32. Pour moi, je désire vous voir dégagés des sollicitudes. Celui qui n’est pas marié s’occupe du soin des choses du Seigneur et de ce qu’il doit faire plaire à Dieu.
33. Mais celui qui est marié s’occupe du soin des choses du monde et de ce qu’il doit faire pour plaire à sa femme ; et ainsi il se trouve partagé.
34. De même, une femme qui n’est pas mariée et une vierge s’occupent du soin des choses du Seigneur, afin d’être sainte de corps et d’esprit ; mais celle qui est mariée s’occupe du soin des choses du monde et de ce qu’elle doit faire pour plaire à son mari.
35. Or je vous dis ceci pour votre avantage, non pour vous tendre un piége, mais pour vous porter à ce qui est plus parfait et qui vous donne un moyen plus facile de prier Dieu sans empêchement.
Saint Paul, dans ce qui précède, a donné d’abord aux vierges le conseil de vivre dans la continence ; à ceux qui entrent dans l’état du mariage, la règle de bien vivre ; il montre ici, en troisième lieu, que le temps le plus méritoire est celui où l’on garde la continence. Il le prouve en argumentant qu’on y rencontre : I° une plus grande paix ; II° une plus grande sainteté, à ces mots (verset 34) : Ainsi une femme qui n’est pas mariée, etc. ; III° une plus grande utilité, à ces autres (verset 35) : Or je vous dis ceci pour votre plus grand avantage, etc.
I° Voici son premier raisonnement : la paix dans l’amour de Dieu seul est préférable à l’inquiétude des mondains ; or ceux qui vivent dans la continence ont la paix, tandis que ceux qui sont dans le mariage ont la sollicitude des choses du monde : l’état de ceux qui vivent dans la continence est donc préférable à l’état de ceux qui vivent dans le mariage. I. Il détourne de la sollicitude du monde ; II. il fait voir que ceux qui vivent dans la continence n’ont de sollicitude que pour les choses de Dieu, à ces mots (verset 32) : Car celui qui n’est pas marié, etc. ; III. il montre que ceux qui vivent dans le mariage sont forcés de s’occuper des choses du monde, à ces autres (verset 33) : Mais celui qui est marié, etc.
I. Il dit donc (verset 32) : Or je désire, comme s’il disait : si vous entrez dans le mariage, je vous conseille de faire ce que j’ai prescrit ; mais j’aime mieux que vous soyez sans inquiétude pour ce qui touche aux femmes ; (Philip., IV, 6) : "Ne vous inquiétez de rien." Remarquez que l’Ecriture nous détourne d’une triple inquiétude, à savoir : de celle qui vient des femmes, comme dans ces paroles : Je désire que vous soyez sans inquiétude ; de celle qui tient à la nourriture ; (Matthieu VI, 25) : "Ne vous inquiétez pas pour votre âme de ce que vous mangerez ; de celle qui vient de l’argent ; (Prov., X, 7) : "L’attente des cupides périra."
II. C’est avec raison que je désire qu’il en soit ainsi, parce que (verset 32) : Celui qui n’est pas marié s’occupe des choses du Seigneur, afin de lui plaire. Car il n’a pas l’excuse de ceux qui disent (Luc, XIV, 20) : "J’ai épousé une femme, et je ne puis y aller." - Il s’occupe, dis-je, de savoir comment il plaira à Dieu, c’est-à-dire par la beauté intérieure de son âme. Heureux celui dont le désir est d’aviter de se marier, dont la sollicitude est de servir Dieu, dont l’intention est de lui plaire !
