1. Quant aux viandes qui ont été immolées aux idoles, nous n’ignorons pas que nous avons tous, sur ce sujet, assez de science ; mais la science enfle et la charité édifie.
2. Que si quelqu'un se persuade savoir quelque chose, il ne sait pas même encore de quelle manière il doit savoir.
3. Mais si quelqu’un aime Dieu, il est connu de Lui.
4. Quant à ce qui est de manger des viandes immolées aux idoles, nous savons que les idoles ne sont rien dans le monde, et qu'il n'y a nul autre Dieu que le seul Dieu.
5. Car encore qu’il y en ait qui soient appelés dieux, soit dans le ciel, soit sur la terre, et qu'ainsi il y ait plusieurs dieux et plusieurs seigneurs,
6. il n'y a néanmoins pour nous qu'un seul Dieu, qui est le Père, duquel toutes choses tirent leur être, et qui nous a faits pour Lui ; et il n'y a qu'un seul Seigneur, qui est Jésus-Christ, par qui toutes choses ont été faites, comme c'est aussi par Lui que nous sommes.
7. Mais tous n'ont pas cette science ; car il y en a qui, croyant que l'idole est quelque chose, mangent des viandes qui lui ont été offertes ; et ainsi leur conscience, qui est faible, en est souillée.
8. Le manger n’est pas ce qui nous rend agréables à Dieu. Si nous mangeons, nous n'aurons rien davantage, ni rien de moins si nous ne mangeons pas.
Après avoir réfuté, dans les chapitres V et VI, les doctrines erronées sur la correction de ceux qui font mal, sur la virginité et le mariage au chapitre VII, il attaque celles qui avaient pour objet l’usage et l’abstinence des viandes, dans les chapitres VIII, IX et X. Parlant de celles qui étaient immolées aux idoles, il avertit qu’il faut s’en abstenir, bien qu’en soi on puisse en user licitement. Et d’abord, il allègue aux Corinthiens le scandale des faibles (chap. VIII) ; ensuite, son propre exemple, lui qui, pour ne pas scandaliser les autres, s’abstient de recevoir un salaire légitime (ch. IX) ; enfin, l’exemple du châtiment des Juifs, punis par Dieu dans le désert, après avoir reçu de lui tant de bienfaits (ch. X). Donc, pour ne pas scandaliser le prochain, nous devons, à l’exemple de l’Apôtre et non par crainte du châtiment, nous abstenir quelquefois d’user d’aliments permis. Sur la première question, il montre premièrement, que l’usage des viandes offertes aux idoles est licite en soi ; secondement, il avertit néanmoins de s’en abstenir à cause du risque de scandaliser les frères faibles, à ces mots (verset 9) : Prenez garde que peut-être, etc. Dans la première partie, I° il expose que les premiers d’entre eux savent ce qu’il faut penser des viandes offertes aux idoles ; II° il montre quelle est leur connaissance à ce sujet, à ces mots (verset 4) : Quant aux viandes offertes aux idoles, etc. ; III° que quelques-uns, qui sont faibles, n’ont pas cette science, à ces autres (verset 7) : mais la science n’est pas en tous, etc. ; IV° qu’en présence de ces derniers, les autres frères ne doivent pas manger de ces viandes, à ceux-ci (verset 8) : Ce n’est pas ce qu’on mange qui nous rend agréables à Dieu.
I° Dans le premier de ces articles, il dit I. qu’ils savent ce qu’il faut savoir des viandes offertes aux idoles ; II. que cette science leur est inutile s’ils n’ont la charité, à ces mots (verset 4) : mais la science enfle, etc. ; III. il montre quels sont ceux en qui cette science est insuffisante, à ces autres (verset 2) : Si quelqu’un se flatte, etc. ; IV. quels sont ceux en qui elle est suffisante, à ceux-ci (verset 3) : Si quelqu’un aime Dieu, etc.
