8. Souvenez-vous que Notre Seigneur Jésus-Christ, qui est né de la race de David, est ressuscité d’entre les morts, selon l’Evangile que je prêche,
9. Pour lequel je souffre beaucoup de maux jusqu’à être dans les chaînes comme un scélérat; mais la parole de Dieu n’est pas enchaînée.
10. C’est pourquoi j’endure tout pour l’amour des élus, afin qu’ils acquièrent aussi le salut qui est dans le Christ avec la gloire du ciel.
11. C’est une vérité très assurée, que si nous mourons avec Jésus-Christ nous vivrons aussi avec lui;
12. Si nous souffrons avec lui, nous règnerons aussi avec lui; si nous le renonçons, il nous renoncera aussi;
13. Si nous lui sommes infidèles, il ne laissera pas de demeurer fidèles, car il ne peut se démentir lui-même.
14. Donnez ces avertissements, et prenez-en le Seigneur à témoin. Ne vous amusez pas à des disputes de paroles, qui ne sont bonnes qu’à pervertir ceux qui les écoutent.
15. Mettez-vous en état de paraître devant Dieu comme un ministre digne de son approbation, qui ne fait rien dont il ait sujet de rougir, et qui sait bien dispenser la parole de vérité.
Paul, après avoir exposé plus haut la préparation au martyre, exhorte ici au martyre même. 1° Il présente le modèle de la récompense. II° L’exemple de son propre martyre même (verset 9) : "C’est pour lui (J.-C.) que je souffre beaucoup de maux;" III° Enfin il établit, la relation de la récompense au martyre (verset 11) : "C’est une vérité très assurée que, etc."
I° La récompense de la mort précieuse, subie dans le martyre, c’est la résurrection glorieuse, dont nous avons devant nous l’exemple dans notre chef Jésus-Christ. Voilà pourquoi l’apôtre dit (verset 8) : "Souvenez-vous que, etc." ; comme s’il disait : que Notre Seigneur Jésus-Christ supplée, soit dans votre âme, et vous fortifie contre les tribulations (Prov. III, 6) : "Pensez à lui dans toutes vos voies, et il conduira lui-même vos pas." II y a, en effet, beaucoup de choses à considérer en Jésus-Christ, mais spécialement sa résurrection, car tout se rapporte à elle, et particulièrement tout l’établissement de la religion chrétienne (Rom., X, 9) : "Si vous confessez de bouche que Jésus est le Seigneur, et si vous croyez de coeur que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, vous serez sauvé." Remarquez que Paul dit : "est ressuscité," parce que bien que son Père l’ait ressuscité, il est pourtant aussi ressuscité par sa propre puissance, et il est ainsi "le premier d’entre les ressuscités." (I Cor., XV, 20). Mais c’est en tant qu’homme qu’il est ressuscité et qu’il est mort," étant né de la race de David," (Rom., I, 3) : "Touchant son Fils, qui lui est né selon la chair, du sang de David." Paul dit (verset 8) : "Selon mon Evangile," c’est à dire l’Evangile que je prêche ; (1 Co XV, 1) : "Or je vous rappelle l’Evangile que je vous ai prêché." Celui qui prêche l’Evangile est ministre de cet Evangile, comme celui qui baptise est ministre du baptême. Toutefois on ne pourrait pas dire mon baptême, quoiqu’on dise : "mon Evangile." La raison en est que l’exhortation et la sollicitude contribuent beaucoup au succès de l’Evangile.
II° Quand Paul dit ensuite (verset 9) : "Pour lequel (J.-C.) je souffre beaucoup de maux," il se donne lui-même en exemple du martyre. I. [Il fait ressortir] la pensée du martyre; II. La cause (verset 10) : "C’est pourquoi j’endure tout, etc."
