4 (n° 380) Car si quelqu’un vient vous prêcher un autre Christ que celui que nous avons prêché, ou vous recevez un autre esprit que celui que vous avez reçu ou un autre Evangile que celui que vous avez embrassé, vous le supporteriez très bien.
5 (n° 383) : j’estime pourtant n’avoir rien fait de moins que les grands apôtres.
6 (n° 385) Car si je suis maladroit en éloquence, pour la science il n’en est pas de même. A tous égards je vous l’ai montré.
7 (n° 387) Ou bien ai-je commis une faute parce que je me suis abaissé moi-même pour vous élever, en vous annonçant gratuitement l’Evangile de Dieu?
8 (n° 391) J’ai dépouillé d’autres églises en recevant d’elles de quoi vivre pour vous servir.
380. Après avoir exposé le zèle qu’il éprouvait pour les Corinthiens (n° 374), et montré que ce zèle est raisonnable (n° 378), l’Apôtre écarte leur justification.
A. D’abord il expose cette justification.
B. Ensuite il la réfute (n° 383) : "J’estime pourtant"...
381. Les Corinthiens pouvaient supposer que l’Apôtre éprouvait de zèle à leur égard parce qu’ils craignent de les voir abandonner sa doctrine pour celle des faux apôtres pouvaient dire : il est certain que ce qui est moins bon doit être abandonné pour ce qui est meilleur. Si donc l’enseignement des faux apôtres est meilleur, je ne dois pas me troubler parce que nous nous y complaisons. Il expose cette justification en montrent qu’ils n’enseignent et ne prêche rien de plus que l’Apôtre.
382. Car l’enseignement et la prédication de l’Apôtre se résument en trois points. D’abord qu’ils sont du Christ. Supra IV, 5 – Car ce n’est pas nous que nous avons prêché mais le Christ Jésus. En second lieu qu’ils ont l’esprit du Christ. Romains VIII, 9 – Si quelqu’un n’a pas l’esprit du Christ, il ne lui appartient pas, Enfin qu’ils ont reçu l’Evangile du Christ. Romains 1, 16 – Car je ne rougis pas de l’Evangile... donc les faux apôtres vous prêchaient et vous enseignaient des choses meilleures, vous auriez raison et seriez excusables mais ils ne le font pas.
Par ces mots : "si quelqu’un vient", il veut dire : Je crains que le faux apôtre qui vient à vous sans mission et de lui-même, ne sait une valeur et un brigand. Jean. X, 8 – Tous ceux qui sont venus sont des voleurs et des brigands. Jérémie XXIII, 21 – Je ne les envoyais pas, mais d’eux-mêmes ils couraient. Romains X, 15. Comment prêcheront-ils s’ils ne sont pas envoyés? Si, dis-je, un tel prédicateur vous prêche un autre Christ, plus excellent que celui que nous vous avons prêché, ce qui ne peut être, car, comme on lit dans I Corinthiens VIII, 6 – Nous avons un seul seigneur, Jésus-Christ, par qui tout existe.
"Ou si vous recevez un autre esprit" meilleur que celui que vous avez reçu par nous, c’est-à-dire par notre ministère, ce qui ne peut être, car on lit dans I Corinthiens XII, 11 – c’est un seul et même esprit qui produit toutes ces choses...
"Ou s’il vous prêche un autre évangile", une doctrine différente de celle que vous tenez de nous, Galates I, 6 – Je m’étonne que vous abandonniez si vite celui qui vous a appelé à la grâce du Christ pour suivre un autre évangile. Si, dis-je, les faux apôtres faisaient pour vous d’autres et de meilleures choses, "vous le supporteriez bien", et vous auriez raison, en vous trouvant des justifications.
Mais parce qu’il est impossible qu’un autre évangile meilleur soit enseigné, l’Apôtre excommunie les Galates, s’ils reçoivent un autre évangile. Galates 1, 9 – Si quelqu’un vous annonce un autre évangile, qu’il soit anathème.
