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Leçon 2 : 1 Corinthiens IX, 11-14 — Il est permis de vivre de l'Evangile
SOMMAIRE. Par une comparaison avec ceux qui servent au temple et à l’autel, l’Apôtre établit qu’il lui est licite de recevoir ce qui est nécessaire à la vie, puisqu’il est permis à qui prêche l’Evangile de vivre de l’Evangile.

11. Si nous avons semé parmi vous les biens spirituels, est-ce une grande chose que nous recueillions un peu de vos biens temporels ?

12. Si d’autres usent de ce pouvoir à votre égard, pourquoi n’en pourrons-nous pas user plutôt qu’eux ? Mais nous n’avons pas usé de ce pouvoir, et nous souffrons, au contraire, toutes sortes d’incommodités, pour n’apporter aucun obstacle à l'Evangile du Christ.

13. Ne savez-vous pas que les ministres du temple mangent de ce qui est offert dans le temple, et que ceux qui servent à l’autel ont part aux oblations de l'autel ?

14. Ainsi le Seigneur a aussi ordonné à ceux qui annoncent l'Evangile de vivre de l'Evangile.

Après avoir prouvé plus haut, par voie d’autorité, qu’il est licite de recevoir une rétribution, l’Apôtre établit une nouvelle preuve par voie de raisonnement. I° à raison des obligations particulières aux prédicateurs ; II° par la comparaison avec les faux apôtres, qui recevaient des Corinthiens un salaire (verset 12) : Si d’autres usent de ce pouvoir à votre regard, etc. ; III° il dit que, néanmoins, il n’a pas voulu user de ce droit (verset 12) : Cependant nous n’en avons pas usé, etc.

I° Voici son premier raisonnement : C’est quelque chose de plus grand de donner les biens spirituels que de recevoir les biens temporels ; donc si l’Apôtre donne les biens spirituels, il lui est permis de recevoir les biens temporels. Saint Paul explique I. quels biens ont été donnés ; II. quelle est la rétribution à recevoir (verset 11) : Est-ce une grande chose que nous, etc. I. Il dit donc : Si nous, etc. ; en d’autres termes, nous avons véritablement le droit de recevoir de vous une rétribution, car si nous avons semé parmi vous des biens spirituels, c’est-à-dire la foi et les sacrements, oeuvre de l’Esprit Saint, pour nourrir vos âmes, II. est-ce une grande chose qu’à notre tour nous recueillions, pour notre subsistance, quelque peu de vos biens selon la chair ? c’est-à-dire accordés pour la subsistance de la chair ; comme s’il répondait : ce n’est pas grand-chose ; (Rom., XV, 27) : "Si les Gentils ont participé aux richesses spirituelles des Juifs, ils doivent à leur tour leur faire part de leurs biens temporels."

II° (verset 12) : Si d’autres usent de ce pouvoir, etc., voici le second raisonnement, qui établit le même principe : Les véritables apôtres ont plus de droit que les faux apôtres à participer aux biens de ceux qui leur sont soumis ; or les derniers y participent ; donc les apôtres véritables peuvent le faire à un titre bien plus légitime. Il pose donc : I. l’antécédent, II. le conséquent (verset 12) : Pourquoi n’en userions-nous pas bien plutôt qu’eux, etc.?