I. Il montre dans la peine trois choses, à savoir : sa dureté, le déshonneur subi et la constance [qu’il faut y montrer]. La dureté, quand il dit (verset 9) "Pour lequel," c’est-à-dire, "pour cet Evangile qu’il nous faut prêcher;" ou pour lequel "je souffre," c’est-à-dire « je suis dans l’affliction », "jusqu’à être dans les chaînes," car il était en prison à Rome, lorsqu’il écrivit cette lettre ; (Ephes., VI, 20) : "Le ministère de l’Evangile, dont j’exerce la légation et l’ambassade, dans les chaînes." Le déshonneur, du côté des infidèles, lorsqu’il dit (verset 9) : "Comme si j’étais un scélérat," car, à cette époque, les chrétiens étaient regardés comme les plus pervers des hommes ; (Luc, VI, 22) : "Vous serez bienheureux lorsque les hommes vous haïront, qu’ils vous sépareront d’avec eux, et qu’ils vous diront des injures, etc." Jésus-Christ lui-même fut condamné comme s’il était un scélérat ; (Isaïe, LIII, 12) : "Il a été mis au nombre des scélérats". L’apôtre enfin fait ressortir la constance lorsqu’il dit (verset 9) : "Mais la parole de Dieu [n’est pas enchaînée]," car bien que le corps soit chargé de chaînes, la parole de Dieu cependant n’est pas enchaînée, car la prédication [de l'Evangile] se faisait par la volonté de l’apôtre, volonté qui demeure libre, principalement à cause de l’efficacité de la charité, qui ne craint rien ; (Rom., VIII, 38) : "Je suis certain que ni la mort, ni la vie, etc." La raison en est que (I Jean, III, 20) : "Dieu est plus grand que notre coeur." D’ailleurs on rapporte que l’apôtre, pendant qu’il était dans les chaînes, fit un grand nombre de conversions.
II. Lorsqu’il ajoute (verset 10) : "C’est pourquoi j’endure tout [pour l’amour des élus]," Paul indique la cause de ses souffrances; car ce n’est pas le supplice, c’est la cause qui fait le martyr. Or il peut y avoir au martyre deux causes, à savoir, l’honneur de Dieu et le salut du prochain. D’abord on le peut souffrir pour Dieu (Rom., VIII, 36) : "A cause de vous, Seigneur, on nous fait mourir à longueur de journée." Ensuite pour le prochain, puisqu’il est dit ici (verset 10) : « Pour les élus » ; (Jean XV, 13) : « Nul ne peut avoir d’amour plus grand que de donner sa vie pour ses amis » ; (I Jean, III, 16) : "Puisqu’il a donné sa vie pour nous, nous devons aussi donner notre vie pour nos frères." L’apôtre dit : "Pour les élus," parce que tout ce qui se fait de bien tourne spécialement au profit des élus et non des réprouvés. Et comment ? C’est (verset 10) : "Afin qu’ils acquièrent eux-mêmes le salut,"
Est-ce que la passion de Jésus-Christ ne suffit pas ? Il faut répondre qu’elle suffit quant à l’effet, et toutefois les souffrances de l’apôtre étaient avantageuses pour deux motifs. Premièrement parce qu’il donnait l’exemple de la persévérance dans la foi; secondement, parce que la foi se fortifiait ainsi, et par là les fidèles étaient conduits au salut. Et cela "en Jésus-Christ," c'est-à-dire dans le salut qui nous vient par lui (Mt I, 21) : "Ce sera lui qui sauvera son peuple de ses pêchés." Et non seulement le salut présent par la grâce, mais encore (verset 10) : "avec la gloire du ciel." (verset 12), (Mt V, 12) : "Une grande récompense vous est réservée dans les cieux."
III° En disant (verset 41) : "c’est une vérité très assurée…," Paul rétablit la relation de la récompense au mérite du martyre. Il en exprime I. l’assurance; II. le rapport (verset 41) : "Car si nous mourons avec Jésus-Christ; III. Il confirme sa doctrine par un témoignage (verset 14) : "Donnez cet avertissement, etc."
I. Il dit donc (verset 11) : "C’est une vérité très assurée," c’est-à-dire la parole que je vais dire est sûre ; (Ap XXII, 6) : "Ces paroles sont très certaines."
II. En ajoutant (verset 11) : "Car si nous mourons," il exprime la conséquence, d’abord pour la récompense des bons; ensuite pour la punition des méchants (verset 12) : "Si nous le renonçons, [il nous renoncera aussi]."
