Ressources Catholiques Missel Romain

précédent
CHAPITRE 14 — [INTERCESSION DE JÉRÉMIE POUR CE PEUPLE]
Leçon 1 — [Jr 14, 1-6]

328.     Le prophète commence ici à interposer auprès de Dieu sa prière en leur faveur, afin qu’ils obtiennent une certaine miséricorde, du moins après certains fléaux. Et il y a deux parties : dans la première, une discussion du prophète avec le Seigneur est présentée afin de le fléchir ; ensuite, dans la seconde, la décision finale est présentée, au chapitre 15 : ET LE SEIGNEUR ME DIT, etc. (Jr 15, 1).

329.     À propos du premier point, il fait deux choses. Premièrement, l’affliction du peuple est présentée : elle est l’occasion de la prière. Deuxièmement, la discussion du prophète avec Dieu est présentée, en cet endroit : SI NOS FAUTES [PARLENT CONTRE NOUS] (Jr 14, 7).

330.     À propos du premier point, il fait deux choses. Premièrement, il présente le titre de la prophétie : PAROLE [DU SEIGNEUR] (Jr 14, 1), par une révélation intérieure, QUI FUT ADRESSÉE PAR DES DISCOURS, faits extérieurement, À L’OCCASION DE LA SÉCHERESSE, qui les avait atteints alors que la captivité était imminente. Ou bien, À PROPOS DES DISCOURS SUR LA SÉCHERESSE, c’est-à-dire d’une sécheresse digne de discours.

331.     Deuxièmement, il poursuit sur le sujet des inconvénients de la sécheresse. En premier lieu, pour ce qui est l’affliction des hommes à cause de l’impossibilité de se désaltérer, il présente leur tristesse : JUDA EST EN DEUIL (Jr 14, 2), affligée par la soif. Is 24, 7 : Les vendanges sont en deuil, la vigne s’étiole, et ceux qui avaient le cœur en fête gémissent. SES PORTES, les juges qui siégeaient aux portes, LANGUISSENT, par rapport à leur joie antérieure, ELLES SONT OBSCURCIES, c’est-à-dire enveloppées des ténèbres de la tribulation. Lm 2, 9 : Ses portes sont abattues, il en a détruit et brisé les barres. Ou bien, parce que les murs s’effritaient à cause d’une trop grande sécheresse et qu’ainsi les portes tombaient et ne pouvaient être réparées en raison du manque d’eau. LE CRI [DE JÉRUSALEM S’ÉLÈVE], [un cri] de plainte et de douleur. Is 24, 11 : On crie sur les places publiques pour avoir du vin, toute joie a disparu : l’allégresse a été chassée du pays. Et il précise la cause de la tristesse : LES GRANDS ONT ENVOYÉ LES PETITES GENS CHERCHER DE L’EAU (Jr 14, 3). Is 41, 17 : Les petites gens et les pauvres cherchent de l’eau, et il n’y en a pas : leur langue s’est desséchée de soif ! Et à cause de la stérilité de la terre et du dommage à leurs biens : ILS SONT HONTEUX, AFFLIGÉS ET SE VOILENT LA TÊTE, en signe de honte. Ci-dessus : Vous aurez honte de vos fruits à cause de la colère du Seigneur (Jr 12, 13). [Et du dommage] fait à ceux qui cultivent : CAR [LA PLUIE] NE VIENT PAS (Jr 14, 4). Jl 1, 11 : Les laboureurs sont honteux, les vignerons se lamentent sur le froment et sur l’orge, car la moisson du champ est perdue, la vigne s’est étiolée et le figuier flétri.

