11. C’est pour cela que j’ai été établi prédicateur, apôtre et maître des nations.
12. Et c’est aussi ce qui m’a attiré les maux que je souffre; mais je n’en rougis pas : car je sais qui est celui à qui je me suis confié, et je suis persuadé qu’il est assez puissant pour me garder mon dépôt jusqu’à ce grand jour.
13. Proposez-vous pour modèle les saines instructions que vous avez entendues de moi, touchant la foi et la charité qui est en Jésus-Christ.
14. Gardez, par le Saint-Esprit qui habite en nous, l’excellent dépôt qui vous a été confié.
15. Vous savez que tous ceux qui sont en Asie se sont éloignés de moi : Phigelle et Hermogène sont de ce nombre.
16. Que le Seigneur répande sa miséricorde sur la famille d’Onisiphore parce qu’il m’a souvent soulagé, et qu’il n’a pas rougi de ses chaînes
17. Mais qu’étant venu à Rome, il m’a cherché avec grand soin, et il m’a trouvé.
18. Que le Seigneur lui fasse la grâce de trouver miséricorde devant lui en ce jour ; car vous savez mieux que personne combien d’assistance il m’a rendu à Ephése.
L’Apôtre, dans ce qui précède, a recommandé à Timothée de se livrer avec sollicitude à la prédication [de l’Evangile] de Jésus-Christ, il l’y engage ici par son exemple. I° Il propose cet exemple ; II° il l’exhorte à le suivre (verset 13) : "Proposez-vous pour modèle [les saines instructions], etc.;" III° il établit la nécessité de le suivre, (verset 45) : "Vous savez, etc."
I° Sur le premier de ces points, I. il expose quels sont les devoirs de sa charge ; II. il montre ce qu’il a à souffrir, pour s’en acquitter (verset 12) : "Et c’est aussi…" III. Il montre la certitude de son espérance, (verset 12) : "Et je suis persuadé, etc."
I. Il décrit donc sa charge, sous trois rapports, en disant qu’il est "établi prédicateur" afin d’exciter aux bonnes moeurs (ci-après, IV, 2) : "Annoncez la parole de Dieu; pressez les hommes à temps et à contretemps;" (Marc, XVI, 15) : "Prêchez l’Evangile à toute créature." Il est "apôtre" pour gouverner l’Eglise, car les Apôtres en sont les chefs spirituels (Galat., II, 8) : "Car celui qui a agi efficacement en Pierre, pour le rendre apôtre des circoncis, a agi efficacement en moi pour me rendre apôtre des Gentils." Il est "docteur", établi pour enseigner la sainteté de la foi, et la connaissance de Dieu (I Timothée, II, 7) : "Docteur des Gentils, dans la foi et dans la vérité;" (Joël II, 23) : "Et vous, enfants de Sion, soyez dans des transports d’allégresse; réjouissez-vous dans le Seigneur notre Dieu, parce qu’il vous a donné un maître qui vous enseignera la justice." L’Apôtre dit (verset 11) : "C’est pour cela que j’ai été établi prédicateur." Notez ici trois choses : d’abord qu’il ne s’est pas arrogé lui-même ce ministère, mais qu’il a été établi de Dieu. (Hébr., V, 4) : "Et nul ne s’attribue à soi-même cet honneur, mais il faut y être appelé de Dieu comme Aaron;" ensuite dans son investiture on reconnaît l’ordre ; enfin la solidité, car établi selon l’ordre rationnel, il est demeuré ferme (Jean, XV, 16) : "Je vous ai établi, afin que vous alliez [rêcher ma doctrine], que vous rapportiez du fruit, et que votre fruit demeure;" (Juges, V, 20) : "Les étoiles demeurant dans leur rang et dans leur cours ordinaire,…"
