17. Non pas par la sagesse de la parole, pour ne pas anéantir la croix de Jésus-Christ;
18. Car la parole de la croix est une folie pour ceux qui se perdent; mais, pour ceux qui se sauvent, c'est-à-dire pour nous, elle est la vertu de Dieu.
19. Car il est écrit : Je détruirai la sagesse des sages, et je rejetterai la science des savants.
20. Que sont devenus les sages? que sont devenus les docteurs de la Loi? que sont devenus les esprits curieux de ce siècle? Dieu n'a t-il pas convaincu de folie la sagesse de ce monde?
21. Car, Dieu voyant que le monde avec la sagesse humaine ne l'avait pas connu dans les ouvrages de la sagesse divine, il lui a plu de sauver par la folie de la prédication ceux qui croiraient en lui.
22. Les Juifs demandent des miracles, et les Gentils cherchent la sagesse;
23. Pour nous, nous prêchons le Christ crucifié, qui est un scandale aux Juifs et une folie aux Gentils,
24. Mais le Christ qui est la force de Dieu et la sagesse de Dieu à ceux qui sont appelés, soit Juifs soit Gentils,
25. Parce que ce qui parait en Dieu une folie est plus sage que les hommes, et que ce qui paraît en Dieu une faiblesse e plus fort que les hommes.
S. Paul, après avoir réprouvé la contestation des Corinthiens par une raison tirée du baptême, l’attaque ici du côté de la doctrine.Car, parmi eux, quelques-uns se glorifiaient de la doctrine de faux apôtres qui, se servant de paroles recherchées et de raisonnements d’une sagesse tout humaine, corrompaient la vérité de la foi. Aussi l’Apôtre établit d’abord que cette méthode n'est pas en concordance avec la doctrine de la foi, et fait voir ensuite qu’il ne s’est pas servi parmi eux de cette manière d’enseigner, à ces mots (II, 4) : Et moi, lorsque je suis venu vers vous, etc. Sur le premier point, il énumère ce qu’il veut établir ; il développe ensuite sa proposition, à ces mots (verset 17) : afin de ne pas anéantir...
I° Il dit donc d’abord : J’ai dit que Jésus-Christ m’a envoyé annoncer l’Evangile, non pas pourtant de cette sorte que je le fasse avec la sagesse de la parole, c’est-à-dire cette sagesse humaine qui fait les hommes verbeux, en tant que par elle ils usent de beaucoup de vains raisonnements ; (Ecclésiastique VI, 11) : "La multitude des paroles n’est pour ceux qui disputent qu’une grande vanité" ; et (Prov., XIV, 23) : "Où il y a beaucoup de paroles, on trouve souvent l’indigence." Ou encore, par la sagesse de la parole, il désigne la rhétorique qui apprend à parler d’une manière fleurie, ce qui séduit souvent et fait donner son assentiment aux erreurs et aux faussetés ; de là (Rom., XVI, 18) : "Par des paroles douces et flatteuses ils séduisent les âmes simples" ; et (Prov., II, 16) il est dit de la femme adultère, qui est la figure de la doctrine hérétique : "afin que vous échappiez à la femme adultère, à l’étrangère qui use de paroles doucereuses." Il est dit, au contraire, au prophète Isaïe (XXXIII, 19) : "Vous ne verrez pas," à savoir dans l’Eglise catholique, "ce peuple impudent, ce peuple obscur dans ses discours, dont vous ne pouvez entendre le langage étudié, et qui n’a aucune sagesse." Mais, comme dans le texte grec se trouve le mot logos, qui signifie à la fois raison et discours, on pourrait entendre plus convenablement par « la sagesse de la parole » la raison humaine, parce que les vérités qui appartiennent à la foi dépassent la portée de cette raison, selon cette parole de l’Ecclésiastique (III, 25) : "Un grand nombre de merveilles qui surpassent l’esprit de l’homme sont devant vos yeux."
