19. Car étant libre à l’égard de tous, je me suis rendu serviteur de tous, pour gagner à Dieu plus de personnes.
20. Et j'ai vécu avec les Juifs comme Juif, pour gagner les Juifs ;
21. Avec ceux qui sont sous la Loi, comme si j'eusse encore été sous la Loi (quoique je n'y fusse plus assujetti), pour gagner ceux qui sont sous la Loi ; avec ceux qui n'ont pas de loi, comme si je n'eusse point eu moi-même (quoique j'en eusse une à l’égard de Dieu, ayant celle du Christ), pour gagner ceux qui étaient sans loi.
22. Je me suis rendu faible avec les faibles, pour gagner les faibles. Je me suis fait tout à tous pour les sauver tous.
23. Or je fais tout pour l’Evangile, afin d’en être participant.
L’Apôtre, après avoir établi plus haut qu’il ne veut pas recevoir de rétribution dans l’intention d’obtenir sa récompense, montre ici qu’il l’a fait aussi par amour pour l’Evangile. Il dit donc : I° qu’il s’est fait le serviteur de tous ; II° qu’il s’est appliqué à s’accommoder à tous (verset 20) : J’ai vécu avec les Juifs, etc.; III° il indique le motif pour lequel il a agi ainsi (verset 23) : Je fais toutes ces choses pour l’Evangile, etc.
I° Dans le premier de ces points, il énonce trois conditions qui recommandent un ministère : l’universalité, la libéralité et l’utilité. Il sert donc I. gratuitement ou avec générosité (verset 19) : C’est pour cela qu’étant libre ; II. universellement (verset 19) : Je me suis rendu le serviteur de tous ; III. utilement (verset 19) : afin d’en gagner un plus grand nombre, etc. Il dit donc (verset 19) : C’est pour cela qu’étant libre, etc. ; en d’autres termes, je prêcherai gratuitement l’Evangile, car j’ai fait plus encore, c’est-à-dire étant libre à l’égard de tous, c’est-à-dire n’étant engagé à qui que ce soit par des services, je me suis fait le serviteur de tous, m’accommodant à tous et me constituant comme leur débiteur pour leur utilité [le latin « vilitatem » (qualité de ce qui est sans valeur, mépris) me paraît incompréhensible dans ce contexte ; « utilitatem » serait plus correct] (II Cor., IV, 5) : "Nous nous regardons comme vos serviteurs pour Jésus-Christ," et cela pour en gagner un plus grand nombre, c’est-à-dire pour assurer les fruits de ma prédication et de mon dévouement ; car l’Apôtre cherchait non les biens, mais les âmes ; (II Cor., XII, 14) : "Je ne cherche point ce qui est à vous, mais vous-mêmes." S’il est louable de servir dans les choses temporelles, et pour un profit temporel, combien l’est-il davantage de servir dans les choses spirituelles, et pour un profit spirituel ?
II° Lorsqu’il ajoute (verset 20) : J’ai vécu avec les Juifs, etc., l’Apôtre fait voir qu’il s’est appliqué à s’accommoder à tous. Il dit qu’il l’a fait I. de ceux qui n’étaient pas encore convertis ; II. à l’égard de qui étaient convertis (verset 22) : Je me suis rendu faible avec les faibles, etc. ; III. qu’il l’a fait généralement pour tous (verset 22) : Enfin je me suis fait tout à tous, etc.
I. Dans la première partie, il dit qu’il s’est accommodé : 1° aux Juifs, 2° aux Samaritains (verset 21) : avec ceux qui n’étaient pas sous la Loi ; 3° aux Gentils (verset 21) : avec ceux qui n’avaient pas de loi, etc.