II. Quand Paul dit ensuite (verset 12) : "Et c’est aussi [ce qui m’a attiré les maux], etc.," il rappelle ce qu’il souffre pour accomplir son ministère, en disant : Ces adversités, c’est-à-dire ces chaînes et ces ennuis, je les supporte pour la foi de Jésus-Christ (ci-après, II, 9) : " je souffre beaucoup de maux, jusqu’à être dans les chaînes…" Il dit : "C’est pour cette cause," parce que souffrir simplement n’est pas un titre de louange, il faut souffrir pour une juste cause (Mt V, 10) : "Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice." Et c’est aussi pour cela que (verset 12) : "je n’en rougis pas," car il n’y a plus de confusion pour celui qui souffre pour la justice (I Pierre, IV, 15) : "Que nul de vous ne souffre comme homicide, ou comme voleur, ou comme malfaiteur, ou comme envieux du bien d’autrui. S’il souffre comme chrétien, qu’il n’en ait pas de honte, etc." (A c V, 41) : "Les Apôtres sortirent [du conseil] tout remplis de joie,…"
III. Quand il dit (verset 12) : "Car je sais…" Paul exprime la certitude de sa foi, ce qui fait qu’il n’est pas confondu. Or, cette certitude repose aussi sur la grandeur de Dieu, qui lui a fait cette promesse. Il dit donc (verset 12) : "[Car je sais] à qui je me suis confié." Remarquez qu’en un sens se confier est un acte de foi. Le voici : "Je sais, etc.," c’est-à-dire je sais que celui qui a promis "est véritable et puissant" pour accorder la vie éternelle, qu’il a promise à celui qui persévérerait fidèlement.
On objecte qu’il suit de là que la science et la foi sont une seule et même chose; également que ce qui est su et ce qui est cru ne sont qu'un, ce qui est impossible, puisqu’il est de l’essence de ce qui est su d’être vu, et de l’essence de ce qui est cru de n’être pas vu.
Nous répondons qu’il y a dans la foi deux choses, à savoir ce que l’on croit et celui à qui l’on croit. De ce que l’on croit on ne saurait avoir la science, parce qu’alors le caractère essentiel de l’objet de la foi disparaîtrait. Mais à l’égard de celui auquel on croit, on peut avoir cette science, parce qu’on sait par la plus évidente des raisons, que Dieu est véritable. C’est dans ce sens que l’Apôtre dit (verset 12) : "[Je sais] à qui je me suis confié" (1 Jean, IV, 1) : "Ne croyez pas à tout esprit, mes bien aimés, mais éprouvez si les esprits sont de Dieu;" (Prov., XIV, 15) : "L’imprudent croit tout ce qu’on lui dit."
On peut encore, dans un autre sens, entendre : croire à la foi de celui à qui on a confié son être, et ce sens paraît ici plus probable. Comme si Paul disait : "si j’ai confié" et ma personne, et mes travaux, et mes souffrances, c’est-à-dire, si je les ai remis entre les mains de Dieu, (verset 12) : "je sais qu’il est assez puissant pour me garder mon dépôt." Remarquez que le mot dépôt peut s’interpréter de deux manières. D’abord dans ce sens : ce que j’ai déposé. C’est ainsi que l’homme remet entre les mains de Dieu le dépôt de son salut, quand il se confie à Dieu sans réserve (I Pierre, V, 7) : "Jetant dans son sein toutes vos sollicitudes, parce qu’il a soin de vous;" (Psaume LIV, 23) : "Abandonnez au Seigneur le soin de ce qui vous regarde, et lui-même vous nourrira." L’homme fait encore le dépôt de ses oeuvres, quand il ne reçoit pas aussitôt sa rémunération, qui est remise à plus tard. Dans ce sens, celui qui fait le bien le dépose entre les mains de Dieu, et cela « jusqu’au jour où » Dieu jugera ce qui est caché dans le coeur des hommes", jour où Dieu rendra le salaire de leurs labeurs. (Sag., X, 17) et (Isaïe, III 10) : "Dites au juste qu’il espère, parce qu’il recueillera le fruit de ses oeuvres." Ou bien encore le dépôt, c’est la charge qui m’est confiée, à savoir, le ministère de prêcher l’Evangile (Actes IX, 15) : "Cet homme est un instrument que j’ai choisi pour porter mon nom, etc." Dieu est également puissant, pour conserver son apôtre jusqu’à sa mort.
