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Leçon 2 : 1 Corinthiens VIII, 9-13 — Mais ne pas scandaliser les faibles
SOMMAIRE : L’Apôtre exhorte les Corinthiens à ne pas faire de leur liberté un piége pour les faibles, affirmant qu’il vaut mieux s’abstenir de viande à toujours, que de scandaliser son frère en en usant.

9. Mais prenez garde que cette liberté que vous avez ne soit pour les faibles une occasion de chute.

10. Car si l’un d'eux voit un de ceux qui sont plus instruits assis à table dans un lieu consacré aux idoles, ne sera-t-il pas porté, lui dont la conscience est faible, à manger aussi de ces viandes sacrifiées aux idoles ?

11. Et ainsi, par votre science, vous perdrez votre frère encore faible, pour qui le Christ est mort.

12. Or, péchant de la sorte contre vos frères, et blessant leur conscience, qui est faible, vous péchez contre le Christ.

13. C’est pourquoi, si ce que je mange scandalise mon frère, je ne mangerai plutôt jamais de chair, pour ne pas scandaliser mon frère.

Voici la seconde partie de ce chapitre. L’Apôtre, dans ce qui précède, a établi que l’usage des viandes immolées aux idoles est licite en soi ; ici il avertit de s’en abstenir, pour ne pas scandaliser les faibles. I° Il avertit de ne pas scandaliser les frères en en faisant usage ; II° il indique ce qui peut scandaliser, à ces mots (verset 10) : Car si quelqu’un voit, etc. ; III° il fait voir le mal qui peut en résulter, à ces autres (verset 11) : et votre frère encore faible périra ; IV° Il se propose en exemple à ceux qui s’abstiennent, à ceux-ci (verset 15) : C’est pourquoi, si ce que je mange scandalise, etc.

I° Il dit donc : Remarquez que, quant à nous, les aliments en eux-mêmes ne servent ni ne nuisent ; cependant prenez garde que cette liberté, à savoir de manger des viandes immolées aux idoles, ne soit une occasion de chute pour ceux de vos frères qui sont faibles dans la foi, et qui ne savent pas encore que l’idole n’est rien (Lévit., XIX, 14) : Ne placez pas de piége devant l’aveugle.

II° A ces paroles (verset 10) : Car si quelqu’un voit, etc., saint Paul montre comment ils peuvent devenir une pierre d’achoppement en mangeant devant les faibles des viandes offertes aux idoles. Il énumère trois circonstances qui peuvent concourir au scandale :

1° la science des aînés dans la foi ;

2° l’usage public de la viande immolée aux idoles, à ces mots (verset 10) : Assis à une table devant les viandes offertes aux idoles ;

3° l’occasion du scandale reçu, à ces autres (verset 10) : Ne sera-t-il pas porté, lui dont la conscience est faible, etc. ? Il dit donc (verset 10) : Car si quelqu’un voit, etc., comme s’il disait : véritablement, il peut y avoir occasion de chute, car si quelqu’un, faible dans la foi, voit celui qui a la connaissance assis à une table devant l’idole, c’est-à-dire en présence de cette idole, lui dont la conscience est faible, ne sera-t-il pas provoqué par vous, c’est-à-dire par votre action, à manger aussi de ces viandes offertes ? en d’autres termes sacrifiées en signe de vénération pour l’idole ; comme s’il disait : car voyant ainsi son frère, qui a la connaissance de ce qui concerne les idoles, manger de ces viandes sacrifiées, il commencera lui-même à en manger, non avec la même conscience que le premier, c’est-à-dire non d’après sa compétence, mais en pensant qu’il y a dans cette idole une divinité, et que c’est par respect pour elle qu’on agit de la sorte.

III° A ces autres paroles (verset 11) : Ainsi votre connaissance sera cause de la perte de ce frère, saint Paul fait ressortir le mal qui peut résulter de cette conduite. Il est de deux sortes : d’abord le scandale du prochain, ensuite l’offense du prochain, à ces mots (verset 12) : Ainsi péchant de la sorte contre vos frères, etc. Dans le scandale sont renfermés : 1° la condition de celui qui pèche parce qu’il est faible ; 2° l’occasion de la faute parce que votre conscience est en cause ; 3° la gravité du péché parce que c’est votre frère pour lequel le Christ est mort. Il dit donc (verset 11) : Et ainsi périra votre frère, qui est encore faible dans la foi, à savoir à cause de votre connaissance, en d’autres termes à l’occasion de votre connaissance, parce qu’il voit que vous qui êtes sage, vous mangez de ces viandes, il pense que vous agissez ainsi par vénération pour l’idole, lui que Jésus-Christ est venu sauver par sa mort, et ainsi vous péchez gravement ; (Rom., XIV, 15) : "Ne perdez pas à cause de votre nourriture celui pour qui Jésus-Christ est mort". - (verset 12) : C’est ainsi que péchant contre vos frères, en les scandalisant, et que, blessant leur conscience faible par le glaive du mauvais exemple (Amos, IX, 1) : "Frappez le haut de la porte," c’est-à-dire la conscience, "et les colonnes seront ébranlées," à savoir l’intelligence et la volonté ; vous péchez à l’égard de Jésus-Christ, dont ils sont les membres. Il ne dit pas contre Jésus-Christ, remarque la Glose, parce que pécher contre Jésus-Christ, c’est nier Jésus-Christ, c’est-à-dire pécher contre la foi. Pécher à l’égard de Jésus-Christ, c’est pécher sur ce qui appartient à Jésus-Christ, c’est-à-dire sur ce qui concerne les moeurs, comme on dit de celui qui est sous la Loi : il pèche sur ce qui appartient à la Loi ; mais de celui qui n’est pas soumis à la Loi, on dit qu’il pèche contre la Loi.

