355. Ici, le prophète, comme s’il désespérait du peuple, prie pour lui-même. Premièrement, il présente sa propre doléance, en la faisant précéder de la discorde chez les adversaires : MALHEUR À MOI, MA MÈRE ! (Jr 15, 10), c’est-à-dire que [le malheur] menace du fait que je suis né. [HOMME] DE QUERELLE, c’est-à-dire par qui arrive la querelle, du fait que j’annonce à l’avance les vices et les maux ; ET DE DISCORDE, les uns me combattant, les autres me défendant. Cela est aussi arrivé pour le Christ. Jb 10, 18 : Pourquoi m’as-tu tiré du sein ? Il eût mieux valu que je disparaisse pour qu’on ne me voie pas ! Il écarte la cause de la discorde, qui surgit d’habitude surtout à propos des contrats. JE N’AI PAS PRATIQUÉ L’USURE ; POURTANT, TOUS ME MAUDISSENT ! Ps 109[108], 28 : Ils [te] maudiront, et toi, tu les béniras ! Que ceux qui s’élèvent contre moi soient confondus, et ton serviteur se réjouira !
356. Deuxièmement, la consolation du Seigneur est présentée : LE SEIGNEUR DIT. Premièrement, pour ce qui est de son propre salut, et promouvant son propre bien et celui des siens : LES AUTRES, c’est-à-dire ceux qui s’attachent à toi (en effet, il n’a pas eu de fils, comme on le voit plus loin, chapitre 16), se porteront BIEN. Par aposiopèse, où il faut ajouter : «Qu’on ne me croie pas !» Et pour ce qui est de la libération des malheurs : SI JE N’AI PAS ACCOURU (Jr 15, 11), prêt à aider. 2 Co 1, 3-4 : Que soit béni Dieu, le père de notre Seigneur Jésus, le Christ, le père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, qui nous console dans toutes nos tribulations. Deuxièmement, pour ce qui est de l’affliction des adversaires, en menaçant l’ennemi implacable. En premier lieu, il écarte l’accord avec les ennemis, car ils ont voulu se mettre d’accord avec le prophète : EST-CE QUE le peuple des Juifs, qui est LE FER (Jr 15, 12), en raison de sa dureté, ET LE BRONZE, en raison de son impatience, S’ALLIERONT AU FER VENU DU NORD, c’est-à-dire des Chaldéens ? Comme s’il répondait : «Non !» Ci-dessus : Comme le bronze et le fer, tous sont corrompus ! Le soufflet ne suffit pas à consumer le plomb (Jr 6, 28). Ou bien : «Toi, tu es le fer, en annonçant des choses dures à eux qui sont fer et bronze ; tu ne peux t’associer à eux !» Jn 15, 19 : Ne vous étonnez pas si le monde vous hait : sachez qu’il m’a haï le premier. En deuxième lieu, il écarte la confiance mise dans une alliance, autant du côté des présents : TES RICHESSES ET TES TRÉSORS, JE VAIS LES LIVRER AU PILLAGE SANS CONTREPARTIE (Jr 15, 13), comme s’il disait : «Ils ne te serviront à rien, EN TOUS [TES PÉCHÉS], c’est-à-dire pour tous [TES PÉCHÉS]. Na 2, 9 : Pillez l’argent, pillez l’or : la richesse des vases précieux est sans limites ! Que du côté des prières : JE FERAI VENIR (Jr 15, 14), comme s’il disait : «Vous ne pourrez les appeler, car ils ne comprendront pas.» Is 5, 26 : Il dresse un signal pour les nations lointaines, et il le siffle des extrémités de la terre. En troisième lieu, il précise la cause : CAR UN FEU A ÉTÉ ALLUMÉ. Dt 32, 22 : Ma colère s’est enflammée, et elle brûlera jusqu’aux confins de l’enfer ; elle dévorera la terre avec ses semences, et elle brûlera les fondements des montagnes.
357. Ici, la demande du prophète est présentée : premièrement, sa prière est présentée ; deuxièmement, la réponse du Seigneur, en cet endroit : POUR CETTE RAISON, VOICI CE QUE DIT LE SEIGNEUR (Jr 15, 19).