I. Il dit donc Si les autres, c’est-à-dire les faux apôtres ; il ne les désigne pas par leur nom, pour ne pas les remplir de confusion, il les appelle les autres, comme étrangers à la famille de l’Eglise, car tous les catholiques ne font qu’un ; (Jean XVII, 11) : "Afin qu’ils soient un, etc."- Si, dis-je, d’autres usent de ce pouvoir à votre égard, c’est-à-dire disposent avec tant de liberté de vos biens, II. pourquoi nous, apôtres, qui travaillons pour votre salut, n’en userions-nous pas plutôt ?; (Ecclésiastique XII, 5) : "Donnez à celui qui est bon, et n’assistez pas le pécheur." En ajoutant (verset 12) : Cependant nous n’en avons pas usé, saint Paul rappelle qu’il n’a pas voulu faire usage de ce droit. Il dit qu’il n’a pas accepté de rétribution ; que néanmoins il en a eu besoin (verset 12) : et nous souffrons tout, etc. Il donne la raison de l’un et de l’autre (verset 12) : pour n’apporter aucun obstacle, etc. Il dit donc (verset 12) : Cependant nous n’avons pas usé, etc. ; en d’autres termes, il est évident qu’il nous est permis de recevoir une rétribution ; cependant nous n’avons pas usé de ce droit ; (ci-dessus, VI, 12) : Tout m’est permis, mais tout n’est pas expédient. - Nous n’en avons pas, dis-je, usé, non pas que nous n’en ayons eu aucun besoin, mais nous souffrons tout ; car bien que nous supportions des privations, nous les supportons cependant avec patience ; (I1 Cor., XI, 9) : "Lorsque je demeurais parmi vous, et que j’étais dans la nécessité, je n’ai été à charge à personne". J’ai agi ainsi (verset 12) pour n’apporter aucun obstacle à l’Evangile de Jésus Christ. Or ceci pouvait arriver, ou parce qu’il aurait donné lui-même aux faux apôtres l’exemple de recevoir [des fidèles un salaire], ou parce que les Corinthiens, qui étaient avares, se seraient scandalisés de ce qu’il eût reçu d’eux quelque chose ; ou peut-être encore auraient-ils pu penser qu’ils avaient acheté la liberté de pécher, et par là aurait été diminuée pour l’Apôtre l’autorité nécessaire à la correction, ce qui eût été de toute façon un obstacle à l’Evangile de Jésus-Christ ; (Prov., XV, 19) : "La voie du juste est sans obstacle."

III° (verset 13) : Ne savez-vous pas que les ministres du temple, etc.?

Saint Paul a prouvé qu’il est licite de recevoir une rétribution, d’abord par voie d’autorité, ensuite par voie de raisonnement ; il le prouve, en troisième lieu, par plusieurs exemples. I. Il tire une similitude de ceux qui réparent le temple ; II. de ceux qui servent dans le temple (verset 13) : et ceux qui servent à l’autel, etc. ; III. il adapte la similitude à ceux qui prêchent l'Evangile (verset 14) : Ainsi le Seigneur ordonne que ceux, etc.

I. Saint Paul semble dire : assurément il m’est permis de recevoir une rétribution, car (verset 13) : ne savez-vous pas que les ministres du temple, c’est-à-dire que ceux qui sont employés dans le temple des Juifs ou dans ceux des païens, comme ouvriers, mangent de ce qui est offert dans le temple ? Les ouvriers, en effet, étaient entretenus avec l’argent offert au trésor du temple, comme on le voit pratiqué au temps de Joas (IV° Rois, XII, 4ss).

II. Et ceux qui à l’autel du temple de Jérusalem, ou dans le temple même, servent, à savoir avec dévotion, car l’un des douze abus, c’est le manque de respect près de l’autel, ont part à l’autel, parce qu’ils ont une partie de ce qui est offert sur l’autel, ainsi qu’on le voit dans le Lévitique, et surtout aux VI° et VII° chapitres.

III. Et ce qui s’y pratiquait, le Seigneur l’a réglé de la même manière, c’est-à-dire a disposé avec raison que ceux qui prêchent l'Evangile vivraient de l’Evangile. Il l’a ordonné quand il a dit (Matth., X, 10, et Luc, X, 7) : "L’ouvrier mérite son salaire."

Il faut remarquer ici que l’Apôtre désigne le prédicateur par les noms de divers offices. Il l’appelle :

1° soldat, parce qu’il défend l’Eglise contre ses ennemis ; (II Cor., X, 4) : "Les armes de notre milice, etc. ; et (II Tim., II, 3) : "Travaillez comme un bon soldat de Jésus-Christ."