1° Dans la récompense des bons, il y a deux choses, à savoir la réparation par la résurrection et le « supplément » de la gloire à laquelle les bons ressusciteront. Paul établit donc premièrement que par Jésus-Christ on vient à la réparation de la vie; secondement que par lui encore on vient à la résurrection (verset 12) : "Si nous souffrons avec lui,"
1. Il dit donc (verset 11) : "Si nous mourons avec lui," c’est-à-dire avec Jésus-Christ, c’est ce qui a lieu par la réception du sacrement de baptême ; (Rom VI, 4) : "Car nous avons été ensevelis avec lui par le baptême, pour mourir au péché." Ensuite par la pénitence en nous mortifiant (Gal., V, 24) : "Ceux qui sont à Jésus-Christ ont crucifié leur chair avec ses passions et ses désirs déréglés." Enfin pour rendre témoignage à la vérité, en mourant comme est mort Jésus-Christ (Psaume CXV, 15) : "C’est une chose précieuse devant le Seigneur que la mort de ses saints". Si donc "nous mourons avec lui, nous vivrons aussi avec lui," c’est-à-dire, comme Jésus-Christ est ressuscité, ainsi en sera-t-il de nous ; (Rom., VI, 5) : "Si nous avons été entés en lui par la ressemblance de sa mort, nous serons entés aussi en lui par la ressemblance de sa résurrection."
2. L’apôtre traite ensuite de la gloire que les saints méritent par l’ignominie de leur mort (Luc XXIV, 26) : "Ne fallait-il pas que le Christ souffrît ces maux ?" C’est pour cela qu’il dit (verset 12) : "Si nous souffrons," à savoir les afflictions et les opprobres avec patience, "nous régnerons aussi," c’est-à-dire nous parviendrons avec lui au royaume éternel (Mt V, 10). "Bienheureux ceux qui [souffrent persécution] pour la justice,"
2° Quant à la suite Paul dit (verset 11). "Si nous le renonçons, etc.," il établit la conséquence à propos du châtiment. Or, on peut pécher de deux manières contre la foi. D’abord en la niant extérieurement; ensuite en y renonçant intérieurement.
1. Du premier de ces péchés, il dit (verset 12) : "Si nous le renonçons," à savoir, devant les autres, "il nous renoncera aussi lui-même," au jour du jugement ; (Mt XXV, 12) : "Je vous le dis en vérité, je ne vous connais pas." [Pour lui], nier quelqu'un, c’est ne pas reconnaître qu’on est du nombre de ses brebis.
2. Du second, il dit (verset 13) : "Si nous sommes infidèles," c’est-à-dire si nous rejetons sa foi de notre coeur, "lui, il demeure fidèle," c’est-à-dire il tient ce qu’il a promis.
On dit : Il demeure fidèle dans sa foi, car la foi n’est autre chose qu’une participation ou une adhésion à la vérité. Or, Jésus-Christ est soi-même la vérité essentielle, qui ne peut se nier elle-même; il n’est donc pas tout-puissant ! Nous répondons : c’est par cela même qu’il est tout-puissant, qu’il ne peut se nier lui-même. En effet, pouvoir défaillir appartient davantage à l’impuissance, parce que celui qui perd de son être naturel, devient tel par l’affaiblissement de sa vertu propre. Or, pour le Christ, se nier soi-même serait perdre de son être naturel. Si donc il ne peut se nier lui-même, c’est le caractère même de la perfection de sa puissance. Ainsi, le péché ne saurait avoir d’accès en lui, ainsi qu’il a été dit, et il ne peut, sans nier sa puissance et sa justice, demeurer sans punir (Marc, XVI, 16) : "Celui qui ne croira pas sera condamné." Dieu ne peut-il donc remettre la peine à celui qui l’a méritée ? Il peut, il est vrai, dans l’ordre déterminé par sa sagesse, mais contre l’ordre de sa sagesse et de sa justice, il ne le peut pas.
III. Quand Paul ajoute (verset 14) : "Donnez cet avertissement, etc.," il confirme ce qu’il a dit par un témoignage. Comme s’il disait : tout comme d’autres, je vous avertis de conserver dans votre coeur ces enseignements (verset 14) : "J’en atteste le Seigneur," c’est-à-dire, je le prends à témoin, lui, devant qui je parle.