On objecte qu’un grand nombre de docteurs de l'Eglise, en exposant les choses de la foi, ont employé la sagesse et les raisonnements humains, et un style orné ; car S. Jérôme, dans sa Lettre à Magnas, orateur de Rome [ou : dans une lettre à un grand orateur romain], dit que pour orner la foi tous les docteurs ont rempli leurs livres de la doctrine philosophique et des sciences, en sorte que l'on ne sait ce que l’on doit admirer davantage en eux, de l’érudition profane ou de la science des saintes Ecritures. Et S. Augustin, au livre IV, ch. V, de la Doctrine chrétienne, dit que "des écrivains ecclésiastiques ont parlé des choses divines non seulement avec sagesse, mais encore avec éloquence". Il faut répondre qu’autre chose est d’enseigner avec la sagesse de la parole, quelque soit la manière dont on est compris, autre chose de se servir de cette sagesse pour enseigner. Celui-là enseigne avec la sagesse de la parole qui la prend pour fondement et source principale de ce que l’on enseigne, c’est-à-dire de telle sorte qu’on n’approuve que ce qui respire cette sagesse, et qu’on repousse ce qui en est dépourvu : cela conduit à corrompre la foi. Mais celui-ci se sert de la sagesse de la parole qui pose d’abord les fondements de la foi véritable, puis met au service de cette foi ce que l’on trouve de vrai dans les doctrines des philosophes. Aussi S. Augustin, au II° livre de la Doctrine chrétienne, ch. XL, déclare que, "si les philosophes ont dit quelques vérités conformes à notre foi, non seulement il n’y a pas à s’en effrayer, mais il faut les revendiquer pour notre usage, comme se trouvant entre les mains d’injustes usurpateurs". Et au IV° livre de cet ouvrage, ch. II, il dit : "Chacun pouvant user du talent de la parole, qui peut servir beaucoup pour persuader des choses justes ou injustes, pourquoi les gens de bien ne s’appliqueraient-ils pas à l’acquérir pour rendre service à la vérité, quand les méchants osent en abuser pour les intérêts de l’erreur et de l'iniquité ?"
II° S. Paul ajoute (verset 17) : pour ne pas anéantir la croix de Jésus-Christ, et prouve ce qu’il vient de dire, d’abord par la nature des vérités enseignées et par la condition même de ceux qui les enseignent, à ces mots (verset 26) : Considérez votre vocation, etc. Sur le premier point, il fait trois choses : il montre d’abord que la méthode d’enseignement qui ne s’appuie que sur la sagesse de la parole n’est pas convenable pour la foi chrétienne ; il prouve ensuite ce qu’il avait supposé, à ces mots (verset 18) : Car la prédication de la croix ; il développe enfin sa preuve, à ces autres (verset 22) : Car les Juifs demandent des miracles.
I. Sur le mode d’enseigner, il faut remarquer que, même dans les discussions philosophiques, la même méthode ne convient pas à toute doctrine. Le discours doit donc être proportionné à la matière, comme il est dit au livre I° de la Morale, III. Or un mode d’enseignement est opposé surtout à sa matière lorsque par ce mode on renverse ce que cette matière a de principal, par exemple si, dans les vérités de pur intellect, on voulait se servir de démonstrations métaphoriques, arguments qui ne dépassent pas les choses d’imagination, auxquelles il n’est pas question de conduire l’homme raisonnable, comme Boèce le fait voir au livre de la Trinité. Or le principal dans la doctrine de la foi chrétienne, c’est le salut obtenu par la croix de Jésus-Christ, ce qui fait dire à S. Paul lui-même, au chapitre suivant (verset 2) : Je n’ai point prétendu parmi vous savoir autre chose que Jésus-Christ, et Jésus crucifié. Or celui qui, en enseignant, s’appuie principalement sur la sagesse de la parole, autant qu’il est en lui, anéantit la croix de Jésus-Christ ; donc, enseigner avec cette sagesse n’est pas le mode convenable pour la foi chrétienne ; c’est ce que l’Apôtre dit (verset 17) : de ne pas anéantir la croix de Jésus-Christ, c’est-à-dire de peur que si dans ma prédication je veux m’appuyer sur la sagesse de la parole, la foi en la vertu de la croix ne fût anéantie ; (Gal., V, 11) : "Le scandale de la croix est donc anéanti" ; et (Psaume CXXXVI, 7) : "Ils s’écrient : abattez, anéantissez jusqu’à ses fondements."