358. À propos du premier point, il fait trois choses. Premièrement, il présente le réconfort de la consolation divine, en proposant la connaissance divine : TU SAIS, [SEIGNEUR] (Jr 15, 15), ce que j’endure et ce que j’ai fait. SOUVIENS-TOI, par l’effet de ta miséricorde. Lm 3, 19 : Souviens-toi de ma pauvreté et de ma faute, de l’absinthe et du fiel [dont j’ai été abreuvé]. Il demande d’être consolé : VISITE-MOI, en me consolant. Jb 10, 12 : Ta visite a veillé sur mon esprit. Et il écarte le report : DANS LA PUISSANCE [DE TA COLÈRE, NE M’ENTRAÎNE PAS]. Si 5, 4 : Le Très-Haut est un justicier patient.
359. Deuxièmement, il allègue son mérite, en mettant de l’avant l’opprobre qu’il a supporté avec patience pour Dieu, en présentant le mal subi : RECONNAIS, montre dans les faits que tu sais, [QUE JE SUBIS L’OPPROBRE] POUR TA CAUSE, alors qu’en obéissant à tes ordres, j’annonçais au peuple des choses dures. Ps 69[68], 8 : J’ai supporté l’opprobre pour ta cause, la honte a couvert mon visage. [En présentant aussi] la joie spirituelle de celui qui souffre : QUAND [TES PAROLES] SE SONT ACCOMPLIES (Jr 15, 16), réalisées dans les faits, JE LES AI DÉVORÉES, je m’en suis délecté. Ps 119[118], 103 : Que tes paroles sont douces à mon palais ; elles ont meilleur goût que le miel dans ma bouche ! Il en présente aussi la cause : CAR C’EST TON NOM QUE JE PORTAIS, alors que je suis appelé le prophète du Seigneur. Ci-dessus : C’est ton nom que nous portons (Jr 15, 14). Il met aussi de l’avant l’association qu’il a évitée avec prudence, en présentant sa solitude : JE NE ME SUIS PAS ASSIS DANS UNE RÉUNION DE RAILLEURS (Jr 15, 17), encore bien moins d’injustes, pour alléger la lourdeur de mon cœur et afin de m’adonner à tes commandements. Tb 3, 17 : Je ne me suis jamais mêlé aux railleurs et je ne me suis jamais prêté à m’associer à ceux qui marchent avec étourderie. Il présente son exaltation intérieure : CAR JE ME SUIS GLORIFIÉ SOUS L’EMPRISE DE TA MAIN, qui corrigeait. 2 Co 12, 5 : Je me glorifierai volontiers de mes faiblesses. Ou bien, SOUS L’EMPRISE DE LA MAIN qui console par des dons spirituels. Il présente aussi la raison de sa solitude : JE ME SUIS TENU SEUL, CAR TU M’AVAIS EMPLI DE MENACES, comme s’il disait : «J’étais oppressé de tant d’amertumes qu’il ne m’était pas permis de jouer.» Lm 3, 15 : Il m’a rempli d’amertume.
360. Troisièmement, il s’étonne de l’aiguillon de la douleur infligée, en présentant sa douleur : POURQUOI MA SOUFFRANCE EST-ELLE CONTINUE ? (Jr 15, 18). Comme s’il disait : «Comment se fait-il qu’après tant de prières, après tant de mérites, la tribulation ne s’éloigne pas ?» Plus loin : Incurable est ta blessure, inguérissable ta plaie ! (Jr 30, 12). Selon les Juifs, il parle au nom de Jérusalem. Et il ajoute la consolation : ELLE EST DEVENUE POUR MOI COMME UN RUISSEAU AUX EAUX TROMPEUSES, comme s’il disait : «Néanmoins, je me consolerai par le fait que bientôt ces angoisses seront traversées, comme les eaux trompeuses qui sont accumulées par les pluies.» Ps 69[68], 2 : Les eaux ont pénétré jusqu’au fond de moi ! Ou bien, il dit cela de la ruse des adversaires.
361. Ici est présentée la réponse du Seigneur qui écoute. Premièrement, il promet un progrès des bienheureux pour ce qui est de la rectitude de la vie : SI TU CONVERTIS (Jr 15, 19), les autres à moi de leurs péchés, JE TE FERAI REVENIR, de tes angoisses ; TU TE TIENDRAS devant moi, par la rectitude de la vie ou l’élévation de la contemplation. 1 R 17, 1 : Le Seigneur est vivant : je me tiens sous son regard. Jc 4, 8 : Celui qui a fait se détourner le pécheur de son chemin d’erreur libérera son âme de la mort et couvrira la multitude de ses péchés. Et pour ce qui est de l’autorité de la prédication : ET SI TU TIRES CE QUI EST NOBLE DE CE QUI EST VIL, en distinguant les actions mauvaises des bonnes, [TU SERAS] MA BOUCHE, car je parlerai par toi. Mt 10, 20 : Ce n’est pas vous qui parlez, mais l’Esprit de votre Père qui parle en vous.