2° vigneron, de l’office qu’il exerce à l’égard des sarments inutiles, c’est-à-dire en retranchant les méchants ; (Osée, II, 15) : "Je lui donnerai des vignerons du même lieu." Mais, hélas ! Il est dit (Cant., I, 5) : "Je n’ai pas gardé ma vigne !"

3° pasteur, parce qu’il nourrit par le bon exemple ceux qui lui sont soumis ; (I Pierre, V, 2) : "Faites paître le troupeau qui vous est confié". Hélas ! encore, on voit s’accomplir aujourd’hui ce qui est dit au prophète Zacharie (XI, 47) : "pasteur, ô idole, vous délaissez le troupeau, etc."

4° boeuf, en raison de la maturité avec laquelle il doit procéder en tout ; (Prov., XIV, 4) : "Partout où ne sont pas des boeufs, la grange est vide" ; et (Job, I, 14) : "Vos boeufs labouraient, et les ânesses paissaient près d’eux, etc."

5° laboureur, parce qu’il ouvre les coeurs à. la foi et à la pénitence ; (Osée, X, 11) : "Juda labourera et Jacob brisera les sillons, etc."

6° batteur de gerbes, parce qu’il doit discerner les bons d’avec les méchants ; (Isaïe, XLI, 15) : "Je vous ai établi comme un de ces chariots neuf armés de pointes et de dents de fer, pour fouler le blé ; vous briserez les montagnes, etc."

7° semeur, parce qu’il doit prêcher fréquemment et utilement ; (Luc, VIII, 5) : "Un homme sortit pour semer son grain" et (Psaume CXXV, 6) : "Ceux qui ont semé, etc."

8° architecte du temple, parce qu’il doit construire et réparer l’Eglise ; (ci-dessus, III, 10) : Comme un sage architecte, j’ai posé le fondement.

9° ministre de l’autel, parce qu’il doit accomplir avec dévotion son ministère devant Dieu ; (ci-dessus, IV, 1) : Que les hommes nous regardent comme les ministres de Dieu, etc.

Difficultés : Sur ce passage : Ne suis-je pas libre, etc.? la Glose dit : « A raison de la dignité apostolique, il avait le droit de ne pas travailler des mains, mais de vivre de l’Evangile ». Objection : Donc ceux qui prêchent et qui n’ont pas la dignité apostolique ne peuvent pas, sans le travail des mains, vivre de l’Evangile. Réponse : La Glose parle du droit en vertu duquel il peut forcer ceux qui résisteront, et non de celui par lequel il peut demander et recevoir de ceux qui donnent spontanément. De cette même Glose on peut conclure que les supérieurs ne sont pas tenus de travailler des mains. Objection (Gen., III, 19) : "Vous mangerez votre pain à la sueur de votre visage" ; or les supérieurs ne sont pas exemptés de cette malédiction; donc, etc. - Réponse : Ils sont tenus au travail spirituel, et non au travail corporel ; cependant ils feraient bien s’ils s’occupaient d’un travail honnête avant de se laisser aller au repos. Sur cet autre passage : Est-ce que vous n’êtes pas mon ouvrage ? la Glose dit : « Son ouvrage parfait ». Objection : ils étaient imparfaits. Réponse : On les appelait « son ouvrage parfait », parce que l’Apôtre leur avait annoncé l’Evangile, ou parce qu’il les avait instruits parfaitement autant qu’il était en lui. Sur ces autres : Est-ce que nous n’avons pas le droit d’être nourris ? Objection (Matthieu X, 8) : "Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement." Réponse : Gratuitement, c’est-à-dire sans se vendre, mais non sans rétribution. Sur celui-ci : Qui est-ce qui fait paître un troupeau ?, la Glose dit : « Vivant de l’Evangile, ils mangeaient leur pain gratuitement ». Objection : Les fidèles étaient tenus de le leur donner. Réponse : Il était gratuit, quant à ceux qui le reçoivent, parce qu’il était reçu avec humilité, et non à raison de leur droit, bien que ce fût une dette pour ceux qui le donnaient. Sur ces paroles : Est-ce que Dieu s’occupe des bœufs ? saint Paul semble répondre : non. Objection (Sag., VI, 8) : "Il a soin de tous." Réponse : Là il s’agit du soin général, c’est-à-dire de la Providence; ici d’un soin spécial et de la discipline. Sur celles-ci : Celui qui laboure doit le faire dans l’espérance. Objection : L’espérance a pour objet non les choses visibles, mais les choses éternelles. Réponse : Cette expression est prise dans un sens équivoque. Sur ces autres : Dans l’espérance d’avoir part aux fruits. Objection : On ne doit pas mettre le flambeau de la prédication sous le boisseau de l’avantage temporel. Réponse : Prêcher avec l’espérance d’un avantage temporel, ce n’est pas mettre la lampe sous le boisseau, mais prêcher à cause de l’espérance. De même, Si nous avons semé parmi vous les biens spirituels, etc. Objection (Gal., VI, 8) : "Ce que l’on aura semé, on le moissonnera" ; donc celui qui sème les biens spirituels doit recueillir les biens spirituels et non les temporels, etc. Réponse : Dans le premier texte, il s’agit de recueillir la récompense ; dans celui-ci, de recueillir la rétribution.

