21. Si quelqu’un donc se garde pur de ces choses, il sera un vase d’honneur, sanctifié et propre au service du Seigneur, préparé pour toutes sortes de bonnes oeuvres.
22. Fuyez les désirs des jeunes gens, et suivez la justice, la foi, la charité et la paix avec ceux qui invoquent le Seigneur d’un coeur pur.
23. Quant aux questions impertinentes et inutiles, évitez-les, sachant qu’elles sont une source de contestations.
24. Or il ne faut pas que le serviteur du Seigneur s’amuse à contester; mais il doit être modelé envers tout le monde, capable d’instruire, patient :
25. il doit reprendre avec douceur ceux qui résistent à la vérité, dans l’espérance que Dieu pourra leur donner un jour l’esprit de pénitence, pour la leur faire connaître,
26. Et qu’ainsi revenant de leur égarement, ils sortiront des piéges du diable, qui tes tient captifs pour en faire ce qu’il lui plait.
I° Après voir établi plus haut qu’il faut éviter les entretiens profanes, par une raison prise du mal qu’ils peuvent faire, Paul apporte une seconde preuve, prise de l’avantage qu’on trouve à les fuir. Et d’abord il expose la nécessité de les éviter; ensuite l’avantage qu’on y trouve (verset 21) : "Il sera comme un vase d’honneur, etc."
I. Appelant donc « purification » le fait d’éviter ces sortes de discours, il dit (verset 21) : "Certains sont pour un usage honteux. Donc si quelqu’un s’est gardé pur de ces entretiens," parce qu’on se souille à leur contact (Ecclésiastique XIII, 1) : "Celui qui touche de la poix en sera gâté," et qu’on doit par conséquent les fuir ; (2 Co VI, 17) : "Sortez du milieu de ces personnes, dit le Seigneur, séparez-vous d’eux et ne touchez pas à ce qui est impur, etc."
II. L’avantage qu’on trouve à fuir est de quatre sortes. Le premier dans l’ordre de la gloire (verset 21) : "Car il sera un vase d’honneur," parce que s’il se souille au contact des autres, il de viendra un vase d’ignominie; s’il se garde pur, un vase d’honneur (Psaume CXXXVIII, 17) : "Vous avez honoré sans mesure, ô mon Dieu, ceux qui sont vos amis, etc.;" Prov., XXV, 4) : "Otez la rouille de l’argent, et il s’en formera un vase très pur." Les autres effets appartiennent à la gloire. Le premier est la sanctification de l’homme; le second, sa direction légitime par la rectitude de l’intention; le troisième, par l’accomplissement des œuvres. Du premier de ces effets, l’Apôtre dit (verset 21) : "Un vase sanctifié" (1 Co VI, 11) : "Vous avez été lavés, vous avez été sanctifiés." Du second (verset 21) : "Propre au service du Seigneur." Dieu aurait-il donc besoin de notre service ? Nullement (Psaume XV, 2) : "J’ai dit au Seigneur : vous êtes mon Dieu, et vous n’avez aucun besoin de mes biens." Paul dit : "Propre au service du Seigneur," parce que ce qu’il y a d’utilité en lui doit doit céder devant à la gloire du Seigneur ; (Actes IX, 15) : "[Je l’ai choisi] pour porter mon nom devant les Gentils, devant les rois et devant les enfants d’Israël." Du troisième (verset 24) : "Préparé pour toutes sortes de bonnes oeuvres" ; (Psaume CXVIII, 60) : "Je suis prêt, Seigneur, et je ne suis pas troublé." L’Apôtre dit : "Pour toutes sortes de bonnes oeuvres", parce que les préceptes affirmatifs n’obligent pas toujours. Par conséquent il faut être prêt, afin de pratiquer les bonnes oeuvres, quand cela devient nécessaire.
II° Quand Paul ajoute (verset 22) : "[Fuyez donc] les désirs des jeunes gens," il explique de quelle manière les choses profanes doivent être évitées. Il en spécifie deux : la première, c’est la mauvaise vie; la seconde, la mauvaise doctrine (verset 23) : "Quant aux questions impertinentes, etc."
I. Sur la première partie, il établit ce qu’il faut éviter; ensuite ce qu’il faut imiter (verset 22) : "Suivez la justice, etc."