383. Lorsque l’Apôtre dit : "J’estime pourtant"... il écarte cette justification.
A. Il montre d’abord que lui-même n’a pas fait pour eux mains que les autres.
B. Puis il montre qu’il a fait davantage (n° 387) : "Ou bien ai-je commis une faute".
Divisions de A :
I. Il montre qu’il n’a rien fait de moins que les autres Apôtres.
II. On donne à entendre que la capacité pour le faire ne lui a pas manqué (n° 385) : "Car si je suis sans expérience"...
III. Il montre l’évidence de ces deux points (n° 386) : "A tous égards je vous l’ai montré".
384. Vous supporteriez très bien, dit l’Apôtre, d’être séduits par eux ai leur prédication était meilleure que la nôtre, mais cela n’est pas. Car "j’estime n’avoir rien fait de moins que les grands Apôtres", c’est-à-dire que Pierre et Jean, qu’ils considéraient comme grands.
Et il se compare aux grands Apôtres, d’abord parce que Paul avait moins de réputation qu’eux auprès des Corinthiens, ces Apôtres ayant été avec Jésus, ce qui n’était pas le cas de Paul. Et aussi parce que les faux apôtres se disaient envoyés par eux; aussi en se montrent pareil aux grands Apôtres, il détruit l’erreur des Corinthiens et confond les faux apôtres. Et non seulement il n’a rien fait de mains que ceux-ci, mais il a fait bien plus. I Corinthiens XV, 10 – J’ai travaillé plus qu’eux tous.
385. Et de peur qu’ils ne lui disent : d’où te vient la capacité de faire cela, puisque tu as la parole maladroite? Il montre que sa capacité lui vient de l’étendue de sa science par ces mots : "Si je suis sans expérience de l’éloquence, pour la science il n’en est pas de même." II Pierre III, 15 – Ainsi que notre cher frère Paul vous l’a aussi écrit, selon la sagesse qui lui a été donnée…
Il faut savoir que les faux apôtres, recherchant leur propre gloire et avides de gain, s’efforçaient d’attirer le peuple par des expressions ornées, subtiles et choisies, n’ayant pour but que de charmer les oreilles. L’Apôtre au contraire, parce qu’il ne cherchait pas son utilité personnelle mais seulement la diffusion de la foi du Christ et ses progrès, exposait la parole de Dieu de telle sorte que tous pussent la saisir, se conformant à la condition de ses auditeurs et à leur capacité. Donc parce que ceux-ci au début n’étaient pas aptes à saisir une doctrine élevée, il leur proposait la foi sans aucune subtilité de discours, mais avec simplicité et clarté afin qu’ils comprissent sans difficulté. C’est pourquoi on le disait sans expérience de l’éloquence. I Corinthiens I, 17 – Le Christ m’a envoyé annoncer L’Evangile sans recourir à la sagesse du discours. C’est pourquoi l’Apôtre dit : quoique je sois sans expérience de l’éloquence, à ce qu’il vous paraît, ce n’est pas par défaut de science, mais pour me conformer à vous par une sage prudence : aussi vous ai-je donné du lait à boire comme à de petits enfants dans le Christ...
En prenant le texte à la lettre, on peut supposer que l’Apôtre était bègue, à cause de quoi les faux apôtres se moquaient de lui. Il dit donc : "si je suis maladroit en éloquence", si ma parole est embarrassée, il n’en est pas de même pour la science. Ex. IV, 10 – Ma langue est malhabile et pesante.
386. Que je n’aie rien fait de moins que les grands Apôtres, cela apparaît clairement par ce que j’ai fait pour vous. C’est pourquoi il dit : "à tous égards je vous l’ai montré", vous avez l’expérience des choses qui se font par moi. I Corinthiens IX, 2 – c’est vous qui êtes le sceau de mon apostolat dans le Seigneur. Et infra XII, 12 – Les signes de mon apostolat, vous les avez vus paraître parmi vous...
387. Lorsqu’il dit : "ou bien ai-je commis une faute"..., il montre qu’il a fait plus que tous les autres, parce qu’il a prêché sans leur causer aucun frais.
A. Il expose le fait.
B. Il découvre la cause du fait (n° 399) : "Pourquoi? Est-ce parce que je ne vous aime pas?"
Divisions de A :
I. Il expose le fait quant au passe.
II. Il fait de même quant à l’avenir (n° 395) : "Et de toutes manières".
III. Il rapporte les faits passés d’abord d’un point de vue général, et ensuite particulier (n° 389) : "Je vous ai annoncé gratuitement l’Evangile de Dieu."