362. Deuxièmement, [il promet le progrès des bienheureux] pour ce qui est de la libération des maux. En premier lieu, des maux de la faute : ILS SE TOURNERONT VERS TOI, comme s’il disait : «Ceux-là t’imiteront, et non pas toi eux.» 1 Co 11, 1 : Je vous le demande : soyez mes imitateurs comme je le suis du Christ. En deuxième lieu, des maux de la peine. Premièrement, il lui promet la force : JE FERAI DE TOI POUR CE PEUPLE UN PUISSANT REMPART DE BRONZE (Jr 15, 20). Ci-dessus : J’ai fait de toi une ville fortifiée, une colonne de fer et un rempart de bronze sur toute la terre, pour les rois de Juda, ses dirigeants, ses prêtres et le peuple du pays ; ils te combattront, mais ils ne prévaudront pas, car je suis avec toi, dit le Seigneur, pour te libérer (Jr 1, 18). Deuxièmement, il promet de le défendre : ILS TE COMBATTRONT. Ps 23[22], 4 : Si je marche au milieu des ténèbres de la mort, je ne craindrai aucun mal, car tu es avec moi. Troisièmement, il lui promet la libération : JE TE DÉLIVRERAI (Jr 15, 21). Is 43, 1 : Ne crains pas, car je t’ai racheté et je t’ai appelé par ton nom.
363. Il faut remarquer que les saints trouvent leur gloire dans le bien de la vertu. Dans la souffrance causée par les tribulations. Rm 5, 3 : Mais non seulement cela, car nous sommes aussi glorifiés dans les tribulations. Dans le comportement du prochain. 2 Co 7, 4 : C’est un grand réconfort pour moi et une grande gloire pour vous. Dans la pureté de la conscience : 2 Co 1, 12 : Notre gloire, c’est le témoignage de notre conscience. De même, les saints trouvent leur gloire en Dieu, dans l’amour de Dieu manifesté par la passion [du Christ]. Ga 6, 14 : Loin de moi de glorifier autrement que dans la croix de notre Seigneur Jésus, le Christ. Dans la connaissance de Dieu. Ci-dessus : Que celui qui se glorifie se glorifie en cela : me connaître et être connu de moi (Jr 9, 24). Dans l’imitation de Dieu. Si 23, 38 : C’est une grande gloire de suivre le Seigneur, car on recevra de lui un grand nombre de jours.
364. Le Seigneur interdit ici au prophète de s’associer au peuple condamné : premièrement, il présente sa décision ; deuxièmement, il en précise la cause, en cet endroit : QUAND TU AURAS ANNONCÉ [À CE PEUPLE TOUTES CES PAROLES], etc. (Jr 16, 10).
365. À propos du premier point, il fait deux choses. Premièrement, il lui interdit l’association par le mariage, en présentant un ordre : TU NE PRENDRAS PAS FEMME (Jr 16, 1-2). 1 Co 7, 27 : Tu n’as pas d’épouse ? Ne cherche pas d’épouse. Et il précise la raison à partir de l’ensemble de ceux qui sont punis, car aucun âge ni aucun sexe ne sera épargné : CAR AINSI PARLE LE SEIGNEUR À PROPOS DES FILS ET DES FILLES [QUI VONT NAÎTRE EN CE LIEU] (Jr 16, 3). Plus loin : Avec toi je martèlerai homme et femme, avec toi je martèlerai vieillard et enfant, avec toi je martèlerai adolescent et vierge (Jr 51, 22-23). À partir de la diversité des châtiments, en menaçant de la mort pour une cause intérieure : ILS MOURRONT DE MALADIES MORTELLES (Jr 16, 4), c’est-à-dire de la peste et de maladies durables. Et il ajoute la sépulture appropriée : SANS ÊTRE PLEURÉS. 1 Co 11, 30 : Il y en a donc beaucoup parmi vous qui sont malades et faibles, et beaucoup qui se sont endormis. Plus loin : On ne les pleurera pas, on ne les ramassera pas ni ne les ensevelira : ils serviront de fumier sur le sol (Jr 25, 33). Et pour une raison extérieure : ILS FINIRONT PAR L’ÉPÉE, sous l’assaut des ennemis, ET LA FAMINE, par manque du nécessaire. Et il ajoute la sépulture appropriée : ET LEURS CADAVRES SERONT LA PÂTURE DES OISEAUX DU CIEL. Ci-dessus : Ils seront jetés sur les routes par la famine et l’épée, et personne ne les ensevelira, eux et leurs épouses, leurs fils et leurs filles (Jr 14, 16).
