Ressources Catholiques Missel Romain

précédent
CHAPITRE IX – Donner avec la mesure de la joie
Leçon 1 – 2 Co IX, 1-7 – La joie de l'aumône

1 (n° 320) Quant à l’assistance destinée aux saints, il est superflu pour moi de vous en écrire.

2 (n° 322) Je connais votre empressement, pour lequel je fais votre éloge auprès des Macédoniens, leur disant que l’Achaïe est prête depuis l’année passée. Et votre émulation en a stimulé un grand nombre.

3 (n° 323) Toutefois nous vous avons envoyé nos frères, pour que l’éloge que j’ai fait de vous ne soit pas démenti sur ce point, (n° 325) et que vous soyez prêts, ainsi que je l’ai dit.

4 Si des Macédoniens venaient avec moi et ne vous trouvaient pas prêts, nous serions confus (pour ne rien dire de vous) d’une telle assurance.

5 (n° 327) J’ai donc jugé nécessaire de prier nos frères de nous devancer près de vous et de préparer votre libéralité promise, afin qu’elle soit prête comme une libéralité et non comme une lésinerie.

6 (n° 329) Je vous le dis, celui qui sème chiche­ment moissonnera chichement, et celui qui sème abon­damment moissonnera abondamment.

7 (n° 330) Que chacun donne selon qu’il l’a arrêté dans son coeur, et non avec regret ou par contrainte. Car Dieu aime celui qui donne avec joie.

320. Précédemment l’Apôtre a invité les Corinthiens à faire l’aumône aux saints de Jérusalem (n° 280). Ici il les instruit quant à la manière de donner, afin qu’ils le fassent avec joie et générosité. C’est dans ce but qu’il leur a envoyé des messagers aussi solennels.

A.        Il écarte une raison supposée de l’envoi des messagers.

B.        Il ajoute la vraie raison (n° 323) : "Nous vous avons envoyé nos frères".

Divisions de A :

I. Il écarte la mauvaise raison.

II. Il montre pourquoi elle est mauvaise (n° 322) : "Je connais votre empressement"...

III. Il apporte des preuves (n° 322) : "pour lequel je fais votre éloge"…

321. Sur le premier point on pourrait dire à l’Apôtre : tu nous exhortes à bien recevoir les messagers que tu nous envoies, mais pourquoi ne nous exhortes-tu pas plutôt à faire des aumônes généreuses? Et il écarte cette idée en disant : il n’est pas nécessaire que je vous exhorte ainsi, parce que "quant à l’assistance destinée aux saints, il est superflu pour moi de vous en écrire".

322. Et la raison en est "que je connais votre empressement" à les secourir. Psaume CVII, 2 – Mon coeur est prêt, Seigneur....

Voici deux preuves de cet empressement. D’abord l’éloge que je fais de vous; car si je ne savais combien vous êtes empressés pour cela, je n’aurais pas chanté vos louanges auprès des autres. "Pour cet empressement de votre âme, j’ai grande confiance en vous..., je fais votre éloge auprès des Macédoniens", leur disant "que l’Achaïe, dont Corinthe est la métropole, est prête depuis l’année passée à montrer sa générosité."

La deuxième preuve est l’effet de votre générosité, parce que votre exemple en a stimulé un grand nombre à faire de même. C’est pourquoi il dit : "votre émulation", c’est-à-dire le désir et l’ardeur de vous imiter, "en a stimulé un grand nombre", parce qu’ils ont entendu dire qu’après vous être bien réformés, vous avez fait des progrès, et beaucoup de cités se trouvent stimulées à réaliser les mêmes progrès. Prov. XXVII, 17 – c’est le fer qui aiguise le fer... Galates IV, 18 – Il est beau d’être un objet d’affection pour le bien... I Corinthiens XII, 31 – Aspirez aux dons supérieurs...

323. Lorsqu’il dit : "nous vous avons envoyé nos frères". Il détermine la vraie raison pour laquelle il a envoyé des messagers aussi solennels. Il se place à un point de vue général, puis à un point de vue particulier (n° 325) : "afin que vous soyez prêts, ainsi que je l’ai dit"...

