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Leçon 4 – 2 Co XI, 16-21 – La faute des Corinthien et son remède

16 (n° 409) Je le répète, qu’on ne me prenne pas pour un insensé; ou bien alors, prenez-moi comme insensé, afin que moi aussi je me glorifie un peu.

17 (n° 411) Ce que je vais dire, je ne le dis pas selon l’esprit de Dieu, mais comme ai j’avais un accès de folie, avec l’assurance d’avoir de quoi me glorifier.

18 (n° 413) Puisque beaucoup se glorifient selon la chair, moi aussi je me glorifierai.

19 (n° 415) Vous supportez volontiers les fous, bien que vous-mêmes soyez sages.

20 (n° 416) Vous supportez en effet qu’on vous réduise en esclavage, qu’on vous dévore, qu’on vous pille, qu’on vous traite avec arrogance, qu’on vous frappe au visage.

21 Je parle selon l’abjection qu’ils vous reprochent, comme si nous étions des personnages sans importance sous ce rapport.

409. Plus haut (n° 371) l’Apôtre a amené les Corinthiens à supporter patiemment qu’il fasse son propre éloge, leur montrent qu’il agissait ainsi par l’effet du zèle qu’il éprouvait à leur égard, et que ce zèle était raisonnable et régulier. Il expose ensuite une autre raison par laquelle il leur montre que, en admettant que sa conduite soit insensée, ils doivent néanmoins le tolérer. Son idée se développe en partant de l’hypothèse de sa folie.

A. Tout d’abord il exprime sa demande.

B. Il donne la raison de ses paroles (n° 411) : "Ce que je vais dire"

410. Sa demande contient deux choses. D’abord il demande qu’ils ne le prennent pas pour un insensé, ce qui concerne le développement précédant. C’est pourquoi il dit : "Je le répète", mon zèle est raisonnable et je me glorifie avec raison, "afin que nul d’entre vous ne me prenne pour insensé".

En second lieu il leur demande, en admettant qu’il agisse en insensé, de le supporter, et cela concerne la raison suivante. "Ou bien alors", dit-il, -c’est-à-dire, si je me glorifie sans raison et si vous voulez tout à fait me tenir pour insensé à cause de cela- "prenez-moi comme insensé", c’est-à-dire supportez-moi. Il dit "comme" insensé parce que, bien qu’ils considèrent qu’il l’est, il ne l’est pas en réalité. "Prenez-moi comme insensé, afin que moi aussi je me glorifie un peu." Et il dit "un peu", parce que plus loin il s’attribue les titres d’une gloire charnelle, ce qui est de peu d’importance. Job XXV, 6 – L’homme est pourriture, le fils de l’homme n’est qu’un ver. Ecclésiastique X, 9 – Pourquoi t’enorgueillir? Tu es terre et cendre.

411. Il donne la raison de ses paroles en disant : "Ce que je vais dire"... Or il avait énoncé trois propositions

1° qu’il avait décidé dans sa folie d’ajouter à sa lettre son propre éloge;

2° qu’il veut se glorifier;

3° qu’ils doivent le supporter.

Il donne la raison de chacune d’elles.

412. D’abord, dit-il, la raison pour laquelle vous devez me prendre comme insensé, c’est que "je parle avec l’assurance d’avoir de quoi me glorifier" d’une gloire charnelle, qui est recherchée par certains comme si par elle ils devaient se perpétuer : je ne parle pas selon l’esprit de Dieu, mais comme si j’avais un accès de folie.

Il s’agit d’une hypothèse. De même qu’il a dit : (verset 16) prenez-moi comme insensé, il dit maintenant comme si. Autrement dit : si je ne faisais pas de moi un éloge raison­nable, alors ce que je dirais de moi ne serait pas selon Dieu, c’est-à-dire selon la raison de la sagesse divine. Et alors vous auriez raison de penser que je ne parle pas selon l’esprit de Dieu, mais avec folie. Supra X, 18 – Ce n’est pas celui qui se recommande lui-même qui est un homme éprouvé... Prov. XXVII, 2 – Qu’un autre te loue...

413. Il donne la raison de son éloge et de sa glori­fication par ces mots : "Puisque beaucoup se glorifient".

Il faut savoir que les faux apôtres, parce qu’ils étaient Juifs, se glorifiaient selon la chair, se disant fils d’Abraham, et réclamant à cause de cela d’être traités par les Corinthiens avec respect et considération. L’Apôtre leur dit donc : en admettant que ce soit folie de me glorifier selon la chair, cependant "comme beaucoup -les faux apôtres- se glorifient ainsi, moi aussi je me glorifierai" Prov. XXVI, 5

Réponds au fou selon sa folie, de peur qu’il ne s’imagine être sage.