II° Quand Paul ajoute (verset 13) : "Proposez-vous pour modèle [les saines instructions que vous avez entendues de moi], etc.," il engage Timothée à l’imiter. Il y a ici deux manières de lire le texte. L’une dit : "ayez;" l’autre ; "ayant." Si on lit : "ayant," Paul exprime la convenance de ce qu’il propose à Timothée, en l’invitant à suivre son exemple. En second lieu, il l’engage à l’imiter (verset 14) : "[Gardez par le Saint-Esprit] l’excellent dépôt, etc."
I. Or, l’Apôtre était un excellent modèle à imiter sous deux rapports, à savoir, quant à l’enseignement, pour ce qui regarde la connaissance. Il dit donc (verset 13) : "Les saines instructions, etc.;" ensuite quant à la vertu, c’est pourquoi il ajoute (verset 13) : "Touchant la foi et la charité." Il dit donc vous n’avez pas d’excuse, si vous ne supportez pas, même jusqu’aux chaînes, comme je l’ai fait, "ayant," ainsi que vous l’avez, le modèle de saines instructions, c'est-à-dire qui ne sont corrompues par aucune erreur ; (Tite II, 1) : "Pour vous, instruisez d’une manière qui soit digne de la saine doctrine." C’est avec raison que cette doctrine est appelée "saine," car elle est véritablement sans corruption, puisqu’elle nous guérit. L’Apôtre ajoute (verset 13) : "Que vous avez entendues de moi," comme s’il disait : vous n’êtes pas trompé, car je vous ai transmis ce que j’ai appris de Jésus-Christ (1 Co XI, 23) : "Car c’est du Seigneur que j’ai appris ce que je vous ai enseigné, etc.;" (Luc, X, 16) : "Celui qui vous écoute m’écoute." Et cela (verset 13) : "Touchant la foi et la charité." En effet, celui qui connaîtrait toutes les saines instructions et ne croirait pas, n’acquerrait aucune aptitude au bien et ne serait pas animé par l’amour, car il s’écarterait facilement de la doctrine, soit dans l’adversité, soit dans la prospérité (Hébr., X, 6) : "Sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu ; (I Jean, III, 14) : "Celui qui n’aime pas demeure dans la mort." Et (verset 13) : "[Touchant la charité] qui est en Jésus-Christ," parce que la foi aux enseignements de Jésus-Christ est la foi véritable, et parce que le véritable amour est en Jésus-Christ qui nous a donné le Saint-Esprit par lequel nous aimons Dieu.
II. Ayant donc ce modèle (verset 14) : "[Gardez par le Saint-Esprit qui habite en nous] l’excellent dépôt [qui vous a été confié]," c’est-à-dire ce dépôt que je vous ai remis, à savoir, le ministère de la prédication, en sorte que jamais vous ne vous écartiez de la vérité et ne renonciez en aucun temps, par crainte, au devoir d’annoncer la vérité (Prov., IV, 23) : "Appliquez-vous, avec tout le soin possible, à la garde de votre coeur;" (I Timothée VI, 20) : "O Timothée, gardez le dépôt." Et gardez-le avec un secours puissant, à savoir, celui du Saint-Esprit, "qui habite en nous" (I Cor., III, 16) : "Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ?" En lisant le texte de la seconde manière, l’Apôtre fait à Timothée deux recommandations : la première de garder la saine doctrine; la seconde d’y persévérer.
III° Quand il dit ensuite (verset 15) : "Vous savez [que tous ceux qui sont en Asie], etc.," Paul démontre la nécessité de la recommandation qu’il a faite, en rappelant la chute et le progrès des autres. Quand, en effet, l’on voit quelques-uns de ses amis avancer et d’autres tomber, on s’efforce de suivre les bons. L’Apôtre rappelle donc d’abord la chute de quelques-uns, en second lieu, le succès de quelques autres (verset 16) : "Que le Seigneur répande sa miséricorde [sur la famille d’Onésiphore], etc."
Il lui indique donc ce dont il doit se garder, sans quoi il s’expose au danger (1 Co X, 12) : "Que celui donc qui croit être ferme prenne bien garde de ne pas tomber." C’est ce qui lui fait dire (verset 15) : "[Vous savez que tous ceux qui sont en Asie] se sont éloignés de moi." La Glose remarque qu’ils étaient pleins de fourberie, car ils s’étaient hypocritement joints à l’Apôtre, afin de trouver quelque prétexte pour les calomnier. Ceux-là donc, "qui se sont séparés de moi," sont maintenant en Asie, et parmi eux sont particulièrement ces deux traîtres qui ont été convertis par l’apôtre Jacques.
