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Leçon 3 – 2 Co X, 13-18 – L'Apôtre se glorifie avec juste mesure

13 (n° 365) Pour nous, nous ne nous glorifierons pas hors de mesure, mais selon la mesure de la règle que Dieu nous a donnée en nous faisant parvenir jusqu’à vous.

14 (n° 367) En effet nous ne nous étendons pas hors de nos limites, comme si nous n’étions pas parve­nus jusqu’à vous; et nous sommes réellement parvenus jusqu’à vous avec l’Evangile de Christ.

15 (n° 368) Nous ne nous glorifions pas hors de mesure aux dépens des travaux d’autrui; mais nous avons l’espoir, avec les progrès de votre foi, que nous grandirons parmi vous selon notre propre règle dans la plénitude,

16 et que nous porterons l’Évangile au delà de vous, sans entrer dans le domaine d’autrui, pour nous vanter de travaux déjà faits par d’autres.

17 (n° 370) Que celui qui se glorifie se glorifie dans le Seigneur.

18 En effet ce n’est pas celui qui se recommande lui-même qui est un homme éprouvé, c’est celui que le Seigneur recommande.

365. L’Apôtre a montré la raison de ses paroles (n° 360); il développe maintenant cette raison elle-même.

Il a dit en effet qu’il se mesurait à lui-même et qu’il n’outrepassait pas sa propre mesure. Quiconque se glorifie et fait son propre éloge peut dépasser la mesure de deux façons. D’abord quant à ce dont il se glorifie, c’est-à-dire s’il se glorifie de ce qu’il ne possède pas. Ensuite quant à l’objet même dans lequel il se glorifie, s’il possède un bien qu’il tient de quelqu’un d’autre et s’en glorifie comme s’il ne le devait qu’à lui-même. Et l’Apôtre montre que d’aucune de ces deux manières il n’a dépassé la mesure de l’éloge personnel.

A.        Il traite d’abord du premier point.

B. Puis il passe au second (n° 370) en disant : "Que celui qui se glorifie se glorifie dans le Seigneur."

Divisions de A :

I. Il prouve qu’il n’a pas dépassé la mesure en se glori­fiant des choses passées.

II. Il fait de même pour les choses à venir (n° 369) : "Nous avons l’espoir."

Divisions de 1 –

a) Il expose son intention.

b) Il prouve son exposé (n° 367) : "En effet nous ne nous étendons pas "

c) Il conclut (n° 368) : "Nous ne nous glorifions pas hors de mesure"...

366. Voici la pensée de l’Apôtre : je dis que nous nous mesurons et nous comparons à nous-mêmes, en agissant selon ce que notre fonction exige. En faisant cela, "nous ne nous glorifions pas hors de mesure", nous ne dépassons pas notre mesure en exerçant notre pouvoir et en faisant notre propre éloge, Lev. XIX, 35 – Vous ne commettrez point d’injustice dans vos jugements, dans vos mesures, mais nous nous glorifions "selon la mesure de la règle que Dieu nous a donnée".

La Glose (Lomb., I. CXCII, cal. 68) explique cette mesure de l’autorité de l’Apôtre de la façon suivante : selon la mesure, c’est-à-dire selon le peuple qui m’a été mesuré par Dieu, dont je suis le chef et la règle pour le diriger.

Mais cela peut s’entendre de façon plus universelle, et la mesure de la règle signifierait la quantité de grâce. Et alors le sens serait : "Nous nous glorifions" selon la quantité de grâce que Dieu nous a donnée. Ephésiens IV, 7 – A chacun la grâce a été donnée selon la mesure du don du Christ. Cette grâce est pour nous une règle qui empêche l’orgueil de nous exalter et de nous écarter de Dieu. "Que Dieu nous a donnée", parce que tout ce que nous faisons de bien en vous partant l’Evangile, en vous amenant ainsi que les autres à la conversion, tout est un don de Dieu qui m’est accordé en vous et dans les autres. I Corinthiens ni, 6 – J’ai planté, Apollos a arrosé... "Cette mesure, Dieu nous l’a donnée en nous faisant parvenir jusqu’à vous", parce que vous êtes dans la mesure de grâce qui m’a été donnée, par laquelle vous vous êtes convertis au Christ et vous obéissez à l’Evangile.

Voilà donc ce qu’il explique : il ne dépasse pas la mesure qui est sienne en se glorifiant, parce qu’il est leur chef et qu’ils se sont convertis par lui.