414. Mais on objectera la sentence de Sénèque : Le plus grand des vices est de prendre modèle sur les vices, et le texte de l’Exode XXIII, 2 – Ne suis pas la foule pour faire le mal. L’Apôtre ne doit pas se glorifier selon la chair, parce que les faux apôtres le font.

A quoi je réponds que, bien que la matière de la glorifi­cation soit la même, ce n’est pourtant ni la même intention ni la même fin. Les faux apôtres faisaient leur propre éloge pour leur gloire personnelle, afin d’être bien considérés et de pouvoir s’enrichir; l’Apôtre se glorifiait pour que la parole de Dieu qu’il prêchait trouvât plus de crédit et de poids, et qu’elle portât des fruits pour le Christ.

415. Quant à la raison pour laquelle ils doivent le supporter, il l’indique en ces mots : "Vous supportez volontiers les fous"... Et d’abord il expose cette raison elle-­même.

En effet ils pourraient dire : pourquoi devons-nous te supporter si tu as insensé? Et l’Apôtre leur répond : parce que, comme vous êtes sages à vos propres yeux et dans l’opinion que vous avez de vous-mêmes, "vous supportez volontiers"- vous en avez l’habitude- "les insensés", c’est-à-dire les faux apôtres.

416. En second lieu il leur indique en quoi ils supportent les insensés; et il leur montre cinq inconvénients qu’ils endurent de leur part.

Le premier est de subir le joug de l’esclavage. "Vous supportez, dit-il, qu’on vous réduise en esclavage" Par le Christ, vous avez été délivrés de l’esclavage de la loi qui vous tenait dans la crainte, et vous avez été amenés à la liberté des fils de Dieu, qui est toute charité. Galates IV, 31 – Nous ne sommes pas fils de la servante mais de la femme libre. Et pourtant vous supportez les faux apôtres qui de cette liberté vous ramènent à la servitude de la loi, en vous obligeant d’observer ses préceptes. Galates V, 1 – Ne vous laissez pas imposer de nouveau le joug de la servitude. Donc vous devez me supporter bien plus volontiers, moi qui veux vous garder pour la liberté du Christ, que les faux apôtres qui veulent vous réduire à l’esclavage de la loi.

Le second est fort lourd : c’est que les faux apôtres vivent richement de vos biens, contrairement à nous. Supra VIII, 13 – Il ne faut pas qu’il y ait soulagement pour les autres... D’où ces mots : "Vous supportez qu’on vous dévore"... Matthieu XXIII, 14 – Malheur à vous, qui dévorez les maisons des veuves..,

Le troisième est d’être pillé et dépouillé, parce que, grâce à des paroles flatteuses et sous prétexte de piété, ils exigeaient littéralement tout des Corinthiens. Aussi l’Apôtre dit "vous souffrez qu’on vous pilla"... c’est-à-dire qu’on vous trompe en vous caressant et qu’on vous dépouille de vos biens. Romains XVI, 18 – Avec des discours flatteurs ils séduisent les coeurs des simples.

Le quatrième est de subir leur excessive fierté, qui les fait s’élever au dessus des autres et mépriser les Corinthiens. "Vous supportez qu’on vous traite avec arrogance", dit l’Apôtre, par une vantardise insupportable. Ecclésiastique VI, 2 – Ne t’élève pas dans les pensées de ton coeur...

Le cinquième est d’être l’objet de leurs outrages. Car les faux apôtres, non contents de ce traitement indigne, y ajoutaient des outrages, les injurient et les traitent d’êtres inférieurs. Car ils étaient, eux, des juifs, adorateurs d’un Dieu unique, et ils se disaient nobles, tandis que les Corin­thiens étaient des êtres inférieurs, n’étant pas de la race d’Abraham, mais incirconcis et adonnés à l’idolâtrie. D’où ces paroles : "Vous souffrez qu’on vous frappe au visage", c’est-à-dire qu’on vous outrage en face et qu’on vous dise des injures.

Et ces injures sont "à la mesure de l’infériorité" qu’ils vous reprochent et du mépris qu’ils jettent sur vous. Et pourtant vous les supportez, tandis que vous ne nous supportez pas, "comme si nous étions inférieurs sous le rapport de la gloire" que vous leur attribuez en les préférant à nous; surtout lorsque les faux apôtres prétendent que nous ne vous traitons pas comme eux, parce que nous sommes des personnages sans importance, des gens obscurs. I Corinthiens IV, 10 – Nous sommes faibles et vous êtes forts, vous êtes nobles et nous sommes obscurs.