II. En ajoutant (verset 16) : "Que le Seigneur répande sa miséricorde [sur la maison d’Onésiphore]," l’Apôtre rappelle le succès de quelques-uns, et principalement d’un certain Onésiphore. Il cite les bons offices qu’il a lui-même reçus d’Onésiphore, d’abord à Rome, et ensuite en Asie. Il lui souhaite donc premièrement la miséricorde de Dieu; en second lieu, il explique le mérite de la miséricorde, enfin le temps de la miséricorde.
1° Il exprime ses souhaits, quand il dit (verset 16) : "Que le Seigneur répande sa miséricorde." C’est avec raison qu’il lui souhaite la miséricorde, car la vie présente n’est que misère (Job, XIV, 1) : "L’homme né de la femme vit très peu de temps, et il est rempli de beaucoup de misères." L’Apôtre dit (verset 16) : "Sur la maison d’Onésiphore," non seulement sur sa personne, mais sur sa famille, car la bonté d’un seul fait descendre la grâce sur toute la famille (Mt X, 13) : "Si cette maison en est digne, votre paix viendra sur elle, etc…"
2° Le mérite de la miséricorde, c’est la miséricorde qu’ils exerçaient à l’égard de l’Apôtre, ce qui lui fait dire (verset 46) : "Parce qu’il m’a souvent soulagé," c’est-à-dire, en me procurant du repos (Mt 7) : "Bienheureux ceux qui sont miséricordieux, parce qu’ils obtiendront eux-mêmes miséricorde;" (Ecclésiastique, XVIII, 16) : "La rosée ne rafraîchit-elle pas l’ardeur ?" (Philémon, 7) : "Les coeurs des saints, mon frère, ont reçu du soulagement de votre bonté." (verset 16) : "[Et qu’il n’a pas rougi] de mes chaînes." (Ci-après, II, 9) : "[C’est pour lui (J.-C.)] que je souffre [beaucoup de maux], jusqu’à être dans les chaînes comme un scélérat," "Il n’a pas rougi [de mes chaînes], au contraire, étant venu à Rome, il m’a cherché avec une vive sollicitude, comme un ami" (Ecclésiastique, VI, 7) : "Si vous voulez acquérir un ami, prenez-le après l’avoir éprouvé," (Proverbes XVII, 47) : "Celui qui est ami, aime en tout temps."
3° La miséricorde [qu’il souhaite à Onésime], c’est celle de la vie future (verset 18) : "… en ce jour," à savoir dans lequel le Seigneur jugera tous les hommes, alors que la miséricorde sera si nécessaire, "non seulement à Rome, mais à Ephèse;" (verset 18). Il est donc digne de la divine miséricorde.
1. Fortifiez-vous donc, ô mon fils, par la grâce qui est dans le Christ Jésus :
2. Et gardant ce que vous avez appris de moi devant plusieurs témoins donnez-le en dépôt à des hommes utiles, qui soient eux-mêmes capables d'en instruire d’autres.
3. Travaillez comme un bon soldat du Christ Jésus.
4. Celui qui est enrôlé au service de Dieu, ne s’embarrasse pas dans les affaires séculières, pour ne s’occuper qu’à plaire à celui à qui il s’est donné.
5. Car même celui qui combat dans les jeux publics, n’est couronné qu'après avoir combattu selon la loi de ces combats.
6. Le laboureur qui a travaillé, doit le premier avoir part à la récolte des fruits.
7. Comprenez bien ce que je vous dis; car le Seigneur vous donnera l’intelligence en toutes choses.
L’Apôtre, dans ce qui précède, a recommandé à Timothée de s’adonner avec sollicitude à la prédication de l’Evangile; il l’exhorte ici à se préparer avec courage au martyre. Et d’abord il l’engage à supporter ces souffrances pour le salut des fidèles : ensuite il lui enseigne comment il doit résister aux infidèles (verset 14) : "Ne vous amusez pas aux disputes de paroles, etc." Premièrement donc il l’instruit de la manière de se préparer à supporter le martyre; secondement, il l’exhorte au martyre même (verset 8);" Souvenez-vous, etc." La préparation au martyre, selon l’Apôtre, consiste en trois choses : I° La force de l’âme; II° La dispensation des biens (verset 2) : "Ce que vous avez appris de moi, etc.;" III° Le travail fécond de la milice sainte (verset 3) : "Travaillez…."
