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PROLOGUE DE SAINT THOMAS

Rassemblez-vous, pour que je vous annonce les événements qui vont vous arriver, en ces jours prochains, etc. Ces paroles conviennent bien à cette épître. Deux points, en effet, y sont traités, qui s’accordent avec l’épître : ses effets, et son sujet. C’est pourquoi il est dit : pour que vous annonce, etc. Il s’agit en effet dans cette lettre des événements qui vont survenir en des jours prochains, et ils sont au nombre de trois : les dangers pour l’Église, au temps de l’Antéchrist : "Dans les derniers jours surviendront des moments difficiles, etc." (II Tim 3.1); les supplices subis par les méchants : "jusqu’au jour où je pénètrerai dans le sanctuaire divin, etc... "enfin, tu en as fait des choses trompeuses, tu les fais tomber dans le chaos" (Ps.LXXII, 17-18); enfin les récompenses pour les bons : "force et dignité forment son vêtement” (Prov.XXXI, 25). C’est de cela qu’il s’agit dans cette lettre. La nécessité s’en fait sentir, d’où : "rassemblez-vous". Ainsi s’opère, par cette épître, un rassemblement de tous ceux qui sont d’accord dans la vérité, car il y avait des désaccords au sujet du Jugement futur; c’est pourquoi l’Apôtre dit, dans sa première lettre aux Thessaloniciens (IV, 17) : "nous qui sommes vivants, etc." "Il rassemblera les déportés d’Israël” (Ps. CXLVI, 2). Rassemblement aussi des volontés, parce que, quand on considère que tout ce qui est bien matériel périra dans le nouvel état du monde, on peut comprendre la nécessité de se rassembler dans la recherche d’un bien unique : la récompense céleste : "rassemble ton coeur dans la sainteté" (Ecclés. XXX, 24). Rassemblement enfin des pensées, en vue d’une vérité solide : "Je viendrai rassembler toutes les oeuvres et toutes les pensées, afin de les réunir, etc. ". Sont donc révélés ainsi les fruits et le thème de cette épître : dans la première, l’Apôtre a prévenu les Thessaloniciens contre les persécutions passées, il les met ici en garde contre celles à venir.


CHAPITRE 1 — Salutation et espérance de la récompense
Leçon 1 — 2 Thessalonicuens 1, 1-5 : Paul rend grâces à Dieu du progrès des Thessaloniciens dans la Foi et dans les autres Vertus.

1. Paul, Sylvain et Timothée l’Eglise de Thessalonique, qui est en Dieu notre Père, et en Jésus-Christ notre Seigneur.

2. Que Dieu notre Père, et le Seigneur Jésus-Christ vous donnent la grâce et la paix.

3. Nous devons, mes frères, rendre pour vous à Dieu de continuelles actions de grâces; et il est bien juste que nous le fassions, puisque votre foi s’augmente de plus en plus, et que la charité que vous avez les uns pour les antres prend tous les jours un nouvel accroissement.

4 De sorte que nous nous glorifions en vous dans les Eglises de Dieu, à cause de la patience et de la foi avec laquelle vous demeurez fermes dans toutes les persécutions et les afflictions qui vous arrivent,

5. Qui sont les marques du juste jugement de Dieu, et qui servent à vous rendre dignes de son royaume, pour lequel aussi vous souffrez.

Cette Epître se divise en salutation et en traité épistolaire, à ces mots (verset 3) : Nous devons, mes Frères, rendre pour vous à Dieu de continuelles actions de grâces, etc.

I° L’Apôtre désigne d’abord les personnes qui saluent; ensuite celles à qui s’adresse la salutation; enfin les biens qu’il souhaite.

1. Les personnes qui saluent sont les mêmes qui sont nommées dans la première Epître. Elles sont toutes trois nommées, afin de donner plus d’autorité à cette lettre (verset 4). (Eccl. IV, 12) : "Un triple lien se rompt difficilement."

2. A l’Eglise de Thessalonique, en Dieu notre Père. Eglise veut dire assemblée. L’Eglise doit se réunir en Dieu, autrement c’est une mauvaise assemblée. De l’assemblée qui est sainte, il est dit (Ps. XLIX, 5) : "Assemblez devant lui ses saints, etc...". (verset 1) : Et en Jésus-Christ Notre Seigneur, c’est-à-dire, en sa foi ; (Romains V, 2) : "En Jésus-Christ nous avons accès par la foi à cette grâce dans laquelle nous sommes établis, etc."

3. S. Paul leur souhaite les dons spirituels. Et d’abord la paix, car elle est le principe de tous les dons ; (1 Corinth., XV, 10) : "C’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis." De plus la paix est la fin de l’homme ; (Ps. CXLVII, 14) : "Il vous a donné pour limites la paix, etc. " ; (verset 2) : …et données par Dieu notre Père, etc. ; (Jacq., I, 17) : "Toute grâce excellente et tout don parfait vient d’en haut et descend du Père des lumières, etc. " ; (verset 2) : et par le Seigneur Jésus-Christ ; (II S. Pierre, I, 4) : "C’est par lui qu’il a communiqué les grandes et précieuses grâces, etc.."

II° (verset 3) : "Nous devons, mes Frères, rendre à Dieu pour vous de continuelles actions de grâces." Ici commence le traité épistolaire. L’Apôtre, premièrement, instruit les fidèles de ce qui doit arriver dans les derniers jours; secondement, il les avertit familièrement sur quelques points, (III, 11) : Au reste, mes Frères, etc. De plus, saint Paul, avons-nous dit, instruit les fidèles en premier lieu de la récompense des bons et de la punition des méchants; en second lieu, des périls qui surviendront au temps de l’Antéchrist (II, 4) : Or, nous vous conjurons, mes Frères, etc. Premièrement, donc, il rend grâces de la manière dont ils se préparent au jugement futur; ensuite il décrit ce jugement même : (verset 6) : Car il est bien juste devant Dieu, etc. Son action de grâces évoque d’abord leurs progrès; ensuite il en fait ressortir les fruits, et enfin il en donne une marque.