388. Je dis avec raison, dit l’Apôtre, que je n’ai rien fait de moins que les autres, à moins que vous n’estimiez qu j’ai mal ou moins bien agi, parce que j’ai compromis mon autorité en n’acceptant pas de dédommagement. Mais si cela était mal, je ne l’aurais pas fait. Et il montre que ce n’est pas mal. "Ai-je commis une faute, dit-il, parce que, je me suis abaissé moi-même", et par là ai-je compromis mon autorité? La réponse ne peut être que négative. Ecclésiastique III, 20 – Plus tu es grand, plus il faut t’abaisser. I Corinthiens IX, 19 – Quoique libre, je me suis fait le serviteur de tous. Matthieu VI (XXIII, 12) : Quiconque s’abaisse sera élevé.
Et la raison de mon abaissement n’est pas que j’ai cherché un gain personnel, c’est le souci d’avancement. "Je me suis abaissé pour vous élever", c’est-à-dire pour vous confirmer dans la foi. Or les Corinthiens étaient avides, et si dès le début il avait accepté un dédommagement, sans doute ils auraient abandonné la foi. Quant aux faux apôtres, ils prêchaient pour le gain. Donc afin d’amener les Corinthiens à recevoir l’Apôtre et d’enlever aux faux apôtres une occasion de gain, il leur prêche gratuitement, sans rien leur coûter.
389. Il passe maintenant du général au particulier : "Je vous ai annoncé gratuitement l’Evangile de Dieu".
A. Il leur montre comment il a prêché pour eux sans dédommagement dès son arrivée chez eux.
B. Il montre qu’il a fait de même durant le séjour qu’il a passé auprès d’eux (n° 392) : "Et lorsque j’étais chez vous"...
390. Sur le premier point il expose d’abord son abaissement par ces mots : m’abaissant moi-même en cela, puisque je vous ai annoncé l’Évangile gratuitement, sans aucun dédommagement et sans salaire, parce que cela n’est pas digne d’éloge. En effet quoique tous puissent recevoir le montant des frais de leur fonction de ceux à qui ils annoncent le verbe de Dieu, nul cependant ne doit prêcher pour le salaire et pour le gain.
391. En second lieu, les Corinthiens pourraient lui dire : d’où as-tu donc reçu le montant de tes frais? Il répond que c’est des autres églises. "J’ai dépouillé d’autres églises en recevant d’elles un salaire pour vous servir." Par là il les convainc qu’ils ne peuvent dire à l’Apôtre qu’il ne lui était pas permis de rien recevoir d’aux. Si en effet il reçoit des autres pour le service des Corinthiens, il lui est d’autant plus permis de recevoir des Corinthiens eux-mêmes.
Il apparaît par cet exemple qu’un légat du Pape visitant une partie de sa légation, peut accepter un salaire; et que le Pape, pour les besoins d’une nation, peut accepter un secours d’autres parties du monde. La raison en est que l’Eglise est comme un corps unique. Or nous voyons que dans un corps naturel la nature, quand la vigueur manque dans un membre, y supplée en empruntant des humeurs et de la vigueur aux autres membres.
9 (n° 392) Et quand je me trouvais auprès de vous et dans le besoin, je n’ai été à charge à personne. Ce qui me manquait, des frères venus de Macédoine me l’ont fourni, et en toutes choses je me suis gardé de vous être à charge et je m’en garderai.
10 (n° 397) J’atteste la vérité du Christ qui est en moi, cette gloire ne me sera pas retirée dans les régions de l’Achaïe.
11 (n° 399) Pourquoi? Parce que je ne vous aime pas? Dieu le sait.
12 (n° 401) cela, je le fais et le ferai pour ôter ce prétexte à ceux qui en cherchent un pour se faire nos égaux, sur le point dont ils se glorifient.
13 (n° 404) Ces gens-là sont de faux apôtres, des ouvriers perfides qui se déguisent en apôtres du Christ.
14 (n° 406) Et ce n’est pas étonnant. Satan lui-même se transforme en ange de lumière.
15 (n° 408) Il n’est donc pas étrange que ses ministres se déguisent en ministres de justice : leur fin sera selon leurs œuvres.
392. — Après avoir montré que, lorsqu’il a prêché pour la première fois chez eux, il les a évangélisés gratuitement (n° 389), il leur rappelle que, même lorsqu’il a fait un séjour chez eux, il n’a pas accepté de dédommagement. Et en second lieu, il répond à une question qu’ils n’expriment pas : (n° 394) : "car ce qui me manquait."