IV° Enfin lorsque l’Apôtre dit (verset 13) : C’est pourquoi, si ce que je mange, etc., il se propose, sur ce point, pour exemple de l’abstinence ; et d’abord, il rappelle le scandale ; ensuite, il s’en sert pour expliquer sa résolution de s’abstenir, à ces mots (verset 13) : Je ne mangerai jamais ; il prévient une difficulté, à ces autres (verset 13) : pour ne pas scandaliser mon frère, etc. Il dit donc (verset 13) : C’est pourquoi, c’est-à-dire dans la crainte de pécher à l’égard de Jésus-Christ, si ce que je mange scandalise mon frère, jamais je ne mangerai, je ne dis pas de viande offerte aux idoles, mais quelle qu’elle soit. Si donc, à cause du scandale qui peut en résulter pour mon frère, il faut s’abstenir, en quelque sorte, de ce qui est nécessaire à la vie, à combien plus forte raison de ses superfluités. Et cela, non parce que la nourriture est mauvaise en soi, mais pour ne pas scandaliser mon frère, car (Matthieu XVIII, 6) : "Il vaudrait mieux pour celui qui scandalise l’un de ces petits qu’on lui suspendît au cou une meule de moulin, etc." ; (Rom., XIV, 20) : "Tout est pur pour ceux qui sont purs ; mais celui-là fait mal qui mange de ces viandes en donnant aux autres occasions de scandale".

Difficultés sur ce chapitre. Sur cette parole : La science enfle, la science par elle-même est inutile, dit la Glose. Objection : La science par elle-même est bonne, donc elle est utile. Réponse : Inutile pour le salut, utile pour beaucoup d’autres fins. Sur celle-ci : La charité édifie. Objection : De même que la science enfle, non comme cause, mais comme occasion, ainsi en est-il de la charité. Réponse : Il n’y a pas de similitude, parce que la science se manifeste à celui qui la possède ; mais il n’en est pas ainsi de la charité, puisque personne ne peut être certain de la posséder.