324. Il commence par déterminer la vraie raison : la raison, dit-il, pour laquelle je les ai envoyés n’est pas que je craigne que vous refusiez de venir au secours des pauvres, mais pour que "l’éloge que j’ai fait de vous ne soit pas démenti", si vous faisiez défaut. I Corinthiens IX, 15 – Il vaudrait mieux pour moi mourir que de perdre ce titre de gloire. Qu’il ne soit démenti, dis-je, "sur ce point", car il est certain que, dans l’exercice des autres vertus, vous ne me démentirez pas.

325. Il descend au particulier en disant : "afin que vous soyez prêts"... et il les exhorte quant à la manière de donner qu’ils doivent pratiquer. Il leur recommanda trois qualités : la promptitude, la générosité (n° 327) "J’ai jugé nécessaire "... la joie (n° 330) : "Que chacun donne"...

326. Sur le premier point il recommande la façon de donner, puis il en donne la raison. Il demande la promptitude, disant : j’ai envoyé des ministres, "afin que vous soyez prêts à donner comme je l’ai dit", à l’exemple des Macédoniens. Matthieu XXV, 10 – Celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui... Prov. III, 28 – Ne dis pas à ton ami : va-t-en et reviens, je te donnerai demain.

La raison en est que "si les Macédoniens venaient avec moi chez vous et ne vous trouvaient pas prêts, nous serions confus", ce qui revient à dire : vous serez couverts de honte, si vous avez promis et que vous ne vous acquittez pas. En admettant que vous le supportiez et n’ayez pas de souci de votre confusion, au moins prenez garde à notre honte, car nous avons dit que vous étiez prêts.

327. Il demande aussi la générosité : "J’ai jugé nécessaire"... Il développe d’abord son exhortation, dont il donne ensuite la raison (n° 329) : "Je vous le dis"

328. De peur que vous veniez, dit-il, à faire mentir notre éloge et que vous ayez à en rougir, "j’ai jugé nécessaire de prier nos frères, Luc, Tite et Apollos, de nous devancer près de vous et de préparer votre libéralité promise", qu’il nomme "bénédiction", parce qu'elle est une cause de bénédiction éternelle. Car par l’action de donner, l’homme est béni par Dieu, Psaume XXIII, 5 – Celui-la recevra la bénédiction du Seigneur... et par les hommes, Ecclésiastique XXXI, 28 – Les lèvres de beaucoup béniront celui qui donne libéralement... Prov. XXII, 9 – Celui qui est enclin à la miséricorde sera béni.

Et il demande que cette libéralité "soit préparée comme une libéralité", c’est-à-dire avec largesse, et "non comme une lésinerie", c’est-à-dire chichement.

329. Et voici la raison pour laquelle ils doivent donner généreusement : "Je vous le dis, celui qui sème chichement -c’est-à-dire qui donne peu en ce monde- moissonnera chichement", c’est-à-dire recevra peu dans l’autre monde. Il dit "semer", parce que nos semences sont tout ce que nous avons fait de bien, et parce que, quand on a peu semé, on récolte peu. Galates VI, 8 – Ce qu’on aura semé, on le moissonnera. Mais la semence se multiplie et "celui qui sème abondamment moissonnera abondamment" la libérale rétribution de Dieu.

Mais, dire-t-on, est-ce que tous ne moissonneront pas avec abondance?

On doit dire ainsi quant à la quantité de récompense, parce que tous seront riches et nul ne moissonnera chiche­ment. Mais l’Apôtre dit "abondamment", comme pour établir une proportion entre ceux qui ont semé dans le bien. I Corinthiens XV, 41 – Une étoile diffère en éclat d’une autre étoile. Tous reçoivent abondamment quant à la récompense substan­tielle, mais chichement par comparaison avec la récompense accidentelle en quoi réside la différence des saints. Supra, VIII, 15 – Celui qui avait recueilli beaucoup n’eut rien de trop, et celui qui avait peu recueilli ne manqua de rien. Car quelque­fois quelqu’un donne peu, mais avec une grande charité, et il moissonnera abondamment[11].