366. Deuxièmement, il lui interdit de partager les rassemblements : AINSI PARLE LE SEIGNEUR (Jr 16, 5). Premièrement, il lui interdit de partager les rassemblements provoqués par la tristesse, qui ont coutume de se tenir pour se consoler des morts. L’interdiction est d’abord présentée : N’ENTRE PAS [DANS UNE MAISON OÙ L’ON FAIT LE DEUIL], ni pour te joindre aux lamentations, ni pour consoler. Deuxièmement, il précise la raison par le retrait de la paix : CAR J’AI RETIRÉ MA PAIX, celle que j’avais avec eux, parce que je suis indigné contre eux ; ou bien, qu’ils avaient de mon fait entre eux et avec les autres. Is 57, 21 : Il n’y a pas de paix pour les impies, dit le Seigneur. [Il précise aussi la raison] par la menace de mort : [GRANDS ET PETITS] MOURRONT (Jr 16, 6). Jb 3, 19 : Le grand et le petit s’y trouvent, et le serviteur, libre de son maître. Par la cessation des funérailles officielles, car le service de la sépulture manquait : ILS NE SERONT PAS ENTERRÉS. Ci-dessus : On ne les ramassera pas ni ne les ensevelira : ils serviront de fumier sur le sol (Jr 16, 4). [Par l’absence] de lamentations même de la part de la famille : ON NE LES PLEURERA PAS ET ON NE SE FERA PAS D’INCISIONS, en se blessant, ce qui était interdit aux Juifs. Dt 14, 1 : Vous ne vous ferez ni incisions ni tonsure pour un mort. Mais Job, en tombant à terre après s’être rasé, etc. (Jb 1), n’a pas péché, car il était un gentil. Leur fera aussi défaut le rassemblement de la parenté, qui a coutume de se tenir pour les consanguins qui pleurent : ON NE ROMPRA PAS [LE PAIN POUR QUI EST DANS LE DEUIL] (Jb 16, 7). Pr 31, 6 : Procure une boisson forte aux affligés, et du vin à ceux qui sont remplis d’amertume. Qu’ils boivent et qu’ils oublient leur misère, qu’ils ne se souviennent plus de leur malheur ! Deuxièmement, il interdit de partager les rassemblements provoqués par la joie. Premièrement, l’interdiction est présentée : N’ENTRE PAS NON PLUS DANS UNE MAISON OÙ L’ON FESTOIE (Jr 16, 8), ni pour la société, ni pour la nourriture. 1 Co 5, 11 : Si quelqu’un qu’on appelle frère parmi vous est un fornicateur, un avare ou un serviteur des idoles, un maudit ou un ravisseur, ne prenez aucune nourriture avec quelqu’un de ce genre. Deuxièmement, la raison en est donnée : CAR AINSI PARLE LE SEIGNEUR : [JE VAIS FAIRE TAIRE LES CRIS DE JOIE] (Jr 16, 9). Lm 5, 15 : La joie de notre cœur a disparu, notre chœur a tourné au deuil.
357. Ici, la cause du châtiment annoncé est donnée. Premièrement, une question est posée : POURQUOI LE SEIGNEUR A-T-IL PRONONCÉ CONTRE NOUS CET IMMENSE MALHEUR ? (Jr 16, 10). Pr 30, 20 : Tel est le chemin de la femme adultère : elle mange, elle s’essuie la bouche en disant : «Je n’ai rien fait de mal.»
