6. Et vous savez bien ce qui empêche qu’il ne vienne, afin qu’il paraisse en son temps.
7. Car le mystère d’iniquité se forme dès à présent, attendant seulement pour paraître que celui qui l’arrête maintenant ait disparu.
8. Et alors se découvrira l’impie que le Seigneur Jésus détruira par le souffle de sa bouche, et qu’il perdra par l’éclat de son avènement.
9. Cet impie qui doit venir accompagné de la puissance de Satan, avec toutes sortes de miracles, de signes et de prodiges trompeurs,
10. Et avec toutes les illusions qui peuvent porter à l’iniquité ceux qui périssent...
I° L’Apôtre vient de prédire et d’annoncer la venue ainsi que le crime de l’Antéchrist; il explique ici la cause du retard de sa venue. Et d’abord, il leur déclare qu’ils savent quelle est cette cause; ensuite il la leur fait entrevoir mais d’une manière obscure ; (verset 7) : Car le mystère d’iniquité.
I. Il dit donc : Je vous ai enseigné qu’il faut que l’homme de péché soit manifesté ; (verset 6) : Ce qui le retient maintenant, c’est-à-dire la cause qui le fait tarder, vous le savez bien, car je vous l’ai dit déjà, en sorte que s’il tarde maintenant, c’est pour qu’il soit manifesté en son temps, c’est-à-dire, au temps qui est marqué ; (Ecclésiastique VIII, 6) : "Toutes choses ont leur temps et leurs moments favorables" et (Ecclésiastique III, 11) : "Tout ce que Dieu a fait est bon en son temps, etc."
II. Quand saint Paul ajoute (verset 7) : Car le mystère d’iniquité se forme dès à présent, etc., il indique la cause de ce retard. On explique de plusieurs manières le texte littéral. L’expression "mystère" peut en effet être placée ici soit au nominatif, soit à l’accusatif. Si elle est au nominatif, voici le sens : je dis afin qu’il soit manifesté en son temps, car dès ce temps même, ce mystère, c’est-à-dire cette oeuvre d’iniquité, que nous ne voyons encore que d’une manière figurée, s’opère dans les hypocrites, qui paraissent bons, et qui cependant sont méchants. Ce sont eux qui font l’office de l’Antéchrist ; (II Timoth., III, 5) : "Ils auront une apparence de piété, mais ils en ruineront le pouvoir". Voici le second sens : car Satan, sous la puissance duquel viendra l’Antéchrist, commence déjà à opérer en secret son mystère d’iniquité, par les persécuteurs et les séducteurs; les persécutions que subit l’Eglise dans le temps présent, sont la figure de la persécution de l’Antéchrist contre tous les justes et sont comme une ébauche imparfaite de la sienne ; (verset 7) : Seulement que celui qui l’arrête, etc. Il y a encore plusieurs manières d’expliquer ce passage. D’abord la Glose et saint Augustin (La cité de Dieu, 20, 19) disent que dans la pensée de quelques uns, Néron, le premier persécuteur des chrétiens, était l’Antéchrist, qu’il n’a pas été tué, mais soustrait, et qu’un jour il doit revenir. L’Apôtre condamne cette opinion en disant : seulement que celui qui l’arrête maintenant, l’Empire romain, l’arrête jusqu’à ce qu’il soit enlevé de ce milieu, c’est-à-dire jusqu’à ce qu’il meure. Mais cette explication manque de justesse, car un grand nombre d’années se sont écoulées déjà depuis que Néron est mort, ce qui arriva l’année même où mourut saint Paul. Il est donc préférable de rapporter à Néron, comme personnification publique de l’Empire romain, ces expressions : jusqu’à ce qu’il soit enlevé de ce milieu, c’est-à-dire jusqu’à ce