1° A l’égard des Juifs, il rappelle d’abord sa condescendance ; ensuite, la raison de cette condescendance, à ces mots (verset 20) : afin de gagner les Juifs, etc. Il dit donc : J’ai vécu avec les Juifs comme un Juif, c’est-à-dire en gardant quelques observances légales, par exemple le discernement des aliments, la circoncision de Timothée (Actes, XVI, 3), la purification légale (Actes, XXI, 24). Or on peut entendre ceci de deux manières : d’abord, avec Jérôme (lettre à saint Augustin, XI) : J’ai vécu avec les Juifs comme Juif, par une sorte de dissimulation dans la conduite ; car il feignait de garder les prescriptions de la Loi, sans cependant les observer ; ensuite, avec saint Augustin (lettre XIX, 1) : J’ai vécu comme Juif ; car il condescendait véritablement à leur état, en gardant quelques prescriptions légales, par une charitable compassion. Il se conduisait ainsi afin de gagner les Juifs à Jésus-Christ, c’est-à-dire pour les convertir à la foi de Jésus-Christ. 2° A ces paroles (verset 21) : "Avec ceux qui étaient sous la Loi, etc., il dit qu’il usait de condescendance pour les Samaritains. Il faut remarquer dans sa conduite trois choses : d’abord sa sagacité, en ce qu’il s’accommodait à eux ; ensuite sa liberté, en ce qu’il n’était plus sous la Loi ; enfin le résultat, en ce qu’il les gagnait. Il dit donc : Avec ceux-là encore qui sont sous la loi de Moïse, c’est-à-dire pour les Samaritains, qui ne sont pas Juifs, mais des Assyriens amenés dans la terre d’Israël ; (IV Rois, XVII, 24ss), et toutefois soumis à la loi de Moïse, dont ils recevaient seulement cinq Livres. Pour ceux-là, dis-je, j’ai vécu comme si j’eusse été sous la Loi, c’est-à-dire en approuvant la Loi, et en tirant d’elle de quoi enseigner Jésus-Christ, quoique je n’y fusse pas assujetti quant à l’observance servile ou selon la lettre, car la Loi n’est pas faite pour le juste (I Tim., I, 9) ; et j’ai agi ainsi pour gagner ceux qui sont sous la Loi, c'est-à-dire les Samaritains, pour les convertir à la foi en Jésus-Christ . Ensuite, quand il dit : avec ceux qui étaient sans la Loi, etc. , il affirme qu’il s’est mis à la portée des Gentils. D’abord il explique comment il s’est mis à leur portée ; ensuite la vérité de sa foi : avec ceux qui sont sans la Loi, etc. ; troisièmement, la rectitude de ses intentions : pour les gagner, etc. Et : avec ceux qui étaient sans la Loi comme si j’étais sans la Loi, c'est-à-dire avec les Gentils ; (Rm II, 14 : "Quand des Gentils qui n’ont pas la Loi accomplissent les préceptes de la Loi", à savoir en marquant leur accord aux raisons des Apôtres et aux bonnes idées des philosophes, comme il apparaît dans (Act., XVII) ; alors que pourtant j’étais sans la Loi ; (Rm VII, 25) : "je sers à la fois la loi de Dieu" ; mais je serais sous la loi, non pas la loi juive, mais la loi du Christ, qui est Dieu, alors que Moïse ne l’est pas. A ce sujet (Gal.VI,2) : "Portez les fardeaux les uns des autres, et ainsi vous accomplirez, etc. " Tout cela, je l’ai fait pourgagner [au Christ] ceux qui n’étaient pas sous la Loi, pour convertir les Gentils à la foi. O quel heureux zèle ! Saint grégoire : ‘Il n’y a pas de sacrifice si grand que le zèle pour les âmes’.
Quand saint Paul dit ensuite : Je me suis fait faible, etc., il montre qu’il a usé de condescendance envers ceux qui étaient déjà convertis, en deux points : d’abord il explique sa bonne méthode, ensuite la fin qu’il se propose : avec les faibles. Il dit donc : Avec ceux qui étaient faibles dans la foi, je me suis fait faible, en m’abstenant de ce qui est permis ; (II Cor., XI, 29) : "Qui est faible, sans que je sois faible avec lui ?" Ainsi le pratique un bon médecin, qui goûte aux aliments du malade, pour l’exciter à manger, et par là le guérir. Et je l’ai fait (verset 22) afin de gagner les faibles, en les affermissant dans la foi.
III. En un mot, Je me suis fait tout à tous, comme si j’étais de toutes les opinions. Voilà pourquoi il est dit (ci-après, X, 33) : Comme je m’efforce moi-même de plaire à tous en toutes choses ; et cela (verset 22) afin de les sauver tous ; (Sag., XVIII, 24) : Sur la robe sacerdotale que portait Aaron, tout l’univers était représenté ; et (IV Rois, IV, 34) Elisée, s’étant rapetissé à la taille de l’entant, le ressuscita. Et parce que, suivant Boèce, « toute innovation produit la discorde, et qu’il faut au contraire chercher l’assimilation », les hommes spirituels, en sauvegardant ce que demandent et leur vie et leur religion, doivent s’accommoder à tous.