1° Il dit donc : j’ai signalé ce que vous devez éviter, afin d’être un vase sanctifié. "Fuyez donc [les désirs des jeunes gens]." Il est à remarquer que l’apôtre parle ainsi, parce que Timothée était jeune encore. Ces désirs qu’il réprouve sont les désirs des vanités extérieures et des voluptés charnelles, car il est dans la nature des jeunes gens de se laisser aller à de semblables désirs (Ecclésiaste, XI, 10) : "La jeunesse et le plaisir ne sont que vanité." Il y a à cela une double raison : la première, que les jeunes gens n’ont pas d’expérience; la seconde, que ces sortes de délectations sont comme une sorte de médicament contre les peines. Or, la nature est en travail dans les jeunes gens, voilà pourquoi ils recherchent ces délectations sensuelles.
2° Quand il dit (verset 22) : "Suivez plutôt la justice, la foi, la chasteté et la paix," Paul indique les vertus qu’il faut pratiquer. Or, ces vertus sont au nombre de quatre. La première règle nos rapports envers ceux qui sont au-dessous de nous, c’est la justice, dont les puissants sont les gardiens (Proverbes, XX, 8) : "Le roi, qui est assis sur son trône pour rendre la justice, dissipe le mal par son seul regard." La seconde règle nos rapports avec Dieu[2], c’est la foi," sans laquelle il est impossible de plaire à Dieu." (Hébr., XI, 6). La troisième est l’espérance; la quatrième nous met en rapport avec le prochain quel qu’il soit, c’est la charité, qui s’étend jusqu’à nos ennemis, puis la paix (I Cor., XIII, 2) : "Quand j’aurais toute la foi, jusqu'à transporter des montagnes, si je n’ai pas la charité, je ne suis rien." De la charité naît la joie, et la paix produit avec l’ordre la concorde. Ce que l’Apôtre ajoute (verset 22) : "Avec ceux qui invoquent [le Seigneur d’un coeur pur]," peut s’expliquer d’abord en le rattachant à ce qui précède immédiatement, comme s’il disait : "Ayez la paix avec ceux, etc." Ce qu’il dit "d’un coeur pur," signifie que la louange ne peut être agréable qu’autant, etc.
Toutefois, puisque Paul dit (Hébr., XII, 14) : "Tachez d'avoir la paix avec tout le monde, etc." pourquoi dit-il ici : "Avec ceux qui invoquent le Seigneur d’un coeur pur ?" Il faut répondre qu’autant qu’il est en nous, nous devons avoir la paix avec tout le monde, si cela se peut ; mais la paix ne peut exister entre les bons et les méchants, car la paix suppose la concorde, qui ne peut subsister avec les méchants. On peut encore dire : "Avec ceux, etc.", en rapportant ces paroles à tout ce qui a été dit auparavant. Comme si l’Apôtre disait : "Pratiquez la justice, la paix et les autres vertus, comme le font "ceux qui invoquent, etc."
II. "Quant aux questions impertinentes [et inutiles, évitez-les]." (verset 23). L’Apôtre exhorte ici à se préserver de la mauvaise doctrine. Et d’abord il enseigne ce qu’il faut éviter; ensuite ce qu’il faut pratiquer (verset 24) : "[Le serviteur de Dieu] doit être modéré [envers tout le monde]."
1° Sur le premier de ces points, Paul donne d’abord une règle; ensuite il en apporte la raison (verset 23) : "Sachant qu’elles…"
1. Les questions impertinentes sont à éviter, quant à leur matière, parce qu’elles portent sur des choses vaines, à savoir, sur des choses opposées à la sagesse, c’est-à-dire, qui sont contre la divine sagesse ; on ne doit donc pas soulever de semblables questions, mais résister si on les propose (Jérémie, X, 14) : "La science de tout homme le rend insensé." L’Apôtre ajoute "Inutiles," quant à la manière de les traiter, parce qu’elles ne sont que bruit; ou "sans règle" sous le rapport des choses dont on doute, par exemple, si l’on fait passer pour incertain ce que toute l’Eglise croit (Job, XXXIV, 35) : "Car pour Job il a parlé inconsidérément, et ses discours sont dépourvus de sagesse."