L’idole n’est rien. La Glose dit : « Dieu a créé la nature ; la folie des hommes a donné la forme. » Objection : Tout ce qui existe procède de Dieu, donc toute forme vient de Dieu. Réponse : La Glose parle de la forme supposée, relativement à la nature, et non de la véritable. Au même endroit, la Glose dit : « La forme de l’homme dans l’idole n’a pas été faite par le Verbe ». Objection (Jean I, 3) : "Toutes choses ont été faites par Lui." Réponse : Bien que, dans l’idole, la forme de l’homme ait été faite par le Verbe, elle n’a pas été faite en tant qu’idole, c’est-à-dire pour être honorée. Au même endroit encore : « L’idole n’est rien, parce qu’elle ne porte la ressemblance de quoi que ce soit qui existe dans le monde ». Objection : L’ouvrier ne peut penser ni former que ce qu’il a vu. Réponse : Il n’y a pas de ressemblance dans l’ensemble ; la ressem-blance existe quant aux parties. Sur cette parole : Il n’y a qu’un seul Dieu, la Glose dit : « pour qu’on ne s’imagine pas qu’il y ait un Dieu dans l’idole ». Objection : Dieu, bien qu’il soit unique, est cependant partout. Réponse : Il est dans l’idole par sa puissance, non par sa présence ou par union, comme le pensaient les Gentils. Au même endroit, la Glose dit : « Il n’y a rien de divisible dans la Trinité; il faut que Dieu unique soit dans les trois ». Objection : Tout nombre a pour partie l’unité. Réponse : La Trinité n’est pas simplement nombre, mais le nombre des personnes. Sur ce même passage : S’il est des êtres qui soient appelés dieux, la Glose dit : « par communication de la divinité ». Objection : La divinité est incommunicable. Réponse : Cette communication se fait en tant que cause, et non en tant qu’essence. Encore sur ce passage, la Glose demande si l’on peut donner aux anges le nom de dieux. Réponse : Bien que les anges reçoivent communication de la divinité, toutefois, selon la Glose, on ne peut les appeler dieux, pour prévenir le danger de leur accorder l’adoration. Sur le même passage : Cependant pour nous il n’y a qu’un seul Père, la Glose dit : « La Trinité est pour nous un seul Père ; mais celui qui est la troisième personne de la Trinité n’est pas un autre Père ». Objection : On divise l’être ; il est le même et divers. Réponse : Bien que l’identité et la diversité divisent l’être créé, il n’en est pas de même à l’égard de l’Être incréé, parce qu’en lui il y a identité d’essence et distinction de personnes. Sur cette parole : La science n’est pas dans tous. Objection : Il est dit au même chapitre : Tous nous avons la science. Réponse : Cela ne s’entend pas dans le sens universel, mais des premiers d’entre les Corinthiens. Sur celle-ci : Ce qu’on mange n’est pas ce qui rend agréable à Dieu, la Glose dit : « qu’on prenne la nourriture ou qu’on ne la prenne pas ». Objection : Donc l’abstinence est sans mérite. Réponse : Ce n’est pas la vertu de la nourriture qui est méritoire, mais la vertu de l’abstinence. Sur cette autre : Si ce que je mange scandalise, etc. Objection : Donc, pour ne pas scandaliser son frère, il faut n’user jamais de pain ni de vin. Réponse : Il n’y a pas de similitude entre ce qui est nécessaire et ce qui est superflu ; ou bien l’Apôtre parle ici du scandale actif et non passif ; ou encore ce qu’il dit est un conseil de perfection, et non un précepte de nécessité. Sur cette expression : Un Dieu unique, il faut remarquer que l’on peut se servir du mot Dieu de plusieurs manières, à savoir en l’appliquant à tort. C’est dans ce sens que les idoles reçoivent le nom de dieux ; (Psaume XCV, 5) : "Tous les dieux des nations sont des démons" ; et (Jér., X, 11) : "Que les dieux qui n’ont fait ni le ciel ni la terre disparaissent de la terre." Pour exprimer une adoption véritable, c’est dans ce sens que les saints sont appelés dieux ; (Psaume LXXXI, 6) : "Je l’ai dit : vous êtes des dieux, et vous êtes tous les fils du Très-Haut, mais vous mourrez comme, etc." A cause de la dignité dont on est revêtu dans le siècle, c’est ainsi que les supérieurs sont appelés des dieux ; (Exode, XXII, 28) : "Vous ne parlerez pas mal des dieux" et (Jean X, 35) : "Si votre loi leur donne le nom de dieux, etc." Par la propriété de l’essence ; c’est ainsi que la Trinité est appelée Dieu ; (Deut., VI, 4) : "Ecoutez, ô Israël, le Seigneur votre Dieu est le seul Seigneur."

Il faut également remarquer que Jésus-Christ est appelé unique et sans égal, de plusieurs manières : 1° Dieu unique, à cause de la nature divine ; en ce sens, il n’y a de Dieu qu’un Dieu unique.

2° Créateur unique, à cause de sa puissance infinie ; (Ecclésiastique I, 8) : "Le Très-Haut, le Créateur de toutes choses est unique".

3° Homme unique, à cause de l’éminence singulière de sa sainteté ; (Psaume XIII, 1) : "Il n’en est pas un seul qui fasse le bien, etc." et (Jean XI, 50) : "Il est bon qu’un seul homme meure."

4° Seigneur unique, à cause du gouvernement dont il est le chef (Ephés., IV, 5) : "Il n’y a qu’un seul Seigneur, une foi, etc. " et ainsi un seul Seigneur Jésus-Christ.

5° Maître unique, à cause de la connaissance infuse ; (Matthieu XXIII, 10) : "Ne cherchez pas à être appelés maîtres ; votre maître, c’est Jésus-Christ". 6° Seul père, qui produit toutes choses ; (Matthieu XXIII, 9) : "Vous n’avez qu’un seul Père, qui est dans les cieux."

7° Pasteur unique, pour nourrir généralement tout le troupeau fidèle ; (Jean X, 16) : "Il n’y aura plus qu’un troupeau et qu’un pasteur."

8° Hostie unique, à cause du prix sans égal de notre rédemption ; (Hébr., X, 14) : "Par une seule oblation, il a rendu parfaits pour toujours ceux qu’il a sanctifiés."