III° (verset 23) : Je fais toutes ces choses pour l'Evangile. L’Apôtre, après avoir, dans ce qui précède, établi qu’il a fait ses efforts pour s’accommoder à tous, donne deux raisons de cette attitude : la première, prise du côté de l’Evangile, à savoir afin que sa course soit libre ; l’autre, prise de lui-même, à savoir pour obtenir la récompense promise, à ces mots (verset 23) : afin d’y avoir part, etc. C’est ce qui lui fait dire : Je fais toutes ces choses pour l’Evangile, qui doit être prêché sans qu’on y mette d’obstacle, afin d’y avoir part, à savoir aux promesses qu’il renferme ; (Matthieu V, 19) : "Celui qui fera cela et enseignera sera grand dans le royaume des cieux."
24. Ne savez-vous pas que quand on court dans la carrière, tous courent, mais un seul remporte le prix ? Courez donc de telle sorte que vous le remportiez.
25. Or tous les athlètes gardent en toutes choses une exacte tempérance, et cependant ce n'est que pour gagner une couronne corruptible, au lieu que nous en attendons une incorruptible.
26. Pour moi, je cours, mais non comme au hasard ; je combats et je ne donne pas des coups en l’air ;
27. Mais je traite rudement mon corps, et je le réduis en servitude, de peur qu'ayant prêché aux autres, je ne sois réprouvé moi-même.
Après avoir ainsi établi qu’il s’est proposé de ne recevoir aucune rétribution, d’abord dans l’intention d’obtenir sa récompense, en suite par amour pour l’Evangile, saint Paul ajoute en troisième lieu qu’il l’a fait pour être plus libre et dans sa course et dans son combat. Il montre I° qu’il faut courir sans embarras dans la carrière ; II° qu’il faut aussi être tel dans le combat (verset 25) : Tous les athlètes qui veulent lutter, etc. ; III° que lui-même pratique l’un et l’autre (verset 26) : Pour moi, je cours, etc…
I° Sur la première question, l’Apôtre propose I. l’exemple de ceux qui se débarrassent de tout obstacle pour courir ; II. il excite les fidèles à courir de la même manière (verset 24) : Courez donc de telle sorte, etc.
I. Or, sur l’exemple proposé, il rappelle : 1° l’exercice de la course ; 2° le point commun à ceux qui courent (verset 24) : Tous courent, il est vrai, etc. ; 3° la différence entre ceux qui arrivent (verset 24) : mais un seul remporte le prix, etc. Le premier de ces états désigne ceux qui sont en marche ; le second, la multitude de ceux qui sont appelés ; le troisième, le petit nombre des élus ; (Matth., XX, 16) : "Beaucoup sont appelés, mais peu sont élus." L’Apôtre dépeint la condition de ceux qui sont en marche, d’abord par la certitude, lorsqu’il demande : Ne savez-vous pas ?; ensuite par la brièveté de la course, quand il ajoute : dans le stade ; enfin, par le travail, quand il dit : Ceux qui courent. Il dit donc : Ne savez-vous pas ?, ce qu’on peut expliquer de trois manières : d’abord, comme s’il disait : je m’abstiens avec raison de toute rétribution pour avoir part à la récompense, car si je ne m’abstenais de ce qui est contraire à l'Evangile, je ne l’obtiendrais pas. En effet, ne savez-vous pas que ceux qui, etc. ? Ou encore : Ne savez-vous pas que j’agis ainsi pour avoir part à l’Evangile ? assurément je peux y avoir part, car il n’en est pas de ses récompenses comme de la course dans la lice : dans la lice, un seul remporte le prix; mais dans la pratique de l’Evangile, tous peuvent trouver la récompense promise. Enfin : Ne savez-vous pas, comme s’il disait : si je cours ainsi, c’est qu’il y en a beaucoup qui courent, peu cependant qui parviennent. En effet, ne savez-vous pas que, quand on court dans la lice, tous partent il est vrai, ils sont égaux dans le travail, cependant un seul remporte le prix ? à savoir celui de la course. Le stade est l’espace dans lequel on fait la course à pied ; on fait remonter à Hercule cette institution. Le stade comprenait cent vingt-cinq pas ; on l’appelle stade, du verbe latin « stare », se tenir debout, parce qu’Hercule courait ce nombre de pas, puis s’arrêtait et se reposait. A l’extrémité du stade, on plaçait l’objet qui était la récompense de la course, par exemple un cheval ou un étendard de pourpre : c’était ce qu’on appelle ici le prix de la victoire. Or, bien que dans le stade tous courussent, un seul cependant recevait ce prix, à savoir celui qui arrivait le premier ; de même, dans la course spirituelle, un seul aussi, à savoir celui qui persévère, emporte le prix, car celui qui sera sauvé, c’est celui qui aura persévéré jusqu’à la fin.