2. On ne doit aimer les discussions qu’autant qu’elles conduisent à la vérité, par la raison qu’il faut que tous tiennent un seul langage. Or, les questions impertinentes ne conduisent pas à la vérité, elles engendrent les disputes, ce qu’il faut éviter ; (Isaïe, LVIII, 4) : "Vous jeûnez pour soulever des disputes et des contestations, etc." C’est ce qui fait dire à Paul (verset 24) : "Or il ne faut pas que le serviteur du Seigneur," c’est-à-dire celui qui se consacre à son service, "s'amuse à contester." (1 Tim III, 3) : "Qu’il soit éloigné des contestations."
2° A ces mots (verset 24) : "Mais il doit être modéré [envers tout le monde], etc.," l’Apôtre indique ce qu’il faut suivre. Et d’abord il donne une règle, ensuite il en apporte la raison (verset 25) : "Dans l’espérance que Dieu pourra leur donner un jour, etc."
1. La première partie se subdivise. Paul donne d’abord comme une sorte de règle générale pour tous; ensuite certaines règles nécessaires pour des cas particuliers, afin (verset 24) : "Qu’il soit susceptible de recevoir un avis, etc."
A) Ce que doit généralement avoir celui qui veut discuter, c’est la douceur. (Ps. XXIV, 9) : "Il enseignera ses voies à ceux qui sont doux." La mansuétude, en effet, est une vertu qui contient la colère, cause de perturbation pour le jugement de la raison, nécessaire dans la discussion et l’appréciation de la vérité ; (Mt XI, 29) : "Apprenez de moi que je suis doux et humble de coeur."
B) Ce qu’il doit avoir en particulier, c’est à l’égard des supérieurs, sa soumission; à l’égard des persécuteurs, la patience; à l’égard des faux docteurs, la fermeté pour corriger.
A) De la première de ces vertus, l’Apôtre dit (verset 24) : "Docile," c’est-à-dire tout prêt à se réformer, de quelque part que ce soit. C’est là la sagesse céleste ; (Jacq., III, 17) : "La sagesse qui vient d’en haut est premièrement chaste, puis amie de la paix, condescendante, docile, etc."
B) De la seconde (verset 24) : "Patient." (Psaume XCI, 15) : "Ils seront remplis de patience pour annoncer…" ; (Proverbes XIX, 11) : "La science d’un homme se connaît par la patience."
C) De la troisième (verset 25) : "[Il doit reprendre] avec douceur ceux qui résistent [à la vérité]," parce que la correction doit avoir sa modestie (Galates, VI, 1) : "Vous autres qui êtes spirituels, redressez celui qui tombe, en y mettant l’esprit de douceur, etc."
2. Quand Paul dit ensuite (verset 25) : "Dans l’espérance que Dieu [pourra un jour leur donner], etc.," il apporte la raison pour laquelle on doit éviter [ceux qui répandent la mauvaise doctrine]. Il répond à une sorte de question tacite, car on pourrait dire : ceux-là résistent à la vérité; il y a donc nécessité urgente de les corriger. Je réponds, dit l’Apôtre, que Dieu le Père peut les ramener à la pénitence, et c’est à cela que doivent tendre tous les efforts du juste. D’abord il met en avant la pénitence qu’il doit infliger à ses adversaires, ensuite le fruit de cette pénitence, enfin la nécessité de la pénitence.
A) Il dit donc (verset 25) : "De peur qu’un jour," c’est-à-dire dans l’espérance qu’un jour," Dieu pourra leur donner la pénitence," parce que, résistant par orgueil, il paraît difficile que cette pénitence leur soit donnée, Ici se trouve réfutée l’erreur de Pélage, qui prétend que les dons de la grâce proviennent de nos bonnes œuvres ; c’est ici qu’il apparaît que cela est faux, puisque même le commencement de nos œuvres bonnes, à savoir la pénitence, est donné par Dieu. (Lam. V, 21 : « Fais-nous revenir à toi, Seigneur, et nous reviendrons » ; (Prov. XIX : « de ta crainte nous avons tiré… » [ ?]. Or double est le fruit de la pénitence, à savoir, la connaissance de la vérité et l’affranchissement de la puissance du démon. Du premier, l’Apôtre dit (verset 25) : "Pour leur faire connaître la vérité," parce que si c’est la malice qui fait résister à la vérité, la malice elle-même aveugle ceux qui résistent; et quand la malice est enlevée, ils connaissent la vérité. (Jean, VIII, 32) : "…et vous connaîtrez la vérité." Du second (verset 26) : "Et revenant de leur égarement, ils sortirent des piéges du diable," c’est-à-dire, des occasions d’erreur du côté de l’intelligence, comme sont les vaines imaginations, et du côté des sentiments, comme sont l’envie, l’orgueil, et d’autres vices de ce genre.