que l’Empire romain ait disparu du monde ; (Isaïe, XXIII, 9) : "C’est le Seigneur des armées qui a résolu de le traiter de la sorte, pour renverser toute la gloire des superbes, et pour taire tomber dans l’ignominie, etc." Ou encore : seulement, que celui qui tient maintenant, c’est-à-dire qui a suspendu jusqu’à ce moment la venue de l’Antéchrist, le retienne et ne le laisse pas venir : comme s’il était nécessaire que quelques-uns viennent encore à la foi, et que quelques-uns s’en séparent. Saint Paul semblerait dire que ces éloignements et ces rapprochements qui l’empêchent de venir sont sous la puissance de celui qui le retient, jusqu’à ce que ce méchant disparaisse. Ou bien : que celui qui a maintenant la foi, la conserve, c’est-à-dire se montre ferme à la garder ; (Apoc., III, 11) : "Conservez ce que vous avez, de peur qu’un autre ne prenne votre couronne", jusqu’à ce qu’il soit enlevé de ce milieu, c’est-à-dire que l’assemblée des méchants, mêlée [encore aux bons], soit séparée et mise à part, ce qui se fera à la persécution de l’Antéchrist. Ou enfin : Seulement, etc., c’est-à-dire, en sorte que le mystère de l’iniquité, c’est-à-dire l’iniquité mystérieuse, garde ce qu’elle voile, jusqu’à ce qu’elle soit enlevée de ce milieu, c’est-à-dire jusqu’à ce que cette iniquité soit publiquement manifestée, et, au milieu qu’elle occupait, acquière une sorte de publicité. Car beaucoup commettront le mal encore en secret, mais leur iniquité sera un jour manifestée, parce que Dieu supporte les pécheurs tant que leur crime est caché, jusqu’à ce que ce crime devienne public. Alors il ne les supportera plus, comme on le voit par l’exemple des Sodomites (Gen., XIX, 24). Cependant, saint Augustin[3] avoue qu’il ne sait pas ce que l’Apôtre annonce aux Thessaloniciens que déjà ils savaient (verset 6) : Et vous savez bien ce qui empêche qu’il ne vienne. Il semble donc qu’il n’y avait pas grande nécessité à le savoir.
II° Quand S. Paul dit (verset 8) : Et alors se découvrira l’impie, etc., il fait connaître la venue de l’impie et son châtiment. D’abord sa manifestation, ensuite sa punition; sur la première partie, il dit : cet impie par excellence se découvrira alors, parce que son crime deviendra manifeste ; (verset 8), le Seigneur Jésus le détruira par le souffle de sa bouche ; (Isaïe, IX, 7) : "Le zèle du Seigneur des armées fera ce que je dis" : c’est le zèle pour sa justice, zèle qui est l’amour. Car le souffle du Christ, c’est son amour, et le zèle est celui de l’Esprit-Saint qui l’anime pour son Église. Ou encore : par le souffle de sa bouche, c’est-à-dire par ses ordres, parce que l’archange Michel doit mettre à mort l’Antéchrist sur le mont des Oliviers, d’où le Christ est monté aux cieux. C’est ainsi que l’empereur Julien fut frappé de mort par la main de Dieu. Voilà son châtiment dans le temps, car dans sa vie future il sera puni éternellement ; (verset 8) : "Il le perdra par l’éclat de son avènement," c’est-à-dire dans son avènement qui mettra tout en pleine lumière ; (Corinth., IV, 5) : "Il exposera à la lumière ce qui est caché dans les ténèbres, etc." ; (Ps. XXVII, 5) : "Il les abattra, etc." L’Apôtre dit, par l’éclat, parce que l’Antéchrist semblera obscurcir l’Église, et que les ténèbres disparaissent devant l’éclat de la lumière, car tout ce que l’Antéchrist aura voulu faire connaître, apparaîtra mensonger.