CHAPITRE IX — LA SUBSISTANCE MATERIELLE DES APÔTRES [par Pierre de Tarentaise]
Leçon 1 : 1 Corinthiens IX, 1-10 — Un salaire matériel pour Paul ?
SOMMAIRE : L’Apôtre prouve qu’il lui est licite de recevoir de quoi subvenir aux nécessités de la vie, et qu’il ne l’a fait en aucune circonstance, bien qu’il soit apôtre et qu’il en ait le libre droit.

1. Ne suis-je pas libre ? ne suis-je pas apôtre ? n’ai-je pas vu Jésus-Christ Notre Seigneur ? N’êtes-vous pas vous-mêmes mon ouvrage dans le Seigneur ?

2. Et quand je ne serais pas apôtre à l’égard des autres, je le suis au moins à votre égard ; car vous êtes le sceau de mon apostolat dans le Seigneur.

3. Voici ma défense contre ceux qui m’interrogent sur ma mission.

4. N’avons-nous pas le pouvoir de manger et de boire ?

5. N’avons-nous pas le pouvoir de mener partout avec nous une femme soeur, comme font les autres apôtres, et les frères du Seigneur, et Céphas ?

6. Serons-nous donc seuls, Barnabé et moi, qui n’aurions pas le pouvoir d’en user de la sorte ?

7. Qui est-ce qui va jamais à la guerre à ses dépens ? Qui est-ce qui plante une vigne et n’en mange point du fruit, ou qui est celui qui mène paître un troupeau et ne mange point du lait ?

8. Ce que je dis ici n’est-il que selon l’homme, et la Loi ne le dit-elle pas elle-même ?

9. Car il est écrit dans la loi de Moïse : "Vous ne tiendrez pas liée la bouche du boeuf qui foule les grains." Dieu se met-il en peine de ce qui regarde les bœufs ?

10. Et n'est-ce pas plutôt pour nous qu'il a fait cette ordonnance ? Oui, sans doute, c’est pour nous que cela a été écrit. En effet, celui qui laboure doit labourer avec espérance de recueillir, et celui qui bat le grain doit espérer d’en avoir part.

Dans ce qui précède, saintPaul a averti de se garder de manger devant les faibles dans la foi des viandes immolées aux idoles, de peur de les scandaliser. Il se propose ici en exemple, parce que, à cause de ses frères, il s’abstient de ce qui lui est permis, c’est-à-dire de recevoir une rétribution. Et d’abord, il établit par plusieurs raisons qu’il est licite de recevoir cette rétribution ; ensuite, que, néanmoins, il n’a pas voulu la recevoir, à ces mots (verset 15) : Pour moi, je n’ai voulu user d’aucun de ces droits, etc. Sur la première question, il prouve de trois manières qu’il est permis de recevoir une rétribution : premièrement, par voie d’autorité ; secondement, par voie de raisonnement, à ces mots (verset 11) : si donc nous avons semé parmi vous des biens spirituels ; troisièmement, par la similitude des exemples, à ces autres (verset 13) : Ne savez-vous pas que les ministres, etc.? Dans la première partie, il décline sa preuve : I° de l’autorité de la dignité apostolique ; II° de l’autorité de la coutume parmi les hommes, à ces mots (verset 7) : Qui est-ce qui fait la guerre à ses frais ? III° de l’autorité de la loi divine, à ces autres : Ce que je dis ici est-il selon l’homme, etc. ?

I° Dans cette première subdivision, il prouve I. en général qu’il est apôtre ; II. qu’il est spécialement leur apôtre, à ces mots (verset 2) : Et si je ne suis point apôtre pour d’autres, etc. ; III. qu’il peut licitement recevoir sa subsistance, à ces autres (verset 4) : N’avons-nous pas droit, etc.?

I. A l’égard de son titre d’apôtre, saint Paul examine d’abord s’il est libre de recevoir sa subsistance ; ensuite, s’il est apôtre, à ces mots (verset 4) : Ne suis-je pas apôtre ? enfin, il prouve, par un double raisonnement, qu’il est libre et qu’il est apôtre, à ces autres (verset 4) : N’ai-je pas vu N. S. Jésus-Christ, etc. ?

1° Il dit donc (verset 1) : Ne suis-je pas libre, etc.? comme s’il disait : Abstenez-vous de ce qui est permis, c’est-à-dire de l’usage des viandes offertes aux idoles, car moi-même je m’abstiens de tout salaire, bien que j’aie cependant la liberté d’en recevoir. 2° En effet (verset 1) : Ne suis-je pas apôtre ? Certainement je suis véritablement apôtre ; (Gal., II, 6) : "Celui qui, par sa puissance, a établi Pierre l’apôtre des circoncis, m’a également établi apôtre des nations." Voici donc son raisonnement : Tout apôtre, à raison même de son apostolat, a la liberté de recevoir son salaire ; or je suis apôtre. Il prouve ensuite chaque proposition : donc, etc. 3° A ces mots (verset 4) : N’ai-je pas vu Notre Seigneur Jésus-Christ, etc.? il prouve, par un double raisonnement, qu’il est apôtre, par la cause et par l’effet, à ces mots (verset 1) : N’êtes-vous pas mon ouvrage, etc.? Le premier raisonnement est pris du côté de Jésus-Christ, qui l’envoie ; le second du côté des Corinthiens, vers lesquels il est envoyé.