I. Il dit donc (verset 1) : Quant aux viandes, etc., comme s’il disait : vous m’avez interrogé sur les matières sur lesquelles je viens de répondre, c’est-à-dire sur ce qui concerne le mariage ; quant aux autres questions, par exemple à l’égard des viandes offertes aux idoles, il n’a pas été nécessaire de vous en enquérir, parce que tous vous savez la vérité sur ce point. C’est ce qu’il dit (verset 4) : Quant aux viandes offertes aux idoles, est-il permis, oui ou non, d’en user ? Nous savons, vous et moi, qu’il est permis d’en user, suivant cette parole (Tite, I, 15) : "Tout est pur pour ceux qui sont purs." – Nous le savons, parce que tous nous avons la connaissance, à savoir vous et moi, vous qui, parmi les frères, êtes parfaits, nous avons la science du Créateur et des créatures ; nous sommes donc moins excusables si nous faisons mal.
II. Lorsqu’il ajoute (verset 4) : mais la science enfle, etc., saint Paul fait voir comment, sans la charité, ils possèdent inutilement cette science ; comme s’il disait : vous avez la science, il est vrai ; mais elle ne vous sert pas. En effet, vous prenez de là occasion de vous enorgueillir contre ceux qui ne savent pas, car la science, si elle est seule, ne sert qu’à enfler ; (Ecclésiastique I, 18) : "La grande sagesse est accompagnée d’une grande indignation" et (Actes, XXVI, 24) : "Votre grand savoir vous a fait perdre le sens." Telle fut, en effet, la plaie des Egyptiens, c’est-à-dire des sages de ce monde, "des tumeurs gonflées" ; (Exode, IX, 9) : "Mais la charité édifie" les faibles, en négligeant ce qui peut leur nuire, car elle ne cherche pas ce qui lui est propre. Il faut donc joindre à la science la charité. Saint Augustin (Ep. 119) : "Joignez donc à la science la charité, et la science devient utile." En soi donc, elle est inutile ; elle devient utile par la charité. Savoir, dit Aristote, ne sert de rien, ou sert peu pour la vertu.
III. Quand il dit (verset 2) : Si quelqu’un se flatte, etc., l’Apôtre fait voir quels sont ceux qui possèdent cette science d’une manière insuffisante, en ce sens qu’ils s’en servent au détriment du prochain. Voici son raisonnement : quiconque a la science et n’a pas la manière de s’en servir ne possède cette science que d’une manière insuffisante ; or tel est celui qui a la science sans avoir la charité ; celui donc qui a la science sans avoir la charité n’a la science que d’une manière insuffisante. L’Apôtre suppose donc : 1° la science sans la charité ; 2° Il montre l’insuffisance de cette science, à ces mots (verset 2) : Il ne sait pas même, etc…; 3° il indique la raison de cette insuffisance, à ces autres (verset 2) : de quelle manière il faut savoir, etc. Il dit donc (verset 2) : "Que si quelqu’un, etc., comme s’il disait : vous avez la science, mais en vous elle n’est pas suffisante, car si quelqu’un parmi vous se flatte de savoir quelque chose, et qu’il n’ait que la science sans la charité, il sait quelque chose, c’est-à-dire il sait qu’il est permis de manger des viandes offertes aux idoles ; cependant il ne sait pas encore, parce que, par sa conduite, il montre qu’il ne sait pas de quelle manière il faut savoir, en d’autres termes comment il doit user de sa science ; car on doit en user pour édifier les autres, et non pour leur nuire. Or, savoir comprend deux choses, à savoir : posséder la science et faire usage de la science, comme voir suppose qu’on a la vue et qu’on s’en sert. Glose de saint Bernard : L’Apôtre, dans ce passage, n’approuve pas celui qui sait beaucoup, s’il n’a pas la manière de savoir ; car la manière de savoir, c’est savoir dans quel ordre, dans quel esprit, dans quelle fin il faut savoir chaque chose. Dans quel ordre, c’est savoir, en premier lieu, ce qui importe davantage au salut ; dans quel esprit, c’est chercher avec plus d’ardeur ce qui est plus efficace pour enflammer notre amour ; dans quelle fin, c’est de ne rien vouloir de ce qui porte à la vaine gloire ou satisfait la curiosité, mais ce qui procure notre édification ou celle du prochain. Car il en est qui veulent savoir, sans autre fin que de savoir, et c’est curiosité ; d’autres pour se faire connaître eux-mêmes, et c’est vanité ; quelques uns pour vendre la science, et c’est un honteux trafic ; d’autres enfin pour être édifiés, et c’est prudence, ou pour édifier le prochain, et c’est charité.