332.     En second lieu, il présente l’affliction des animaux de la forêt, pour ce qui est des cerfs : MÊME LA BICHE, DANS LA CAMPAGNE, A MIS BAS ET A ABANDONNÉ SON PETIT (Jr 14, 5), elle qui se préoccupe tellement de la garde de ses petits. Jb 39, 1 : Sais-tu quand les bouquetins font leurs petits sur les rochers, as-tu observé les biches qui mettent bas ? Et pour ce qui est des onagres : LES ONAGRES (Jr 14, 6), qui pourtant supportent longtemps la soif. Ps 104[103], 11 : Les onagres comptent [sur les sources] pour calmer leur soif. SUR LES HAUTEURS, où se tient plutôt le vent, ASPIRENT [L’AIR], pour apaiser leur soif, COMME DES CHACALS, qui aspirent le vent à cause de leur soif. Ci-dessus : L’onagre habitué au désert aspire le vent quand il est en rut (Jr 2, 24).

Leçon 2 — [Jr 14, 7-12]

333.     Ici, [le prophète] commence à prier Dieu pour le peuple : premièrement, il amène l’argument de la miséricorde en raison de la condition divine ; deuxièmement, en raison de l’annonce faite à l’avance par le prophète, en cet endroit : ET JE RÉPONDIS : «AH ! AH ! AH !» (Jr 14, 13) ; troisièmement, en raison de l’amour [que le Seigneur] a eu anciennement pour le peuple, en cet endroit : AS-TU POUR DE BON REJETÉ JUDA ? (Jr 14, 19).

334.     À propos du premier point, il fait deux choses. Premièrement, il présente la prière du prophète, dans laquelle il propose trois choses. [En premier lieu], il confesse la miséricorde [du Seigneur] : SI NOS FAUTES PARLENT CONTRE NOUS (Jr 14, 7), pour le châtiment. Is 59, 12 : Nos iniquités se sont multipliées devant toi, et nos péchés nous ont répondu, etc. Ps 46[45], 2 : Notre aide dans les tribulations qui nous ont par trop atteints. Ensuite, il propose la constance [du Seigneur] : POURQUOI ES-TU COMME UN ÉTRANGER EN CE PAYS ? (Jr 14, 8), comme s’il disait : «Il est indigne de ta constance que tu abandonnes ta vigne, comme un étranger le champ qui ne lui appartient pas.» COMME UN VOYAGEUR, [que tu abandonnes] ta maison, comme un voyageur le fait pour un refuge pour la nuit. Ton héritage, comme l’homme errant, sans maison, sa propre demeure. Ci-dessus : J’ai abandonné ma demeure, j’ai écarté mon héritage (Jr 12, 7). Il propose aussi sa puissance : [POURQUOI RESSEMBLES-TU] À UN HOMME FORT INCAPABLE DE SAUVER ? (Jr 14, 9), comme s’il disait : «Il ne convient pas à ta puissance de ne pas sauver ceux que tu déjà pris sous ta protection.» Nb 14, 16 : Les Égyptiens diront : «Il ne pouvait pas faire entrer le peuple dans le pays qu’il leur avait promis par serment.» C’est pourquoi il les extermina dans le désert. Et il propose le soin [que le Seigneur] devait prendre d’eux : POURTANT, TU ES AU MILIEU DE NOUS, comme dans ton héritage, ET [NOUS SOMMES APPELÉS] PAR TON NOM, comme les sujets sont défendus au nom du roi. 2 Co 6, 16 : J’habiterai au milieu d’eux et je marcherai parmi eux, et je serai leur Dieu et ils seront mon peuple. Et il conclut : NE NOUS ABANDONNE PAS ! de sorte que ta constance et ta puissance soient blasphémées.