III. En disant (verset 33) : Mais celui qui est marié, l’Apôtre montre comment c’est une nécessité à ceux qui vivent dans le mariage de s’occuper des choses qui tiennent au monde. Là se trouvent quatre obstacles pleins de périls :
1° le lien conjugal, à ces mots (verset 33) : Celui qui est marié ;
2° le soin des choses du monde, à ces autres (verset 33) : Il s’occupe du soin des choses du monde ;
3° la dépendance de l’épouse, à ceux-ci (verset 33) : et de plaire à sa femme ; le partage des oeuvres, à ces autres (verset 33) : et il est partagé. Il dit donc (verset 33) : Celui qui est avec une épouse, c’est-à-dire dans le mariage, s’occupe du soin des choses de ce monde, à savoir du gouvernement de sa famille et d’autres soins semblables. Aussi Jacob, après avoir épousé Lia et Rachel, dit (Gen., XXX, 30) : "Il est bien juste que je pourvoie maintenant à ma maison," en d’autres termes que je m’occupe de plaire à mon épouse. A cette fin, le mari peut licitement orner sa personne ; car, d’après la Glose, « c’est une grande amertume dans la maison qu’une femme triste » ; et celui qui est ainsi préoccupé est divisé non par nature, mais quant aux actes, c’est-à-dire par la diversité des devoirs, quoique avec la même intention principale. Aussi la Glose dit-elle : « Il sert Dieu en partie, et en partie le monde ».
II° Quand l’Apôtre ajoute (verset 34) : Aussi une femme qui n’est pas mariée, etc., il apporte la seconde raison, qui prouve qu’il est plus profitable de garder le bon propos de la continence que de contracter mariage : c’est qu’on y trouve une plus grande sainteté. Voici son raisonnement : la femme qui vit dans la continence s’occupe de la sainteté, de la divinité, de l’amour de Dieu ; celle qui est mariée s’occupe du monde : le premier état est donc préférable au second. L’Apôtre rappelle : I. l’occupation de la femme, qui, n’étant pas mariée, pense entièrement à plaire à Dieu ; II. l’occupation de celle qui, étant mariée, pense en partie à plaire au monde, à ces mots (verset 34) : mais celle qui est mariée.
I. Le premier point comprend trois choses : 1° l’état de continence ; 2° la pensée ; 3° le mérite de ceux qui vivent dans la continence. L’état est saint, puisqu’il s’agit d’une femme non mariée ou d’une vierge ; la pensée est droite, puisqu’elle s’occupe des choses de Dieu ; le mérite est abondant, puisque c’est pour être sainte, etc. Saint Paul dit donc : et de même (verset 34) : Une femme qui n’est pas mariée, c’est-à-dire la veuve et la vierge pense, c’est-à-dire a une plus grande liberté de penser, ce qui est de Dieu, en d’autres termes aux choses spirituelles et éternelles. Elle pense ainsi, dis-je, afin d’être sainte, plus que celle qui est mariée ; car beaucoup de celles qui sont mariées sont saintes. Saint Augustin (du Bien du Mariage, liv. II) : "L’Apôtre a voulu faire entendre que les personnes non mariées se sanctifiaient davantage, et pour le corps et pour l’âme ; cependant il n’exclut pas totalement de la sainteté celles qui sont mariées." Afin, dis-je, d’être sainte de corps, dans les oeuvres corporelles, et d’esprit, dans les actes spirituels ; ou sainte de corps, contre les vices de la chair, et d’esprit, contre les vices spirituels.
II. En disant (verset 34) : mais celle qui est mariée, saint Paul montre la sollicitude des femmes mariées. Il y comprend trois choses : 1° le mariage même ; 2° ses sollicitudes, à ces mots (verset 34) : Elle pense aux choses de ce monde ; 3° ses désirs, à ces autres (verset 34) : et de plaire à son mari, etc… Il dit donc (verset 34) : mais celle qui est mariée pense à ce qui est du monde, c’est-à-dire veille au soin de ses enfants, au gouvernement de sa maison et à de semblables préoccupations. C’est pour cette raison que les parents de Sara (Tobie, X, 13) l’avertirent d’honorer son beau-père, d’aimer son mari, de gouverner sa famille, etc. - Elle pense, dis-je, à plaire à son mari, et en se parant à cette fin, elles ne pèchent pas. Cependant elles doivent s’appliquer à leur plaire bien plus par la sainteté des moeurs que par l’éclat des vêtements ; (I Tim., II, 9) : "Que les femmes se parent avec modestie, non avec des cheveux frisés, ni avec des ornements d’or, etc."