III° Quand S. Paul ajoute (verset 9) : Lui qui doit venir accompagné de la puissance de Satan, il prédit la puissance de l’Antéchrist, en deux points. Il explique d’abord quelle sera sa puissance pour séduire; ensuite il montre que la cause de cette puissance, se trouve dans la justice de Dieu (verset 10) : Parce qu’ils n’ont pas ouvert leur coeur. La première partie se subdivise en trois. L’Apôtre décrit premièrement l’agent de la puissance de l’Antéchrist; secondement le mode de la séduction; troisièmement il dit quels sont ceux qui se laisseront séduire.
I. L’agent de cette puissance, c’est Satan. Voilà pourquoi le Christ le détruira ; (I Jean, III, 8) : "Le Fils de Dieu est venu au monde, pour détruire les oeuvres du diable." C’est ce qui fait dire à saint Paul (verset 9), que l’Antéchrist doit venir, accompagné de la puissance de Satan, c’est-à-dire par son impulsion ; (Apoc., XX, 7) : "Satan sera délié; il sortira de prison; il séduira les nations, etc." En effet, l’Antéchrist accomplit ses oeuvres par l’impulsion de Satan, comme un possédé du démon, quand non seulement il pousse la volonté, mais empêche même l’usage de la raison, ce qui toutefois ne lui est pas imputé à crime parce qu’il n’a pas l’usage du libre arbitre. Mais il n’en est pas ainsi de l’Antéchrist, qui aura l’usage du libre arbitre, sur lequel Satan agit par suggestion, comme il est dit de Judas ; (Jean, XIII, 27) : "Satan entrera en lui," à savoir en le poussant au mal.
II. Voici comment l’Antéchrist trompera : premièrement par la puissance séculière; secondement en opérant des miracles.
1° Quant à la première manière, l’Apôtre dit (verset 9) : Par la puissance suprême, à savoir dans le siècle ; (Daniel, XI, 43) : "Il se rendra maître des trésors d’or et d’argent et de tout ce qu’il y a de plus précieux dans l’Egypte." Ou encore, par sa vertu simulée.
2° De la seconde, saint Paul dit (verset 9) : Par toutes sortes de signes et de prodiges. Les signes sont des choses merveilleuses, bien que peu considérables; les prodiges sont des choses extraordinaires, qui font reconnaître dans quelqu’un un pouvoir prodigieux et semblent le faire montrer du doigt au loin ; (Apocalypse, XIII, 13) : "Elle fit (la bête) de grands prodiges, jusqu’à faire descendre le feu du ciel sur la terre, etc." ; (Matth., XXIV, 24) : "Ils feront de grands prodiges et des choses étonnantes, jusqu’à séduire, s’il était possible, les élus eux-mêmes." L’Apôtre dit des prodiges trompeurs, soit parce qu’ils s’écartent de la raison véritable du fait, soit du caractère essentiel du miracle, soit de sa fin légitime. Le premier défaut se rencontre dans les prestiges, quand les démons illusionnent par les aspects des choses et font voir les objets autres qu’ils ne sont en réalité. Ainsi, par exemple, Simon le Magicien[4] fit couper le cou à un bélier, qui ensuite parut vivant, et décapiter un homme que l’on crut d’abord véritablement décapité, mais qui parut ensuite vivant, au point qu’on le crut ressuscité. Les hommes peuvent opérer de semblables effets, en changeant les apparences et en jetant dans l’erreur. En second lieu, on appelle improprement miracles les choses qui provoquent l’étonnement alors qu’on voit l’effet et qu’on ignore la cause. Un fait qui a une cause cachée à quelqu’un, dans le sens rigoureux, est considéré par ce quelqu’un comme merveilleux, mais n’est pas est à proprement parler un miracle; mais un fait qui a simplement une cause cachée est à proprement parler un miracle : sa cause est Dieu lui-même dans sa gloire, parce qu’il dépasse l’ordre tout entier de la nature créée. Quelquefois aussi il se passe des choses merveilleuses, qui ne vont pas au delà de l’ordre naturel, mais qui ont une cause occulte. Ce sont ces sortes de choses que font de préférence les démons, car ils connaissent les forces de la nature et ont une puissance déterminée pour certains effets spéciaux. Et c’est ce que fera l’Antéchrist : des choses qui n’ont pas le caractère propre du miracle, parce que les démons ne peuvent rien dans le règne supranaturel. Enfin, on donne le nom de miracle dans un troisième sens, aux faits destinés à rendre témoignage à la vérité de la foi, afin de ramener les fidèles à Dieu. (Marc, XVI, 20) : "Le Seigneur agissant avec eux, et confirmant sa parole par les miracles qui l’accompagnaient." Or, si l’on a reçu le don des miracles, et que l’on ne s’en serve pas dans ce but, les miracles certainement sont véritables quant au caractère du fait, et quant au caractère du miracle, mais ils sont faux quant à leur fin légitime et quant à l’intention de Dieu. Ceci toutefois ne se trouvera pas dans l’Antéchrist, parce que personne ne saurait faire des miracles véritables contre la foi, Dieu ne pouvant être témoin du mensonge. Donc quiconque prêche une doctrine fausse ne peut faire des miracles, bien que celui qui vit mal puisse en faire.