A) Voici le premier : moi, j’ai vu le Seigneur, qui m’a envoyé pour prêcher l’Évangile, donc je suis apôtre. C’est ce qui lui fait dire : N’ai-je point vu, etc.? comme s’il disait : je suis véritablement apôtre ; n'ai-je pas vu Notre Seigneur Jésus-Christ ? Il parle ainsi à cause des faux apôtres, qui prétendaient qu’il n’était pas apôtre, parce qu’il n’avait pas vécu dans la compagnie du Sauveur, comme les autres apôtres. Mais Paul l’a vu déjà immortel ou, suivant la Glose, sur le chemin de Damas (Actes, III, 9), ou dans le temple (Actes, XXII, 19). Aussi (Actes, IX, 27) : "Barnabé l’ayant pris avec lui, le conduisit aux apôtres, et leur raconta comment il avait vu le Seigneur sur le chemin" ; (ci-après, XV, 8) : Enfin, après tous les autres, il s’est fait voir à moi, qui ne suis qu’un avorton.

B) : N’êtes-vous pas mon ouvrage, etc. ? Voici le second raisonnement : Vous avez été convertis par moi à la foi, et j’ai été envoyé à cette fin ; donc je suis apôtre : N’êtes-vous pas mon ouvrage ? ô Corinthiens, ainsi qu’un temple est l’ouvrage de l’architecte (ci-dessus, III, 10) : J’ai posé le fondement, comme un sage architecte." Ainsi encore que le fils est l’oeuvre du père (ci-dessus, IV, 15) : C’est moi qui vous ai engendrés en Jésus-Christ par l’Évangile. Vous êtes, dis-je, mon ouvrage, et cela ddans le Seigneur, c’est-à-dire par la coopération du Seigneur ; ou encore : dans le Seigneur..., c’est-à-dire pour la gloire du Seigneur, comme s’il disait : c’est à cette fin que vous êtes tels.

II. Lorsqu’il ajoute (verset 2) : Et si je ne suis pas l’apôtre des autres, etc., il prouve qu’il est spécialement leur apôtre. Et d’abord il énonce cette proposition qu’il est spécialement leur apôtre ; ensuite, il le prouve par les résultats, à ces mots (verset 2) : car vous êtes le sceau de mon apostolat, etc. ; enfin, il montre que, par ces résultats, il peut prouver qu’il est leur apôtre, à ces autres (verset 3) : Voici ma défense à ceux, etc. Il dit donc : Et si, etc., comme s’il disait : vous êtes véritablement mon ouvrage, car lors même que pour les autres, c’est-à-dire pour les Juifs, dont j’anéantis la Loi, je ne le suis point, c’est-à-dire je ne parais pas être leur apôtre, cependant je suis le vôtre, vous qui avez été spécialement convertis par moi ; (Rom., XI, 13) : "Tant que je serai l’apôtre des Gentils, j’honorerai mon ministère." Et véritablement je suis votre apôtre, car vous êtes le sceau de mon apostolat, c’est-à-dire la forme et le sceau, parce que mon apostolat est imprimé sur vous, comme la forme du sceau est empreinte sur la cire. La Glose ajoute : « Il est clair pour vous que je suis votre apôtre, tant que vous recevez de moi ce que vous avez reçu des autres apôtres. » (I Cor., IX, 2) : "Les signes de mon apostolat ont paru parmi vous." – Vous êtes, dis-je, dans le Seigneur, c’est-à-dire le Seigneur qui est principalement l’auteur de votre conversion ; il en est vraiment ainsi, et c’est ma défense à l’égard de ceux qui m’interrogent, pour savoir si je suis votre apôtre, et c’est vous qui l’êtres, en d’autres termes, c’est par vous-mêmes que je montre que je suis apôtre.