367. Et il prouve qu’il en est ainsi lorsqu’il dit "comme si nous n’étions pas parvenus jusqu’à vous "

Autrement dit : nous nous glorifions dans la vérité; en effet nous n’avons pas dépassé nos limites dans la grâce ou dans la glorification ou dans notre pouvoir, comme si nous n’étions pas parvenus jusqu’à vous avec notre pouvoir et notre minis­tère. Car "nous sommes réellement venus jusqu’à vous avec l’Evangile du Christ", pour la prédication de l’Evangile. I Corinthiens IV, 15 – c’est moi qui vous ai engendrés par L’Évangile dans le Christ Jésus... et supra IX, 1 – Est-ce que vous n’êtes pas mon ouvrage?... Galates II, 8 – Celui qui a fait de Pierre l’apôtre des circoncis...

368. Et il conclut en disant : donc quand je me glorifie de vous, je ne me glorifie pas outre mesure. De là ses paroles : "nous ne nous glorifions pas hors de mesure", là où un autre aurait posé le fondement de la foi.

369. Lorsqu’il dit : "Nous avons l’espoir"... "Qu’il ne dépasse pas la mesure quant à la gloire à venir."

Or un prédicateur peut tirer un double titre de gloire sa prédication. Le premier est que ceux qu’il a convertis foi des progrès. Le second est que par les premiers convertis d’autres se convertissent, comme on lit dans Ex. XXXVI – le rideau entraîne le rideau... et Apoc. XXII, 17 – Que celui qui écoute dise Viens! Car quiconque voit les autres se convertir se convertit plus aisément.

L’Apôtre fonde son espoir sur ces deux points. Il espère voir augmenter sa gloire du fait des Corinthiens, d’abord à raison de leurs progrès. Voici son idée : je dis que nous nous glorifions pas outre mesure de votre conversion, dont nous avons été la cause. Mais nous avons encore l’espoir que "nous grandirons" dans l’avenir, c’est-à-dire que notre gloire augmentera "avec les progrès de votre foi", votre foi se développant et se fortifiant par les bonnes oeuvres. 1 Pierre 11, 2 – Désirez le lait spirituel afin qu’il vous fasse grandir pour le salut...

Et en second lieu nous espérons grandir grâce à la conversion des autres qui se fera par vous. C’est pourquoi il ajoute : "dans la plénitude"... il veut dire celle de la prédication, non seulement parmi vous, mais encore dans les régions au delà de vous. Et cela, "selon notre propre règle", selon le commandement qui nous a été fait par le Christ d’évangéliser non seulement vous, mais toutes les nations. Mc. XVI, 15 – Allez dans le monde entier...

Cependant nous ne mettons pas notre espoir dans la règle d’autrui, c’est-à-dire nous n’espérons pas nous glorifier et nous ne nous glorifions d’aucune règle qui nous soit étrangère, autrement dit des travaux déjà faits par d’autres je ne me glorifierai pas de ceux que d’autres ont conduits à la foi, mais je ferai ma récolte chez ceux qui n’ont pas encore reçu la prédication de l’Evangile. Romains XV, 20 – J’ai prêché l’Evangile là où le Christ n’a pas encore été nommé...

On objectera que Pierre a prêché à Rome avant que Paul y prêchât. A quoi je réponds que Paul ne refuse pas de prêcher là où un autre l’a fait; mais il dit qu’il a l’intention de prêcher même où personne n a encore prêché.

370. Lorsqu’il dit : "Que celui qui se glorifie se glorifie dans le Seigneur", il montre qu’il ne dépasse pas sa propre mesure quant à l’objet dans lequel il se glorifie : si je me glorifie, dit-il, en cela où il faut mettre sa gloire, je ne dépasse pas la mesure. Puisqu’il faut se glorifier en Dieu, "que celui qui se glorifie se glorifie dans le Seigneur". Jérémie IX, 24 – Qui veut se glorifier, qu’il se glorifie de ceci : avoir de l’intelligence et me connaître...