335.     Deuxièmement, la réponse du Seigneur est présentée : AINSI PARLE LE SEIGNEUR ! (Jr 14, 10). En premier lieu, il met de l’avant la faute : [CE PEUPLE] AIME FAIRE ALLER SES JAMBES, ses sentiments, en raison de son inconstance dans le bien, et parce qu’il passe d’un mal à un autre. Pr 7, 10-11 : Femme errante, incapable de repos, et dont les pieds ne peuvent rester dans la maison. Ou bien, [peuple] qui envoie chercher de l’aide en Égypte. Is 30, 7 : C’est en vain que l’Égyptien apportera de l’aide. C’est pourquoi j’ai clamé à ce propos : «Ce n’est que de l’orgueil ! Repose-toi !» En deuxième lieu, il menace de châtiment : MAIS [LE SEIGNEUR] SE RAPPELLERA, en infligeant un châtiment. Ps 89[88], 33 : Je visiterai leurs iniquités avec un bâton, et leurs péchés avec des coups. En troisième lieu, [il propose] des remèdes. Premièrement, celui des prières : ET LE SEIGNEUR DIT : «NE PRIE PAS POUR LE BONHEUR DE CE PEUPLE !» (Jr 14, 11). Ci-dessus : Mais toi, ne prie pas pour ce peuple, et ne prends pas sur toi d’en faire l’éloge ou de prier, et ne m’importune pas, car je ne t’écouterai pas ! (Jr 7, 16). Deuxièmement, [le remède] du jeûne : S’ILS JEÛNENT (Jr 14, 12). Is 58, 3 : Pourquoi avons-nous jeûné ? Tu n’as pas regardé. Pourquoi nous sommes-nous humiliés ? Tu ne l’as pas reconnu. Troisièmement, [le remède] du sacrifice : S’ILS OFFRENT [DES HOLOCAUSTES]. Ml 1, 10 : Je ne me complais pas en vous, dit le Seigneur des armées, et je n’accepterai pas de présent de votre main.

Leçon 3 — [Jr 14, 13-18]

336.     [Le prophète] tire ici un argument de l’annonce faite à l’avance par les prophètes. Premièrement, il présente l’allégation du prophète : «AH ! AH ! AH !» (Jr 14, 13), pour le triple châtiment qu’il venait d’aborder. Les prophètes, les faux, [annoncent] UNE VRAIE PAIX, [une paix] durable, et non simulée, de la part des ennemis. Ci-dessus : Alors, n’as-tu pas trompé ce peuple et Jérusalem en disant : «La paix sera avec vous !» ? Et voilà que l’épée nous a atteints jusqu’à l’âme (Jr 4, 10).

337.     Deuxièmement, la réponse du Seigneur est présentée : ALORS LE SEIGNEUR DIT (Jr 14, 14). En premier lieu, il montre la fausseté de [ces] prophètes pour ce qui est de l’action qu’ils exercent : JE NE LES AI PAS ENVOYÉS, pour exercer [la prophétie], JE NE LEUR AI RIEN ORDONNÉ, en leur confiant une fonction, ET JE NE LEUR AI POINT PARLÉ, en leur insufflant le don de prophétie. Plus loin : Je n’envoyais pas de prophètes, et ceux-ci couraient ; je ne leur parlais pas, et ils prophétisaient (Jr 23, 21). Ni pour ce qui est de la paix qu’ils annonçaient : VISION MENSONGÈRE, SÉDUCTION DU CŒUR, c’est-à-dire paroles inventées pour séduire. Ez 13, 6 : Ils voient des choses vaines et annoncent le mensonge, en disant : «Le Seigneur dit», alors que le Seigneur ne les a pas envoyés. En deuxième lieu, il menace de châtiment tant les prophètes qui annoncent que le peuple qui les croit : C’EST POURQUOI, AINSI PARLE LE SEIGNEUR (Jr 14, 15-16). Is 9, 16 : Il y en aura qui annoncent le bonheur à ce peuple en le séduisant, et ceux qu’ils diront heureux se sont fourvoyés. En troisième lieu, la compassion du prophète est annoncée au peuple : TU LEUR DIRAS CETTE PAROLE : «QUE MES YEUX (OU VOS YEUX) VERSENT DES LARMES !» (Jr 14, 17). Et ainsi est indiquée la plainte de la pénitence. Lm 2, 18 : Verse un torrent de larmes ! La raison en est donnée : CAR DE LA PIRE, en raison de son incorrigibilité, BLESSURE, en raison du grand nombre de tués, [LA FILLE DE SION EST BLESSÉE] GRAVEMENT, en raison de la durée. Is 30, 14 : Je les menacerai de les briser comme une jarre de potier, totalement détruite. Et il précise le mode de la pénitence pour ce qui est du châtiment de l’extermination : SI JE SORS (Jr 14, 18), à l’extérieur, SI JE RENTRE, par la réflexion. Lm 1, 20 [voir Dt 32, 25] : L’épée les tuera à l’extérieur et l’effroi à l’intérieur, le jeune comme la jeune fille, le nourrisson comme le vieillard. Et pour ce qui est de la captivité : LE PROPHÈTE [COMME LE PRÊTRE]. Ci-dessus : Je les disperserai parmi des nations que ni eux ni leurs pères n’ont connues (Jr 9, 16).

