Ressources Catholiques Missel Romain

précédent
Leçon 4 : 1 Corinthiens VII, 21-24 — Rester dans son état de vie
SOMMAIRE : Saint Paul exhorte à demeurer dans l’état où l’on était quand on a été appelé à la foi, fût cet état la servitude, la plus dure des conditions où l’homme puisse se trouver.

21. Avez-vous été appelé étant esclave, ne portez pas cet état avec peine ; mais si vous pouvez devenir libre, profitez-en plutôt.

22. Car celui qui, étant esclave, est appelé au service du Seigneur de vient affranchi du Seigneur ; et de même, celui qui est appelé étant libre, devient l'esclave du Christ.

23. Vous avez été achetés à prix ne vous rendez pas esclaves des hommes.

24. Que chacun, mes frères, demeure dans l'état où il était lorsqu’il a été appelé, et qu’il s’y tienne devant Dieu.

L’Apôtre a montré plus haut que si l’époux(se) infidèle ne se sépare point, le(a) fidèle doit demeurer avec lui en toute patience ; il appuyait son enseignement d’abord sur l’espérance de conversion de la partie infidèle, et sur la persévérance dans l’état auquel on a été appelé. Il cite ici, en troisième lieu, un exemple qu’il prend dans la manière de vivre, et, quatrièmement, un second tiré d’une condition particulière. I° Il cite l’exemple même ; II° il en donne la raison, à ces mots (verset 22) : Car celui qui a été appelé, étant esclave, au service du Seigneur, etc. ; III° Il en déduit une règle générale, à ces autres (verset 24) : Que chacun donc demeure, etc.

I° En traitant la première question, saint Paul I. suppose quelqu’un dans l’état de servitude ; II. il suppose la liberté d’en sortir, à ces mots (verset 21) : Quand même vous pourriez, etc. ; III. l’avantage de ces divers états pour le salut, à ces autres (verset 21) : Faites-en un bon usage.

I. Il dit donc (verset 21) : Vous étiez esclave, etc., comme s’il disait : que chacun donc demeure dans l’état où il était quand Dieu l’a appelé ; par exemple, vous étiez esclave lorsque vous avez été appelé à la foi, à savoir de Jésus-Christ, ne vous en inquiétez pas, c’est-à-dire de manière à vouloir échapper à la servitude. C’est ainsi que Onésime, esclave de Philémon, s’étant réfugié auprès de saint Paul, l'Apôtre le renvoya à son maître, avec prière de le reprendre, comme on le voit dans l’épître qu’il écrivit à Philémon.

II. Mais plutôt (verset 21) : quand même vous pourriez devenir libre, demeurez dans la servitude, parce que c’est un motif d’humilité. Et, comme dit saint Ambroise, plus on est abject dans ce siècle, à cause du Seigneur, plus on sera exalté dans le siècle futur. (Grégoire) : « Ceux qui sont plus précieux devant Dieu sont ceux qui se rendent plus vils à cause de lui. » Et (Boèce) : « Si toujours l’on doit craindre la fortune, c’est plus encore la bonne que la mauvaise. »

II° Lorsqu’il dit (verset 22) : Car celui qui, étant esclave, a été, appelé au service du Seigneur, saint Paul donne la raison de l’exemple en le prenant I. du côté des esclaves ; II. du côté des hommes libres, à ces mots (verset 22) : De même, celui qui est appelé étant libre, etc. Voici son raisonnement en général : La servitude et la liberté, si l’on est au Seigneur, peuvent concourir au salut ; or nous ne devons nous inquiéter que de ce qui intéresse le salut ; donc nous devons être indifférents à l’égard de la liberté et de la servitude.

I. Il dit donc (verset 22) : Car celui qui est appelé au service du Seigneur, comme s’il disait véritablement : vous ne devez pas vous en mettre en peine, car, c’est-à-dire puisque celui qui a été appelé au service, en d’autres termes, à la foi du Seigneur, étant esclave, d’une servitude corporelle, devient affranchi du Seigneur, c’est-à-dire puisque, affranchi par le Seigneur, il est libre d’une liberté spirituelle, car l’affranchi est délivré de la servitude ; or, celui qui est engagé au service du Seigneur est délivré de la servitude du péché par le Seigneur ; donc il est affranchi du Seigneur ; (Jean VIII, 36) : "Si le Fils vous affranchit, vous serez vraiment libres."