III° Quand il ajoute (verset 35) : Or je vous dis ceci pour votre avantage, etc., l’Apôtre donne la troisième raison, à savoir une utilité plus grande. Voici son raisonnement : ce qui est le plus utile est aussi le plus expédient ; or vivre dans la continence est plus utile que d’entrer dans le mariage ; il est donc plus expédient de choisir le premier état que le second. Il fait voir d’abord qu’il est utile de vivre dans la continence ; ensuite que cet état est saint, à ces mots (verset 35) : mais pour vous porter à ce qui est plus saint, etc. ; enfin qu’il est facile, à ces autres (verset 25) : et qui vous donne un moyen plus facile, etc. Il dit donc : Or, etc., comme s’il disait : si je vous conseille de ne pas entrer dans le mariage, c’est pour votre plus grand avantage, c’est-à-dire je le dis afin que vous serviez Dieu avec plus de liberté, parce qu’ainsi vous mortifiez la chair, qui fait la guerre à l’esprit. Saint Augustin (de la Parole du Seigneur) : "De même que l’ennemi mort ne cause plus de dommage, ainsi la chair mortifiée ne jette plus de trouble dans l’âme". Je parle ainsi, je le répète, non pour vous tendre un piége, celui de la fornication, à vous qui ne pratiquez pas la continence, en exagérant la difficulté sur ce point ; car ce serait au contraire un piége que de vous conseiller d’entrer dans le mariage, puisqu’il est dit de la femme (Ecclésiastique VII, 27) que "son coeur est le filet des chasseurs," mais plutôt dans l’intention de vous conduire tous à ce qui est saint, c’est-à-dire à la sanctification du corps et de l’âme ; non pas toutefois que l’état du mariage ne soit pas saint, mais parce qu’il l’est moins. Augustin, (du Bien de la viduité) : "L’Apôtre a montré qu’il n’y avait dans le mariage rien de déshonnête ; mais il a relevé d’une manière générale, par ce mot « sainteté », l’état le plus honnête, indiquant, à cette occasion, ce qui peut donner moyen, à qui en a la volonté, de se maintenir devant Dieu," c’est-à-dire dans ce qui a rapport à son service, et cela sans trouver les obstacles qu’on rencontre dans le mariage ; (II Cor., XI, 2) : "Je vous ai fiancé à un époux unique, Jésus-Christ, pour vous offrir à Lui comme une vierge pure." L’état de la continence est donc véritablement préférable, car les avantages y sont plus grands, puisque saint Paul le conseille comme plus utile ; le péril moindre, puisque l’Apôtre ne le conseille point pour tendre un piége; la sainteté plus étendue, puisqu’il est donné comme plus saint ; la faculté de servir Dieu plus libre, puis qu’il offre la voie la plus facile, etc. Remarquez ici qu’il y a plus d’une sollicitude louable :
1° celle de l’autorité, comme le nautonier est plein de sollicitude pour le gouvernement de son navire, le père pour ses enfants ; (Rom., XII, 8) : "Que celui qui commande soit plein de vigilance" ;
2° celle de la prédication, comme le maître est plein de sollicitude à l’égard de l’enfant, le docteur à l’égard du disciple ; (I Thess., II, 2) : "Nous avons eu le courage de vous annoncer la parole de Dieu au milieu de beaucoup de sollicitudes" ;
3° celle de la charité, comme l’ami véritable l’éprouve pour l’objet de son affection ; (Ephés., IV, 3) : "Plein de sollicitude pour conserver l’unité d’un même esprit dans le lien de la paix, etc." ;
4° celle de la compassion, comme l’homme miséricordieux la ressent pour les pauvres et pour les affligés ; (II Tim., I, 17) : "Lorsqu’il est venu (Onésiphore) à Rome, il m’a cherché avec sollicitude, et m’a trouvé" ;
5° celle du dévouement, comme le serviteur est plein de sollicitude afin de plaire à son maître, l’homme religieux afin de plaire à Dieu ; (Michée, VI, 8) : "O homme, je vous montrerai ce qui est bien" et à la suite : "Marcher avec sollicitude en la présence de Dieu" ;
6° celle de la circonspection, comme celle de la sentinelle pour la garde du camp ; (Deut., IV, 15) : "Gardez donc vos âmes avec sollicitude;" car le corps avec ses organes, l’âme avec ses puissances forment une espèce de camp ;
7° celle de l’action, comme celle du laboureur pour terminer son ouvrage ; (Luc, X, 41) : "Marthe, Marthe, vous vous inquiétez" et (II Tim., II, 15) : "Appliquez-vous avec sollicitude à paraître devant Dieu comme un ministre digne de son approbation" ;
8° celle de la prévoyance, comme celle de l’économe pour sa maison, du négociant pour son commerce, du pauvre pour chercher son pain ; (Rom., XII, 11) : "Que la sollicitude écarte de vous la paresse."