I. Il dit donc (verset 3) : Nous devons, mes Frères, rendre grâces, etc. Comme il les avait loués, dans la première lettre, de leur foi, de leur charité et des autres vertus qui abondaient en eux, il dit ici (verset 3) : Nous devons, mes Frères, rendre à Dieu pour vous de continuelles actions de grâces, parce que ce que vous avez de bien, je le regarde comme s’il m’appartenait ; (III Jean v. 4) : "Je n’ai pas de plus grande joie que d’apprendre que mes enfants marchent dans la vérité." A Dieu, parce que sans lui on ne saurait rien faire de bien (verset 3) : Il est juste [que nous le fassions], parce que les dons pour lesquels nous rendons grâces sont d’un haut prix ; (II Macchabées I, 11) : "Dieu nous ayant délivrés de très grands périls, nous lui en rendons aussi de très grandes actions de grâces."

Quel est donc le motif ? C’est que les biens spirituels s’augmentent en vous, car on ne les garde pas sans péril, si l’on n’y progresse pas. Or, parmi ces dons de Dieu, le premier est la foi, par laquelle Dieu habite en nous, et dans laquelle nous avançons à mesure que nous recevons l’intelligence ; (Eph., III, 17) : "Que Dieu fasse habiter Jésus-Christ par la foi dans vos coeurs." Nous progressons donc par la connaissance, par la dévotion et par l’inhérence [du Verbe divin à notre âme]. Le second des dons est la charité, par laquelle Dieu est en nous en tant qu’effet ; (I Jean, IV, 16) : "Dieu est amour; ainsi quiconque demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu en lui." C’est ce qui fait que saint Paul en parle d’abondance ; (Prov., XV, 5) : "La justice abondante aura une grande vertu, etc.." ; (I Thessaloniciens IV, 9) : "Quant à ce qui regarde la charité fraternelle, nous n’avons pas besoin de vous en écrire, puisque Dieu vous a appris lui-même à vous aimer les uns les autres, etc. "

II. L’Apôtre exprime les effets de ce progrès, quand il dit (verset 4) : de sorte que nous nous glorifions en vous devant les autres, car ce qui est à vous, je le regarde comme à moi. En effet, le bien du disciple est la gloire du Maître ; (Prov., X, 1) : "Le fils qui est sage est la joie de son père, etc. " et (Prov., XVII, 6) : "Les enfants des enfants sont la couronne des vieillards, etc.." ; (II Corinth., IX, 2) : "je m’en glorifie devant…"

III. S. Paul donne ensuite la marque de ce même progrès, à savoir, la patience, qui se manifeste surtout dans les tribulations ; (Jacques I, 12) : "Heureux celui qui souffre patiemment les tentations." Or, deux choses sont à garder : dans les tribulations, la patience, afin de ne pas s’écarter de la foi ; (Jacques I, 4) : "La patience doit être parfaite dans ses oeuvres", et ensuite, au milieu même de la persécution, la foi ; (I Corinth., IV, 12) : "On nous persécute, et nous le souffrons." C’est ce qui fait dire à l’Apôtre (verset 4) : A cause de la patience et de la foi avec laquelle vous demeurez fermes dans toutes les persécutions et les afflictions qui vous arrivent. Les tribulations sont ainsi appelées du mot latin "tribulus", [plante piquante], parce qu’elles nous déchirent intérieurement par les afflictions ; (Gen., III, 18) : "La terre vous produira des épines et des ronces" ; (Ps. XXIV, 17) : "Ces afflictions se sont multipliées au fond de mon coeur." Or, les saints supportent des tribulations pour deux motifs, à savoir, par crainte des maux. Car si Dieu n’épargne pas les bons en cette vie, comment épargnera-t-il les méchants dans l’autre ? (I Pierre, IV, 17) : "Si Dieu commence son jugement par nous, quelle sera la fin de ceux qui rejettent l’évangile de Dieu, etc. ?" ; (Jérémie, XLIX, 12) : "Ceux qui ne semblaient pas devoir être jugés à la rigueur pour boire du calice d’affliction, etc." Ensuite pour augmenter leurs mérites. C’est pourquoi l’Apôtre dit (verset 5) : ...pour vous rendre dignes de son royaume, etc. Car ainsi qu’il est dit en saint Matthieu (XI, 12) : "Le royaume des cieux se prend par violence et les violents l’emportent" ; et (Luc XXIV, 26) : "Ne fallait-il pas que le Christ souffrît tous ces maux et qu’il entrât ainsi dans sa gloire ?" ; (Romains VIII, 17) : "Pourvu toutefois que nous souffrions avec lui, afin que nous soyons glorifiés avec lui." C’est pourquoi saint Paul dit (verset 5) : Pour lequel aussi vous souffrez. Car la tribulation que l’on souffre pour Dieu, rend digne du royaume de Dieu ; (Matthieu V, 10) : "Bienheureux ceux qui souffrent persécution, etc. " ; (I Pierre IV, 15) : "Que nul de vous ne souffre comme homicide, ou comme larron, ou comme médisant, ou comme envieux du bien d’autrui. "


Leçon 2 — 2 Thessalonicuens 1, 6-12b : la récompense ou le châtiment. Le courage dans l’épreuve.

6. Car il est bien juste devant Dieu qu’il afflige à leur tour ceux qui vous affligent maintenant;

7. Et qu’il vous console avec nous, vous qui êtes dans l'affliction, lorsque le Seigneur Jésus descendra du ciel, et paraîtra avec les anges, qui sont les ministres de sa puissance

8. Lorsqu’il viendra au milieu des flammes se venger de ceux qui ne con naissent pas Dieu et qui n’obéissent pas â l’Evangile de Notre Seigneur Jésus-Christ;

9. Qui souffriront la peine d’une éternelle damnation, par la face du Seigneur, et par la gloire de sa puissance;

10. Lorsqu’il viendra pour être glorifié dans ses saints, et pour se faire admirer dans tous ceux qui auront cru en lui, puisque le témoignage que nous avons rendu à sa parole, a été reçu de vous dans l’attente de ce jour-là.