330. Enfin il les exhorte à donner avec bonne humeur et joie. D’abord il exprime son exhortation, puis il en donne la raison (n° 332) : "Dieu aime celui qui donne avec joie"...

331. Vous devez, dit-il, préparer ce que vous voulez donner comme une libéralité digne de bénédiction, c’est-à-dire généreusement, et non comme une lésinerie, c’est-à-dire chichement. Et il dit cela parce que ce qui part d’un mouve­ment spontané ne peut se faire avec avarice. Il ajoute : "que chacun donne" sans avarice, que chacun de vous fasse l’aumône "selon qu’il l’a arrêté" -c’est-à-dire résolu d’avance- "dans son coeur", méditant en lui-même, "et non avec regret ou par contrainte". Autrement dit, que chacun donne librement et non par force.

Il pose ici deux sentiments contraires à l’acte volontaire : le regret et la contrainte. Le caractère volontaire est annihilé par la violence. Or il y a deux sortes de violence : une violence simple et une violence relative. Il y a violence simple quand d’une manière absolue on est contraint à faire quelque chose contre sa volonté. Pour écarter cette forme de violence, l’Apôtre dit "non par contrainte", ce qui arriverait s’ils faisaient l’aumône, contraints par un mandat de l’Apôtre. Il semble dire : que notre invitation ne vous contraigne pas à donner, mais que votre volonté propre vous l’inspire. Ex. XXXV, 5 – Que chacun offre de bon coeur et avec une plaine volonté.

Il y a violence relative, quand on est contraint à agir contre sa volonté, non de manière absolue mais par rapport à quelque chose : st on ne le faisait pas, un plus grand dommage surviendrait; par exemple, si on ne jetait pas la cargaison à la mer, le navire sombrerait. Ainsi tantôt on agit spontanément et tantôt par violence, dans la mesure où on est contraint d’agir par crainte d’un plus grand dommage. Pour écarter ce sentiment, l’Apôtre dit "non par regret" que nulle violence n’entre dans leur acte. Que votre geste soit inspiré, non par la crainte de la confusion, mais par la joie que vous avez éprouvée à cause de votre amour pour les saints. Psaume LIII, 8 – c’est volontairement que je te ferai un sacrifice, Seigneur.

332. Quand il dit : "Dieu aime celui qui donne avec joie", il montre la raison de son exhortation. Toute personne qui rémunère le fait pour des actes qui sont dignes de récompense. Or ce sont seulement les actes de vertu. Mais dans les actes de vertu, il y a deux éléments : la forme de l’acte et la mode d’agir, qui dépend de l’agent. Si ces deux éléments ne sont pas réunis dans l’acte de vertu, on ne dit pas que cet acte est absolument vertueux : ainsi on ne dit pas qu’un acte est parfaitement juste, selon la vertu qui accomplit les oeuvres de justice, s’il n’est pas accompagné de délectation et de joie.

Et quoique pour les hommes qui ne voient que les choses extérieures il suffise qu’on accomplisse un acte de vertu selon la forme même de l’acte -par exemple un acte de justice-, pourtant aux yeux de Dieu qui sonde les coeurs, il ne suffit pas qu’un acte de vertu soit accompli selon sa forme propre, il faut qu’il le soit selon la mode nécessaire, c’est-à-dire avec délectation et joie. Aussi ce n’est pas celui qui donne que Dieu aime, mais "celui qui donne avec joie". C’est lui que Dieu approuve et récompense, non celui qui est triste et qui murmure. Psaume IC, 2 – Servez le Seigneur dans l’allégresse. Ecclésiastique XXXV, 11 – Quand tu donnes, que ton visage soit riant. Romains XII, 8 – Que celui qui exerce les oeuvres de miséricorde le fasse avec joie.