393. — Je n’ai pas accepté de vous, dit-il, un dédommagement, non seulement quand je suis venu chez vous la première fois; mais même "quand je me trouvais auprès de vous" pour un long séjour "et que j’étais dans le besoin", afin de montrer qu’il ne leur a pas laissé le soin de payer ses dépenses malgré leurs richesses; "je n’ai été à charge à personne", je n’ai rien reçu de personne. On en voit la raison : les Corinthiens, à cause de leur avarice naturelle, estimaient que c’était une charge pour eux d’assumer ces dépenses. I Cor. IX, 12 – Nous n’avons pas usé de ce pouvoir, mais nous supportons tout afin de n’apporter aucun obstacle à l’Evangile du Christ.
394. Mais les Corinthiens pourraient dire : d’où donc t’es-tu procuré le nécessaire? Et il répond : des autres églises. Car "ce qui me manquait", compte tenu de l’argent qu’il gagnait en travaillant de ses mains la nuit chez Aquila et Prisca : son métier en effet était de fabriquer des tentes et grâce à lui il se procurait la nécessaire. Act, XX, 34 – Mes propres mains ont pourvu à mes besoins et à ceux de mes compagnons[12], ce qui me manquait, vous ne me l’avez pas donné, mais "des frères venus de Macédoine me l’ont fourni" : il s’agit des Philippiens qui, étaient fort généreux. D’où l’éloge qu’il fait d’eux dans l’Epître aux Philippiens, Phil. IV, 15 – Aucune église ne m’a ouvert un compte sinon vous. Mais les Corinthiens étaient avares.
395. Voici qui concerne l’avenir (n° 387) : Lorsqu’il dit : "en toutes choses je me suis gardé de vous être à charge et je m’en garderai", il montre sa volonté de se comporter de la même façon dans l’avenir.
D’abord il expose sa manière d’agir en général. Puis il la confirme (n° 397) : "J’atteste la vérité du Christ"...
396. Non seulement, dit-il, je vous ai annoncé l’Évangile gratuitement et je n’ai été à charge à personne, mais en toutes choses je me garderai de vous être une charge, comme je m’en suis gardé jusqu’à présent, sans dureté dans la réprimande, sans sévérité dans la correction, sans rien accepter de vos biens. Actes III (XX, 33) : Je n’ai désiré ni argent ni or ni vêtement. Num. XVI, 15 – Tu sais que je ne leur ai même pas pris un âne, dit Moïse au Seigneur. Samuel dit, 1 Reg. XII, 3 – Déclarez devant le Seigneur si j’ai pris le boeuf ou l’âne de personne, si j’ai opprimé quelqu’un...
397. Il confirme de deux manières qu’il fera bien ainsi.
D’abord en invoquant Celui qui parle par lui, c’est-à-dire le Christ qui est la vérité, et dont rien de faux ne peut provenir : "J’atteste la vérité du Christ qui est en moi", autrement dit : ce que j’ai dit est vrai, parce que la vérité du Christ parle en moi. Infra XIII, 3 – Vous cherchez une preuve que le Christ parle en moi...
Cette expression peut être interprétée comme un serment : que Dieu, qui est la vérité et qui connaît mon coeur, me soit témoin que je me conduirai ainsi. Romains 1, 9 – Dieu m’en est témoin...
398. En second lieu en affirmant qu’il n’entend pas diminuer sa propre gloire mais l’augmenter.
L’Apôtre en effet se faisait une grande gloire auprès de Christ de ce que lui seul parmi les Apôtres prêchait aux Corinthiens sans aucun dédommagement. Aussi leur dit-il : "Je me garderai de vous être à charge", et : "cette gloire ne me sera pas retirée", ou diminuée, parce que je prêche pour vous gratuitement et m’abstiens des dédommagements permis, à cause de votre salut; votre salut est la gloire du Christ, parce que c’est le Christ qui est par là glorifié en moi, ou parce que moi, j’ai cette gloire spécialement auprès du Christ. Et cette gloire eût été détruite "dans les régions de l’Achaïe", dont Corinthe était la métropole, s’il avait reçu quelque chose des Corinthiens, parce qu’ils étaient avares. Car ils habitaient sur la côte et s’adonnaient au commerce : or les marchands ont coutume d’être avares. I Corinthiens IX, 15 – Il vaut mieux pour moi mourir que de me voir enlever ce titre de gloire.
399. "Pourquoi?", demande-t-il, et il expose le motif pour lequel il n’a rien voulu recevoir d’eux.
D’abord il écarta un motif faux, puis il révèle la vrai (n° 401) : "cela, je le fais"...