IV. Quand l’Apôtre ajoute (verset 3) : Si quelqu’un aime Dieu, etc., il fait connaître quels sont ceux qui possèdent cette science d’une manière suffisante, à savoir ceux qui s’en servent d’après la charité : 1° Saint Paul suppose la science avec la charité ; 2° il montre que cette science suffit, à ces mots (verset 3) : Celui-là est connu de Dieu. Il dit donc que si quelqu’un, etc. comme s’il disait : celui-là ne sait pas parfaitement, qui ne sait pas de quelle manière il faut savoir. Or si quelqu’un aime Dieu, et qu’ainsi la science s’unisse en lui à la charité, il est connu, c’est-à-dire il est approuvé de Dieu ; (II Tim., II, 19) : "Le Seigneur connaît ceux qui sont à Lui." Celui donc qui est tel connaît avec certitude, par l’approbation de Dieu, qu’il fait un bon usage de sa science, par cela même qu’elle est accompagnée de la charité. Observez ici que pour savoir comme il faut savoir, il y a neuf conditions :
1° l’humilité sans orgueil ; (Philip., IV, 12) : "Je sais vivre humblement ; (Psaume CXXX, 2) : "Si je n’avais pas des sentiments humbles" ;
2° la retenue sans présomption (ci-dessus, II, 2) : Car je n’ai point fait profession de savoir ; (Rom., XII, 3) : "Il faut être sage avec sobriété" ;
3° la certitude sans hésitation (II Tim., I, 12) : "Je sais à qui je me suis confié, et je suis persuadé ;
4° la véracité sans erreur (II Tim., III, 7) : "qui apprennent toujours sans parvenir jamais à connaître la vérité" ;
5° la simplicité sans déception (I Tim., VI, 20) : "Fuyez les objections d’une fausse science" ;
6° la droiture avec la charité et l’amour du prochain (ci-après, XIII, 2) : Quand j’aurais une parfaite science de toutes choses, si je n’ai pas la charité, je ne suis rien ;
7° l’utilité avec l’édification du prochain (ci-après, XII, 8) : L’autre reçoit du même Esprit le don de parler avec science ;
8° la libéralité avec une communication gratuite (Sag., VI, 24) : "Je mettrai en lumière sa science" ;
9° l’efficacité avec les bonnes oeuvres (Jacq., IV, 17) : "Celui qui sait le bien qu’il doit faire, et qui ne le fait pas, est coupable de péché. La première, c’est-à-dire l’humilité dans la connaissance, condamne les sages orgueilleux, la retenue leur curiosité, la certitude leur hésitation, la vérité les hérésies, la simplicité ceux qui aiment parler, la droiture l’affectation, l’utilité la perversité, la libéralité l’avarice, l’efficacité la paresse.
II° En ajoutant (verset 4) : A l’égard des viandes immolées, etc., l’Apôtre fait voir quelle est leur science sous ce rapport, en leur montrant I. qu’ils savent bien que l’idole n’est rien ; II. qu’ils savent que tout vient de Dieu, à ces mots (verset 5) : S’il est des êtres qu’on appelle dieux.
I. Sur la première partie, saint Paul dit d’abord que l’idole n’est rien. Ceci posé, pour l’établir il montre que Dieu ne peut être autrement qu’unique, à ces mots (verset 4) : et qu’il n’y a qu’un seul Dieu, etc.