II. Lorsqu’il dit (verset 18) : Car la prédication de la croix, etc., S. Paul prouve que par la doctrine qui repose sur la sagesse de la parole, la croix de Jésus-Christ est anéantie, et, sur ces deux propositions, il donne d’abord sa preuve, et assigne ensuite la cause de ce qu’il a dit, à ces mots (verset 19) : C’est pourquoi il est écrit, etc.
1° Il dit donc : J’ai annoncé que si l’on proposait avec la sagesse de la parole la doctrine de la foi, la croix de Jésus-Christ serait anéantie ; car Le langage de la croix, c’est-à-dire la prédication de la croix de Jésus-Christ, est une folie, c’est-à-dire est regardée comme quelque chose d’insensé, pour ceux qui périssent, à savoir pour les infidèles, qui s’estiment sages selon le monde. La raison en est que la prédication de la croix de Jésus-Christ contient quelque chose qui, selon la sagesse humaine, paraît impossible : par exemple qu’un Dieu meure, que le Tout-Puissant se soit soumis à la violence de ses bourreaux. Elle contient encore quelque chose qui paraît contraire à la prudence de ce monde, à savoir qu’on ne refuse pas, lorsqu’on le peut, de supporter les désordres et autres épreuves semblables. Voilà pourquoi, pendant que l’apôtre S. Paul prêchait devant Festus de semblables vérités, ce gouverneur, ainsi qu’il est rapporté dans les Actes (XXVI, 24), lui dit : "Paul, vous êtes en délire : votre grande culture vous a fait perdre le sens" ; et S. Paul lui-même dit (ci-après, IV, 10) : Nous sommes insensés à cause de Jésus-Christ. Et, pour que l’on ne croie point que le mystère de la croix contient réellement quelque chose d’insensé, il ajoute (verset 18) : Mais pour ceux qui se sauvent, c’est-à-dire pour nous, fidèles de Jésus-Christ, qui sommes sauvés par Lui (Matthieu I, 21) : "C’est Lui qui délivrera son peuple de ses péchés," - "elle est la force de Dieu," parce qu’ils reconnaissent dans cette croix de Jésus la mort d’un Dieu qui par elle a vaincu le démon et le monde ; (Apoc., V, 5) : "Voici le lion de la tribu de Juda qui a vaincu." Ils y reconnaissent en même temps la force qu’ils sentent en eux-mêmes, quand, avec Jésus-Christ, ils meurent aux vices et aux convoitises ; (Gal., V, 24) : "Ceux qui appartiennent à Jésus-Christ ont crucifié leur chair avec ses passions et ses désirs déréglés." De là (Pi., CIX, 2) : "Le Seigneur va faire sortir de Sion le sceptre de votre puissance" ; et (Luc, VI, 19) : "Une vertu sortait de lui et les guérissait tous."
2° (verset 19) : C’est pourquoi il est écrit. L’Apôtre donne ici la raison de ce qu’il a avancé, et d’abord il explique comment la parole de la croix est pour les hommes une folie ; il montre ensuite comment cette folie est la force de Dieu pour ceux qui sont sauvés, à ces mots (verset 21) : le monde n’ayant pu connaître la sagesse de Dieu, etc.
1. Sur le premier de ces points, il cite d’abord une autorité qui prédit ce qu’il veut établir ; il fait voir ensuite comment cette prophétie a été accomplie, à ces mots (verset 20) : Où est le sage ?