[11] Dans la Somme théologique (la, qu. 5, art. 2), saint Thomas explique que dans la béatitude il y a deux éléments la béatitude propre­ment dite, fin dernière de l’homme, et la jouissance de cette fin. La béati­tude, étant le bien suprême, n’admet pas de degrés. Il n’en est pas de la jouissance. Un homme peut jouir de la vision de Dieu plus


Leçon 2 – 2 Co IX, 8-15 – Raison de cette joie dans l'aumône

8 (n° 333) Dieu a le pouvoir de faire abonder toute grâce en vous, afin que, ayant toujours en toutes choses tout ce qui vous est nécessaire, vous abondiez en toute sorte de bonnes oeuvres,

9 (n° 335) selon qu’il est écrit : "Il a répandu ses dons, Il a donné aux pauvres, sa justice demeure à jamais."

10 (n° 336) Celui qui fournit la semence au semeur vous fournira aussi du pain pour votre nourriture, et il multipliera votre semence, et il fera croître les fruits de votre justice,

11 (n° 337) afin que, enrichis de toutes manières, vous abondiez en toute simplicité, laquelle fait grâce à nous monter des actions de grâces vers Dieu.

12 (n° 339) Car la dispensation de cette offrande ne pourvoit pas seulement aux besoins des saints, mais elle abonde en actions de grâces dans la Seigneur;

13 (n° 341) ce ministère mettant à l’épreuve votre vertu, ils glorifient Dieu de votre obéissance dans la profession de l’Évangile du Christ et de la simplicité avec laquelle vous faites part de vos dons à aux et à tous;

14 et dans leur prière pour vous, ils vous chérissent à cause de la grâce éminente que Dieu a mise en vous.

15 (n° 342) Grâces soient rendues à Dieu pour son don ineffable.

333. Ici (cf. n° 325) l’Apôtre donne la raison des trois modes de générosité. Il donne une première raison qui touche les Corinthiens eux-mêmes, puis une seconde qui touche Dieu (n° 337) : "afin qu’enrichis de toutes manières"...

Sur la première, il expose cette raison, 20 il la confirme par l’autorité de l’Ecriture (n° 335) : "selon qu’il est écrit"...

334. Voici la première raison. Quiconque fait un don destiné à se multiplier pour lui-même, doit le faire avec empressement, générosité et joie, ainsi que font les semeurs, parce qu’ils récoltent la semence qui s’est multipliée. Puisque les aumônes fructifiant pour ceux qui les donnent, vous devez faire l’aumône avec empressement, joie et générosité. Et il est évident qu’elles fructifient, car "Dieu a le pouvoir de faire abonder toute grâce"... Autrement dit, ne craignez pas de donner, de peur que, accablés par l’indigence, vous veniez un jour à le regretter, car Dieu a le pouvoir de faire abonder toute grâce du Saint Esprit, par laquelle vous trouverez la joie pour toute bonne oeuvre que vous aurez faite. Aussi il dit : "afin que vous abondiez en toute sorte de bonnes oeuvres", c’est-à-dire que vous soyez généreusement disposés à donner l’aumône, de même que vous l’êtes à exercer les autres vertus. Et cependant vous aurez votre pleine suffisance des biens extérieurs; ainsi il écrit : "ayant toujours en toutes choses tout ce qui vous est nécessaire", c’est-à-dire réflé­chissant que vous avez ce nécessaire. Jacques 1, 5 – Dieu qui donne à tous largement..., et 1 Tim. VI, 8 – Nous avons de quoi nous nourrir, soyons satisfaits.

Sur cette suffisance, on lit infra, XII, 9 – Ma grâce te suffit. Et sur la fructification des dons : Isaïe XXX, 23 – La pluie sera donnée à la semence; Matthieu XIX, 29 – Quiconque aura quitté maisons, frères, sœurs... recevra le centuple...

335. Lorsqu’il dit : "selon qu’il est écrit"... il prouve la raison qu’il a exposée de deux façons, par l’autorité de l’Ecriture et par l’expérience (n° 336) : "Celui qui fournit la semence au semeur"

D’abord l’Ecriture : la raison que j’ai dite doit vous ébranler parce que, "selon qu’il est écrit"...