IV° Quand ensuite il dit (verset 14) : "Ne vous amusez pas à des disputes de paroles," il instruit Timothée de la manière de résister aux infidèles. Et d’abord il indique cette manière; ensuite il lui fait connaître à quoi il doit résister (verset 16) : "[Fuyez les entretiens vains et] profanes. Il réprouve donc d’abord une manière illégitime de résister. Il enseigne ensuite la véritable (verset 15) : "Mettez-vous en état [de paraître devant Dieu], etc."
I. Sur la première partie, il exclut d’abord la forme illégitime de la résistance; ensuite il en apporte la raison (verset 14) : "[Ces paroles ne sont] bonnes à rien, etc."
1° Il dit donc (verset 14) : "Ne vous amusez pas à de vaines disputes de paroles." La contestation suppose la dispute de paroles. On peut donc donner à cette expression deux sens, car celui qui parle avec amertume, peut être conduit au mal de deux manières. D’abord en se laissant aller par là à favoriser l’erreur, ce qui arrive, par exemple, lorsque, par l’impudence de ses clameurs, on attaque la vérité ; ensuite quand on sort de l’ordre, comme il arrive lorsqu’on agit avec animosité poussée à l’excès, ou qu’on s’attaque, hors de la mesure, à la personnalité de ses adversaires. Que si on emploie la dispute avec modération, dans les circonstances convenables et pour la vérité, il n’y a pas de péché. Ainsi dans la rhétorique elle est un des moyens employés pour l’exhortation. Toutefois dans la sainte Ecriture on la prend dans le sens où elle suppose quelque chose de désordonné (1 Co XI, 16) : "Si quelqu’un paraît vouloir contester, qu’il sache que ce n’est pas là notre coutume, ni celle de l’Eglise de Dieu." L’Apôtre dit : "Des disputes de paroles," parce qu’il en est qui ne savent disputer qu’avec injure. C’est là à proprement parler la contestation. Que si la discussion se fait non pas seulement avec des paroles, mais avec de véritables raisons, c’est disputer et non pas contester.
2° Quand l’Apôtre ajoute (verset 14) : "Ces paroles ne sont utiles à rien," il apporte la raison de la règle qu’il a donnée. La discussion modérée, quand elle se fait avec raison, est utile pour instruire, mais quand elle ne se fait qu’en paroles, elle devient la source de divisions. C’est pourquoi Paul dit (verset 14) : "Si ce n’est pour pervertir ceux qui les écoutent." Ceci peut arriver de deux manières : d’abord quand ce qui est certain devient douteux, ensuite, quand ceux qui écoutent sont scandalisés (Proverbes XIV, 23) : "Là où l’on parle beaucoup, l’indigence se trouve souvent." C’est de là que Jacques dit (III, 16) : "Où il y a de la jalousie et un esprit de contention, il y a aussi du trouble et toute sorte de mal.". Doit-on donc discuter sans contention devant le peuple, quand il s’agit de la foi ?
Nous répondons qu’il y a une distinction à faire du côté des auditeurs. Ou ils sont sollicités par les infidèles et alors la discussion publique est utile, parce qu’elle sert à instruire les âmes simples, qui voient confondus ceux qui sont dans l’erreur. Ou ils ne sont pas ainsi sollicités, et alors la dispute, loin d’être utile, est dangereuse. On peut aussi faire une distinction du côté de celui qui discute. S’il est prudent et espère confondre manifestement son adversaire, il doit disputer publiquement. Il ne le doit pas faire, s’il n’a pas cette prudente habileté.