II. Lorsqu’il ajoute (verset 22) : De même celui qui est appelé étant libre, etc., l’Apôtre donne la même raison, en la prenant du côté des hommes libres. Et d’abord il considère en eux la soumission qu’ils doivent, non moins que les esclaves, à Jésus-Christ ; ensuite il donne la raison de cette soumission, à ces mots (verset 26) : Vous avez été achetés d’un grand prix ; enfin il indique l’obligation de cette soumission à ces autres (verset 23) : Ne vous rendez pas esclaves, etc. Il dit donc : De même, celui qui a été appelé étant libre, de la liberté corporelle, est esclave de Jésus-Christ, d’une soumission spirituelle ; (Rom., I, 1) : "Paul, serviteur de Jésus-Christ, etc.," parce que, soit esclaves, soit libres, tous sont néanmoins serviteurs. Et c’est justice, car vous avez été achetés d’un grand prix. L’Apôtre s’exprime ainsi parce que notre rachat s’est fait par le sang de Jésus-Christ, qui est d’un prix inestimable ; (I Pierre, I, 18) : "Ce n’est pas par des objets corruptibles, comme l’or et l’argent, que vous avez été rachetés de votre vie pleine de vanité, etc. Si donc vous avez été achetés d’un prix si grand, ne vous rendez pas esclaves des hommes, en mettant de côté le service de Dieu et en vous occupant des superstitions humaines," car c’est ce que faisaient les Corinthiens ; (ci-dessus, I, 12) : Moi je suis à Paul, et moi à Apollos.

III° Que chacun donc, circoncis et incirconcis, libre ou esclave, dans quelque état qu’il ait été appelé pour être notre frère, c’est-à-dire fidèle, y demeure devant Dieu, c’est-à-dire en observant les divins commandements ; car (Matthieu XXIV, 13) : "Celui qui aura persévéré jusqu’à la fin sera sauvé." Donc si celui qui est marié a été appelé à la foi, qu’il reste dans le mariage en gardant la foi.

Leçon 5 : 1 Corinthiens VII, 25-28 — Le conseil évangélique de virginité
SOMMAIRE : Discourant sur la virginité, saint Paul la loue et la conseille, sans définir qu’elle soit de précepte, comme est l’obligation de demeurer dans l’état du mariage.

25. Quant aux vierges, je n'ai pas reçu de commandement du Seigneur, mais voici le conseil que je donne comme étant fidèle ministre du Seigneur, par la miséricorde que j’en ai reçue.

26. Je crois donc qu’il est avantageux, à cause des nécessités pressantes de cette vie, qu’il est, dis-je, avantageux à l’homme de ne pas se marier.

27. Etes-vous lié à une femme ? ne cherchez pas à vous délier. N'êtes vous point lié à une femme ? ne cherchez pas de femme.

28. Si néanmoins vous prenez femme, vous ne péchez pas ; et si une fille se marie, elle ne pèche pas ; mais ces personnes souffriront les tribulations de la chair. Or je voudrais vous épargner.

Au commencement de ce chapitre, l’Apôtre a traité du mariage ; ici commence la seconde partie, dans laquelle il traite de la virginité. Et d’abord il parle des vierges ; ensuite de ceux qui sont préposés à leur garde, à ces mots (verset 36) : Si quelqu’un croit qu’il est honteux pour lui, etc.

Sur la première de ces questions, premièrement il donne aux vierges le conseil de demeurer dans la virginité ; secondement, il donne à ceux qui se marient la règle d’une vie exemplaire, à ces mots (verset 29) : Voici donc, mes frères, ce que j’ai à vous dire, etc. ; troisièmement, il montre qu’il vaut mieux garder le bon propos de la continence à ces mots (verset 32) : Or je veux que vous soyez sans inquiétude, etc… I° Dans la première partie de cette question, il loue et conseille la virginité ; II° dans la seconde, il accorde et approuve le mariage contracté, à ces mots (verset 21) : Êtes-vous lié à une femme ?, etc. ; III° dans la troisième, il défend le fait de contracter mariage, et affirme qu’il n’y a pas de péché, à ces autres (verset 28) : Au reste, si vous épousez une femme, etc.

I° Il dit donc sur la virginité, d’abord que la garder n’est pas un précepte, ensuite que c’est un conseil, à ces mots (verset 25) : Voici le conseil que je donne. Il expose deux raisons pour lesquelles ce conseil doit être suivi : I. l’autorité de celui qui conseille ; II. la dignité de la virginité qui est conseillée, à ces mots (verset 26) : Je crois donc que cet état est avantageux.