Leçon 5 – 2 Co XI, 21-26 – Comparaison et supériorité de Paul sur les faux-docteurs

21b (n° 417) Ce dont on ose se vanter - je parle en fou - j’ose moi aussi m’en vanter.

22 Ils sont Hébreux, moi aussi. Israélites, moi aussi. Postérité d’Abraham, moi aussi.

23 (n° 420) Ministres du Christ, moi aussi (n° 421) Je vais dire une folie : je le suis plus qu’eux. Bien plus par les travaux, bien plus par les emprisonnements, au delà de toute mesure par les coups. Souvent j’ai risqué la mort.

24 Cinq fois j’ai reçu des Juifs quarante coups de fouet moins un.

25 Trois fois j’ai été frappé de verges, une fois lapidé, trois fois j’ai fait naufrage, un jour et une nuit j’ai été dans l’abîme de la mer.

26 (n° 427) Voyages innombrables, périls sur les fleuves, périls des brigands, périls de mes compatriotes, périls des gentils, périls de la ville, périls du désert, périls de la mer, périls des faux frères.

417. Ayant exposé les raisons pour lesquelles il fait son propre éloge, et celles pour lesquelles il faut le supporter (n° 371), il commence cet éloge.

1° Il se fait l’égal des faux apôtres et des autres qui se glorifiaient eux-mêmes.

2° Il se place au dessus d’eux (n° 421) : "Je vais dire une folie"

L’Apôtre s’égale à eux en gloire. Or cette gloire est double. L’une est selon la chair, qui est sans importance et méprisable. Aussi dit-il lui-même dans Phil. III, 7 – Ces titres qui m’étaient des avantages, je les ai considérés à cause du Christ comme un préjudice. Une autre gloire est selon le Christ, parce que c’est une grande gloire de suivre le Seigneur, Ecclésiastique XXIII, 38. C’est celle qu’il faut rechercher. Galates VI, 14 – Loin de moi la pensée de me glorifier sinon dans la croix du Christ... Ainsi l’Apôtre s’égale à eux quant à ces deux sortes de gloire.

418. D’abord il s’égale à eux en général, disant : Prenez-moi pour un fou, si c’est de la folie. Je parle par hypothèse, parce que, si quelqu’un a osé présumer de soi et se glorifier, je puis bien l’oser et me glorifier de la même gloire à laquelle il prétend : car il n’y a pas plus de raison de se glorifier de leur côté que du mien. Il dit : "Je parle en fou", quoique lui-même agisse sagement, puisqu’il ne la faisait pas pour se vanter, mais pour humilier les faux apôtres. Supra (XI, 5) : J’estime que je n’ai pas moins fait que les grands apôtres...

419. En second lieu lorsqu’il dit : "Ils sont Hébreux, moi aussi"..., il s’égale à eux sur des points particuliers, montrent qu’il est leur égal pour tous ces titres dont ils se glorifiaient. Or ils avaient trois titres de gloire. D’abord la nation et la langue, parce qu’ils se disaient Hébreux. Puis la race, parce qu’ils se disaient de la race d’Israël. Enfin la promesse, parce qu’ils disaient participer à la promesse faite à Abraham, comme étant de sa race.

L’Apôtre se fait leur égal sur ces trois points.

1° Quant à la nation et à la langue : "Ils sont Hébreux, moi aussi." Il faut noter que selon certains les Hébreux tirent leur nom d’Abraham, parce qu’avant lui on ne trouve pas ce nom. On peut dire, et sans doute plus justement, qu’ils tirent leur nom d’un certain Héber, dont parle la Genèse, XI, 14 – Salé vécut trente ans et engendra Héber. Et la suite : Héber vécut trente trois ans et engendra Phaleg. A son époque diverses langues se formèrent et la langue des Hébreux demeura dans sa famille.

2° Il s’égale à eux quant à la race : "Ils sont Israélites, moi aussi"; il vaut dire selon le rite.

3° Quant à la promesse : "Ils sont postérité d’Abraham, moi aussi".

De ces trois titres de gloire, il dit dans Phil. III, 4 – Si quelqu’un d’autre croit pouvoir mettre se confiance dans la chair, je le puis plus que lui : j’ai été circoncis le 8e jour (3e point), je suis de la race d’Israël, de la tribu de Benjamin, (2° point), je suis Hébreu, fils d’Hébreux (1er point). Romains XI, 1 – Je suis un Israélite, de la postérité d’Abraham...