II. Quand Paul dit enfin (verset 15) : "Mettez-vous en état [de paraître devant Dieu]," il enseigne la manière légitime de résister. Et d’abord quant à la rectitude de l’intention; ensuite quant à la rectitude des oeuvres, enfin quant à la rectitude de la doctrine. Celui qui veut disputer doit, en effet, scruter d’abord son intention, afin de savoir s’il est mû par un zèle louable. C’est ce qui fait dire à Paul (verset 15) : "Mettez-vous en état de paraître devant Dieu, etc.," car Dieu éprouve surtout le coeur (2 Co X, 18) : "Car ce n’est pas celui qui se rend témoignage à soi-même qui est vraiment estimable; mais c’est celui à qui Dieu rend témoignage;" (Psaume XVI, 3) : "Vous avez mis mon coeur à l’épreuve, et vous l’avez visité durant la tribulation." De plus, il faut qu’il affermisse par les oeuvres la doctrine que sa parole enseigne; autrement il ne mérite que la confusion. C’est ce qui fait dire à Paul (verset 15) : "Comme un ministre qui ne fait rien dont il ait sujet de rougir," en d’autres termes : Agissez ainsi et vous ne serez pas confondu. Enfin, il faut qu’il traite avec convenance la parole de vérité, en enseignant à ceux qui l’écoutent des choses vraies et utiles. C’est pourquoi Paul dit (verset 15) : "Et qui sait bien dispenser la parole de vérité," ne cherchant ni le profit ni la gloire humaine ; (II Corinth, II, 17) : "Nous ne sommes pas comme plusieurs qui altèrent la parole de Dieu, mais nous la prêchons avec une entière sincérité, comme de la part de Dieu, en la présence de Dieu, et en Jésus-Christ."
16. Fuyez les entretiens vains et profanes; car ils contribuent beaucoup à inspirer l’impiété;
17. Et les discours qu’y tiennent certaines gens sont comme une gangrène qui répand insensiblement sa corruption. De ce nombre sont Hyménée et Philète,
18. Qui se sont écartés de la vérité, en disant que la résurrection est déjà arrivée, et qui ont renversé la foi de quelques-uns.
19. Mais le fondement de Dieu demeure ferme, ayant pour sceau cette parole : Le Seigneur connaît ceux qui sont à lui; et que quiconque invoque le nom du Seigneur s’éloigne de l’iniquité.
20. Or dans une grande maison il n’y a pas seulement des vases d’or et d’argent, mais il y en a aussi de bois et de terre, et les uns sont pour des usages honnêtes, les autres pour des usages honteux.
Paul, dans ce qui précède, a instruit Timothée de la manière de résister en général aux infidèles; il indique ici, en particulier, à quoi il faut résister. C’est ce qu’il dit d’abord; ensuite il dit pourquoi (verset 16) : "Car ils contribuent beaucoup [à inspirer l’impiété]; enfin il explique comment (verset 22) : "[Fuyez] les vains désirs",
I° Il dit donc (verset 16) : "Fuyez les entretiens vains et profanes," montrant qu’il y a deux choses à éviter, à savoir, les entretiens vains et les entretiens profanes, ce qui revient au même, ou peut être entendu diversement. Profane signifie loin du temple, c’est-à-dire éloigné du culte divin. Tels sont les enseignements des hérétiques; il faut les éviter. C’est pourquoi l’Apôtre dit : "Fuyez les entretiens profanes." On peut dire aussi que ces entretiens profanes sont ceux qui répugnent à la foi, et les entretiens vains, ceux qui tiennent de la fable (Psaume XI, 3) : "Chacun ne dit que des choses vaines à son prochain."
II° Quand il ajoute (verset 16) : "Car ils contribuent beaucoup [à inspirer l’impiété]," il fait voir que ces entretiens sont à éviter. Il en donne deux raisons. La première est le mal qu’ils font; la seconde le profit qu’il y a à les éviter (verset 21) : "Si quelqu’un donc [se garde pur], etc." Sur la première partie, l’Apôtre explique I. comment ils nuisent en conduisant à la ruine de la foi; II. il montre qu’ils ne peuvent détruire entièrement la foi (verset 17) : "Mais [le fondement de Dieu] demeure stable, etc."
I. Dans la première subdivision, d’abord il donne une règle; en suite il y joint une analogie (verset 17) : "Et les discours [qu’y tiennent certaines gens], etc.; "enfin, un exemple (verset 47) : "De ce nombre sont [Hyménée], etc."