I. Il dit donc (verset 25) : Quant aux vierges, etc., comme s’il disait : à l’égard de ceux qui sont mariés, Dieu commande de ne pas se séparer ; mais quant aux vierges, je n’ai point du Seigneur un commandement semblable, à savoir qui les oblige à garder la continence ou à entrer dans le mariage ; car ce que dit le Sauveur à ce sujet (Matthieu XIX, 12) : "Que celui qui peut entendre entende," l’est sous forme de conseil. Or la virginité, dit saint Augustin, n’est pas un état commandé : elle peut être conseillée, elle ne peut être imposée.- Mais voici le conseil que je donne, à savoir de garder la continence, conseil qui m’est inspiré par l’Esprit Saint ; (Tobie, IV, 19) : "Demandez toujours conseil à un homme sage." Ce conseil, dis-je, je le donne comme ayant reçu lu Seigneur miséricorde, c’est-à-dire l’apostolat qui m’a été miséricordieusement confié. Ayant obtenu, dis-je, d’être fidèle dans le ministère qui m’a été remis, je dois donc être cru dans les conseils que je donne ; (Luc, XII, 42) : "Quel est, à votre avis, l’économe fidèle ?" (Haymon) : "Parce qu’il lui a été donné d’être conseiller fidèle, il ne doit pas priver de ses conseils ceux qui en avaient besoin." Voilà pourquoi il faut acquiescer aux conseils des supérieurs.

II. Lorsqu’il ajoute (verset 26) : Je crois donc, etc., il fait ressortir la dignité de l’état qui est l’objet de ce conseil, et cela de deux manières : 1° parce que ce bien est opportun ; 2° parce qu’il est convenable, à ces mots (verset 26) : Je pense donc qu’il est bon, etc.

1° Il dit donc : Je crois donc, etc., comme s’il disait : puisque je suis un conseiller fidèle, je crois donc que cet état est avantageux, à savoir de demeurer dans la virginité, et que à cause des nécessités pressantes de la vie, on doit éviter le mariage, parce qu’en s’y engageant, on est pressé par un grand nombre de soucis ; ce qui fait dire que ceux qui sont dans cet état sont sous la meule ; (Luc, XVII, 31) ; de là encore le proverbe : le mariage donne des os à ronger. 2° Je pense, dis-je et c’est la vérité, qu’il est avantageux à l’homme de demeurer dans cet état, c’est-à-dire dans la virginité, et que cet état est bienséant, à cause de la pureté ; doux, à cause de la liberté ; profitable, à cause de la récompense, car il donne droit à une auréole et au centuple (Luc, VIII, 8). Saint Augustin, cité dans la Glose, dit : « La virginité surpasse la condition de l’humaine nature ; par elle les hommes deviennent semblables aux anges. Toutefois la victoire est plus grande dans les hommes que dans les anges, car les anges vivent sans la chair, et les vierges triomphent dans la chair. »

II° Lorsqu’il dit (verset 27) : Etes-vous lié à une femme ? etc., saint Paul concède et approuve le mariage contracté. Il dit donc d’abord que celui qui est marié ne doit pas chercher à divorcer ; ensuite il conseille à celui qui est libre de ne chercher point le mariage, à ces mots (verset 27) : N’avez-vous point de femme, etc.

I. Il dit donc (verset 27) : Etes-vous lié à une femme ?, comme s’il disait : bien qu’il soit avantageux de vivre dans la continence, cependant êtes-vous lié à une femme ? ne cherchez pas à vous délier, surtout si cette épouse est bonne ; (Ecclésiastique VII, 21) : "Ne vous éloignez pas de la femme sensée." Il dit lié, comme tenu par un double lien, c’est-à-dire par le consentement donné quand se forme le mariage, et par l’union charnelle quand le mariage se consomme. Car si l’on n’était tenu que par un seul lien, par exemple le consentement seul, on pourrait chercher à se séparer, à savoir en entrant en religion.

II. N’avez-vous point de femme ?, ne cherchez pas à vous marier, si toutefois vous pouvez vivre dans la continence ; car, ainsi que le disent les apôtres (Matth., XIX, 10) : "Si telle est la condition d’un homme à l’égard de sa femme, il n’est pas avantageux de se marier."