36. Si quelqu'un donc croit que ce lui soit un déshonneur que sa fille passe la fleur de son âge, et qui juge la devoir marier, qu'il fasse ce qu'il voudra ; il ne péchera pas si elle se marie.
37. Mais celui qui, n'étant engagé par aucune nécessité, et qui, se trouvant dans un plein pouvoir de faire ce qu'il voudra, prend une ferme résolution dans son coeur et juge en lui-même qu’il doit conserver sa fille vierge, fait une bonne oeuvre.
38. Ainsi celui qui marie sa fille fait bien ; celui qui ne la marie point fait encore mieux.
39. La femme est liée à la loi tant que son mari est vivant ; mais si son mari meurt, elle est libre. Qu'elle se marie à qui elle voudra, pourvu que ce soit selon le Seigneur.
40. Mais elle sera plus heureuse si elle demeure veuve, comme je le lui conseille ; et je crois que j'ai aussi l’Esprit de Dieu.
Saint Paul, après avoir traité de ce qui concerne les vierges, s’adresse ici à ceux qui sont préposés à leur garde, en montrant : I° qu’il leur est permis de les donner en mariage ; II° que celles qui sont mariées n’ont plus la liberté, avant la mort de leur mari, de contracter mariage, à ces mots (verset 39) : La femme est liée à la loi du mariage, etc.
I° Sur la première question, l’Apôtre montre : I. que le gardien d’une vierge peut la donner en mariage ; II. qu’il ne pèche point en se conduisant ainsi, à ces mots (verset 36) : Il ne pèche pas si elle se marie ; III. qu’il fait bien aussi en la conservant, à ces autres (verset 37) : Celui qui prend une ferme résolution, etc. ; IV. que si l’un et l’autre parti sont bons, néanmoins le dernier est préférable au premier, à ceux-ci (verset 38) : et ainsi, celui qui marie sa fille, etc.
I. Dans la première partie de cette question, saint Paul suppose dans la fille : 1° l’âge nubile ; 2° la volonté de se marier, à ces mots (verset 36) : Et qu’il y ait nécessité de le faire, etc. ; 3° il permet de le faire, à ces autres (verset 36) : Qu’il agisse selon sa volonté, etc. Il dit donc Que si quelqu’un, etc., comme s’il disait : il est plus saint et plus utile de ne pas entrer dans l’état du mariage ; cependant (verset 36) : si quelqu’un pense que ce lui soit un déshonneur, au jugement des hommes, de ne pas marier sa fille, pour laquelle il craint le danger de la corruption, parce qu’elle est en âge de se marier, en d’autres termes parce qu’elle a atteint l’âge de puberté et qu’elle est nubile, et qu’il regarde comme une nécessité de le faire, parce qu’elle ne veut pas vivre dans la continence, ce que veut la jeune fille, que son gardien le fasse ; (Ecclésiastique VII, 27) : "Mariez votre fille, c’est une grande affaire, et donnez-la à un homme sensé."