1° Il dit donc : Il faut éviter ce qui met obstacle à la piété, qui est appelée le culte de Dieu. C’est pour cela que la doctrine de la foi est la doctrine de la piété; au contraire l’impiété est la doctrine contre la foi. Aussi Paul dit (verset 16) : "Car ils contribuent beaucoup à inspirer l’impiété," c’est-à-dire, ils conduisent à l’erreur, ou à une doctrine qui n’est pas vraie. Ce progrès dans le mal, de la part du méchant, c’est l’abus (ci-après, III, 3) : "Les hommes méchants et les imposteurs se fortifient de plus en plus dans le mal, étant dans l’erreur et y faisant tomber les autres"
2° L’Apôtre apporte ensuite une analogie, qui les dépeint (verset 17) : "Et les discours [qu’ils y tiennent], etc." Car les hérétiques, à leur début, disent quelques vérités utiles, et lorsqu’on leur a prêté l’oreille, ils mêlent à leurs discours des poisons qui donnent la mort. Il dit donc (verset 17) : « Et les discours qu’ils y tiennent [sont comme une gangrène] » ; (Ecclésiastique XI, 34) : "Une étincelle seule allume un grand feu, ainsi le trompeur multiplie les meurtres "
3° Lorsqu’il dit (verset 17) : "De ce nombre [sont Hyménée et Philète[1]]," il cite un exemple, qui illustre son sujet. En effet, de son temps, ces deux hommes corrompaient la foi ; [(I Timothée I, 6)] : "Quelques-uns s’en écartant (de la foi) se sont égarés en de vains bavardages." Il est dit de Philète, plus haut (II Timothée I, 15) : "tous ceux qui sont en Asie se sont éloignés de moi; Philète et Hermogène sont de ce nombre;" d’Hyménée il est question dans (I Timothée I, 20) : "De ce nombre sont Hyménée, etc." L’Apôtre dit (verset 18) : "Ils se sont écartés [de la vérité]," ; (I Jean, II, 49) : "Ils sont sortis du milieu de nous," C’est ce qui aggrave leur faute, car (II Pierre, II, 21) : "Il leur eût été meilleur de n’avoir pas connu la voie de la justice, que de retourner en arrière après l’avoir connue." Leur erreur consistait à dire que la résurrection était déjà arrivée. De cette première résurrection, il est dit (Mt XXVII, 52) : "Et plusieurs corps des saints, qui étaient dans le sommeil, ressuscitèrent." Les novateurs disaient qu’il n’y a pas d’autre résurrection à attendre, et qu’elle avait eu lieu alors. On explique autrement et mieux, en disant que de même qu’il y a une double mort, il y aussi une double résurrection, à savoir, celle de l’âme et celle du corps. De la première il est dit dans l’Apocalypse (XX, 6) : "Heureux et saint est celui qui a part à la première résurrection." Les novateurs disaient donc, que tout ce qu’on lit dans la sainte Ecriture, devait se rapporter à la résurrection des âmes, qui est déjà faite (Coloss., III, 1) : "Si donc vous êtes ressuscités avec Jésus-Christ, recherchez ce qui est dans le ciel, etc." Or, cette erreur a cours encore aujourd’hui parmi les hérétiques, et par elle ils renversent la foi de quelques-uns. L’Apôtre dit donc avec juste raison (verset 18) : "Et ils ont renversé la foi de quelques-uns," parce qu’ils détruisent le fondement de la foi (Actes X, 10) : "Homme plein de toutes sortes de tromperies et de malices, fils de Satan, ennemi de toute justice, ne cesserez-vous jamais de pervertir les voies droites du Seigneur ?"
II. Quand il dit ensuite (verset 19) : "Mais [le fondement de Dieu] demeure ferme," Paul établit que la foi ne peut être totalement détruite par les hérésies; et d’abord que les doctrines hérétiques ne peuvent pas corrompre la foi de l’Eglise toute entière ; ensuite il explique pourquoi Dieu permet que quelques-uns tombent dans l’erreur (verset 20) : "Or, dans une grande maison, etc."
1° Il montre donc premièrement, la stabilité de la foi dans les élus ; secondement, il en apporte la démonstration (verset 19) : "Ayant [pour secours cette parole], etc." Il dit donc (verset 18) : "Ils renversent [la foi de quelques-uns], (verset 19) mais le fondement de Dieu demeure ferme." Ces fondements sont ceux-là seulement à qui est donnée la grâce de demeurer inébranlables (Matthieu VII, 25) : "La maison était fondée sur une pierre solide." Le fondement est "solide," parce qu’il est immobile, c’est pourquoi il est dit auparavant (Mt VII, 25) : "Les fleuves ont débordé et les vents ont soufflé, et ils sont venus fondre sur cette maison, et elle n'a pas été renversée."
