26. En effet, considérez, mes frères, qui sont ceux d’entre vous qui ont été appelés : il y en a peu de sages selon la chair, peu de puissants et peu de nobles.
27. Mais Dieu a choisi les moins sages selon le monde pour confondre les sages; il a choisi les faibles selon le monde pour confondre les puissants;
28. Et il a choisi les plus vils et les plus méprisables selon le monde, et ce qui n’était rien, pour détruire ce qui est,
29. Afin que nul homme ne se glorifie devant lui.
30. C’est par cette voie que vous êtes établis dans le Christ Jésus, qui nous a été donné de Dieu pour être nôtre sagesse, notre justice, notre sanctification et notre rédemption
31. Afin que, selon qu'il est écrit, celui qui se glorifie, se glorifie dans le Seigneur.
S. Paul a démontré que la méthode d’enseignement qui s’appuie sur la sagesse de la parole ne convient pas à la doctrine chrétienne en raison de sa matière, qui est la croix même de Jésus-Christ ; il fait voir ici que ce même mode d’enseignement ne convient pas davantage à cette doctrine du côté de ceux qui enseignent, suivant cette parole des Proverbes (XXVI, 7) : "Les paroles sages sont une dérision dans la bouche d’un insensé" ; et (Ecclésiastique XX, 22) : "Une parole sage sera réprouvée dans la bouche de l’insensé." Les premiers prédicateurs de la foi n’étant donc point sages d’une sagesse selon la chair, il n’était pas convenable à eux d’enseigner avec la sagesse de la parole. L’Apôtre fait donc ici deux choses : I° il montre comment les premiers docteurs de la foi ne furent pas sages d’une sagesse charnelle, et comment ils manquaient de compétence dans les affaires humaines ; II° il montre comment ce défaut a été suppléé en eux par Jésus-Christ, à ces mots (verset 30) : C’est ainsi que vous avez été établis en Jésus-Christ.
I° Sur le premier de ces points, I. il écarte des premiers prédicateurs de la foi la grandeur selon le siècle ; II. il fait ressortir leur abaissement par rapport au siècle, à ces mots (verset 27) : Mais [Dieu a choisi] les moins sages selon le monde ; III. il en assigne la raison, à ces autres (verset 29) : afin que nul ne se glorifie.
I. Il dit donc : Il a été avancé que ce qui est en Dieu folie est plus sage que les hommes, et vous pouvez le reconnaître dans votre propre conversion. (verset 26) : En effet voyez, c’est-à-dire considérez avec attention, votre vocation, en d’autres termes comment vous avez été appelés ; car vous n'êtes pas venus de vous-mêmes, c’est lui qui vous a appelés ; (Rom., VIII, 30) : "Ceux qu’il a prédestinés, il les a appelés" ; et encore (I Pierre, II, 9) : "Il vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière." L’Apôtre les engage à considérer le mode de leur vocation, d’abord quant à ceux par lesquels ils ont été appelés ; (Isaïe, LI, 2) : "Jetez les yeux sur Abraham et Sara, les auteurs de votre race." De ces premiers ministres de leur vocation, il écarte :
1° la sagesse, en disant (verset 26) : [Vous trouverez parmi ceux par lesquels vous avez été appelés peu de sages selon la chair, c’est-à-dire d’une sagesse charnelle et terrestre ; (Jacques III, 15) : "Ce n’est pas là la sagesse qui vient d’en haut, mais une sagesse terrestre, animale, diabolique" ; et (Baruch, III, 23) : "Les enfants d’Agar, qui recherchent une sagesse de la terre." Il dit : peu de sages, parce qu’il y en avait cependant quelques-uns qui n’étaient pas étrangers à la sagesse du monde, comme Paul lui-même et Barnabé, et, dans l’Ancien Testament, Moïse, qui (Act., VII, 22) : "fut instruit dans toute la science des Egyptiens."
2° Il en écarte la puissance du siècle : peu de puissants, à savoir selon le siècle ; de là aussi en S. Jean (VII, 48) : "Quelqu’un des princes des prêtres a-t-il cru en lui ?" et (Baruch, III, 16) : "Où sont les princes des nations ?" (verset 19) : "Ils ont été exterminés, ils sont descendus aux enfers."
