de Notre Seigneur Jésus-Christ,
8. Qui vous affermira encore jusqu'à la fin, sans reproche au jour de l’avènement de Notre Seigneur Jésus-Christ.
9. Il est fidèle le Dieu par qui vous avez été appelés à la société de son Fils Jésus-Christ Notre Seigneur.
Cette épître est divisée en deux parties. Dans la première, S. Paul fait d’abord la salutation d’usage ; dans la seconde, il développe sa pensée, à ces mots (verset 4) : Je rends pour vous à mon Dieu des actions de grâces.
I° Dans la salutation, l’Apôtre, I. nomme les personnes qui saluent ; II. les personnes à qui s’adresse la salutation, à ces mots (verset 2) : à l’Eglise de Dieu, etc.; III. il souhaite les biens qui ont rapport au salut, à ces autres (verset 3) : Grâce et paix à vous, etc.
I. Des personnes qui saluent, il désigne :
1° la principale par son nom, en disant (verset 4) : Paul ; ce nom a été suffisamment expliqué dans l’épître aux Romains. Qu’il suffise de dire ici qu’il met ce nom en tête par humilité ; car Paul a le même sens que « petit », ce qui appartient à l’humilité ; (I Rois, XV, 17) : "Pendant que vous étiez petit à vos propres yeux, n’êtes-vous pas devenu le chef des tribus d’Israël" et (Matthieu XI, 25 — "Vous avez caché ces mystères aux sages et aux prudents, et vous les avez révélés aux petits." En suite il dépeint cette personne à raison de sa dignité : a) Il exprime la manière dont cette dignité même a été acquise, lorsqu’il dit (verset 4) : appelé, selon cette parole (Hebr., V, 4) : "Personne ne peut s’attribuer cet honneur ; il faut y être appelé de Dieu, comme Aaron." b) Il indique cette dignité même, en disant (verset 4) : apôtre de Jésus Christ, dignité qui est la première dans l’Eglise et a la même signification qu’envoyé, parce que les apôtres furent envoyés par Dieu pour être ses représentants sur la terre. C’est de là qu’il est dit (Luc, VI, 13) : "Il en choisit douze auxquels il donna le nom d’apôtres" et ci-après (XXI, 28) : Dieu a établi dans son Eglise premièrement des apôtres, etc. c) Il en rappelle l’origine et la cause, en disant (verset 1) : par la volonté de Dieu, ce qu’il faut entendre de la volonté de bienveillance par laquelle sont préposés les pasteurs qui, à tant de titres divers, président aux Eglises ; (Ecclésiastique X, 4) : "Dans la main de Dieu est le pouvoir de la terre ; il suscitera en son temps un chef sage pour la gouverner." De cette volonté il nous est dit au figuré (Job, XXXVII, 12) : "Ils éclairent de toutes parts sur la face de la terre, où les conduit la volonté de celui qui les gouverne." Or Dieu, quelquefois, permet que quelques-uns soient préposés à cause des péchés des inférieurs, selon ce mot de Job (XXXIV, 30) : "Il fait régner l’homme hypocrite à cause des péchés du peuple." On ne peut dire de celui qui règne ainsi qu’il règne par la volonté de Dieu, mais en vertu de son indignation, suivant ce passage d’Osée (XIII, 11) : "Je vous ai donné un roi dans ma fureur, et je vous l’ôterai dans mon indignation."
2° Il indique en second lieu une personne qui est près de lui, lors qu’il dit (verset 1) : et Sosthène, notre frère : il se l’adjoint dans cette salutation, parce qu’il avait rapporté à S. Paul les contestations et les autres misères des Corinthiens. De peur qu’on ne crût que Sosthène avait agi en cela par haine, l'Apôtre lui donne aussi le nom de frère, afin de faire voir que le zèle de la charité avait dirigé sa conduite en cette circonstance (Prov., IX, 8) : "Reprenez le sage, et il vous aimera."
II. S. Paul désigne en second lieu les personnes à qui s’adresse la salutation (verset 2) : à l’Eglise de Dieu qui est à Corinthe.
1° Il nomme les principales et les fait connaître, de trois façons : 1. d’abord par leur demeure : à l’Eglise de Dieu qui est à Corinthe, c'est-à-dire aux fidèles de Jésus-Christ rassemblés à Corinthe ; (Psaume XXXIV, 18) : "Je vous rendrai gloire dans une nombreuse assemblée" 2. ensuite par le don de la grâce : aux fidèles sanctifiés en Jésus-Christ, c’est-à-dire sanctifiés par la foi, par la passion et par le sacrement du Christ Jésus ; (ci-après, VI, 11) : Vous avez été purifiés, vous avez été sanctifiés ; (Hébr., XII, 12) : "Jésus, afin de sanctifier le peuple par son propre sang, a souffert hors de la ville." 3. Enfin il rappelle l’origine de cette grâce (verset 2) : appelés saints, à savoir parce que par la grâce de la vocation ils sont parvenus à la sainteté ; (Rom., VIII, 30) : "Ceux qu’il a prédestinés, il les a appelés" et (I Pierre, II, 9) : "Il vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière."