3. Quand enfin l’Apôtre dit (verset 10) : [Et avec toutes les illusions qui peuvent porter à l’iniquité] ceux qui périssent, il désigne ceux qui peuvent être séduits, c’est-à-dire, ceux qui selon la prescience divine vont à la perdition. (Jean XVII, 12) : "Et nul d’entre eux ne s’est perdu, si ce n’est le fils de perdition." Ils périssent, parce que (Jean X, 27) : "Mes brebis entendent ma voix."
[3] Saint Augustin rapporte aussi cette manière d’entendre ce passage de l’Apôtre : "Cette parole, néanmoins, dit : "Que celui qui tient, tienne toujours, jusqu’à ce qu’il se retire," ne pourrait-elle pas s’entendre de l’empire romain lui-même, comme si saint Paul disait que celui qui commande, commande toujours, jusqu’à ce qu’il se retire; en d’autres termes, jusqu’à ce qu’il soit retranché, et "alors se découvrira" l’impie ou l’Antéchrist sans difficulté. Le grand évêque cite encore l’interprétation de ces paroles "Les méchants et les hypocrites" (qui forment un peuple dans l’Eglise).
[4] Simon, surnommé "le Magicien" était originaire du pays de Samarie. Il séduisait le peuple par ses enchantements et ses prestiges. Une multitude incroyable s’attacha à lui, en l’appelant "la grande Vertu de Dieu". A la vue des miracles opérés par le Saint-Esprit à la voix des premiers prédicateurs de l’Evangile, il demanda et obtint le baptême; puis offrit de l'argent pour acheter la vertu de communiquer les dons divins. On connaît la réponse de Pierre. Le chef des Apôtres, indigné de tant d’audace : "Que ton argent périsse avec toi, dit-il, toi qui as cru que le don de Dieu pût s’acheter avec de l’argent !" (Act., VIII, V. 20.) De là le mot Simoniaque appliqué à ceux qui achètent ou vendent les choses spirituelles. Après le départ des Apôtres, Simon tomba dans des erreurs grossières dont il infecta plusieurs provinces. Enfin, il se fit une grande réputation à Rome, où il précéda saint Pierre. Il se disait le Fils de Dieu, et se vantait comme tel de pouvoir monter au ciel. Il le promit à Néron lui-même. Au jour indiqué, il se fit élever en l’air par le démon, mais saint Pierre et saint Paul s’étant mis à genoux et priant ensemble, en invoquant le nom de Jésus-Christ, les démons, épouvantés, abandonnèrent Simon. L’imposteur tomba, demeura étendu sur place, les jambes brisées. De douleur et de honte, il se précipita d’un comble très élevé, et périt ainsi misérablement. Ces faits sont déduits des témoignages de saint Justin, saint Ambroise, saint Cyrille de Jérusalem, saint Augustin, Isidore de Peluse, Théodoret, Dion Chrysostôme, Fleury, Histoire ecclésiastique, II; Feller, etc.