3° Enfin il en écarte l’excellence de la race (verset 26) : et peu d’illustres. Toutefois il y en eut parmi eux quelques-uns, comme Paul lui-même qui, au ch. XXII, 25 des Actes, se dit né citoyen romain, et qui, au ch. XVI, 7, de l’épître aux Romains, dit de quelques-uns : "Qu’ils sont d’une naissance illustre."
II. (verset 27) : Mais Dieu a choisi les moins sages, etc. L’Apôtre met ici en opposition leur abjection par rapport au monde :
1° et d’abord le défaut contraire à la sagesse : les moins sages selon le inonde, en d’autres termes ceux qui selon le monde paraissaient insensés, Dieu les a choisis pour l’office de prédicateurs, c’est-à-dire des pêcheurs illettrés ; (Act., IV, 13) : "Sachant qu’ils étaient des hommes sans lettres et ignorants, les Juifs s’en étonnaient" ; (Isaïe XXXIII, 18) : "Où est le lettré ? où est celui qui fait son étude de la Loi ?" - et cela afin de confondre les sages, c’est-à-dire ceux qui mettaient leur confiance dans la sagesse du monde, tandis qu’ils n’ont pas connu eux-mêmes ce qui fut révélé aux simples ; (Matth., XI, 25) : "Vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents, et vous les avez révélées aux petits" ; (Isaïe XIX, 12) : "Où sont maintenant vos sages ? qu’ils vous disent l’avenir !"
2° Paul marque ce qui leur manque du côté de la puissance, en disant : et les faibles selon le monde, c’est-à-dire des hommes sans puissance selon le monde, par exemple de la campagne et de basse extraction, Dieu les a choisis pour l’office de prédicateur ; ce qui était figuré par ce qu’on lit au III° livre des Rois (XX, 14) : "Je vous livrerai cette multitude entre les mains par les valets des princes des provinces" ; et (Prov., IX, 3) : La sagesse "a envoyé ses serviteurs, elle a appelé du lieu le plus élevé de la ville." On voit dans ces deux passages la faiblesse des premiers prédicateurs. C’était pour confondre les forts, c’est-à-dire les puissants de ce monde ; (Isaïe, II, 17) : "Toute grandeur humaine sera humiliée, tout orgueil sera abattu."
3° Enfin l’Apôtre indique ce qui leur manque du côté de la noblesse. L’on peut considérer dans la noblesse trois aspects :
1. l’illustration de la famille désignée par le nom même de noblesse ; sur ce point, il dit (verset 28) : Il a choisi les plus vils, c’est-à-dire ceux qui sont vils selon le monde ; (ci-après, IV, 10) : Vous êtes honorés, nous sommes méprisés.
2. L’honneur et le respect qu’on rend à ceux qui sont nobles ; sur ce point il dit (verset 28) : et les plus méprisables, c’est-à-dire Dieu a choisi pour le travail de la prédication des hommes méprisables selon le monde ; (Psaume LXXVIII, 4) : "Nous sommes devenus un sujet d’opprobre à nos voisins et pour ceux qui sont autour de nous."
3. Enfin la haute opinion que les gens ont de la noblesse ; de cette opinion il dit : et ce qui n’était rien, c’est-à-dire qui n’était pas aperçu dans le monde, Dieu l’a choisi pour le ministère de la parole ; (Job, XXX, 2) : "Ceux dont la force et le travail des mains était pour nous moins que rien et qui étaient regardés comme indignes de vivre" ; et cela afin de détruire ce qui est, c’est-à-dire ceux qui dans le monde paraissaient être quelque chose ; (Isaïe, XXIII, 9) : "Le Seigneur des armées a résolu de renverser toute la gloire des superbes, et de faire tomber dans l’ignominie tous ceux qui paraissaient dans le monde avec éclat."