2° Il indique les personnes qui viennent en second lieu, c’est-à-dire les fidèles qui n‘étaient pas dans cette ville même, mais qui habitaient dans le diocèse où elle était située, ou sur le territoire qui en dépendait. Il ajoute donc (verset 2) : vous, qui êtes à Corinthe, c’est à vous que j’écris, et à tous ceux qui invoquent le nom de Notre Seigneur Jésus-Christ, à savoir par la véritable confession de la foi ; (Joël, II, 32) : "Quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé", et cela en tout lieu où ils sont, c’est-à-dire soumis à la juridiction des Corinthiens, lieu qui est aussi le nôtre, parce que, pour être soumis à l’évêque de la ville, ils n’étaient pas en dehors de l’autorité de l’Apôtre ; au contraire, ils lui étaient soumis beaucoup plus qu’à ceux auxquels lui-même les avait soumis ; (Psaume CII, 22) : "Dans toute l’étendue de son empire, ô mon âme! bénis le Seigneur."
III. En dernier lieu, S. Paul énumère, dans la salutation, les biens relatifs au salut qu’il désire pour eux. Le premier est la grâce, par laquelle nous sommes justifiés de nos péchés ; (Rom., III, 24) : "gratuitement justifiés par sa grâce" . Le dernier est la paix qui est complète dans le bonheur éternel ; (Psaume CXLVII, 14) : "Qui a établi la paix jusqu’à tes dernières limites" ; (Isaïe, XXXII, 18) : "Mon peuple se reposera dans la beauté de la paix." Or, dans ces deux biens, S. Paul comprend tous les autres, ce qui lui fait dire : la grâce et la paix. Il en indique la cause, en ajoutant de la part de Dieu notre Père", selon ce que dit S. Jacques (I, 17) : "Toute grâce excellente et tout don parfait vient d’en haut et descend du Père des lumières." Il dit encore : et de Notre Seigneur Jésus-Christ par qui, d’après S. Pierre (II, I, 4) : "Dieu nous a donné les grandes et précieuses grâces qu’il a promises" ; (Jean I, 17) : "La grâce et la vérité viennent de Jésus-Christ." Ces paroles : de la part de Dieu le Père peuvent être entendues de toute la Trinité, par laquelle nous avons été créés et adoptés pour enfants. Ce qui suit : et de Notre Seigneur Jésus-Christ, ne veut pas dire que Jésus-Christ soit une personne ou hypostase différente des trois personnes divines, mais qu’il a pris une seconde nature. Ou encore ces mots : de la part de Dieu notre Père, s’entendent par certaine appropriation de la personne de Dieu le Père, comme en S. Jean (XX, 17) : "Je monte vers mon Père, vers mon Dieu et votre Dieu."
Dans ce qui suit : et de Notre Seigneur Jésus-Christ, l’Apôtre montre la personne du Fils; s’il n’exprime pas la personne du Saint Esprit, c’est qu’il est le lien et du Père et du Fils et compris dans les deux premières personnes ; ou parce qu’étant le don mutuel des deux premières personnes, il est exprimé par les dons dont a parlé l’Apôtre : la grâce et la paix, lesquels sont donnés par l’Esprit ; (ci-après, XII, 11) : C’est un seul et même Esprit qui opère toutes ces choses.
II° (verset 4) : Je rends pour vous à mon Dieu des actions de grâces. S. Paul entre ici dans le sujet de sa lettre. Et d’abord il rend grâces du bien qu’il y a en eux, afin qu’ils supportent mieux la correction de leurs défauts ; il les instruit ensuite, à ces mots (verset 10) : Je vous conjure, mes frères. Sur le premier de ces points, il rend d’abord grâces des biens qu’ils avaient déjà reçus ; ensuite de ceux qu’ils attendaient pour l’avenir, à ces mots (verset 7) : pour attendre la manifestation de Notre Seigneur Jésus-Christ. À l’égard des biens reçus :
I. S. Paul exprime l’action de grâces (verset 4) : Je rends pour vous des actions de grâces à mon Dieu, qui, bien qu’il soit le Dieu de tous par la création et par sa providence, l’est cependant de Paul et de toute âme juste par la foi et par la dévotion ; (Psaume CXVII, 28) : "Vous êtes mon Dieu et je vous rendrai grâces." Il montre aussi quand il rend grâces : [Des actions de grâces] continuelles, parce que cette action de grâces procède de l’affection de la charité qui était continuellement dans son cœur ; (Prov., XVII, 17) : "Le véritable ami aime en tout temps." Et quoiqu’il les aimât en tout temps, et qu’il rendît grâces dans le moment même pour les biens qu’ils avaient reçus, cependant il rendait grâces pour eux à toutes les heures qu’il consacrait à la prière. Il montre encore pour qui il rend grâces : pour vous, c’est-à-dire qu’il se réjouit de leurs biens, comme s’ils eussent été les siens propres, à cause de l’union de la charité ; (III Jean, 4) : "Je n’ai pas de joie plus grande que d’apprendre que mes enfants marchent dans la vérité."