III° En disant (verset 28) : Si néanmoins vous épousez une femme, etc., l’Apôtre excuse de tout péché le mariage à contracter. Et d’abord il montre que le mariage peut être contracté sans péché ; ensuite qu’une condition plus douce est de ne pas se marier, à ces mots (verset 28) : Mais ces personnes souffriront tribulation, etc. Dans la première question, il expose la vérité à l’égard I. de la personne qui n’est plus dans l’état de virginité ; II. de celle qui est vierge, à ces mots (verset 28) : Et si une fille se marie, etc.

I. Il dit donc : Si vous êtes libre, ne cherchez pas à vous marier (verset 28) : Si néanmoins vous épousez une femme, à savoir pour une fin légitime, et non pour satisfaire la passion, vous n’avez pas commis de faute. Ici se trouve un argument péremptoire contre les hérétiques qui condamnent le mariage ; (I Tim., IV, 3) : "Ils interdisent le mariage." De même (verset 28) : Si une fille se marie, non pas une vierge consacrée à Dieu, parce que, suivant saint Jérôme, « à ceux qui ont fait voeu de virginité, c’est péché non seulement de se marier, mais encore de vouloir le faire » ; elle n’a pas péché non plus en entrant dans le mariage, autrement la Bienheureuse Vierge eût péché lorsqu’elle épousa saint Joseph.

II. Cependant ceux qui sont dans cet état, c’est-à-dire ceux qui entrent dans l’état du mariage, souffriront la tribulation de la chair, c’est-à-dire l’affliction, pour se procurer à eux-mêmes, à leurs enfants et aux autres les choses nécessaires à la vie, en sorte qu’il est moins pesant de demeurer sans se marier. Néanmoins je vous excuse, comme s’il disait : je vous conseille d’éviter le mariage, mais pourtant je vous l’accorde, par égard pour votre faiblesse. Ou encore : Mais moi je vous épargne, en ce sens que je vous conseille d’éviter ces tribulations la chair. Il faut noter ici que la sainte virginité est un grand bien, à raison de ses nombreux avantages.-

1° Elle conserve la chair dans la pureté ; (Apoc., XIV, 4) : "Ceux-ci ne se sont pas souillés avec les femmes, parce qu’ils sont vierges" ; c’est ainsi que le sel est bon, parce qu’il préserve la chair de la corruption. 2° Elle orne et embellit l’âme ; aussi trouve-t-on souvent dans l’Ecriture la beauté jointe à la virginité ; (Sag., IV, 1) : "Combien est belle la race chaste, quand elle possède l’éclat de la vertu !" et (Cant., IV, 7) : "Que vous êtes belle, ô ma bien-aimée!"

3° Elle rend semblable aux anges du ciel, comme la Glose le dit sur ce passage, et (Matthieu XXII, 30) : "Au jour de la résurrection, les hommes n’auront pas de femmes, ni les femmes de maris, mais ils seront comme les anges de Dieu." (Jérôme) : « C’est vivre dans la chair, malgré la chair, etc. »

4° Elle épouse Jésus-Christ (II1 Cor., XI, 2) : "Je vous ai fiancés à cet unique époux, Jésus-Christ, pour vous présenter à lui comme une vierge sans tache."

5° Elle rapproche de Dieu et unit à lui (Psaume XLIV, 15) : "Des vierges seront amenées au roi après elle." (Jér., III, 4) : "Vous êtes celui qui m’avez conduit lorsque j’étais vierge."

6° Elle l’emporte sur tous les autres états ; (Ecclésiastique XXVI, 20) : "Tous les trésors ne peuvent être le prix d’une âme chaste" ; et (ci-après, VII, 38) : Celui qui marie sa fille fait bien ; mais celui qui ne la marie point fait mieux encore.

7° Elle exhale l’odeur d’une bonne réputation (Luc, I, 27) : "Et le nom de la vierge était Marie." (Cant., II, 2) : "Comme le lis au milieu des épines, ainsi s'élève ma bien-aimée au-dessus de ses compagnes."

8° Elle donne entrée aux noces éternelles (Matthieu XXV, 10) : "Celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle des noces." Mais, hélas! qu’elle est difficile à conserver ! (Ecclésiastique XLII, 9) : "La fille est à son père un sujet secret, etc." car le démon suggère le vice opposé. La corruption incline à l’acte, et la beauté porte à consentir.

Leçon 6 : 1 Corinthiens VII, 29-31 — Les rapport conjugaux
SOMMAIRE : L’Apôtre traite des rapports entre le mari et l’épouse ; il enseigne comment il faut préparer l’âme à la prospérité et à l’adversité.