III. L’Apôtre assigne ensuite la cause de ce qu’il vient de dire, en ajoutant : S’il n’a pas choisi dans le monde ceux qui y étaient distingués, mais ceux qui étaient méprisés, c’est (verset 29) : afin que nul homme ne se glorifie, etc., c’est-à-dire afin que nul, pour quelque excellence selon la chair, ne se glorifie en se comparant avec le Seigneur ; (Jér., IX, 23) : "Que le sage ne se glorifie point de sa sagesse, et que le fort ne se glorifie point de sa force, et que le riche ne se glorifie point dans ses richesses." Car de ce que Dieu a soumis le monde à sa foi, non par ceux qui étaient élevés dans le monde ou dans le siècle, mais par ceux qui étaient méprisés, il s’ensuit que l’homme ne peut se glorifier, comme si le monde avait été sauvé par quelque excellence selon la chair. Cependant l’excellence du monde ne paraîtrait pas venir de Dieu si Dieu lui-même ne s’en servait pas pour se faire rendre hommage. Voilà pourquoi, dans les commencements, Dieu a choisi d’abord quelques hommes et ensuite un grand nombre, parmi ceux qui étaient distingués selon le siècle, pour prêcher la foi. Aussi la Glose dit-elle : Si le pêcheur ne précédait avec fidélité, l’orateur ne suivrait pas avec humilité ; et il appartient aussi à la gloire de Dieu d’attirer à Lui, par ceux qui sont méprisés, ceux qui sont élevés dans le siècle.
II° Quand S. Paul dit (verset 30) : C’est par là que vous êtes établis en Jésus-Christ, il montre comment Dieu, pour empêcher que les prédicateurs de la foi ne soient méprisés comme gens abjects et sans distinction dans le siècle, a suppléé en eux ce qui leur manquait.
I. A cet effet, il fait voir d’abord à qui il faut attribuer le salut du monde, qui a été produit par le ministère des prédicateurs. Il a été établi, dit-il, que vous avez été appelés non par ceux qui étaient distingués dans le siècle, mais par ceux qui y étaient méprisés ; il est donc évident que votre conversion n’est pas l’oeuvre de l’homme, mais l’oeuvre de Dieu. C’est ce que dit l’Apôtre (verset 30) : C’est donc par Lui, c’est-à-dire par la force de Dieu, que vous avez été établis en Notre Seigneur Jésus-Christ, c’est-à-dire que vous êtes unis à Lui et ne faites plus qu’un corps avec Lui par la grâce ; (Ephés., II, 10) : "Nous sommes son ouvrage, créés en Jésus-Christpour accomplir de bonnes oeuvres."
II. Ensuite il fait voir que Dieu supplée par Jésus-Christ ce qui manque aux prédicateurs de la foi :
1° et d’abord le manque de sagesse, lequel, à savoir Jésus-Christ (verset 30), est devenu pour nous qui prêchons la foi, et par nous pour tous les fidèles, la sagesse, parce qu’en nous unissant à Lui, qui est la sagesse de Dieu, et en participant à Lui par la grâce, nous sommes devenus sages, et cela grâce à Dieu qui nous a donné Jésus-Christ et nous a attirés à Lui ; (Jean VI, 44) : "Nul ne peut venir à moi si le Père qui m’a envoyé ne l’attire" ; et (Deut., IV, 6) : "Telles seront votre sagesse et votre intelligence devant les peuples."
2° Le manque de puissance (verset 30) : et notre justice, qui, à cause de sa force, est comparée à la cuirasse ; (Sag., V, 19) : "Il prendra la justice pour cuirasse." Or il est dit que Jésus-Christ nous a été donné comme notre justice, parce que c’est en sa foi que nous sommes justifiés ; (Rom., III, 22) : "la justice de Dieu par la foi en Jésus-Christ."
3° Enfin le manque de noblesse (verset 30) : notre sanctification et notre rédemption. Nous sommes, en effet, sanctifiés par Jésus-Christ, en tant que par lui nous sommes unis à Dieu, et c’est en quoi consiste la véritable noblesse, suivant cette parole du 1er livre des Rois (II, 30) : "Je glorifierai celui qui m’aura glorifié, et ceux qui me méprisent seront couverts d’ignominie." De là cette parole (Hébr., XIII, 12) : "C’est pourquoi Jésus, afin de sanctifier le peuple par son propre sang, a souffert sa passion hors de la ville." Il est de venu notre rédemption, en tant que par Lui nous avons été rachetés de la servitude du péché qui constitue la véritable bassesse. C’est de là encore qu’il est dit (Psaume XXX, 6) : "Vous m’avez racheté, Dieu de vérité !"