II. Il montre l’objet de l’action de grâces,
1° d’abord d’une manière générale (verset 4) : dans la grâce de Dieu, c’est-à-dire à cause de cette grâce qui vous a été donnée en Jésus-Christ, en d’autres termes par Lui ; (Jean I, 16) : "Et nous avons tous reçu de sa plénitude, et grâce pour grâce."
2° En second lieu, d’une manière spéciale, 1. en montrant d’abord l’abondance de cette grâce (verset 5) : parce qu’en toutes choses, à savoir qui concernent le salut, vous êtes devenus riches - regorgeant de richesses - en Lui, c’est-à-dire par Jésus-Christ, selon cette parole : (I1 Cor., VIII, 9) : "Il s’est fait pauvre pour l’amour de vous, afin que vous deveniez riches, par sa pauvreté". Il explique en quoi ils sont devenus riches (verset 5) : dans toute parole, ou parce qu’ils parlaient toutes sortes de langues, ou parce qu’ils avaient abondamment la parole pour enseigner. Or la parole ne se produirait pas selon l’ordre si elle ne procédait de la connaissance. Voilà pourquoi S. Paul ajoute (verset 5) : en toute connaissance, c’est-à-dire dans l’intelligence de toutes les Ecritures, et généralement de tout ce qui a rapport au salut ; (Sag., X, 10) : "La sagesse lui a donné la science des saints." Ce que dit ici l’Apôtre doit se rapporter à ceux qui, dans l’Eglise, étaient les plus avancés, parmi lesquels les moindres même possédaient ces richesses, comme S. Augustin l’a remarqué (Traité sur Jean, XXII) : "Si vous aimez l’unité et si vous ne vous séparez pas d’elle, vous avez tout ce que possèdent les autres : enlevez l’envie, et tout ce qu’a votre frère devient vôtre, car ceux que séparent l’envie et la cupidité, la charité les unit." 2. En second lieu, S. Paul montre où est la rectitude, en disant (verset 6) : le témoignage qu’on vous a rendu du Christ étant ainsi confirmé parmi vous. Car ni l’enseignement de la doctrine, ni la science droite ne seraient dans la rectitude si elles s’écartaient du témoignage rendu à Jésus-Christ, ou si même ce témoignage n’était pas fortement gravé dans le coeur par la foi ; car, dit S. Jacques (I, 6) : "Celui qui doute est semblable au flot de la mer, qui est soulevé et emporté çà et là par le vent." L’Apôtre dit : le témoignage de Jésus-Christ, soit parce que les prophètes l’ont rendu de Lui, suivant ce passage des Actes (X, 43) : "Tous les prophètes Lui rendent témoignage", ou parce que Jésus-Christ se l’est rendu à Lui-même, d’après cette parole de S. Jean (VIII, 14) : "Si je rends témoignage de moi-même, mon témoignage est vrai" ; ou encore parce que l’Apôtre rendit dans la persécution témoignage à Jésus-Christ ; (Actes, XXII, 18) : "Ils ne recevront pas le témoignage que vous leur rendrez de moi."
3° Enfin il indique la perfection de la grâce (verset 7) : en sorte qu’il ne vous manque aucun don ; comprenez : il y avait dans les divers fidèles toutes les grâces gratuitement données. Car il est de la divine Providence de donner à chacun, sans omission aucune, ce qui lui est nécessaire ; (Psaume XXXIII, 10) : "Rien ne manque à ceux qui le craignent" ; et encore (verset 11) : "Ceux qui cherchent le Seigneur ne seront privés d’aucun bien."