II. Par ces paroles qu’il ajoute (verset 24) : Courez donc de telle sorte, etc., saint Paul exhorte les fidèles à courir. Il leur demande : 1° un acte courageux : Courez donc ; 2° la méthode convenable : de telle sorte ; 3° la fin désirable : que vous remportiez le prix. Il dit donc : Courez donc, etc., comme s’il disait : puisqu’un seul remporte le prix, courez donc de telle sorte, par votre persévérance dans la voie de la vérité, que vous obteniez le prix de la vie éternelle ; (Hébr., XII, 1) : "Courons, par la patience, dans la carrière qui nous est ouverte."
II° A ces mots (verset 25) : Tous les athlètes qui concourent, etc., l’Apôtre montre que, pour combattre, il faut se dégager de tout ce qui embarrasse. Il rappelle I. la lutte des combattants; II. la manière la plus assurée de combattre (verset 25) : vivent dans la tempérance, etc. ; III. la récompense légitime des combattants (verset 25) : cependant c’est pour gagner une couronne corruptible, etc. Le premier état est une nécessité, à savoir combattre ; le second, un acte de courage, à savoir s’abstenir ;.le troisième, un bonheur, à savoir recevoir la couronne.
I. Il dit donc (verset 25) : Tous les athlètes, etc., en d’autres termes, véritablement il faut agir de cette manière ; car tous les athlètes qui entrent dans la lice s’abstiennent de tout, c’est-à-dire de ce qui pourrait les arrêter dans leur course : c’est ainsi que, dans la palestre, ils combattaient nus. Remarquez, comme le dit saint Augustin, que « l’on tire souvent des comparaisons de choses qui ne sont pas en tout louables. »
II. A ces autres paroles (verset 25) : Et il s’agit pour eux de gagner une couronne corruptible, saint Paul indique la récompense des vainqueurs : 1° de ceux qui combattent matériellement ; 2° de ceux qui combattent spirituellement (verset 25) : au lieu que nous en attendons une incorruptible, etc.
III. Il dit donc : Et eux s’abstiennent ainsi pour gagner une couronne corruptible, ce qui est peu, mais nous, nous devons nous abstenir, pour en recevoir une incorruptible, à savoir la couronne de vie, dont saint Jacques dit (I, 12) : "Heureux celui qui souffre patiemment la tentation, parce que, lorsque sa vertu aura et éprouvée, etc."
III° Lorsque l’Apôtre ajoute (verset 26) : Pour moi, je cours, etc., il donne un exemple de l’un et de l’autre, c’est-à-dire de la course et du combat. Il rappelle I. comment il a couru dans la carrière du bien ; II. comment il a combattu pour obtenir la victoire sur le mal (verset 26) : Je combats, etc. ; III. la raison de l’un et de l’autre (verset 27) : mais je châtie mon corps, etc.
I. Il dit donc (verset 26) : Pour moi donc, etc.; en d’autres termes, puisqu’une telle couronne est promise, moi donc je cours, en opérant le bien, et je ne cours pas au hasard, c’est-à-dire comme si j’étais incertain de la récompense. C’est courir au hasard que de faire des actions dont, pour quelques-unes on peut espérer une récompense et désespérer pour les autres. Tout, ici, instruit pour le bien : et la personne de l’Apôtre, qui est marquée par cette parole : et moi ; et la recommandation générale, qui est désignée par celle-ci : de telle sorte ; et l’action courageuse, exprimée par ce mot : je cours ; et la récompense espérée, qui est indiquée par ceux-ci : et je ne cours pas au hasard ; (Philip., II, 16) : "Je n’ai ni couru ni travaillé en vain."
II. Je combats contre l’ennemi, en attaquant le mal, non comme frappant l’air, c’est-à-dire non en paroles seulement, mais en actions ; car (ci-dessus, IV, 20) : Le royaume de Dieu ne consiste pas dans les paroles, mais dans la vertu ; ou encore, non comme en frappant l’air, c’est-à-dire en me fatiguant inutilement, sans faire de mal à l’ennemi. Ainsi donc l’homme sera parfait, s’il se conduit de telle sorte qu’il soit :
1° attentif dans la confession ; (Isaïe, XXXVIII, 15) : "Je repasserai devant vous toutes mes années dans l’amertume de mon âme."