III. Enfin S. Paul donne la raison de ce qui précède (verset 31) : afin que, selon qu’il est écrit (Jér., IX, 24) : "celui qui se glorifie ne se glorifie que dans le Seigneur." Notre Vulgate porte en cet en droit (verset 24) : "[Que celui qui se glorifie], se glorifie de me connaître et de savoir que je suis le Seigneur." Si, dit l’Apôtre, le salut de l’homme ne procède point de quelque excellence humaine, mais uniquement de la force de Dieu, la gloire n’est pas due à l’homme, mais à Dieu, selon cette parole (Psaume CXIII, 1) : "Faites éclater votre gloire, non pas pour nous, Seigneur, mais pour votre nom" ; et (Ecclésiastique LI, 3) : "A celui qui me donne la sagesse je rendrai la gloire".
1. Pour moi, mes frères, lorsque je suis venu vers vous pour vous annoncer l'Evangile du Christ, je ne suis point venu avec les discours élevés de l'éloquence et de la sagesse ;
2. Car j’ai fait profession de ne savoir autre chose parmi vous que le Christ, et le Christ crucifié.
3. Et tant que j’étais parmi vous, j’y ai toujours été dans un état de faiblesse, de crainte et de tremblement ;
4. Et je n'ai point employé en vous parlant et en vous prêchant les discours persuasifs de la sagesse humaine, mais les effets sensibles de l’Esprit et de la vertu,
5. Afin que votre foi ne repose point sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu.
6. Nous prêchons néanmoins la sagesse parmi les parfaits, non la sagesse de ce monde ni des princes de ce monde qui se détruisent ;
7. Mais nous prêchons la sagesse de Dieu, sagesse mystérieuse et cachée, qu'il avait prédestinée avant tous les siècles pour notre gloire.
Saint Paul, après avoir dit quel est le mode convenable à l’enseignement chrétien, fait voir qu’il a lui-même suivi ce mode. I° Il établit qu’il ne s’est prévalu parmi eux d’aucun avantage du siècle ; II° il montre près de qui il se sert des avantages selon l’esprit, à ces mots (verset 6) : Nous prêchons néanmoins la sagesse aux parfaits, etc. ; III° il en donne la raison, à ces autres (verset 13) : et ces dons, nous les annoncerons, etc. .
I° Sur le premier de ces points l’Apôtre dit : I. qu’il ne fait pas ostentation parmi eux des avantages de la sagesse mondaine ; II. qu’il ne se prévaut pas de la puissance selon le siècle, à ces mots (verset 3) : Et j’ai été au milieu de vous dans un état de faiblesse ; III. qu’il n’emploie pas l’avantage de l’éloquence, à ces autres (verset 4) : Mes discours, etc."
I. En ce qui regarde la sagesse, 1° il énonce ce qu’il veut établir ; 2° il le prouve, à ces mots (verset 2) : Car je n’ai pas prétendu savoir.
1° Il reprend donc : J’ai dit que Jésus-Christ m’a envoyé pour annoncer l’Evangile non avec la sagesse de la parole, et qu’il y a peu de sages ainsi envoyés (verset 1) : Pour moi, mes frères, bien que je possède la sagesse mondaine (I1 Cor., XI, 6) : "Et si je suis inhabile par la parole, il n’en est pas de même pour la science," – lorsque je suis venu vers vous pour vous convertir à Jésus-Christ, ainsi qu’il est rapporté au ch. XVIII, 1, des Actes : "Je suis venu vous annonçant le témoignage de Jésus-Christ," selon cette parole tirée également des Actes (IV, 33) : "Les apôtres rendaient témoignage avec une grande force à la résurrection de J.-C. N.-S." et Je ne suis point venu avec l’éclat d’une éloquence et d’une sagesse humaines. Or on reconnaît la sublimité de la sagesse dans les développements de quelques vérités sublimes et élevées au-dessus de la raison et des sens des hommes (Ecclésiastique XXIV, 7) : "J’ai habité dans les lieux très hauts", mais la sublimité des discours peut s’entendre ou des paroles qui expriment les conceptions de la sagesse (Ecclésiastique XIX, 15) : "Les paroles des sages sont comme des aiguillons et comme des clous fixés profondément", ou bien de la méthode de raisonnement par quelques déductions subtiles, car il y a dans le terme grec logos, ce qui indique et la parole et la raison, comme le remarque Saint Jérôme. L’Apôtre parle ainsi parce qu’il ne voulait pas défendre la foi de Jésus-Christ par ces sortes de sublimités de la sa gesse ou du discours ; (I Rois, II, 3) : "Gardez-vous de multiplier les paroles pleines d’orgueil."