Leçon 4 — [Jr 14, 19-22]

338.     Ici, [le prophète] tire argument de l’amour que Dieu a eu anciennement pour ce peuple. À ce propos, il fait trois choses. Premièrement, il s’étonne du rejet du peuple aimé, en s’étonnant de la haine [de Dieu] : AS-TU REJETÉ POUR DE BON JUDA ? (Jr 14, 19), comme s’il disait : «Cela paraît étonnant !» Lm 5, 22 : Tu nous as rejetés pour de bon, tu es irrité contre nous sans mesure. [POURQUOI NOUS AVOIR FRAPPÉS] DE SORTE QU’IL N’Y AIT AUCUNE GUÉRISON ? Is 14, 6 : Lui qui, dans sa colère, infligeait une blessure incurable aux nations.

339.     Deuxièmement, il présente la reconnaissance du châtiment : NOUS ESPÉRIONS [LA PAIX]. Ci-dessus : Nous espérions la paix, mais rien de bon ! Un temps de guérison, mais voici l’épouvante ! (Jr 8, 15). Et [l’acceptation] de la faute : NOUS RECONNAISSONS [NOTRE IMPIÉTÉ] (Jr 14, 20). Ps 51[50], 5 : Je reconnais mon iniquité, et mon péché est toujours devant moi.

340.     Troisièmement, une demande est présentée : [À CAUSE DE TON NOM], NE NOUS DONNE PAS EN OPPROBRE (Jr 14, 21). Ps 44[43], 14 : Tu nous a donnés en opprobre à nos voisins, la fable et la risée de notre entourage.

341.     Quatrièmement, [il donne] la raison de la demande pour ce qui est de la sainteté du Temple : [NE DÉSHONORE PAS] LE TRÔNE DE TA GLOIRE ! c’est-à-dire le propitiatoire et l’arche, par lesquels tu t’es montré glorieux par des miracles et des révélations. Plus loin : Trône de gloire, sublime dès l’origine, notre lieu saint, espoir d’Israël ! (Jr 17, 12). Et [pour ce qui est de] la faiblesse des idoles : PARMI LES SCULPTURES DES NATIONS, Y EN A-T-IL QUI FONT PLEUVOIR, LES CIEUX PEUVENT-ILS DONNER LA PLUIE ? par eux-mêmes, comme s’il s’agissait de causes premières. Jb 38, 28 : Qui engendre la pluie, qui a engendré les gouttes de rosée ? Et [pour ce qui est] de la puissance de Dieu : N’ES-TU PAS LE SEIGNEUR, NOTRE DIEU ? C’EST TOI QUI AS FAIT CELA (Jr 14, 22), la pluie et toutes les choses de ce genre. Ci-dessus : À sa voix, il donne une abondance d’eau dans le ciel, et il fait lever les nuages des extrémités de la terre (Jr 10, 13).

342.     Il faut remarquer qu’il existe une fausse paix. Sg 14, 22 : Alors que l’ignorance [de Dieu] les fait vivre dans une grande guerre, ils donnent le nom de paix à de tels maux ! [Il y a aussi une paix] trompeuse. Ps 28[27], 3 : Ils parlent de paix avec leur prochain, mais le mal est dans leur cœur. [Il y a encore une paix] passagère. 1 Th 5, 3 : Alors qu’ils diront : «Paix et sûreté !», la mort les frappera subitement.