Leçon 3 : 1 Corinthiens IX, 15-18 — Pourquoi, en ce qui le concerne, Paul n'a rien demandé ?
SOMMAIRE : L’Apôtre établit que s’il n’a voulu recevoir aucune rétribution, c’est pour ne pas diminuer sa gloire, qui reste intacte du moment qu’il ne reçoit rien.

15. Mais pour moi, je n’ai usé d’aucun de ces droits. Et encore maintenant, je ne vous écris point ceci afin qu’on en use ainsi envers moi, puisque j’aimerais mieux mourir que de souffrir que quelqu’un me fit perdre cette gloire.

16. Car si je prêche l'Evangile ce ne m’est pas un sujet de gloire, puisque j’y suis obligé nécessairement, et malheur à moi si je ne prêche pas l’Evangile !

17. Que si je le prêche de bon coeur, j’en aurai la récompense ; mais si je ne le fais qu’à regret, je dispense seulement ce qui m’a été confié.

18. Quelle est donc ma récompense ? C’est qu’en prêchant l'Evangile, je prêche gratuitement, sans abuser du pouvoir que j’ai dans l'Evangile.

Saint Paul vient de prouver de plusieurs manières qu’il lui est permis de recevoir sa subsistance ; il montre maintenant, que néanmoins il n’a pas voulu la recevoir, et qu’il s’en est abstenu pour trois raisons : premièrement, dans l’intention d’obtenir sa récompense ; secondement, par amour pour l’Evangile (verset 19) : C’est pour cela qu’étant libre à l’égard de tous, etc. ; troisièmement, pour que sa course fût plus libre (verset 24) : Ne savez-vous pas que quand on court dans la lice ?

Sur la première de ces raisons, I° il dit pourquoi il n’a voulu rien recevoir, à savoir pour que sa gloire demeurât intacte ; II° il montre qu’en recevant quelque chose, elle eût été flétrie (verset 16) : Or si je prêche l'Evangile la gloire n’est pas à moi, etc. ; III° qu’en ne recevant rien, il la conservera (verset 18) : Quelle est donc ma récompense, etc. ?

I° Sur la première de ces propositions, il fait voir I. qu’il n’a pas voulu user du droit de recevoir ; II. qu’il n’a pas l’intention d’en user (verset 15) : Et encore maintenant, je ne vous écris point ceci, etc..