2° Il donne la raison de ce qu’il vient de dire, en ces termes (verset 2) : Car je n’ai pas prétendu parmi vous savoir autre chose que Jésus-Christ. Pour cela, en effet, il n’était pas besoin que l’Apôtre fît ostentation de sagesse, mais qu’il donnât des preuves de puissance (I1 Cor., IV, 5) : "Car nous ne nous prêchons pas nous-mêmes, mais nous prêchons Jésus-Christ." Voilà pourquoi il n’employait que ce qui pouvait manifester la puissance de Jésus-Christ, se regardant comme s’il ne savait rien d’autre que Jésus-Christ ; (Jér., IX, 24) : "Que celui qui se glorifie, se glorifie de me connaître et de savoir que je suis le Seigneur." Or en Jésus-Christ (Colos., II, 3) : "Sont renfermés tous les trésors de la sagesse et de la science de Dieu," et quant à la plénitude de la divinité, quant à la plénitude de la sagesse et de la grâce, et même quant aux raisons profondes de l’Incarnation, ce que pourtant ne leur annonçait pas l’Apôtre, qui s’en tint à ce qui était plus manifeste et plus humble dans Notre Seigneur Jésus-Christ. Aussi ajoute t-il : et Jésus crucifié, comme s’il disait : je me suis présenté à vous comme ne sachant rien autre chose que la croix de Jésus-Christ ; (Gal., VI, 14) : "Pour moi, à Dieu ne plaise que je me glorifie en autre chose que dans la croix de Jésus-Christ Notre Seigneur ! Ainsi donc, parce que la sagesse de la parole humaine anéantissait la croix de Jésus-Christ, l’Apôtre, d’après ce qui précède, n’était pas venu avec l’éclat de l’éloquence ou de la sagesse.
II. En ajoutant (verset 3) : Et j’ai été au milieu de vous dans un état de faiblesse, saint Paul fait voir qu’au milieu d’eux il ne s’est pas appuyé sur la puissance, mais plutôt extérieurement et intérieurement sur tout ce qui lui est opposé. 1° Et d’abord pour l’extérieur (verset 3) : Et j’ai été au milieu de vous dans un état de faiblesse, c’est-à-dire supportant parmi vous les tribulations (Gal., 1V, 13) : "Vous savez que je vous ai autrefois prêché l’Evangile parmi les infirmités de la chair" ; (Psaume XV, 4) : "Ils ont multiplié leurs infirmités."
2° Quant à l’intérieur, il ajoute : et de crainte, à savoir des maux qui étaient prêchés, et de tremblement, c’est-à-dire en tant que la crainte intérieure réagit sur le corps ; (I1 Cor., VII, 5) : "Combats au dehors, frayeurs au dedans."
III. (verset 4) : Mon discours, l’Apôtre fait voir ici qu’il ne s’est pas prévalu de l’avantage de l’éloquence. Sur ce point, il fait trois choses :
1° il réprouve ce mode, qui ne convient pas à l’enseignement, en disant (verset 4) : Mon discours, à savoir par lequel j’instruisais quelques personnes en particulier et séparément ; (Ephés., IV, 29) : "Que nul mauvais discours ne sorte de votre bouche, et qu’il n’en sorte que de bons et de propres à nourrir la foi″ - et ma prédication, par laquelle j’enseignais. publiquement, n’ont pas consisté dans les paroles persuasives de la sagesse humaine, c’est-à-dire dans l’emploi de la rhétorique, qui se sert d’artifices pour persuader, en sorte que, comme il a dit plus haut qu’il n’a pas eu l’intention d’appuyer sa prédication sur les raisonnements philosophiques, il dit maintenant qu’il n’a pas été dans son intention de s’appuyer sur les moyens persuasifs de la rhétorique ; (Isaïe XXXIII, 19) : "Vous ne verrez plus ce peuple orgueilleux, ce peuple obscur dans ses discours, dont vous ne pourrez entendre le langage étudié, et qui n’a aucune sagesse."