11. C’est pourquoi nous prions sans cesse pour vous, et nous demandons à notre Dieu qu’il vous rende dignes de sa vocation, et qu'il accomplisse par sa puissance tous les desseins favorables que sa bonté a sur vous, et sur l’oeuvre de votre foi;

12. Afin que le nom de Jésus-Christ Notre Seigneur soit glorifié en vous, et que vous soyez glorifiés en lui par la grâce de Dieu et du Seigneur Jésus-Christ.

L’Apôtre a traité plus haut de leur mérite en vue du jugement futur, il traite ici de la forme de ce jugement. Et d’abord il dit ce qu’il sera par rapport à la punition des méchants et à la récompense des bons; ensuite il traite spécialement de chaque partie (verset 8) : Lorsqu’il viendra au milieu des flammes, etc. Il envisage donc d’abord le jugement premièrement dans la punition des méchants; secondement, dans la récompense des bons (verset 10) : Lorsqu’il viendra [pour être glorifié dans ses saints].

I° Quant à la première partie, il a dit plus haut : Ce que vous supportez, ce sont les marques du juste jugement de Dieu, etc. Il ajoute maintenant (verset 6) : Si toutefois il est juste, etc. Si, pour parce que. Aussi une autre version dit : puisque. Ou encore : si toutefois, se rapporterait à ce verset : en exemple du juste jugement, comme si l’Apôtre disait : il est juste que vous supportiez ces épreuves, si toutefois vous avez du mérite à cause de cela. La première expression littérale et la première explication sont préférables."Il est bien juste devant Dieu, qu’il rende, etc." ; (Ps. XCIII, 2) : "Faites éclater votre grandeur, vous qui jugez la terre. Rendez aux superbes ce qui leur est dû" ; (Isaïe, XXXIII, 1) : "Malheur à vous qui pillez. Ne serez-vous pas aussi pillés ?" [Qu’il rende donc (verset 6) à ceux qui vous affligent maintenant] leur rétribution, c’est-à-dire la damnation éternelle ; (Romains VIII, 35) : "Tribulation ? Angoisse, etc." ; (verset 7) Et qu’à vous qui êtes dans l’affliction, il vous donne la consolation ; (Luc, XVI, 25) : "Souvenez-vous que vous avez reçu vos biens dans votre vie, et que Lazare n’y a eu que des maux. C'est pourquoi il est maintenant dans la consolation et vous êtes dans les tourments" ; (Apoc., XIV, 13) : "Dès maintenant, dit l’Esprit, ils se reposeront de leurs travaux." [Et une consolation (verset 7)] semblable à la nôtre, c’est-à-dire une gloire égale.

Mais ceci est-il vrai ?

Nous répondons qu’il y a deux sortes d’égalité : l’égalité absolue de quantité et l’égalité de proportion. La première n’est pas rigoureuse quant à la participation de l’homme, mais elle l’est quant à la béatitude à laquelle le juste participe, et qui est Dieu lui-même, car l’homme participe à cette béatitude plus ou moins, selon qu’il aime Dieu avec plus ou moins d’ardeur. Dans la seconde, l‘égalité sera rigoureuse, et la gloire de saint Pierre, relativement à ses mérites et à la grâce qui lui a été donnée, est la même que la gloire de Lin pour ce qui lui est propre.

Vous recevrez, disons-nous, cette consolation (verset 7) : lorsque le Seigneur Jésus descendra du ciel, etc. ; (Jean, V, 22) : "Le Père a donné tout jugement au Fils," en tant que Fils de l’homme, d’où il suit qu'il lui a donné aussi le pouvoir d’exercer ce jugement. Il apparaîtra donc à tous dans la forme humaine; mais maintenant il n’apparaît pas encore comme tel, parce que son humanité est cachée dans la gloire de Dieu. Mais alors elle apparaîtra ; (Isaïe, XL, 5) : "Et la gloire du Seigneur se manifestera, etc. " Ce sera (verset 7) : quand il viendra avec les anges de sa puissance, c’est-à-dire, ses ministres ; (Matthieu, XXV, 3) : "Quand le Fils de l’homme viendra dans sa majesté accompagné de tous ses anges, etc."

II° (verset 8) : "Lorsqu’il viendra au milieu des flammes, etc." L’Apôtre traite ici des deux jugements, c’est-à-dire, de la punition des méchants et de la récompense des bons. Mais en ce qui concerne la punition des méchants, il la montre implacable, équitable et interminable.

I. Il dit donc : Lorsqu’il viendra se venger, c’est-à-dire condamner ceux qui doivent être punis, aux flammes du feu, qui doit dévorer la face de l’univers, envelopper les réprouvés, et les entraîner à jamais dans les abîmes ; (Ps. XCV, 3) : "Le feu marchera devant lui, etc." La punition sera équitable, à cause des deux crimes, à savoir, celui d’infidélité et celui d’une vie mauvaise. Du premier de ces crimes, l’Apôtre dit (verset 8) : de ceux qui ne connaissent pas Dieu, c’est-à-dire qui ne l’ont pas voulu connaître ; (Job, XXI, 14) : "nous ne voulons pas de la science de vos voies" ; (I Corinth., XIV, 38) : "Si quelqu’un veut ignorer, il sera lui-même ignoré, etc." Du second (verset 8) : Et qui n’obéissent pas à l’Evangile de Notre Seigneur Jésus-Christ ; (Romains X, 16) : "Mais tous n’obéissent pas à l'Evangile." La désobéissance est un péché si grave que c’est par elle que la mort est venue dans le monde, ainsi qu’il est dit au ch. V, 12, de l’Epître aux Romains. De plus cette punition sera longue, car (verset 9), ils souffriront la peine d’une éternelle damnation. On peut entendre ces paroles de deux manières,