3° L’Apôtre rappelle les biens qu’il faut attendre dans l’avenir. 1. A cet effet, il expose l’attente des biens futurs : à vous, dis-je, qui non seulement avez la grâce dans le moment présent, mais attendez pour l’avenir la manifestation de Notre Seigneur Jésus-Christ, lequel se révélera à ses saints non seulement par la gloire de son humanité, selon cette parole d’Isaïe (XXXIII, 17) : "Ils verront le Roi dans l’éclat de sa majesté," mais encore par la gloire de sa divinité, comme dit le même Isaïe (XL, 5) : "La gloire du Seigneur se manifestera," manifestation qui fait la béatitude des hommes ;(l Jean III, 2) : "Lorsqu’il viendra dans sa gloire nous serons semblables à Lui, parce que nous Le verrons tel qu’Il est." C’est en cela d’ailleurs, que consiste la vie éternelle (Jean XVII, 3) : "C’est la vie éternelle de vous connaître, vous le Dieu véritable, et Jésus-Christ que vous avez envoyé." Mais, de même que ceux auxquels Jésus-Christ est manifesté sont bienheureux par la possession, ainsi ceux qui attendent cette manifestation sont bienheureux en espérance ; (Isaïe, XXX, 18) : "Heureux tous ceux qui l’attendent !" Voilà pourquoi S. Paul rend grâces pour l’attente même. 2. En second lieu, l’Apôtre fait voir que, par le secours de la grâce divine, cette attente n’est pas vaine ; il ajoute donc (verset 8) : le même, c’est-à-dire Jésus-Christ, qui vous a donné l’espérance de cette heureuse manifestation, vous confirmera encore jusqu’à la fin dans la grâce que vous avez reçue ; (I Pierre, V, 10) : "Lui qui vous perfectionnera, vous affermira et vous justifiera après que vous aurez souffert un peu de temps" ; et cela jusqu’à la fin, à savoir de notre vie ; (Matth., X, 22) : "Celui qui persévérera jusqu’à la fin sera sauvé," non pas pourtant jusqu’à être sans péché ; car (1 Jean X, 8) : "Si nous disons que nous sommes sans péché, nous nous séduisons nous-mêmes et la verité n’est pas en nous," mais "pour que vous soyez sans reproche," c’est-à-dire sans péché mortel (1 Tim., III, 10) : "Qu’ils exercent le saint ministère s’ils ne se trouvent coupables d’aucun crime;" et qu’il en soit ainsi jusqu’au jour de l’avènement de Notre Seigneur Jésus-Christ, parce que celui que Dieu trouve sans crime au jour de la mort parviendra sans crime au jour du jugement ; (Ecclésiastique XI, 3) : "Si l’arbre tombe au midi ou au septentrion, en quelque lieu qu’il sera tombé, il y demeurera" ; mais celui qui ne sera pas tel attendra en vain cette manifestation. 3. Enfin S. Paul assigne la raison de son attente, en disant : Dieu vous affermira dans ce que vous devez attendre, parce qu’il est fidèle ; (Deut., XXXII, 4) : "Dieu est fidèle et sans aucune iniquité" ; "Lui qui vous a appelés en société de son Fils Jésus-Christ Notre Seigneur", c’est-à-dire afin que nous soyons unis à Lui, et dans le temps présent, par la ressemblance de la grâce, selon cette parole de S. Jean (I Jean, I, 7) : "Si nous marchons dans la lumière, comme il est Lui-même dans la lumière, nous sommes en union réciproque et complète avec Lui", et dans la vie future par la participation de la gloire ; (Rom., VIII, 17) : "Si nous souffrons avec Lui, nous serons aussi glorifiés avec Lui." Or Dieu ne se montrerait pas fidèle s’il nous appelait à la société de son Fils et nous refusait, autant qu’il est en Lui, ce qui est nécessaire pour arriver jusqu’à Lui. C’est pourquoi il dit Lui-même, au livre de Josué (I, 5) : "Je ne vous laisserai point, je ne vous abandonnerai pas."
10. Or je vous conjure, mes frères, par le nom de Jésus-Christ Notre Seigneur, d’avoir tous un même langage et de ne pas souffrir parmi vous de divisions, mais d’être tous unis ensemble dans un même esprit et dans un même sentiment;
11. Car j’ai été averti, mes frères, par ceux de la maison de Cloé, qu'il y a des contestations parmi vous.
12. Ce que je veux dire est que chacun de vous prend parti en disant : pour moi, je suis à Paul; et moi, je suis à Apollon; et moi, je suis à Céphas; et moi, je suis à Jésus-Christ.
13. Jésus-Christ est-il divisé? Est-ce Paul qui a été crucifié pour vous, ou avez-vous été baptisés au nom de Paul?
14. Je rends grâces à Dieu de ce que je n’ai baptisé aucun de vous, sinon Crispe et Caïus,
15. Afin que personne ne dise que vous avez été baptisés en mon nom.
16. J’ai encore baptisé ceux de la famille de Stéphanas, et je ne sache point en avoir baptisé d’autres,
17. Parce que Jésus-Christ ne m’a pas envoyé pour baptiser, mais pour prêcher l’Evangile.
Après les salutations et l’action de grâces, S. Paul commence à instruire les Corinthiens. Et d’abord il donne une instruction sur les points qui sont communs à tous, c’est-à-dire sur ce qui concerne les sacrements de l’Eglise ; ensuite sur ce qui n’a rapport qu’à quelques-uns (XVI, 1) : Sur les aumônes qu’on recueille, etc. Par rapport aux sacrements, trois choses sont à considérer : premièrement le sacrement lui-même, comme le Baptême ; deuxièmement, ce qu’il signifie et contient, c’est-à-dire la grâce ; troisièmement, ce qu’il signifie sans le contenir, c’est-à-dire la gloire de la résurrection. L’Apôtre traite donc d’abord des sacrements mêmes ; en second lieu, des grâces ; (XII, 4) : Par rapport aux dons spirituels, je ne veux pas, mes frères, etc. ; enfin de la gloire de la résurrection (XV, 1) : Je vous rappelle, mes frères, le souvenir de l’Evangile. A l’égard des sacrements, S. Paul détermine d’abord ce qui a rapport au sacrement de Baptême ; ensuite au sacrement de Mariage (V, 4) à ces mots : On entend dire qu’il se commet parmi vous... ; enfin à celui de l’Eucharistie (VIII, 1), à ces mots : Quant aux viandes qui ont été offertes aux idoles. Le Sauveur (Matthieu XXVIII, 19) a donné à ses disciples le double précepte d’enseigner et de baptiser : "Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant, etc." Voilà pourquoi S. Paul, dans sa première partie, traite simultanément du Baptême et de la doctrine. Il faut ici se rappeler que parmi les fidèles de Corinthe il y avait une sorte de dissension entre ceux qui baptisaient et ceux qui enseignaient ; car ceux qui étaient instruits méprisaient les autres, comme s’ils eussent reçu eux-mêmes une doctrine plus excellente et un meilleur baptême. Sur ce premier point, S. Paul arrête d’abord toute contestation ; ensuite il enlève la cause même de la contestation, qui venait de ce que quelques-uns se glorifiaient de certains maîtres, en méprisant les autres ministres de Jésus-Christ (ci-après, III, 1) : Et moi, mes frères, je n’ai pu vous parler comme à des hommes spirituels. Quant au premier point, l’Apôtre I° fait une recommandation ; II° il en montre la nécessité, à ces mots (verset 11) : Car j’ai été averti, mes frères ; III° il en donne la raison, à ces autres (verset 13) : Jésus-Christ est-il donc divisé, etc.?