A) A l’égard de la prophétie, il faut remarquer que ce qui est bon en soi ne peut paraître dépourvu de sens qu’à celui qui manque lui-même de sagesse : telle est la raison pour laquelle la parole de la croix, source de salut pour ceux qui croient, paraît à quelques-uns une folie : c’est qu’eux-mêmes sont privés de sagesse. Voilà pourquoi S. Paul dit (verset 19) : C’est pourquoi il est écrit : Je détruirai la sa gesse des sages et je rejetterai la science des savants. Or ce passage peut avoir été tiré de deux endroits de l’Ecriture ; car il est dit dans le prophète Abdias (verset 8) : "Je perdrai les sages de l’Idumée, et la prudence de la montagne d’Esaü." Mais il se trouve d’une manière plus expresse dans le prophète Isaïe (XXIX, 14) : "La sagesse des sages périra, et l’intelligence des docteurs s’obscurcira". Mais la sagesse et la prudence diffèrent entre elles, car la sagesse est la connaissance des choses divines, et ainsi elle appartient à la contemplation ; (Job, XXVIII, 28) : "Craindre Dieu, c’est la sagesse." La prudence, à proprement parler, est la connaissance des choses humaines ; (Prov., X, 23) : "La sagesse, c’est pour l’homme la prudence", à savoir parce qu’on donne le nom de prudence à la science des choses humaines. C’est pourquoi le Philosophe (Morale, livre VI) dit que la prudence est la droite raison dans les choses à faire. La prudence appartient donc à la raison. Or observez que les hommes, quelque mauvais qu’ils puissent être, ne sont pas privés totalement des dons de Dieu, et que les dons de Dieu ne sont pas réprouvés en eux ; mais ce qui est en eux réprouvé et perdu, c’est ce qui provient de leur malice. Voilà pourquoi il n’est pas dit simplement : Je perdrai la sagesse, car toute sagesse vient de Dieu, ainsi qu’il est dit dans (Isaïe, XXIX, 14 sv), mais Je détruirai la sagesse des sages, c’est-à-dire celle que les sages de ce monde ont inventée pour eux contre la vraie sagesse de Dieu, parce que (Jacques III, 15) : "Ce n’est pas une sagesse qui vient d’en haut, mais une sagesse terrestre, animale, diabolique." De même le Prophète ne dit pas : je rejetterai la science, parce que la sagesse de Dieu enseigne la science véritable, mais la science des savants, c’est-à-dire celle que ceux qui se regardent comme savants dans les choses du siècle appellent science, laquelle les attache aux biens de ce monde ; ou encore parce que (Rom., VIII, 6) : "L’amour des choses de la chair, c’est la mort." C’est ainsi que, par leur manque de sagesse, ils estiment impossible qu’un Dieu se fasse homme et qu’il puisse mourir selon l’humaine nature ; et, par défaut de science, ils regardent comme hors de toute convenance que l’Homme se soit soumis au supplice de la croix en méprisant l’ignominie, comme le dit (Hébr., XII, 2).