1) en tant qu’il y a un double châtiment : la peine du sens et celle du dam. De la peine du sens on peut expliquer le texte ainsi : Ils souffriront, c’est-à-dire ils souffriront des peines éternelles, qui n’auront jamais de fin, et ce châtiment aura lieu à la mort, car ils mourront toujours. Il en est, en effet, autrement de ces peines et de celles de la vie. Ici-bas, plus les peines sont cruelles, plus elles sont limitées dans le temps, parce qu’elles s’épuisent, mais les peines de l’autre vie sont très lourdes, parce que ce sont les peines de la mort, et qu’elles n’ont pas de terme. C’est de là qu’il est dit qu’ils seront à jamais comme dans la mort ; (Ps. XLVI, 15) : "la mort les dévorera" ; (Isaïe LXVI, 24) : "Leur ver ne mourra pas." La peine du dam est de deux sortes : D’abord la privation de la vision de Dieu. C’est pourquoi l’Apôtre dit (verset 9) : Frappés par la face du Seigneur, c’est-à-dire éloignés de lui ; (Job, XIII, 16) : "Aucun hypocrite n’osera paraître devant ses yeux." Ensuite la privation de la vision glorieuse dont jouissent les saints ; (Isaïe, LXVI, 20) : "Que l’impie soit enlevé de ma présence et qu’il ne voie pas la gloire des saints, etc."

2) Ou bien encore autrement, par la face du Seigneur, etc. signifierait la cause de l’importance de la peine du sens ; cette peine, en effet, peut se modifier, soit qu’on paraisse devant un juge plus élevé, soit qu’on subisse l’action d’une puissance supérieure. Mais il n’y aura rien de semblable, car le jugement sortira de la face du Seigneur ; (Ps. XVI, 2) : "Que mon jugement sorte de votre visage, etc." Voilà pourquoi l’Apôtre dit : (verset 9) : Ils souffriront la peine, c’est-à-dire ils la supporteront quand elle sortira de la face du Seigneur.

II. Quand saint Paul ajoute (verset 10) : lorsqu’il viendra [pour être glorifié dans ses saints], il traite de la récompense des saints. Et d’abord ce qu’est cette récompense; ensuite quel est leur mérite ; (verset 10) : dans tous ceux qui auront cru en lui.

1° il exalte donc d’abord la gloire des saints, et quant à son essence, qui est une participation à la gloire de Dieu, en disant, (verset 10) : [Lorsqu’il viendra] pour être glorifié [dans ses saints]; et quant à sa grandeur, lorsqu’il dit (verset 10) : et pour se faire admirer. Il dit donc : Lorsqu’il viendra. Assurément le Christ est plein de gloire ; (Philippiens II, 11) : "Et que toute langue confesse que le Seigneur Jésus-Christ est dans la gloire de Dieu son Père" ; (verset 10) : pour être glorifié dans ses saints, parce que de lui-même le bien est porté à se communiquer. Ou encore : pour être glorifié dans ses saints, qui sont ses membres, dans lesquels il habite et dans lesquels aussi il est glorifié, puisque sa gloire, c’est-à-dire, celle du chef, s’étend jusque sur ses membres ; (Isaïe, XLIX, 3) : "Israël, vous êtes mon serviteur, et je me glorifierai en vous." Cette gloire dépassera toute admiration, ce qui lui fait dire (verset 10) : et pour se faire admirer. Car l’admiration c’est l’étonnement provenant de quelque chose de grand, qui frappe les sens. Or, la gloire des saints est si grande qu’elle ne peut être appréciée par l’opinion des hommes. C’est pourquoi saint Paul dit : et pour se faire admirer ; (Sagesse V, 2) : "Ils seront surpris d’étonnement en voyant tout d’un coup, contre leur attente, les justes sauvés, etc."

2° L’Apôtre considère ensuite leur mérite (verset 10) : Dans tous ceux qui auront cru en lui, etc. Et d’abord il envisage le mérite de la foi, ensuite le secours de la prière ; (verset 11) : C’est pourquoi.

1. Il dit donc : Telle sera cette gloire, (verset 10) : puisque le témoignage que nous avons rendu, en croyant à Jésus-Christ, a été reçu par vous en ce jour, c’est-à-dire à cause de ce jour, car le bien que nous opérons, c’est dans l’attente de ce jour. L’Apôtre dit : Ce témoignage qui est au-dessus de vous, c’est-à-dire, au-dessus de l’intelligence de l’homme. (Ecclésiastique III, 25) : "[Il vous a découvert] beaucoup de choses qui étaient au-dessus de l’esprit de l’homme, etc. " La foi, en effet, n’a plus de mérite là où la raison humaine fournit la démonstration. S’il n’y avait rien au dessus de votre portée, il n’y aurait pas grand mérite à croire. Ou bien encore il dit : Au-dessus de vous, c’est-à-dire qui vous domine, quand vous soumettez humblement votre intelligence pour croire ; (II Corinth., X, 5) : "Nous réduirons en servitude tout esprit afin de le soumettre à l’obéissance de Jésus-Christ." Ainsi l’explique la Glose. Ou encore, et d’une manière plus conforme à la lettre : Je dis que Jésus-Christ sera glorifié en vous qui avez cru, au jour de son jugement, quand les apôtres jugeront, et alors notre témoignage, que nous avons rendu sur vous, c’est-à-dire sur la promptitude de votre adhésion à la foi, sera certain et digne de croyance.

2. En ajoutant : (verset 11) : C’est pourquoi nous prions sans cesse pour vous, etc. l’Apôtre ajoute à ce qu’il a dit le suffrage de la prière. Premièrement il déclare ce qu’il demande; secondement, il dit à quelle fin ; (verset 11) : afin qu’il vous rende dignes de sa vocation ; troisièmement, par quel moyen ce qu’il demande peut être obtenu (verset 12) : par la grâce de Dieu.