C) Mais la nécessité de la pénitence est grande, car s’ils ne l’obtiennent, le diable garde la domination sur eux. C’est pour quoi Paul dit (verset 26) : "Qui les tient captifs pour en faire ce qui lui plaît," car (Jean, VIII, 34) : "Quiconque commet le péché est esclave du péché." L’Apôtre dit : "pour en faire ce qu’il lui plait," c’est-à-dire que l’homme le suit ; ou bien encore pour qu’il fasse de l’homme ce qui lui plaît.
On dit que le démon ne précipite pas l’homme en enfer aussitôt qu’il le voudrait. Il faut répondre que le démon ne s’empare [de l’homme] qu’autant que Dieu le lui permet, mais il est difficile de lui enlever ce qu’il tient (Isaïe XLIX, 24) : "Ravira-t-on au géant sa proie, et les justes qu’on a faits captifs pourront-ils échapper au fort ?"
[2] Il semble que le texte latin porte « eum » et non « Deum » ?
1. Or, sachez que dans les derniers jours il viendra des temps fâcheux;
2. Car il y aura des hommes pleins d’amour d’eux-mêmes, avares, glorieux, superbes, médisants, désobéissants à leurs pères et à leurs mères, ingrats, impies,
3. Sans affection, ennemis de la paix, calomniateurs, intempérants, inhumains, sans aménité,
4. Traîtres, insolents, enflés d’orgueil et plus amateurs de la volupté que de Dieu,
5. Qui auront une apparence de piété, mais qui en ruineront la vertu.
L’Apôtre, après avoir instruit Timothée de la manière de résister et aux tribulations et aux dangers du moment présent, lui apprend ici à se dresser contre les périls à venir. Et d’abord il prédit ces dangers futurs; ensuite il fait comprendre à son disciple qu’il est capable de résister (verset 10) : "Quant à vous, vous m’avez suivi…, etc.;" enfin il lui indique comment il doit résister (IV, 4) : "Je vous conjure…, etc." Sur le premier de ces points, il prédit premièrement les périls de ces derniers temps; secondement, il explique comment les vices de ces temps, sont à éviter dès maintenant (verset 5) : "Fuyez donc ces personnes." La première partie se subdivise encore, car l’Apôtre prédit I° que des dangers surviendront dans les derniers temps; II° il dit quelle est la cause de ces dangers (verset 2) : "Car il y aura des hommes…, etc.
I° Il dit donc : "[Je vous ai recommandé] d’éviter les entretiens vains et profanes, etc."; or non seulement il faut fuir actuellement ces entretiens, mais il reste encore, dans l’avenir, d’autres dangers à éviter. Ces temps sont appelés " les derniers," parce qu’ils sont proches du dernier jour ; (Jean, VI, 55) : "Je le ressusciterai au dernier jour;" ; (Genèse XLIX, 1) : "Assemblez-vous tous, afin que je vous annonce ce qui doit vous arriver dans les derniers temps." L’Apôtre ajoute (verset 11) : "Sachez que dans ces temps il viendra des jours fâcheux" ; (Mt XXIV, 9) : "Vous serez haïs de toutes les nations à cause de mon nom."
II° La cause de ces maux sera l’abondance de l’iniquité ; (Mt XXIV, 12) : "Et parce que l’iniquité sera venue à son comble, la charité de beaucoup se refroidira," car alors la foi et la charité ou seront affaiblies, ou totalement détruites. Plus, en effet, une chose s’éloigne de son principe, plus elle va s’affaiblissant. Dans ces temps donc la foi et 1a charité s’affaibliront davantage parce qu’elles seront plus éloignées de Jésus-Christ ; (Luc XVIII, 8) : "Pensez-vous que le Fils de l’homme, lorsqu’il viendra, trouve de la foi sur la terre ?" Paul indique donc à ce sujet d’abord la racine de l’iniquité; ensuite ses différentes espèces.