III. Lorsqu’il dit (verset 4) : N’avons-nous pas, etc.? il montre qu’il lui est permis de recevoir sa subsistance. Et d’abord, il examine en général s’il a ce pouvoir ; ensuite, s’il l’a en particulier, quant à certaines personnes, à ces mots (verset 5) : N’avons-nous pas le pouvoir, etc.?; enfin si Barnabé et lui sont en particulier privés de ce pouvoir, à ces autres (verset 6) : N’y aurait-il donc que moi, etc.? Il dit donc (verset 4) : N’avons-nous pas, etc.? comme s’il disait : puisque je suis votre apôtre, n’avons-nous pas, ceux qui m’accompagnent et moi, le droit de manger et de boire ce qui nous appartient, c’est-à-dire de vivre de ce que nous gagnons ? (Augustin) : « Le Seigneur a permis, il n’a pas fait un ordre aux apôtres de recevoir le nécessaire de ceux qui leur sont soumis. » ; (verset 5) : N’avons-nous pas le pouvoir de mener avec nous une femme, notre soeur, à savoir par la foi, pour nous préparer notre nécessaire ? (Ambroise, dans la Glose) : « Quelques femmes, par le désir d’entendre la doctrine de Jésus-Christ et le zèle pour la perfection, suivaient les apôtres, leur préparaient le nécessaire, et les servaient." D’autres avaient de même suivi le Sauveur ; (Luc. VIII, 2, et XXIII, 27) : "comme font les autres apôtres," ainsi qu’il est rapporté aux Actes (VI, 1) : "et comme les frères," c’est-à-dire les parents du Seigneur, qui sont les premiers en dignité ; (Gal., II, 9) : "Jacques et Jean, qu’on regardait comme les colonnes de l’Eglise, etc." et "Céphas," qui est le premier d’entre les apôtres, ce qui fait qu’on considère Céphas comme étant la tête. (Ambroise) : « Saint Paul ne critique pas ceux qu’il nomme, mais il prouve, par la manière dont ils en usaient, que la même liberté lui est acquise ». Or le Sauveur, comme le remarque saint Augustin, « a voulu que des femmes le suivent pour le servir, afin de montrer ce que les peuples devaient à ceux qui leur prêchaient l’Evangile » ; ou bien encore, pour qu’elles ne paraissent pas exclues du salut. Est-ce que Barnabé et moi seul, car ces deux apôtres furent associés pour prêcher l’Evangile aux Gentils (Actes, XIII, 2) : "Séparez-moi Barnabé et Saul pour l’oeuvre à laquelle je les ai appelés"- nous n’aurions pas, d’après votre opinion, le pouvoir d’agir de la même manière, c’est-à-dire de mener avec nous des femmes, et de recevoir notre subsistance ; comme s’il disait : assurément nous avons ce droit, comme tous les autres. Or tous les autres reçoivent licitement ces services ; donc, au même titre, cela nous est permis.

II° A ces paroles (verset 7) : Qui est-ce qui fait la guerre à ses frais ?, etc. saint Paul prouve, par l’autorité de la coutume des hommes, qu’il est permis de recevoir une rétribution : I. dans l’état militaire, II. dans l’agriculture, à ces mots (verset 7) : Qui est-ce qui plante une vigne, etc..? III. et dans le métier de pasteur, à ces autres (verset 7) : Ou qui est-ce qui fait paître un troupeau, etc.? L’Apôtre compare le chef de l’Eglise à un soldat, à cause du secours qu’il procure ; à un agriculteur, à cause de la parole ; à un pasteur, à cause de l’exemple ; car le chef d’une Eglise doit défendre ses subordonnés par son soutien, planter par l’enseignement, nourrir par l’exemple. Le premier devoir a pour objet ceux qui sont hors de l’Eglise ; le second, ceux qui entrent dans l’Eglise ; le troisième, ceux qui vivent dans l’Eglise.

I. Saint Paul dit donc (verset 7) : Qui est-ce qui fait la guerre ? comme s’il disait : nous avons certainement les uns et les autres le droit de recevoir notre rétribution ; et c’est avec raison, car (verset 7) Qui est-ce qui fait la guerre à ses frais ?, comme s’il disait : personne. En effet, on donnait aux soldats leur solde, prise sur le trésor public ; aussi saint Jean-Baptiste dit aux soldats (Luc, III, 14) : "Contentez-vous de votre solde." De même, les prédicateurs et les pasteurs peuvent recevoir des fidèles ce qui leur est nécessaire ; (I Tim., I, 18) : "Acquittez-vous de tous les devoirs de la milice sainte."

II. (verset 7) : Qui est-ce qui plante une vigne, et ne mange pas de ses fruits ? La vigne du Seigneur, c’est l’Eglise ; (Isaïe, V, 7) : "La vigne du Dieu des armées, c’est la maison d’Israël" Les Apôtres ont été les planteurs de cette vigne ; (ci-dessus, XIV, 6) : C’est moi qui ai planté, c’est Apollos qui a arrosé.