I° Sur la recommandation qu’il fait, il faut remarquer :
I. qu’il les engage à tenir compte de cette recommandation, en premier lieu, par son humilité lorsqu’il dit (verset 10) : Or je vous conjure, mes frères, etc. ; (Prov., XVIII, 23) : "Le pauvre emploie les prières" ; en second lieu, par la charité fraternelle : Mes frères ; il les appelle de ce nom par affection de charité fraternelle ; (Prov., XVIII, 19) : "Le frère qui est aidé par son frère est comme une ville forte" ; enfin par le respect qu’ils doivent à Jésus-Christ (verset 10) : au nom de Jésus-Christ Notre Seigneur, qui doit être honoré de tous, et auquel tous doivent être soumis ; (Philip., II, 10) : "Afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse."
II. Il faut remarquer que cette recommandation de l’Apôtre porte sur trois points :
1° il les engage à la concorde (verset 10) : d’avoir un même langage, c’est-à-dire professer la même foi et avoir le même avis sur ce que tous doivent accomplir ; (Rom., XV, 6) : "Afin que d’un même coeur et d’une même bouche vous glorifiiez Dieu."
2° Il condamne le vice contraire à cette vertu (verset 10) : et de ne pas souffrir de divisions, parce que l’unité de l'Eglise ne doit pas être rompue ; c’est ce que figurent les paroles des soldats en parlant de la tunique sans couture (Jean XIX, 24) : "Ne la coupons pas, mais voyons par le sort à qui elle appartiendra." Or les schismes existent, à proprement parler, lorsque, par suite de la diversité de la confession de la foi ou des avis divergents sur ce qu’on doit pratiquer, les membres d’une association se séparent en plusieurs parties (Isaïe, XXII, 9) : "Vous remarquerez le grand nombre des brèches de la cité de David."
3° Il les exhorte à ce qui peut leur faire éviter les divisions, c’est-à-dire à la perfection. Car il y a cause de division lorsque chacun cherche son bien particulier en délaissant le bien parfait qui est le bien de tous. Voilà pourquoi l’Apôtre dit (verset 10) : Soyez tous parfaitement unis dans les mêmes sentiments, c’est-à-dire dans un même jugement sur ce qu’il faut pratiquer, et dans le même esprit sur ce qu’il faut connaître ; comme s’il disait : vous pourrez être parfaits si vous persévérez dans l’unité ; (Colos., III, 14) : "Surtout ayez la charité qui est le lien de la perfection" ; et (Matth., V, 48) : "Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait."