10. Parce qu’ils n’ont pas reçu et aimé la vérité pour être sauvés.
11. C’est pourquoi Dieu leur enverra des illusions si séduisantes qu’ils croiront au mensonge,
12. Afin que tous ceux qui n’ont pas cru à la vérité et qui ont consenti à l’iniquité soient damnés.
13. Mais quant à nous, mes frères chéris du Seigneur, nous nous sentons obligés de rendre pour vous à Dieu de continuelles actions de grâces, de ce qu’il vous a choisis les premiers pour vous sauver par la sanctification de l’Esprit, et par la foi de la vérité,
14. Vous appelant à cet état par notre Evangile, pour vous faire acquérir la gloire de Notre Seigneur Jésus-Christ.
15. C’est pourquoi, mes frères, demeurez fermes, et conservez les traditions que vous avez apprises, soit par nos paroles, soit par notre lettre.
16. Que Notre Seigneur Jésus-Christ et Dieu notre Père, qui nous a aimés et qui nous a donné par sa grâce une consolation éternelle, et une heureuse espérance,
17. Console lui-même vos coeurs, et vous affermisse dans toutes sortes de bonnes oeuvres, et dans la bonne doctrine.
I° Après avoir fait connaître quels sont ceux que pourra atteindre la séduction de l’Antéchrist, à savoir ceux qui, selon la prescience, vont à leur perte éternelle, saint Paul donne ici la raison de ce qu’il vient de dire. Il explique d’abord la cause de cette séduction, et comment les gens seront séduits ; ensuite comment les fidèles en seront délivrés (verset 12) : Mais quant à nous, etc…
I. Il explique donc en premier lieu la faute seulement; en second lieu, la punition avec la faute; en troisième lieu, la punition seulement. Telle est d’ailleurs la marche du péché. Premièrement le pécheur, en raison du démérite d’un premier péché, est abandonné par la grâce. Il tombe de là dans un autre péché, et ensuite il est puni éternellement.
1° Saint Paul dit donc que la cause pour laquelle ils seront séduits, c’est (verset 10) qu’ils n’ont pas voulu recevoir la vérité de l’Amour, c’est-à-dire la vérité de l’Evangile. (Jean VIII, 46) : "Si je vous dis la vérité, pourquoi ne me croyez-vous pas ?" ; (Job XXIV, 13) : "Ils ont été rebelles à la lumière." Il dit : L’amour de la vérité parce que si la foi n’est rendue vivante par la charité, elle n’est rien. (I Corinth., XIII, 2) : "Quand j’aurais toute la foi, au point de transporter les montagnes, si je n’avais pas la charité, je ne serais rien" ; (Galates VI, 15) : "En Jésus-Christ la circoncision ne sert de rien, ni l’incirconcision, mais la nouvelle créature." L’Apôtre donne à entendre quel est le fruit de la vérité, quand il dit (verset 10) : "pour être sauvés." ; (Romains V, 1) : "Etant donc justifiés par la foi, ayons la paix avec Dieu par Jésus-Christ Notre Seigneur, etc. "
2° La punition avec la faute, c’est leur séduction même, ce qui fait dire à saint Paul (verset 10) : C’est pourquoi Dieu leur enverra…, c’est-à-dire, permettra à l’oeuvre de l’erreur de venir jusqu’à eux. (Isaïe XIX, 14) : "Dieu a répandu au milieu de l’Egypte un esprit de vertige" ; (III Rois XXII, 22) : "J’irai, et je serai un esprit menteur dans la bouche de tous ses prophètes." C’est pourquoi l’Apôtre dit (verset 10) : En sorte qu’ils croiront au mensonge, c’est-à-dire à la fausse doctrine de l’Antéchrist. (Rom. II, 28) : "C’est pourquoi Dieu les a livrés à un sens dépravé, en sorte qu’ils ont fait des actions indignes."