III. (verset 7) Qui est-ce qui fait paître un troupeau et ne mange pas de son lait, comme s’il répondait : personne. Le troupeau du Seigneur, ce sont les fidèles de l’Eglise ; (Ezéch., XXIV, 31) : "Vous êtes les brebis de mon troupeau." Les pasteurs de ce troupeau sont les chefs des Eglises et les prédicateurs ; aussi a-t-il été dit au premier de tous (Jean XXI, 17) : "Paissez mes brebis." Or les chefs des Eglises peuvent se nourrir du lait du troupeau, car ils ont droit de recevoir des inférieurs leur nécessaire. Si donc nous défendons, si nous plantons, si nous faisons paître, ainsi que font un bon soldat, un bon agriculteur, un bon pasteur, il nous est permis de recevoir une rétribution. Mais parce qu’aujourd’hui il en est beaucoup qui reçoivent une solde et ne combattent pas, qui mangent le fruit de la vigne et ne plantent pas, qui se nourrissent du lait et ne font pas paître le troupeau, il est dit (Ezéch., XXXIV, 3) : "Vous mangiez le lait, et vous ne faisiez pas paître mon troupeau."

Sur ces paroles : Est-ce que je n’ai pas vu le Seigneur Jésus-Christ ? il faut remarquer que les livres saints nous présentent plusieurs visions du Seigneur. Une corporelle, qui est passée déjà, et dont le prophète Baruch disait (IV, 38) : "Après cela, il a été vu sur la terre, et il a conversé parmi les hommes." Une seconde, spirituelle, qui est présente ; (Psaume XLV, 11) : "Soyez dans le repos, et considérez que je suis votre Dieu, etc." Une troisième, éternelle, qui est à venir, dont il est dit (Jean XVII, 24) : "Mon Père, je désire que là où je suis soient aussi ceux que vous m’avez donnés," afin qu’ils puissent contempler ma gloire ; et, au livre de Job (XIX, 26) : "Je verrai mon Dieu dans ma chair." Enfin une quatrième, qui n’est que momentanée et qui est aussi à venir (Luc, XXI, 27) : "Alors ils verront le Fils de l’homme venir sur une nuée avec une grande puissance." La première a eu lieu dans le monde ; la seconde se fait dans l’âme ; la troisième se fera dans les cieux ; la quatrième au jugement. La première vision donne le modèle de vie ; la seconde, le secours pour progresser ; la troisième, le désir d’arriver ; la quatrième, la haine du péché. La première présente le modèle de bien vivre de trois manières : Jésus-Christ s’y montre pauvre et couvert de langes, pour que soit réfréné le désir des richesses ; (Psaume LXVIII, 30) : "Je suis pauvre et dans la douleur, etc. ; et (ibid., 33) : "Que les pauvres voient, et qu’ils se réjouissent." Ainsi l’ont vu les bergers (Luc II, 16). Vil et abject, pour mettre un frein à l’ambition des honneurs ; (Isaïe, LIII, 2) : "Nous l’avons vu, et il était méconnaissable, et nous l’avons désiré, l’homme méprisé". Voilà pourquoi il est dit (Matth., XI, 29) : "Apprenez de moi que je suis doux et humble de coeur". Affligé et dans la souffrance, pour mettre un frein aux convoitises de la volupté ; (Lamentations, I, 12) : "Vous tous, qui passez par le chemin, regardez, etc." La seconde vision donne aussi, de trois manières, des secours pour avancer : elle inspire la force à ceux qui se repentent, en leur mettant sous les yeux leurs fautes et leurs châtiments, ainsi que le soleil fait paraître les atomes ; (Dan., V, 5) : "Balthazar vit comme la main d’un homme qui écrivait" et (Job, XLII, 5) : "Maintenant je vous vois de mes propres yeux, etc." Elle montre en récompense à ceux qui combattent une espérance certaine, comme fit le Sauveur à son serviteur pendant le combat ; (Actes, VII, 55) : "Je vois les cieux ouverts, etc." Elle offre à ceux qui contemplent comme un avant-goût de la joie, ainsi que le tavernier fait goûter un peu de vin ; (Psaume XXXIII, 9) : "Goûtez et voyez combien le Seigneur est doux" et (Gen., XXXII, 30) : "J’ai vu le Seigneur face à face," comme Paul le dit ici de lui-même. La troisième vision, qui est éternelle, excite le désir d’avancer, en offrant trois avantages, à savoir : une joie véritable ; (Isaïe, LXVI, 14) : "Vous verrez, et votre coeur se réjouira" ; car cette joie sera une lumière douce et pleine de délices, etc. ; ce qui est marqué en saint Jean (XX, 20) : "Les disciples furent remplis de joie à la vue du Seigneur." L’abondance ou l’étendue de cette joie ; (Isaïe LX, 5) : "Alors vous verrez et vous serez dans l’abondance, etc." La raison en est qu’alors nous le verrons tel qu’il est, et qu’il sera lui-même tout en tous ; car il sera pour l’intelligence la plénitude de la lumière, pour la volonté l’abondance de la paix, pour la mémoire la succession de l’éternité. La perpétuité de la sainteté ; (Apoc., XXII, 3) : "Ses serviteurs le serviront, ils verront sa face, et ils régneront dans les siècles des siècles" ; (Ps., XV, 10) : "Vous me comblerez de joie, etc." La quatrième vision, enfin, donne la haine ou la crainte du péché, pour trois motifs : la prévarication sera manifestée devant le juge qui la voit ; (Malachie, III, 2) : "Le voici qui vient, et qui pourra soutenir son regard, car il sera comme un feu qui dévore, etc." La sévère punition des prévaricateurs, car le malfaiteur qui voit supplicier son compagnon de crimes craint davantage de mal faire ; (Jér., VII, 12) : "Allez en Silo, au lieu qui m’était consacré, et considérez ce que je lui ai fait." Silo s’interprète arraché ; (Apoc., I, 13) : "Je vis quelqu’un qui ressemblait au Fils de l’homme...," et plus loin : "De sa bouche sortait une épée à deux tranchants, etc." La vue de la récompense des bons : ainsi le ministre des autels, voyant un autre ministre récompensé parce qu’il est bon, s’abstient lui-même du péché ; (Ps., CVI, 42) : "Les justes verront, et ils seront dans la joie, mais l’iniquité gardera le silence."