1. Or cette stabilité dépend premièrement de la divine prédestination; en second lieu de notre libre arbitre. L’Apôtre dit donc quant à la prédestination : Ce fondement stable « a pour sceau cette parole : etc…" c’est-à-dire, tel est le sceau de cette stabilité ; (Jean, III, 33) : "Celui qui reçoit son témoignage atteste que Dieu est véritable." Telle est la première partie du sceau, c’est-à-dire celle qui est tirée de la prédestination divine, c’est que (verset 19) : "Le Seigneur connaît ceux qui sont à lui." En effet, telle est la marque de cette prédestination ; (Jean, X, 14) : "Je connais mes brebis;" et : "J’ai encore d’autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie;" (Matthieu VII, 23) : "Je ne vous ai jamais connus."
Du libre arbitre l’Apôtre dit (verset 46) : "Que quiconque invoque [le nom de Jésus-Christ], s’éloigne de l’iniquité;" comme s’il disait : S’ils sont prédestinés de Dieu, ils seront sauvés par le libre arbitre, car celui qui au dernier terme n’adhère pas au péché, fait voir par là qu’il est prédestiné. Paul indique ici deux conditions obligatoires pour le salut. D’abord confesser la foi (verset 19) : "Quiconque invoque [le nom du Seigneur]" ; (Rom., X, 10) : "C’est de la bouche que se fait la confession de la foi, afin d’obtenir le salut;" ensuite s’éloigner du péché (Mt VII, 21) : "Tous ceux qui me disent : Seigneur, Seigneur, n’entreront pas dans le royaume des cieux, etc…." C’est pourquoi Paul dit (verset 19) : "Doit s’éloigner [de l’iniquité]. (Isaïe LV, 7) : "Que l’impie quitte sa voie, etc…". Que s’il dit : "Invoque le nom du Seigneur," il n’entend pas que cette invocation soit seulement de bouche, mais qu’elle se fasse intérieurement par la foi et extérieurement par les oeuvres.
2° Quand l’Apôtre ajoute (verset 20) : "Or, dans une grande maison, etc…" il explique pourquoi Dieu permet que quelques-uns tombent dans l’erreur, bien qu’il aime également tous les hommes. Or ceci peut s’entendre de deux manières, en général ou en particulier, à l’égard de tel ou tel. Si donc vous cherchez à savoir en particulier pourquoi Dieu accorde le don de la persévérance à celui-ci, et non pas à cet autre, il n’y a pas d’autre raison que la seule volonté de Dieu. « N’essayez pas de savoir, dit Augustin, pourquoi Dieu attire celui-ci et n’attire pas celui-là, si vous ne voulez pas vous égarer. » Que si vous demandez seulement d’une manière générale pour quoi il donne aux uns, et ne donne pas aux autres, la raison se trouve dans l’Epître aux Romains (IX, 16). C’est, en effet, la même raison que celle qui vient d’être donnée ici, bien que par d’autres exemples, car l’Apôtre ajoute (verset 22) "…Dieu avec une patience extrême, etc." En effet, toutes les oeuvres que Dieu a faites dans la nature et dans la grâce, sont faites pour manifester sa gloire ; (Ecclésiastique XLII, 16) : "Les œuvres du Seigneur sont remplies de sa gloire." Il a fait aussi les diverses créatures, afin que la perfection de la divine bonté, qui ne peut être manifestée par l’une, le fût suffisamment par l’autre. Ainsi peut-on remarquer dans l’oeuvre d’un unique architecte que, dans une même maison, telle ou telle fenêtre est plus ornée que telle autre; si l’on demande pourquoi toute la maison n’est pas fenêtre, le bon sens répond que toute la maison serait imparfaite. Paul dit semblablement (I Corinth. XII, 17) : "Si tout le corps était oeil, où serait l’ouïe ?" De même donc, dit l’Apôtre, en ce qui concerne les effets de la grâce, il a fallu que Dieu manifestât sa justice et sa miséricorde. S’il eût sauvé tous les hommes, il n’eût été que miséricordieux; s’il les