B) En disant (verset 20) : Où est le sage ?, l’Apôtre fait voir que la prophétie sur la réprobation de la sagesse et de la prudence humaine a été accomplie. Et d’abord il énonce, sous la forme d’une interrogation, la proposition intermédiaire ; en second lieu il déduit la conclusion, à ces mots (verset 20) : Dieu n’a-t-il pas convaincu de folie la sa gesse de ce monde, etc. ? a) Il dit donc d’abord : Où est le sage ? comme s’il disait : ou ne le trouve pas dans l’assemblée des fidèles qui sont sauvés. Et par sage il entend celui qui approfondit les causes secrètes de la nature ; (Isaïe XIX, 11) : "Comment direz-vous à Pharaon : Je suis le fils des sages ?" Ces paroles se rapportent aux Gentils, qui s’appliquaient à cette sagesse du monde. Où est le docteur ? c’est-à-dire le docteur de la Loi : ceci se rapporte aux Juifs comme s’il disait : il n’est pas dans l’assemblée des fidèles ; (Jean VII, 48) : "Quelqu’un des princes des prêtres et des pharisiens a t-il cru en lui ?" – Où est le savant de ce siècle ? c’est-à-dire celui qui, par sa science, cherche ce qui convient à la vie humaine dans les choses de ce siècle ; comme s’il disait : il ne se rencontre point parmi les fidèles ; paroles qui se rapportent aux uns et aux autres, soit Juifs soit Gentils ; (Baruch, III, 23) : "Les enfants d’Agar, qui recherchent une prudence de la terre." L’Apôtre paraît tirer cette interrogation de ce qu’on lit au prophète Isaïe (XXXI, 18) : "Où est le lettré ? pour lequel il met : le sage - "où est celui qui pèse les paroles de la Loi ?" pour lequel il met : le docteur - "Où est le maître des petits enfants ?" pour lequel il dit : le savant du siècle, parce que les petits sont instruits d’ordinaire des règles de la vie morale. b) Quand il ajoute (verset 20) : Dieu n’a-t-il pas convaincu de folie, etc.? il déduit la conclusion sous forme d’interrogation ; comme s’il disait : dès lors que ceux qui sont regardés comme les sages du monde se sont écartés des voies du salut, est-ce que Dieu n’a pas convaincu de folie la sagesse de ce monde ?, comprenez : n’a-t-il pas démontré qu’elle était insensée, quand ceux qui étaient les premiers dans cette sagesse se sont montrés tellement dépourvus de sens qu’ils n’ont pas pris la voie du salut ? (Jér., X, 14, et LI, 17) : "La science de tous les savants les rend insensés" et (Isaïe XLVII, 10) : "Votre sagesse et votre science vous ont séduite." On peut encore entendre autrement ce qui précède, comme si l’Apôtre disait : je détruirai la sagesse des sages et je rejetterai la science des savants, c’est-à-dire je la choisirai dans mes premiers prédicateurs selon cette parole des Proverbes (XXX, 1) : "Vision qu’a révélée par la parole un homme qui a Dieu avec lui" et à la suite (verset 2) : "Je suis de moi-même le plus insensé des hommes, et la sagesse des hommes n’est pas avec moi." – Où est le sage ? comme s’il disait : on ne le trouve point parmi les prédicateurs de la foi ; (Matth. XI, 25) : "Vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents, et vous les avez révélées aux petits." - Est-ce que Dieu n’a pas convaincu de folie, c’est-à-dire n’a pas démontré comme insensé, la sagesse de ce monde ? en faisant ce qui paraissait à ces sages impossible, à savoir qu’on prêchât qu’un homme mort était ressuscité, et d’autres vérités semblables.