III° (verset 8) : Est-ce que ce que je dis ici est selon l’homme, etc.? Saint Paul prouve, par l’autorité de la loi divine, qu’il est permis de recevoir une rétribution.

I. Il expose ce que dit cette loi ;

II. il cite les paroles de la loi (verset 10) : Oui, sans doute, c’est pour nous, etc..

III. il dit comment il faut les comprendre : Est-ce que Dieu se met en peine des bœufs, etc.? Il dit donc (verset 9) : Est-ce que Dieun, etc.?comme s’il disait : j’ai prouvé en raisonnant à partir des conduites humaines, qu’il nous est permis de recevoir une gratification ; mais est-ce selon l’homme, c'est-à-dire selon les conduites humaines ou en vertu d’une si grande similitude que je dis cela ?La loi de Moïse, promulguée par Dieu dit-elle cela ? Comme s’il disait : bien sûr qu’elle le dit. Il est écrit en effet dans la loi de Moïse ; (Deut.XXV, 4) et (I Tm V, 18) : "Tu ne muselleras pas le bœuf qui foule le grain », pour qu’il puisse subsister grâce à son travail, en d’autres termes : tu n’empêcheras le prédicateur de vivre de l’Évangile. En effet, fouler, c’est séparer le grain de la paille, ce que fait le prédicateur en détournant les âmes des terreurs, en séparant les vertus des vices, ce qui est utile de ce qui est vain ; (Jér., XV, 19) : "Si tu sépares ce qui est précieux de ce qui est vil, tu seras comme ma bouche." Ensuite quand saint Paul dit : Est-ce que Dieu se met en peine des bœufs, etc., il montre comment doit être comprise l’autorité qu’il a citée : tout d’abord qu’elle doit être comprise littéralement à propos des bœufs, deuxièmement qu’elle ne doit pas seulement l’être littéralement à propos des bœufs, mais spirituellement à propos des prédicateurs, à ces mots (verset 10) : N’est-ce pas à cause de nous, etc. ; troisièmement, il rappelle qu’il est licite de recevoir une gratification : N’est-ce pas à cause de nous qu’il parle ainsi, etc. ? Il dit donc : Est-ce, etc. ?comme s’il disait : ce passage doit s’entendre des boeufs spirituels, c’est-à-dire des prédicateurs de la vérité, car est-ce que Dieu se met en peine des boeufs matériels, au point qu’il fasse pour eux cette prescription dans la Loi ?-(verset 10) : N’est-ce pas plutôt pour nous-mêmes qu’il dit cela ? comme s’il disait : c’est pour nous qu’il a porté cette défense, car c’est pour nous que ce précepte et d’autres semblables ont été écrits ; (Rom., XV, 4) : "Tout ce qui est écrit a été écrit pour notre instruction." - C’est pour nous, je le répète," et voilà pourquoi celui qui prêche et ouvre ainsi les coeurs à la foi (verset 10) : doit labourer dans l’espérance d’une rétribution temporelle, mais non point cependant en vue de cette espérance, car il doit chercher d’abord le royaume de Dieu ; et celui qui foule le grain, c’est-à-dire discerne, par la prédication, les bons d’avec les méchants, comme on sépare le grain de la paille, doit le faire pour régler les moeurs, avec l’espérance d’en avoir sa part ; (II Tim., II, 6) : "Il faut que le laboureur travaille avant de recueillir la moisson" et (Ecclésiastique VI, 19) : "Celui qui laboure et qui sème s’en approche, et attend en paix ses excellents fruits."

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