400. Il faut savoir que les faux apôtres accusaient Paul de ne rien accepter des Corinthiens parce qu’il ne les aimait pas, et ne se proposait pas de leur faire du bien et de les servir. De là la question : "Pourquoi est-ce que je fais cela? Parce que je ne vous aime pas?" Parce que j’ai pour vous de la haine, comme le prétendant les faux apôtres?
"Dieu le sait", que je vous aime et que je n’agis pas ainsi par haine. Jean. XXI, 15 – Seigneur, tu sais que je t’aime.
401. Ainsi ce faux motif étant écarté, il exprime le vrai.
D’abord il l’expose.
Puis il explique pourquoi il agit ainsi (n° 404) : "Ces gens-là sont de faux apôtres".
402. Les faux apôtres, comme nous l’avons dit, poursuivaient le gain et leur gloire personnelle. Ainsi, pour être entourés de respect, ils s’efforçaient de suivre extérieurement les traces de l’Apôtre, et même, s’ils l’avaient pu, de la surpasser.
L’Apôtre leur dit donc : s’ils veulent m’imiter, qu’ils m’imitent en cela, qu’ils n’acceptent rien. Comme il savait que les faux apôtres prêchaient pour le gain et que par conséquent, si le gain leur faisait défaut, ils ne prêcheraient pas, il dit : "cela, je le fais et je le ferai", non dans un sentiment de haine, mais "pour ôter tout prétexte à ceux qui en cherchent un", c’est-à-dire aux faux apôtres, qui veulent avoir un prétexte pour recevoir vos dons.
Il savait en effet, selon saint Ambroise, que, s’ils ne recevaient rien, ils ne prêcheraient pas longtemps. Au contraire on lit dans Prov. VI (IX, 9) : Donnez un prétexte au sage et il deviendra encore plus sage. Et cela, afin qu’ils soient trouvés tels que nous, c’est-à-dire n’acceptant pas d’argent de même que nous n’en acceptons pas. Eux-mêmes se glorifient de ce qu’ils nous imitent, et moi je ne veux pas, s’ils veulent nous imiter parfaitement, qu’ils ne reçoivent rien. I Cor, VII, 7 – Je veux que tous les hommes soient comme moi, c’est-à-dire qu’ils n’acceptent pas d’argent.
403. "Sur le point dont ils se glorifient" peut s'entendre de trois façons.
1° Afin qu’ils soient trouvés tels que nous, n’acceptent pas d’argent à notre exemple, et par conséquent cessent de prêcher. Car ils se glorifient d’être tels que nous; en effet ils prétendaient être semblables aux vrais Apôtres.
2° Afin que, sur le point dont ils se glorifient -c’est-à-dire de recevoir de l’argent, car c’était leur seul but-, ils soient trouvés tels que nous, renonçant à toute rétribution pour nous imiter.
3° Afin que, sur le point dont ils se glorifient- c’est-à-dire de ne pas recevoir d’argent, car c’est ce qu’ils disent,- ils soient trouvés tels que nous et non pas meilleurs, pour qu’ils ne puissent se donner une supériorité sur nous en ce monde.
Dans les trois interprétations le sens se continue. 1° Ils sont pleins de gloriole et de prétention, mais ils ne sont pas tels que nous, car... 2° Qu’ils cessent vraiment de recevoir de l’argent, afin d’être semblables à nous, car... 3° Ainsi ils se glorifient de ne pas recevoir d’argent, afin de paraître semblables à nous.
404. Après avoir énoncé le vrai motif, il passe à la preuve, disant : "Car ces gens-là sont de faux apôtres" montrent comment ils s’efforcent d’imiter les Apôtres.
A. Il expose ce motif.
B. Il apporte la preuve (n° 406) : "Et ce n’est pas étonnant "
C. Il montre la différence entre les faux et les vrais apôtres (n° 408) : "Leur fin sera selon leurs oeuvres "...
405. Voici la pensée de l’Apôtre : J’ai raison de dire que j’agis ainsi, afin de leur enlever tout prétexte pour recevoir de l’argent. "Car des faux apôtres de cette sorte sont des ouvriers qui vous trompent." Phil. III, 2 – Prenez garde aux chiens, prenez garde aux mauvais ouvriers...