3° La punition seule, c’est la damnation éternelle ; (verset 11) : Afin que tous ceux-là soient jugés, à savoir d’un jugement qui les condamnera ; (Jean, V, 29) : "Et ceux qui auront fait des oeuvres mauvaises sortiront des tombeaux ressuscitant pour leur condamnation, etc." Tous ceux, disons-nous, qui n’auront pas cru à la vérité ; car (Jean, III, 18) : "celui qui ne croit pas est déjà jugé."
II. Quand saint Paul dit ensuite (verset 12) : Mais quant à nous, il explique pourquoi les fidèles de Jésus-Christ seront délivrés. Et d’abord il rend grâces pour eux; ensuite il rappelle les grâces divines, au moyen desquelles ils sont délivrés de tels dangers.
1° Il dit donc : c’est ainsi que ces infortunés seront séduits; mais (verset 12) : nous, nous nous sentons obligés de rendre pour vous à Dieu de continuelles actions de grâces. (Romains I, 8) : "Premièrement, je rends grâces à mon Dieu pour vous tous, par Jésus-Christ, etc."
2° Il énonce ensuite deux bienfaits de Dieu, à savoir, l’élection divine, qui est éternelle, et la vocation, qui a lieu dans le temps ; (verset 13) : Vous appelant à cet état par notre évangile, etc."
A) Il dit donc (verset 12) : De ce que, pour parce que, il nous a choisis, à savoir, nous qui sommes ses apôtres, et vous comme fidèles ; (Ephés., I, 4) : "Il nous a élus en lui avant la création du monde, afin que nous fussions saints, etc." ; (Jean XV, 16) : "Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais c’est moi qui vous ai choisis." A l’égard de l’élection, l’Apôtre indique trois choses, à savoir : l’ordre des élus, la fin de l’élection, et le moyen d’atteindre cette fin. Ceux qui sont élus, ce sont tous les saints, depuis le commencement du monde ; (Deut., XXXIII, 3) : "Il a aimé les peuples. Tous les saints sont dans sa main." Mais les Apôtres en sont spécialement les prémices ; (Romains VIII, 23) : "Nous qui possédons les prémices de l’Esprit, etc." C’est pourquoi saint Paul dit (verset 12) : De ce qu’il nous a choisis comme les prémices de la foi. La fin de l’élection est le salut éternel. L’Apôtre dit donc (verset 12) : Pour vous sauver. (I Timoth., II, 4) : "Il veut que tous les hommes soient sauvés, etc." Or, l’oeuvre de notre salut s’opère, du côté de Dieu, par la grâce sanctifiante ; (verset 12) : Par la sanctification de l’Esprit Saint ; de notre côté, au moyen du consentement du libre arbitre, par la foi. L’Apôtre ajoute donc (verset 12) : Et par la foi de la vérité.
B) Quand il dit (verset 13) : A laquelle il vous a appelés par notre évangile, etc., saint Paul rappelle la seconde grâce qui est la vocation dans le temps, par Jésus-Christ, grâce qui suit l’élection ; (Romains VIII, 30) : "Et ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés, etc." Sur cette vocation, rappelez-vous la parabole (Luc XIV, 16) de celui qui fit un grand festin, etc. Saint Paul ajoute (verset 13) : par notre évangile, c’est-à-dire, par l’évangile que j’ai prêché. Mais à quel festin sommes-nous appelés ? (verset 13) : pour l’acquisition de la gloire de Notre Seigneur Jésus-Christ, c’est-à-dire pour que nous obtenions cette gloire.
II° (verset 14) : "C’est pourquoi, mes frères, etc." Saint Paul recommande de conserver la vérité. D’abord il fait sa recommandation; ensuite une prière (verset 15) : Que Notre Seigneur Jésus-Christ, etc."