368. Deuxièmement, la réponse du Seigneur est donnée : TU LEUR RÉPONDRAS (Jr 16, 11). En premier lieu, il présente la faute due à la transgression des pères : C’EST QUE [VOS PÈRES] M’ONT ABANDONNÉ. Ci-dessus : Ils m’ont abandonné, moi, la source d’eau vive, et ils se sont creusé des citernes percées, qui ne peuvent garder l’eau (Jr 2, 13). Et leurs fils les ont imités de sorte qu’ils ne peuvent être excusés par ce qui est dit en Ez 18, 2 : Les pères ont mangé du raisin vert, et les dents des fils ont grincé. MAIS VOUS, VOUS AVEZ AGI PLUS MAL [QUE VOS PÈRES] (Jr 16, 12). Mt 23, 32 : Vous comblez la mesure de vos pères ! En second lieu, il menace d’un châtiment. Premièrement, il présente la menace d’un châtiment pour ce qui est de la captivité : JE VOUS JETTERAI DONC [HORS DE CE PAYS] (Jr 16, 13). Et pour ce qui est de la servitude : LÀ, VOUS SERVIREZ [D’AUTRES DIEUX], en servant ceux qui les honorent. Lm 1, 3 : Juda a été déplacé pour son affliction et sa grande servitude ; il a résidé parmi les nations, et il n’a pas trouvé de repos. Dt 28, 65 : Tu ne trouveras pas de repos parmi ces nations, et il n’y aura pas de repos pour tes pieds. Deuxièmement, il promet une consolation, en présentant un serment comme signe : AUSSI, VOICI VENIR DES JOURS [OÙ L’ON NE DIRA PLUS : «LE SEIGNEUR EST VIVANT, QUI A FAIT MONTER LES ISRAÉLITES DU PAYS D’ÉGYPTE !»] (Jr 16, 14), comme s’il disait : «Vous estimerez qu’il s’agira d’un bienfait plus grand que d’avoir été libérés d’Égypte. Et, après avoir oublié ceci, vous aurez toujours cela en mémoire.» Is 43, 18 : Ne vous rappelez plus les choses anciennes et ne regardez plus le passé. Même chose plus loin, Jr 23, 7-8. Et il explique le bienfait : ET JE LES RAMÈNERAI [SUR LA TERRE QUE J’AVAIS DONNÉE À LEURS PÈRES] (Jr 16, 15). Ez 36, 24 : Je vous retirerai des nations, et je vous rassemblerai de toute la terre ; et je vous ramènerai dans votre pays.
369. Troisièmement, il présente la condition de la captivité : VOICI ! (Jr 16, 16). En premier lieu, il décrit la captivité des Babyloniens : [J’ENVERRAI] DES PÊCHEURS, c’est-à-dire les Chaldéens, qui, comme sur une mer de prospérité et vivant dans la volupté, les ont pris. Ha 1, 14 : Tu rendras les hommes comme des poissons de la mer, et comme des reptiles qui n’ont pas de guide. [Et la captivité] des Romains : ET APRÈS, J’ENVERRAI DES CHASSEURS, c’est-à-dire les Romains, qui les ont chassés comme des bêtes par leur cruauté à tuer des hommes. Lm 3, 52 : Ils m’ont chassé comme un oiseau, ceux qui me haïssent sans raison. En deuxième lieu, il précise la raison de la captivité, en présentant la connaissance de leur faute : CAR MES YEUX SURVEILLENT TOUTES LEURS VOIES : LE SEIGNEUR EST CELUI QUI PÈSE LES ESPRITS (Jr 16, 17). [Et en présentant] la menace d’un châtiment : JE PAIERAI D’ABORD (Jr 16, 18), c’est-à-dire avant la consolation mentionnée, LE DOUBLE, à savoir, pour ce qui est du culte des idoles. Raison pour laquelle on poursuit : PARCE QU’ILS ONT PROFANÉ [MON PAYS PAR LE CADAVRE DE LEURS HORREURS], et pour ce qui est de la perversité de leur comportement : ET REMPLI MON HÉRTIAGE DE LEURS ABOMINATIONS. Ps 106[105], 38-39 : Le pays a été souillé de sang et profané par leurs actions. En troisième lieu, il présente l’utilité de la captivité, à savoir, la conversion des nations, ou de ceux qui, sous Zorobabel, sont revenus avec les Juifs à Jérusalem ; ou bien, de ceux qui se sont convertis à la foi au Christ, car l’aveuglement a frappé une partie d’Israël jusqu’à ce que l’ensemble des nations entre, et ainsi Israël sera sauvé, Rm 11, 25-26.