A) Saint Paul fait une demande du côté de Dieu, et deux de notre côté. Il dit donc (verset 11) : C’est pourquoi, c’est-à-dire, à cause de ce jour, que nous aussi nous prions sans cesse pour vous ; (Romains I, 9) : "Sans intermission aucune, je me souviens de vous, demandant continuellement à Dieu dans mes prières" ; (I Rois, XII, 23) : "Pour moi, Dieu me garde de commettre ce péché contre lui, que je cesse jamais de prier pour vous."

B) Mais à quelle fin fait-il cette prière ? (verset 14) : Pour que notre Dieu vous rende dignes de sa vocation, c’est-à-dire qu’il vous donne à chacun de vivre dans le monde d’une manière digne de sa divine vocation ; (Eph., IV, 1) : "Je vous conjure de vous conduire d’une manière qui soit digne de l’état auquel vous êtes appelés." De notre côté, il demande deux choses ; l’une pour la volonté, c’est qu’ils jouissent, dans toute sa plénitude, de la bonté divine ; (verset 11) : Qu’il accomplisse par sa puissance, tous les desseins de sa bonté sur vous, c’est-à-dire qu’il accomplisse en vous, toute volonté pour le bien ; (Philipp., II, 13) : "C’est Dieu qui opère en nous le vouloir et le faire, selon qu’il lui plaît". L’autre pour l’intelligence, c’est-à-dire qu’ils croient parfaitement ; (verset 11) : "Et l’oeuvre de votre foi", dit-il ; (Romains X, 10) : "Il faut croire de coeur pour la justice, et confesser par ses paroles pour le salut." Et que vous le fassiez en toute vertu, c’est-à-dire avec une telle confiance et un courage tel que nulle crainte ne vous fasse cesser de lui rendre témoignage. Ou bien encore : C’est pourquoi, c’est-à-dire à cause de ce jour, que nous demandons à Dieu qu’il daigne vous donner ce à quoi il vous a appelés ; (I S. Pierre, III, 9) : "Vous avez été appelés, afin de recevoir, titre d’héritage, la bénédiction" et qu’il vous accorde tout le bien que vous désirez, lequel se trouve dans la vie éternelle, quand nous posséderons Dieu ; (Ps. CII, 5) : "Qui remplit vos désirs, en vous comblant de ses biens." Qu’il accomplisse aussi l’oeuvre de votre foi, ce qui se réalisera quand ce que nous voyons ici comme dans un miroir et en énigmes, nous le verrons face à face. Et à quelle fin ? (verset 12) : Pour que le nom de Notre Seigneur Jésus-Christ soit glorifié en vous, etc., c’est-à-dire afin que tout soit pour la gloire de Jésus et que par vous le nom de Jésus-Christ, tant dans la vie présente que dans la vie future, soit glorifié par le bien que vous aurez fait. (Matt V, 16) : "Que les hommes voyant vos bonnes œuvres glorifient votre Père qui est dans le ciel." Il est dit au contraire des méchants (Isaïe II, 5) et (Romains II, 24) : "Vous êtes cause, comme dit l’Écriture, que le nom de Dieu est blasphémé."

C) Mais par quel moyen pourrons-nous obtenir ces dons ? (verset 12) : par la grâce de notre Dieu, grâce qui est la racine d’où procède tout le bien que nous pouvons avoir ; (I Corinth., XV, 10) : "C’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis, etc. ."


CHAPITRE 2 — L'Antéchrist
Leçon 1 — 2 Thessaloniciens 2, 1-5 : L’Antéchrist, l’homme de péché.

1. Or, nous vous conjurons, mes frères, par l’avènement de Notre Seigneur Jésus-Christ, et par notre réunion avec lui,

2. Que vous ne vous laissiez pas légèrement ébranler dans votre sentiment, et que vous ne vous troubliez pas en croyant sur la foi de quelque esprit prophétique, ou sur quelque discours, ou quelque lettre qu’on supposerait venir de nous, que le jour du Seigneur soit près d’arriver.

3. Que personne ne vous séduise en quelque manière que ce soit; Car ce jour-là ne viendra pas que la révolte et l’apostasie ne soit arrivées auparavant et qu’on n’ait vu paraître cet homme de péché qui doit périr misérablement;

4. Qui s’opposant à Dieu, s’élève au-dessus de tout ce qui est appelé Dieu, ou qui est adoré, jusqu’à s’asseoir dans le temple de Dieu, voulant lui-même passer pour Dieu.

5. Ne vous souvient-il pas que je vous ai dit ces choses, quand j’étais encore avec vous ?

Saint Paul, dans le chapitre qui précède, a expliqué ce qui doit arriver, quant à la punition des méchants et à la récompense des bons; il annonce ici les périls qui attendent l'Eglise au temps de l’Antéchrist. Et d’abord il établit ce qui est vrai quant à ces périls futurs; il recommande ensuite de ne pas s’écarter de la vérité sur ce point. (verset 1.4) : C’est pourquoi, mes frères. Sur la première de ces questions, premièrement il rejette ce qui est faux; secondement, il enseigne ce qui est vrai (verset 3) : Car il faut auparavant, etc.

I° La première partie se subdivise en trois. D’abord l’Apôtre rappelle les raisons qui doivent les déterminer; ensuite il montre la détermination qu’ils ont à prendre (verset 2) : Que vous ne vous laissiez pas légèrement ébranler; enfin, il écarte ce qui pourrait les ébranler (verset 2) : En ajoutant foi à quelque esprit.