343.     Il faut aussi remarquer qu’au sens mystique, il existe trois trônes. L’un est le trône de gloire, et cela, de quatre manières. Par l’élévation de la nature. Is 6, 1 : Vois le Seigneur assis sur son trône grandiose et surélevé, et toute la terre remplie de sa majesté ! Par la tranquillité de la paix. Ci-dessus : Ils appelleront Jérusalem «trône du Seigneur», et toutes la nations viendront vers elle au nom du Seigneur, à Jérusalem, etc. (Jr 3, 17). Par la profondeur de la connaissance. Ez 10, 1 : Et je vis : voici que sur la voûte qui était au-dessus de la tête des chérubins, apparut comme une pierre de saphir, dont l’aspect était semblable à un trône. Par l’éternité de la durée. Lm 5, 19 : Toi, Seigneur, tu demeureras éternellement, ton trône [demeurera] de génération en génération.

344.     Un autre trône est celui de la clémence, qui prépare à l’obéissance à Dieu. Is 22, 23 : Je l’enfoncerai comme un clou dans un endroit solide, il deviendra comme un trône de gloire pour la maison de son père ; j’y suspendrai toute la gloire de son père. [Qui prépare] à une décision juste. Pr 16, 12 : Le trône du roi est affermi par la justice. À la miséricorde envers le prochain. Is 16, 5 : Et le trône sera affermi par la miséricorde, et il siégera dans la fidélité sous la tente de David. À la grâce de l’humilité. Ez 43, 7 : Le lieu de mon trône, le lieu de mes pas, où j’habiterai au milieu des fils d’Israël pour l’éternité.

345.     Mais il y a un trône de justice qui prépare au jugement. Jb 23, 3 : Qui me donnera de savoir comment le trouver, que je parvienne à son trône ? À la correction du mal. Pr 20, 8 : Le roi qui siège sur son trône de justice dissipe tout mal par son regard. À condamner les incorrigibles. 1 R 22, 19 : Je vis le Seigneur assis sur son trône, et toute l’armée du ciel assise à sa droite et à sa gauche. À défendre les bons. Is 9, 6 : Il s’assoira sur le trône de David et sur son royaume pour l’établir et l’affermir par le droit et la justice, maintenant et pour l’éternité.

CHAPITRE 15 — [MAIS DIEU REJETTE CETTE PRIÈRE]
Leçon 1 — [Jr 15, 1-4]

346.     Ici est présenté le rejet définitif et final de la prière du prophète en faveur du peuple : premièrement, le rejet de la prière est présenté ; deuxièmement, l’entêtement du peuple est montré, qui est la cause [du rejet], au chapitre 17 : LE PÉCHÉ DE JUDA EST ÉCRIT AVEC UN STYLET DE FER, AVEC UNE POINTE DE DIAMANT (Jr 15, 1).

347.     À propos du premier point, il fait deux choses : premièrement, [le Seigneur] interdit au prophète de prier en faveur du peuple ; deuxièmement, comme celui qui excommunie, il ordonne d’éviter leur compagnie, au chapitre 16 : LA PAROLE DU SEIGNEUR ME FUT ADRESSÉE (Jr 16, 1).

348.     À propos du premier point, il fait deux choses. Premièrement, le rejet de la prière du prophète qui prie pour le peuple est présenté ; deuxièmement, comme s’il désespérait du salut du peuple, il répand une prière pour lui-même, en cet endroit : MALHEUR À MOI, MA MÈRE (Jr 15, 10).

349.     À propos du premier point, il fait deux choses. Premièrement, la prière est rejetée : MÊME SI MOÏSE ET SAMUEL SE TENAIENT DEVANT MOI (Jr 15, 1), qui ont été efficaces par la prière, du fait qu’ils étaient soucieux du peuple et avaient prié pour leurs ennemis. On trouve cela au sujet de Moïse dans Ex 22, et au sujet de Samuel, dans 1 Sm 12. LEUR ÂME, leurs sentiments, [NE SERAIT PAS ACCUEILLIE FAVORABLEMENT], comme s’il disait : «Ce n’est pas à cause de la carence de celui qui prie que la prière n’est pas entendue, mais à cause de la carence du peuple pour lequel on prie.» Ez 14, 14-16 : Et si ces trois hommes se trouvaient au milieu d’eux, Noé, Daniel et Job, eux sauveraient leurs âmes. Et plus loin, au même endroit : Et si ces trois hommes se trouvaient au milieu d’eux, ils ne sauveraient pas leurs fils ni leurs filles, mais eux seuls seraient sauvés.