Ceci peut s’expliquer de trois façons. Dans un premier sens "le Seigneur" est l’objet dont on se glorifie, autrement dit : qu’il se glorifie de ce qu’il possède le Seigneur par l’amour et la connaissance (cf. le texte de Jérémie). Dans un second sens "dans le Seigneur" veut dire : selon Dieu; c’est ainsi que se glorifie celui qui met sa gloire dans les choses qui sont de Dieu et non dans les mauvaises, comme celui dont parle la Psaume LI, 3 – Pourquoi te glorifies-tu dans le mal? Enfin "qu’il se glorifie dans le Seigneur" peut signifier qu’il doit considérer qu’il tient sa glaire de Dieu et rapporter à Dieu tout ce qui tourne à sa propre gloire. I Corinthiens IV, 7 – Qu’as-tu que tu ne l’aies reçu? Et si tu l’as reçu, pourquoi t’en glorifier comme si tu ne l’avais pas reçu? C’est le sens de sa pensée lorsqu’il dit : "Celui qui se glorifie, qu’il se glorifie dans le Seigneur", autrement dit : je me glorifie de ce dont j’ai parlé, non comme si je le tenais de moi, mais de Dieu. Et cela est votre mesure, parce que tout le bien que vous possédez à son origine en nous.

Et vraiment nous devons nous glorifier dans la Seigneur, ne pas nous attribuer à nous-mêmes notre gloire, mais à Dieu. Car celui-là n’est pas "un homme éprouvé", c’est-à-dire pleinement approuvé par Dieu et par les hommes, qui se recommande soi-même, Prov. XXVII, 2 – Qu’un autre te loue et non ta propre bouche..., mais "celui que Dieu recom­mande", c’est-à-dire glorifie par ses bonnes oeuvres et ses miracles. Car Dieu est la cause de toute bonne oeuvre accomplie par les hommes.


CHAPITRE XI : Apologie de Paul
Leçon 1 – 2 Co XI, 1-3 – L'Apôtre se glorifie pour le bien des Corinthiens

1 (n° 371) Puissiez-vous supporter de ma part un peu de folie! Eh bien oui, supportez-moi.

2 (n° 374) J’éprouve à votre égard une jalousie de Dieu. En effet je vous ai fiancés à un époux unique, telle une vierge pure que je présente au Christ.

3 (n° 378) Mais je crains que, de même qu’Eve fut séduite par l’astuce du serpent, vos pensées ne se corrompent et ne s’écartent de la simplicité qui est dans le Christ Jésus.

371. Après que l’Apôtre s’est défendu contre les accusations des faux apôtres (n° 343), afin de les réfuter et de remettre son autorité en honneur, il fait son apologie auprès des Corinthiens.

A. Il donne la raison de cette apologie.

B. Il la fait (n° 417) : "de quoi qu’en ose se vanter"...

Divisions de A :

I. Il demande qu’on supporte sa folie.

II. Il montre la nécessité de cette apologie, afin de ne paraître pas insensé (n° 374) : "J’éprouve à votre égard une jalousie de Dieu"...

III. Il déclare que, en admettant qu’il soit insensé, ils doivent le supporter (n° 409) : "Je le répète, que personne ne me regarde comme insensé".

Divisions de 1 –

a)         Il met en avant son désir, pour que sa demande obtienne plus facilement satisfaction.

b)         Il expose cette demande (n° 373) : "Eh bien! Supportez-moi"...

372. Le désir de l’Apôtre est que les Corinthiens supportant qu’il fasse son propre éloge. Aussi il commence par l’expression de son souhait : "Puissiez-vous supporter"...

Là dessus il faut savoir que les préceptes moraux concernent les actions, et que, comme celles-ci sont particulières et variables, elles ne peuvent être déterminées par une seule loi commune et une seule règle d’une manière indéterminée; mais il faut parfois faire quelque chose en dehors de la règle commune, lorsqu’une circonstance quel­conque se présente. Quand il arrive ainsi qu’on outrepasse la règle commune, les sages, qui considèrent la cause de l’acte, ne se troublent pas et n’estiment pas qu’on ait agi de manière insensée. Les hommes sans discernement et sans sagesse, ne considèrent pas la cause qui justifie cet acte, se troublent et estiment qu’il est déraisonnable. Ainsi il est évident, malgré le précepte moral : Tu ne tueras pas, qu’il est parfois nécessaire de tuer les méchants. Et quand cela arrive, les sages approuvent et n’estiment pas qu’on ait mal agi. Les insensés et les hérétiques condamnent l’acte, disant qu’il est mauvais. C’est une loi morale commune que l’homme ne se glorifie pas lui-même, selon la parole de Prov. XXVII, 2 – Qu’un autre te loue et non ta propre bouche; mais il peut arriver dans certains cas, contrairement à cette règle commune, qu’un homme se glorifie, et son action est louable, quoique les hommes sans discernement estiment que c’est folie. Aussi comme le moment approchait où l’Apôtre devait se glorifier, il exhorte les Corinthiens à ne pas le taxer de folie, disant : "Puissiez-vous supporter de ma part- avec patience- un peu de folie,"

Et il dit "un peu", parce que, s’il se glorifiait sans raison ce serait le comble de la folie : s’il le faisait pour une raison tout à fait pressante, alors il n’y aurait pas la moindre folie. Mais comme il se glorifie pour une raison qui n’est pas absolument pressante, car il pourrait confondre les faux apôtres d’autre manière, et que son apologie est vigoureuse, il semble qu’il y ait là quelque folie; aussi dit-il : "Puissiez-vous supporter de ma part un peu de folie". Infra XII, 11 – Me voilà devenu fou!