420. S’il est certain que je ne leur suis pas inférieur quant à la gloire charnelle, je ne le suis pas davantage quant à la gloire selon le Christ, car "ils sont ministres du Christ", - ou du moins ils le disent afin de vous tromper-, et moi aussi je le suis. I Corinthiens IV, 1 – Qu’on nous regarde donc comme des ministres du Christ.., Supra, III, 6 – c’est Lui qui nous a rendus capables d’être ministres de la nouvelle Alliance...

421. Par ces mots : "Je vais dire une folie"..., il se place avant tous les Apôtres et les faux apôtres

A) quant aux souffrances endurées,

B) quant aux grâces reçues (chap. XII, n° 440) : "s’il faut se glorifier"...

Divisions de A :

I. Il se place avant les autres quant aux souffrances qu’il a supportées,

II. quant à la manière dont il a échappé à ces maux (n° 438) : "A Damas, l’ethnarque du roi Arétas."

Divisions de 1

a) Il expose qu’il doit prendre rang avant les autres.

b) Il montre en quoi (n° 423) : "Bien plus par les travaux"

c) Il confirme certaines de ses paroles (n° 435) : "S’il faut se glorifier"...

422. Si je vous parais insensé, dit l’Apôtre, parce que je me glorifie et m’égale aux autres, combien je vous paraîtrai plus fou encore si je me place avant eux. Et il dit non seulement je suis ministre du Christ comme eux, mais "je vais dire une folie" selon votre jugement; je dis que je suis plus qu’eux ministre du Christ : et là dessus il se place avant eux. Romains XI, 13 – Je rendrai mon ministère glorieux en le faisant passer avant le ministère des autres.

423. Il montre en quoi on doit le faire passer avant les autres : "ministre du Christ, je le suis bien plus par les travaux", autrement dit : je me suis montré plus qu’aux ministres du Christ et quant aux maux que j’ai soufferts, et quant à ceux que j’ai assumés volontairement (n° 427) "dans mes voyages innombrables".

Il indique d’abord d’une manière générale les maux qu’il a soufferts. J’ai été ministre du Christ bien plus qu’eux pour les travaux", même s’ils en ont accompli quelques-uns : I Corinthiens XV, 10 – J’ai travaillé plus qu’eux tous.

Ensuite il énumère les épreuves particulières qu’il subies, et en premier lieu l’horreur de la prison : "Bien plus par les emprisonnements". Actes XVI, 23 – Après les avoir chargés de coups, on les jeta en prison. Puis les douleurs la flagellation. Je me suis montré ministre du Christ "au-delà de toute mesure par les coups", c’est-à-dire : j’ai dépassé mesure du courage humain, ou des coutumes humaines.

On objectera I Corinthiens X, 13 – Dieu est fidèle, qui ne permet pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces. Donc l’Apôtre n’a pas été tenté au-delà du courage humain.

A quoi je réponds que Dieu ne permet pas que nous soyons tentés sans un secours de la grâce divine. C’est ce que disait l’Apôtre, I Corinthiens XV, 10 – J’ai travaillé plus qu’eux tous non pas moi pourtant, mais la grâce de Dieu qui m’accompagne.

Il ajoute la terreur de la mort. "Souvent, dit-il, j’ai risqué la mort." c’est ce qui lui faisait écrira dans Romains VIII, 36 – Tout le jour nous sommes livrés à la mort. I Corinthiens XV, 31 – Chaque jour je meurs pour votre gloire.

424. Lorsqu’il dit : "Cinq fois j’ai reçu des Juifs"..., il révèle deux derniers périls qu’il a eus à subir : 1. le péril des coups, 2. le péril de la mort (n° 426).

425. Il révèle qu’il a subi le péril des coups dans les supplices qu’il a endurés de la part des siens, c’est-à-dire des Juifs. "Cinq fois, dit-il, j’ai reçu des Juifs quarante coups de fouet moins un."

Il faut noter ce que dit Deut. XXV, 2 – Le nombre des coups sera en proportion de hi faute. Qu’il ne dépasse pas quarante coups, sans plus... c’était la coutume que, pour les fautes mineures, les hommes dussent être flagellés, mais sans jamais recevoir plus de quarante coups. Les Juifs pourtant, afin de paraître miséricordieux, restaient en deçà de la loi et n’allaient jamais jusqu’à quarante, selon qu’ils la jugeaient bon. Dans leur haine pour Paul, quand ils le flagellaient, ils ne lui faisaient grâce que le moins possible du nombre de coups prescrit, c’est-à-dire d’un seul : ils lui donnaient trente-neuf coups. Et c’est là le supplice qu’il dut subir cinq fois.