Ce sont des "ouvriers perfides", rusés comme des renards, qui vous trompent sous des dehors de religion. Ezéchiel XIII, 4 – Comme des renards dans les déserts... Cant. II, 15 – Prenez-nous ces petits renards qui ravagent nos vignes... Matthieu VII, 15 – Ils viennent à vous sous des vêtements de brebis.., c’est pourquoi il les montre "se déguisant en apôtres du Christ", c’est-à-dire portant au dehors les marques des bons apôtres, II Tim. III, 5 – Ils ont les dehors de la piété...
406. Et il prouve ce qu’il avance, parce que, de même que les vrais Apôtres sont envoyés par Dieu et sont formés par lui, de même Satan se transforme en ange de lumière, lui qui est le chef et l’inspirateur des faux apôtres, se montrent comme un ange de Dieu et parfois comme le Christ. Il n’est donc pas étonnant ni extraordinaire que ses ministres -les faux apôtres- se transforment en ministres de justice et feignent d’être justes. Ecclésiastique X, 2 – Tel est le juge du peuple et tels sont ses ministres...
407. Il faut noter que Satan se transforme parfois de façon visible, comme devant le bienheureux Martin, afin de le tromper, et que de cette manière il a trompé beaucoup de monde. D’où l’importance et la nécessité du discernement des esprits dont Dieu favorisa spécialement le bienheureux Antoine. Pourtant on peut reconnaître Satan à ceci qu’un bon ange dès le début exhorte au bien et ne cesse d’y exhorter; un mauvais ange au contraire dès le principe propose le bien, mais par la suite, voulant satisfaire son désir et réaliser son intention qui est de tromper, il entraîne et excite au mal. 1 Jean. IV, 1 – Ne croyez pas à tout esprit... Quand Josué vit un ange dans son champ, il lui dit (Josué V, 13) : Es-tu un des nôtres ou de nos ennemis?
Il y a un autre signe, c’est qu’un bon ange effraye dès l’abord, mais aussitôt console et réconforte, comme il arriva à Zacharie, Luc 1, 13 – Ne crains pas, Zacharie. Et à la bienheureuse Vierge, il dit : Ne crains pas, Marie. Mais un mauvais ange épouvante et vous laisse désolé. Et cela afin de tromper et de persuader plus facilement celui qu’il épouvante.
Parfois il se transforme de façon invisible, et cela quand il fait apparaître comme bonnes les choses qui en soi sont mauvaises, en pervertissant les pensées de l’homme et en enflammant en lui la concupiscence. Prov. XVI, 25 – Il est une route qui paraît droite à l’homme, dont la fin néanmoins conduit à la mort. C’est ainsi que Satan trompa un moine qui avait fait le voeu de ne jamais sortir de sa cellule. Le démon lui suggéra qu’il lui serait bon de sortir pour aller à l’église et recevoir le corps du Christ. Cédant d’abord à cette suggestion, il se ravisa en allant à l’église. Connaissant alors que c’était le démon qui l’avait inspiré, le moine se félicita qu’il ne l’eût point trompé, parce qu’il avait cru aller vers le bien et pourtant le démon lui avait fait abandonner son voeu de demeurer sans cesse dans sa cellule. Par la suite il lui suggéra que son père était mort et qu’il lui avait laissé de grandes richesses à partager entre les pauvres, qu’il devait aller à la ville, ce qu’il fit. Mais jamais il ne revint dans sa cellule et il mourut dans le péché. On voit par là qu’il est difficile qu’un homme soit sur ses gardes et qu’il faut recourir à l’aide divine. Job XLI, 4 – Qui découvrira la superficie de se cuirasse..., ce qui veut dire : personne, si ce n’est Dieu.
408. Il découvre donc la différence entre les mauvais et les bons ministres : elle consiste en ce que "leur fin" -celle des ministres du Christ et celle des ministres de Satan- "sera selon leurs oeuvres". La fin des bons sera bonne, celle des mauvais sera mauvaise; les bons sont entraînés vers le bien et les mauvais vers le mal. Phil. III, 19 – Leur fin, c’est la mort... De même les bons recevront des biens en récompense, et les mauvais des maux. Supra V, 10 – Tous nous devrons comparaître devant le tribunal du Christ.
[12] Les Actes des Apôtres nous rapportent au chap. XVII; qu’Aquila était un Juif qui avait fui de Rome à Corinthe, à la suite d’un édit de Claude expulsant les Juifs. Avec sa femme Prisca ou Priscillia, il gagnait sa vie à fabriquer des tentes. Saint Paul logea chez eux et travailla avec eux.