Mais la Glose interprète ce texte de l’Ecriture dans un autre sens (Lomb., I, CXCII, col. 63) : je dis que vous abon­derez "en toute sorte de bonnes oeuvres", notamment en aumônes généreuses, parce qu’il est écrit : Il a répandu ses dons, il a donné aux pauvres. Mais l’Apôtre semble vouloir rapporter ce texte à l’idée qu’il exprime : Dieu a le pouvoir de faire abonder toute grâce en vous, parce que celui qui a répandu ses dons a donné aux pauvres, et que sa justice demeure à jamais. Ecclésiastique XII, 2 – Fais le bien à un juste et il te le rendra...

Le texte cité de l’Écriture prescrit à qui il faut donner : "aux pauvres", aux indigents. Luc, XIV, 12 – Lorsque tu donnes à dîner.., invite des pauvres... Et comment il faut donner : "Il a répandu ses dons "..., il n’a pas tout donné à un seul, mais il les a répartis. I Corinthiens XIII, 3 – Quand je distri­buerais tous mes biens... Isaïe LVIII, 7 – Partage ton pain avec l’affame...

"Sa justice -c’est la vertu de justice- demeure à jamais", parce que, du fait qu’il donne, sa volonté de donner s’en augmente. Ou bien sa justice, c’est-à-dire la rétribution de sa justice, demeure à jamais. Prov. XI, 8 – A qui sème la justice, la récompense est assurée...

336. Il confirme la raison qu’il a dite par l’expé­rience : "Celui qui fournit la semence au semeur "... Vous avez éprouvé que cela même que vous donnez en aumônes, vous le tenez de Dieu. Donc vous devez le donner volontiers par amour de Dieu. 1 Par. XXIX, 14 – Tout est à toi, et nous t’avons donné ce que nous avons reçu de ta main.

Et il nous laisse entendre trois objections possibles. D’abord on pourrait dire : Si nous donnons maintenant ce que nous avons, la nécessaire nous manquera pour la subsis­tance journalière. Mais il écarte cette objection, parce que "Celui qui fournit la semence au semeur vous fournira aussi du pain", c’est-à-dire ce qui est nécessaire à la vie. Psaume CXXXV, 25 – Il donne du pain à toute chair.

Seconde objection : on pourrait dire que, si nous donnions beaucoup, nous n’aurions plus de quoi donner à nouveau. Ce que l’Apôtre nie en disant aux Corinthiens : rien ne vous manquera, car Dieu "multipliera votre semence", qui vous permettra des aumônes plus nombreuses.

Enfin voici la troisième : si nous donnons maintenant, nous épuiserons notre volonté de donner, et nous regretterons d’avoir donné; ainsi nous perdrons tout. Mais l’Apôtre répond : Il fera croître les fruits de votre justice, c’est-à-dire qu’Il augmentera en proportion vos ressources et votre volonté de faire des aumônes, d’où procède votre justice, parce que vous serez toujours disposés et empressés à faire l’aumône, et parce que les fruits seront considérables en comparaison de la petite semence. Prov. lu, 9 – Donne aux pauvres les prémices de toutes tes récoltes. Lev. XXV, 21 – Je répandrai ma bénédiction sur vous. 1 Tim. IV, 8 – La piété est utile à tout.

337. Ensuite par ces mots : "afin qu’enrichis de toutes manières"... il indique une raison de donner qui concerne les donateurs eux-mêmes; ici il exprime une autre raison pour laquelle, au regard de Dieu, ils doivent donner.

il exprime cette raison; il l’explique par ces mots (n° 339) : "car la dispensation de cette offrande"

338. Trois choses ici sont à considérer, dont la première est l’enrichissement des Corinthiens, qui répond aux considérations précédentes. En effet il avait dit plus haut : Il multipliera votre semence et Il fera croître les fruits de votre justice. Il résume d’abord ces mots en disant : "enrichis de toutes manières", c’est-à-dire tant dans les biens matériels que dans les biens spirituels. I Corinthiens 1, 5 – Vous avez été comblés de toutes sortes de richesses.