350.     Deuxièmement, est présenté le rejet du peuple pour lequel on priait. Premièrement, pour ce qui est du point de départ (terminum a quo) : CHASSE-LES, montre qu’ils ont été rejetés, LOIN DE MOI, de sorte qu’ils ne me voient pas et qu’ils ne soient pas défendus par ma présence. Gn 4, 14 : Voici que tu me rejettes aujourd’hui de la face de la terre et que je serai caché à ton regard, etc. Deuxièmement, pour ce qui est du point d’arrivée (terminum ad quem), en présentant un quadruple danger : S’ILS TE DISENT : «OÙ IRONS-NOUS ?» TU LEUR RÉPONDRAS... : «[QUI EST POUR] LA MORT, À LA MORT !» (Jr 15, 2), par la peste, comme s’il disait : «Chacun sera soumis à des châtiments différents !» Ez 5, 12 : Le tiers mourra de la peste et sera consumé par la faim chez toi ; le tiers tombera par l’épée dans ton entourage ; mais je disperserai le tiers à tous les vents et je tirerai l’épée contre eux. Et il écarte le remède de la consolation, la sépulture pour les morts. ET J’ENVERRAI QUATRE SORTES DE CHOSES (Jr 15, 3), ce qui a été dit : la mort, l’épée, la famine et la captivité. Et j’y ajouterai les chiens. Ci-dessus : Les cadavres de ce peuple seront la nourriture des charognards et des bêtes de la terre, et personne n’en réchappera (Jr 7, 33). [Est aussi présenté le refus] de la miséricorde pour les captifs : JE FERAI D’EUX UN OBJET D’ÉPOUVANTE, de haine intense, À CAUSE DE MANASSÉ (Jr 15, 4), qui avait fait beaucoup de mal, 2 R 21. C’est pourquoi il est dit au même endroit, chapitre 23 : À la vérité, le Seigneur ne s’est pas détourné de sa grande colère, par laquelle il est irrité contre Juda, en raison de l’indignation que Manassé avait provoquée chez lui (2 R 23, 26). Le peuple est puni pour les péchés du roi parce qu’il est permis qu’un méchant règne à cause des péchés du peuple, Jb 34, 30 : Il laisse régner un hypocrite à cause des péchés du peuple ; et aussi parce que le peuple suit les péchés du roi. Si 10, 2 : Tel est le dirigeant de la cité, tels sont ceux qui l’habitent ! Pr 29, 12 : Le dirigeant qui écoute volontiers des paroles mensongères fait de tous ses serviteurs des mécréants.

Leçon 2 — [Jr 15, 5-9]

351.     Ici est indiquée la raison du rejet. Premièrement, une question étonnée est posée, et l’on écarte d’abord la miséricorde du juge : QUI A COMPASSION [DE TOI, JÉRUSALEM] ? (Jr 15, 5). Deuxièmement, [est présentée] la satisfaction de celui qui compatit : QUI DONC SERA ATTRISTÉ ? Troisièmement, [est présentée] la prière d’un médiateur : QUI IRA TE DEMANDER [COMMENT TU VAS] ? C’est la raison pour laquelle Dieu t’a rejetée et que tu te trouves dans tant de péchés. Os 1, 6 : Prononce son nom sans pitié, car je ne ferai plus pitié à la maison d’Israël, mais je les oublierai totalement.

352.     Deuxièmement, il donne la raison du rejet. En premier lieu, en raison de l’ingratitude, en présentant la faute : TU M’AS ABANDONNÉ (Jr 15, 6). Is 1, 4 : Ils ont abandonné le Seigneur, ils ont blasphémé le Saint d’Israël, ils sont redevenus des étrangers. [En présentant] le châtiment : ALORS J’ÉTENDRAI LA MAIN CONTRE TOI. Is 9, 12 : D’eux tous, sa colère ne s’est pas détournée, mais sa main est encore étendue.