II. Le gardien ne pèche point si la jeune fille se marie. Ce que dit l’Apôtre, d’après la Glose, pour qu’on ne croit pas que le gardien pèche, bien que la fille ne pèche point. Saint Augustin (Du bien de la Viduité, VIII) : « Que celle qui ne garde pas la continence se marie; que celle qui n’a pas commencé délibère ; que celle qui est engagée persévère ; qu’on ne donne aucune occasion à l’ennemi, mais qu’on retire une offrande sans sincérité. »
III. Lorsqu’il dit (verset 37) : Mais celui qui, sans nécessité, etc., il montre que le gardien d’une vierge fait bien en la conservant dans l’état de virginité, et il pose quatre conditions qui montrent ce qui, dans cette circonstance, est expédient : 1° que le gardien soit ferme dans la résolution de la conserver vierge ; 2° qu’il ne craigne pas de chute pour elle, à ces mots (verset 37) : Qu’il n’y ait aucune nécessité, etc. ; 3° qu’il reconnaisse en elle le bon propos de vivre dans la continence, à ces mots (verset 31) : Qu’il y ait une ferme résolution dans le cœur ; 4° que cela se fasse après mûre délibération, à ces autres (verset 31) : et qu’il juge en lui-même. Il dit donc (verset 37) : Mais celui qui, sans nécessité, etc., comme s’il disait : je vous dis donc que celui-là ne pèche point qui donne sa fille en mariage ; car pour celui qui la conserve, il est évident qu’il fait bien. En effet, celui qui s’est proposé de garder sa fille, et qui en a pris la ferme résolution, ne s’occupant ni des enfants, ni de quoi que ce soit de semblable, n’ayant d’ailleurs aucune nécessité de la donner, puisqu’elle veut vivre dans la continence, et se trouvant aussi avoir la puissance d’accomplir sa résolution, par l’expérience qu’il a de la jeune fille, en a jugé ainsi dans son coeur, c’est-à-dire qui, par un jugement de la raison et non par légèreté d’esprit, comprend que ce parti est bon ; (I Tim., V, 21) : "Faites ce que je recommande sans préjugé," s’il a jugé, dis-je, de conserver sa fille. Saint Ambroise (sur ce passage) : ne lui suggérant pas cette ardeur qui porte aux noces ; (Ecclésiastique VII, 26) : "Avez-vous des filles, conservez la pureté de leur corps", celui, dis-je, qui agit ainsi fait bien.
IV. En ajoutant (verset 38) : et ainsi celui qui marie sa fille, etc., saint Paul fait voir que, bien que l’un et l’autre parti soit bon, la virginité cependant est préférable au mariage. Il approuve donc dans ces paroles : 1° l’état conjugal ; 2° il lui préfère l’état de virginité, à ces mots (verset 38) : Celui qui ne la marie pas, etc. Il dit donc : et ainsi celui qui, etc., comme s’il disait : puisqu’il faut agir ainsi que je vous l’ai dit, celui donc qui marie sa fille fait bien, parce que ce qu’il fait est permis, et celui qui ne la marie point, lorsque la jeune fille consent à vivre dans la continence, fait mieux encore. « Celui-là fait mieux, dit la Glose, qui place dans les mains de Dieu son mérite et délivre sa fille des sollicitudes. En effet, ce qui est et licite et expédient est préférable à ce qui est licite mais n’est pas expédient ; car, dans le premier cas, on met à profit le mal pour en tirer du bien ; dans le second, on profite seulement du bien. On met à profit le bien de la continence en la consacrant à Dieu ; on se sert mal du bien en consacrant la continence à une idole. On profite du mal en affaiblissant la concupiscence par le mariage ; on abuse encore du mal en cherchant à y remédier par l’adultère. La pudeur conjugale est un bien ; mais, suivant la Glose, la continence, soit de la veuve, soit de la vierge, est encore un bien plus grand. »
II° Lorsqu’il dit (verset 39) : La femme est liée à la loi, etc., l’Apôtre fait voir que la femme mariée ne jouit pas de la même liberté, et qu’elle ne peut contracter un nouveau mariage avant la mort de son mari. Il montre I. que la femme mariée ne peut se marier de nouveau du vivant de son mari ; II. qu’elle peut en épouser un autre si son mari vient à mourir, à ces mots (verset 39) : Que si celui-ci dort, etc. ; III. qu’il est préférable pour elle de vivre dans la continence, à ces autres (verset 10) : mais elle sera plus heureuse ; IV. qu’elle doit ajouter foi au conseil donné ici, à ceux-ci (verset 10) : Je pense que c’est aussi l’Esprit de Dieu, etc.