2. (verset 21) : En effet, le monde, avec sa propre sagesse, etc. , S. Paul assigne ici la raison pour laquelle les fidèles sont sauvés par la folie de la prédication. C’est d’ailleurs ce qu’il a dit déjà (verset 18), que La prédication de la croix est une folie pour ceux qui se perdent; et, pour ceux qui croient, la force qui les sauve. Car il a plu à Dieu de se servir de la folie de la prédication, c’est-à-dire de la prédication que la sagesse humaine regarde comme une folie, pour sauver ceux qui croient, et cela pour cette raison que le monde, en d’autres termes les partisans du monde, n’ont pas connu Dieu par la sagesse puisée dans les choses du monde, c’est-à-dire dans la sagesse de Dieu. Car cette sagesse, en créant le monde, a fait briller ses jugements dans les choses du monde (Ecclésiastique I, 10) : "Il a répandu sa sagesse sur toutes ses oeuvres", en sorte que les créatures mêmes, faites par la sagesse de Dieu, sont, par rapport à cette sagesse dont elles expriment les jugements, comme les paroles de l’homme relativement à la sagesse de l’homme qu’elles manifestent. Et de même que le disciple parvient à connaître la sagesse de son maître par les paroles qu’il entend de celui-ci, ainsi l’homme pouvait parvenir à connaître la sagesse de Dieu en considérant les créatures qu’il avait produites, selon cette parole (Rom., I, 20) : "Les perfections invisibles de Dieu sont devenues visibles à l’intelligence depuis la création du monde." Mais, par suite de la vanité de son coeur, l’homme s’est écarté de la rectitude de la connaissance divine ; c’est de là qu’il est dit (Jean I, 10) : "Il était dans le monde, et le monde a été fait par Lui, et le monde ne l’a pas connu." Voilà pourquoi Dieu a amené les fidèles à la salutaire connaissance de Lui-même par d’autres moyens qui ne se trouvent pas dans des raisonnements tirés des créatures, et qui, pour ce motif, sont regardés comme dénués de sagesse par les hommes du siècle, qui ne considèrent que les raisons des choses humaines. Tels sont les enseignements de la foi. Il en est de ceci comme d’un maître qui, considérant que les paroles qu’il profère ne peuvent faire recevoir sa pensée par ses auditeurs, s’applique à en employer d’autres, afin de pouvoir manifester ce qu’il a dans le coeur.
III. L’Apôtre, en ajoutant (verset 22) : Car les Juifs, etc., développe la preuve de ce qu’il a avancé : et d’abord quant à ceci : La prédication de la croix est, pour ceux qui périssent, une folie ; ensuite quant à ce qu’il a dit encore : pour ceux qui se sauvent, c’est la force de Dieu pour ceux qui sont appelés, etc.
1° Sur la première de ces propositions, il expose d’abord la diversité de sentiment et d’intention de ceux qui périssent ; il en tire ensuite la raison de ce qu’il avait dit, à ces mots (verset 23) : Pour nous, nous prêchons Jésus-Christ.
1. Or de ceux qui périssent, c’est-à-dire de ceux qui ne croient pas, les uns étaient Juifs, les autres Gentils. Il dit donc : Il a été dit que la prédication de la croix est, pour ceux qui périssent, une folie, et ce pour la raison que Les Juifs demandent des miracles. Car les Juifs étaient ordinairement instruits par Dieu lui-même ; (Deut., VIII, 5) : "Il l’a élevé, il l’a instruit." Comme Dieu avait lui-même appuyé cet enseignement par un grand nombre de prodiges (Psaume LXXVII, 12) : "Il a fait éclater ses prodiges en Egypte," ainsi, à quiconque venait leur apporter quelque enseignement, ils demandaient des prodiges (Matth., X, 38) : "Maître, nous voulons voir de vous quelque prodige" ; et (Psaume LXXIII, 9) : "Nous ne voyons plus de miracles." Mais Les Grecs cherchent la sagesse, parce qu’ils étaient habiles dans cette étude ; je dis "la sagesse" acquise par les raisonnements des choses terrestres. De là (Jér., IX, 23) : "Que le sage ne se glorifie point dans sa sagesse." Par les Grecs, l’Apôtre donne à entendre tous les Gentils, qui ont reçu des Grecs la sagesse du siècle. Ils cherchaient donc la sagesse, exigeant que toute doctrine qui leur était proposée fût jugée par eux selon la règle de la sagesse humaine.
2. L’Apôtre conclut ensuite et dit pourquoi la prédication de la foi est pour eux une folie (verset 23) : Pour nous, nous prêchons Jésus-Christ crucifié, selon ce qui sera dit plus loin (XI, 26) : Vous annoncerez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne. - Ce qui est pour les Juifs un scandale, à savoir parce qu’ils désiraient une puissance qui fît des miracles, et qu’ils ne voyaient qu’une faiblesse chargée de la croix ; car (I1 Cor., XIII, 4) : "Il a été crucifié selon la faiblesse de la chair." C’est pour les Gentils une folie, parce qu’il paraît contradictoire aux raisonnements de l’humaine sagesse qu’un Dieu meure et qu’un homme juste et sage s’expose volontaire ment à une mort pleine d’ignominie.