1° Il dit donc : A l’égard des viandes, etc., comme s’il disait : d’après ces règles, votre science n’est rien, et cependant, à l’égard des viandes immolées aux idoles, nous savons, d’une science véritable, qu’en elles-mêmes ces viandes sont permises, et qu’elles ne sont pas immondes à cause des idoles : la raison, c’est qu’une idole n’est rien dans le monde. Or ceci peut s’entendre de trois manières d’abord ainsi : L’idole n’est rien dans le monde, c’est-à-dire parmi les créatures du monde, quant à la forme de l’idole ; car bien que la matière de l’idole soit quelque chose, c’est-à-dire de l’or, de l’argent, ou quelque autre métal, cependant ce n’est rien dans sa forme, c’est-à-dire quant à ce que les idolâtres croient y voir, en s’imaginant que l’idole est Dieu ; (Isaïe, XLI, 24) : "Vous venez du néant, et vous avez reçu l’être de ce qui n’est pas." Secondement, l’idole n’est rien, c’est-à-dire quant à la personne subsistant par le simulacre et l’esprit qui y réside ; car de ces deux choses, il ne résulte rien de ce que pensent les idolâtres ; (Jér., X, 14) : "L’ouvrier est confondu dans sa sculpture ; ce qu’il a fabriqué n’est que mensonge ; la vie n’y réside pas." Troisièmement on peut entendre : L’idole n’est rien dans le monde, c’est-à-dire elle n’a de ressemblance avec quoi que ce soit existant dans le monde ; car il y a cette différence entre l’idole et le simulacre, que celui-ci est ainsi appelé parce qu’il est fait à la similitude de quelque objet naturel ; mais l’idole ne porte aucune ressemblance : c’est comme si à un corps humain on donnait une tête de cheval ; (Isaïe, XL, 48) : "A qui avez-vous fait ressembler votre dieu, etc. ?"
2° Et nous savons aussi qu’il n’y a d’autre Dieu que le Dieu unique ; (Deut., VI, 4) : "Ecoutez, ô Israël notre Dieu est le seul et unique Seigneur."
II. Lorsqu’il ajoute (verset 5) : Car s’il est des êtres appelés, etc., saint Paul fait voir que les Corinthiens savent que tout procède de Dieu et non de ceux qui n’en ont que le titre, ou qui sont tels par adoption, comme sont les idoles et les saints, mais d’un Dieu suprême. Il explique donc d’abord comment on peut entendre la pluralité des dieux, c’est-à-dire par l’adoption ou en les appelant tels ; ensuite, ce qui constitue l’unité de la divinité, c’est-à-dire l’essence, à. ces mots (verset 6) : Néanmoins il n’y a pour nous qu’un seul Dieu, etc. Dans la première de ces questions, il indique d’abord l’unité dans le Père, puis dans le Fils, à ces mots : et un seul Seigneur, etc. Dans la première de ces subdivisions, il montre l’essence parce qu’il n’y a qu’un seul Dieu ; la personne : Il est Père ; la puissance : Tout procède de Lui ; la clémence : Nous aussi nous sommes en Lui. Il indique les mêmes points dans le Fils. Il dit donc (verset 5) : Car s’il est des êtres, etc., comme s’il disait : véritablement il n’y a qu’un seul Dieu, car s’il est des êtres appelés de ce nom, avec vérité, par participation de la Divinité, comme les saints ; (Psaume LXXXI, 6) : "Je l’ai dit, vous êtes des dieux, soit dans le ciel, comme les saints qui possèdent Dieu, soit sur la terre, comme les saints qui marchent vers la possession de Dieu. Si, en effet, il est un grand nombre de dieux qui participent véritablement à la Divinité, comme les saints et les justes du Seigneur, les apôtres et les supérieurs, pour nous, néanmoins, etc. On peut dire encore : S’il est des êtres appelés dieux par les nations d’après une fausse dénomination, soit dans le ciel, comme le soleil, la lune, soit sur la terre, comme Mercure et Diane, et qu’ainsi il y ait plusieurs dieux, à savoir de nom seulement, comme cela se pratique chez les Gentils ; (Psaume XCV, 5) : "Tous les dieux des nations sont des démons." - Et plusieurs seigneurs, préposés les uns aux autres, néanmoins, pour nous il n’y a qu’un seul Dieu quant à l’essence, à savoir le Père, de qui tout procède, et selon sa nature, et par son autorité paternelle ; (Rom., XI, 36) : "Tout procède de Lui, et nous sommes en Lui par la grâce" ; et (Actes, XVII, 28) : "C’est en Lui que nous avons l’être, le mouvement et la vie." Et Notre Seigneur Jésus-Christ, seul Seigneur Dieu avec son Père ; (Jean X, 30) : "Mon Père et moi nous sommes un" - (verset 6) : par qui toutes choses, à savoir ont été faites suivant la nature ; (Jean I, 3) : "Toutes choses ont été faites par Lui."- (verset 6) : Et nous par Lui, c’est-à-dire par Lui nous sommes en Dieu, en vertu de sa grâce, etc. (Rom., I, 5) : "par lequel j’ai reçu la grâce." Donc il n’y a qu’un seul Créateur, suprême et tout-puissant, de toutes choses. De ce qui précède, on fait ce raisonnement : il n’y a qu’un seul Dieu qui a fait toutes choses, et les idoles sont plusieurs ; donc elles ne sont pas le Dieu qui a fait toutes choses. On ne les regarde pas comme étant quelque chose, donc elles ne sont rien.