370. À ce propos, il fait trois choses. Premièrement, il présente l’exultation du prophète, indiquée par la confession de la louange divine : LE SEIGNEUR, MA PUISSANCE (Jr 16, 19), pour combattre les autres, MA FORCE, pour persévérer, MON REFUGE, si je défaille. Ps 18[17], 3 : Je t’aimerai, Seigneur, ma force, le Seigneur est mon appui et mon refuge. Deuxièmement, il présente la conversion des nations : À TOI VIENDRONT LES NATIONS. Is 42, 10 : Chantez au Seigneur un cantique nouveau, sa louange vient des extrémités de la terre. [Il présente aussi] la honte du péché : [NOS PÈRES N’ONT EU EN HÉRITAGE QUE] LE MENSONGE, à savoir, une idole, qui est mensonge pour ce qui est de sa divinité et de son aide. Ci-dessus : Vraiment, les collines et les nombreuses montagnes étaient trompeuses (Jr 3, 23). [Il présente encore] la réfutation de l’erreur ancienne : UN HOMME SE FABRIQUERA-T-IL DES DIEUX ? MAIS CE NE SONT PAS DES DIEUX ! (Jr 16, 20), à savoir, les hommes qui les font. Sg 15, 16 : Comment l’homme pourra-t-il faire un dieu qui lui ressemble ? Troisièmement, il précise le bien de la conversion : C’EST POURQUOI, c’est-à-dire pour que les nations se convertissent, JE LEUR [FERAI CONNAÎTRE] (Jr 16, 21), aux Juifs, CETTE FOIS-CI, c’est-à-dire que je ne leur épargnerai pas, MA MAIN, une correction. Ou bien : LEUR, aux nations, MA MAIN, le Christ. Ps 9, 17 : Le Seigneur se fera connaître par ses jugements, le pécheur est tombé entre ses mains. Aussi Ps 144[143], 7 : Envoie ta main de là-haut, arrache-moi et sauve-moi des eaux abondantes, des mains des fils d’étrangers.
371. Il faut remarquer qu’il y a une main par laquelle Dieu dispose. Sg 7, 16 : En sa main nous sommes, ainsi que nos paroles, toute sagesse et toute connaissance de ce qu’il faut faire. [Une main] de la libéralité divine. Ps 104[103], 28 : Lorsque tu ouvres ta main, toutes choses sont remplies de ta bonté. [Une main] de la protection divine. Is 49, 2 : Il m’a protégé par l’ombre de sa main. [Une main] de la correction divine. Ps 39[38], 12 : Par la force de ta main, j’ai défailli sous les reproches. [Une main] de la libération divine. Jb 5, 18 : Il frappe, mais ses mains guérissent. [Une main] de l’opération divine. Si 36, 7 : Glorifie ta main et ton bras droit. Et [une main] de la condamnation divine. He 10, 31 : Il est terrible de tomber entre les mains du Dieu vivant.
372. Ici est montré de manière explicite l’entêtement du peuple, qui est la cause de la réprobation. C’est pourquoi il montre, en premier lieu, leur méchanceté obstinée ; en second lieu, le châtiment accompli : AINSI PARLE LE SEIGNEUR, etc. (Jr 19, 1).
372. À propos du premier point, il fait deux choses. Premièrement, les causes de l’entêtement sont présentées ; deuxièmement, l’entêtement lui-même est présenté par une expérience : PAROLE QUI FUT ADRESSÉE À JÉRÉMIE PAR LE SEIGNEUR (Jr 18, 1).
373. La première partie est divisée en deux. Dans la première, il présente les causes de l’entêtement ; dans la seconde, il les rappelle au culte de la religion ancienne, en cet endroit : AINSI PARLE LE SEIGNEUR, etc. (Jr 17, 5).
374. À propos du premier point, il fait deux choses. Premièrement, il aborde une cause, à savoir, l’amour de la méchanceté, en présentant leur faute et en donnant un exemple : LE PÉCHÉ DE JUDA, des deux tribus, A ÉTÉ ÉCRIT [AVEC UN STYLET DE FER] (Jr 17, 1), c’est-à-dire qu’il a été aussi profondément imprimé dans leur cœur, en particulier, le péché d’idolâtrie, qu’une écriture réalisée avec un stylet de fer, AVEC UNE GRIFFE, avec un diamant, qui est une pierre polie comme un ongle. Za 7, 12 : Ils firent de leur cœur un diamant pour ne pas écouter la loi et les paroles que le Seigneur des armées a envoyées par son