I. Les raisons par lesquelles il les détermine sont au nombre de trois. D’abord sa propre prière (verset 1) : Or, nous vous conjurons ; nous n’usons pas de commandements ; (Philémon, 8) : "Encore que je puisse prendre en Jésus-Christ une entière liberté de vous ordonner une chose qui est de votre devoir, néanmoins la charité fait que j’aime mieux vous supplier." Ensuite l’avènement de Jésus-Christ, désirable pour les bons, quoique terrible aux méchants ; (Amos V, 18) : "Malheur à ceux qui désirent le jour du Seigneur ! " ; (II Timoth., IV, 8) : "non seulement à moi, mais encore à tous ceux qui désirent son avènement, etc. " ; (Apoc., XXII, 20) : "Venez, Seigneur Jésus ! etc." Enfin, le désir et l’amour de toute l’assemblée des saints (verset 1) : Et par notre réunion avec lui. C’est-à-dire, là où est Jésus-Christ, parce que (Matth., XXIV, 28) : "partout où se trouvera le corps, les aigles s’assembleront." Ou encore en lui, c’est-à-dire dans le même, car tous les saints, et quant au lieu et quant à la gloire, seront réunis en lui ; (Ps. XLIX, 5) : "Assemble devant lui ses saints."

II. Mais à quoi l’Apôtre veut-il les déterminer ? (verset 2) : "Que vous ne vous laissiez pas légèrement ébranler dans votre sentiment." Autre chose est d’être détourné, autre d’être effrayé. On est détourné de son sentiment, quand on délaisse ce qu’on tenait d’abord. C’est comme si l’Apôtre disait : N’abandonnez pas légèrement ce que je vous ai enseigné. (Eccli., XIX, 4) : "Celui qui est trop crédule est léger de coeur." La frayeur est une sorte de trouble, accompagné de la crainte d’un danger. C’est ce qui fait dire à saint Paul (verset 2) : "Et que vous ne vous troubliez pas." (Job. XV, 21) : "Son oreille est toujours frappée de bruits effrayants." Si on lui dit : Paix, il redoute toujours des embûches ; (Sagesse, XVII, 10) : "Comme la méchanceté est timide, elle se condamne par son propre témoignage, etc.. "

III. Quand saint Paul ajoute (verset 2) : En croyant à quelque esprit, il écarte ce qui pourrait les ébranler. D’abord d’une manière spéciale; ensuite en général (verset 3) : "Que personne ne vous séduise, etc."

1° On peut être séduit par une fausse révélation, c’est pourquoi l’Apôtre dit (verset 2) : En croyant à quelque esprit, c’est-à-dire, si quelqu’un dit que quelque chose lui a été révélé par le Saint Esprit ou comme venant du Saint-Esprit, contre ma doctrine, (verset 2) : ne vous en troublez pas. (I Jean, IV, 1) : "Ne croyez pas à tout esprit." ; (Ezéch., XIII, 3) : "Malheur aux prophètes insensés, qui suivent leur propre esprit, et qui ne voient rien." Quelquefois aussi "Satan se transfigure en ange de lumière", ainsi qu’il est dit (II Corinth., XI, 14) et (I Rois, XXII, 22) : "J’irai, et je serai un esprit menteur dans la bouche de tous ses prophètes." En second lieu, par le raisonnement, ou par une fausse exposition de l’Ecriture, c’est pourquoi il dit (verset 2) : Ou à quelque discours. (II Tim, II, 17) : "Les discours qu’ils tiennent sont comme une gangrène" ; (Eph. V, 6) : "Que personne ne vous séduise par de vains discours." Troisièmement, par quelque autorité citée dans un mauvais sens ; (II Pierre, III, 15) : "Et c’est aussi ce que Paul, notre très cher frère, vous a écrit, selon la sagesse qui lui a été donnée; comme il fait aussi en toutes ses lettres, où il parle de ces mêmes choses, dans lesquelles il a quelques endroits difficiles à entendre, que les hommes ignorants et légers détournent en de mauvais sens, aussi bien que les autres Ecritures, etc. " Or, sur quoi étaient-ils séduits ? (verset 2) : Comme si le jour du Seigneur était près d’arriver. L’Apôtre dit (verset 2) : Pas même par quelques lettres qu’on supposerait venir de nous, parce que dans sa première lettre, à moins qu’on ne la comprenne correctement, il paraît dire que l’avènement du Seigneur est proche, par exemple, dans ce passage (II Thessaloniciens IV, 17) : "Pour nous autres qui sommes vivants, etc."            

2° En disant (verset 3) : Que personne ne vous séduise, etc. il fait la même recommandation en termes généraux ; (Luc XXI, 8) : "Prenez garde de ne vous laisser pas séduire, etc.." ; (I Corinth., XV, 33) : "Ne vous laissez pas séduire." Le motif qui porte saint Paul à prémunir les fidèles contre cette séduction sur le temps de l’avènement du Seigneur, c’est qu’un supérieur ne doit consentir en aucune manière à procurer quelque bien au moyen du mensonge ; (I Cor., XV, 15) : "Nous serons même convaincus d’avoir été de faux témoins, etc." C’est aussi que cette croyance, à savoir, que le jour du Seigneur est proche, était pleine de périls. D’abord, parce que c’eût été l’occasion d’une séduction plus grave : qu’après la mort des apôtres, il en était quelques-uns qui devaient prétendre être le Christ ; (Luc, XXI, 8) : "Plusieurs viendront en mon nom, disant : Je suis le Christ, etc." Et cela, l’Apôtre ne le veut pas. Satan a souvent voulu se faire passer pour le Christ, ainsi qu’on le voit dans la vie de saint Martin. Saint Paul ne veut pas laisser les fidèles exposés à ces séductions. Saint Augustin donne encore une autre raison. C’est qu’il y avait danger pour la foi, et qu’on pouvait dire, celui-ci : Le Seigneur viendra tard, et alors je me préparerai pour son avènement; celui-là : Le Christ viendra bientôt, je vais donc me préparer maintenant; un troisième : Je ne sais quand viendra le Christ. Ce dernier, sans doute avec plus de sagesse, puisqu’il est en accord avec le Christ lui-même. Celui qui dit : Il viendra bientôt, est davantage dans l’erreur, car, le terme passé, les hommes se laisseraient aller au désespoir et regarderaient comme faux ce qui est écrit.