2° fervent dans la prière ; (Matthieu VI, 9) : "Vous prierez donc ainsi : Notre Père qui êtes aux cieux, etc."
3° plein de force dans la prédication ; (Jacques II, 12) : "Réglez donc vos paroles et vos actions. Ces trois dispositions appartiennent aux actes de la confession légitime, en sorte toutefois que la confession s’applique à. Dieu et au prochain, la prière à Dieu seul, et la prédication au prochain seul.
4° courageux dans le combat (ci-dessus, IX, 26) : Je combats donc, etc. ; (Apoc., III, 5) : "Celui qui vaincra sera ainsi vêtu de blanc."
5° patient dans l’épreuve ; (Judith, VIII, 23) : "Ainsi Isaac, ainsi Jacob, ainsi Moïse, et tous ceux qui plurent au Seigneur, sont restés fidèles au milieu de nombreuses tribulations."
6° vigilant dans ses précautions ; (Josué, II, 16) : "Allez vers les montagnes, de peur que ceux qui reviendront ne vous rencontrent, etc., et après, vous reprendrez votre chemin." La première recommandation, le combat, s’attaque au mal de la faute; la seconde, la patience, contre le mal de la peine ; la troisième, la prudence, contre le mal de la tentation.
7° bienveillant pour pardonner ; (Matthieu XVIII, 14) : "Ainsi ce n’est pas la volonté de votre Père qui est dans les cieux, etc."
8° inutile à ses propres yeux ; (Luc, XVII, 10) : "Quand vous aurez fait tout ce qui vous est commandé, etc."
9° plein de sollicitude pour se connaître soi-même : (ci-après, XI, 28) : Que l’homme donc s’éprouve soi-même, et qu’ainsi il mange de ce pain, etc. Le premier de ces sentiments réprouve la malice du prochain ; le second loue la bonté de Dieu ; le troisième prévient ses doutes sur son état particulier.
10° humble à prévenir les autres ; (Matthieu III, 15) : "Ainsi faut-il que nous accomplissions toute justice."
11° actif à faire des progrès dans la vertu, comme il est dit ici (verset 24) : Courez donc de telle sorte, etc., c’est-à-dire avancez dans le bien de manière à obtenir la récompense.
12° constant à persévérer ; (Philip., IV, 1) : "Maintenez-vous fermes dans le Seigneur, mes bien-aimés."
13° édifiant dans toute la vie ; (ci-dessus, IV, 1) : Que les hommes nous regardent comme, etc. Le premier devoir regarde ceux qui commencent ; le second, ceux qui progressent ; le troisième, ceux qui persévèrent ; le quatrième, les parfaits.
III. Lorsqu’il dit ensuite (verset 27) : Mais je châtie mon corps, etc., saint Paul donne la raison de ce qu’il vient de dire sur l’une et l’autre de ces dispositions. Et d’abord, il rappelle l’austérité de sa vie ; ensuite, la grandeur de la doctrine qu’il prêche (verset 27) : de peur que, etc. ; enfin, le motif pour lequel il se croit obligé à faire concorder l’une et l’autre (verset 27) : je ne vienne à être moi-même réprouvé. Il accomplit donc en actions ce qu’il prêche en paroles, pour n’être point condamné par sa propre bouche. Voilà pourquoi il dit (verset 27) : Mais je châtie rudement mon corps, en me détournant du mal et en réprimant les mouvements désordonnés de la chair. Je châtie, je ne détruis pas mon corps, et non point seulement celui des autres ; (Rom., XII, 1) : "Offrez vos corps comme une hostie vivante, sainte et agréable à Dieu ; que votre culte soit raisonnable." - et je le réduis en servitude, par la pratique du bien, en le forçant d’obéir à l’esprit, et en soumettant la sensualité à la raison, ainsi qu’on le raconte de saint Martin : « Il forçait la chair à obéir à l’esprit ». Et j’agis ainsi de peur qu’après avoir prêché l’Évangile aux autres, etc. ; (Augustin, Les paroles de l'Apôtre) : « L’Apôtre nous effraye par sa frayeur; car que deviendra l’agneau si le bélier s’épouvante et se montre saisi de terreur ? A être réprouvé », c’est-à-dire à être rejeté par Dieu, ce qui me couvrirait de honte ; (Rom., II, 21) : "Vous qui prêchez qu’on ne doit pas dérober, vous dérobez." A ces prédicateurs réprouvés on pourrait dire comme Job (IV, 3) : "N’est-ce pas vous qui en avez instruit plusieurs, etc.?" Cependant la plaie de Dieu vient aujourd’hui sur vous, et vous perdez courage.