I. Il dit donc (verset 15) : Mais moi, etc., en d’autres termes, il est constant, par tant de preuves, qu’il m’est permis de recevoir une rétribution ; et cependant je n’ai fait usage d’aucun de ces motifs, ni de l’autorité, ni du raisonnement, ni des exemples pour exiger ; car l’Apôtre ou recevait des autres Eglises, ainsi qu’il le dit (II Cor., XI, 8) : "J’ai dépouillé d’autres Eglises, etc.", ou travaillait des mains (Actes, XX, 34).

II. (verset 15) : je ne vous écris point ceci, etc., comme s’il disait : Je n’ai point usé de mes droits, et je n’en veux point user, car je ne vous ai point écrit ceci, à savoir qu’il m’est permis de recevoir une rétribution, afin qu’on en use ainsi avec moi, comme je l’ai écrit, c’est-à-dire afin de la recevoir, parce que je ne recherche point les dons, mais les fruits. A ces mots (verset 15) : "J’aimerais mieux mourir, etc., saint Paul montre que s’il a agi ainsi, c’est pour ne pas perdre sa gloire. D’abord, il montre le dernier terme de l’affection corporelle, ensuite il y oppose l’amoindrissement de sa gloire (verset 15) : que de perdre cette gloire, etc. Il dit donc : J’aimerais mieux, etc., en d’autres termes, je ne recevrai rien ; car si, je recevais, je flétrirais ma gloire, ce que, pour rien au monde, je ne voudrais faire. En effet, j’aimerais mieux, je ne dis pas seulement être affligé par la privation de ce qui m’est nécessaire, mais mourir, que de voir ma gloire, celle que je tire de la gratuité absolue de ma prédication, à qui revient la récompense de surérogation, attendu que je m’abstiens de ce que j’ai le droit d’exiger, flétrie par un autre, en recevant à contre-temps de quelqu’un, même la rétribution évangélique. Grand nombre pourtant de docteurs de notre temps flétrissent cette gloire, soit en recherchant un salaire, soit par le désir des faveurs humaines, quoiqu’il soit écrit au livre de Job (XII, 19) : "Il fait que les pontifes sont privés de leur gloire, et que les grands tombent à terre."

Remarquez que la gloire se flétrit de sept manières, à cause de sept vices. La gloire de ceux qui pensent à leur ventre est perdue ; ce qui fait dire ici à saint Paul : J’aimerais mieux mourir, etc. La gloire des voluptueux est souillée ; (Ecclésiastique XLVII, 21) : "Vous vous êtes livrés aux femmes, vous avez souillé votre gloire." La gloire des superbes est en esclavage (I Macch., II, 9) : "Les vases de sa gloire ont été emportés dans la terre étrangère." La gloire des colériques est suspendue ; (Psaume XII, 5) : "Si j’ai rendu le mal à ceux qui m’en avaient fait, etc." ; et plus loin (verset 6) : "Que l’ennemi poursuive mon âme, etc.", et "qu’il réduise ma gloire en poussière." La gloire de l’envieux est rejetée ; (Rom., III, 27) : "Où est donc le sujet de votre gloire ?" La gloire de l’avare est anéantie ; (Psaume XLXIII, 17) : "Ne craignez pas en voyant un homme devenu riche, etc." La gloire des lâches est sans valeur ; (I Macch., IX, 10) : "Mourons courageusement pour nos frères, et ne souillons pas notre gloire par aucune tache", et (Ecclésiastique XXXIII, 44) : "Dans toutes vos oeuvres, soyez le maître, et n’imprimez pas de tache à votre gloire." Donc, la gourmandise détruit la gloire de la sobriété ; la luxure souille la gloire de la chasteté ; l’orgueil enchaîne la gloire de l’humilité ; la colère met obstacle à la gloire de la douceur ; l’envie chasse la gloire de la charité ; l’avarice fait disparaître la gloire de la libéralité ; la paresse atteint la gloire de l’activité. C’est de ceux-là qu’il est dit au prophète Osée (IV, 17) : "Je changerai leur gloire en ignominie." Nous avons l’exemple du premier de ces vices dans Esaü (Gen., XXV, 29), dans Holopherne (Judith XIII, 1) ; du second, dans Salomon (III Rois, II, 1 à 13) ; du troisième, dans Lucifer (Isaïe, XIV, 12) ; du quatrième, dans Achitophel (II Rois, XVI, 20) ; du cinquième, dans Caïn (Gen., IV, 3) ; du sixième, dans Giézi (IV Rois, V, 20) ; du septième, dans les espions (Nomb., XIII, 31, et XIV, 29).