II° (verset 3) : "Il faut d’abord que l’apostasie se fasse, etc.," Saint Paul établit ici ce qui est vrai. En premier lieu, il explique ce qui doit arriver lors de la venue de l’Antéchrist. Il y aura deux événements, dont l’un précédera la venue de l’Antéchrist, l’autre sera la venue même de l’Antéchrist.

I. L’événement qui précédera est l’apostasie qu’on explique de diverses manières, dans la Glose. On dit d’abord que ce sera l’apostasie de la foi. La foi, en effet, dans les temps à venir devait être reçue dans le monde entier ; (Matthieu XXIV, 14) : "Cet évangile du royaume des cieux sera prêchée dans toute la terre."

Voilà donc ce qui précédera, et suivant saint Augustin, cela n’est pas encore accompli. Mais le temps venu, un grand nombre se sépareront de la foi, etc. (I Tim., IV, 1) : "Dans les temps à venir, quelques-uns abandonneront la foi, etc." (Matthieu XXIV, 12) : "La charité de beaucoup se refroidira." Ou bien, on peut entendre par séparation celle de l’empire romain, auquel l’univers entier était alors soumis. Saint Augustin dit que cette séparation est figurée au ch. II du prophète Daniel, 31-35, par la statue qui désigne les quatre royaumes, et après ces quatre royaumes, arrivera l’avènement du Christ. Cette figure était pleine de vérité, parce que l’empire romain fut établi pour qu’à l’ombre de sa puissance, la foi fût prêchée dans tout l’univers.

Mais comment cela serait-il vrai, puisque depuis longtemps déjà les nations se sont séparées de l’empire romain, sans toutefois que l’Antéchrist soit encore venu ? Il faut dire que l’empire romain n’a pas cessé encore, mais que de royaume temporel qu’il était, il est changé en royaume spirituel, comme le pape saint Léon l’a remarqué dans son sermon sur les Apôtres. Disons donc que la séparation de l’empire romain doit être entendue, non pas seulement dans le sens temporel, mais dans le sens spirituel, c’est-à-dire de l’apostasie de la foi catholique dans l’Eglise romaine. Et le signe donné est de toute justesse, car de même que le Christ est venu au temps où l’empire romain dominait sur tous les peuples, ainsi, dans un sens opposé, le signe de la venue de l’Antéchrist sera la séparation des peuples d’avec l’empire romain.

II. L’Apôtre prédit le second de ces futurs événements, c’est-à-dire la venue de l’Antéchrist lui-même. Et d’abord en ce qui regarde son crime et son châtiment, ensuite quant à l’étendue de sa puissance ; (verset 9) : Celui qui doit venir, etc. Sur la première de ces questions, saint Paul indique d’abord en général et d’une manière implicite le crime et la punition de l’Antéchrist; il explique ensuite l’un et l’autre (verset 4) : Qui s’opposant à Dieu, s’élève, etc.

1° Il dit donc (verset 3) : L’apostasie se fera donc d’abord, et on verra paraître, etc. L’Antéchrist est appelé l’homme de péché et le fils de perdition, dit la Glose, parce que de même qu’abonda dans le Christ la plénitude de la vertu, la multitude de tous les péchés abondera dans l’Antéchrist, et comme le Christ est au-dessus de tous les saints, l’Antéchrist est pire que tous les méchants. Voilà pourquoi saint Paul l’appelle l’homme de péché : c’est qu’il sera entièrement livré au péché. Toutefois, cette expression homme de péché, ne veut pas dire que l’Antéchrist ne pourrait pas être pire, car jamais le mal ne corrompt complètement le bien; néanmoins, sous le rapport des actes, l’Antéchrist ne pourra pas devenir pire, tandis que nul homme ne saurait jamais dépasser en bonté Jésus-Christ. Il est appelé aussi le Fils de perdition, c’est-à-dire, descendu au dernier degré de perdition ; (Job, XXI, 30) : "Le méchant est réservé pour le moment où il doit périr, et Dieu le conduira jusqu’au jour où il doit répandre sur lui sa fureur." Ou encore de perdition, c’est-à-dire, fils de Satan, non par nature, mais en raison du dernier degré de malice, que Satan viendra compléter en lui. L’Apôtre dit aussi sera révélé, parce que de même que toutes les bonnes oeuvres et les vertus des saints, qui ont précédé le Christ, ont été la figure de Jésus-Christ, ainsi dans toutes les persécutions de l’Eglise, les persécuteurs ont été comme la figure de l’Antéchrist qui s’est caché en eux. Toute la malice donc, qui est cachée en eux, sera manifestée dans ce temps.

2° Quand saint Paul dit (verset 4) : Qui s’opposant à Dieu, etc… il explique ce qu’il vient de dire. Et d’abord il montre comment l’Antéchrist sera l’homme de péché; ensuite comment il sera le fils de perdition : (V. 8) : Et alors se découvrira l’impie. Il indique donc premièrement le crime dont il se rendra coupable; secondement, il en assigne la cause (verset 6) : Et maintenant vous savez bien. Dans cette première subdivision, d’abord il caractérise le crime; ensuite il rappelle qu’il n’annonce pas une doctrine nouvelle (verset 5) : Ne vous souvient-il pas ?