29. Voici donc, mes frères, ce que je vous dis. Le temps est court, et ainsi, que ceux mêmes qui ont des femmes soient comme n'en ayant pas ;

30. Et ceux qui pleurent, comme ne pleurant pas ; ceux qui se réjouissent, comme ne se réjouissant pas ; ceux qui achètent, comme ne possédant pas ;

31. Enfin ceux qui usent de ce monde, comme en usant pas ; car la figure de ce monde passe.

Voici la seconde partie, où l’Apôtre donne, soit à ceux qui se marient, soit à ceux qui sont déjà mariés, la règle de bien vivre. Il enseigne comment ils doivent agir : 1° à l’égard de leurs épouses ; II° dans les cas ou événements fortuits, à ces mots (verset 30) : et ceux qui pleurent, etc. ; III° dans les affaires ou biens du siècle, à ces autres (verset 30) : et ceux qui achètent, etc. ; IV° enfin il donne la raison de ces différents avertissements (verset 31) : Car la figure de ce monde passe.

I° Dans la première question, l’Apôtre comprend 1° l’autorité de celui qui conseille (verset 29 : voici ce que je vous dis) ; 2° la nécessité de prendre conseil, à ces mots (verset 29) : Le temps est court ; 3° la forme même de ce conseil, à ces autres (verset 29) : Il faut donc, etc. Il dit : Voici donc, comme s’il disait : puisque ce n’est pas un péché d’entrer dans l’état du mariage, voici donc, mes frères, ce que je vous dis, si, quant au mariage, le temps est court, c’est-à-dire le temps pendant lequel le peuple de Dieu doit être, non pas propagé par la génération selon la chair, mais rassemblé par la régénération selon l’esprit, comme dit la Glose ; et parce que le temps est court, il n’y a plus, c’est-à-dire voici ce qui reste à faire (verset 29) : Que ceux qui ont des femmes soient comme s’ils n’en avaient pas, en s’appliquant au service de Dieu, et non en exigeant le devoir de la chair ; ce lui fait dire soient comme s’ils n’en avaient pas. Il ne dit pas : « comme celui qui n’en a pas », tels qu’étaient les anciens patriarches. Aussi saint Augustin dit-il (Du bien du Mariage, liv. XXI) que « le célibat de Jean n’est pas préféré au mariage d’Abraham » tandis qu’aujourd’hui c’est le contraire qui arrive. Ceux qui n’en ont pas vivent comme s’ils en avaient. Or il faut remarquer qu’avoir une épouse, comme si l’on n’en avait pas, c’est rendre à sa femme le devoir sans l’exiger, ou prendre femme à cause de sa faiblesse propre, en gémissant de ce qu’on ne peut s’en passer, ou garder avec une égale affection la continence, ou ne s’approcher de sa propre épouse que pour la procréation des enfants qui honoreront Dieu.

II° et que ceux qui pleurent, à cause des épreuves du mariage, ou en raison de quelque misère du siècle, soient comme s’ils ne pleuraient pas, c’est-à-dire consolés par l’espérance des biens futurs qui approchent ; (Prov., XII, 21) : "Quoi qu’il arrive au juste, il ne s’attristera pas."- Et que ceux qui se réjouissent, pour quelques prospérités du siècle, soient comme s’ils ne se réjouissaient pas, mais qu’ils vivent dans une sorte de crainte des dangers ou des malheurs qui les menacent ; (Ecclésiastique XI, 27) : "A jour de bonheur, ne perdez pas le souvenir du malheur."