2° Il montre le mode légitime qu’il a suivi en prêchant, en disant (verset 4) : Mes discours ont consisté dans les preuves sensibles de l’es prit et de
3° Il donne la raison de ce qui précède, en disant (verset 5) : afin que votre foi ne soit pas établie sur la sagesse des hommes, c’est-à-dire ne s’appuie point sur la sagesse humaine, qui, le plus souvent, trompe les hommes, selon cette parole d’Isaïe (XLVII, 10) : "Votre sagesse et votre science, voilà ce qui vous a séduites" - mais sur la puissance de Dieu, c’est-à-dire de façon que votre foi repose sur la puissance divine, et qu’ainsi elle ne puisse défaillir ; (Rom., I, 16) : "Je ne rougis point de l’Evangile, parce qu’il est la vertu de Dieu pour sauver tous ceux qui croient."
II° En disant (verset 6) : Nous prêchons maintenant la sagesse, etc., l’Apôtre désigne ceux auprès desquels il se sert des avantages de la sagesse spirituelle. I. Il énonce ce qu’il veut établir; II. il développe sa proposition, à ces mots (verset 6) : non la sagesse de ce monde.
I. Il dit donc : Je n’ai prêché pour vous que Jésus crucifié ; mais la sagesse, c’est-à-dire la doctrine profonde, nous la prêchons au milieu des parfaits. On peut être appelé parfait dans deux sens différents : d’abord quant à l’intelligence, ensuite quant à la volonté ; car, parmi les puissances de l’âme, celles-ci sont propres à l’homme, et, par conséquent, c’est d’après elles qu’on doit considérer dans l’homme la perfection. Or on peut appeler parfaits quant à l’intelligence, ceux dont l’esprit est élevé au-dessus des choses charnelles et sensibles, parce que ces hommes sont susceptibles de comprendre les choses spirituelles et intellectuelles. De ceux-ci il est dit (Hébr., V, 14) : "La nourriture solide est pour les parfaits, pour ceux dont l’esprit, par un long exercice, s’est accoutumé à discerner le bien et le mal." Ceux-là sont parfaits selon la volonté, en qui cette faculté, élevée au-dessus de toutes les choses temporelles, n’adhère qu’à Dieu et à ses préceptes. Aussi (Matthieu V, 48), après avoir établi les préceptes de l’amour, le Sauveur ajoute t-il : "Soyez donc parfaits comme votre Père céleste est parfait." L’enseignement de la foi étant donc ordonné pour faire agir la foi par la charité, ainsi qu’il est dit au ch. V, 6 de l’épître aux Galates, il est nécessaire que celui qu’on instruit dans la doctrine de la foi soit non seulement disposé quant à l’intelligence à recevoir la vérité et à croire, mais encore, quant à sa volonté et à l’affection, à aimer et à bien agir.
II. Lorsqu’il ajoute (verset 7) : mais nous prêchons la sagesse de Dieu, etc… l’Apôtre explique quelle est la sagesse dont il a parlé. Et d’abord il donne son explication. Il en déduit ensuite la raison, à ces mots (verset 8) : qu’aucun des princes de monde, etc… Il expose donc, dans son explication, quelle est cette sagesse, par comparaison avec ceux qui n’ont pas la foi, et en second lieu par comparaison avec les fidèles, à ces mots : Mais nous prêchons la sagesse de Dieu, etc…
1° Il dit donc : Il a été dit que nous prêchons la sagesse aux parfaits ; je dis la sagesse non pas de ce monde, c’est-à-dire des choses du siècle, ou celle qui s’établit par des raisonnements humains, ni celle des princes de ce monde, séparant de cette manière la sagesse qu’il prêche de la sagesse du monde, et quant au mode d’en rechercher l’objet et quant aux auteurs, qui sont les princes de ce siècle ; ce qui peut être entendu de trois espèces de princes, suivant les trois espèces de sagesse humaine. A) On peut donc entendre par princes de ce siècle les rois et les puissants du siècle, selon cette parole du Psalmiste (II, 2) : "Les princes se sont ligués contre le Seigneur et contre son Christ." C’est de ces princes que procède la sagesse des lois humaines qui règlent les choses de cette vie.