373. Et quoique je sois fou, pourtant "supportez­-moi". Ce qu’ils doivent faire, parce que les inférieurs doivent supporter leurs chefs et inversement. Galates VI, 2 – Portez les fardeaux les uns des autres. Ephésiens IV, 2 – Supportez-vous mutuellement dans la charité.

374. Il montre la nécessité de cette apologie, disant "J’éprouve à votre égard une jalousie de Dieu,"

A. Il montre qu’une telle apologie vient de son zèle, afin d’écarter l’accusation de folie.

B. Il déclare que ce zèle n’est pas désordonné, afin d’éviter le reproche d’indiscrétion (n° 378) : "Mais je crains que vos pensées"...

C. Il écarte leur justification (n° 380) : "Si quelqu’un vient vous prêcher "

Divisions de A :

I. Il expose le zèle qu’il éprouve à leur égard : ce zèle est saint parce qu’il est de Dieu.

II. Il montre la raison de ce zèle, comment sa mission d’apôtre lui en faisait un devoir (n° 376) : "Je vous ai fiancés"...

375. Son zèle est donc saint. "J’éprouve à votre égard, dit-il, une jalousie -c’est-à-dire je vous aime avec ardeur-, une jalousie de Dieu" : elle est pour l’honneur de Dieu, non pour la mien.

Il faut noter que la jalousie, en tant qu’elle est la même chose que le zèle, n’est rien d’autre qu’un mouvement de l’âme, bon ou mauvais, qui tend vers l’être du prochain avec l’ardeur de l’amour. Aussi en a coutume de donner cette définition : le zèle est un amour intense qui ne souffre pas une communauté de possession dans l’objet aimé. Si le zèle ne souffre pas une communauté de possession dans un bien quelconque, avec un vice ou une imperfection, mais s’il veut être seul à posséder ce bien, alors le zèle est bon et la jalousie est bonne. C’est de cette forme de jalousie qu’il est question dans I Corinthiens XII, 31 – Aspirez aux dons supérieurs. Gal. IV, 18 – Il est bien d’être l'objet d’une vive affection dans le bien. III Reg. XVII (XIX, 10) : Je brûle de zèle pour vous, Seigneur... Psaume LXVIII, 10 – Le zèle de ta maison me dévore... Mais si le zèle ne souffre pas une communauté de possession avec une excellence quelconque ou avec un bonheur quelconque, parce qu’on veut garder le bien pour soi seul, alors le zèle est mauvais et la jalousie mauvaise.

Parfois le zèle est bon et la jalousie bonne, si on aime les autres pour s’en réserver la possession, comme l’époux aime sa femme, qu’il veut conserver pour soi seul. Parfois on aime pour quelqu’un d’autre, comme l’eunuque aime la femme de son maître, pour la lui conserver. C’est ainsi que l’Apôtre, voyant son peuple sur le bord de l’abîme et, quoique fiancé au Christ, désireux de se prostituer au diable, éprouvait un amour jaloux, de peur que le Christ, véritable époux des Corinthiens, ne souffrît en eux une communauté de possession avec la diable. Il dit donc : "J’éprouve une jalousie de Dieu", autrement dit : ce n’est pas pour moi que je vous aime, mais pour le Christ qui est votre époux. Jean. III, 29 Celui qui a l’épouse est l’époux. III Reg. XIX, 10.14 – Je brûle de zèle pour vous, Seigneur...

376. D’où vient qu’une telle jalousie s’imposait à l’Apôtre? Il le montre par ces mots : "Je vous ai fiancés à un époux unique"... C’est à bon droit, dit-il, que j’ai pour vous une jalousie de Dieu, parce que je suis la paranymphe de ces épousailles qui sont entre le Christ et vous, c’est moi qui ai célébré ces fiançailles qui se font par la foi et la charité.

Os. II, 20 – Je te fiancerai à moi dans la fidélité. Il m’appar­tient donc de veiller sur vous. Quiconque convertit un peuple à la foi et à la justice le fiance au Christ.