353.     En second lieu, en raison de leur entêtement. Premièrement, parce qu’ils ne se laissent pas fléchir par des prières, en présentant leur faute : JE SUIS FATIGUÉ DE DEMANDER ! comme s’il disait : «J’ai supplié si souvent que vous vous convertissiez !» Comme s’il disait : «Je m’y serais encore efforcé, si cela avait été possible !» Is 43, 24 : Tu as fait de moi un esclave par tes péchés, tu m’as lassé par tes fautes. Et [en présentant] le châtiment : JE LES DISPERSERAI AVEC UN VAN (Jr 15, 7), l’armée des Chaldéens, comme de la paille sur l’aire, AUX PORTES DU PAYS, c’est-à-dire jusqu’aux extrémités du pays. En effet, la porte est la partie la plus éloignée d’une maison ou d’une ville. Lc 3, 17 : Le van est dans sa main, et il nettoiera son aire ; il recueillera le blé dans son grenier, mais il brûlera la paille d’un feu inextinguible. Deuxièmement, parce qu’ils ne sont pas corrigés par les fléaux. En premier lieu, il présente leur endurcissement, en présentant les fléaux d’une manière générale : J’AI EXTERMINÉ ET J’AI ANÉANTI [MON PEUPLE], en les rendant captifs. Ci-dessus : C’est en vain que j’ai frappé vos fils : ils n’ont pas accepté la correction (Jr 2, 30).Et d’une manière particulière, pour ce qui est des femmes, qui sont plus dignes de compassion et plus à plaindre du fait de l’élimination des hommes : LES VEUVES SONT DEVENUES PLUS NOMBREUSES QUE LE SABLE DE LA MER (Jr 15, 8), au sens hyperbolique, comme s’il disait : «Elles sont innombrables.» Is 9, 17 : Il n’aura pitié ni des orphelins ni des veuves. Et du fait de l’élimination du fils unique : J’AMÈNE LE DÉVASTATEUR, le tueur du fils, EN PLEIN MIDI, par quoi la puissance des ennemis [est montrée], qui combattent ouvertement, et non par des embuscades. SOUDAIN [JE FAIS TOMBER SUR ELLE TERREUR ET ÉPOUVANTE], par quoi est montrée] son impuissance à résister, parce qu’ils n’ont pas pris de précautions. Is 30, 13 : Soudainement, alors qu’on ne l’attend pas, la destruction s’abattra, etc. Et aussi pour ce qui est de la mort de plusieurs fils en même temps, en présentant la mort de la descendance : ELLE EST DEVENUE FAIBLE, [LA MÈRE DE SEPT FILS] (Jr 15, 9), privée de ses fils, car ils sont la force d’une mère. 1 Sm 2, 5 : Jusqu’à ce que la femme stérile engendre de nombreux fils, et que celle qui avait des fils soit affaiblie. [Et il présente] la tristesse de la mère : [SON] ÂME DÉFAILLE, en raison de la stupeur de son esprit, SON SOLEIL S’EST COUCHÉ, celui de la joie, en raison de la douleur de sa tristesse qui rend le cœur obscur. LA VOILÀ HONTEUSE, à l’intérieur, ET ROUGISSANTE, à l’extérieur, à cause de la disparition de ce en quoi elle se glorifiait. Am 8, 9 : Le soleil se couchera en plein midi, et j’obscurcirai la terre en plein jour.

354.     Deuxièmement, il menace d’un châtiment : ET CE QUI RESTE D’EUX, à savoir, après les fléaux mentionnés. Dt 28, 25 : Le Seigneur te livrera défaillant à tes ennemis ; tu sortiras contre eux par un chemin, et tu t’enfuiras par sept [chemins], et tu seras dispersé dans tous les royaumes de la terre.

suivant