I. Il dit donc (verset 39) : La femme est liée, etc., comme s’il disait : celui qui ne marie point sa fille fait mieux ; c’est véritablement mieux (verset 39) parce que la femme est liée à la loi, etc. Ou bien encore, la vierge peut en tout temps entrer dans l’état du mariage, mais non pas la femme qui est mariée, parce que la femme est liée à la loi, en sorte qu’elle ne peut se marier à un autre tant que son mari est vivant ; (Rom., VII, 2) : "La femme qui est sous puissance de mari est liée par la loi du mariage tant que son mari est vivant."
II. Lorsqu’il ajoute (verset 39) : mais si son mari vient à dormir, du sommeil de la mort, de ce sommeil dont il est dit (Jean XI, 11) : "Lazare, notre ami, dort." – Si ce mari, etc… Saint Augustin (Du Bien de la viduité, IV et XII) : "L’Apôtre ne dit pas le premier, le second, le troisième, le quatrième, ou celui que vous voudrez ; car nous n’avons pas à définir ce que saint Paul n’a pas défini. Nous ne devons donc point condamner les noces quelles qu’elles soient, ni imposer une sorte de flétrissure à leur réitération". Si donc ce mari dort (verset 39), dis-je, elle est libre, et dès lors il lui est permis de se marier. Il est évident par là qu’elle n’est pas tenue de s’unir à lui de nouveau s’il venait à ressusciter, mais (verset 39) : Qu’elle se marie à qui elle voudra ; car les mariages sans liberté ont d’ordinaire de mauvais résultats. C’est pourquoi il est dit dans la Genèse (XXIV, 57) : "Appelons la jeune fille, et demandons lui quelle est sa volonté." - Qu’elle se marie, dis-je (verset 39), pourvu que ce soit selon le Seigneur, c’est-à-dire à un homme qui professe la même religion ; car là où il y a disparité de culte, le mariage est interdit par la loi (Deut., VII, 3). Par cette permission de l’Apôtre, sont révoquées toutes les peines et les flétrissures qui étaient infligées autrefois, en vertu des lois, à la femme qui se mariait une seconde fois, c’est-à-dire après le temps de son deuil, c'est-à-dire après un an. On exige donc pour le mariage la légitimité des personnes, ce qui fait dire à l’Apôtre : Elle est libre ; la liberté du consentement, car l’Apôtre ajoute : Qu’elle se marie à qui elle voudra ; et le même culte, car il est dit encore : pourvu que ce soit selon le Seigneur.
III. Quand l’Apôtre continue (verset 40) : Mais elle sera plus heureuse, etc., il montre qu’il est plus avantageux pour elle de vivre dans la continence que de se marier, en disant (verset 10) que, bien qu’il lui soit permis de se marier, cependant elle sera plus heureuse si elle demeure dans l’état où elle est, c’est-à-dire sans se remarier. Et cela est mon conseil donné sur la même question ; car elle aura le soixantième qui est dû aux veuves ; (Matthieu XIII, 8). "L’Apôtre montre clairement, dit saint Augustin (Du Bien de la viduité, IV), qu’une femme peut être heureuse après la mort de son mari, même en se mariant une seconde fois ; mais celle-là est plus heureuse qui ne se remarie pas".