B) En second lieu, les démons ; (Jean XIV, 30) : "Le prince de ce monde est venu, et il n’y a en moi rien qui lui appartienne, etc…" De ces princes vient la sagesse du culte des démons, c’est-à-dire la nécromancie, la magie et autres pratiques semblables.
C) Enfin par princes du siècle on peut entendre par princes de ce siècle les philosophes, qui se sont montrés aux hommes comme les princes de l’enseignement, et dont il est dit (Isaïe, XIX, 11) : "Les princes de Tanis ont perdu le sens, ces sages conseillers de Pharaon…" C’est de ces princes qu’est sortie toute la philosophie humaine. Or, parmi ces princes, les humains tombent par la mort, par la perte de la puissance et de l’autorité ; les démons, eux, ne périssent pas par la mort, ils perdent l’autorité et la puissance, suivant cette parole (Jean XII, 31) : "Maintenant le prince de ce monde sera chassé" ; et quant aux hommes (Baruch, III, 16) : "Où sont les princes des nations ?" et peu après : "Ils ont été exterminés ; ils sont descendus dans les enfers." De même donc qu’ils sont eux-mêmes sans stabilité, leur sagesse ne peut être solide : voilà pourquoi il ne faut pas s’appuyer sur elle.
2° L’Apôtre continue (verset 7) : Mais nous prêchons, etc…, expliquant quelle est cette sagesse par rapport à ceux qui croient.
A) Et d’abord il la décrit quant à son objet ou son autorité, en disant (verset 7) : Mais nous prêchons la sagesse de Dieu, c’est-à-dire qui est Dieu et vient de Dieu. Car, bien que toute sagesse vienne de Dieu comme le dit l’Ecclésiastique I, 1, cependant cette sagesse, qui est de Dieu par une disposition particulière, vient aussi de Lui par la révélation (Sag., IX, 17) : "Qui saura votre pensée, Seigneur, si vous ne donnez la sagesse et si vous n’envoyez pas votre Esprit d’en haut ?"
B) Ensuite il en montre l’excellence (verset 7) : mystérieuse et cachée. Car cette sagesse est cachée pour les hommes, dont elle surpasse l’intelligence ; (Ecclésiastique III, 25) : "Un grand nombre de merveilles qui surpassent l’esprit de l’homme sont devant ses yeux." De là (Job, XXVIII, 21) : "Elle est cachée aux yeux de tous les êtres vivants". Et, parce que le mode d’enseignement et la doctrine doivent être en rapport, l’Apôtre ajoute (verset 7) qu’il a prêché cette sagesse dans son mystère, c’est-à-dire comme placée sous le voile qui la cache, parole ou signe ; (plus bas, XIV, 2) : C’est par l’Esprit qu’il révèle les mystères.
C) Enfin il en indique les fruits, quand il dit (verset 7) : que Dieu, avant tous les siècles, avait prédestinée, c’est-à-dire préparée, pour notre gloire, à savoir celle des prédicateurs de la foi, à qui une grande gloire est due et devant Dieu et devant les hommes, en raison de la prédication d’une si haute sagesse ; (Prov., III, 35) : "Les sages posséderont la gloire en héritage." Ce que dit l’Apôtre : pour notre gloire, peut s’appliquer à tous les fidèles, dont la gloire consiste à connaître dans une complète lumière ce qui est maintenant prêché dans le mystère, selon cette parole de saint Jean (XVII, 3) : "Et c’est la vie éternelle de vous connaître, vous le seul Dieu véritable, et Jésus-Christ que vous avez envoyé."