2° (verset 24) : Mais pour ceux qui sont appelés, S. Paul développe ce qui précède : Pour ceux qui se sauvent, il est la force de Dieu. Et d’abord il explique cette parole ; il en assigne ensuite la raison, à ces mots (verset 25) : Car ce qui paraît en Dieu une folie, etc. 1. Il dit donc : Il a été dit que nous prêchons Jésus-Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les Gentils ; mais nous prêchons Jésus-Christ la force de Dieu et la sagesse de Dieu, pour ceux qui sont appelés soit d’entre les Juifs, soit d’entre les Grecs, c’est-à-dire pour ceux qui, parmi les uns ou parmi les autres, ont été appelés à la foi de Jésus-Christ, et qui dans sa croix reconnaissent la force de Dieu, par laquelle les démons sont vaincus, les péchés remis et les hommes sauvés ; (Psaume XX, 14) : "Élève-toi, Seigneur, par ta puissance." Ces paroles s’appliquent au scandale des Juifs, qui se scandalisaient de la faiblesse de Jésus-Christ, et reconnaissent aussi dans la croix la sagesse de Dieu, en tant que par la croix il délivre le genre humain de la manière la plus convenable ; (Sag., IX, 19) : "C’est par la sagesse qu’ont été guéris ceux qui vous ont été agréables dès le commencement." On dit, avec une certaine justesse de termes, "la force de Dieu et la sagesse de Dieu" : la force d’abord, en tant que le Père opère par elle toutes choses ; (Jean I, 3) : "Toutes choses ont été faites par Lui" ; la sagesse, en tant que le Verbe lui-même, qui est le Fils, n’est autre que la sagesse engendrée ou conçue ; (Ecclésiastique XXIV, 5) : "Je suis sortie de la bouche du Très-Haut ; je suis née avant toute créature." Il ne faut pas entendre pourtant que Dieu le Père soit fort et sage par la force ou la sagesse engendrée, parce que, ainsi que le prouve S. Augustin (livre VI de la Trinité), il s’ensuivrait que le Père tiendrait l’être de son Fils ; car, pour Dieu, être et avoir la force et la sagesse ne sont qu’une seule et même chose.
2. Enfin, en disant (verset 25) : Car ce qui paraît en Dieu une folie, l’Apôtre développe la raison de ce qu’il avait dit, et explique comment ce qui est faiblesse et folie peut être la force ou la sagesse de Dieu : C’est que ce qui paraît en Dieu une folie est plus sage que les hommes ; comme s’il disait : nous avons vu que ce qui est divin paraît folie, non par défaut de sagesse, mais parce qu’il dépasse la sagesse humaine En effet, les hommes regardent d'ordinaire comme dépourvu de sens ce qui excède leur compréhension ; (Ecclésiastique III, 25) : "Un grand nombre de merveilles qui surpassent l’esprit de l’homme sont devant vos yeux." De même ce qui est faiblesse en Dieu est plus fort que les hommes ; car l’on ne dit pas que quelque chose est faible en Dieu par manque de force, mais parce qu’il dépasse la force de l’homme ; c’est ainsi qu’on l’appelle invisible en tant qu’il ne peut être atteint par les sens ; (Sag., XII, 17) : "Vous montrez votre puissance lorsqu’on ne vous croit pas la plénitude de la force," bien qu’on puisse rapporter ceci au mystère de l’Incarnation, parce que tout ce qui, en Dieu, est considéré comme faiblesse et folie du côté de la nature qu’il a prise sur lui, excède toute sagesse et toute puissance ; (Exode, XV, 11) : "Seigneur, qui est semblable à vous parmi les forts ?"