II° A ces paroles (verset 16) : Or si je prêche l'Evangile, etc., saint Paul montre qu’en acceptant une rétribution, sa gloire serait anéantie, parce qu’il n’y aurait plus pour lui d’oeuvre de surérogation. Voici quel en est son raisonnement : La gloire, qui est la récompense de l’oeuvre de surérogation, n’est pas due aux oeuvres de nécessité, auxquelles nous sommes tenus en vertu d’un précepte ; or l’Apôtre était tenu, en vertu d’un précepte, de prêcher l’Evangile ; donc il n’avait pas, par la prédication, la gloire de l’oeuvre de surérogation ; mais il l’obtenait de ce qu’il ne recevait pas de rétribution. Il traite donc : I. de la perte de sa gloire ; II. de la raison de cette perte (verset 16) : Car c’est pour moi une obligation, etc. ; III. il explique cette raison (verset 16) : Et malheur à moi si, etc.! IV. il dit quelle est la juste récompense de ceux qui prêchent l’Evangile (verset 17) : Si je fais cette oeuvre de bon cœur, etc.

I. Il dit donc : Or si je prêche, etc., comme s’il disait : assurément ma gloire serait détruite ; car si je prêche l'Evangile pour recevoir un salaire, la gloire n’en est pas à moi, c’est-à-dire il n’y a plus pour moi de récompense de surérogation.

II. (verset 16) : Car c’est pour moi une obligation de le faire ; (Actes, XXII, 21) : "Allez, car je vous enverrai au loin vers les Gentils."

III. Et il y a véritablement nécessité, car malheur à moi ! c’est-à-dire la peine de la transgression m’attend si je ne prêche pas l’Evangile ; (Isaïe, VI, 5) : "Malheur à moi, à cause de mon silence !" On explique autrement suivant la Glose, et cela de deux manières. D’abord ainsi : Or si je ne prêche, etc., en d’autres termes : assurément ma gloire, c’est-à-dire ma gloire dans les cieux, serait détruite, si je prêchais pour recevoir ma subsistance. En effet, si je prêche seulement, c’est-à-dire de telle sorte que je ne le fasse point par amour de Dieu et du prochain, et sans libre volonté de ma part, la gloire n'en est pas à moi devant Dieu ; car la nécessité du précepte que je n’ose point omettre pèse sur moi, en sorte que si c’est par la seule crainte servile que je prêche, c’est malheur ; en d’autres termes, la damnation éternelle m’est réservée si je ne prêche pas l’Evangile, comme l’ordre m’en a été donné.