1. Il fait ressortir la grandeur du crime; puis il donne une marque pour le reconnaître (verset 4) : Jusqu’à, etc."

A) Le crime de l’Antéchrist est de deux sortes. C’est d’abord de s’opposer à Dieu (verset 4) : Qui s’oppose à tout bon Esprit ; (Job, XV, 20) : "Il a couru contre lui le cou raide, la tête couverte de graisse, il s’est armé comme font tous ses partisans" ; (Isaïe, III, 8) : "Leurs paroles et leurs oeuvres se sont levées contre le Seigneur, pour éviter les yeux de Sa Majesté." La seconde iniquité c’est de se préférer au Christ (verset 4) : Et s’éleve, etc. Or, Dieu est dit tel dans un triple sens. D’abord à raison de la nature ; (Deutéronome, VI, 4) : "Ecoute, Israël, le Seigneur ton Dieu est le seul Seigneur !" Ensuite à raison de l’opinion ; (Ps. XCV, 5) : "Tous les dieux des nations sont des démons." Enfin, par participation ; (Ps. LXXXI, 6) : "J’ai dit : Vous êtes des dieux." Or, l’Antéchrist se préfère à tous, (Daniel, XI, 36) : "Il s’élèvera (Antiochus[1]) et il portera le faste de son orgueil contre tout Dieu, il parlera insolemment contre le Dieu des dieux."

B) L’Apôtre indique le signe auquel on reconnaîtra le crime de 1’Antéchrist, quand il dit (verset 4) : Jusqu’à s’asseoir dans le temple, etc. Car l’orgueil de l’Antéchrist dépassera l’orgueil de tous ceux qui l’auront précédé. De même qu’on rapporte de l’empereur Caïus[2], qu’il voulut, de son vivant, se faire adorer, en mettant sa statue dans un temple quel qu’il soit, dans celui du roi de Tyr, dit Ezéchiel XXVI, 2 : "Parce que vous avez dit : Je suis Dieu, etc." Aussi est-il croyable que l’Antéchrist agira de même, prétendra être Dieu et Homme.

En signe de cela, il viendra s’asseoir dans le temple. Mais dans quel temple viendra-t-il s’asseoir ? Le temple [de Jérusalem] n’a-t-il pas été détruit par les Romains ? Quelques écrivains disent que l’Antéchrist est de la tribu de Dan, qui n’est pas nommée parmi les douze tribus, au chapitre septième de l’Apocalypse, 5-8. Les Juifs le recevraient d’abord, le temple de Jérusalem serait rebâti, et ainsi s’accomplirait ce qui est dit au prophète Daniel (IX, 27) : "L’abomination de la désolation sera dans le temple; on y verra aussi l’idole" ; (Matth., XXIV, 15) : "Quand donc vous verrez dans le lieu saint l’abomination de la désolation qui a été prédite par le prophète Daniel, que celui qui lit entende bien ce qu’il lit." D’autres écrivains prétendent que jamais ni Jérusalem, ni le temple ne seront rebâtis, et que la désolation durera jusqu’à la consommation de la fin. C’est aussi le sentiment de quelques Juifs. On explique donc dans le temple de Dieu par l’Église, car beaucoup, parmi les enfants de l’Église, recevront l’Antéchrist. Ou bien encore, suivant saint Augustin jusqu’à ce qu’il vienne s’asseoir dans le temple de Dieu, c’est-à-dire qu’il y ait la puissance et la domination, en sorte qu’il forme lui-même avec ses envoyés comme le temple de Dieu, ainsi qu’il en est du Christ et de ceux qui croient en lui.

2. Quand enfin saint Paul dit (verset 5) : Ne vous souvient-il pas que je vous ai dit ces choses, lorsque j’étais encore avec vous, il témoigne qu’il n’écrit rien, qui soit nouveau; comme s’il disait : Autrefois, quand j’étais au milieu de vous, je vous ai déjà dit ces choses. (I S. Jean, II, 7) : "Je ne vous écris pas un commandement nouveau; mais le commandement ancien que vous avez reçu dès le commencement; (II Corinth., X, 11) : "Tels nous parlons dans nos lettres étant absents, tels nous sommes dans nos actions quand nous sommes présents, etc."


[1] Antiochus IV, surnommé Epiphane (illustre), est le plus jeune des fils d’Antiochus le Grand. Cet Epiphane se rendit fameux par sa haine implacable contre les Juifs, par la prise de Jérusalem, dont il profana le temple, par le sacrifice qu’il y fit offrir à Jupiter Olympien, l’enlèvement des vases sacrés, le cruel martyre d’Eléazar et des sept frères Macchabées. Tant de crimes le firent passer pour l’Antéchrist; il en fut du moins la figure. Vaincu par Judas Macchabées, et rendu plus furieux encore par une maladie effroyable d’entrailles, il se prit d’une haine nouvelle contre les Juifs. Il donnait des ordres pour qu’on pressât davantage son voyage, afin d’exécuter ses projets de vengeance. Quand il tomba de son chariot, de son corps meurtri sortirent des vers; les chairs lui tombaient par lambeaux avec une odeur si infecte que son armée n’en pouvait supporter la puanteur. Il fit alors de grandes promesses, mais inspirées par ses craintes et par sa douleur. L’écrivain sacré a dit de lui cette parole effrayante : "Or ce scélérat priait le Seigneur de qui il ne devait pas recevoir miséricorde" (II Mach., IX.)

[2] L’empereur Caïus Caligula abusa de sa bonne fortune et se gonfla d’orgueil au point qu’il se persuada être un Dieu et voulut qu’on lui en donnât le nom. Il priva l’empire, par sa cruauté, d’un grand nombre des plus illustres Romains, et fit éprouver à la Judée des effets de son effroyable impiété. Il envoya Pétrone à Jérusalem avec une armée et un ordre exprès de mettre ses statues dans le temple de Jérusalem, de tuer tous les Juifs qui auraient la hardiesse de s’y opposer, et de réduire en servitude le reste du peuple. Pétrone s’empressa d'obéir, mais il ne put résister aux supplications et à la douleur des Juifs. "II faut auparavant, s'écriaient-ils, nous égorger tous, avec nos femmes et, nos enfants." Il sursit à l’exécution des ordres de l’empereur, et il eût à payer cher sa commisération, mais avant que les lettres impériales fussent arrivées, retardées qu'elles avaient été par les vents contraires, Caïus était assassiné. (Josèphe, Guerre des Juifs, liv. II, ch. XVI)


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