Esprit saint par les prophètes du passé. Ou bien : LEUR PÉCHÉ, c’est-à-dire la sentence pour leur péché. Et il présente leur amour du péché : GRAVÉ, c’est-à-dire approfondi, À LA GRANDEUR, c’est-à-dire sur leur cœur dilaté par l’amour du péché, de sorte que leur cœur s’est dilaté pour faire place au diamant, ET LES CORNES DES AUTELS, c’est-à-dire des idoles, remplacent le stylet de fer. En effet, Dieu avait ordonné que quatre cornes sortent de l’autel, auxquelles était attaché un treillis. Ex 27, 2 : Et ils avaient fait la même chose pour les autels des idoles. Os 8, 11 : Éphraïm a multiplié les autels pour pécher ; les autels sont devenus pour lui un méfait. Il présente aussi le signe de leurs sentiments dans la suite de leur descendance : LORSQUE LEURS FILS SE SOUVIENNENT (Jr 17, 2), en les gardant dans leur cœur, en divers lieux, DES AUTELS, qu’ils avaient érigés dans les villes. Ci-dessus : Sous tout arbre vert, tu te prosternais comme une prostituée (Jr 2, 20). Et il ajoute le châtiment, à savoir, le pillage des biens qui se rapportent aux nécessités de la vie : TA FORCE [SERA PILLÉE] (Jr 17, 3), c’est-à-dire les biens par lesquels tu pensais être fort ; TES PLACES FORTES [deviendront] comme du sable. Ci-dessus : Tes richesses et tes trésors, je les livrerai au pillage sans contrepartie, sur tout ton territoire (Jr 15, 13). C’est-à-dire que ta méchanceté a atteint un tel point que les fils imitent leurs pères, en honorant en tous lieux des idoles : Je livrerai donc ta force et tous tes trésors au pillage. [Et aussi le pillage] des biens qui se rapportent au culte idolâtre : TES HAUTS LIEUX, où tu honorais les idoles. Ez 6, 3-4 : Et je porterai l’épée contre vous, je détruirai vos hauts lieux et démolirai vos autels ; vos images seront brisées et je jetterai vos morts devant vos idoles. Il les menace aussi de captivité : TU SERAS DESSAISI (Jr 17, 4). ô Jérusalem, DE TON HÉRITAGE, par un peuple qui t’est soumis. Ou bien : «Ô peuple, [tu seras dessaisi] de ton pays, alors que tu partiras en captivité.» Lm 1, 1 : Pourquoi la ville populeuse est-elle assise à l’écart ? Elle est devenue comme une veuve, la maîtresse des nations. Princesse parmi les provinces, elle est soumise au tribut. Il les menace aussi de la servitude : JE TE RENDRAI ESCLAVE DE TES ENNEMIS. Dt 28, 48 : Tu seras l’esclave de l’ennemi que le Seigneur enverra contre toi, dans la faim, la soif, la nudité, la privation totale ; et il placera un joug de fer sur tes épaules jusqu’à ce qu’il t’ait brisé. Et il aborde la cause prochaine du châtiment, à savoir, la colère divine, qui est la volonté de punir : CAR LE FEU QUE TU AS ALLUMÉ. Dt 32, 22 : Le feu de ma colère a été allumé, et il brûlera jusqu’aux profondeurs de l’enfer.
375. Deuxièmement, il aborde une autre cause, à savoir, leur confiance dans l’impunité : MAUDIT SOIT L’HOMME QUI SE CONFIE EN L’HOMME ! (Jr 17, 5). Ils se promettaient l’impunité pour trois raisons. En premier lieu, en raison de la puissance de leurs amis, les Égyptiens, et il écarte celle-ci. En deuxième lieu, en raison de l’abondance de leurs richesses, et [il présente] celle-ci en cet endroit : IL EST COMME UNE PERDRIX QUI COUVE CE QU’ELLE N’A PAS PONDU ! (Jr 17, 11). En troisième lieu, en raison de l’incrédulité à l’endroit des menaces divines, et [il présente] celle-ci en cet endroit : LES VOICI QUI ME DISENT : «OÙ EST LA PAROLE DU SEIGNEUR ?» (Jr 17, 15).
376. À propos du premier point, il fait trois choses. Premièrement, il présente la différence entre ceux qui mettent leur confiance dans le Seigneur et [ceux qui la mettent] dans les hommes ; deuxièmement, il indique la source de cette différence, en cet endroit : LE CŒUR DE L’HOMME EST PETIT (Jr 17, 9).