Et de peur qu’on ne croie que le but à poursuivre réside dans l’abondance des richesses temporelles, ou qu'on doive posséder les richesses spirituelles dans l’indolence, en les laissant sans emploi, c’est à celles-ci qu’il donne la première place, disant : "afin que vous abondiez en toute simplicité", c’est-à-dire une simplicité parfaite, une libéralité née d’une âme simple, de sorte que la libéralité procède des richesses temporelles et la simplicité des spirituelles. Prov. XI, 3 – La simplicité dirige les justes.

Mais cela même doit être rapporté à une autre fin, c’est-à-dire à Dieu. Aussi il ajoute en troisième lieu : "laquelle -c’est-à-dire cette libéralité simple- fait grâce à nous -par notre intermédiaire- monter des actions de grâces vers Dieu". 1 Thess. V, 18 – En toutes choses, rendez grâces...

339. Ensuite lorsqu’il dit : "Car la dispensation de cette offrande"... il éclaire la raison exprimée plus haut et montre comment leur libéralité provoque une action de grâces à Dieu.

Il montre ce que nous venons de dire.

Il expose les motifs de cette action de grâces (n° 341) : "ils glorifient Dieu"...

340. Voici son idée : je dis que votre libéralité provoque une action de grâces à Dieu, parce que "la dispen­sation de cette offrande", par laquelle vous portez secours aux saints, comporte des biens multiples, car "elle ne pourvoit pas seulement aux besoins des saints" quant aux choses temporelles. Supra, VIII, 14 – Que votre abondance supplée à leur dénuement...

Ce bienfait n’est donc pas le seul, il y a encore le fait qu’eux-mêmes prient pour vous et rendent grâces à Dieu, louant et approuvant votre ministère. C’est ce qu’il exprime en disant : "elle abonde - elle se développe- en actions de grâces", qui viennent d’une foule de gens, non seulement des parfaits, mais d’autres fidèles pauvres rendant grâces à Dieu "dans le Seigneur", qui la leur inspire lorsqu’ils voient et approuvent votre ministère. Supra, 1, 11 – Afin que ce don d’un grand nombre de personnes suscite l’action de grâces...

341. Le motif de cette action de grâces est triple. C’est d’abord la foi qu’ils ont reçue et qui lui fait dire qu’elle abonde en actions de grâces, car les fidèles "glorifiant Dieu de votre obéissance dans la profession de l’Évangile du Christ", c’est-à-dire dans la confession de votre foi, par laquelle vous proclamez que vous croyez dans le Christ. Matthieu V, 16 – Qu’ainsi votre lumière brille devant les hommes... Prov. XXI, 28 – L’homme obéissant sera victorieux dans ses paroles.

En second lieu leur libéralité. De là ses paroles : "Ils glorifiant Dieu de la simplicité avec laquelle vous faites part de vos dons", c’est-à-dire pour votre libéralité à l’égard des saints qui sont pauvres et à l’égard de tous les fidèles indigents, dont vous vous acquittez avec une âme simple et pure. Galates VI, 6 – Que celui à qui on enseigne la parole fasse part de tous ses biens à celui qui l’enseigne.

Enfin le don de Dieu, par lequel les saints eux-mêmes Lui rendent grâces pour les Corinthiens. Ils glorifient Dieu, dit-il, "dans leur prière pour vous", c’est-à-dire qu’ils glorifient Dieu de ce que eux-mêmes, les saints, priant pour nous. Ils désirent vous voir dans la béatitude éternelle, et cela, "à cause de la grâce éminente que Dieu a mise en vous".

342. Là dessus l’Apôtre éclate en actions de grâces : "Grâces soient rendues à Dieu pour son don ineffable", c’est-à-dire parce que tant de biens proviennent de votre ministère. "Je rends grâces à Dieu" de votre charité, qui paraît pleine de force en vous, puisque vous venez au secours de ceux qui ainsi rendent grâces à Dieu et prient pour vous.

Et ce don est ineffable, parce qu’on ne peut dire combien il est utile, car l’oeil n’a pas vu, l’oreille n’a pas entendu... les choses que Dieu a préparées pour ceux qui L’aiment.


suivant