Difficultés : Sur ces paroles : J’aimerais mieux mourir, etc. Objection : la gloire ne se perd. que par le péché. Recevoir, pour saint Paul, eût donc été un péché : ce n’est donc pas permis. Réponse : En recevant, la gloire essentielle ne serait pas détruite, mais seulement la gloire accidentelle attachée à cet acte de surérogation.
Sur ces autres : Si je prêche l’Évangile, la gloire n’en est pas à moi. Objection : celui qui prêche et qui reçoit une rétribution a droit à la couronne et à l’auréole. La Glose explique ces paroles de celui qui prêche par crainte ou par le désir d’une récompense temporelle. Sur celles-ci : Je n’ai que le mérite d’un serviteur, la Glose dit : « Nous ne devons pas prêcher l’Évangile pour vivre ». Objection : donc les prédicateurs qui vivent de quêtes pèchent mortellement, puisqu’ils font ce qu’on ne doit pas faire. Réponse : S’ils le font principalement pour le profit, ils pèchent ; mais s’ils le font pour le fruit spirituel qui en provient, ils font une bonne action. La Glose, au même endroit, dit : « Pour le royaume de Dieu nous devons faire tout ; mais avec le royaume de Dieu, nous devons de plus avoir en vue la récompense temporelle ». Objection : donc ceux qui assistent à l’église pour les distributions pèchent. Réponse : Cela est vrai s’ils y assistent seulement ou principalement pour la distribution. Sur cette parole : pour que je n’abuse pas de mon droit, la Glose dit : Ce qui aurait lieu s’il recevait une rétribution, puisqu’il a prouvé, dans ce chapitre, qu’il lui était permis de recevoir. Réponse : Ceci doit s’entendre s’il recevait sans discernement, sans règle et sans mesure. Sur cette autre : Je me suis fait le serviteur de tous. Objection (ci-dessus, VII, 25) : Ne vous rendez pas esclaves des hommes. Réponse : Il s’agit ici de la servitude de la charité, c'est-à-dire dans le bien, et, dans l’objection, de la servitude de l’iniquité, c’est-à-dire dans le mal. Sur celle-ci : Avec les Juifs, j’ai vécu en Juif, la Glose dit : « en usant ou n’usant pas des viandes immolées ». Objection : Saint Paul a donc repris injustement saint Pierre, parce qu’il discernait les viandes ; (Gal., II, 11). Réponse : Il l’a repris avec raison, parce que saint Pierre faisait ce discernement au scandale des Gentils, c’est-à-dire dans les lieux où les Gentils habitaient, ce que saint Paul ne faisait pas. La Glose, au même endroit, dit : « à cause du scandale des Juifs, il a circoncis Timothée » (Actes, XVI, 3). Objection : on ne doit pas abandonner la vérité de la doctrine de la vie et de la justice pour éviter le scandale. Réponse : Jusqu’à la promulgation de l’Évangile, il n’appartenait pas à la vérité de la doctrine ou de la vie de ne pas circoncire, mais de ne pas placer son espérance dans la circoncision. Sur cette parole : afin de les sauver tous. Objection : il savait que tous ne seraient pas sauvés. Réponse : Il voulait le salut de tous en particulier et de chacun, mais non pas de tous simultanément. Sur cette autre : Tous courent, la Glose dit : « Dans l’arène spirituelle, tous ceux qui courent, s’ils courent spirituellement, obtiennent le prix ; et celui qui arrive le premier attend le dernier pour recevoir sa couronne ». Objection : chacun est couronné au moment de la mort. Réponse : Ceci s’entend de la gloire du corps, et non de celle de l’âme. Enfin, sur cette parole : de peur qu’après avoir prêché les autres, la Glose dit : « L’Apôtre nous épouvante par sa frayeur ». Objection (1 Jean IV, 18) : "L’amour parfait chasse la crainte." Réponse : Cela est vrai de la crainte du châtiment, mais non de la crainte de la séparation ou de l’offense.