I. La racine de toute iniquité, c’est l’amour de soi, car les deux amours font les deux cités. On objecte : c’est naturellement que chacun s’aime soi-même. Nous répondons : il y a dans l’homme deux natures, la nature raisonnable et la nature corporelle. Quant à la nature intellectuelle ou raisonnable, qui est appelée l’homme intérieur (II Cor., IV, 16), l’homme doit s’aimer plus qu’il n’aime les autres, quels qu’ils soient, car ce serait folie de vouloir pécher, afin de retirer les autres du péché. Mais quant à l’homme extérieur, il est louable d’aimer les autres plus que soi-même. Ceux-là donc qui s’aiment seulement ainsi, sont dignes de blâme ; (Philipp., II, 21) : "Tous cherchent leurs propres intérêts, et non ceux de Jésus-Christ."
II. De cette racine sortent les différentes espèces d’iniquité; c’est pourquoi Paul dit (verset 2) : "Avares, glorieux, etc." A ce sujet, trois points : il indique premièrement les péchés qui consistent dans l’abus des biens extérieurs; secondement, ceux qui appartiennent au désordre de l’homme par rapport aux autres (verset 2) : "Blasphémateurs, etc.;" enfin ceux qui le concernent lui-même (verset 3) : "Intempérants, etc."
1° Il y a, par rapport aux choses extérieures, d’abord l’abondance des richesses, et secondement, l’excellence des biens.
1. De la première, l’Apôtre dit (verset 2) : "Avares." Il met au premier rang la cupidité, parce qu’elle est la racine de tous les maux; ou bien encore, parce qu’elle se rapproche de l’amour de soi, en ce qui touche les biens extérieurs.
2. De la seconde, il dit (verset 2) : "Glorieux." La vaine gloire est une des quatre espèces d’orgueil. La première, quand on s’attribue ce qu’on n’a pas; la seconde, quand on s’attribue à soi-même, comme l’ayant de soi, ce que l’on tient d’un autre ; (1 Co IV, 7) : "Qu’avez-vous que vous n’ayez pas reçu, etc… ?"
3. la troisième, quand ce qu’on a reçu d’un autre, on l’attribue à soi-même, comme venant de ses propres mérites ; (Luc, XVIII, 12) : "Je jeûne deux fois la semaine, etc.;"
4. La quatrième, enfin, quand on veut se singulariser et paraître au-dessus des autres, c’est là la vaine gloire ; (Psaume CXXX, 1) : "Seigneur, mon coeur ne s’est pas enflé d’orgueil,". Ceux que Paul appelle (verset 2) : "Superbes," sont compris dans les autres espèces d’orgueil ; (Jacques IV, 6) : "Dieu résiste aux superbes et donne sa grâce aux humbles."
2° L’Apôtre énumère ensuite les vices qui se rapportent aux autres. Et d’abord à l’égard des supérieurs; en second lieu, des égaux (verset 2) : "Impies."
1. Il y a trois ordres de supérieurs, Dieu d’abord. De ce qui est contre lui Paul dit (verset 2) : "Blasphémateurs" ; (Isaïe, I, 4) : "Ils ont abandonné le Seigneur, ils ont blasphémé le saint d’Israël, ils sont retournés en arrière." Ensuite les parents; quant à eux, l’Apôtre ajoute (verset 2) : "Désobéissants à leurs parents" ; (I Rois, XV, 23) : "C’est une espèce de pacte infernal de ne vouloir pas se soumettre, et ne pas obéir, c’est le crime de l’idolâtrie;" (Proverbes XXX, 47) : "Que l’oeil qui insulte à son père, et qui méprise l’enfantement de sa mère, soit arraché par les corbeaux du torrent, et qu’il soit dévoré par les enfants de l’aigle." Enfin, les bienfaiteurs, en tant que tels. A leur égard, l’Apôtre dit (verset 2) : "Ingrats" ; (Psaume XXXVII, 21) : "Ceux qui me rendent le mal pour le bien, etc…;" (Coloss., III, 15) : "Soyez reconnaissants;" (Sagesse XVI, 29) : "L’espérance de l’ingrat fondra comme la glace de l’hiver; et elle s’écoulera comme une eau inutile."
2. Ensuite Paul énumère les vices qui se rapportent aux égaux et au prochain. Ils sont au nombre de trois. Le premier se rapporte aux oeuvres (verset 2) : "Scélérats," c’est-à-dire qui commettent des crimes graves à l’égard du prochain ; (Isaïe, I, 4) : "Malheur à la nation pécheresse, au peuple chargé d’iniquités, à la race corrompue, aux enfants scélérats, etc." Le second se rapporte aux affections (verset 3) : "Sans coeur," c’est-à-dire sans l’affection de la charité, et sans la paix. Le troisième regarde les paroles (verset 3) : "Calomniateurs" (Lévit., XIX, 16) : "Vous ne serez pas parmi votre peuple ni un calomniateur ni un médisant."