II° Quand il ajoute (verset 11) : "J’ai été averti, mes frères," S. Paul établit la nécessité de l’avertissement qui précède, à savoir parce qu’ils étaient travaillés par le vice de la contestation ; comme s’il disait : il est nécessaire de vous exhorter à ces dispositions, puisqu’il m’a été dit, mes frères, par ceux de Chloé, nom d’une habitation soumise à la juridiction des Corinthiens, ou peut-être nom d’une dame chrétienne dans la maison de laquelle étaient réunis plusieurs fidèles, qu’il y a parmi vous des contestations, contrairement à cette parole (Prov., XX, 3) : "C’est une gloire à l’homme d’éviter les contestations." Il fait remarquer comment elles ont pris naissance (verset 12) : Or je parle ainsi, c’est-à-dire « je nomme cela une contestation », parce que chacun de vous prend son nom de celui qui l’a baptisé et instruit, et dit : « Moi, je suis à Paul », parce qu’il a été instruit et baptisé par Paul ; un autre : « Je suis à Apollos » ; Apollos était celui qui avait prêché à Corinthe, comme il a été rapporté au ch. XIX, 1 des Actes ; un troisième : « Et moi je suis à Céphas », c’est-à-dire à Pierre, à qui il a été dit (S. Jean, I, 42) : "Vous vous appellerez Céphas, ce que l’on interprète par Pierre". Ils parlaient ainsi parce qu’ils pensaient que celui qui était le meilleur donnait le meilleur baptême, comme si la vertu de celui qui baptise opérait dans celui qui est baptisé. Or les faux apôtres se glorifiaient de cette vertu, selon ce passage (Psaume XLVIII, V, 12) : "Ils ont donné leurs noms à leurs terres." Mais un autre dit : « Pour moi, je suis au Christ » ; celui-là seul a raison, parce que c’est la puissance de Jésus-Christ seul qui opère dans le baptême de Jésus-Christ ; (Jean I, 33) : "Celui sur lequel vous verrez l’Esprit Saint descendre et se reposer, c’est celui-là qui baptise." Voilà pourquoi les baptisés s’appellent chrétiens, de Jésus-Christ seul, et ne s’appellent pas pauliniens, du nom de Paul ; (Isaïe, IV, 1) : "Que votre nom seulement soit invoqué sur nous." C’est, dit-on, pour éviter cette erreur, que les Grecs, en baptisant, se servent de cette formule : "Que le serviteur de Jésus-Christ (Nicolas) soit baptisé au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit," afin de donner à entendre qu’au fond l’homme ne baptise pas, mais qu’on est baptisé par Jésus-Christ. Cependant, parce que l’homme, en exerçant ce ministère, baptise aussi comme membre et ministre de Jésus-Christ, l’Eglise, elle, se sert de cette forme sacramentelle : "Je te baptise au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit" ; ce qui se rapproche d’une manière plus expresse de la forme donnée par Jésus-Christ lui-même : "Enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit, etc. " Ces expressions montrent que les apôtres baptisent ; aussi le ministre des sacrements dit : « Je te baptise ».
III° En disant (verset 13) : "Le Christ est-il donc divisé ?" S. Paul assigne la raison de l’avertissement qu’il a donné, c’est-à-dire pourquoi il ne doit pas y avoir parmi eux de contestations ni de divisions : et d’abord, du côté du baptême ; ensuite, du côté de la doctrine, à ces mots (verset 17) : non par l’art ou l’éloquence, etc. Du côté du baptême, l’Apôtre fait trois choses : premièrement il fait ressortir les inconséquences de leur contestation ; il explique ensuite pourquoi ces inconséquences en résultent, à ces mots (verset 13) : Est-ce que Paul a été crucifié pour vous, etc.? Enfin il répond à une sorte de mauvais soupçon, à ces autres (verset 14) : Je rends grâces à mon Dieu, etc.
I. Il dit donc d’abord : J’ai dit que chacun de vous parle ainsi : "Moi, je suis à Paul ; moi, je suis à Apollos..." ; il s’ensuit que Jésus-Christ est divisé. Il importe peu qu’on entende ce passage sous forme d’interrogation ou d’insinuation. On peut d’abord l’expliquer comme s’il disait : par cela même qu’il y a parmi vous des contestations, Jésus-Christ est divisé par vous, lui qui ne peut habiter que dans la paix (Psaume LXXV, 3) : "Il a choisi pour demeure la cité de paix" ; (Isaïe LIX, 2) : "Vos iniquités ont fait une séparation entre vous et votre Dieu." On peut donner un meilleur sens et dire : de ce que vous croyez que le baptême le meilleur est celui qui est donné par le meilleur ministre, il s’ensuit que Jésus-Christ, qui principalement baptise intérieurement, est divisé, c’est-à-dire qu’il a une puissance différente et produit des effets différents, selon la diversité des ministres, conséquence manifestement fausse, comme on le voit par cette parole (Ephés., IV, 5) : "Il n’y a qu’un Seigneur, qu’une foi et qu’un baptême." On peut encore et plus justement interpréter de cette manière ce que dit ici S. Paul : par le fait que vous attribuez à d’autres ce qui appartient à Jésus-Christ, vous divisez en quelque sorte Jésus-Christ, vous faites plusieurs Jésus-Christ, contrairement à ce qui est dit en S. Matthieu (XXIII, 10) : "Vous n’avez qu’un seul maître, qui est Jésus-Christ," et au prophète Isaïe (XLV, 22) : "Tournez vos coeurs vers moi, et vous serez sauvés, vous qui habitez aux extrémités de la terre, parce que je suis le Seigneur, et il n’y en a pas d’autre que moi."
Or il faut observer que Jésus-Christ, dans le sacrement du Baptême, a une double puissance qui lui est propre. D’abord une puissance divine, par laquelle, conjointement avec le Père et le Saint Esprit, il purifie intérieurement du péché, et cette puissance n’a pu être communiquée à aucune créature. Ensuite une personne propre, selon la nature humaine, qui est la puissance suprême dans les sacrements, laquelle consiste dans ces quatre caractères : premièrement, qu’il a institué lui-même les sacrements ; secondement, qu’il a pu produire l’effet des sacrements sans leur intermédiaire ; troisièmement, que le mérite de ses souffrances opère dans le baptême et les autres sacrements ; quatrièmement, que les sacrements sont conférés par l’invocation de son nom. Or cette puissance suprême, et surtout quant à son dernier caractère, il pouvait la déléguer aux ministres du baptême, de telle sorte qu’il fût conféré en leurs noms ; mais il ne l’a pas voulu, afin de ne pas donner par là occasion à des divisions dans l’Église : on aurait pu croire qu’il y a autant de baptêmes que de personnes qui baptisent. C’est là, suivant l’explication de S. Augustin, ce que Jean-Baptiste (Jean III, 27) avoue ne pas savoir, c’est-à-dire si le Christ se réservait cette puissance pour lui-même.