eût tous condamnés, il n’eût été que juste. Dieu donc voulant montrer sa colère, c’est-à-dire sa justice, souffre, etc. Une raison analogue explique l’heureuse ordonnance de l’Eglise qui devait être parfaite, et qui n’eût pas été telle, s’il n’y avait eu en elle de la diversité. Cette diversité en elle, est triple, à savoir, celle des bons et des méchants; celle des bons et de ceux qui sont meilleurs; celle de ceux qui sont meilleurs et de ceux qui sont pires. L’Apôtre assignant cette diversité, dit donc (verset 20) : "Or, dans une grande maison, etc…" c’est-à-dire dans l’Eglise (Baruch, III, 24) : "O Israël, que la maison du Seigneur est grande ! Et combien est étendu le lieu qu’il possède !", "Il n’y a pas seulement des vases d’or, etc." L’Apôtre distingue les vases d’or et d’argent des vases de terre, les vases d’argent des vases d’or et les vases de terre des vases de bois. Dans le premier membre de phrase, Paul fait entrevoir la comparaison entre les bons et les méchants; dans le second, celle des bons et des meilleurs; dans le troisième, celle des parfaits et des pires, car les vases d’or et d’argent représentent les bons, mais les vases d’or représentent ceux qui sont meilleurs, et les vases d’argent les moins bons. De même, les vases de bois et de terre figurent les méchants, mais les vases de terre figurent ceux qui sont pires, et les vases de bois ceux qui sont moins mauvais. Saint Paul indique ensuite la diversité par rapport à l’usage; il montre que les bons sont réservés à l’honneur, c’est-à-dire à un usage honorable, et les mauvais, vases de terre et de bois, sont réservés à l’ignominie, c’est-à-dire, à un usage peu honorable. C’est ainsi que parmi les hommes, quelques-uns, à savoir, les saints, sont comme des vases précieux (Ecclésiastique, I, 10) : "Comme un vase d’or massif," ; (Actes IX, 15) : "Cet homme est pour moi un vase d’élection, etc.;" quelques autres, comme des vases inutiles, à savoir, les méchants ; (Isaïe, XXXII, 7) : "Les armes du trompeur sont pleines de malice;" (Ecclésiastique, XXI, 17) : "Le coeur de l’insensé est comme un vase rompu." Les premiers sont des vases d’honneur, auxquels est due la vie éternelle (Rom., II, 7) : "[Il rendra à chacun selon ses œuvres], la vie éternelle à ceux qui, par leur patience dans les bonnes oeuvres, cherchent la gloire, l’honneur et l’immortalité." Les seconds sont des vases d’ignominie (I Rois, II, 30) : "Ceux qui me méprisent, tomberont dans le mépris." Cette diversité que nous venons d’expliquer peut encore s’appliquer aux divers ministères de l’Eglise : ainsi les vases d’or sont les supérieurs; les vases d’argent, de bois et de terre indiquent ceux qui occupent les rangs inférieurs, dans lesquels il y a certains degrés. Ce qu’ajoute Paul (verset 20) : "Les uns sont pour des usages honnêtes,…" ne doit pas s’entendre dans ce sens que les vases d’or et d’argent soient tous réservés à l’honneur, et tous les vases de terre à l’ignominie; car dans tout état il y aura des élus et des damnés.
[1] L’Apôtre exprime immédiatement quelle fut l’hérésie d’Hyménée et de Philète. Ce Philète vivait au premier siècle. Sans nier formellement la resurrection, il soutint qu’elle était déjà opérée, et qu’elle n’était que le passage de l’état, du péché à l’état de grâce. Il admettait que le Christ était ressuscité, mais il prétendait que les fidèles ne reprendraient pas leurs corps et qu’ils ressusciteraient spirituellement par le baptême, qui nous fait renaitre pour la vie nouvelle. Ainsi s’explique sur ce passage même le saint docteur. Hyménée fut converti par Paul en 65 de. J.-C. Il est inconnu.