3° L’Apôtre, enfin, désigne trois autres vices qui se rapportent au pécheur même. Premièrement, à la corruption de l’appétit concupiscible; secondement, à l’irascible; troisièmement, à la nature raisonnable.
1. Quant au premier, Paul dit (verset 3) : "Intempérants." On appelle intempérant celui qui ne se maintient pas dans son bon propos, à cause des mauvaises convoitises ; (Ecclésiastique, XXIV, 20) : "Tout le prix de l’or n’est pas digne d’une âme véritablement chaste.
2. De l’appétit irascible, il dit avec justesse (verset 3) : "Inhumains," c’est-à-dire, sans douceur, car la mansuétude tempère les mouvements de la colère ; (Matthieu XI, 29) : "Apprenez de moi que je suis doux et humble de coeur;" (Psaume XXIV, 9) : "Il enseignera ses voies à ceux qui sont doux." L’Apôtre ajoute ici un autre vice qui appartient aux effets de l’appétit irascible, à savoir, le manque de bonté, ce qui lui fait dire (verset 3) : "Sans aménité." Il est, en effet, dans la nature des choses que celui des contraires qui domine, chasse l’autre (Eph., IV, 32) : "Soyez bons les uns envers les autres. "
3. Paul en vient aux vices qui appartiennent à la corruption de la nature raisonnable. Or, ici la puissance reçoit sa perfection de la prudence, et à la prudence s’opposent les vices dus à l’abus de cette vertu elle-même, et ceux qui sont dus à son absence. L’Apôtre signale l’un et l'autre.
A) Du premier il dit (verset 4) : "Traîtres." A la prudence, en effet, appartient la sagacité, dont quelques-uns abusent pour le mal. Ceux-là sont les traîtres ; (Proverbes XI, 13) : "Celui qui marche avec ruse révéle les secrets." Ensuite la fermeté dont quelques-uns abusent aussi en se conduisant insolemment dans le mal. De là ce mot (verset 4) : "Insolents" ; (Proverbes III, 5) : "Ne vous appuyez pas sur votre prudence."
B) Paul énumère ensuite les vices occasionnés par le manque de prudence.
a) Il indique d’abord la cause même du manque de prudence (verset 4) : "Enflés d’orgueil." En effet, les superbes s’enflent dans leurs actions, parce qu’ils ne mesurent pas leurs forces, et c’est par cela même qu’ils n’y arrivent pas ; (Prov., XI, 2) : "Où sera l’orgueil, là sera l’ignominie; mais où est l’humilité, là est pareillement la sagesse." En second lieu, il indique l’effet du manque de prudence, c’est de préférer les biens du temps aux biens de l’éternité, ce qui lui fait dire (verset 4) : "Et plus amateurs de la volupté que de Dieu" ; (Isaïe XIII, 22) : "Les syrènes habiteront dans ces palais de délice."
Est-ce donc la même chose qu’être incontinent et amateur de la volupté ? Nous répondons qu’il y a une différence, car à proprement parler, l’incontinent est celui qui a bien l’espérance de fuir, mais qui est vaincu par la volupté. Dans le sens propre, l’amateur de la volupté est un intempérant, chez lequel l’appréciation des choses est corrompue.
b) L’Apôtre place à la suite la dissimulation, en disant (verset 5) : "Qui auront une apparence de piété" ; (2 Co XI, 13) : "Des ouvriers trompeurs." (verset 5) : "mais qui en ruineront la vertu" c’est-à-dire la vérité de la piété. Ce mot "vertu" peut ici présenter un double sens. D’abord l’efficacité même de la piété, c’est-à-dire sa vertu, ce qui fait dire à Paul : "Ruinant" c’est-à-dire n’ayant plus la vérité de la piété ; (Tite I, 16) : "Ils font profession de connaître Dieu, mais ils le renoncent par leurs oeuvres." Ensuite, on appelle vertu d’une chose ce dont la chose tout entière dépend. Or, toute la vertu de la piété dépend de la charité. Voilà pourquoi l’Apôtre dit : "Ruinant la vertu de la piété," c’est-à-dire la charité.