I. Il commence par une recommandation, parce que nos actions dépendent du libre arbitre, et il fait une prière, parce que [notre volonté] a besoin du secours de la grâce. Il recommande donc d’abord de résister avec courage (verset 14) : Demeurez fermes dans la vérité ; (Galates V, 1) : "Demeurez fermes, et ne vous remettez pas de nouveau sous le joug de la servitude." Ensuite, il enseigne la manière de résister, (verset 14) : et conservez les traditions, c’est-à-dire les enseignements transmis par les anciens; car, parfois, les enseignements de ceux qui sont plus jeunes ne doivent pas être conservés, si, par exemple, ils sont opposés aux enseignements de la foi. (Matthieu XV, 6) : "Vous avez réduit à néant les commandements de Dieu par votre tradition." On doit conserver ces enseignements qui sont en rapport avec les commandements de Dieu. (verset 14) : que vous avez apprises. (Act., XVI, 4) : "Paul enseignait qu’ils devaient garder les ordonnances qui avaient été établies par les Apôtres et par les Anciens de Jérusalem." Or, les Apôtres ont transmis ces traditions de deux manières : de vive voix ; (verset 14) : soit par nos paroles, ou par écrit ; (verset 14) : soit par notre lettre. On voit manifestement par là, qu’il y a dans l’Église grand nombre de choses qui n’ont pas été écrites, et qui toutefois ont été enseignées par les Apôtres, et qui doivent donc être conservées. Car au jugement des Apôtres, il était de beaucoup préférable de laisser ces choses dans le secret, remarque Denys. C’est pourquoi saint Paul dit aux Corinthiens (I Corinthiens XI, 34) : "Je réglerai les autres choses lorsque je serai parmi vous."
II. L’Apôtre fait ensuite une prière (verset 15) : Que Notre Seigneur Jésus-Christ et Dieu notre Père, etc.. comme s’il disait : Telles sont mes recommandations, mais elles sont inutiles, si elles ne sont appuyées par le secours divin. Il rappelle donc d’abord deux bienfaits de Dieu : le premier, c’est son amour pour nous, qui l’a porté à nous combler de ses dons ; (verset 15) : qui nous a aimé ; le second, c’est la consolation spirituelle ; (verset 15) : et qui nous a donné par sa grâce une consolation éternelle ; (II Corinthiens I, 4) : "qui nous console dans tous nos maux; (Isaïe, XL, 1) : "Consolez-vous, mon peuple, consolez-vous." Il dit : une consolation éternelle, c’est-à-dire : et contre tous les maux qui menacent, et contre les maux à venir. Voilà pourquoi nous attendons (verset 15) : une heureuse espérance, c’est-à-dire le droit infaillible [à jouir] des biens éternels ; (I Pierre, I, 3) : "Selon la grandeur de sa miséricorde, il nous a régénérés, pour nous donner une vive espérance." Cette espérance nous vient de sa grâce, par laquelle nous avons la confiance d’obtenir la vie éternelle ; (Romains VI, 23) : "La grâce de Dieu, c’est la vie éternelle." Saint Paul demande pour eux l’exhortation qui n’est autre chose que le conseil déterminant l’âme à vouloir.
L’homme peut bien le donner extérieurement, mais il manquerait d’efficacité, si intérieurement il n'était aidé par le Saint-Esprit. Il dit donc (verset 16) : Qu’il exhorte vos coeurs, c’est-à-dire qu’il les pousse ; (Osée, II, 14) : "Je le mènerai dans la solitude, et je lui parlerai au coeur." Ensuite il demande le courage, c’est pourquoi il dit (verset 16) : et nous affermisse ; (Ps. LXVII, 29) : "O Dieu, affermissez ce que vous avez fait en nous" ; en d’autres termes : qu’il exhorte par sa grâce afin que nous voulions, et qu’il affermisse pour que nous voulions avec efficacité. Et cela (verset 16) : dans toutes sortes de bonnes oeuvres et dans la bonne doctrine. L’oeuvre devance le discours, car "Jésus a commencé par les oeuvres, puis il a enseigné" (Actes I, 1).