IV. Lorsqu’enfin l’Apôtre dit (verset 10) : Et je pense que c’est l’Esprit de Dieu, etc., il montre qu’on doit ajouter foi à son conseil, parce que c’est sous l’inspiration de l’Esprit Saint qu’il le donne. C’est aussi pourquoi il dit : Or je pense, etc., comme s’il disait : il faut vous conduire d’après mon conseil, car je pense que moi aussi, comme les autres apôtres, j’ai reçu l’Esprit de Dieu ; (Rom., VIII, 23) : "Nous aussi nous possédons les prémices de l’Esprit, etc." Ce conseil est donc bon à suivre, à cause du fruit qui en reviendra, car elle sera plus heureuse, et à cause de l’autorité de celui qui le donne, parce que c’est son conseil, et que c’est l’Esprit de Dieu qui l’inspire ; car, dit-il, je pense, etc.
Difficultés. Sur ces paroles : Je veux que vous soyez sans sollicitudes. Objection (Rom., XII, 11) : "Que la sollicitude vous garde de toute paresse." - Réponse : L’Apôtre parle alors de la sollicitude spirituelle, ici des sollicitudes temporelles. Sur ces autres : Il est partagé. Objection : (Osée, X, 2) : "Leur coeur est partagé, ils périront." Réponse : Le Prophète parle du partage de l’intention principale, l’Apôtre du partage des oeuvres. La Glose, au même endroit : « Il sera à Dieu en partie, en partie au monde. » Objection (Matt., VI, 24) : "Personne ne peut servir deux maîtres." Réponse : Il est vrai qu’il sert également l’un et l’autre, mais dans le sens qu’ils sont deux, c’est-à-dire opposés. Sur ce passage : "La femme qui n’est pas mariée s’occupe des choses de Dieu," la Glose dit : « Elle se garde d’autres pensées, pour n’être pas condamnée par Dieu. » Objection : Elle peut être condamnée, comme on le voit dans la parabole des vierges folles. Réponse : Ce n’est pas sa seule pensée ; elle pense encore à ne pas offenser son époux. Sur cet autre passage : Afin d’être sainte et de corps et d’esprit, la Glose dit : « Il est impossible que le corps dont se sert l’Esprit sanctificateur ne soit pas saint. » Objection : L’Esprit de Dieu s’est servi de la langue de Caïphe, qui n’était pas sainte (Jean, XI, 49). Réponse : Il s’en servait comme Esprit, mais non comme sanctificateur. Sur cet autre : pour vous porter à ce qui est bien. Objection : Donc le mariage n’est pas honnête. Réponse : La Glose dit que « l’Apôtre s’est servi du positif au lieu du comparatif ». Sur celui-ci : Celui qui ne marie pas sa fille fait mieux, la Glose dit : Dans le mariage, « l’homme met à profit le mal. » Objection : Ce dont l’usage est bon est bon également. Réponse : Il faut l’entendre de l’usage d’une chose en soi, c’est-à-dire de l’usage auquel elle est destinée, et non de l’usage par accident, c’est-à-dire auquel elle est destinée par la prudence de celui qui s’en sert. La Glose au même endroit : « Il est meilleur de mettre à profit le bien, que se servir bien du mal ». Objection : Le second est plus difficile que le premier. Réponse : On parle ici du mal du vice, et non pas du mal de peine. Sur cette parole de la Glose : « Les deux sont permis ». Objection : Donc les secondes noces ne viennent pas de Dieu. Réponse : Non en tant qu’elles sont deux, mais successives. Sur ces mots : Si son mari dort, que faut-il dire, s’il vient à ressusciter ? Réponse : Le consentement nouveau est requis pour qu’il y ait mariage. Sur cette parole : Je pense que j’ai l’Esprit de Dieu. Objection (Rom., VIII, 38) : "Je suis certain que ni la mort, ni la vie, etc." Réponse : D’après la Glose, l’Apôtre parle ainsi, non en exprimant un doute, mais pour faire une sorte de reproche.