I° La force est d’abord nécessaire, pour le martyre, car il s’agit des périls de la mort. L’Apôtre dit donc (verset 1) : "Pour vous, mon fils, c’est-à-dire vous que j’ai enfanté par l’Evangile, fortifiez-vous par la grâce" (Psaume XXX, 25) : "Agissez avec courage et que votre coeur s’affermisse." "Par la grâce qui est," non pas en vous-même, car votre force est vaine, mais « en Jésus-Christ » (Ephés., VI, 10) : "Enfin, mes frères, fortifiez-vous dans le Seigneur, et dans sa vertu toute-puissante." Ou "dans la grâce," c’est-à-dire par le don gratuit de Dieu par Jésus-Christ (Jean, I, 17) : "La grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ."
II° La seconde qualité concerne la dispensation des biens. A ce sujet, remarquez que, quand quelqu’un est conduit à la mort, il dispose de ce qui lui appartient. Les saints ne doivent donc pas avoir moins de soin pour les biens spirituels qui leur sont confiés, afin que ceux-ci ne se perdent pas après leur mort. Ils doivent les confier à d’autres. Voilà pourquoi Paul recommande à Timothée, s’il vient à être appelé au martyre, de dispenser la doctrine de la foi. Et d’abord il lui rappelle comment il l’a reçue, c’est par l’écoute, ce qui lui fait dire (verset 2) : "[Et gardant] ce que vous avez appris de moi, et que moi-même j’ai appris de Jésus-Christ," ; Et je dis « de moi », non pas en particulier, mais qui a été confirmé "par plusieurs témoins," c’est-à-dire par la Loi et les prophètes (Rom., III, 21) : "[La justice de Dieu], à laquelle la Loi et les prophètes rendent témoignage,..." Ou bien encore par les Apôtres (l Corinth., XV, 11) : "Ainsi, soit moi, soit eux, voilà ce que nous vous prêchons, et ce que vous avez cru." Cette doctrine donc, donnez-la, comme vous l’avez vous-mêmes reçue (Sag., VII, 13) : "Je l’ai apprise sans déguisement, j’en fais part aux autres sans envie," Donnez-la, disons-nous, "à des hommes fidèles" c’est-à-dire, qui ne recherchent pas le profit temporel, mais la gloire de Dieu. (1 Co IV, 2) : "Ce qui est à désirer dans les dispensateurs, c’est que chacun soit trouvé fidèle" (Mt XXIV, 45) : "le serviteur fidèle et prudent que son maître a établi sur les domestiques, etc…" Ils doivent aussi être capables de la distribuer; c’est pourquoi il dit (verset 2) : "Qui soient eux-mêmes capables, etc…" Ils doivent être capables sous trois rapports : d’abord par l’intelligence, afin d’acquérir la sagesse pour comprendre (Luc, XXI, 15) : "Je vous donnerai moi-même une bouche et une sagesse, etc…" Ensuite, par la langue, afin qu’ils soient éloquents dans leur enseignement ; (Isaïe L, 4) : "Le Seigneur m’a donné une langue savante afin que je puisse soutenir par la parole celui qui est abattu." Enfin par les oeuvres, (Actes I, 1) : "Car Jésus a commencé par agir avant d’enseigner."
III° Quand Paul ajoute (verset 3) : "Travaillez," il manifeste la troisième disposition, qui est le travail légitime de la sainte milice. I. Il excite à ce travail; II. Il explique quel sera le prix du travail (verset 5) : "Celui qui combat" III. La récompense du service (verset 6) : "[Un laboureur] qui a bien travaillé, etc."