II. Lorsqu’il dit (verset 13) : Est-ce que Paul a été crucifié pour vous ?, l’Apôtre fait voir que ces inconséquences résultent de l’erreur de ceux qui prétendaient que le baptême avait plus ou moins de valeur selon la diversité des personnes qui baptisaient. Il en serait en effet ainsi si le baptême tirait de celui qui baptise son efficacité, tandis qu’elle vient de Jésus-Christ seul. S. Paul le démontre de deux manières :
1° d’abord par la passion de Jésus-Christ, dont les mérites opèrent dans le baptême (Rom., VI, 3) : "Nous tous qui avons été baptisés en Jésus-Christ, nous avons été baptisés en sa mort." Voilà pourquoi l’Apôtre dit (verset 13) : Est-ce que Paul a été crucifié pour vous ? comme s’il disait : est-ce que la passion de Paul est la cause de notre salut, pour que ce soit par lui que le baptême ait la puissance de nous sauver ? Il sous-entend : non ; car il n’appartient qu’à Jésus-Christ d’avoir, par sa passion et par sa mort, opéré notre salut ; (Jean XI, 50) : "Il est bon qu’un homme meure pour le peuple, et non pas que toute la nation périsse" et (I1 Cor., V, 14) : "Un seul est mort pour tous."
Mais ceci semble être contredit par ce que l’Apôtre dit aux Colossiens (I, 24) : "Je me réjouis dans les maux que je souffre pour vous, moi qui accomplis dans ma chair ce qui manque à la passion de Jésus-Christ pour son corps, qui est l’Eglise." Il faut répondre que les souffrances de Jésus-Christ ont été la cause de notre salut non seulement par l’autorité de l'exemple (I Pierre, II, 21) : "Jésus-Christ a souffert pour nous, vous laissant un exemple, afin que vous suiviez ses traces" ; mais encore par le moyen du mérite et de l’efficacité, en tant que par son sang nous sommes rachetés et justifiés ; (Hébr., XIII, 12) : "Jésus, afin de sanctifier le peuple par son propre sang, a souffert sa passion hors la ville." Mais les souffrances des autres ne nous sont profitables que par le moyen de l’exemple ; (I1 Cor., I, 6) : "Si nous sommes affligés, c’est pour votre instruction et votre salut."
2° S. Paul continue sa preuve en passant à la puissance du nom de Jésus-Christ qui est invoqué dans le baptême (verset 13) : Ou avez-vous été baptisés au nom de Paul ?; comme s’il répondait : non ; car (Actes, IV, 12) : "Nul autre nom n’a été donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvés." De là (Isaïe XXVI, 8) : "Votre nom et votre souvenir sont les délices de mon âme, "
Mais il semble qu’on puisse dire que les hommes ne sont pas baptisés au nom de Jésus-Christ ; car, au dernier chapitre de S. Matthieu (verset 19), Jésus-Christ dit : "Allez, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit"
Il faut répondre que, dans la primitive Eglise, le nom de Jésus. Christ étant très odieux, les apôtres, afin de le rendre vénérable, baptisaient au nom de Jésus-Christ par une disposition spéciale de l’Esprit Saint. C’est de là qu’aux Actes (VIII, 12), il est rapporté que "plusieurs hommes et femmes furent baptisés au nom de Jésus-Christ". Et toutefois, comme l’enseigne S. Ambroise, "sous le nom de Jésus-Christ on entend la Trinité tout entière". Car Christ veut dire « oint », et par cette expression on comprend non seulement celui qui a reçu l’onction, c’est-à-dire le Fils de Dieu, mais l’onction elle-même, c’est-à-dire le Saint Esprit, et celui qui la donne, à savoir le Père, suivant ce passage (Psaume XLIV, 8) : "O Dieu, votre Dieu vous a sacré d’une onction de joie qui vous élève au-dessus de tous ceux qui doivent la partager." Mais maintenant que le nom de Jésus-Christ : "est grand dans toutes les nations, depuis le lever du soleil jusqu’à son coucher," comme dit le prophète Malachie (I, 11), l’Eglise se sert de la forme instituée d’abord par Jésus-Christ, et baptise au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit. Cependant tous ceux qui sont baptisés sous cette forme sont baptisés au nom de celui qui est le véritable Fils de Dieu, suivant cette parole de S. Jean (I Jean, V, 20) : "afin que nous vivions en son vrai Fils." Tous les fidèles sont aussi baptisés au nom de Jésus-Christ, c’est-à-dire par la foi et la confession de son nom, selon cette parole du prophète Joël (II, 32) : "Quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé." De là tous ceux qui sont baptisés sont appelés chrétiens, du nom de Jésus-Christ, car (Gal., III, 27) : "Vous tous qui avez été baptisés en Jésus-Christ, vous vous êtes revêtus de Jésus-Christ." Ainsi donc, si les souffrances de Jésus-Christ seul, si le nom de Jésus-Christ seul confère au baptême sa vertu pour opérer le salut, il est incontestable qu’il n’appartient qu’à Jésus-Christ de donner au baptême la vertu de sanctifier, et ainsi celui qui l’attribue à d’autres divise et multiplie Jésus-Christ.