IV. (verset 17) : Mais si je fais cette oeuvre de bon coeur, etc., comme s’il disait : que le fais par nécessité, ce ne m’est pas un sujet de gloire ; mais si je fais cette oeuvre de bon coeur, c’est-à-dire si à ce qui est nécessité j’apporte le concours de ma volonté, j’obtiens la récompense éternelle. Voilà pourquoi il est dit (Psaume LIII, 8) : "Je vous offrirai de ma pleine volonté un sacrifice, et je louerai votre nom, etc." - Mais si c’est à regret, c’est-à-dire uniquement contraint par le précepte, que je prêche l'Evangile, je ne fais plus que dispenser ce qui m’est confié comme un serviteur, en sorte que je le dispense pour l’utilité des autres, et non pour la mienne propre ; en d’autres termes : je suis utile aux autres, mais non à moi-même ; car saint Augustin (Ad fratres Eronos), selon la Glose, entend ces paroles du dispensateur qui agit en mercenaire et non en fils. « Personne ne fait le bien malgré soi, quand même ce qu’il ferait serait bien » ; (ci-après, XII 3) : Si je n’ai pas la charité, je suis comme un airain sonnant, etc. Secondement, on peut entendre : Car si je prêche l’Evangile pour recevoir un salaire, je n’ai point droit à la gloire de l’oeuvre de surérogation par ma prédication ; car ce que je réclame se retourne alors contre moi ; (Matth., X, 8) : "Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement" - car la nécessité de sustenter ma vie pèse sur moi, puisque je prêche pour les nécessités de la vie. Et c’est malheur à moi, c’est-à-dire je suis exposé au tourment de la faim si je ne prêche pas. - Mais si c’est de bon coeur, c’est-à-dire si j’agis ainsi non pour les nécessités de la vie, mais par charité, j’obtiens la récompense éternelle ; si, au contraire, c’est à regret, c’est-à-dire contraint par la nécessité, je n’ai plus que le mérite d’un serviteur, etc.

III° A ces paroles (verset 18) : Quelle est donc ma récompense, etc.?" saint Paul fait voir qu’en ne recevant aucune rétribution, il conserve sa gloire. I. Il pose une question ; II. il la résout (verset 18) : c’est de prêcher l’Evangile, etc.

I. Il dit donc : Quelle est donc ma récompense ?, c’est-à-dire qu’ai-je à faire pour mériter ma récompense ?

II. C’est que le mérite de ma récompense consiste en ceci, à savoir qu’en prêchant l’Evangile gratuitement, je l’établisse, c’est-à-dire je l’affermisse ; (Isaïe, XXVIII, 25) : "Il placera le froment à son rang, etc." Or il agissait ainsi, selon la Glose, afin qu’on ne regardât pas l'Evangile comme vénal ; que je le prêche, dis-je, gratuitement, et qu’ainsi je n’abuse point de mon droit, c’est-à-dire du pouvoir que j’ai reçu pour prêcher l’Evangile, ce qui arriverait si j’acceptais quelque chose sans discernement, parce que je perdrais ainsi le pouvoir de répondre en toute liberté ; en effet, (Ecclésiastique XX, 31) : "Les présents et les dons aveuglent les yeux des juges, et ils sont dans leur bouche comme un mors qui les empêche de parler." L’utilité du ministère ecclésiastique est donc manifestée par cette solution. On y voit, en effet, la confirmation du bien, puisqu’il est établi pour la prédication de l’Evangile, et l’éloignement du mal, puisque c’est pour ne pas abuser du pouvoir que donne cette prédication. Il faut observer que l’Apôtre indique ici une quadruple différence dans ceux qui sont tenus de prêcher. Les uns y sont obligés, et en ne prêchant pas méritent punition ; les autres y sont tenus et prêchent, mais malgré eux : ils évitent le châtiment, mais ne méritent pas de récompense ; les troisièmes y sont tenus, et prêchent de bon cœur ; mais recevant un salaire, ils méritent une récompense et évitent le châtiment, toutefois, ils n’obtiennent pas la gloire réservée aux oeuvres de surérogation. Enfin les quatrièmes y sont tenus, prêchent de bon coeur, et ne recevant pas de rétribution, ils reçoivent une récompense et évitent le châtiment, et, de plus, obtiennent la gloire de l’oeuvre de surérogation. Saint Paul indique les premiers, à ces mots : Malheur à moi, etc. ! ; les seconds, à ces autres : Car si c’est malgré moi, etc. ; les troisièmes, à ceux-ci : Mais si c’est de bon cœur ; enfin les quatrièmes, en disant : Quelle est ma récompense, etc. ?

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