III° (verset 7) : Mais la science n’est pas en tous. Après avoir accordé que les premiers d’entre eux savent ce que sont les viandes immolées aux idoles, l’Apôtre fait voir ici que les moins avancés ne le savent pas. Il prouve donc d’abord que cette connaissance des viandes immolées aux idoles a manqué dans quelques-uns ; ensuite, que, pour ce motif, l’usage des aliments, c’est-à-dire de ces viandes immolées, souille leur conscience. Il indique donc d’abord la raison qui fait que la conscience est souillée ; ensuite, quelle est cette souillure, à ces mots (verset 7) : et leur conscience, etc. Il dit donc : mais cette science n’est pas dans tous, etc., comme s’il disait : nous savons cela, nous, c’est-à-dire que l’idole n’est rien ; mais cette science n’est pas dans tous, par exemple dans les faibles ; il est bien véritable qu’elle n’est pas dans tous ; il en est cependant, etc. Ou encore autrement : nous savons que l’idole n’est rien dans le monde ; mais (verset 7) : il en est qui, ayant conscience de l’idole, c’est-à-dire croyant que l’idole est quelque chose de divin, maintenant même, c’est-à-dire depuis leur conversion comme auparavant, mangent des viandes immolées aux idoles, c’est-à-dire tirées des sacrifices qui leur sont offerts, et cela non comme une simple nourriture, mais comme offerte à l’idole, en d’autres termes par respect pour cette idole, et leur conscience, qui est encore faible, est souillée par ceux qui ont la science droite mais sans la charité ; et par eux, les faibles sont ainsi entraînés dans l’erreur ; (Deut., XXVII, 19) : "Maudit celui qui fera errer l’aveugle dans le chemin" L’Apôtre insinue par là que ce n’est pas la nourriture, mais la conscience qui est souillée par ce péché, quand on mange à l’exemple des méchants.
IV° En ajoutant (verset 8) : Ce qu’on mange n’est pas ce qui rend agréable, etc., saint Paul fait voir que l’on ne doit pas manger, devant ces chrétiens faibles, des viandes immolées aux idoles. Il établit donc, d’abord, que la nourriture prise ainsi n’est d’aucune utilité devant Dieu ; ensuite, il prouve qu’elle ne procure aucun avantage, à ces mots (verset 8) : et si vous ne mangez pas.
I. Il dit donc (verset 8) : Ce n’est pas ce qu’on mange, etc. ; comme s’il disait : ce que vous mangez ainsi leur est nuisible et ne vous est pas utile ; car ce n’est pas ce qu’on mange qui rend agréable à Dieu, mais la droiture de la foi en mangeant ; car Esaü ne fut pas justifié en faisant usage du plat de lentilles, et Élie ne fut pas souillé par l’usage des viandes ; (Rom., XIV, 17) : "Le royaume de Dieu ne consiste pas dans le manger et dans le boire" ; et (Hébr., XIII, 9) : "Il est bon d’affermir son coeur par la grâce et non par l’usage des viandes."
II. Enfin quand il dit (verset 8) : Car si nous mangeons, etc.., il prouve ce qu’il a avancé ; et voici son raisonnement : ne pas manger de ce qui est offert aux idoles ne diminue pas le bien ; en manger ne l’augmente point : donc, prendre ou ne pas prendre cette nourriture ne sert de rien devant Dieu. Tel est le sens qu’il donne à ces paroles (verset 8) : Nous ne serons pas moindres si nous ne mangeons pas, c’est-à-dire Dieu ne nous regardera pas moins bien ; nous ne serons pas plus devant Lui, en vertu, si nous mangeons, parce que les aliments profitent à l’estomac et non à. l’âme ; et ainsi cette nourriture n’intéressant la vérité ni de la vie, ni de la justice, ni de la doctrine, il faut y renoncer à cause du scandale.