III. Lorsque l’Apôtre dit (verset 14) : Je rends grâces à mon Dieu, il repousse une sorte de soupçon ; car sur ce qu’il venait de dire : Est-ce que Paul a été crucifié pour vous ? on pouvait penser que, s’il n’avait pas baptisé d’autorité un grand nombre de fidèles, au moins ils l’avaient été par son ministère. Sur ce point, il rend grâces d’abord de ce qu’il n’a baptisé qu’un petit nombre de personnes ; ensuite, après avoir nommé ce petit nombre, il en désigne quelques autres, à ces mots (verset 16) : J’ai encore baptisé, etc. ; enfin il assigne la raison pour laquelle il n’en a pas baptisé davantage, à ces autres (verset 17) : Aussi Dieu ne m’a-t-il pas envoyé pour baptiser.
1° Il dit donc d’abord (verset 14) : Je rends grâces à Dieu de ce que je n’ai baptisé aucun de vous, si ce n’est Crispus, dont il est dit aux Actes (XVIII, 8) : "Crispus, chef de la synagogue, crut au Seigneur avec toute sa maison," - et Caïus à qui fut écrite la troisième épître canonique de S. Jean. Et parce que l’action de grâces n’a pas de raison d’être sinon pour des bienfaits reçus, il explique en quel sens il rend des actions de grâces, en ajoutant (verset 15) : afin que personne ne dise que vous avez été baptisés en mon nom. Car il est souhaitable, pour les saints personnages, que du bien même qu’ils font on ne prenne pas occasion d’erreur ou de péché. Mais, parce que les Corinthiens se trompaient au point de se désigner par les noms de ceux qui les avaient baptisés en disant : "Moi, je suis à Paul, et moi à Apollos", comme s’ils eussent été baptisés en leurs noms, S. Paul rend grâces à Dieu de ce que son ministère n’a pas été l’occasion d’une semblable erreur. Voilà pourquoi encore il dit expressément qu’il a baptisé ceux qui s’étaient préservés de cette erreur.
2° Lorsque l’Apôtre dit (verset 16) : J’ai encore baptisé, il nomme quelques autres personnes baptisées par lui, afin que dans ses paroles la vérité ne paraisse pas affaiblie. Il dit donc : J’ai encore baptisé la maison, c’est-à-dire la famille, de Stéphanas, une dame chrétienne sans doute ; encore parce que sur les faits particuliers la mémoire des hommes est fragile, il ajoute : Au surplus, je ne sais, c’est-à-dire je n’ai pas présent à mon souvenir, si personnellement j’en ai baptisé d’autres.
3° En ajoutant (verset 17) : Aussi n’est-ce pas pour baptiser que Jésus-Christ m’a envoyé,etc., il donne la raison pour laquelle il a baptisé un si petit nombre de personnes : C’est que ce n’est pas pour baptiser que Dieu m’a envoyé, mais pour prêcher l’Évangile.
Ne pourrait-on pas objecter ce qu’on lit au dernier chapitre, verset 19, de S. Matthieu : "Allez, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit" ? Il faut répondre que Jésus-Christ a envoyé ses apôtres pour ce double ministère : qu’ils prêchent par eux-mêmes, ainsi qu’ils le disaient (Actes, VI, 2) : "Il n’est pas juste que nous abandonnions la parole de Dieu pour le service des tables", et qu’ils baptisent par les ministres inférieurs. La raison en est que dans le baptême rien ne s’opère par l’habileté ou la vertu de celui qui baptise, car il est indifférent que le baptême soit conféré par un ministre plus ou moins élevé ; tandis que dans la prédication de l’Evangile la sagesse et la vertu du prédicateur sont d’un grand poids : voilà pourquoi les apôtres, comme ministres supérieurs, exerçaient eux-mêmes l’office de prédicateurs. C’est ainsi qu’il est dit de Jésus-Christ lui même (Jean IV, 2) que Jésus ne baptisait pas par lui-même, mais par ses disciples ; tandis qu’il dit de lui-même (Luc, IV, 43) : "Il faut aussi que j’apporte la bonne nouvelle du royaume de Dieu aux autres villes, car c’est pour cela que je suis envoyé" ; et (Isaïe, LXI, 4) : "Il m’a envoyé pour annoncer son Evangile aux humbles."