I. Il exhorte Timothée à un travail légitime; il explique ensuite ce que doit être ce travail légitime (verset 4) : "[Celui qui est enrôlé au service de Dieu] ne s’embarrasse pas, etc." Il dit donc (verset 3) :
1° "Travaillez comme un bon soldat de Jésus-Christ." Or on peut être soldat de Jésus-Christ de trois manières. D’abord en combattant contre le péché (Job, VII, 1) : "La vie de l’homme sur la terre est un temps de service;" et (Job, XIV, 14) : "Tout le temps de mon service, j’attends, etc." Ce combat se livre à la chair, au monde et au démon (Ephés., VI, 42) : "Nous avons à combattre non contre la chair et le sang, etc…" En second lieu, on est soldat de Jésus-Christ en combattant contre les erreurs (2 Co X, 4) : "Les armes de notre combat ne sont pas charnelles, mais elles sont puissantes devant Dieu pour renverser les remparts et détruire les raisonnements." La troisième espèce de service est celui des martyrs contre les tyrans. C’est la plus pénible (Job, XXV, 3) : "Peut-on compter le nombre de ses soldats ?" Or le soldat ne doit pas prendre de repos, parce que son nom indique le service qu’il doit prendre en charge.
2° En disant (verset 4) : "[Celui qui est enrôlé au service de Dieu] ne s’embarrasse pas, etc.", l’Apôtre explique quel est ce travail légitime. Et d’abord il engage Timothée à ce travail; ensuite il détermine les qualités du bon soldat (verset 4) : "ne s’occuper qu’à plaire, etc."
1. Sur le premier de ces points, Paul cite d’abord un exemple; en second lieu, il en fait l’application. Il dit donc (verset 4) : "Celui qui est enrôlé au service de Dieu, etc." Il faut remarquer sur le premier point, qu’autre est la fin de la milice spirituelle, autre la fin de la milice temporelle. Celle-ci, en effet, se propose d’obtenir la victoire contre les ennemis de la patrie, et ses soldats doivent s’abstenir de tout ce qui les détournerait du combat, par exemple, les affaires et les délices (1 Co IX, 25) : "Quiconque veut lutter s’abstient de tout." La fin de la milice spirituelle est de remporter la victoire sur les hommes qui s’élèvent contre Dieu; il faut donc s’abstenir de tout ce qui détourne de Dieu. Or ce sont les affaires du siècle parce que les sollicitudes de ce siècle étouffent la parole de Dieu. Voilà pourquoi l’Apôtre dit (verset 4) : "Ne s’embarrasse pas dans les affaires séculières."
On objecte que les affaires du siècle sont aussi des affaires temporelles; or l’Apôtre a vaqué à ces sortes d’affaires, quand il a vécu du travail de ses mains.
Nous répondons que l’Apôtre dit : "Ne s’embarrasse pas," et non pas « ne s’exerce pas ». C’est s’embarrasser d’une chose que d’en faire l’objet de ses soins et de sa sollicitude. C’est donc avec raison qu’on interdit aux soldats de Jésus-Christ tout ce qui embarrasserait sans nécessité leur esprit. L’Apôtre ne dit pas simplement : n’est pas embarrassé, mais : "Ne s’embarrasse pas," parce qu’il peut arriver quelquefois que l’esprit soit embarrassé, sans qu’on s’y soit embarrassé soi-même. L’esprit s’embarrasse lui-même, quand, sans que la piété et la nécessité le demandent, il prend à sa charge certaines affaires, mais quand il faut accomplir l’obligation d’une charge, piété ou autorité, alors l’esprit ne s’embarrasse pas lui-même, mais cette nécessité fait qu’il est embarrassé (Rom., XVI, 2) : "Assistez-la dans toutes les affaires où elle pourrait avoir besoin de vous."
2. Si les soldats de Jésus-Christ ne doivent pas s’embarrasser eux-mêmes, c’est (verset 4) : "Afin de ne s’occuper qu’à plaire à Celui à qui ils se sont donnés." (1 Jean, II, 15) : "Si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’est pas en lui." Celui qui est soldat de Jésus-Christ, s’est, en effet, dévoué à combattre pour Dieu. Il doit donc faire tous ses efforts afin de plaire à Celui à qui il s’est dévoué.