En second lieu il révèle les dangers qu’il a endurés de la part des étrangers, c’est-à-dire des Gentils, disant : "Trois fois j’ai été frappé de verges". Actes XVI, 22 – Les magistrats, après avoir dépouillé Paul et Silas de leurs tuniques, donnèrent l’ordre de les frapper de verges. Item XXII, 24 – Le tribun ordonna de le conduire dans le camp, de le frapper du fouet et de le torturer...

426. Il révèle les périls de mort qu’il a affrontés, et d’abord ceux auxquels il a été exposé par les hommes : "Une fois j’ai été lapidé" cela arriva dans une cité de Licaonie, ou, écrasé sous les pierres, il fut laissé pour mort. Actes XIV, 18 – Ils lapidèrent Paul et le jetèrent hors de la cité, le croyant mort.

Puis les périls qu’il dut subir du fait de la nature, et notamment de la mer. Il en montre la gravité d’abord par le nombre : "Trois fois j’ai fait naufrage"; puis par la continuité : "Un jour et une nuit j’ai été dans l’abîme de la mer", ce qui est pire. Et il parle à la lettre; car, ayant plusieurs fois fait naufrage, une fois cependant il est resté sous l’eau un jour et une nuit, protégé par une vertu divine. On pourrait mettre dans sa bouche les paroles de Jonas, II, 4 – Et tu m’as précipité dans l’abîme...

427. Après avoir dénombré les maux qu’il a subis, il énumère ceux qu’il a assumés de lui-même : "Voyages innombrables". D’abord les maux extérieurs, puis les maux intérieurs (n° 432) : "Outre ces épreuves de l’extérieur".

Il expose ces maux extérieurs, d’abord ceux qu’il endure dans ses voyages, puis ceux qui surviennent au foyer (n° 429).

428. Il rappelle d’abord la multiplicité de ces voyages, qu’il dit "innombrables" : par là, dit-il, je me suis montré ministre du Christ en supportant avec patience une foule d’épreuves dures et cruelles. Romains XV, 19 – Depuis Jérusalem jusqu’à l’Illyrie, j’ai porté l’Evangile du Christ. Et il a fait beaucoup d’autres voyages, allant à Rome et en Espagne; Psalm. XVI, 4 – Selon les paroles de tes lèvres, j’ai suivi des routes dures.

Ensuite, il énumère les dangers de ces voyages, les moindres en premier lieu, puis le plus grave, celui qui réside dans les faux frères.

Il distingue trois sortes d’épreuves qui lui ont fait courir de nombreux dangers.

1° Il y a d’abord celles qui vous mettent en péril par ce qu’elles causent. Cette cause peut être naturelle : "Périls des fleuves". En effet les fleuves grossissent en hiver, ils sont rapides et très dangereux. Ou bien cette cause peut résider dans la malice violente des hommes "périls des brigands", que le diable suscitait contre lui pour lui prendre jusqu’à ses vêtements. Job XIX, 12 – En même temps vinrent les brigands...

2° Il énumère les périls qui inspirent la crainte et sont causés même par les siens "Périls de mes compatriotes", c’est-à-dire des fonctionnaires juifs. Ou bien causés par les étrangers : "périls des Gentils", qui voulaient l’arrêter parce qu’il prêchait un Dieu unique; ainsi ni chez les siens ni chez les autres il ne connaissait de repos. Jérémie XV, 10 – Pourquoi m’as-tu enfanté, ma mère, moi, cet homme de douleurs?

3° Il énumère enfin les périls qui proviennent des lieux : "périls de la ville", c’est-à-dire ceux que j’ai courus dans le soulèvement des cités contre moi, comme à Ephèse et à Corinthe (Actes XVII, 12 et XIX, 3); "périls du désert", provenant des bêtes dangereuses, comme lorsqu’une vipère lui mordit la main (Actes XXVIII, 3), alors qu’il ramassait des sarments; ou bien provenant de la disette d’aliments; "périls de la mer", non pas ceux qui viennent de la mer même, comme plus haut, mais ceux qu’on rencontre sur la mer, les brigands et les pirates, par exemple. Ecclésiastique XLIII, 26 – Ceux qui naviguent sur mer, qu’ils racontent ses dangers...

Mais les périls les plus redoutables sont les "périls des faux frères", c’est-à-dire des faux chrétiens et des hérétiques, et notamment des faux apôtres. Jérémie IX, 4 – Que chacun se garde de son frère.


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