III° Lorsqu’il dit (verset 30) : Que ceux qui achètent, saint Paul fait voir comment on doit user des choses ou des biens de ce monde. Et d’abord comment il faut user de ce que l’on possédera, ensuite de ce que l’on possède, à ces mots (verset 31) : et que ceux qui usent des choses de ce monde, etc. Il dit donc (verset 30) : Que ceux qui achètent soient comme s’ils ne possédaient pas, c’est-à-dire qu’ils ne viennent pas à s’asseoir auprès de ces biens de la terre, suppléez, en laissant s’attacher leur coeur à ces biens périssables ; (Psaume LXI, 11) : "Si vous avez beaucoup de richesses, gardez-vous d’y attacher votre coeur" ; (Ezéch VII, 12) : "Que celui qui achète ne se réjouisse pas, et que celui qui vend ne s’afflige pas." Et pour tout comprendre dans une maxime générale (verset 31) : Que ceux qui usent de ce monde, c’est-à-dire des biens du monde ; je ne dis pas ceux qui en jouissent comme les méchants, lesquels en abusent pour une fin mauvaise et disent (Sag., II, 6) : "Hâtons-nous de jouir des biens qui sont," c’est-à-dire présents ; mais qui s’en servent en les rapportant à la fin légitime, soient comme s’ils n’en usaient pas, à savoir qu’ils ne s’y attachent pas par une affection excessive ; (I Tim., VI, 8) : "Ayant de quoi nous nourrir et de quoi nous couvrir, nous devons être contents." En dehors du devoir conjugal, l’Apôtre distingue donc ici, par rapport aux sollicitudes des mondains, quatre actes différents, savoir : pleurer, se réjouir, acheter, user. Les deux premiers appartiennent à l’affection, les autres aux actes. Or la sollicitude humaine donne lieu à un double effet, à savoir : acheter, par rapport à ce qu’on veut avoir, et user par rapport à ce qu’on a déjà. C’est d’après cette distinction que l’Apôtre trace une recom-mandation de tempérance relativement à ces actes.

IV° Enfin dans ces paroles (verset 31) : Car la figure de ce monde passe, etc..,. saint Paul donne la raison des avertissements qui précèdent. La voici : Ce qui passe doit être regardé comme s’il n’était pas ; or tels sont les biens périssables de ce monde ; on doit donc les regarder comme n’existant pas. C’est ce qui fait dire à saint Paul que tout ce qui tient au monde doit être regardé comme n’existant pas, parce que la figure de ce monde passe, c’est-à-dire leur éclat extérieur, ou ce qu’ils renferment de fragile, d’après leur condition de fragilité ; car les qualités périssables passeront, les immortelles resteront ; le monde passera donc, ainsi que ses convoitises. Tout est à noter ici : c’est la figure et non la substance du monde ; du monde, et non celle du Paradis, qui passe, qui ne s’arrête pas.On élève une difficulté sur ceci : si l’on peut arriver à cet état de liberté. La Glose dit : « Plus on est méprisé pour Dieu dans le siècle présent, plus on est exalté dans le siècle futur ». Objection : Donc l’inférieur, s’il est homme de bien, sera exalté au-dessus du supérieur, homme de bien lui-même. Je réponds que la Glose doit être entendue, toutes choses égales par ailleurs. Même chose sur cet autre passage : Chacun doit demeurer dans l’état où il était quand il a été appelé. Objection : donc celui qui a été appelé à vivre dans le siècle ne doit pas entrer en religion. Je réponds que l’Apôtre parle des états, en tant qu’ils peuvent servir au salut, et non de ceux qui seraient un obstacle. Sur ce mot : Je pense qu’il est avantageux, la Glose dit : « La victoire des vierges est supérieure à celle des anges ». Objection : donc leur couronne est plus glorieuse ; donc les hommes ne seront pas seulement égaux aux anges, ils seront plus grands qu’eux. Je réponds : Plus grand, si on l’entend de l’extension ou de la multiplication, car ils n’auront pas seulement l’auréole d’or. Sur ce passage : Il est avantageux de demeurer ainsi, « dans la virginité », dit la Glose. Objection (Gen., I, 28) : "Croissez et multipliez-vous" ; or la virginité est contraire à ce précepte. Je réponds que ce précepte n’est pas perpétuel, mais donné pour un temps suffisant à la multiplication du genre humain. Sur ce passage : Ceux qui ont des épouses, la Glose dit : « On doit estimer les plus heureux les mariages où, après avoir eu des enfants, on a pu, d’un commun accord, garder la continence ». Objection : On est d’autant plus heureux qu’on est en rapport plus direct avec sa fin ; or la fin du mariage, c’est la procréation des enfants. Réponse : Entendez par les mariages les époux, ou dites que la fin qu’on indique n’est pas la fin dernière du mariage, mais le complément du nombre des élus, qui serait plus promptement rempli si tous gardaient la continence. Enfin sur ce mot : La figure de ce monde passe, la Glose dit : « Au jugement, l’embrasement des feux du monde fera périr non la substance, mais la figure de ce monde ». Objection (II Pierre, III, 10) : "Au jour du Seigneur, au bruit d’une effroyable tempête, les cieux passeront." - Je réponds : ce passage et cet embrasement sont accidentels, non substantiels, c’est-à-dire atteignent les accidents et non la substance.

suivant