II. Quand Paul dit ensuite (verset 5) : "Celui qui [combat dans les jeux publics], etc.," il proclame le prix du travail. Comme quelqu’un pourrait lui dire : O Paul, vous imposez de grandes obligations; quel en est le fruit ? Il répond : Prenez exemple sur les combats du siècle. Tous n’y reçoivent pas la couronne, mais ceux-là seulement qui ont légitimement combattu. Ainsi en sera-t-il dans les combats spirituels : nul ne sera couronné s’il ne garde les lois légitimes du combat (1 Co IX, 25) : "Eux, [ils combattent] pour gagner une couronne corruptible, et nous, c’est pour une incorruptible;" (Sag., IV, 2) : "…est couronnée à jamais comme victorieuse."
III. En ajoutant (verset 6) : "Un laboureur qui a travaillé [doit avoir la première part dans la récolte des fruits]," l’Apôtre explique quelle est la récompense, et interdit à son disciple les affaires du siècle. D’abord, sous une métaphore, il indique quelle est la récompense; ensuite il explique la métaphore (verset 7) : "Comprenez [ce que je dis ici]."
1° La charge des prédicateurs et des docteurs est un service de soldats, car ils combattent contre les ennemis et contre les vices. [Elle est aussi semblable] au travail du laboureur, car ils produisent du fruit en portant les fidèles à faire le bien. Le champ, c’est l’Eglise; le laboureur principal, c’est Dieu qui travaille tout à la fois à l’intérieur et l’extérieur (Jean, XV, 1) : "Je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron." Les hommes ne donnent que leur concours extérieur ; (1 Co III 6) : "C’est moi qui ai planté, Apollos a arrosé, mais c’est Dieu qui a donné l’accroissement." Ce sont là les ouvriers du dehors ; (Job, XXXI, 39) : "Si j’ai affligé le coeur de ceux qui ont cultivé la terre." Or ce laboureur doit avoir sa part de la récolte, et cette récolte, ce sont les oeuvres des vertus (Ecclésiastique, XXIV, 17) : "Mes fleurs sont des fruits de gloire et d’abondance;" (Gal., V, 22) : "Les fruits de l’Esprit sont la charité, la joie, la paix, la patience." Parmi ces fruits se trouvent aussi ceux de l’aumône (Actes IX, 36) : "Tabitha était remplie de bonnes oeuvres et faisait beaucoup d’aumônes." Les prédicateurs doivent donc aussi avoir leur part de la récolte, afin qu’ils puissent eux aussi se réjouir, d’abord, des fruits que ceux qui leur sont soumis (Philipp., IV, 1) : "Mes frères, très chers et très désirés, qui êtes ma joie et ma couronne;" ensuite des secours temporels, non pour leur principale récompense, mais pour leur salaire (Gal., V, 6) : "Que celui que l’on instruit de la parole donne de tous ses biens à celui qui l’instruit;" (Mt X, 10) : "Celui qui travaille mérite qu’on le nourrisse."
2° Quand l’Apôtre ajoute (verset 7) : "Comprenez bien [ce que je dis]," il explique ce qu’il vient de dire, imitant la manière d’instruire du Sauveur qui exposait ses paraboles ; (Mt XIII, 9) : "Que celui-là entende, qui a des oreilles pour entendre." Comme si Paul disait : Ramenez ce que je dis au sens spirituel (Daniel, X, I) : "On a besoin d’intelligence dans les visions;" comme si quelqu’un objectait : Vous dites : Timothée, acceptez un salaire, mais vous, Paul, vous ne le faites pas, puisque vous souhaitez vivre du travail de vos mains. Comprenez donc bien ce que je dis, répond-il, car ici la discrétion est nécessaire. En effet, on ne doit pas recevoir les secours là où ils deviendraient, à l’encontre de l’Evangile, un prétexte d’accusation d’avarice, ou à cause de la cupidité, ou à cause de l’oisiveté; et vous pourrez facilement l’apprécier, car « le Seigneur (verset 7) vous donnera… » ; (I Jean, II, 27) : "L’onction vous enseignera toutes choses."