377. À propos du premier point, il fait deux choses. Premièrement, la malédiction de ceux qui mettent leur confiance dans le secours des hommes est présentée, là où il présente la malédiction : MAUDIT [SOIT L’HOMME] (Jr 17, 5), car il s’adonne au mal. QUI FAIT DE LA CHAIR SON BRAS, c’est-à-dire sa force, par quoi est indiquée le caractère déraisonnable de son espérance, car la fragilité humaine est signifiée par la chair. ET QUI S’ÉCARTE DU SEIGNEUR, par quoi est montrée la raison de la malédiction : en effet, il est permis de faire confiance à l’homme après Dieu, de telle façon cependant que Dieu ne soit pas abandonné. Et cela est dit à cause des Juifs, qui, après avoir méprisé Dieu, mettaient leur confiance dans les Égyptiens. Is 31, 1 : Malheur à ceux qui descendent en Égypte pour chercher du secours, qui mettent leur espoir dans les chevaux et font confiance aux chars parce qu’ils sont nombreux, et dans les cavaliers parce qu’ils sont solides, alors qu’ils n’ont pas mis leur confiance dans le Saint d’Israël et qu’ils n’ont pas recherché le Seigneur. Ps 145, 2-3 : Ne mettez pas votre confiance dans les dirigeants, dans les fils des hommes, en qui il n’y a point de salut. Et il présente un exemple pour la malédiction : IL RESSEMBLE AUX TAMARIS (Jr 17, 6), qui sont méprisables. Symmaque [écrit] : «Comme un arbre stérile dans le désert.» IL NE VERRA [PAS LE BONHEUR], parce que presque tous seront morts avant la libération de la captivité. MAIS IL HABITERA, par quoi est montrée l’horreur du lieu de captivité, non pas qu’il ait été mauvais en lui-même, mais parce qu’il l’était pour ceux qui étaient opprimés par l’esclavage, DANS DES LIEUX DESSÉCHÉS DANS LE DÉSERT, qui n’est pas cultivé, mais a un air sec qui rend les arbres stériles ; TERRE SALÉE, pour ce qui est de la sécheresse de la terre, en raison de l’évaporation de l’eau par le soleil. Ps 107[106], 33 : Il a placé des fleuves dans le désert et une source pour apaiser la soif.
378. Deuxièmement, la bénédiction de ceux qui mettent leur confiance dans le secours divin est présentée. En premier lieu, il présente la bénédiction : BÉNI L’HOMME QUI MET SA CONFIANCE DANS LE SEIGNEUR, ET QUI A FOI DANS LE SEIGNEUR (Jr 17, 7), de sorte que, en quoi qu’il se confie, la raison de s’y confier soit Dieu. Ps 2, 13 : Lorsque sa colère aura duré un peu de temps, bienheureux seront tous ceux qui mettent en lui leur confiance. Is 30, 18 : Bienheureux tous ceux qui espèrent en lui ! En deuxième lieu, il présente une comparaison prise d’un arbre, premièrement, pour ce qui est de la solidité des racines : IL SERA COMME UN ARBRE (Jr 17, 8), par lequel est représentée la solidité de la protection divine. Ps 1, 3 : Il sera comme un arbre planté le long d’un cours d’eau, qui donnera son fruit en son temps. Deuxièmement, pour ce qui est de la verdeur de son feuillage : SON FEUILLAGE [SERA VERT], par quoi est signifiée la prospérité temporelle et la verdeur spirituelle. Pr 11, 28 : Les justes pousseront comme un feuillage. Troisièmement, pour ce qui est de l’abondance des fruits, par quoi est signifiée l’abondance des bonnes œuvres : IL NE CESSE DE PORTER DU FRUIT. Ap 22, 2 : Donnant du fruit chaque mois. Et parce que les Juifs pourraient dire qu’on ne peut faire de distinction pour les récompenses en raison de la diversité des pensées, il indique donc en conséquence l’auteur de cette distinction. Premièrement, il présente la question : LE CŒUR EST RUSÉ [PLUS QUE TOUT ; QUI PEUT LE PÉNÉTRER ?] (Jr 17, 9), c’est-à-dire qu’il est enveloppé dans de multiples méchancetés. Pr 20, 5 : Comme une eau profonde, telle est la délibération dans le cœur de l’homme ; le sage n’a qu’à y puiser. Deuxièmement, il présente la réponse, et il présente deux choses qui assurent suffisamment la discrétion du jugement, pour ce qui est de la science : MOI, LE SEIGNEUR, JE SCRUTE LES CŒURS (Jr 17, 10) ; et pour ce qui est des pensées : [ET JE SONDE] LES REINS, pour ce qui est des sentiments. Rm 8, 27 : Celui qui scrute les cœurs sait ce que l’Esprit désire, car celui-ci s’adresse à Dieu en faveur des saints. Et la justice : POUR RENDRE À CHACUN SELON SA CONDUITE, pour ce qui est de la disposition du cœur, SELON LE FRUIT [DE SES ŒUVRES], pour ce qui est de l’acte extérieur. Is 3, 10 : Dites au juste qu’il est heureux, car il se nourrira du fruit de ses actes.