"Je vous ai fiancés", dis-je, non pas à beaucoup d’êtres, car l’épouse qui s’attache à beaucoup d’êtres se souille. Jar. III, 1 – Et toi, qui t’es prostituée à de nombreux amants... "Mais au Christ seul", à l’homme parfait dans la plénitude de sa force. Zach. VI, 12 – Orient est son nom. Jérémie XXXI, 22 – Le Seigneur fera une chose nouvelle sur la terre... Le Christ est dit le seul homme, parce qu’il est singulier, et quant au mode de conception, et quant au mode de naissance, et quant à la plénitude de grâce. Eccle. VII, 29 – Entre mille hommes j’en ai trouvé un... C’est à cet homme, dis-je, "que je vous ai fiancés comme une vierge pure".

377. Notez qu’il descend du pluriel au singulier, puisqu’il dit : "je vous ai fiancés", au pluriel, "comme une vierge pure", au singulier, voulant montrer que de tous les fidèles se fait un seul corps et une seule église, qui doit être vierge dans tous ses membres, d’où l’expression "une vierge pure". Chez tous les peuples en effet la virginité s’entend de la pureté du corps, la chasteté de la pureté de l’âme. Une épouse peut être vierge dans son corps et ne pas être chaste dans son âme.

Ainsi l’Eglise se présente au Christ comme une vierge quand elle persévère dans la foi et dans les mystères sans aucune corruption d’idolâtrie et d’infidélité. Ex. XVI, 25 – l’entrée de chaque chemin tu as élevé un tertre pour te prostituer. Elle se présente chaste lorsque, paraissant dans le mystère et dans la foi du Christ, elle montre la pureté de son corps et de ses oeuvres. Ephésiens V, 27 – Pour faire paraître devant lui cette glorieuse église sans tache, sans ride...

378. Mais les Corinthiens pourraient dire : il n’est pas nécessaire que tu veilles sur nous et ton zèle n’est pas raisonnable, car nous nous garderons bien nous-mêmes; aussi il découvre la raison de ce zèle par ces mots : "mais je crains que"...

Il faut ici rappeler ce que fut l’union d’Adam et d’Eve dans le paradis; Eve fut corrompue par le serpent, non par violence mais par astuce : il fit une promesse trompeuse et conseilla l’injustice. Il la trompa en disant (Gan° III, 4-5) : Vous serez comme des dieux et vous ne mourrez pas, alors que la conséquence de leur acte devait être la nécessité de la mort. L’injustice consista à transgresser le commandement d Dieu.

Dans cette comparaison l’Apôtre vaut dire que l’Église est comme Eve : tantôt le diable l’a persécutée ouvertement par les tyrans et les puissances, comme un lion rugissant qui tourne, cherchant qui dévorer, selon l’expression de 1 Pierre V, 8; tantôt il tourmente l’Eglise de façon cachée par les hérétiques, qui promettent la vérité et se donnent pour gens de bien; et alors, comme le serpent, leur astuce séduit par des promesses trompeuses.

379. De là les paroles de l’Apôtre : "je crains que, de même que le serpent séduisit Eve", la chassant du paradis -"par son astuce", la trompant par ses promesses, 1 Tim. II, 14 – Ce n’est pas Adam qui a été séduit, c’est la femme- "de même", c’est-à-dire par les tromperies semblables des hérétiques, "vos pensées ne se corrompent". Il dit "vos pensées", parce que, de même que dans l’union charnelle l’époux prend garde que son épouse ne soit corrompue charnellement, de même l’Apôtre, dans cette union spirituelle, redoute que les inspirations du coeur ne soient corrompues spirituellement, I Corinthiens XV, 33 – Ils corrompent les bonnes moeurs... ou les pensées, Sagesse 1, Ayez sur le Seigneur des pensées droites. I Corinthiens XIV, 20 – Soyez pas des enfants par le jugement.

"Et ne s’écartent de la simplicité qui est dans la Christ Jésus". Est simple en effet ce qui est dépourvu complexité. Or les faux apôtres formaient une secte combinant le judaïsme avec l’Evangile, ordonnant d’observer la loi en même temps que l’Evangile. Ceux-là donc s’écarte de la simplicité du Christ qui, séduits par les faux apôtre observent la loi en même temps que l’Evangile : c’est ce que l’Apôtre craignait pour les Corinthiens. Ecclésiastique II, 11 – Malheur au pécheur qui marche sur la terre par des chemins. Et au contraire : Prov. XI, 3 – La simplicité conduit les hommes justes.


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